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Dernier concert - festival

Gary Numan
Jon Spencer

Biohazard

Humanistes et extrêmes

Écrit par

Biohazard respire la grande forme. ‘New World Disorder’, le dernier Cd studio en date, tend en tout cas à prouver que le groupe a clairement retrouvé toutes ses ‘ressources’. Pas mal pour un combo extrême annoncé plus d’une fois à la dérive...

« Je partage ton avis! Ce cd-là est vraiment une bombe », nous lance gaillardement Billy Graziadei (guitariste furieux de métier). « J’estime d'ailleurs qu'on n'avait jamais réussi aussi fort. ‘New World Disorder’ c'est vraiment Biohazard à son meilleur niveau. Cet album nous pose d'ailleurs un problème, car nous nous demandons franchement comment nous allons pouvoir faire mieux » (NDR : affirmation suivie d'un rire gras). Il est vrai que des titres tels que ‘Resist’ (rien à voir avec feu Sepultura), ‘Salvation’, ‘Skin’ ou ‘Dogs Of War’ constituent de véritables ‘missiles’ de hardcore métallisé et flambé de la plus virulente espèce. Pas de doute, Biohazard a repris le mors aux dents avec rage, après un ‘Mata Leao’ qui en a laissé pas mal sur leur faim.

Faire Big mais pas simple

« Nous avons abordé l'album avec l'envie de réaliser quelque chose de grand, mais aussi de simple », explique Billy. « En fait, nous tenions absolument à bénéficier du son le plus live, le plus net, le plus direct et le plus percutant possible. Nous avons donc tout simplifié au maximum. Peu de temps en studio, pas de fioritures, juste la hargne de nos compos et un son qui canonne un maximum. Biohazard, c'est ça. Notre meilleur visage, il est là. Nous n'avons besoin de rien d'autre. Notre énergie est notre meilleur message et notre meilleur moyen de communication. En concert, j'adore ressentir les vibrations qui animent le public lorsque nous passons la surmultipliée. C'est géant, c'est grandiose. C'est ce que nous avons voulu approcher sur disque, au maximum: le contact direct en moins, bien évidemment... Je conseille donc vraiment à ceux qui veulent ‘ronronner’ d'écouter autre chose !» Billy se marre, à nouveau, toujours délicatement. Ceci dit, son discours est sans doute adéquat. D'une part, il est vrai que Biohazard n’est jamais aussi percutant que lorsqu’il preste en toute simplicité mais fermeté. Et, d'autre part, la production de l'album, signée Ed Stasium, est adroite de discrétion et de justesse. Juste les paramètres essentiels, et on y va ‘à fond les manettes’. « Ed nous a bien compris, il a bien pigé qu'il devait juste bien nous ‘rendre’. Il avait affaire à des fauves et il devait juste capter leur énergie ». Pari tenu, sans aucun doute...

Du premier jet

Au niveau de ‘l'expression’, le groupe n'a pas fait dans la dentelle non plus, comme d'habitude: « Notre but n'a jamais été de révolutionner le monde, ni même de donner des leçons. Nous livrons nos sentiments, nos sensations, nos perceptions. A l'auditeur d'en faire ce qu'il veut. Nous nous sentons concernés par ce qui se passe autour de nous, comme tout un chacun je crois. Nous livrons donc nos états d'âme. A notre avis, nous vivons une époque très désordonnée, avec son lot imposant d'inepties. Il faut en parler, car les gens doivent être conscients. Or, on les incite à ronronner et s'isoler. On les pousse vers des cultures de masse et, dans le même temps, on perd le respect de l'individu. J'ai, pour ma part, vraiment horreur de ce système. Ce n'est pas normal. Nous en parlons, nous nous exprimons sur ces sujets. C'est important pour nous ». Côté textes, Biohazard travaille également dans la simplicité et la netteté. « Le premier jet est toujours le meilleur », prétend Billy. « C'est comme pour les lignes principales des compos en général. Pas besoin de tourner autour du pot, de faire et de refaire les prises ; le message principal est souvent livré en l’état, sans qu'on y repense et qu'on y repense, qu'on le retravaille dix fois. En fait, dans notre genre, nous sommes des humanistes », explique-t-il encore. « Nous sommes très concernés par ce qui touche à l'espèce humaine, aux individus en général. Nous n'avons aucun pouvoir à faire valoir, mais nous parlons de ce qui les concerne. En voyageant à travers le monde, nous avons découvert des situations dramatiques. A l’origine, nous ne connaissions que celles qui sévissent à Brooklyn! Aujourd'hui, notre vision des événements, sur cette planète, est bien plus large ».

Bye Bob!

Dans son fonctionnement, Biohazard est un groupe terriblement démocratique et il le revendique. « Nous travaillons vraiment très fort en commun », affirme le guitariste. « Nous ne pourrions pas œuvrer autrement. Le groupe rencontre richesse dans l'apport de chacun. Nous composons, nous développons nos chansons ensemble, chacun trouvant la place nécessaire à son expression dans le répertoire du groupe. Nous nous sentons vraiment à l'aise au sein de cette formation, surtout depuis le départ de Bobby (NDLR : Bobby Hambell, parti il y a trois ans) ». Tout baigne donc pour un Biohazard qui, plus que jamais, s'érige en véritable empereur de son registre. « Nous n'avons pas besoin de dominer qui que ce soit », clame pourtant Billy Graziadei. « Nous voulons juste être très forts pour notre public et lui apporter ce qu'il est en droit d’attendre de nous ». A l’écoute de ce nouvel album, il est servi. C'est une évidence!

Article paru dans le n° 78 de novembre 99 du magazine Mofo.

Sonic Youth

En général, les producteurs ne comprennent rien...

Écrit par

Fin des seventies, début des eighties, la scène musicale new-yorkaise est frappée d'un mal mystérieux : la 'no wave'! Un syndrome anticonformiste, anti-commercial, qui touche également le monde artistique de cette cité cosmopolite, et prétend rendre la plus grande liberté d'expression à ses disciples. Un virus avant-gardiste qui pousse tous ceux qui l'ont contracté à saborder systématiquement tout ce qui pourrait être accessible. De cette période chaotique, mais particulièrement féconde en créativité vont naître toute une série de groupes novateurs dits 'underground': Live Skull, DNA, et puis surtout Swans et Sonic Youth. Deux ensembles qui vont rencontrer, tout en conservant leur propre style, une évolution musicale quasi parallèle. Comme par exemple en 1989, lorsqu'ils décideront de passer sur un label major ou lorsqu'ils vont se mettre à accorder une plus grande importance à l'aspect mélodique de leurs compositions ("The Burning World pour Swans et "Goo" pour Sonic Youth). Et puis à cause de cet esprit d'indépendance qu'ils veulent conserver par dessus tout. Sonic Youth vient donc d'enregistrer "Dirty", un album de noisy-punk complexe, savoureux, remarquable, un album qui avait été enregistré sous la houlette du producteur de Nirvana, Butch Vig. C'est Steve Shelley, drummer de Sonic Youth qui s'est  fait le porte-parole du groupe. Nous l'avons a rencontré pour vous...

Quel a été le rôle de la no-wave dans la genèse de Sonic Youth ?

Nous sommes issus de ce mouvement musical minimaliste. Un mouvement qui s'est produit à New York fin des seventies. Il  a donné naissance à des tas d'autres groupes tels que DNA, Lydia Lunch, etc.

Pourquoi les groupes new-yorkais migrent-ils de plus en plus souvent à Los Angeles ? Sonic Youth n'est-il pas tenté par l'aventure ?

Il est plus facile de vivre à l'extérieur de New York. Los Angeles baigne dans un certain confort, bénéficie d'un climat idyllique. Le soleil y brille en permanence. Ce n'est pas pour rien que les rock-stars britanniques s'y installent ‚également. Nous nous y sentons bien. C'est notre chez nous. Ce qui ne nous empêche pas d'aimer les voyages. Et les multiples tournées nous permettent de voir du pays. Quant à Los Angeles, elle est devenue notre seconde résidence parce que notre label s'y trouve. Au fils du temps nous nous sommes fait beaucoup d'amis que nous retrouvons régulièrement et avec plaisir...

N'est-il pas trop difficile de conserver son indépendance lorsqu'on appartient à un label major ?

Je ne crois pas. Nous maîtrisons bien notre sujet. Nous ne laissons le soin à personne d'autre de décider ou de vérifier à notre place. En particulier pour la réalisation de nos disques. Nous choisissons le producteur, l'ingénieur du son, le studio d'enregistrement, et les titres qui composeront l'album. Je pense même qu'il ne nous est jamais venu l'idée d'envoyer une démo à une firme de disques. Geffen se contente de signer les chèques et de payer les studios.

Est-ce que Sonic Youth se sent investi d'une mission bien spécifique ?

Composer, jouer, expérimenter. Composer parce que nous sommes, malgré la fuite du temps, toujours heureux d'enregistrer. Jouer parce que se produire sur scène est excitant. Et expérimenter parce que nous cherchons toujours à innover. Communiquer notre amour de la musique, c'est probablement notre mission.

La plupart des artistes estiment très souvent que le disque qu'ils viennent d'enregistrer est la meilleure création de toute leur œuvre. Pensez-vous la même chose de "Dirty" ?

Tous nos albums sont différents. Il est difficile de déterminer quel est le meilleur. Chaque disque reflète ses propres caractéristiques, des caractéristiques liées aux variations de notre état esprit et à des tas d'autres choses pas toujours évidentes à comprendre. "Dirty" a bien été enregistré. Et inévitablement je l'apprécie beaucoup. C'est tout ce que je peux affirmer.

Comment s'est déroulée la "Weld Tour" qui vous a entraîné dans le sillage de Neil Young, à travers les States? Ne pensez-vous pas avoir été  manipulés ?

La tournée s'est parfaitement déroulée. Neil Young est un musicien fabuleux. Nous avons assisté à ses prestations à plusieurs reprises. Je ne pense pas que nous ayons été manipulés. Nous avons apport‚ une bouffée de fraîcheur à cette tournée, et en retour, nous en avons retiré une fameuse dose d'expérience. Evidemment ce n'était pas toujours facile, car le public de Neil Young appartient à une autre génération, alors que le nôtre est plus jeune. Mais nous n'avons pas été manipulés. L'idée ne m'a d'ailleurs jamais effleuré l'esprit. Certainement pas par Neil Young!

Quel est l'impact de MTV aux States ?

MTV est une très grosse chaîne de télévision capable de diffuser 25 programmes en même temps. J'exagère, mais c'est pour vous donner idée de l'importance de cette institution qui détient un chiffre d'audience assez impressionnant. En fait, dans le domaine musical elle fait la pluie et le beau temps. Elle est capable de construire ou de détruire la carrière d'un artiste. Elle ne doit d'ailleurs pas se soucier de la concurrence, puisqu'elle est la seule sur le marché. Nous avons déjà eu la chance d'y apparaître. Pas très souvent, c'est vrai!

Pour l'enregistrement de "Dirty" vous avez engagé Butch Vig à la production. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de confier ce rôle à une personne extérieure au groupe ?

Auparavant, nous n'accordions guère d'importance au producteur, puisque nous assurions nous même cette fonction. Nous n'avons jamais rencontré de gros problèmes pour nous acquitter de cette tâche. Et puis il n'est pas facile de dénicher l'oiseau rare. En général, ils ne comprennent rien à ce que nous voulons. C'est tout juste si nous ne devrions pas leur enseigner comment ils doivent s'y prendre. Butch, lui est venu à la musique de la même manière que nous. Notre formation musicale repose sur les mêmes bases. L'entente ne pouvait qu'être bonne. Et le résultat est excellent!

Qu'est-ce qui différencie "Dirty" de "Goo" (NDR: le précédent album) ?

Le producteur (NDR: Butch Vig!). Le mixeur (NDR: Andy Wallace, personnage qui a notamment travaillé avec Henry Rollins et les Screaming Treess), et puis une équipe de techniciens dont le talent nous a permis d'œuvrer en toute décontraction, de gagner en spontanéité et en assurance. Et tout cela se ressent tout au long de l'album. En fait nous avons surtout voulu nous débarrasser des questions de coordination qui avaient pesé sur "Goo", pour mieux nous concentrer sur notre sujet.

Sonic Youth est-il un groupe violent ?

Non, pas du tout. Nous sommes plutôt des gens paisibles. Si la violence transpire à travers notre musique, elle n'existe qu'à travers l'esprit de celui qui la perçoit comme telle. Pour nous, elle véhicule une forme d'excitation typiquement blanche , une forme d'excitation bien plus vivace que celle qui tente de se manifester à travers la pop music.

Te sens-tu concerné par le phénomène du racisme qui frappe les Etat Unis? Los Angeles et New York en particulier? Comment as-tu vécu l'explosion de violence qui a suivi l'acquittement des policiers blancs inculpés pour avoir molesté un noir à L.A.? Le Ku Klux Klan exerce-il toujours sa violence xénophobe ?

Le racisme demeure encore et toujours un problème de société aux States, un problème qui fait encore aujourd'hui et malheureusement partie de l'existence de l'Américain. Je ne suis pas politicien, mais il m'interpelle. Les émeutes qui ont éclaté à L.A. nous ont quelque peu surpris. Nous étions à New York et avons suivi les événements à la TV. La faute incombe au gouvernement de Georges Bush qui n'a pas pu prendre ses responsabilités et qui a laissé pourrir la situation. A New York je ne crois pas que le phénomène aurait pu prendre une telle ampleur, car la violence est beaucoup moins liée aux problèmes raciaux. Elle existe mais sous une autre forme. Le Ku Klux Klan ? C'est un chapitre embarrassant. Je suis navré que ce type de secte existe encore...

Quelle est ton opinion sur le développement du SIDA, fléau qui semble toucher particulièrement le pays de l'oncle Sam ?

Le monde a dû adapter son mode de vie en fonction de la maladie. Cette affection est horrible... les membres de Sonic Youth ne sont heureusement pas du style à vivre dangereusement. Nous sommes très prudents et ne calquons certainement pas notre comportement sur l'archétype du groupe rock, c'est à dire dont les membres se droguent et mènent une vie sexuelle hyperactive... le danger est trop important!

Steve’s Sonics

L7 ? Elles sont stupéfiantes!

Fugazi ? Bon groupe américain qui conserve la tête sur les épaules!

Axl Rose ? Une plaisanterie!

Madonna ? Une plaisanterie, mais féminine!

Idoles ? Tom Waits, Leonard Cohen, Birthday Party, Neil Young

Vieux ? Un fait de la vie

Jeune ? Le plus longtemps possible

Sonic Youth ? Ma vie!


(Version originale de l'interview parue dans le n° 5 – septembre 1992 - de Mofo)

The Stranglers

Vraiment dans la nuit?

Écrit par

Hugh Cornwell, chanteur et membre fondateur des Stranglers a donc décidé d'abandonner le navire. Une résolution qui aurait tout aussi bien pu se solder par le naufrage de l'ensemble. Pour pallier ce départ, Jean-Jacques Burnel, Dave Greenfield et Jet Black ont décidé d'élargir la formation à un quintette. Tout d'abord en engageant Paul Roberts, un illustre inconnu, pour remplacer Hugh au chant. Ensuite en confirmant à la guitare John Ellis, un musicien qui avait déjà participé à certaines sessions d'enregistrement des Stranglers. Et le groupe vient de concocter un nouvel album : "Stranglers In The Night" avant d'entreprendre une nouvelle tournée. C'est au candide Paul Roberts et au quadragénaire Jet Black qu'est revenue la périlleuse mission de répondre à notre questionnaire. Des Stranglers bien décidés à ne pas se laisser se laisser étrangler (!) par les vicissitudes du destin...

Paul, pourrais-tu nous éclairer sur ton passé musical. Comment es-tu devenu membre des Stranglers ?

Paul : J'ai fréquenté plusieurs groupes indépendants au cours des dix dernières années. J'ai également enregistré quelques disques en Angleterre et en Allemagne. En fait, je suis un fan des Stranglers depuis 1977. Aussi, lorsque j'ai appris que la formation cherchait un remplaçant pour Hugh, je n'ai pas hésité à poser ma candidature. J'ai même insisté pour décrocher le job. J'ai sans doute été suffisamment persuasif pour l'obtenir.

Jet : Je souhaiterais apporter un rectificatif. Paul n'a pas décroché un job chez les Stranglers. Il est devenu membre du groupe à part entière.

Quel sentiment as-tu éprouvé en te joignant aux Stranglers, Paul ?

P. : Fantastique ! Etre inconditionnel d'un groupe et puis devenir membre de ce groupe, c'est comme un rêve qui se réalise. Je suis ravi de pouvoir poursuivre l'œuvre des Stranglers.

Participes-tu à la confection des chansons ?

P. : Absolument. Chaque musicien du groupe est directement concerné par la composition. C'est une manière de travailler qui a fait ses preuves. Elle est propre aux Stranglers. Il n'y avait donc pas lieu d'en changer.

Faut-il cependant s'attendre à une nouvelle direction musicale de la part des Stranglers ?

P. : Compare "Rattus Norvegicus", "Black & White" et "Feline". Ce sont des albums totalement différents. "Stranglers In The Night" se singularise par un chant différent, un phrasé de guitare différent. Le résultat ne peut être que différent. D'autre part, des musiciens différents ont en général une approche différente de la musique. Heureusement d'ailleurs. La musique des Stranglers est en constante évolution. L'important, c'est qu'elle reste de bonne qualité, qu'elle conserve sa véritable nature. Mais entendre la musique n'est pas suffisant. Il faut savoir l'écouter. Malheureusement, l'auditeur ne prête pas toujours une oreille attentive à ce qu'il perçoit. Et cette règle est nécessaire pour apprécier le musique des Stranglers...

Quels sont tes artistes préférés ?

P. : Les Doors, Iggy Pop, Fishbone, Sly & The Family Stone, John Coltrane et puis surtout Roxy Music. Malheureusement, aujourd'hui, je n'ai plus beaucoup le temps d'écouter autre chose...

Quelles sont les principales caractéristiques de votre nouvel album ? Comment s'est déroulé son enregistrement ?

J. : Il s'agit certainement de la session la plus facile à laquelle le groupe ait été appelé à participer. Et nous sommes satisfaits du résultat.

P. : Je suis passé à la TV. C'est une première (rires). Je dois également souligner que les Stranglers ont engagé un cinquième membre, le guitariste John Ellis. Par rapport aux cinq albums précédents, il a été accordé plus d'importance aux parties de guitares.

J. : Et il y a plus de chant !

P. : Oui, plus de chant ! (Ah ! Ah ! Ah ! ....)

L'enregistrement s'est déroulé à Bruxelles?

J. : Non. Nous avons enregistré à Bruxelles à plusieurs reprises, mais celui-ci a été conçu dans un studio anglais; et c'est Mike Kemp qui l'a produit.

Pourquoi avez-vous changé de label ?

J. : Parce que nous n'avions pas le contrôle de notre création. Je m'explique. Nous ne voulions plus être subordonnés à une boîte qui détermine en fonction de ses états d'âme ce qui sera ou ne sera pas distribué. Nous désirions disposer d'un certain pouvoir de décision. Travailler avec une compagnie de disques, plus dépendre d'un label. Nous avons obtenu satisfaction. C'est la raison du changement.

Les chansons des Stranglers deviennent de plus en plus douces, est-ce intentionnel?

J. : Ce n'est certainement pas délibéré mais instinctif. Nous sommes incapables de déterminer à l'avance quel style de chanson nous allons écrire. Agressive ou romantique, tout dépend de l'état d'esprit du moment, du feeling...

De quoi se compose le nouveau répertoire des Stranglers 'live' ?

J. : Nous interprétons aussi bien les anciennes compositions que les plus récentes. Nous n'avons pas tracé une croix sur notre passé!

Rencontrez-vous encore Hugh Cornwell?

J. : Il y a plusieurs mois, voire une bonne année que nous ne l'avons plus vu. Il est très occupé, voyage beaucoup. Il devient de plus en plus difficile de le rencontrer.

Que pensez-vous du courant musical qui sévit aujourd'hui en Grande-Bretagne?

J. : Ces sons mécaniques destinés à la danse ressemblent à tout sauf à de la musique. J'avoue que ces sonorités préfabriquées ne m'emballent pas particulièrement. L'aspect mélodique est totalement négligé; alors que chez les Stranglers, il est primordial. Enfin je dois avouer que je ne dispose pas assez de temps pour écouter d'autres styles musicaux. Je suis suffisamment absorbé par les Stranglers...

Est-il exact que les Stranglers n'apprécient guère la critique négative?

J. : La presse est souvent négative. Ce n'est pas un grave problème. J'estime que ce sont plutôt les journalistes négatifs qui ont un problème. C'est bien dommage, car ils ne font pas preuve de beaucoup d'imagination. C'est également regrettable pour les lecteurs, car ils doivent se contenter d'immondes articles. M'enfin. Les journaux finissent également leur carrière aux immondices (Ah ! Ah ! Ah !)

Est-il exact que les Stranglers ne sont pas toujours faciles à vivre?

J. : Nous sommes des êtres humains comme tout le monde. Avec nos défauts et nos qualités. Lorsque tu es mal disposé, il arrive de t'emporter, puis sans doute de regretter ta réaction impulsive. Mais personne n'a le droit de porter un jugement sur qui que ce soit sans connaître le fond d'un problème...

Que pensez-vous des artistes qui refusent systématiquement d'accorder des interviews?

J. : Je suppose que c'est un choix! Il m'est difficile de critiquer quelqu'un qui refuse d'accorder des interviews. Personnellement j'aime communiquer avec les autres, donc ce problème ne me concerne pas. Pour certains comme Michael Jackson par exemple il s'agit ni plus ni moins que d'une stratégie de management. D'autres encore ne désirent pas s'exprimer, peut-être par paresse ou tout simplement parce qu'ils n'ont rien à dire. Il existe une multitude de raisons...

Vous sentez-vous concernés par la construction de l'Europe?

J. : L'idéal européen est merveilleux. Acheter ou vendre où bon te semble constitue une excellente perspective. Mais d'énormes difficultés enraient son processus. Trop de conflits, d'influences, de lois politiques et économiques sont en jeu. De nombreux britanniques pensent au fond d'eux-mêmes que l'union européenne est une bonne chose. Mais, ils se méfient des clauses cachées du Traité de Maastricht. Certains accords sont trop nébuleux, et on se pose des questions au sujet des répercussions que pourrait entraîner l'application de ces articles. Les Britanniques souhaiteraient s'exprimer à travers un référendum. Comme en France ! C'est plus démocratique!

(Version originale de l'interview parue dans le n° 6 - octobre 1992 - de Mofo)

 

 

 

 

The Wipers

Plus rebelle que Sage...

Écrit par

Pionnier du feedback mélodique, bien avant qu'Hüsker Dü et Dinosaur Jr n'enflamment la scène indie américaine avec leur noisy rock, les Wipers se sont toujours identifiés à leur leader: Greg Sage. Guitariste exceptionnel, chanteur, compositeur, ingénieur du son et producteur, il fabrique même ses amplis. Des amplis à lampes lui permettant d'obtenir ce son unique, à l'intensité rare, qui rend sa musique si intemporelle. Rencontre avec un personnage hors du commun, au faciès buriné comme le sphinx qui se sent toujours l'âme d'un rebelle, refuse d'enregistrer le moindre clip vidéo et s'intéresse autant que Franck Black aux OVNIs...

Pourquoi as-tu reformé les Wipers, après avoir bossé deux années en solitaire?

Les Wipers ne se sont pas séparés, mais nous avons eu un litige avec la firme de disques. Je n'ai pas accepté leurs conditions. Et j'ai donc été forcé d'abandonner le nom, le temps de régler ce différend, puis de trouver un autre distributeur. Aujourd'hui, nous avons trouvé un label plus compréhensif... Tu sais, j'ai commencé à jouer de la musique à l'âge de treize ans. Ma vie était déjà exclusivement axée sur cette passion. Tout ce qui m'intéressait, c'était d'enregistrer. Je le faisais déjà pour les kids à l'école. Après avoir rongé mon frein pendant quelques années, j'ai trouvé la concrétisation de mon idéal à travers les Wipers. Il était donc normal, qu'à l'issue de cette affaire, je revienne à la formule qui me tient le plus à cœur. Je n'ai jamais pu admettre de ne pouvoir donner mon avis sur ma propre création. Malheureusement, dans le monde du business, lorsque tu oses t'opposer à une décision, aussi injuste soit-elle, tu risques de ne plus pouvoir sortir de disques.

Te sens-tu l'âme d'un rebelle?

Absolument!

Il ne faut donc plus s'attendre à te voir enregistrer un album solo?

C'est peu probable. J'écris énormément, mais je ne suis jamais senti l'âme d'un artiste solo. Je n'ai d'ailleurs jamais eu l'intention de le devenir!

Le recours aux amplis à lampes. Est-ce une réalité ou une légende?

Comme producteur et ingénieur du son, je cherche toujours à trouver de nouvelles sonorités. A innover. J'utilise des amplis à lampes aussi bien "live" qu'en studio. Rien que des amplis de cette conception. Ce matériel me permet de capter l'âme du son, de le sculpter. C'est le meilleur système d'amplification que je connaisse. Il me permet d'atteindre les meilleurs résultats technologiques. C'est la raison pour laquelle je l'utilise.

Ton studio d'enregistrement, tu le réserves uniquement aux Wipers?

Non ! Nous avons fondé une compagnie de production. Ce qui me permet de m'occuper d'autres artistes. Six d'entre eux doivent sortir leur album en décembre. Nous sommes d'ailleurs occupés d'essayer de leur dénicher un relais de distribution en Europe.

Ton dernier opus, "Siver Sail" est beaucoup plus accessible que tout ce que tu as pu réaliser jusqu'à présent. Y a-t-il une raison? Ne penses-tu pas avoir fait une erreur en le sortant au même moment que ceux de Nirvana, de Cure, de Prince et des Beatles?

 

L'album a été enregistré l'an dernier, et j'étais trop absorbé par mes occupations professionnelles pour faire attention à sa date de sortie en Europe. Mais, il est effectivement malencontreux qu'il soit paru ici en septembre. En ce qui concerne la musique, je ne crois pas qu'elle soit devenue subitement plus accessible. Comme compositeur, j'écris simplement une collection d'histoires qui colle à son époque...

Dans un style plutôt sombre, quand même! Es-tu un pessimiste?

Non, je suis plutôt de nature optimiste. Si je dépeins des situations pessimistes, négatives même, c'est pour en extrapoler des développements positifs. Je veux que ma musique fasse à la fois preuve d'âme et de réalisme. Et le réalisme ne se conçoit pas sans douleur. Sous toutes ses formes. Tu peux l'imaginer en évoquant l'attente de la poussée des fleurs ou du soleil qui va se lever. Personnellement, je compose des chansons au sujet des individus qui gravitent autour de moi, de l'environnement qui les anime. De l'époque dans laquelle ils vivent. Des problèmes qu'ils rencontrent. Mais j'essaie toujours de détacher des solutions, des portes de sortie si tu préfères...

Quels sont tes "guitar heroes": Hendrix? Verlaine? Neil Young? Ou Randy California? Qu'est-ce qui t'intéresse le plus aujourd'hui: le rock? Le blues? Ou le jazz?

Je n'ai pas de "guitar heroes". Je n'en ai jamais eu! Si j'ai commencé par jouer du rock'n roll, je pense que toutes les formes musicales sont importantes. Même le classique. La musique doit être perçue d'une manière globale. Peu importe d'être influencé par tel ou tel courant ou tel ou tel musicien. Ce qui compte, c'est le résultat. Pas de se voir coller une étiquette!...

Est-ce que tu penses que les Wipers sont capables de laver leur son?

Avec du savon et de l'eau, ça me semble difficile. Mais sûrement avec le feedback!

Quelle importance accordes-tu à l'aspect visuel de tes concerts?

Aucune! Nous n'avons pas besoin de light show gigantesque, de mur d'amplis ou de machine à fumée pour nous produire sur scène. La musique suffit à elle même. C'est pourquoi nous ne voulons pas tourner de vidéo. Le public sait ce qu'il est en droit d'attendre de nous. Au départ, lorsque j'ai commencé à jouer de la musique, j'imaginais que j'allais pouvoir enregistrer une quinzaine d'albums en moins de dix ans. Ne pas jouer "live". N'accorder aucune interview. Encore moins faire des photos. De nos jours, le public accorde trop d'importance aux choses superficielles. Avec les Wipers nous voulons simplement mettre la musique à sa véritable place.

Sur la pochette de "Silver Sail" figure la reproduction d'une soucoupe volante dessinée par un certain Brian Marsland. Est-ce une plaisanterie ou portes-tu un intérêt particulier aux OVNIs?

C'est un sujet qui m'intéresse beaucoup.

Tu sais qu'en 1989, la Belgique a enregistré une vague d'Ovnis relativement impressionnante. Des milliers de personnes ont pu observer le phénomène sur tout le territoire...

Ce type de vague se reproduit périodiquement un peu partout sur la planète. J'ai assisté à ces manifestations à plusieurs reprises. Elles se sont déroulées à seize miles de chez moi. J'ai même, un jour, poursuivi un UFO avec ma voiture. Il y a quelques années, c'est vrai. Mais le souvenir est encore très vivace. Lorsque j'en ai parlé autour de moi, on m'a pris pour un fou. C'est bon de savoir que tu n'es pas le seul à y croire. Trop de témoins refusent de s'exprimer de peur de passer pour ridicule. Ils ignorent même parfois qu'ils côtoient des gens qui ont vécu une même expérience ou qui se préoccupent de la question. Je pense que les autorités cherchent à nous cacher la vérité. Peut-être ne veulent-ils pas effrayer la population. Mais si leur intention est louable, elle ne me semble pas fondée. A mon avis, nous sommes en présence de visiteurs du futur. Ce qui ne veut pas dire que j'exclue d'autres explications au phénomène; car il est vraisemblable qu'il existe d'autres civilisations dans l'univers. Mais en ce qui concerne ce que j'ai observé, je pense que nous sommes en présence d'historiens qui creusent dans le passé; et qui sont venus vérifier sur place ce qui s'est réellement passé. C'est peut-être une part de nous mêmes qui est reproduite dans le futur. Qui sait? Je lis énormément et continue régulièrement de m'informer sur ces phénomènes. Je reste d'ailleurs toujours les yeux grands ouverts! Il y a en tous cas moyen d'en tirer une philosophie. Car nous ne sommes qu'une partie infinitésimale de l'univers. Il est bon de le rappeler, de temps en temps. C'est pourquoi, je pense qu'il faut rester humble, ouvert aux autres. Nous avons beau disposer d'un certain niveau d'intelligence, il faut bien se rendre à l'évidence qu'elle existe sans doute sous une forme supérieure chez eux. Cela mérite de se méditer!

Si un envahisseur te propose de faire un voyage dans l'espace, quelle sera ta réaction?

Si c'est une invitation, j'y vais sur le champ!

(Version originale de l'interview parue dans le n° 18 - décembre 1993 - de Mofo)

 

 

 

 

Cell

Penses-tu réellement que Cell soit un groupe de blues ?

Écrit par
Lors de la sortie de son premier album, les médias avaient hâtivement associés ce quartette new-yorkais au mouvement grunge. En gravant "Living Room", la formation est parvenue à démontrer qu'elle n'avait que des affinités très superficielles avec ce mouvement seattlenesque. Produit par John Agnello, il a été enregistré dans une église en bois, sise à Woodstock. Un endroit insolite justifiant le point de départ d'un entretien qui ne manquera pas de Cell, réalisé en compagnie du chanteur guitariste Jerry Dirienzo et du bassiste David Motamed... 

Qui vous a donné l'idée d'enregistrer votre dernier album dans une église en bois? 

Jerry : Personne! Nous voulions bénéficier d'un site naturel pour le réaliser. Le producteur connaissait bien cet endroit, puisqu'il y avait déjà travaillé. Et, il nous y a emmenés.
David : Nous voulions nous évader de notre environnement quotidien. Nous isoler pour atteindre le maximum de concentration. 

Je pensais que vous vouliez exorciser l'esprit des seventies. 

J. : Autrefois, c'était un lieu de culte, mais il ne l'est plus. Il a été aménagé en studio d'enregistrement. Il n'a plus aucune fonction religieuse. Mais on y retrouve toujours une certaine spiritualité. Pas parce que cet édifice était une église, mais parce qu'il est situé au beau milieu de la forêt, à l'écart de toute agitation urbaine.
D. : Qu'est-ce que tu entends par exorciser les seventies? 

Personnellement, Woodstock évoque toujours le célèbre festival de 1969. 

D. : Tu sous-entends donc que nous voulions capturer ou conjurer l'esprit de cet événement historique? 

 En quelque sorte. Un esprit qui se réveillera les 13 et 14 août prochains, puisqu'il s'y déroulera un festival anniversaire.

D. : Avec les mêmes artistes? 

Ce serait difficile, parce que certains ne sont plus de ce monde. (rires) 

D. : Aujourd'hui, il existe un véritable business qui gangrène Woodstock. Cette ville est devenue moche, sans âme. Le principal objectif de sa population est de te vendre un tee-shirt à 25 $. Alors, tu imagines que la reproduction d'une telle manifestation ne servira qu'à graisser la patte aux grosses sociétés commerciales. Ce Woodstock bis va reléguer la musique au second plan. On n'y verra que d'énormes banderoles à la gloire de Coca Cola, Sony, Chesterfield Cigarets et autres sponsors de la même trempe.

J. : Woodstock est devenue totalement miteuse. Et refaire ce festival après vingt ans est totalement stupide...
D. : Et maintenant on risque de lire en manchette dans ton canard: "Woodstock était stupide"... (rires)
J. : C'est vrai, il ne faut pas déformer mes propos. Je veux surtout dénoncer les manœuvres lucratives qui vont parasiter ce festival... 

Est ce que le feeling musical de Cell se conjugue essentiellement au féminin?

J. : Je pense qu'il s'agit seulement d'une facette de notre style. Nous ne le manifestons pas consciemment. Nous essayons d'ouvrir notre composition à toutes les formes d'émotion. Féminines, mais pas exclusivement. Il y en a bien d'autres. Moins machistes que celles que revendiquent les groupes de heavy metal, c'est exact. Mais susceptibles de s'ouvrir vers l'extérieur. Et en tous cas pas restrictives... 

Jerry et Ian assurent la composition. Travaillez-vous ensemble, en parfaite symbiose, à la manière de Lennon et Mac Cartney, ou chacun de votre côté?

J. : Oh non! Individuellement. Nos sensibilités sont trop différentes.
D. : Je crois que composer est un acte instinctif, individuel. Lorsqu'une chanson est terminée tu peux la discuter, l'arranger, mais sa conception reste la plupart du temps personnelle. Lennon et Mac Cartney n'ont pas toujours créé en étroite collaboration. A partir de 1963, je doute très fort qu'ils aient partagé leur écriture...

Pourquoi vos chansons abordent, la plupart du temps des thèmes existentialistes?

J. : J'ignore si le public perçoit un tel message. Mon écriture reflète tout simplement l'état d'esprit de la génération contemporaine. Une génération qui possède un énorme potentiel de qualités existentialistes, potentiel épanché naturellement, comme dans notre musique. Je ne compose pas en m'imposant cette tournure d'esprit. Mais inconsciemment, cela influe sur la manière de regarder les choses.

Observées, quand même, d'une manière sombre, angoissée, un peu comme chez American Music Club, Sonic Youth, Afghan Whigs et Pearl Jam?

D. : Le temps de l'insouciance et du rock’n roll est révolu. Je suis incapable de dire combien de chansons ont été écrites sur le surf, les filles et autres sujets aussi futiles, mais aujourd'hui, nous regardons le monde différemment.
J. : Tous ces groupes sont effectivement sombres. La raison procède probablement dans la volonté de l'être humain de sonder à l'intérieur de sa propre personnalité. L'homme est fasciné par cette recherche, parce qu'il existe trop de superficialité. Autant dans la vie que dans la musique. Mais certains groupes essaient de creuser encore plus profond dans l'âme. Ce qui te donne l'impression de cette morosité. Mais je ne crois pas que ces artistes soient sombres ou tristes, et encore moins négatifs. Le public devient de plus en plus exhibitionniste de ses émotions. A la limite du narcissisme. Parce qu'il est déçu de ce qui se passe autour de lui. Mais il faut demeurer attentif, parce qu'en se prenant au jeu, on finit par s'y identifier. Kurt Cobain est ainsi tombé dans le trou, et il n'a pu s'en extraire...   

Lorsque les médias avancent que Cell est au blues ce qu'Afghan Whigs est à la soul, considérez-vous cette réflexion comme un compliment?

D. : Penses-tu réellement qu'Afghan Whigs joue de la soul? Et que Cell est un groupe de blues?

Non!

D. : OK! On s'est bien compris. Tu peux passer à la question suivante...

Jerry, tu as côtoyé Thalia Zedek, qui a sévi début des eighties au sein du mythique Live Skull et joue aujourd'hui chez Come. Est-ce que la no wave représente quelque chose pour toi?

J. : La no wave? Non, je ne me suis jamais intéressé à ce mouvement arty.

Pas même à Sonic Youth et à Swans?

J. : Si. Mais penses-tu qu'ils ont relevé de la no wave?

Absolument!

J. : Alors oui, ils représentent beaucoup pour moi.

D. : Je ne pense pas que la no wave ait eu un impact sur nous. Peut-être au niveau musical; mais certainement pas au niveau de l'attitude. C'est plutôt une question de racines. Ils appartiennent à New York. C'est une partie de ma vie. De ma jeunesse. D'une époque terriblement créative. A propos, il y a bien deux bonnes années que Swans n'a plus donné de signe de vie.
J. : Peut-être disposent-ils, aujourd'hui, de suffisamment de ressources! (rires)

"Living Room" a été produit par John Agnello, personnage qui travaille régulièrement avec Dinosaur Jr et Screamin' Trees. Est-ce un ami intime?

J. : Non. Nous ne connaissions pas John avant d'enregistrer le deuxième opus. Nous avons écouté ce qu'il était parvenu à réaliser avec d'autres groupes. Et nous en avons conclu que sa participation pouvait être très bénéfique pour notre formation. Nous ne sommes devenus des amis qu'après avoir travaillé avec lui.

Si un jour Bob Mould vous demande de produire un CD, quelle serait votre réaction? (...silence ponctué d'un grand éclat de rires)

J. : Je serai totalement choqué. Totalement!
D. : Où as-tu été cherché cette question? Mon Dieu!

Désolé, mais je ne comprends pas votre réaction. Vous pouvez m'expliquer?

J. : Difficilement!
D. : Jerry et Bob se sont connus auparavant. Il le connaît beaucoup mieux que moi; mais je comprends bien sa réaction. C'est pourquoi une telle proposition me surprendrait et me choquerait également. Il y a des choses qu'il est impossible d'étaler sur la place publique...
J. : Effectivement... très flatté, mais particulièrement choqué!...

 

Version originale de l’interview parue dans le n°24 (juin 1994) du magazine MOFO.

 

 

The Flaming Lips

Les rêves surréalistes des Flaming Lips...

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C'est vrai qu'il est complètement casse-cou d'aller réaliser l'interview d'un groupe sans avoir pu, préalablement, écouter leur dernier album. Mais connaissant l'histoire du groupe, ayant décortiqué les articles de presse qui lui étaient consacrés depuis ses débuts ; et puis surtout, ayant assisté à leur concert, juste avant de rencontrer leur porte-parole, nous étions en droit d'espérer ne pas nous planter. Heureusement, l'entrevue avec Steven Drozd, guitariste, batteur, claviériste, fut particulièrement riche et intéressante ; ce qui a pu nous permettre de mieux comprendre la nouvelle philosophie musicale des Flaming Lips. N'empêche, on ne nous y reprendra plus à travailler dans de telles conditions. Qu'on se le dise ! Ah oui, si vous voyez l'album, faites nous signe…

Existe-t-il un symbole derrière la marionnette articulée par Wayne, live ?

Les spectateurs essaient toujours de trouver une signification à la présence de cette marionnette qui mime le chant de Wayne. Elle n'incarne aucun symbole particulier. Elle est simplement là pour qu'on se marre. Pour passer un bon moment. Elle ne sert qu'à amuser le public. Le but est strictement visuel. Maintenant, si quelqu'un veut en tirer une signification quelconque, tant mieux pour lui.

Ce show, c'est un peu du théâtre ?

En quelque sorte. Quelque chose que le public peut voir, regarder, susceptible d'attirer son attention. Je ne sais pas si le terme théâtre est approprié, mais il existe effectivement une composante dramatique sur scène…

Un peu comme lorsque vous projetez des films vidéo sur grand écran ?

En fait, c'est Wayne qui réalise le montage de la vidéo. Et ces images ne servent que de support au son. Lorsque vous voyez la bombe atomique qui explose, vous entendez en même temps une détonation. Elle rend la musique plus poignante qu'elle ne l'est en réalité. Amplifie sa portée. Mais, il n'y a pas davantage de message à comprendre. Il faut savoir que très souvent, les gens ramènent tout à leurs propre univers. Et lorsque nous disons que la guerre, ce n'est pas bien, l'image ne sert qu'à amplifier cette réflexion. Or, les gens ont envie d'y voir un message. Mais pour nous, il n'existe pas de message profond. Nos fans sont apparemment très créatifs, puisqu'ils fabriquent eux-mêmes le message…

A propos de cette vidéo, n'est-il pas trop difficile de synchroniser l'image avec la batterie ?

Non, non, pas du tout. Cette technique est toute simple. On a capté le son et l'image en une seule prise. Il suffit donc de placer la bande dans le magnéto et de la laisser jouer. La partition va dans la table de mixage et sort pat les haut-parleurs, alors que l'image est dirigée vers le projecteur vidéo qui la reproduit sur grand écran. J'ai assuré les parties de batterie qui sont filmées, alors que Wayne s'est chargé des samples. Nous les avons enregistrées à l'aide d'un caméscope. Puis on a transféré la bande vidéo vers un programme informatique. Lorsque vous voyez l'image, vous entendez le son en même temps. C'est logique. Mais quoiqu'il y ait sur la bande ou quoique il y aura, on la joue de toutes façons en direct. Par exemple, si la batterie et le piano figurent sur la bande, la guitare, la basse et le chant sont joués 'live'. Cette technique est assez facile à appliquer. Beaucoup plus facile qu'on pourrait l'imaginer. Ai-je répondu à la question ?

Absolument !… Vote style est en évolution constante. Mais aujourd'hui, nous avons l'impression qu'il s'inspire de plus en plus de la musique symphonique. Exact ?

Effectivement, notre style a évolué. En fait, le groupe a très longtemps fonctionné avec un guitariste. Le dernier nous a quittés en 1996. Aussi, lorsqu'il est parti, nous nous sommes demandé comment nous allions nous débrouiller pour en dénicher un autre de sa valeur. Mais en même temps, nous commencions à en avoir marre de toutes ces parties de guitares. En fait, nous avions envie d'avoir recours aux sonorités symphoniques. Telles que sections de cuivres, de cordes… Et à l'époque, nous écoutions des tas de choses différentes, tout en essayant de nous extirper de la routine guitare. Et les samples nous ont aidés à créer ces sonorités symphoniques composées de cuivres, de flûtes, de cordes, de timpanis, de gongs, et j'en passe. Or, en studio, nous sommes capables de reproduire tous ces instruments à l'aide d'un clavier. Et le plus frappant, c'est qu'on croirait vraiment que nous sommes accompagnés par un grand orchestre. On s'est alors décidé de supprimer les parties de guitare. Et on a vraiment plus envie d'y revenir. Car ce que nous avons réussi à l'aide des samples est très beau. Chargé d'émotion. Dans le futur, nous allons essayer d'atteindre un niveau plus structuré, plus sophistiqué et plus simple à la fois. Cette réflexion peut vous paraître singulière. A vous et à moi. A nos épouses. Même à ma mère. Mais même ma mère apprécierait. Nous souhaiterions que notre musique passe à la radio. Ce qui explique pourquoi nous nous libérons progressivement de la guitare en la remplaçant par davantage de piano et de claviers…

Est-il exact que les Flaming Lips sont capables de sonner comme neuf groupes différents, en même temps ? Et lesquels ?

Cette idée me séduit. En fait, comme tout le monde, nous écoutons les autres, empruntons aux autres et puisons des influences tous azimuts. Ce qui explique sans doute pourquoi, parfois on sonne comme Led Zeppelin, Frank Sinatra, Pink Floyd, Sonic Youth ou quelques autres… Il y a tellement de choses qu'on a écoutées, qu'on aime, et dont on voudrait s'inspirer. Dernièrement, nous sommes tombés sur un spot publicitaire diffusé sur MTV. Il projetait des extraits de concerts de Led Zeppelin mélangés à d'autres de Frank Sinatra. Le message était clair. Leurs musiques ne collaient pas ensemble. Mais à cette époque, nous travaillions sur un morceau que nous voulions sis aux confins de Led Zeppelin et de Frank Sinatra. Couplant des batteries jouées très haut et des sections de cordes. Merde alors, s'est-on dit, c'est justement ce qu'on essaie de réaliser…

Y-a-t-il des artistes ou des groupes que tu aimes plus particulièrement ?

Il en existe tellement qu'il m'est impossible de tous les citer. J'aime un peu tous les styles. Depuis la soul au rock classique, en passant par le jazz, le classique, l'indie rock, la bande son de film… (le concert de Silverchair couvre de plus en plus nos voix, et Steven s'arrête quelques instants en tendant l'oreille…) Pas ce genre de musique par exemple…

Est-il cependant possible d'apprécier les Dead Kennedys et Diana Ross en même temps ?

Je crois que beaucoup de gens manquent d'ouverture d'esprit. Tu vois, nous concoctons des compiles pour écouter sur la route. Des chansons ou des musiques que nous aimons. Mais nous veillons à mette sur la bande Neil Diamond auprès de Chrome, les Stooges à côté de Roberta Flack. Et lorsqu'on écoute toutes ces choses, on a l'impression que les uns sont les réponses des autres. Lorsqu'on prête l'oreille à quelque chose de mélodieux, puis de plus dingue, ce qui est plus fou, te paraît encore plus cinglé qu'en réalité. Et en même temps, si tu écoutes quelque chose de cinglé avant quelque chose de doux, la douceur  te paraîtra encore plus moelleuse. C'est ce qu'on essaie de traduire à travers notre musique. On la rend jolie, puis vilaine… 

Pourquoi les meilleures chansons des Lips ont toujours dégagé une tristesse désespérée, négative ?

Parce que c'est la vérité. Un point final. Et tant pis, si c'est négatif !

Penses-tu vraiment que l'être humain peut vivre seulement dans ses rêves ?

En vérité, je ne suis pas encore mort dans un rêve. Si vous pensez mourir dans un rêve, vous mourrez. J'ai presque déjà vécu cette sensation. Tu parles probablement d'une de nos chansons qui évoque la vie après la mort. Mais existe-t-il une question plus profonde que celle de l'existence après la mort ? Vous comprenez ce que je raconte ? Mais lorsque tu atteins 120 ans, à un certain moment, tu te dis, laissez moi mourir en paix ! Cela me paraît, somme toute, sensé…   

Est-il exact que les longs titres de vos chansons émanent d'influences surréalistes puisées chez Salvatore Dali ?

C'est Wayne qui écrit les textes. Il est passionné par l'œuvre de Salvatore Dali. Nous sommes allés visiter son musée en Floride. Wayne adore toute son imagerie. Il aime également d'autres peintres et artistes. Tels que Klimt. En fait, il écrit les lyrics de ses chansons comme s'il utilisait des mots pour peindre. Dali, c'est un monument…

Peut-on affirmer que les Flaming Lips créent de la musique tridimensionnelle pour un monde unidimensionnel ?

C'est comme si tu te trouvais dans une pièce grise et que tu te demandais s'il serait judicieux de mettre un peu de couleur sur les murs. Dans la musique rock si tout le monde jouait dans la même catégorie, elle deviendrait ennuyeuse. Nous, nous voulons nous faire plaisir en tentant de communiquer ce sentiment à d'autres. Nous essayons de mettre le plus de couleurs possible sur les murs de cette pièce grise…

Que penses-tu de ce que fait aujourd'hui, votre premier guitariste, Jonathan Donahue, chez Mercury Rev ?

Ils sont devenus aujourd'hui très populaires. Je les aime bien en tant qu'êtres humains. Ils sont vraiment hyper sympas. Mais je n'ai pas tellement apprécié leur dernier album. Je trouve qu'ils font toujours la même chose. Mais ne mentionnez pas ce que je viens de dire au sujet de leur disque, dans cette interview ! Nous avons tourné deux semaines ensemble en Angleterre et en Ecosse. Nous assurions leur première partie.

Merci à Vincent Devos.

Rebellion

La rébellion silencieuse.

Écrit par

Sans être la découverte de l’année, “Arise: From Ginnungagap To Ragnarok - History of the Vikings, Vol. III”, le nouvel album des Allemands de Rebellion, est intrigant. Aussi, on ne s’est pas fait prier lorsque leur label (Massacre Records) nous a proposé une interview. C’est Tomi Göttlich le bassiste qui s’y est collé. Entre les choses qu’il ne préférait pas dire, les choses qu’il ne voulait pas dire et celles qu’il ne pouvait pas dire, on ne peut pas dire que cette rébellion-là soit des plus bruyantes. Interview sympathique d’un rebelle, qui manifestement ne veut se fâcher avec personne.

Musiczine.net est un magazine musical d’intérêt général. Nos lecteurs ne sont pas forcément des fans de Heavy Metal. Pourrais-tu leur présenter Rebellion ?

Tomi Göttlich : Rebellion est un groupe qui pratique un certain type de Heavy Metal. Il est même difficile à décrire. D’ailleurs, j’estime que cette analyse est davantage du ressort des journalistes. Nous venons définitivement des eighties, car nous ne sommes plus des teenagers ; mais nous avons essayé d’incorporer quelques influences plus modernes pour créer notre propre style et notre propre identité. A l’auditeur de juger si nous y sommes parvenus.

“Arise: From Ginnungagap To Ragnarok - History of the Vikings, Vol. III” constitue votre cinquième album, et le troisième d’une trilogie consacrée aux Vikings. Pourquoi avoir porté votre dévolu sur les célèbres guerriers scandinaves. N’était-il pas beaucoup plus intéressant, en tant qu’Allemands, de parler de l’histoire de votre propre pays ? Un album concept sur les chevaliers teutoniques, par exemple ?

T.G. : D’une manière générale, nous pensions que les Vikings étaient un sujet passionnant quand nous avons décidé de démarrer cette trilogie. A présent, il semble qu’énormément d’autres groupes ont aussi choisi d’écrire sur ce sujet. Nous avons cependant décidé de l’achever, au risque de se voir taxer de suiveurs. Bien sûr, on pourrait penser qu’un groupe allemand est mieux placé pour parler de sujets autochtones ; mais, en tant que professeur d’histoire, j’aime bien creuser profondément des matières que je ne connais pas encore. Ce qui ajoute un peu de piment à ma vie professionnelle.

« Thor » est vraiment une chanson épique extraordinaire. Un pur moment de magie. Avez-vous un jour rêvé d’interpréter ce genre de titre, soutenu par un orchestre symphonique, comme certains groupes contemporains de métal l’ont réalisé ?

T.G. : Effectivement. Ce serait un rêve. Mais c’est surtout une question d’argent, car il faut payer tous ces musiciens.

A l’écoute d’“Arise: From Ginnungagap To Ragnarok - History of the Vikings, Vol. III”, on peut sans conteste entendre l’influence de deux groupes principaux dans votre musique: Grave Digger et Iced Earth. Y en a-t-il d’autres ?

T.G. : Il est assez difficile de se juger soi-même. Je préfère ne pas émettre de commentaires sur ce sujet et laisser à d’autres le soin de le faire.

Je n’ai pas trouvé de dates de concerts sur votre site web  (http://www.rebellion.st) ou sur votre page MySpace (http://www.myspace.com/rebellionfromhell). Vous vous produisez en ‘live’ ?

T.G. : Absolument ! Nous sommes occupés de mettre à jour notre agenda. Nous serons sur la route dès le début de l’année prochaine.

Tomi et Uwe, vous avez tous les deux milité chez le groupe métal culte Grave Digger. Pourquoi êtes vous partis ? Êtes vous toujours en bons termes avec Chris Boltendahl (NDR : Le leader de Grave Digger) ?

T.G. : Nous ne sommes en aucuns termes avec lui, et nous ne voulons pas l’être. Tu peux donc en conclure que le split n’a pas été amical et c’est pourquoi, une fois de plus, je ne désire rien ajouter en à ce sujet. Il n’y a pas de choses gentilles à dire et je n’aime pas dire du mal des gens qui ne sont pas là. (NDR : Suivant cette source pas toujours fiable à 100% qu’est internet, il semblerait qu’il y ait un litige entre Chris Boltendahl et Uwe Lulis parce que ce dernier aurait voulu garder le patronyme ‘Grave Digger’ quand il a quitté le groupe ; ce qui est à notre humble avis un peu ridicule, puisque Boltendahl est l’âme du ‘Creuseur de Tombes’, et que sans son timbre de voix unique, le combo ne pourrait probablement pas exister).

Est-ce qu’un groupe comme Rebellion peut vivre de sa musique ou bien exercez-vous une profession en parallèle, pour joindre les deux bouts ?

T.G. : Non, nous ne pouvons pas vivre de notre musique. Nous sommes déjà très contents quand les royalties couvrent nos dépenses.

Simone est une des deux guitaristes de Rebellion. N’est-ce pas trop difficile pour une fille d’exercer ce rôle dans le monde plutôt misogyne du Power Metal ? Lorsqu’elle est sur scène, les remarques irrévérencieuses ne doivent certainement pas manquer. Les considère-t-elles comme offensantes ou comme relevant du grand ‘Cirque du Heavy Metal’

T.G. : Simone n’est pas présente et je ne peux pas répondre à cette question à sa place. Nous sommes très heureux cependant de son implication dans le groupe et elle se débrouille vraiment bien.

En compagnie de quelle formation majeure aimeriez-vous tourner ? Vous êtes-vous déjà produits hors du Vieux Continent ?

T.G. : Rebellion n’a jamais joué hors de l’Europe. Nous n’aimons pas vraiment nous produire en première partie. Nous préférons la tête d’affiche.

Je suppose que la “Trilogie Viking” est terminée. Quel sera le sujet du prochain album ?

T.G. : Certaines idées trottent déjà dans nos têtes ; mais il n’est pas encore possible d’en parler pour l’instant.

De nos jours, beaucoup de musiciens jouent dans plusieurs groupes ou projets en même temps. Qu’en est-il des membres de Rebellion ?

T.G. : Nous participons à l’aventure d’autres groupes et projets, mais Rebellion est notre groupe principal.

En Allemagne, le Power Metal est une institution. Il existe des centaines de bons groupes issus de votre pays. Qu’est-ce qui, à ton avis, fait la différence entre vous et eux ? Que dirais-tu à nos lecteurs pour les décider à acheter ton disque plutôt que celui d’un autre groupe allemand ?

T.G. : Beaucoup de groupes jouent de la bonne musique, mais en général, ils préfèrent ce qu’ils créent. Chaque musicien estime sa musique meilleure que celle des autres. Je ne désire pas vraiment déprécier les autres artistes et préfère donc laisser le choix aux auditeurs.

Un dernier mot pour vos fans belges ?

T.G. : Keep it heavy, Metal is Rebellion.

The Beta Band

Version 1.0

Malgré un goût prononcé pour les accoutrements loufoques, une mise en scène de leurs concerts pour le moins visionnaire, une approche dadaïste des designs de leurs pochettes et un recours aux lyrics symboliques, les musiciens de Beta Band font preuve d’une maturité intellectuelle, que nous ne soupçonnions pas. Ils savent ce qu’ils veulent. Connaissent l’histoire du rock’n roll. Et laissent finalement peu de place à la fantaisie. Une exception, le studio. Là, ils prennent véritablement leur pied, en jammant pendant des heures. Richard Greentree, le bassiste, et John Mc Lean, le programmateur, s’expliquent…

Peut-on dire que le Beta Band soit un succédané de l’histoire du rock’n roll ?

R : Oui !
J :  Mais progressivement, nous allons essayer de ne conserver que nos propres influences. Celles qui sont internes, pas externes au groupe. C’est la meilleure solution pour aller de l’avant.

Apparemment, vous ne semblez pas trop satisfait de votre nouvel album. Enfin, de la production. Est-ce exact ?

R : Parce qu'il n'est peut être pas aussi parfait qu'il aurait pu l'être. Mais non, je l’aime beaucoup. Il est superbe cet album J : Lorsqu’on crée quelque chose soi-même, on a tendance à jeter un regard de plus en plus critique sur sa propre création. Mais c’est un bon album. Vous pouvez l’acheter les yeux fermés. En fait, c'est surtout du producteur que nous n'étions pas satisfaits!

Est-il exact que vous avez l’intention de remixer chacun des titres de ce disque ? Et si c’est le cas, à qui allez-vous confier cette tâche ? A un DJ, à un autre producteur ? Ou vous sentez-vous capables de l'autoproduire ?

R : Non. L’album est comme il est, et nous n’y changerons plus rien. En fait, nous avons l’intention de sortir un album d’ambient, destiné à susciter des remixes. Mais, c’est toujours à l’état de projet.
J : Tu sais, nous nous sommes rendus compte des problèmes de production, en plein milieu des sessions d’enregistrement Nous n’avions pas fait le bon choix. Nous voulions amener des idées personnelles, mais le producteur était obnubilé par le son analogique. Il avait un blocage. Et nous nous sentions frustrés. Il était têtu comme une mule. Alors on l’a remercié.
R : En réalité, il rejetait sans cesse nos idées. Il faisait une fixation sur les sonorités revivalistes, qu'il estimait plus chaudes et plus bénéfiques au groupe. Il voulait impliquer davantage de guitares. Parce qu’il pensait qu’elles apporteraient un plus. Je ne sais pas. Nous n’étions pas d’accord sur la définition de la musique. De notre musique. Il était très tatillon. Il prétendait que la musique s’assimilait beaucoup mieux lorsqu’on pouvait la danser. Et lorsqu’on a pris congé de lui, il n’était vraiment pas heureux…

Ne penses-tu pas que si la production avait été encore été plus sophistiquée, l’album serait devenu franchement compliqué, alors qu’il est déjà complexe ?

R : Justement ! Nous voulions que l’album soit moins travaillé. Qu'on y voie moins la griffe du producteur. Finalement, nous avions besoin d’un bon ingénieur du son, pas d’un producteur.
J : Si, si, pourquoi pas un producteur, mais pas un mec qui mette sans cesse son nez dans nos affaires.
R : Ce qui explique pourquoi la deuxième partie de l’album épouse un style totalement différent. C’est d'ailleurs une nouvelle direction que nous comptons emprunter dans le futur.

Si nos renseignement sont exacts, la version originale de "The hard one" a été expurgée du sample de Bonnie Tyler, “ Total eclipse of the heart ”, parce que son auteur vous avait refusé l'autorisation. Cette interdiction est-elle définitive ?

R : En fait, celle qui figure sur l’album est la version originale. Elle devrait, il est vrai, sortir sous cette nouvelle version, dans un avenir proche…

Pourquoi les percussions et les effets spéciaux prennent-ils une place aussi importante dans votre musique ?

J : J’imagine que la présence des effets sonores n’est pas gratuite, mais qu’à contrario, ils font partie intégrante de la mélodie. Les percussions sont des éléments qui nous intéressent tous au premier degré. Parce que nous sommes tous quelque part percussionnistes.

Vous avez, je suppose, également recours à des instruments insolites, tels que la batterie de cuisine, quitte à en sampler les sonorités produites ?

R : Ce type d’instrumentation était, à l’origine, une nécessité. Mais aujourd’hui, nous avons moins recours aux ustensiles de cuisine (rires). Ils ont retrouvé aujourd’hui une place qu’ils n’auraient jamais dû quitter, la cuisine… 

Quelle part prend l’improvisation, dans la musique de Beta Band ? Live ? En studio ?

R : Sur scène, tout est bien structuré, programmé, tandis qu’en studio nous parvenons même à composer de nouvelles chansons, rien qu’en jouant ensemble…

Votre méthode de travail va carrément à contre courant des autres groupes ?

J : Il arrive qu’en studio nous utilisions un computer keyboard. Et tout le monde jamme à l’aide de cet instrument, et pas seulement avec une guitare ou une basse…

De toute évidence, vous prenez davantage votre pied en studio que sur les planches ?

R : Effectivement. Et puis, en studio il y a moins de monde.

Pas nécessairement. Il arrive qu'un concert se produise devant un public clairsemé. Nous avons même été témoin d'un set qui s'est déroulé devant une dizaine de personnes. C'était pourtant un excellent groupe britannique.

J : Cette aventure nous est également arrivée. Et en studio, il y en a au moins trente.
R : Mais nous n’avons jamais véritablement expérimenté le live, parce que nos prestations sont extrêmement structurés. Nous n’avons vraiment pas le temps de nous égarer dans une quelconque expérimentation. En studio, nous avons tout le temps de jammer. Un exercice de style que nous adorons. On y est d’ailleurs très bons. Mais en concert, nous ne nous y risquons jamais…

Un jour, vous avez déclaré qu’il n’existait plus de culture jeune aujourd’hui. Ni mods, ni punks, ni rockers. Pour vous, la techno ne reflète donc pas l’esprit de la nouvelle culture contemporaine ?

J : Non, pas du tout ! Toute musique qui rétrécit son champ d’investigation, n’a plus aucun intérêt. Elle se ferme l’accès à l’expérimentation. En fait le public pense que la techno est expérimentale, alors qu’elle n’est qu’un outil destiné à faire danser. Le hip hop était beaucoup plus intéressant, parce qu’il nécessitait un challenge. Enfin, il existe quand même l’une ou l’autre forme de techno qui suscite notre intérêt. Celle qui est pratiquée en Allemagne, notamment…
R : Ce qui m’inquiète le plus, c’est l’étroitesse d’esprit des jeunes qui déifient la techno…
J : Lorsque tu me causes de culture jeune, je pense spontanément au marketing. Si tu ne parviens pas à coller à la mode, tu t’exclus du cercle des branchés. Donc tu dois acheter tel type de fringues, écouter tel type de musique, etc. Lorsque l’acid house s’était révélée, personne ne se posait ce type de question. Tout le monde vivait le temps présent, prenait son pied sans regarder autour de lui. S’exprimait sans devoir faire abstraction de sa propre personnalité. Et puis le phénomène s’est acidifié. Tout le monde s’est focalisé sur le mot acide. C’est devenu une affaire de fric. Donc pour moi, la culture jeune est manipulée par le fric.
R : La culture jeune n’a plus le temps de se développer, parce qu’elle est immédiatement rattrapée par le fric. Elle est bouffée par le marketing. C’est comme si la culture était devenue financière.
J : Et la plupart des médias font tout pour maintenir la situation en place. Ce qui leur permet ainsi de traiter tout ce qu’ils veulent sans trop se creuser la cervelle. Un stratagème qui fait vendre, et puis qui empêche les jeunes de penser. Ces médias pensent ainsi à la place des jeunes, c’est beaucoup moins risqué, et surtout moins fatigant…

Jérémy & Bernard Dagnies.

Merci à Vincent Devos

Interview parue dans le n° 77 d’octobre 1999 du magazine Mofo.

 

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