TRAVO avance sur terrain vague

Le quatuor portugais TRAVO publiera « WASTELAND » le 2 octobre 2026 sous la bannière de Fuzz Club, en partenariat auprès de Spinda Records et gig.ROCKS! pour l’Espagne et le Portugal. Premier disque du combo chez le label londonien, ce quatrième opus studio…

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The Cure

The Dodos

‘On peut comparer le studio au boulot et le concert à une récréation…’

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The Dodos, un nom à coucher dehors. Mais The Dodos, c’est surtout le patronyme choisi par une formation issue de San Francisco. Devenue un trio depuis peu. C’est-à-dire lors de l’intégration du xylophoniste/percussionniste Joe Haener. Les deux piliers de cet ensemble californien sont cependant le drummer Logan Kroeber et le chanteur/compositeur/guitariste Meric Long. Et c’est ce dernier qui a choisi le nom du groupe. En fait il s’agit tout simplement d’un mot tendre chuchoté par sa maman lorsqu’il était nourrisson. Une Tahitienne. Donc de nationalité française. Ce qui peut expliquer le choix. Avant de nous gratifier d’un set époustouflant au VK de Bruxelles (voir review), le groupe nous a accordé une interview. Au grand complet, même si Joe ne prendra jamais la parole, se contentant épisodiquement de hocher la tête ou de sourire. Et pour entrer dans le vif du sujet rien de tel d’aborder un sujet percutant : les percussions…

Ainsi Meric estime qu’il existe quelque chose de primal et d’universel dans l’art du drumming et des percus. Il est fasciné par les polyrythmes pratiqués à l’Est de l’Afrique, et en particulier au Benin et au Togo, discipline qu’on appelle aussi le West African Ewe (Wikipédia :  http://en.wikipedia.org/wiki/Ewe_drumming). Il s’explique : « Effectivement. De manière générale, les gens apprécient les percussions, les toms qui résonnent. Qu’elles soient jouées en force ou subtilement. Mais ce qui nous intéresse, ce n’est pas uniquement le rythme, mais le rôle ou l’apport du percussionniste dans la mélodie. Ce qui importe, c’est la façon dont le musicien arrange sa chanson plutôt que son niveau technique. En fait, on base notre recherche sur des éléments simples. Exemple : la batterie. Et ensemble, on arrive à tramer le tout de manière à rendre les morceaux intéressants (NDR : en quelque sorte, la somme des interactions est plus importante que les parties individuelles). Ce qui ne veut pas dire qu’on se marche sur les pieds… » Mais dans cet esprit, peut-on dire que Meric joue de la guitare comme des drums et Logan des drums comme de la guitare ? Meric admet : « Sûrement ! Je traite parfois ma guitare comme une batterie et Logan ses drums de manière très mélodique. Enfin, la façon dont nous jouons chacun de notre instrument est très percussive. C’est mon explication. » Meric joue de la gratte depuis son plus jeune âge. Mais il a d’abord commencé sur un ukulélé. Celui de son oncle. Ce qui explique peut-être un certain goût des Dodos pour les instruments insolites. « J’ai même hérité de cet ukulélé. Et il est exact que c’est le premier instrument sur lequel j’ai joué. Je voulais une guitare, et je me suis retrouvé avec un ukulélé… Vu que nous gagnons mieux notre vie aujourd’hui et avons acquis une certaine notoriété, on va pouvoir penser à se payer des instruments insolites. Je connais un luthier qui fabrique des instruments à cordes sur mesure. Et nous allons lui demander d’en confectionner l’un ou l’autre… » N’empêche, pour afficher une telle dextérité aux cordes, Long doit avoir suivi des cours. Pas à l’Académie, mais dans une autre école artistique. Il reconnaît avoir bénéficié des conseils d’un excellent prof. « Mais mon truc, c’était plutôt la dance et la pop. Je compte encore enregistrer trois ou quatre albums, dans le style proposé actuellement par les Dodos, puis j’envisage de reprendre des études musicales. Approfondir mes connaissances, mais dans un autre domaine que la pop. En fait, c’est toujours ce que j’ai fait : jouer, chanter, écrire de la musique. C’est mon truc et un type d’existence que je compte poursuivre… »  Logan est davantage branché sur le metal progressif. Etonnant pour un musicien impliqué dans un tel projet. Il se justifie : « En fait, dans le métal progressif, les drums sont joués très rapidement. Et c’est ce qui m’intéresse. » Pour l’anecdote, Logan et Joe consomment de nombreux sticks durant un concert. Mais c’est ce dernier qui détient le record absolu de bris de baguettes…

A travers les différentes revues de presse, les Dodos sont comparés tour à tour à Tyrannosaurus Rex, Led Zeppelin (album III), Animal Collective, Velvet Underground, The Feelies, High Places, Yeasayer, Indian Jewerly, Magnetic Fields, Sufjan Stevens, Gorky’s Zygotic Mynci, Syd Barrett, Arcade Fire, Beta Band, Tom Waits, Robert Johnson ou Elliot Smith. Les musiciens n’aiment pas trop les comparaisons. Ils préfèrent parler d’influences. Finalement au plus la liste est longue, au plus elles sont diluées. Et au plus leur musique devient originale. Logan est même ravi d’entendre dire que leur musique a atteint un tel niveau de complexité qu’elle pourrait incarner la synthèse des artistes et groupes susvisés. Par contre, aucun des deux interlocuteurs ne connaît Johnny Dowd. Ils n’en ont jamais entendu parler, mais ont promis de prêter une oreille à sa musique. Il est vrai que même si ce Texan émarge à la roots, il est très friand de percus et de bruitages insolites… Dans un autre registre, Meric apprécie beaucoup Orchestral Manœuvres In The Dark. Ce qui méritait une explication. « Effectivement. Les voix, les mélodies. Andy McCluskey et Paul Humphreys étaient de grands compositeurs de chansons. Et la plupart d’entre elles sont devenues intemporelles. »

Qu’est-ce qui botte le plus les Dodos, le live ou le studio ? Logan réagit instantanément : « Sans hésitation : les concerts ! » Meric nuance : « Cela dépend. Ce sont des expériences différentes. Jouer en concert, c’est comme quand tu t’injectes une petite dose. C’est rapide. L’adrénaline te booste immédiatement. Mais la réaction n’est satisfaisante que jusqu’au lendemain matin. Et puis, lorsque tu te réveilles, il faut se remettre au travail. En fait, on peut comparer le studio au boulot et le concert à une récréation… » A propos de ‘live’, le groupe n’a-t-il pas l’intention d’enregistrer en public ? La réponse de Logan fuse : « Un Dvd sort ce mois. Nous l’avons enregistré à Londres. » Pourtant, Logan n’aime pas trop les festivals. Il estime qu’ils projettent une image tronquée du groupe. Il commente : « Lors d’un festival, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. C’est la façade ! Et dans ce gros bazar, il y faut faire passer un maximum d’artistes sur les planches. Imagine le concert que nous allons donner ce soir, dans une petite salle, et transpose-le dans un grand festival. Ce n’est plus la même chose. L’amplification et l’éclairage sont différents. On n’a l’impression de ne plus vivre dans la réalité. Tout le monde est mélangé et on doit même jouer au milieu des rockers… »

Laura Gibson (http://www.myspace.com/lauragibson) est une chanteuse/guitariste américaine qui vient poser sa voix sur le deuxième opus des Dodos. Mais comment l’ont-ils rencontrée ? Meric raconte : « Un an avant que nous enregistrions notre premier elpee, je l’ai croisée dans un studio d’enregistrement à Portland. Nous avons fait connaissance. Elle appréciait notre musique. Elle m’a refilé un cd et on s’est échangé nos e-mails. On s’est ensuite revus à New York. Et je cherchais une voix féminine pour participer aux sessions de ‘Visiter’, notre deuxième opus. J’avais pensé à Diane Krall, mais elle n’était pas disponible. Aussi j’en ai profité pour lui demander et elle a accepté l’invitation. Elle ressent les choses qu’elle chante. Elle a participé aux vocaux pour trois compos. La situation était surprenante, car Logan et moi l’observions de la salle de contrôle. Elle était de l’autre côté de la vitre. Nous ne l’entendions pas. On la voyait simplement remuer les lèvres. Et nous nous inquiétions du résultat. En définitive, nous avons fait le bon choix, car sa voix et belle et très riche… »

Merci à Vincent Devos.

 

Mercury Rev

Le mariage de la nature et de la technologie...

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Ce 29 septembre paraîtront donc deux albums de Mercury Rev. Le premier, « Snowflake Midnight », sous une forme matérielle, et le second, « The Strange Attractor », uniquement téléchargeable via leur site. Ce qui demandait évidemment quelques explications. Mais la surprise procède du style musical proposé par le groupe sur ces deux œuvres. Une conclusion née de l’écoute de leur ‘advanced cd’. En fait, la formation a décidé de se frotter à la musique électronique. Une démarche comparable à celle de Radiohead pour « Kid A » et « Amnesiac », même si manifestement la perspective est différente. Un tremplin idéal pour entamer un entretien en compagnie du guitariste Grasshopper et du drummer/claviériste Jeff Mercel.

Et justement, pourquoi s’être plongé dans la musique électronique. Grasshopper argumente : « C’est un peu les circonstances qui nous ont poussé à s’y intéresser. Et puis c’est dans l’air du temps. En fait, on avait déjà exploré ce style auparavant. En utilisant des synthétiseurs moog. On a donc cherché à créer. On a expérimenté l’électronique sous son aspect le pus large possible. Grâce aux programmes informatiques, on peut construire des sonorités à la manière d’un designer. On peut inventer des sons. Et c’est un domaine qui nous a toujours intéressés. C’est en quelque sorte notre révolution électronique et je ne peux en dire plus. » Pourtant, aujourd’hui, il devient de plus en plus difficiles de concevoir de nouvelle sonorités dans ce type musical ; parce que c’est plutôt la technologie qui crée les nouvelles tonalités qu’une réelle recherche. Il faut donc croire qu’ils ont utilisé des logiciels de pointe : « On a essayé des tas de choses neuves. Beaucoup de softwares de la nouvelle génération. Et en particulier des générateurs de notes aléatoires. Tu introduis les paramètres dans l’ordinateur et le programme va concevoir la mélodie. Il vous appartient ensuite de l’interpréter. En quelque sorte, il est exact que nous avons laissé la technologie dicter notre démarche. Mais on a toujours pris le soin d’en garder le contrôle… » Etonnante réponse, puisqu’après avoir écouté ‘Snowflake Midnight’, j’ai eu la nette impression qu’ils s’étaient imprégnés des eighties. De l’indus et de l’ambient, notamment. Puisant apparemment leurs sources chez Tangerine Dream, Depeche mode circa ‘Violator’, Ryuichi Sakamoto, Boards of Canada et surtout John Foxx. C’est toujours Jeff qui tient le crachoir : « On ne peut pas ignorer les influences. Nous écoutons de la musique comme tout le monde. Ce n’est pas parce qu’on vit dans un endroit isolé du monde, qu’on est hermétiques aux influences externes ; surtout quand ce qu’on écoute est pertinent. Notre isolement nous permet simplement d’avoir une manière très personnelle de travailler. Mais si certains de nos morceaux concèdent des influences, il n’était pas dans nos intentions de jouer comme tel ou tel groupe. Comme Tangerine Dream, par exemple. Nous considérons ces sources comme un cadre de référence et notre imagination joue le rôle de filtre. » Mais comment comptent-ils reproduire ce type de musique en ‘live’. Avec de vrais instruments ? Jeff poursuit : « Il y aura aussi des guitares, de la basse et bien sûr des synthés. Ce sera une combinaison des deux. En y ajoutant, bien sûr des effets visuels… »

Mais pourquoi sortir deux albums le même jour ? Jeff s’explique : « Nous disposions d’énormément de compos. On a beaucoup bossé pour disposer d’un large répertoire. Mais au moment de faire des choix, on s’est rendu compte qu’il serait dommage d’écarter une telle somme de travail. Surtout aussi valable. Aussi, on a donc imaginé cette formule pour satisfaire le plus possible le public. En fait, ce n’est pas la première fois que nous avons recours à cette formule. Mais précédemment, nous nous limitions à un ou deux morceaux. Donc il suffira de vous rendre sur notre site le jour de la sortie de l’album et vous pourrez télécharger ‘The Strange Attractor’. » La pochette de ce dernier est illustrée par un chat qui se reflète dans un miroir et celle de ‘Snowflake Midnight’ par un lapin noir. Des animaux qui éveillent inévitablement une sensation de tendresse, de quiétude…. Jeff précise : « En fait, le lapin est très sombre. Tout le monde imagine être en présence d’un animal doux, mignon, etc. Mais ce n’est pas le cas ici. Pas qu’il soit sinistre, mais il est plutôt mystérieux. Et cet aspect me plaît bien. Quand au chat, il est reflété dans le miroir, à l’infini… » Grasshopper ajoute : « Le chat et le lapin sont des créatures assez étranges. Pourtant ils font partie du décor. De notre entourage. Ce qui ne les empêche pas de manifester des attitudes singulières. Pour nous, ils symbolisent le passage vers un autre monde. Notre musique objective ou subjectivise ce voyage. Ce sont des symboles inconscients… » Mais ce chat reflété dans le miroir, qui reflète ce chat dans le miroir, etc., n’est-ce pas la vision de l’infini ? Grashopper confesse : « Je ne sais pas, mais je pense que oui. On essaie de saisir le dernier, mais on n’y arrive jamais. Quand on imagine parvenir au but, ce n’est qu’une illusion. » Jeff ajoute : « Il y a ici une allusion. Une chanson dans la chanson va se répéter. Mais pas de la manière attendue, car il y aura toujours une fraction qui sera différente… » Une symbolique du miroir qu’on retrouve dans le film de Jean Cocteau, ‘Orphée’. Grassphopper clarifie : « Plutôt chez le poète de la beat generation, William S. Burroughs… »

Ce qui permet de passer à un autre chapitre : les compositions de Mercury Rev. Et tout d’abord les lyrics. Un domaine au sein duquel, on retrouve de plus en plus de métaphores relatives à la nature. Mais est-ce uniquement pour donner une face plus poétique aux compos ou simplement parce que la nature est devenue leur nouveau credo ? Il faut savoir que Sean et Jonathan (Donahue, le chanteur) vivent aujourd’hui dans les montagnes de Castkill, au nord de New-York. On suppose donc que cet environnement doit influer sur l’imagerie des chansons. Grassphopper admet : « Oui, le fait de vivre là-bas insinue l’environnement dans les paroles. Mais j’ai tendance à y devenir de plus en plus claustrophobe. Cependant, si dans nos chansons, vous décryptez le thème de la nature, il y a également celui de la technologie. En fait, nous essayons de les lier intimement. » Des chansons qu’on pourrait décrire comme des contes de fées surréalistes destinés à célébrer l’irrationnel. Une réflexion qui déclenche de grands éclats de rires. Jeff confirme : « Tu as tout dit ! » Tout comme Grasshopper : « Pas grand-chose à ajouter ! » Jeff confie : « Lorsque nous sommes allés en Espagne, l’année dernière, nous avons visité le musée consacré à Salvatore Dali. Et nous avons été impressionnés… » Finalement, hormis William S. Burroughs, les auteurs n’influencent les textes de Mercury Rev, que très indirectement. Grasshopper commente : « La beat generation est une référence incontestable. On utilise ainsi l’inconscient. Ce qui est aussi une manière surréaliste de travailler. Plus les événements deviennent chaotiques, plus l’esprit tente de s’y engager, y est sensibilisé… » Ce qui explique sans doute pourquoi Mercury Rev vit aujourd’hui dans sa propre petite bulle… Grasshopper réagit : « Mercury Rev n’existe pas du tout… » (rires) Jeff en remet une couche : « Est-ce que quelque chose existe ? Tu sais ce que font deux bulles quand elles se rencontrent ? Soit elles éclatent, soit elles fusionnent. » Grasshopper embraie : « Oui, il existe une petite bulle au sein de laquelle nous créons. Mais on a bien souvent fait aussi éclater cette bulle. Une bulle peut ainsi devenir dix bulles… » Sans doute une allusion à une de leurs déclarations qui n’était pas passée inaperçue. Et pour cause, ils avaient avoué que les accidents heureux rendaient les événements plus humains et favorisaient la découverte… Jeff s’explique : « Si vous connaissez d’avance ce qui va se passer en studio avant d’y entrer, vous allez vous y ennuyer mortellement. Vous avez parfois besoin de frictions, de vous engueuler. D’échecs aussi. Cela appartient au processus de création. Peut-être que si le résultat n’est pas concluant, il faudra retenir l’expérience acquise, qui elle aura un impact positif. Et puis on a rencontre régulièrement des incidents en studio, car la technologie n’est pas toujours à la hauteur de nos attentes. » L’origine de la création et le Big Bang sont apparemment des sujets qui fascinent les musiciens de Mercury Rev. En fait, c’est ce qu’on croit comprendre lorsqu’on voit les projections visuelles utilisées pendant les concerts. Est-ce la raison pour laquelle, ils pensent qu’il est possible d’organiser le chaos ? Grasshopper réagit : « Ce n’est pas nous qui organisons le chaos, dans la mesure où le chaos est déjà organisé. Le chaos se situe à un autre niveau. Ce que vous pensez être un système chaotique respecte un ordre. Epouse des structures ». Jeff embraie : « Et pour voir cette structure chaotique émerger, il faudrait avoir un grand angle de vision qui dépasse l’échelle humaine. »   

Dans la musique de Mercury Rev, il y a quelque chose de symphonique. Une majesté, un sentiment de grandeur, susceptible de provoquer une élévation de l’âme. Jeff répond : « Je ne nie pas les influences symphoniques. Car nous écoutons des tas de styles musicaux. Depuis le rock’n roll à la musique de chambre. Dans celle que nous jouons actuellement, nous ne pouvons pas exclure ces références. Pas que nous soyons férus en la matière. Mais nous écoutons tous de la musique classique. En fait, on essaie de repérer dans ce genre musical ce qu’on pourrait utiliser pour notre création. » Ce qui devrait dès lors permettre au groupe de jouer en compagnie d’un orchestre symphonique ? Jeff réagit : « Nous avons tenté l’expérience à plusieurs reprises en Belgique. En fait l’idée est excellente, mais au lieu de la développer à l’aide d’un orchestre symphonique, je préfèrerai la limiter à la musique de chambre. Toujours dans le but de combiner les éléments naturels et l’électronique. Juxtaposer les deux. La plupart du temps, dans ce type d’expérience, les groupes sont soutenus par une armée de violonistes. Mais nous on préfère être prudents. Ne pas être trop présomptueux. Car il faut que le résultat de cette combinaison soit réussi » La formation a d’ailleurs travaillé sur un projet de musique de chambre imaginé par James Joyce. Trente-six musiciens y ont participé. Mais qu’est-il devenu ? Grasshopper répond : « Ca date de longtemps. Au moins cinq ans. Mais c’est vrai qu’il doit bientôt sortir » Jeff embraie : « Le retard est consécutif à des problèmes de droits d’auteur » Et Grasshopper d’avouer : « Je ne me souviens plus des artistes qui avaient collaboré au projet. C’est loin ! Mais on aime bien James Joyce… »

Les Flaming Lips et Mercury Rev bossent en compagnie du même producteur, Dave Fridmann. Mais partagent-ils la même vision de la musique ? Jeff répond : « D’une certaine manière. Nous avons une approche aventureuse de la musique comme eux. Mais leur style est personnel. Ils ont leurs propres règles. Ils ont le besoin de créer des choses excitantes. Parfois risquées. Ce n’est pas que notre musique ressemble à la leur, mais c’est surtout notre philosophie qui est semblable. » Mais ont-il encore des contacts avec Wayne ? Grasshopper répond « Occasionnellement. » Jeff précise : « On se croise plutôt. Et on s’envoie de temps autre des petits messages. » Grassphopper confirme : « Ce n’est pas que nous le voyons. C’est lui qui nous voit… » Dans le même ordre d’idées, ont-ils encore des contacts avec l’ancienne flûtiste Suzanne Thorpe et l’ex-chanteur David Barker. Grashopper répond : « Suzanne Thorpe a émigré sur la côte Ouest des Etats-Unis. Son travail est encore plus expérimental que le nôtre. Elle joue de la musique vraiment avant-gardiste. Pour l’instant elle bosse en compagnie de Pauline Oliveros. David Barker s’est établi à Chicago. Il est toujours impliqué dans le monde de la musique, mais plus comme musicien. Il est producteur et ingénieur du son. »

Merci à Vincent Devos

En concert le 24 novembre à L’Ancienne Belgique de Bruxelles.

Friendly Fires

D.I.Y. : le crédo de Friendly Fires…

Friendly Fires est une formation britannique. Issue de St Albans, dans le Hertfordshire. Fin 2007, le groupe avait édité un single fort intéressant : "Paris". Depuis, le combo s’était enfermé dans son studio pour enregistrer son premier elpee. Un accouchement difficile. Et pour cause, non seulement les musiciens sont des perfectionnistes, mais ils ont voulu tout contrôler. Même la pochette. De passage à Bruxelles, Ed Macfarlane, Jack Savidge et Edd Gibsonnous se sont expliqués sur leur manière de concevoir l’enregistrement d’un album ; mais également, nous ont parlé de leur parcours accompli depuis maintenant un peu plus de deux ans…

Pour l’instant, vous vivez un peu un rêve éveillé, non? Je m’explique : vous êtes signé chez XL (Radiohead, The White Stripes, Adele), votre single “Paris” a été élu meilleur single par le Guardian et le NME, vous avez joué en première partie d’Interpol à Dublin et même Bono a été impressionné par votre performance. Cette situation vous est-elle tombée soudainement sur la tête ou est-elle le résultat d’une lente et longue progression ?

Ed : Je pense qu’elle est le fruit d’une progression constante. Nous avons commencé à composer vers l’âge de quatorze ans. Mais nous avons dû attendre des mois avant de pouvoir monter sur les planches des clubs locaux. Car, en général, ce sont souvent des groupes de reprises qui s’y produisent. Et, enfin, quand on a commencé à y jouer, il n’y avait qu’une trentaine de personnes pour assister à nos sets. No potes ! Mais on a recommencé l’expérience plusieurs fois. Jusqu’au moment où on a décroché quelques concerts à Londres. C’était, super, géant même. Nous partions cependant dans l’inconnu. Le public potentiel avait peut être écouté quelques chansons sur MySpace ; cependant, il se demandait surtout ce que nous avions dans le ventre. Mais ce parcours nous a permis de nous frayer un chemin jusqu’ici.
Jack : En fait, depuis que nous sommes devenus Friendly Fires, soit plus ou moins deux ans et demi, notre itinéraire a été graduel. Nous avons eu besoin de beaucoup de temps pour sortir un album. Un cheminement bien plus progressif que celui de la plupart des autres groupes. Aujourd’hui, dès qu’une formation manifeste un peu de potentiel, on tente de forcer les événements. Tout va alors trop vite. Nous n’avons jamais voulu accepter de marcher dans ce système.
Edd : On est plus à l’aise ainsi. On ne se sent pas lâché dans un rêve au sein duquel on ne maîtrise plus rien.
Ed : C’est clair. Au départ nous ne disposions que de deux bonnes chansons. Or nous voulions, au moins, en écrire une dizaine. Tu sais, de bonnes chansons, susceptibles de plaire au public

Oui, d’ailleurs j’ai lu que vous aviez passé des heures et des heures à enregistrer... (rires)

Ed : Ouais, on a vraiment pas mal de trucs qui sonnent bien. Mais, bon ce sont surtout des jams ; et si les lignes de basse sont vraiment chouettes, tu ne peux pas vraiment transformer ces morceaux en chansons pop.

Sans quoi, vivez-vous de votre musique ou exercez-vous d’autres jobs, en parallèle ?

Jack : Non, c’est notre job, pour l’instant on n’a que ça.
Ed : Qui a dit ça ?
Jack : C’est moi, Jack (rires)

Donc vous avez réussi votre pari, vu que vous ne vouliez pas bosser chez HMV ?

Ed : Oui ! HMV est un magasin de disques à St Albans. Notre plus grande crainte était de se taper un job de routine. Mais finalement les circonstances nous ont été favorables. On a eu de la chance, quoi…

Militez-vous au sein d’un seul groupe ou certains d’entre vous participent-ils à d’autres projets ?

Ed : Non ! D’abord l’écriture de cet album a exigé beaucoup de temps. Et puis on veut beaucoup tourner. Aussi, si on veut vraiment s’impliquer à fond, on ne peut pas se disperser. Pour nous, multiplier les projets est impossible. Du moins pour l’instant. Quand on aura rôdé tout ce gros travail dans le groupe, on pourra donc y penser ; mais pour l’instant, l’objectif qui focalise notre attention, c’est Friendly Fires .

Votre premier album sort début septembre. J’imagine que votre excitation est à son comble ?

Tous : Absolument !
Jack : Par contre, on y croira vraiment que lorsque nous pourrons tenir le boîtier et la pochette en mains. L’enregistrement physique, comme objet naturel. Pour l’instant il n’existe pas vraiment. Les fichiers PDF et le booklet sont ‘congelés’ dans un ordinateur.
Ed : Je serai vraiment content lorsqu’il sortira. C’est le résultat de deux ans de travail.

A ce sujet, vous déclarez, dans votre bio, que cet album est ‘le produit fini de deux ans d’inspiration, de frustrations, de dur labeur et de passion’. Voulez-vous préciser votre idée ?

Ed : Comme nous avons produit le disque nous-mêmes, dans notre garage, nous éprouvons un sentiment de frustration. A force de réécouter tes chansons, tu finis par conclure que tel ou tel passage aurait pu sonner un peu mieux. Si quelqu’un d’extérieur produit ton album, il débarque au studio pendant quelques heures. Il fait l’une ou l’autre prise, puis décrète qu’elle est bonne. Un producteur t’emballe des chansons pop en buvant son café. Pas nous ! En nous réservant personnellement cette tâche, nous avons voulu que le résultat soit le plus parfait possible. Nous sommes des perfectionnistes. En ce qui me concerne, j’ai passé un temps fou à écouter et réécouter ma propre voix. Mais je crois que cette méthode a fini par payer.
Edd : Parfois, on écrit des chansons de bonne facture. Mais pas assez valables à notre goût. Aussi, on bosse dessus pendant des heures, en espérant l’améliorer. Et finalement, on se rend compte qu’il est impossible de rectifier le tir. Aussi, on l’abandonne… 

Vous enregistrez dans votre garage. Hormis une compo (NDR : "Jump In The Pool", produite par Paul Epworth), vous avez mis en forme l’intégralité de l’opus. Ce choix est-il dicté par une éthique DIY (Do It Yourself = Fais-le toi-même) ou est-ce plutôt une volonté de vouloir contrôler la moindre décision ?

Ed : Nos EPs et nos singles sont parus en édition limitée. Et nous nous étions chargés du design de la pochette. On a fait le choix de tout contrôler. Ainsi, tu risques moins de te faire ‘baiser’, si je puis m’exprimer de cette manière. Tu es responsable de tout. Finalement, l’artwork va aussi refléter ton identité en tant que groupe.
Jack : Nous avons une vision très particulière de notre création. Nous voulons tous être impliqués à tous les niveaux ; parce qu’il est vraiment fondamental de bien maîtriser les événements. De ne pas devoir accepter la manière de voir ou de penser d’une personne extérieure.

Ces choix étaient-ils partagés par votre label ou avez-vous ressenti de la résistance à cet égard ?

Ed : Totalement. Je crois qu’ils étaient derrière nous à 100%.
Jack : En même temps, lorsque le label est entré en jeu, nous avions déjà réalisé 70% de l’album. Maintenant, il est vrai que d’autres labels nous ont proposé de réenregistrer les pistes dans leur studio. Mais ce n’était pas dans notre projet. XL a accepté notre choix. Notre son. C’est la manière dont on perçoit les choses. Et ils ont marqué leur accord à ce sujet.

Edd : En fait, nous avions établi cette règle avant qu’un label ne se manifeste. Et certains concurrents on voulu changer la donne. Pas XL.
Ed : XL montre vraiment beaucoup de respect pour ses artistes. Il admet qu’ils puissent avoir une autre manière de travailler. De penser. Pourvu que le résultat soit à la hauteur.  

Votre répertoire est assez éclectique. Quelles en sont les raisons ? Votre humeur du moment ? Une évolution de vos influences consécutives aux deux années nécessitées pour l’écriture et l’enregistrement du disque ou est-ce simplement un choix ?

Ed : Lorsqu’on écrit une chanson, il n’y a jamais de plan préétabli. Par exemple, quand on a composé « Paris », on aimait vraiment la rythmique. On a ajouté plein de mélodies ; et le résultat était probant. Nous étions satisfaits du résultat et nous étions prêts à reproduire la même recette. Mais finalement, à l’issue des sessions d’enregistrement, la chanson était totalement transformée. En fait, on a simplement commencé à jammer et quand on s’est arrêté, la compo n’était plus la même.
Jack : Je pense aussi qu’inconsciemment, personne ici ne veut repasser les plats.
Ed : En fait, je crois qu’on est incapables de répéter une bonne partie des morceaux qu’on a construits. J’espère que je me que je me fais bien comprendre.
Jack : Je pense tout à fait le contraire…
Ed : Bien sûr, on pourrait écrire un deuxième « Paris » ; mais quand on arrive en studio avec une chanson, elle est systématiquement modifiée par les jams. Et dans 99% des cas, le résultat final est différent.
Edd : Oui mais par contre, on peut facilement reprendre deux accords percutants comme base d’une chanson, et construire un truc distinct ensuite.
Ed : Personnellement j’écoute rarement un album de 45 minutes de bout en bout. Mais si quelqu’un est capable d’y parvenir de A à Z, il doit ressentir une drôle d’impression. Surtout si la musique est totalement linéaire. D’ailleurs je pense que la nôtre baigne dans un univers tout autre que celui de la house et de la dance, car elle fluctue constamment. Et comme tous les titres sonnent distinctement, tu es obligé de les écouter attentivement. Si c’est répétitif, au bout d’un certain moment, tu déconnectes et tu n’y prêtes plus guère attention.

J’évoquais tout à l’heure Bono qui avait été impressionné par votre performance. Estimez-vous que Friendly Fires est un groupe qui prend toute sa dimension en live ?

Ed : Oui ! Nous avons dû modifier certaines composantes pour les adapter à la formule ‘live’. En concert, nous sommes quatre ; et certaines partitions sont impossibles à recréer sur scène de manière totalement identique. Il y a la version studio et la version ‘live’. Je pense d’ailleurs que c’est positif. La version ‘live’ est beaucoup plus agressive, trashy, brute. Nous ne nous contentons pas d’interpréter le titre exactement comme sur le disque. Il reflète davantage l’esprit de nos 15 ou 16 ans. On y injecte toute notre énergie, toute notre détermination à remuer. On y met les guitares bien en avant. Bref, on cherche à rendre notre excitation très perceptible, parce que si un groupe est à fond dedans lors des concerts, c’est déjà 60% de gagné. C’est plus important que la perfection de la musique ou du son.
Edd : Donc au cours de toutes ces années, tu essayais seulement de bien paraître ? (rires)
Ed : Non, je ne dis pas qu’on essaye de bien paraître, mais je pense que cette attitude impulsive est très importante en ‘live’ ; parce que la plupart du temps, en concert, les retours sont quasi inexistants, et tu tentes désespérément de percevoir ce que tu joues. Aussi, si le groupe semble s’investir à fond dans son trip, le public va être beaucoup plus impressionné.

Donc on arrive à ma dernière question, plus bateau : quels sont vos projets pour l’année prochaine, hormis tourner pour promouvoir l’album ?

Jack : Nous n’avons pas beaucoup de choix pour l’instant. Nous sommes ‘bookés’ jusque fin octobre. Au moins !
Ed : Même décembre, si on tient compte de la tournée américaine et de quelques autres concerts... Sinon, on va se remettre à composer ; mais je crois qu’on va s’y consacrer lorsqu’on sera de retour en studio ; car sur la route on est dépendant d’un portable. Pas l’idéal ! Je veux dire que sur un ordinateur, tu te contentes d’enchaîner des sons ; et ce n’est pas la meilleure manière d’écrire des chansons. Il est toujours plus judicieux d’utiliser nos instruments pour accomplir cette tâche. Mais on verra plus tard…

Jack : Oui, plus tard. Enregistrons un album pour Noël...
Ed : Oui, un Christmas Album... (rires)

 

James Deano

Grand frère malgré lui

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Spa, le 17 juillet 2008, 19h10. Les Francofolies de la ville d’eau ont commencé quelques heures plus tôt. De stratus en crachin, de gouttelettes en averses, les premiers participants font la file un peu partout, surtout où il reste des zones à l’abri. Aux stands bracelets et aux échoppes, le monde s’agglutine, sans opérer le moindre mouvement de foule incontrôlé. Un début de festivités donc, un peu froid et humide ; mais il en faut plus pour anéantir l’esprit ardennais. J’ai rendez-vous à 19h15 avec Emilie, attachée de presse auprès de la maison de disques Warner. Motif : une interview de James Deano. Dans le sas de l’hôtel Radisson, c’est l’effervescence à la réception. Armés de laissez-passer, de caméras, de micros et d’appareils photos, les journalistes se ruent sur l’accueil. Tout est goupillé à la minute près. Il s’agit de ne pas louper la sienne. Emilie me reçoit en affichant un grand sourire, aussi chaleureux que la couleur de veste ‘flashi’ qu’elle porte. ‘Je gère’ me dit-elle. ‘Tout est nickel. Tout est dans les temps’. Les interviews s’enchaînent. La séance de dédicaces reste d’actualité, même si Deano n’apprécie que très peu ce genre d’exercice. Il semble ne pas encore réaliser l’intérêt qu’on lui porte. L’entretien se déroulera dans le petit salon. Entre quatre yeux et deux cafés. ‘Bien chauds les cafés svp’…

Salut Olivier (NDR : Olivier Nardin est le véritable nom de James Deano). Comment vas-tu, dis moi ? Tu m’as l’air un peu ‘cassé’.

En fait, je suis malade comme un chien. Mes cordes vocales sont bousillées ; et je sens bien que techniquement, ce soir ça va être chaud.

Manifestement, j’entends bien que ta voix est plutôt ‘loin’ (NDR : le timbre de Deano est plutôt rauque, et pour bien le comprendre, il faut bien tendre l’oreille)

Ouais, mais c’est Spa. Les gens m’attendent. Certains au tournant d’ailleurs. Je dois donc jouer. J’ai failli laisser tomber ; mais je vais le faire. Il y a quelques années que je tourne et je n’ai jamais annulé une seule date. Je vais me produire ce soir. Mais ça risque d’être très chaud, c’est clair.

Tu n’en a pas un peu marre de toutes ces interviews ? Il faut presque se battre pour fixer un rendez-vous. A moins peut-être que ce rythme de vie te grise ?

Je vais t’avouer sincèrement : je sors d’une année faste. J’ai accordé des interviews partout. Je devais répondre non stop. J’en étais gavé. Mais là, il y a deux heures que je suis occupé, et je le vis bien. C’est sympa !

C’est vrai que la presse belge regorge de tes interviews…

Le pire, c’est que ma maison de disques ne me trouvait pas assez convaincant. Pas assez vendeur. Déjà que, je ne suis pas toujours à l’aise dans ce genre d’exercice. Mais si tu veux avoir confiance en toi, la pression ne t’aide pas. Surtout de leur part. Cette situation n’est pas drôle, tu sais. Aussi, je me suis posé pas mal de questions.

Oui, mais c’est de bonne guerre !

Exact, c’est de bonne guerre. Quoiqu’on en pense, c’est le jeu.

C’est le business quoi.

Il n’y a pas le choix de toute façon !

La sortie du « Fils Du Commissaire » date de janvier 2008. Mais il y a un bon moment que tu te sers des mêmes morceaux qui y figurent. Ca va, tu tiens le coup ?

Je t’avoue que je tourne avec les mêmes chansons depuis quatre grosses années. A force, c’est saoulant, oui. Je ne prends plus le même plaisir qu’au début, c’est certain. Heureusement il y a l’adrénaline du public. Elle se renouvelle constamment. Ce n’est jamais la même chose. Raper toujours les mêmes chansons devient obsessionnel, limite chiant.

Justement, au fil du temps, j’ai l’impression que tu t’es adouci dans tes sets. Tu semble moins tranchant, moins underground dans la manière de les jouer.

Oui et non. Les chansons sont toujours les mêmes. Elles n’ont pas pu changer du tout au tout. C’est pareil depuis le début. Du son au flow. J’ai du mal à croire que le changement soit si radical. A la limite, lors de la réinterprétation des textes sur l’album, il est possible que des adaptations soient intervenues. Sur scène, non !! Le truc qu’il faut se dire, c’est que quand tu composes un morceau, tu l’enregistres d’abord sur du ‘home studio’, un pc ou un autre support. Tu invites les gens qui gravitent autour de toi à écouter la maquette pour voir si elle plaît. Mais d’office quand tu passes en studio, tu radoucis l’ensemble. Ceux qui sont susceptibles de se rendre compte de cette situation n’appartiennent qu’à un cercle privé d’amis.

Si on compare tes compos actuelles, à l’esprit « Branleur de Service », tu avoueras que la métamorphose est quand même flagrante !

Ouaiiiiis, ça c’est clair. « Branleur de Service » date de 2003 !! Mais on n’est quand même pas si loin de ce que je fais actuellement ?? A savoir que c’était déjà un thème, une histoire, quelque chose d’un peu choquant,… tu vois ce que je veux dire ? Mais quand à cette époque, j’ai compris ce que ce morceau impliquait, je n’ai plus jamais voulu reproduire ce genre de truc. C’est tombé dans des oreilles de personnes que je ne ciblais pas. Je ne veux plus être aussi hardcore. Mais oui, c’est une critique qui revient souvent : ‘Ouais on te préférait comme t’étais avant, t’étais plus underground, plus hardcore, blabla…’ Ils ont raison. Personnellement, je n’ai plus envie d’être drôle ou doux. J’ai envie de retirer cette étiquette. Je souhaite quelque chose de plus violent. En plus, je suis quelqu’un de très violent, à l’intérieur de moi. Si je devais être fidèle à moi même, mon rap le serait beaucoup que ce qu’il est maintenant.

Qu’est-ce que tu veux dire ? Tu parles de ton avenir ?

Oui, il se peut que j’emprunte cette direction. Mais je ne renierai jamais mes choix. Il fallait adopter une stratégie, au début. Quelque part, si ce style a bien marché, c’est que j’ai pu bénéficier d’un support médiatique. Ma carrière à beaucoup évolué grâce à ce soutien. Ce n’était pas si mal joué de notre part. Ta carrière, heureusement, tu ne la fais pas que sur un seul album.

A ce moment précis, Michel Fugain fait son apparition devant le salon ou Deano et moi même nous entretenons. Il a une tête à faire peur. Il se rend à une interview, celle qui va le rendre un peu moins populaire pendant ce festival. Mais ça c’est une autre histoire.

Le gros buzz de James Deano, c’est quand même « Les Blancs ne Savent pas Danser ». Pourtant, ce morceau est tellement peu représentatif du reste de l’album. Dommage que ce soit celui-là qui ait été le plus médiatisé, non ?

Le problème, c’est que tu ne sais pas faire autrement. Mais moi, « Les Blancs ne Savent pas Danser », c’est un morceau que je kiffe. Et que je kiffe encore aujourd’hui. Où que j’aille en Belgique, en France. Quelle que soit la commune ou la profondeur du quartier, tout le monde la fredonne. Donc fatalement, c’est une chanson qui a plu, sinon les gens ne la connaîtraient pas. Même plus besoin de chanter le refrain. Je trouve son thème original, même si ce n’est pas ce que j’ai écrit de plus profond. Stratégiquement, tu ne peux pas vendre tout un album d’un coup. Tu dois choisir un extrait à la fois, et le balancer. Le boss de Skyrock France (NDR : Pierre Belanger) avait bien flashé dessus et a décidé de le booster. Immédiatement, ma maison de disques et moi même avons marqué notre accord. Il y a une brèche qui s’ouvre, on fonce ! C’est logique, tu essayes à un moment de vivre de ce que tu fais. Tu veux que ça aille plus loin.

Je comprends, mais tu ne m’ôteras pas l’idée que « Les Blancs… » n’est pas représentatif de l’elpee.

C’est clair. L’album n’a rien à voir avec « Les Blancs ne Savent pas Danser ». C’est le tout dernier morceau que j’ai écrit. Je voulais le concevoir dans un esprit ‘club’, mais ne pas faire du krunk, genre rap américain qui tourne pas mal pour le moment. C’était plutôt une envie de créer quelque chose de plus populaire, plus camping. Un esprit disco populo, avec un refrain où tout le monde chante dessus. J’ai bossé dessus dans cette optique. Je n’ai pas ‘vendu mon cul’ à qui que ce soit. Il est de la même veine que « El Playboy », ou « Tu t’es Vu ? ». Le but est purement commercial… Le revers c’est que pas mal de mamans et de petits ont dû être déçus. Ce morceau les a touchés ; et le reste de ce que je fais, n’est pas vraiment le même.

C’est ce qui explique un peu l’éclectisme de ton public ? Pas toujours habillé Adidas peau de pêche et casquette Lacoste. C’est devenu plus familial, grâce à ce morceau ?

Tout à fait, les petits viennent accompagnés de leur maman. J’ai flashé. Je ne connais pas leurs goûts ou ce qu’ils veulent. Je n’ai pas de petit frère ou de petits cousins, ça m’est complètement inconnu. Ca fout la trouille. Quand tu comprends que les familles viennent avec en tête « Les Blancs… », ils doivent se dire en voyant le set, que je suis plus violent, plus trash. Ils ne s’attendent pas à ça.

Et ça te bride ?

Non ça ne me bride pas, mais je me dis quand même, que certaines personnes ont dû être déçues en assistant à mes concerts.

Personnellement, je kiffe plus des morceaux comme « Le Son Du Cosmos » ou  « Loin de la Vérité ». Ils sont vraiment excellents ! C’est le genre de titre auquel je pense plus, quand je réfléchis à ton album. Pourquoi ne les joues-tu jamais en live ?

Le « Son du Cosmos », je t’explique. Un soir j’ai fait la première partie de Diam’s à l’Ancienne Belgique. Le public n’a rien compris. Il est resté interrogatif. Depuis, je ne le joue plus sur scène. C’est un morceau, qui n’est ni rap, ni slam. C’est un truc un peu bâtard. Peu de monde le comprend vraiment. Ca me fait plaisir de rencontrer quelqu’un qui l’aime bien.

A l’époque de « Branleur …», tu avais le soutien de Soprano, par exemple. Lors d’une émission sur Skyrock, où tu étais l’invité, des mecs du milieu rap français appelaient la radio pour t’encenser. Ils sont toujours là à te soutenir, maintenant que t’as modifié un peu ton style ?

Je ne sais pas. Soprano, il nous a supportés quand il fallait le faire. Il a raconté des bribes de l’aventure. Maintenant, je crois qu’il nous apprécie, sans plus. Le truc qui a peut-être perturbé l’avis des gens, c’est qu’à un moment, il fallait enregistrer un clip. Et que nous avons eu l’occasion de le réaliser pour deux morceaux. « Les Blancs ne Savent pas Danser » était un choix imparable. Il tournait en radio, il fallait le concrétiser. Pour le deuxième, par contre, nous aurions peut-être dû choisir une compo plus sombre, plus travaillée. Mais nous avons dû choisir le « Fils du Commissaire », pour justifier le titre de l’album. Tout le concept qu’on a mis en place, tournait autour de cette chanson. Ce sont deux plages ‘comiques’ qui sortent du lot. Du coup, bing ! Etiquette ! Mais on le savait. On a les couilles. Cette étiquette, je la retire quand je veux.

Ce qui laisse présager un deuxième album plus ‘travaillé’ ? Destiné à un autre public, du coup.

C’est clair, l’humour je ne m’en sens plus capable. Sincèrement, je n’ai plus envie de rire… ni de faire rire. Et encore moins de passer pour un bouffon. Je souhaite passer à quelque chose d’un peu plus violent. Attention, mes propos sont étrangers à toute incitation à la violence. Ce serait plutôt l’interprétation de ce mal-être qu’on a en nous, ce besoin de sortir ses tripes. Quelque chose qui correspond davantage à l’image que l’on a de moi : drôle et enjoué. Je suis plus torturé qu’enthousiaste et positif. Il y a une incohérence dans ma démarche.

Ton futur sera donc plus sincère ?

Pour être franc, le rap commence à me saouler un peu aussi ; tout cette subculture, cette expression de la rue ne me touche plus de la même façon. Pour le prochain album, je vais sans doute m’orienter vers une formule plus chantée. Proposer plus de vibrations et d’enchaînements. Un truc beaucoup plus musical.

On va te laisser certainement moins de temps que le premier, pour le concevoir. Tu vas être sous pression, gars !

Complètement, mais je le suis déjà maintenant tu sais. En plus, je n’ai pas encore un seul texte. Je n’ai rien. Pas une idée, pas une piste. Wellou. Je ne sais même pas si ça va être possible.

En tout cas, nous espérons bien te retrouver sur une deuxième galette !

Ben espérons… (rires)

 

 

Elvis’ Ghettoblaster

Masters on a private joke

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Elvis' Ghettoblaster est un groupe issu de la région de Bruxelles. Une formation responsable d’un nouvel album. Mortel ! Son titre ? « Love is a Schizophrenic Hungry Monster ». Si vous habitez la capitale, vous ne pouvez passer à côté de cette affiche jaune illustrée par un poste de radio. C’est aussi l’image reproduite au recto de la pochette. Elvis' Ghettoblaster c’est également un groupe dont les prestations ‘live’ sont accordées à l’arrache et avec les tripes. De joyeux drilles qui ne se prennent pas au sérieux. Pourtant, ils injectent dans leur musique toute leur passion et toute leur énergie. Une manière de démontrer leur sincérité. Cette interview a presque été volée au peu de temps libre dont ils disposent. Ce qui ne les a pas empêchés de répondre aux questions en leur âme et conscience.

Alors première question, Elvis' GhettoBlaster pourquoi ? Et pourquoi pas Jonnhy Radio Cassette d’abord ?

Julien : C’est une longue histoire… Une ‘private joke’.
Enzo : Le nom du groupe est un hommage à Elvis Presley et au hip hop, mais aussi aux ghettoblasters, des radios souvent énormes que trimballaient les breakdancers. Aux débuts de l’aventure je me chargeais des bruitages et des collages à l’aide d’un ghettoblaster et Greg (notre chanteur) y ajoutait le chant en imitant Elvis. Le nom du groupe s’est ainsi imposé,  même si les gens l’écorchent ou l’oublient quinze secondes après l’avoir entendu.
John: C’est surtout qu’Elvis est meilleur que Johnny et c’est un ghettoblaster est indémodable !

J’ai la berlue ou quoi ? Le booklet mentionne un line-up de 4 musiciens et vous ne vous produisez que sous la forme d’un trio, sur scène ? Quel est le schizo dans le groupe qui se paie un dédoublement de personnalité ?

Julien : C’est moi ! Non, je rigole. En fait, c’est moins marrant…
Enzo : Nous avons composé l’album à quatre. On s’apprêtait à le sortir en novembre de l’année passée mais notre chanteur est tombé malade. Il ne pourra plus participer aux concerts avant 2009. On a un peu réfléchi sur la suite des événements. On ne souhaitait pas repousser la sortie du disque à 2009. Le projet aurait perdu de sa fraîcheur, et musicalement on serait passé à autre chose. Le choix n’a pas été facile à opérer, mais on a décidé de continuer à trois. Maintenant nous partageons tous les vocaux ; d’ailleurs nous avons reçu de bons échos de cette nouvelle formule. Nous ambitionnons même de devenir les Beach Boys du rock garage.
Julien : La formule marche plutôt bien, même s’il a fallu deux ou trois concerts pour s’y habituer.

Sinon les événements se bousculent pour vous. On voit vos affiches un peu partout chez les disquaires et celles de vos concerts sont bien mises en évidence. Le bouche à oreille marche bien aussi. Que vous manque-t-il pour passer à la radio ?

John : De bonnes chansons…
Julien : Qu’on soit vêtus de jeans slims, chaussés de souliers pointus et coiffés comme George Michael à l’époque de « Wham ! ». Plus sérieusement, on n’entre apparemment pas dans le moule ; c’est du moins les échos que nous avons reçus.
Enzo : Nos morceaux sont surtout diffusés sur les radios libres et universitaires. En ce qui concerne les grosses stations comme Pure FM ou feu Mint, c’est plus compliqué. Chez Pure, des animateurs comme Jacques de Pierpont ou Sylvestre Defontaine nous programment régulièrement dans leurs émissions respectives. Mais pour passer en journée, c’est une autre paire de manches. Comme disait IAM, reste underground…
Julien : Si tu as l’esprit d’observation, le rock crasseux ne passe plus trop sur antenne, pour l’instant. Ce qui marche ? C’est le rock de stade ultra produit générateur de grands hymnes héroïques ou bien alors le folk. Personnellement, j’ai vraiment l’impression qu’on est revenu à l’époque des groupes de garçons coiffeurs. C’est « The final Countdown » d’Europe, les panties léopard en moins… Je crois que certaines radios n’osent plus sélectionner de musique un peu plus barrée… On n’est plus en 1998… De plus, le marché en Belgique est très petit. Tout le monde se connaît ; et ce sont souvent les mêmes qui trustent les temps d’antenne…

J’ai assisté à un de vos sets sur les planches. Quelle pèche ! C’est encoure plus puissant que sur le disque ! Vous vous bridez en studio ou vous ne vous imposez pas les mêmes limites en ‘live’ ?

Enzo : Dans tous les cas, le studio c’est une autre manière de travailler. La palette de sons utilisés est plus riche et il y a plus d’arrangements. Un concert rencontre une autre dynamique, c’est vrai. C’est plus vivant. Et cet esprit n’est pas toujours facile à restituer sur disque. Pour le prochain peut-être…
John : Ce sont deux aspects complètement différents ; et le traitement est donc distinct. Mais nous en sommes conscients. Et puis sur scène, tu bénéficies de la présence du public qu’il n’est pas possible d’inviter en studio... on devrait y penser à l’avenir.
Julien : Non. Mais c’est très compliqué de restituer sur disque, l’énergie ‘live’… Et puis on ne disposait pas des moyens techniques pour enregistrer tout en une seule prise. Tous ensemble dans la même pièce. Ce qui aurait été plus rock and roll… Il n’y a que « Stoner » qui a été réalisé dans ces conditions. Pour le reste, c’était de manière classique, instrument par instrument. Le résultat de ce type d’enregistrement est souvent un peu plus sage. Mais bon, c’est quand même pas de la variété hein ?

« Love is a Schizophrenic Hungry Monster » constitue votre deuxième album. Eprouvez-vous davantage de fierté à son égard que vis-à-vis du premier ?

Julien : Largement plus que pour le premier. Il n’était qu’à moitié réussi. Une expérience de jeunesse avec laquelle on a fait nos armes.
Enzo : Le premier a des côtés attachants. On l’a enregistré alors que le groupe existait depuis deux ans. C’est notre première expérience en studio et on l’a enregistré dans des conditions un peu chaotiques. L’ingé son fumait trop de pétards et notre producteur de l’époque épousait un mode de vie rock’n’roll. J’ai mixé l’album avec lui en une journée et une nuit, à l’arrache sur des bandes huit pistes qu’on avait saturées pour obtenir des sons plus chauds. C’est pas vraiment la meilleure manière de procéder… Résultat, il est partagé entre des bonnes choses et d’autres totalement ratées qui me font encore rire aujourd’hui. Entre le premier album et le second, on a tous participé à d’autres projets musicaux et on a acquis des connaissances techniques qui nous ont permis de ne pas faire deux fois les mêmes conneries. Donc, artistiquement, on a réalisé notre projet en concoctant ce  « Love, etc. ». Christine Verschorren (Ghinzu, Kris Dane et quelques autres) a également apporté son concours. Elle a mixé l’album de main de maître. Au fil du temps, tu finis toujours par te dire qu’un morceau aurait pu sonner mieux ou plus audacieux… Mais faut pas se fixer là-dessus et essayer de continuer à avancer artistiquement.
Julien : Pour « Love is a Schizophrenic Hungry Monster », je suis convaincu qu’on pourra le reprendre en main dans dix ans et se regarder sans honte dans une glace en se disant : ‘On a fait un bon album de rock’. Et puis on a dû se battre presque seuls pendant deux ans pour mener le projet à son terme. Ce qui rend son aboutissement encore plus jubilatoire…

Vous changez constamment de label. Vous vous engueulez avec tout le monde ou quoi ?

Julien : Non, mais c’est dur de dénicher un label qui veuille vraiment travailler sur ton disque.
Enzo : Celui de  notre premier album s’appelait Magnet Records. C’était une structure bruxelloise montée par Jean-Pol Van Ham, un type très branché sur la musique et particulièrement enthousiaste. A l’époque il a signé une dizaine de groupes en même temps. Mais il ne parvenait plus à suivre l’ensemble de son écurie. C’était un peu trop pour un seul homme. Conséquence : les albums étaient quasi ignorés et ne bénéficiaient d’aucune promo. Sortir le premier album a été un parcours du combattant, car Magnet commençait à péricliter. Un peu plus tard Jean Pol a revu le cadre de ses activités. Il a commencé à bosser avec Vaya Con Dios et il a construit un studio à Louvain. Signer des groupes n’est plus sa priorité. Pour le deuxième d’Elvis, on n’avait donc plus de label. On a essayé de trouver un deal pour l’album en Belgique et à l’étranger mais nos recherches n’ont pas abouties. Vu qu’on n’est jamais mieux servi que par soi-même, on a décidé de s’en charger personnellement.
Julien : Pour nous, on préfère une petite structure qui se bat vraiment pour nous qu’un gros truc au sein duquel tu n’es qu’un groupe parmi 50 autres.

Le paquet d’effets electro tout le long de l’album est franchement succulent. D’où proviennent tous ces sons ?

Julien : C’est Enzo qui les a imaginés dans sa cave, en buvant du vin sarde… !
Enzo : J’ai toujours aimé triturer les sons et cette technique a toujours été une composante importante du groupe. Je suis fan de reggae et de hip hop. Ce sont des genres qui utilisent beaucoup l’électronique. Il était donc naturel que je les injecte dans les morceaux…

Comment se déroule le processus de composition chez Elvis ? Chacun vient y mettre son grain de sel ou vous composez en tribu ?

Enzo : Le processus de base est collectif : quelqu’un amène une idée et le groupe la retravaille.
John : Chacun amène des idées et les autres viennent greffer les leurs. C’est ainsi depuis le début.
Julien : La plupart du temps on crée les morceaux ensemble. Quelquefois, les idées démarrent lors de chipotages en répet’…
Enzo : Dès que la structure du titre est fixée, on enregistre pour voir comment la compo sonne. Si c’est bon, je m’amuse à ajouter des sons et d’autres instruments, histoire de voir où on peut ‘amener’ le titre.

La durée assez courte des morceaux, c’est un peu dans l’esprit punk-rock, non ?

Julien : Tout à fait ! On est de grand partisans du format 2 minutes 30 ou 3 minutes. C’est l’essence même du rock non ?
Enzo : On est tous des fans de punk rock et puis notre musique passe mieux si elle est concise.
John : Oui, essayer d'aller à l'essentiel ! Avant on jouait un morceau qui pouvait durer 10 minutes. La structure n'était pas figée et on se laissait aller.
Julien : Il faut qu’une chanson soit directe et pas trop longue, sinon le public se lasse. Tu imagines un morceau d’Elvis’ Ghettoblaster long de 7 minutes ? Quelle horreur ! Les gens prendraient leurs jambes à leur cou. C’est trop bruyant…

En adoptant un format aussi court, ne craignez-vous pas justement de réduire l’univers qui gravite autour de vous ? Des morceaux de 25 minutes à la Mars Volta sont dans vos cordes. Ce genre de délire peut marquer les esprits, non ?

Enzo : Comme John te disait, à l'époque où on était quatre, on disposait d’un très long morceau qui dépassait souvent le quart d'heure. Cette longue transe bruitiste, très ‘free’, était devenue assez chouette à jouer. On pourrait y revenir un jour. Pour les chansons courtes, c'est une critique qui revient souvent, mais on est des inconditionnels de la maxime ‘less is more’

L’elpee recèle quelques petites perles. Et je pense à « Stoner » ou « Fears » par exemple, deux titres qui sentent le souffre et la damnation. Le coté ‘dark’ colle bien à votre image. Envisagez-vous de poursuivre dans cette voie ?

Julien : A une certaine époque on assumait moins ce côté un peu plus ‘sombre’, peut être un peu cliché… Nous apprécions la perspective du deuxième degré, voire même, carrément du quinzième…
Enzo : Il est probable qu’il existe une tendance dépressive dans ce groupe. J’imagine qu’on continuera à réaliser des choses légères et d’autres moins. Même si au sein de chaque morceau on injecte une petite dose d’humour !
John : On verra …

Comment voyez-vous l’avenir ?

John : Je pense qu'on peut encore faire un très bon album
Julien : Difficile à dire aujourd’hui. On va d’abord le défendre… Et puis voir si on en a un troisième dans le ventre.

Et comment le concevez-vous dans votre esprit ?

Enzo : A une certaine époque, on a tous espéré pouvoir vivre de notre art. On en est un peu revenus.
John : Personnellement, je verrais bien un deal signé auprès d’un label qui s'occupe de tout ce qui est administratif... et nous on se concentre sur ce qui nous intéresse...
Julien :
Franchement, si lorsque nous avons entamé l’aventure Elvis, on m’avait dit que je vivrais tout ce que j’y ai déjà vécu, j’aurais signé à deux mains. Même si on a aussi traversé des moments très difficiles.

La scène belge éprouve d'énormes difficultés pour faire décoller les projets. Vous avez tenté d’ouvrir d’autres horizons ?

Julien : Pour t’exporter, tu dois avoir déjà vendu pas mal d’albums dans ton propre pays... C’est le problème. Mais on est en contact avec la France…
Enzo : Julien et moi-même avons participé à l’organisation des soirées Rock&Brol, des soirées éclectiques où le rock croise l’électro qui croise le hip hop qui croise le reggae. En plus on invite des groupes qu’on aime bien. John John Bretzel (notre bassiste) milite chez Austin Lace depuis de nombreuses années. J’ai aussi vécu une bonne partie du parcours d’Austin Lace (NDR : il vient de cesser sa collaboration). J’ai également pris part à d’autres projets comme Hallo Kosmo (du hip hop en allemand) et je m’amuse à assurer le rôle de dj, de temps en temps. Notre chanteur, Greg, est également impliqué au sein d’autres projets : Mr Mo In Jojoland et Albern Borges. J’ai brièvement participé à ce dernier. Il est toujours enrichissant de multiplier les collaborations artistiques. Elles te permettent de progresser tout en nourrissant ta propre muse. Mais attention à l’indigestion !

Quels sont vos prochains concerts ??

Julien : Dour, Bucolique Festival, Botanique en octobre,… le mieux est de consulter notre page Myspace http://www.myspace.com/elvisghettoblaster

Une dernière question en Private Joke comme vous en savourez : qui est ce photographe qui  réalise vos clichés tout pourris ?

Enzo : Un cas désespéré. Un type bizarre passionné par la taille des déjections des dinosaures.
John : Silvio, un dealer d'Etterbeek !
Julien : Ouais, c’est lui qui fournit Enzo en vin du terroir…  

(photo : Silvio Cassano)

My Brightest Diamond

Une skateuse à l’opéra

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Petit mètre 60, sweat capuche aux mille têtes de morts, coiffure surmodelée de diva, Shara Worden est l’incarnation du contraste. Tantôt maturité et naturel lui donnent l’aura d’une femme fatale, tantôt indécision et pudeur ravivent son air de moineau égaré. Les propos sont réservés, orientés, puis on saisit une accroche; un accordéon sur la pochette –non, je n’en joue pas ! C’est mon père !– et c’est l’occasion de tisser le fil de l’histoire familiale d’une sensibilité musicale ; les rêves de gamines, les vocalises à l’âge de 7 ans, la formation ‘classique’. Mais alors, les têtes de mort sur le sweat ? Là, les résistances tombent et la posture sage et posée s’effiloche aussi vite que jaillissent les réminiscences. Clins d’œil amusés et elle se raconte enfin ; une ambition d’opérette, une passion de skateuse puis une audition à la limite de l’échec car l’élève tardive –étourdie ou impertinente ?– entre en scène toujours munie de ses skates. Une sérieuse réprimande, un choix, un tournant décisif et, les skates au placard, c’est la musicienne qui triomphe. Tout sourire après ces incursions dans de doux-amers souvenirs et, enfin, Shara Worden rayonne autant que sa voix grave et troublante. Puis la vie reprend son cours. Jolie rencontre pour un joli album ; mille dents de requins et à peu près autant de frissons.

Certaines chansons du deuxième album ont été écrites avant la sortie du précédent, “Bring me the workhorse”. Pourquoi ne pas les avoir intégrées?

Je m’explique. Au début, j’ai voulu distinguer les chansons enregistrées en compagnie du ‘String quartet arrangement’, parce qu’elles semblaient mieux coller ensemble; mais au fil du temps, j’ai commencé à embrasser une nouvelle approche du répertoire et à le trouver plus proche, plus homogène. Là j’ai pensé, c’est vrai, que les chansons « Pluto’s moon » and « Goodbye forever » auraient pu très bien figurer sur le premier album ; par contre « Inside a boy », « The ice and the storm » et « From the top of the moon » sont des nouveaux morceaux. Je les ai composés l’année dernière et ils sont vraiment liés à ce nouveau cd.

Veux-tu dire que tu étais vraiment dans un autre état d’esprit ?

Oui, je crois. Simplement, parce que je ne pouvais pas aller aussi loin qu’avant. Tu vois, sur le premier, la plupart des chansons, je les ai écrites surtout pour moi, au calme. A cette époque, je me contentais d’un concert par mois ; donc elles n’étaient pas spécifiquement destinées à meubler un an de tournée. Par contre, lors du deuxième, j’ai été plus réaliste ; et je me suis dit qu’elles allaient sans doute me servir pendant une année. Alors, qu’est-ce que j’ai envie de jouer ! Mais tu vois, je ne souhaite pas me taper « The diamond » tous les soirs ! A la limite, je n’ai pas trop l’intention de l’interpréter en public. Parce que c’est trop lourd et techniquement extrêmement difficile à reproduire. Et puis ça exige une grande dépense d’énergie.

Et quand as-tu commencé à chanter ?

En fait, je n’ai jamais cessé. J’ai commencé quand j’étais toute petite.

Tu as accompagné Sufjan Stevens, tout un temps ?

Nous avons accompli une tournée au Japon ensemble. C’est un musicien extraordinaire. Ce périple m’a donné l’inspiration pour me lancer dans le projet My Brightest Diamond.

Tu imagines une collaboration avec lui ?

Aucune idée, vraiment ! C’est comme essayer de capturer un papillon ! Sufjan est constamment occupé de zigzaguer. Il est impossible de prévoir sa trajectoire !

Le titre de l’elpee, si j’ai bien compris, les « 1 000 dents de requins » se réfèrent aux mille petits rayons de soleil qui te piquent doucement lorsque tu interagis avec quelqu’un ; ça représenterait donc la distance idéale à garder face aux proches pour être touché sans trop s’exposer… enfin, si j’ai bien compris ?

(rires) Ah ! Maintenant tu comprends combien il est dur pour moi d’expliquer le titre de cet album aux journalistes ! Oui, c’est vraiment l’idée que j’essaie de faire passer ; mais elle demeure très abstraite. Dans toute relation, tu rencontres des dysfonctionnements. Quand tu débranches les connections malsaines, il faut les remplacer par des bonnes connections ; autrement dit, changer sa façon d’aimer. Et j’ai l’impression que la vie c’est ça ; les connections malsaines, c’est l’insécurité, tes propres peurs, tes habitudes, tes façons de te protéger dont tu n’es pas conscient ; alors tu fonces dedans, et c’est en te blessant que ça devient conscient ; là, tu te dis, la prochaine fois que je verrai l’obstacle, je ne foncerai plus dedans ; et donc c’est ça l’équilibre à rechercher, à travers les mille dents de requins.

Sur le morceau « Black’n costaud » figurent des phrases en français. As-tu eu l’occasion de l’apprendre?

Un peu, j’ai pris des cours. Je le comprends mais le parle mal. En fait, ces paroles se résument simplement à quelques phrases issues d’un opéra de Ravel ; la seule ligne que j’ai vraiment changée c’est ‘marmalad’moi’.

Aimerais-tu travailler en compagnie d’artistes francophones ?

Malheureusement, je n’en connais pas beaucoup. J’aime beaucoup les romantiques des années 90. Debussy surtout. C’est toute mon éducation musicale !

Est-ce un choix de se tourner essentiellement vers une formation classique ?

En vérité, je préfère ; car dans le style classique, tu vas plutôt composer ta musique en fonction de l’écriture, alors qu’en rock tu vas peut-être penser les paroles en fonction d’un rythme déjà établi. Personnellement, j’ai plutôt l’envie de conserver une liberté de choix dans l’écriture. Donc j’attache une valeur plus importante au songwriting. C’est la raison pour laquelle j’adopte le profil de type classique. Le rythme y est secondaire, alors qu’il est primordial dans le rock.

Y a-t-il des artistes que tu admires en compagnie desquels tu rêverais de tourner ?

Mais ça serait une véritable torture ! Je fondrais littéralement. J’avoue, ce serait clairement Nina Simone. Je l’aime énormément. Mais vraiment, je me décomposerais sur scène. Et puis j’aurais aimé voir Tom Waits, Peter Gabriel, Sonic Youth… Edith Piaf… Ils sont tous magnifiques.

L’accordéon sur la pochette… C’est bien toi, et pourtant tu n’en joues pas ?

Non, bien vu ! Je n’en joue pas. C’est mon père! Et c’est un symbole fort de ma famille, qui m’a baigné dans la musique. Et puis j’estime que l’accordéon est un pont entre la musique moderne et traditionnelle.

Et l’échelle sur la pochette ?

En fait, j’ai pompé l’idée chez un peintre allemand qui peint toujours des échelles ; c’est un symbole sur lequel il travaille beaucoup. Elle représente le pont entre la terre et le ciel. J’aimais bien cette idée.

« Bring me the workhorse » a été entièrement remixé dans un second album. Projettes-tu de recommencer une semblable expérience pour « A thousand shark’ teeth »?

C’est déjà prévu ! Il y aura plusieurs remixes, mais pas réunis sur un seul disque. Pour la circonstance, le concept impliquera trois artistes différents qui remixeront et produiront 3 EP’s.

Tu aimes aussi les sons électroniques alors, malgré ta formation de classique ?

J’aime tout !

Te sens-tu prêt à enregistrer un album électro ?

Pourquoi pas ! Maintenant, je ne suis pas une experte en matière de technique ; mais il est vrai que j’utilise les programmes informatiques pour enregistrer tout moi-même ; donc je pourrais apprendre vite ; je crois. Un jour, qui sait ! Et il est vrai qu’à une certaine époque j’écoutais un large spectre de styles musicaux. Même du punk ! Au collège, je sortais avec mes amis punks et j’étais skateuse. En réalité, j’ai un peu le vertige quand je regarde mon passé. Je me demande vraiment ‘mais qui suis-je au fond ?’ Et je crois que dans ma vie j’ai essayé de me chercher. A travers différentes façons d’être. J’étais une adolescente tourmentée à l’époque et le monde du skate me permettait un peu de sortir ma colère. Mais alors, le contraste, c’est que je me consacrais à l’opéra en même temps. Et j’ai même presque perdu un emploi à cause de mon comportement. Lors d’une audience, à la pause, avec trois collègues, on se rendait sur le parking où il y avait une rampe de skate. Et un jour, j’ai presque raté une épreuve, car j’étais occupée à faire du skate ! Par la suite, je n’ai plus travaillé au sein de cette boîte. Par mesure de prudence, ils voulaient me confisquer mes skates ! C’est vrai que mon attitude n’était pas très professionnelle ; j’ai presque raté mon entrée… J’étais tellement en retard que je suis arrivée sur scène chaussée de mes skates !

Pratiques-tu toujours du skate ?

Non… rires… Ca ne collait pas trop à l’opéra… J’ai fait mon choix !

Album : A thousand shark’s teeth; sortie le 17 juin 2008

 

Ben Ricour

Son image

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Ben Ricour, alchimiste des mots et sorcier des rythmes est de retour. Après son ‘Aventure’ plutôt solitaire, il s'est joliment entouré pour son second album, ‘Ton image’. Albin de la Simone, Thomas Bloch et autres talents ont mis les pieds dans ses ballades, de hasard en envies…

"Je ne voulais pas faire de collaborations à tout prix. C'est venu comme ça, au fil des rencontres. Au départ, il devait y avoir un truc avec Olivia sur l'album (NDR : Olivia Ruiz), mais ça ne s'arrangeait pas bien, c'était compliqué… et j'ai horreur de ce qui est compliqué. En ce qui concerne Mickaël de Mickey 3D il y avait un réel désir de collaboration. Pour -M-, c'était totalement imprévu. Il est passé au studio et je crois qu’il a été  électrisé de se retrouver une gratte dans les mains, du coup il m'a fait un truc très psychédélique." Et quand une improvisation chédidienne rencontre l'univers de Ben Ricour, ça donne ‘5 minutes’, un rendez-vous manqué, une aventure qui se termine à bout de souffle pour ne jamais finir à court d'idées. Une des nombreuses versions de ces passions, omniprésentes dans l'album: "J'aime m'adresser à une seule personne dans mes chansons. Cette proximité est indispensable". De l'amour donc ; forcément aventureux, entier, brûlant. Du sexe aussi, à la fois extension et genèse: "C'est un peu devenu une tradition. J'ai l'impression que quand on introduit du sexe dans les chansons on y met automatiquement de la légèreté. Puis il y a l'idée de tout lâcher, c'est cette évasion qui me plait."

Ces fugues hors du temps s'attaquent aux frontières dans ‘1/4 de sang,’ réflexion sur la filiation adressée à sa mère, Eurasienne arrivée en France à 14 ans: "C'est venu tout d'un coup, dans mon évolution. Petit, on m'appelait le Chintock, j'ai la trentaine et en grandissant on repense à tout ça. Puis je sens ce côté en moi, je mange asiatique et je ressens des choses qui m'interpellent." L’Asie fantasmée dans le regard, il évoque le Vietnam qui l'intrigue et l'appelle: "Je n'y ai jamais mis les pieds, je n'ai jamais rencontré ma famille là-bas, mais je pense que cette chanson va me permettre d'y aller. Je vais peut-être partir pour une tournée en septembre. J'espère…"

Impossible de parler de ‘Ton image’ sans évoquer la problématique écologique. Délicate déclaration d'amour à la nature, aveu de culpabilité et crainte de l'impuissance qui échappent à la moralisation: "Plus j'avance et plus je me dis que c'est important. Le premier album était déjà très nature, mais plus dans la description. Là j'ai vraiment la trouille pour la planète. Si j'ai l'occasion de faire quelque chose pour l'aider, si j'ai l'opportunité de faire des concerts, des actions, je n'hésiterai pas. Tout le monde veut réagir mais on est déjà tellement occupé d'essayer de s'en sortir soi même qu'on en oublie où l'on vit. On a quand même troué la couche d'ozone… c'est dingue!"

De l'amour, du sexe, des petits oiseaux… Résumé comme tel, l'album a de quoi laisser perplexe. Pourtant la force de ses ballades résulte de cette capacité de sublimer, par l'emprunt de chemins de traverse. Ben Ricour parvient à surprendre en tirant parti du trop entendu. Les pieds dans la neige, courant derrière un train, il se plait à apparaître là où nous ne l'attendions pas, tout en restant à distance raisonnable: "Je veux rester accessible, même si, la prochaine fois, je me lancerai peut-être dans quelque chose  de plus barré…" Il échappe aux tournures alambiquées des chanteurs prétentieux faute de mieux et livre, sans même chercher d'accords compliqués, des titres énergiques d'une profondeur aérienne. Alors quand, les traits de papier glacé, il lance en interview "Avant, j'ai été électricien, plombier. A force de m'être retrouvé sur différents chantiers, je pense que je pourrais carrément construire une maison, monter les murs,… " On ne s'étonne pas outre mesure tant la richesse du personnage est perceptible au premier contact. Il suffit qu'il ajoute: "J'adore le contact avec les matières, le toucher", pour qu'on retrouve la sensualité qui transpire des textes, de la voix subtilement rauque et que ce parcours atypique devienne l'évidence même.

Auteur, compositeur, interprète, cet artiste polymorphe prête à l'occasion sa plume à d'autres chanteurs, le temps d'émotions partagées: "Quand on écrit pour soi, on est en permanence dans le doute, poussé à extraire des choses de soi. Quand c'est pour quelqu'un d'autre, j'ai l'impression d’accomplir le travail d'un peintre. Il faut coller le plus possible à la personne qu'on a devant soi, c'est très intéressant." Outre sa présence auprès de Florent Pagny pour « Abracadabra », il a caressé de ses pinceaux ‘J'traine des pieds’, un des succès peps d'Olivia Ruiz. Une autre toile en vue? "Là, j'entame ma tournée, puis elle vient de terminer la sienne et je sais qu'il faut parfois plusieurs mois pour reprendre un contact complet avec la réalité. Mais si elle me redemande de bosser pour elle, j'y retourne avec plaisir. D'ailleurs, j'ai déjà une super chanson pour elle. Elle est fascinée par l'univers des Rita Mitsouko et ce que j'ai écrit c'est vraiment une Ritasong qui lui irait bien."

Sa tournée, il va la débuter, seul et impatient, avant d'être rejoint par ses musiciens: "Les concerts, c'est mon environnement. L'album est un peu un prétexte même si j'aime beaucoup le travail en studio. J'ai hâte de repartir sur la route, de redevenir un performer. En plus les musiciens sont des amis de longue date, on va pouvoir créer une confiance et se fabriquer une famille. On débutera dans des clubs, j'aime beaucoup cette idée de repartir de zéro."  L'album quant à lui sortira le 26 octobre.

 

 

Veence Hanao

Electron libre pour hip-hop décomplexé

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A peine remis de sa victoire au concours ‘Musique à la française’, Veence Hanao s’est emparé de la scène pour mieux paraphraser ses mots exaltés. Nouveau chantre intello d’une culture urbaine consciente, Veence Hanao chante ses textes à qui veut les entendre. Et ils sont de plus en plus nombreux. Cet été, cet amateur de soul au cœur jazzy se laisse découvrir sur les planches des Francofolies de Spa, du Dour Festival et d’Eu’ritmix. Rencontre avec un artiste au verbe acéré et à la langue bien pendue.

L’histoire de ta carrière solo est inextricablement liée à celles de Festen et Autumn. Peux-tu nous présenter ces différents projets ?

Dès mes débuts, j’ai eu la chance de rencontrer Noza, un jeune producteur. Je suis vite revenu vers lui pour lui faire part de mes envies. A l’époque, il venait de commencer un projet en compagnie de Pixel et Barok. Ils jouaient ensemble au sein d’une formation complètement décalée, proche du néo-dadaïsme : Festen. Noza m’a aidé à enregistrer mes premiers morceaux et m’a invité à rejoindre Festen. On s’est rapidement retrouvé à la tête de deux démos finalisées : une pour Festen et l’autre pour mon projet solo. Entre temps, Barok a quitté Festen. Avec Noza, on a encore cherché à toucher à d’autres styles musicaux. On a donc lancé Autumn. On s’est détourné des sonorités électroniques pour se concentrer sur le jazz et la soul des années 60. Le hip-hop reste, bien évidemment, le ciment de ces différents projets.

Aujourd’hui, Festen n’est plus. La fin du groupe coïncide-t-elle avec une volonté de ne pas s’éparpiller, d’éviter d’embrouiller l’auditeur ?

Inévitablement, une confusion s’installait. Quand on jouait pour Festen, on présentait quelques morceaux de mon projet solo. Quand je montais sur scène, les gens disaient : ‘Ah, c’est Veence Hanao de Festen !’ Quand nous avons lancé Autumn, certains venaient télécharger les morceaux en pensant écouter Festen. Bref, c’était un peu l’anarchie. Cependant, les raisons de la séparation de Festen ne sont pas à chercher de ce côté… Nous avions des envies différentes à l’égard de Festen. Aujourd’hui, on en est arrivé à penser qu’il s’agissait davantage d’un projet conceptualisé qu’un groupe !

Ta musique évolue entre le hip-hop, le jazz, l’electro, le slam et la poésie. Comment la décrirais-tu ?

J’ai la chance de bosser en compagnie de Noza, un gars d’une grande culture, capable de produire des sons qui partent dans tous les sens. Au risque de frôler une certaine incohérence, je souhaite conserver ce côté touche-à-tout. Je veux faire des choses différentes et éviter de restreindre mon univers. Maintenant, pour décrire ma musique, on peut dire qu’il s’agit d’un croisement entre le rap et le slam avec des influences electro et jazz.

Sur scène, tu joues déjà de nouveaux morceaux. Te lasses-tu facilement de l’interprétation de tes propres morceaux ?

Oui, je me lasse facilement. J’ai besoin de mouvement. Plus j’en fais, plus je suis critique par rapport au passé. Cela me permet d’évoluer. De toute façon, je ne suis pas encore au stade où les fans viennent pour entendre un morceau particulier. Aujourd’hui, j’ouvre les concerts pour des têtes d’affiche. Dès lors, j’offre de la découverte au public.

Vas-tu commercialiser ton premier album éponyme ?

C’est davantage une carte de visite. Grâce à cet enregistrement, on a eu la chance de remporter le concours ‘Musique à la française’ et de participer aux Nuits Botanique. Mais, à mes yeux, ce premier essai discographique est bouclé depuis longtemps ! Aujourd’hui, j’ai une terrible faim créative. Dans quelques semaines, Nous allons bientôt commencer à travailler sur de nouveaux titres. Nous voulons maintenant trouver un distributeur, peut-être lancer les bases d’un nouveau label. A l’occasion de notre tournée d’été, on offrira toutes nos chansons en téléchargement gratuit ! Mais on n’éprouve aucun regret à l’égard de ce premier album : il nous a permis de gagner un concours, de toucher un public dans quelques magasins spécialisés, de jouer de chouettes dates, de participer à des festivals. En quelque sorte, il s’agissait de présentations. Maintenant, elles sont faites !

Quel regard portes-tu sur la scène hip-hop belge ?

D’une manière générale, la scène hip-hop est boycottée. Nous sommes victimes d’un certain blocage. Cependant, nous ne nous donnons pas les moyens de nos ambitions. Certains rappeurs font preuve de bonne volonté... Malheureusement, il ne suffit pas de prendre un micro dans une cave pour sortir du lot ! Nous sommes mal informés sur le système culturel… On manque d’outils. Le paradoxe en Belgique, c’est qu’au moment où la scène hip-hop se réveille et s’active, elle ne dispose même plus des moyens mis en œuvre par le passé. Pour un Starflam, par exemple… Mais je déteste entretenir le rôle de la victime. Aujourd’hui, la culture rock est installée. A une époque, le rock a dû se battre pour en arriver là. Désormais, il est aux portes de toutes les institutions culturelles du pays. Je ne vais pas dire que c’est normal. Mais dans un même temps, les rappeurs ne font rien pour améliorer la situation. Alors, chacun doit y mettre du sien. Ce n’est pas impossible ! Arrêtons de cultiver le mépris gratuit : les gens ne veulent pas de mal au hip-hop !

Quels albums conseillerais-tu à Monsieur et Madame Tout-le-Monde ?

Le « Madvillainy » de Madvillain, « Champion Sound » de Jaylib, « Opera Puccino » d’Oxmo Puccino, « The Disrupt » de Oh No et l’incontournable Ella Fitzgerald pour son « Lullabies of Birdland ».

En concert :

Le 13 juillet : Dour Festival

Le 22 juillet : Francofolies de Spa

Le 18 août : Festival Eu’ritmix

 

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