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The Shins

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En musique, le succès semble connaître ses frontières. En Belgique, par exemple, une bénédiction flamande n'entraîne pas forcément une prière wallonne. L'inverse tend également à se vérifier. Alors, quand on augmente les distances, le grand écart prend des proportions inattendues. Pour preuve, aux Etats-Unis, The Shins est devenu le groupe le plus vendeur de son label 'Sub Pop' depuis... Nirvana. En Europe pourtant, The Shins côtoie péniblement les rayons 'inconnus au bataillon'. A l'heure de « Wincing the night away », leur nouvel album, James Mercer, mentor de cette précieuse entité, nous parle de rock, de punk, de cinéma et du travail qui attend encore son groupe en Europe. Faudra-t-il tout recommencer ?

The Shins se présente au public comme un groupe américain. Cependant, vos références musicales sont très britanniques. Comment expliquez-vous cette situation ?

L'explication est à chercher du côté de mon parcours scolaire. J'ai obtenu mon graduat en Angleterre. Le soir, après l'école, j'écoutais de la musique. A l'époque, impossible de ne pas succomber à la scène new-wave. Le mouvement venait de surgir, les Smiths étaient partout. Et puis, chaque jour était l'occasion d'une nouvelle découverte : House of Love, Echo and The Bunnymen, The Cure, My Bloody Valentine, etc. C'était incroyable. Cela dit, je connais beaucoup de groupes américains qui sonnent plus anglais que nous.

Votre musique puise ses racines dans le courant psychédélique de la fin des années 60. Concevez-vous votre musique comme un produit de cette période ?

Dans un certain sens, j'aurai tendance à répondre par l'affirmative. Néanmoins, la musique s'est profilée comme une suite d'enchaînements logiques et ce, depuis le début des temps. Par rapport à notre musique, nous essayons d'être honnêtes, d'écrire de belles mélodies. Pour revenir à cette époque révolue, je dois reconnaître mon admiration pour The Beatles, The Zombies et The Monks.

La légende raconte que tu as appris à jouer de la guitare en reprenant le « God Save The Queen » des Sex Pistols. Info ou intox ?

Cette information est exacte. De là à dire que j'étais punk, il y a un fossé que je ne franchirai pas. Je n'ai jamais eu de crête sur la tête. Mais j'adore l'univers punk rock. Des trucs comme Black Flag, The Damned ou les Sex Pistols m'ont toujours attiré...

En Belgique, peu de gens connaissent The Shins. Quel regard portez-vous sur votre notoriété aux Etats-Unis ?

Aux Etats-Unis, The Shins jouit d'une certaine célébrité. Nous sommes souvent cités dans le haut du panier des groupes communément appelé 'indie band' (NDR : rock indépendant). C'est étrange d'être ici, de devoir tout recommencer à zéro. Mais, au final, c'est assez excitant comme démarche. Aux Etats-Unis, nous avons écoulé des millions d'exemplaires de « Chutes Too Narrow », notre album précédent. Après, il est très difficile de se situer par rapport à d'autres groupes. Prenons Yo La Tengo, par exemple. Ils sont très respectés par les journalistes. Plus que nous, sans aucun doute. Mais aujourd'hui, notre base de fans est bien plus large que celle de Yo La Tengo.

Le succès rencontré par The Shins après la sortie de « Chutes Too Narrow » a-t-il changé votre vie ?

Un peu plus encore... Mais en fait, tout a commencé par « Oh, Inverted World », notre premier album. Voilà encore quelque chose d'étrange : à l'époque, notre premier disque n'a pas été distribué en Europe... En 2004, peu avant la sortie de notre deuxième album, nous avons été contactés par Zack Braff. Celui-ci souhaitait utiliser quelques unes de nos chansons pour illustrer son nouveau film : « Garden State », avec Natalie Portman et Peter Sarsgaard. Deux chansons de notre premier cd venaient se greffer à d'excellents passages du film... Celui-ci a rencontré un énorme succès ! Il a été sélectionné au Festival de Sundance, a remporté le titre de meilleur film aux « Independent Spirit Awards » et, surtout, « Garden State » a empoché un « Grammy Award » pour la meilleure musique de film. A partir de là, notre carrière a pris une autre tournure aux Etats-Unis...

A l'origine, tu accompagnais Martin Crandall, ton bassiste, et le batteur Jesse Sandoval dans un autre groupe, baptisé Flake. Aujourd'hui, vous jouez tous les trois au sein de The Shins. Pourquoi avoir changé de nom en cours de route ?

Quand je jouais dans Flake, je souhaitais avoir un projet musical que je pouvais réellement contrôler. C'est la principale raison qui explique l'apparition d'un projet annexe, baptisé The Shins. Après avoir composé quelques chansons, j'ai demandé à Jesse et Marty de m'aider à la tâche... Mais, petit à petit, The Shins devenait plus important à mes yeux. J'y travaillais tous les jours et, sincèrement, le résultat me semblait bien meilleur que chez Flake... J'ai donc décidé de quitter le groupe et de me concentrer uniquement sur The Shins. Flake jouait de la power-pop, un peu comme Weezer... J'avais besoin d'autres choses : des mélodies, une pop consistante, etc.

Ecouter The Shins, fermer les yeux : nous voilà déguisés en hippies, éclatés dans une camionnette en pleine tournée. A bien y regarder, vous êtes des rejetons des sixties perdus en plein 21ème siècle. Votre musique véhicule énormément d'images. Mais qu'en est-il en réalité ?

En tournée, on s'amuse beaucoup. Mais les clichés associés à la culture pop ne font pas partie de notre réalité. Bien sûr, toutes les excuses pour boire un verre sont toujours bonnes à prendre. Mais nous sommes loin d'être de nouveaux hippies : pas de drogue, pas de fête communautaire et autres exubérances pacifiques. De toute façon, nous sommes certainement trop cyniques pour être des hippies... (rires)

En parlant de hippies, une de vos nouvelles chansons s'intitule « Red Rabbits ». Doit-on y chercher une référence au « White Rabbit » du Jefferson Airplane ?

En fait, ce n'est pas du tout un clin d'?il au Jefferson Airplane... On ne m'avait pas encore évoqué ce rapprochement. En cherchant, on pourrait y trouver un lien. Mais, à la base, ce n'est pas du tout voulu. Notre chanson évoque la fin d'une relation d'amitié. C'est l'histoire de deux individus dont les personnalités évoluent avec le temps et fissent par devenir incompatibles. Ce sont des textes très personnels. Et là, nous sommes relativement éloignés du trip hallucinatoire du Jefferson Airplane ! (rires)

« Wincing the night away », votre nouvel album, se recentre sur des sonorités pop. Vos deux disques précédents s'éparpillaient davantage. Comment expliquez-vous ce recadrage ?

Je voulais faire grandir le projet. Nous ressentions le besoin de changer de direction. Aujourd'hui, nous sommes plus à l'aise pour en parler. D'une certaine façon, nous avons l'impression d'être parvenus à intégrer les sonorités du passé, à les transcender par le prisme de la modernité. En écrivant de nouvelles chansons, j'essaie toujours d'éviter l'écueil de la redite. C'est important : la répétition suscite trop souvent l'ennui.

En chantant « Australia », vous dégagez une bonne humeur communicative sur votre nouvel album. Associez-vous l'Australie à d'inoubliables souvenirs ?

Nous avons effectivement passés d'excellents moments en Australie. La chanson s'intitule « Australia » pour la simple et bonne raison que ce morceau a été composé en Australie... La mélodie est agréable, elle rend heureux. Mais, au fond, c'est très paradoxal car, cette chanson évoque une femme horrible, vraiment méchante avec laquelle j'ai travaillé pendant des années. A elle seule, elle cumulait les pires attributs de l'humanité : la laideur, le racisme, etc. (rires) A l'époque, je travaillais dans une usine d'exploitation de miroirs... Un job très excitant... Bref, c'est un peu comme une production des Monty Python : un sujet très sombre traité de façon légère...

Venus

Savoure le rouge

Trois ans après l'ampoulé « Vertigone », les Bruxellois de Venus ont rendossé leurs beaux costumes de scène, cette fois en rouge et noir. Deux couleurs qui leur vont à merveille, puisqu'elles soulignent avec force ces treize nouveaux titres aux ambiances souffreteuses. Le sang, la colère, la passion : si l'atmosphère de « The Red Room » risque bien de plomber vos dimanches, elle vaut bien n'importe quel bovarysme? Et de fesser vigoureusement la chair, et d'y voir palpiter nos désirs les plus fous, pour qu'enfin 'décadence' rime avec 'élégance', et que Venus se détache pour de bon de l'emphase à la « Beautiful Day » ! Welcome in the red room, et n'oubliez pas d'enlever vos chaussures? La visite peut commencer !

Depuis « Vertigone » et votre tournée, il s'est passé plus de deux ans. Qu'est-ce que vous avez fait durant tout ce temps ?

Pierre Jacqmin (basse, contrebasse) : De janvier à août 2004 on a pris des vacances, on a travaillé chacun sur d'autres projets, et puis on a commencé à bosser régulièrement sur cet album... On n'a donc pas chômé, même s'il est vrai qu'on ne donnait plus trop de nouvelles de nous !

Christian Schreurs (violon, guitare) : On a commencé, en fait, à enregistrer en septembre 2005, après un an d'écriture.

Il est exact que la dernière fois qu'on vous avait vus sur scène, c'était à l'Octopus, fin juillet 2005 ?

C. S. : C'était un concert test, puisqu'on avait quasiment fini l'album, et il nous a permis de voir ce qui fonctionnait ou pas. Il faut admettre qu'il était risqué de ne jouer pratiquement que des nouveaux morceaux, surtout lors d'un festival d'été?

P. J. : ?D'autant plus qu'on ne les maîtrisait pas encore bien. On les interprétait pour la première fois en concert !

C. S. : Mais tout y était ! Il ne nous restait plus qu'à entrer en studio avec Head, qui est un excellent ingénieur du son, pour peaufiner le tout de manière optimale. C'était un boulot considérable.

Et au final le résultat sonne plus rock qu'auparavant. Il est plus âpre, plus sombre aussi.

C. S. : Oui, absolument, c'est un peu un tournant. Mais c'était déjà le cas pour « Vertigone », qui ne sonne pas de la même manière que « Welcome to the Modern Dance Hall »? On aime bien essayer des choses différentes, selon nos envies. Après la tournée « Vertigone » on s'est tous mis d'accord sur le fait qu'on avait envie de travailler le son, d'aller plus loin dans ce sens. Sur « Vertigone » on avait déjà tenté de se départir un peu de l'acoustique, mais ici on a mis les bouchées doubles.

« Vertigone » est très pop, tandis que celui-ci est plus incantatoire, plus brut de décoffrage.

C. S. : Il est clair qu'on a moins insisté cette fois sur les arrangements : on n'a pas eu peur d'élaguer?

P. J. : On a voulu garder que l'essentiel. Et puis on s'est rendu compte qu'on avait du mal à jouer les morceaux de « Vertigone » à quatre. Parce qu'il y avait tellement d'arrangements qu'il devenait impossible de les reproduire tels quels en live. Pour « The Red Room » on a essayé de ne pas refaire les mêmes erreurs, et la solution était de tout simplifier au lieu d'en rajouter.

Pourquoi avez-vous fait appel à Head pour produire « The Red Room » ?

P. J. : Parce que ce n'est pas un producteur, mais un ingénieur du son ! En fait au départ on avait pensé travailler sous la houlette de John Parish, mais il n'était pas disponible. C'est lui qui nous a conseillé Head. Il aimait bien ce qu'on faisait, donc ça tombait bien ! Et puis faut dire que c'est pas la 'dernière des caisses' (NDR : expression brusseleer ?) : il suffit d'écouter le boulot qu'il a accompli pour PJ Harvey et Marianne Faithfull !

Il est vrai qu'à l'écoute de « The Red Room » on sent la patte du producteur de PJ Harvey !

C. S. : Ce type aime les sons secs et rugueux. Il préfère travailler sur la matière du son plutôt que de l'embellir?

Il n'est pas le seul responsable de ce son sec et tortueux, je suppose ? Vous avez connu des coups de blues ?

C. S. : On a toujours privilégié les atmosphères sombres à celles plus 'poppy'? « She's So Disco » par exemple est juste une 'private joke', et on ne le renie pas ! Mais c'est à mille lieues de ce qu'on fait aujourd'hui? Faut bien se laisser aller de temps en temps, non ?

Comment travaillez-vous à l'écriture ?

P. J. : Marc (NDR : A. Huyghens - voix, guitare) vient avec la plupart des idées. Il nous apporte des ébauches de chansons, guitare-voix, et on retravaille tout ensemble. La structure, l'harmonie, les arrangements,? Mais sur cet album-ci en l'occurrence, il y a deux morceaux qui viennent de Christian?

Lesquels ?

C. S. : « Underwater » et « Unknown »

« Underwater » est sans doute le titre le plus léger du disque, tiens?

C. S. : Effectivement. Et c'est marrant, car le résultat est totalement différent de la matière que j'avais apportée au départ? Mais rien n'a été calculé : on l'a juste senti comme ça ! Et c'est d'ailleurs aussi valable pour le reste de l'album : rien n'était prémédité, tout est venu assez naturellement. En fait ce n'est pas compliqué : je ne me suis jamais senti aussi bien dans le groupe depuis nos débuts !

On le ressent sur le disque !

P. J. : Oui, tout s'est très bien passé, c'était très confortable. Et même si on a ramé sur certains titres, on a toujours eu l'impression d'être dans le bon, que ça sonnait juste. Cela n'a jamais été aussi évident et naturel, même en retravaillant les vieux morceaux !

Parlons-en justement? Vous allez les électrifier, si je puis dire ?

P. J. : Pas forcément? Il est vrai qu'au début on avait ce concept du tout acoustique, mais il ne doit pas nous freiner dans nos envies ! Pourquoi ne pourrait-on pas utiliser une guitare ou une basse électrique si on en éprouve le désir ?

Et ce titre, « The Red Room », il renvoie à quoi ?

P. J. : C'est la chambre de Marc, qui est peinte en rouge.

Ca me fait penser aux parois utérines du ventre maternel, bref à nos origines.

P. J. : Tiens oui ! C'est bien la preuve que chacun définit comme il l'entend sa propre pièce rouge, en fait?

(NDR : à cet instant Marc A. Huyghens déboule d'une autre interview, la mine fatiguée par ce petit jeu de chaises promotionnelles) M. A. H. : C'est juste un lieu confiné, d'introspection, mais qui pourrait très bien être aussi un bordel ou un dancing?

P. J. : (NDR : lui parlant) Sa propre interprétation serait un retour à l'état f?tal !

M. A. H. : Pourquoi pas, oui?

Ok? Vous pouvez me parler de votre grand retour chez Bang! ? Ca s'est mal passé avec Virgin ?

C. S. : On a été virés après la sortie de « Vertigone » parce qu'on n'en avait pas vendus assez à leur goût? Quand tu n'atteins pas un certain chiffre de vente, t'es tout simplement rayé de leur carte?

M. A. H. : Ce processus faisait partie des grosses restructurations chez EMI : il n'y avait même pas moyen de discuter, c'était purement économique.

P. J. : Ce ne sont pas les gens avec lesquels on travaillait directement qui sont responsables de cette décision, mais les financiers d'EMI, à la maison mère. Ils avaient une liste avec du rouge et du vert, et si t'étais dans le rouge tu te faisais virer? Ils n'ont même jamais écouté ce qu'on faisait, c'était pas leur problème ! »

Aaaah, les majors? Et que pensez-vous justement de cette guéguerre entre Bang ! et Gang (www.wearegang.be), des « Sacrés Belges » et de tout le bazar ? Vous êtes un peu les parrains de la scène rock bruxelloise et wallonne?

M. A. H. : Il y a toujours des gens qui pensent 'noir', d'autres 'blanc', pouvoir/contre-pouvoir,? Si c'est par opposition à Bang ! c'est rigolo et il y a sans doute un fond de vérité. Mais il ne faut pas renier le travail accompli par les types de Bang ! depuis des années, comme défenseurs du rock bruxellois, wallon. Et ça on ne peut pas le leur retirer ! C'est quand même eux qui ont signé dEUS en premier, même si l'exemple est gros comme un camion? Après, c'est vrai qu'il doit y avoir de la place pour tout le monde ! Il faut persévérer.

Ce sera le mot de la fin !

Tout est joli / All is pretty

Les détours d'un petit retour

Écrit par

Une sentence en forme d'épitaphe, six musiciens, une obstination poétique politiquement correcte, Tout est Joli/All is pretty marque son 'petit retour'. Au cœur des retrouvailles, « Ritournelles », deuxième album de haute volée. Entre anglais et français, Moïse et Epicure, Randy Newman et Leonard Cohen, la formation esquisse les contours d'un album en dents de scie. Inoffensif mais diablement jouissif. Rencontre. 

Votre nouvel album s'intitule « Ritournelles ». Ce titre évoque un morceau symphonique. Comment interprétez-vous ces « Ritournelles » ?

Un jour, je parcourais l'œuvre du philosophe français Gilles Deleuze. Dans un de ses écrits, il donnait une définition de la musique, soulignant au passage que ses fondations reposaient sur la ritournelle. Dans toutes les musiques, on retrouve des ritournelles. Cette explication de Gilles Deleuze m'a semblé extrêmement limpide. Et puis, le mot ritournelle trouve son origine dans le vocable italien : 'ritornello'. Autrement dit 'le petit retour'. Ce qui correspond bien à l'idée globale du disque et de sa pochette. La couverture ressemble à de l'art brut. En réalité, il s'agit du diagramme chinois du changement. Cette illustration remonte donc à une époque très lointaine.    

Le nom du groupe découle-t-il de la célèbre citation d'Andy Warhol ?

Il y a plus d'une quinzaine d'années, je suis allé voir une rétrospective d'Andy Warhol à Cologne. Je ne suis pas vraiment un grand admirateur de l'artiste mais en visitant cette exposition, je suis tombé nez à nez avec un mur blanc sur lequel il était écrit 'All is pretty'. C'est un des plus beaux aphorismes qui puisse exister. 

Votre approche de la musique semble très religieuse. Est-ce votre volonté de départ de toucher à toutes les religions à travers vos chansons ?

En fait, nous ne sommes pas du tout religieux. Néanmoins, je considère que tout l'ancien testament et la mort de Moïse constituent une véritable splendeur. C'est de la très grande littérature. Et si nous évoquions la naissance du rock'n'roll ? Le rock découle du blues, directement inspiré du gospel. On retrouve donc une dimension très chrétienne à travers le rock. Pour preuve, Skip James, maître absolu du blues américain, connaissait l'ancien testament par cœur. Et tous les amateurs de rock ayant élu Elvis comme monarque doivent savoir qu'il était un éblouissant chanteur de gospel. Aujourd'hui, il est de bon ton de diaboliser les religions. Et bien, au fond, c'est un peu idiot...

Votre musique est un peu à l'image de votre patronyme. Vous chantez aussi bien en anglais qu'en français. Pourquoi abordez-vous ces deux langues sans pouvoir trancher entre Tout est Joli et All is pretty ?

Notre intérêt pour le taoïsme a certainement eu un impact important sur ce concept. Cette discipline conseille, en effet, à ses adeptes de ne pas choisir ou, tout du moins, d'éviter de choisir. D'un point de vue moral, on peut considérer cette perspective comme une forme de lâcheté. Mais ce n'est pas le cas. Sur « Ritournelles », le recours à la langue française est très précis. Cependant, je pense que pour certains types de musiques, l'anglais est plus approprié. Il existe une musicalité anglo-saxonne propre à l'anglais. Certaines musiques anglo-saxonnes n'ont d'ailleurs pas d'équivalent en français...  

Vos sources d'inspirations sont-elles d'ordre poétique ?

Notre inspiration est à la fois musicale et littéraire. Il y a tellement de musique dans les livres qu'on en arrive parfois à une sorte de confusion. Nous nous inspirons évidement de ce que nous lisons et entendons. A travers ce disque, l'auditeur peut également déceler un aspect non négligeable de notre musique : son côté politique. En écoutant «  La fin du Mal », on retrouve d'ailleurs cette appétence. En général, en musique, lorsque le narrateur évoque son récit à la première personne du singulier, ce n'est pas lui qui parle. C'est un principe ironique traditionnellement utilisé pour évoquer une histoire, un concept, une idée. Dans « La fin du Mal », le 'nous' relève de ce principe, faisant ainsi une allusion évidente au communisme. C'est donc un point de vue ironique.  

En ce sens, considérez-vous la fin du communisme comme une des plus belles victoires de l'humanité ?

Indéniablement, la fin de cette idéologie politique a engendré la fin d'un totalitarisme extrêmement criminel. Le nazisme et le fascisme sont deux formes d'exploitation du peuple dont les réputations ne sont plus à faire : c'est absolument monstrueux. Une question se trame derrière cette réflexion : 'Qui attendait quelque chose du nazisme ?' A l'époque, les autorités allemandes avaient jeté de la poudre aux yeux du peuple. Mais le reste du monde avait décelé les contours de cette vaste supercherie. Pour le communisme, c'est une autre paire de manche ! En effet, le communisme a représenté un sérieux espoir dans de nombreux pays. C'est ça que je trouve terrible... J'ai tendance à considérer qu'il existe une sorte d'amnésie autour de la notion de communisme. De nombreuses personnes affirment que cette idéologie véhicule de bonnes choses... De bonnes choses ? En Chine, il ne faut pas oublier que ces bonnes choses ont engendré 70 millions de morts. Si on appelle ça de bonnes choses... Pour revenir à la chanson intitulée « La fin du Mal », j'espère que les auditeurs ne la taxeront pas d'anticommunisme primaire. Car il faut bien se le dire : il n'existe pas d'anticommunisme primaire...

Dans votre discographie, « Ritournelles » est votre deuxième album. Votre premier disque a été enregistré voilà plus de sept ans. Comment expliquez-vous cette absence prolongée ?

Nous sommes revenus un dimanche... (rires) Après le premier album, nous avons rencontré des difficultés pour enregistrer un nouvel album. Nous avions besoin de réfléchir, de faire une pause. Elle aurait pu être définitive. Mais, finalement, nous nous sommes retrouvés autour d'un concert. C'était dans une salle appelée « Le Phoenix ». Et ne dit-on pas que l'animal renaît toujours de ses cendres ?  C'est donc dans cette salle que nous avons rencontré le manager du label Soundstation. Il nous a permis d'enregistrer « Ritournelles », notre 'petit retour' discographique…

Les Hurlements d´Léo

Amour, Haine & Politique...

Écrit par

Double ration pour les fans des Hurlements d'Léo. La formation a sorti ces jours-ci un album studio, "Le Temps Suspendu" ainsi qu'un disque 'live'. Et c'est sous le soleil du Festival Couleur Café que le combo a choisi de présenter au public belge ses deux dernières œuvres. Rencontre avec Laulo Kebous, l'un des deux interprètes du groupe.

3 ans se sont écoulés entre "Ouest Terne" et "Le Temps Suspendu". Qu'est-ce qui a changé entre-temps ?

On s'est posé la question de savoir si on arrêtait ou si on continuait. Finalement on a décidé de poursuivre l'aventure, mais en aménageant nos emplois du temps. Ca commençait à devenir fatiguant d'être toujours sur la route. Désormais, en tournée, on se réserve 10 jours par mois où chacun d'entre nous peut faire ce qu'il veut. Ceux qui ont des projets musicaux parallèles peuvent s'y consacrer et ceux qui ont une famille peuvent également s'en occuper.

L'album s'intitule "Le Temps Suspendu". Le temps est donc une contrainte pour le groupe ?

Exactement. C'est un peu une référence à ce qui s'est passé pendant ces 3 ans, justement.

Comment s'organise désormais le travail à 8 ?

Difficilement, mais de plus en plus sereinement.

Comment décrirais-tu cet album par rapport aux précédents ?

Encore plus éclectique, plus rock aussi, dans le ton et dans la forme.

Il y a également la sortie d'un 'live'. Entre la scène et les expériences studio, qu'est ce qui vous apporte le plus de satisfaction ?

Les deux sont agréables. Ce n'est pas la même joie en fait. En studio, c'est plus long. Tu construis un truc tranquillement avant de le découvrir. Puis, t'as la magie de la technique qu'il n'y a pas du tout en 'live'. Sur scène, c'est de l'énergie, de l'instantané. C'est comme un polaroïd. L'idée du 'live', c'est d'être là où on ne nous attend pas, de faire ce qu'on a à y faire et de surprendre.

Songez-vous à réitérer l'expérience "Un Air Deux Familles" (NDR: album de duos avec Les Ogres de Barback) ?

On va peut-être réitérer l'expérience avant les prochaines élections présidentielles de façon à inciter la jeunesse à aller prendre sa carte d'électeur et voter. Et notamment afin de ne pas voter pour l'extrême droite ou Sarkozy, par exemple.

Et si vous pouviez choisir d'autres artistes que Les Ogres de Barback ?

A premier abord, je dirais Eiffel dont le chanteur est un de nos camarades. Sinon, pourquoi pas L'Enfance Rouge, un groupe franco-italien.

Tu parlais politique. Les Hurlements d'Léo font partie du collectif "Aux Urnes etc." Est-il important que votre public se mobilise et manifeste une conscience politique ?

C'est important car aux dernières élections, il y a beaucoup de gens qui ont pris ce scrutin à la légère. On s'est retrouvé au pied du mur et le résultat a été dur à digérer. Avant les dernières élections, notre motivation était en demi-teinte. Nous nous disions qu'il ne fallait pas trop casser les couilles aux gens avec ces problèmes là. Désormais, on compose des chansons qui ont une essence et une conscience politique.

Vous voulez également donner conscience aux gens que la haine change de visage...

C'est du déguisement. Ils foutent des idées dans la tête des gens pour qu'ils se disent 'Ah mais finalement, ils ont l'air sympathiques!' Même Le Pen aujourd'hui à l'air 'sympathique'. C'est un danger, un poison auquel il faut être très attentif. La droite et toute la clique de l'UMP fait peur en France. C'est également un poison.

Tu sors le premier album de ton projet parallèle, "Kebous". Est-ce qu'il traduit un besoin d'expérimenter autre chose ou de t'évader un peu de l'aventure Hurlements d'Léo ?

T'as entendu parler de ça ? Ce n'est pas vraiment de l'expérimentation. Je suis revenu à un format un peu plus classique, style chanson française, piano-voix. Il y a trois musiciens qui m'accompagnent : mon frangin est au piano, un des mecs de Babylon Circus joue de la clarinette et Sergio Faubert de la guitare électrique. On prend une autre orientation. C'était juste le besoin d'avoir une autre formation à côté, de pouvoir faire autre chose afin de ne pas me sentir prisonnier ou fonctionnaire d'un collectif. Mais Les Hurlements d'Léo, c'est toujours une passion et je m'investis à fond là-dedans.

Tu disais au début de l'interview que vous avez hésité à continuer l'aventure. Est-ce qu'on peut dire aujourd'hui que la vie des Hurlements d'Léo sera encore longue ?

Elle sera longue et même très très longue! Bien plus que tu ne peux l'imaginer. Les Hurlements d'Léo c'est de l'amour mais également de la haine, parfois. Ce sont huit gars prêts à s'aimer et à se taper dessus à un moment donné. Mais c'est ainsi qu'on avance!

My Little Cheap Dictaphone (MLCD)

Rat des villes et rat des champs

Écrit par

Quatre longues années se sont écoulées depuis la parution de l'initial « Music Drama ». Ce premier album, enregistré entre Liège et le Nebraska, tournait les projecteurs en direction du trio, titillant les tympans des rockeurs les plus réticents. En 2006, My Little Cheap Dictaphone reprend du service. « Small Town Boy », leur nouveau disque, dévoile leur cheminement artistique. Entre folk et rock, la pop du trio a gagné en maturité. Les excursions initiatiques ont leurs bons côtés. My Little Cheap aussi...

Qu'évoque « Small Town Boy », le titre de votre nouvel album ?

Un « Small Town Boy » représente l'homme dans toute sa diversité. Il s'agit d'un campagnard aimant se balader en ville. Cet intitulé nous représente bien : nous apprécions autant la vie urbaine – sorties, concerts, cafés – que la vie de reclus propre aux campagnards. Le côté festif d'une ville nous attire. Mais nous rejetons ses côtés stressants. « Small Town Boy » est également un compromis entre le passé et la modernité, entre la technologie et la tradition.

Vos chansons comportent-elles des touches autobiographiques ?

En fait, nous touchons essentiellement à l'autobiographie. Quelques textes de cet album ont été écrits en collaboration avec une écrivaine norvégienne. C'est une de nos meilleures amies. En ce sens, elle nous connaît bien et, à travers ses textes, elle touche à notre personnalité. Encore une fois, c'est très autobiographique !

L'introduction d' « At the Other End Of Love » peut faire penser à « Float On » de Modest Mouse. Est-ce une influence, une source d'inspiration pour « The Other End Of Love » ?

Pas vraiment... Nous recherchions davantage un côté urgent, une sorte de locomotive sonore. Cette chanson évoque une histoire d'amour tragique : la fin d'une romance. C'est l'opposition entre le côté dramatique de la chanson et le côté frappant de la grosse caisse qui donne ici l'impulsion.

« Upside Down » est votre premier single. La partie banjo de cette chanson renvoie à l'univers des Thrills mais sans le côté Beach Boys. C'est plus forestier. On se trouve davantage du côté de Sparkelhorse... Pensez-vous parfois aux influences que les méchants journalistes risquent de vous coller aux basques ?

Parfois, nous y songeons. Mais ces rapprochements sont souvent forts subjectifs... Tout dépend de l'expérience musicale du journaliste. Bon, ici, tu évoques les Thrills et Sparklehorse. Ce sont des groupes que nous apprécions. Mais cette chanson n'est pas un single pour ces valeurs référentielles. Nous abordons plutôt « Upside Down » comme l'ouverture de la saison printanière, une sorte d'hymne à la joie.

Sur votre nouvel album, la chanson « Travel » s'emploie aux réjouissances. Considérez-vous que la musique soit le meilleur moyen de voyager ?

La musique participe à tous les voyages : humains et artistiques. Nous baignons continuellement dans la musique. D'un côté, nous en jouons et de l'autre, nous en écoutons. C'est aussi ce qui nous permet de vivre. « Travel » évoque les voyages engendrés par la musique, les rencontres faites à ces occasions. Nous voulions parler des gens aperçus une fois en cours de route, toutes ces personnes qu'il faut laisser derrière nous lorsque le voyage nous mène à l'étape suivante. Cette chanson parle également de la peur de l'avenir. En effet, que se passera-t-il une fois que nous serons grisés de ces pérégrinations ? Aujourd'hui, nous sommes musiciens, nous vivons de notre passion. Mais que se passera-t-il dans dix ans ? Là, nous sommes contents de voyager. Mais si un jour nous ressentions un désir de stabilité dans nos vies... que se passera-t-il ?

Vous avez évoqué les rencontres éphémères, toutes ces relations d'un jour, d'un soir. Comment ressentez-vous ces rapports humains momentanés ?

Il convient de distinguer deux choses. D'une part, les gens qui sympathisent par pure envie de discuter lors de la soirée et, d'autre part, il y a des personnes avec lesquelles nous ressentons une certaine affinité. Celles-là, nous essayons de ne pas les perdre de vue...

N'en avez-vous pas assez que les gens viennent vous trouver en vous garantissant que votre concert était génial ?

Au contraire, c'est plutôt encourageant ! Le gros problème, c'est que je ne sais jamais quoi répondre. Quand un type arrive vers moi surexcité et me dit 'Ouah j'adore tout ce que tu fais et tout', je ne peux m'empêcher de lancer un pauvre 'merci'. Certaines personnes doivent penser que je suis un peu froid et renfermé. Mais en réalité, je ne sais vraiment pas quoi répondre lorsqu'on me dit des choses aussi gentilles.

Depuis votre premier album, il s'est passé beaucoup de choses, notamment une parenthèse Hollywood Porn Stars. En tout, il s'est écoulé quatre ans depuis « Music Drama ». Qu'est-ce qui a changé pour vous au cours de ces quatre années ?

Après le premier album, nous avons fait de nombreux concerts. Après deux ans, Red Boy a composé quelques titres plus rentre-dedans en compagnie d'Anthony Sinatra. Au départ, ces chansons ressemblaient davantage à une blague entre potes qu'à un projet déterminé. A ce moment là, nous avions déjà préparé de nouveaux morceaux pour My Little Cheap Dictaphone. Mais la blague en duo s'est rapidement transformée en Hollywood Porn Stars. Pendant deux ans, nous avons donc opté pour une pause. Pour My Little Cheap Dictaphone, le changement est surtout à chercher dans le retard engendré par ce deuxième projet. Car, on ne peut le nier, nous avons évolué : si nous avions enchaîné les deux albums de My Little Cheap Dictaphone, les compositions de « Small Town Boy » auraient été différent. Nous avons eu le temps de prendre du recul, d'apprendre et d'écouter de nouvelles choses. Tout cela enrichit forcément votre expérience.

Vous êtes fortement engagés et impliqués au sein du Collectif Jaune Orange. Pouvez-vous expliquer les fondements et l'esprit qui animent cette communauté d'artistes ?

A la base, Jaune Orange est un collectif composé de plusieurs groupes. Le but était de créer une plateforme susceptible de les représenter. Lorsqu'un groupe du collectif a de bons échos du public, il peut ainsi soutenir les autres formations, les pousser vers le haut. Ici, les groupes travaillent pour eux. C'est donc une association composée des bonnes volontés des groupes. Il s'agit avant tout d'une histoire de copains, une aventure où l'argent n'a que peu d'importance. Parfois, nous organisons des concerts avec le Collectif. Les fonds récoltés à ces occasions nous permettent de financer d'autres activités. C'est aussi simple que cela.

Vous sentez-vous plutôt « Sacrés Belges » ou « Massacrés Belges » ?

Il y a de bonnes choses dans chaque camp, mais aussi de mauvaises. Nous nous sentons aussi proches de groupes présents sur la compilation « Sacrés Belges » que sur celle des « Massacrés Belges ». Ainsi, par exemple, un des instigateurs du label indépendant « Matamore » est aussi un des initiateurs du Collectif Jaune Orange ! Nous aimons aussi le label Top 5. Aujourd'hui, c'est peut-être mal vu d'affirmer une telle chose mais tant pis : nous nous sentons aussi proches des deux structures ! Nous sommes convaincus que chacun peut trouver sa place...

En plus de vous voir sur scène, le public vous croise régulièrement dans les salles de concerts. Quelles sont vos dernières découvertes musicales ?

Pour l'instant nous écoutons beaucoup Josh Ritter, un singer songwriter américain. Nous avons aussi beaucoup apprécié le dernier album d'Arcade Fire : un compromis parfait entre la scène indépendante et le grand public. Dernièrement, nous avons vu Venus en concert... Les sonorités de leur dernier album sont vraiment très chouettes. Nous pourrions encore citer Calexico, Bruce Springsteen, Architecture In Helsinki, Art Brut, Flaming Lips, Spinto Band, Okkervil River, etc. On s'intéresse vraiment à toutes les nouvelles sorties.

 

 

CocoRosie

Le mythe du paradis perdu

Telles deux rescapées d'un monde où l'amour serait roi et l'inconscient une valeur politique, les sœurs Casady croient encore que notre civilisation peut être sauvée, par l'imagination. Un fantasme, une aberration, peu importe : leur musique est là pour panser nos plaies, laissées béantes à force d'être seulement soignées par notre vaine certitude. De qui, de quoi ? L'homme est trop sûr de lui-même, et c'est ce qui l'oblige, un jour, à ravaler sa fierté de travers et mourir, seul. Aucune rédemption possible ? Pour prévenir l'agonie on écoutera « Noah's Ark » et « La Maison de Mon Rêve » en boucle : c'est comme du yoga, en version 'folk hip(pie)-hop'. Hip hip hip hourra ?!? Et advienne que pourra. Mais qu'en pense Sierra Casasy, une des deux CocoRosie ?

En l'espace d'un an vous êtes devenues des stars de l'Internationale folk. Qu'est-ce qui explique selon vous cet intérêt soudain pour CocoRosie ?

Eh bien… La réalisation de notre premier disque (NDR : « La Maison de Mon Rêve ») a été  pour nous une surprise totale. Même en plein enregistrement, on avait du mal à imaginer sa concrétisation : qu'il atterrisse dans les mains du public, et même qu'il existe, tout simplement ! Il est arrivé si vite et de manière si spontanée que même une fois l'album terminé on se sentait… Comment dire… C'est comme s'il menait sa propre existence, sans l'aide de personne, comme s'il avait une âme. Et bien que je l'adore, j'étais très surprise que tant de gens y trouvent leur compte et s'y reconnaissent. C'est quelque chose que je peux très bien comprendre, mais pas expliquer ! Peut-être est-ce dû au fait qu'en ce moment l'humanité connaît une mauvaise passe et ressent le besoin de revenir à quelque chose de plus primal, d'originel, qui touche au plus profond de son être et de son cœur. C'est palpable en ce moment au niveau artistique. Ce retour aux sources, à l'état primitif. Peut-être peut-on même parler de spiritualité. En fin de compte on espère que notre musique est un acte d'amour, qui libère l'imagination.

C'est vrai que votre musique dégage beaucoup de spiritualité, et touche en cela notre conscience collective. Tous ces bruits du quotidien qu'on y décèle renvoient à la nature et aussi à l'enfance. C'est comme un retour aux origines, d'avant les remords et les désillusions de l'âge adulte.

Je pense que les enfants sont très innocents, et qu'à travers cette innocence ils s'avèrent capables d'embrasser le monde de manière quasi mystique. Quand ils racontent une histoire ils parviennent ainsi à révéler la vérité qui la sous-tend, sans tomber dans les préjugés et les préceptes sur lesquels bute l'adulte. Nous avons tellement de bagages, d'a priori et de frustrations… Je pense que les adultes ont peur, et c'est la raison pour laquelle on raconte nos histoires comme si nous étions restées des gosses, dans le but de révéler en même temps la lumière et les ténèbres.

Quand on écoute la musique CocoRosie, on se sent réconforté. Elle nous rappelle l'utérus, la quiétude amniotique, quand l'être humain s'avère encore intact, sans peurs et sans reproches.

(NDR : belle comme un soleil, elle sourit encore) Oui… Je ne sais pas… Il est difficile d'être objective tout le temps ! (NDR : elle rit) Mais je vois très bien ce que tu veux dire. L'important pour nous, en tant qu'artistes, c'est d'évoluer dans un espace qui déborde d'humanité. Nos histoires abordent ce sujet, sans trop d'arrière-pensées… L'humain, c'est l'essentiel.

Sur la pochette de « Noah's Ark » on peut voir des licornes, qui durant le Moyen-âge étaient le symbole de la pureté et de la virginité… Tout se tient !

(NDR : grand sourire.) Exactement ! On accorde beaucoup d'importance aux créatures mythologiques, et on adore les animaux ! Pour nous la mythologie s'apparente à une manière de vivre, à une sorte de médium qui permet la remise en question, la transformation, la recréation. C'est comme une renaissance.

Pourquoi l'une d'entre elles saigne ?

Elle pleure. Des larmes sacrées de tristesse. 

Mmm, quelles jolies bêtes ! Et les oiseaux, les chats, les chevaux,… On en entend plein sur vos deux disques ! Pourquoi donc ?

On aime les sons qu'ils produisent, c'est tout !

Avez-vous bossé différemment sur ce disque ?

Non, notre démarche s'est révélée plutôt similaire : on a pas mal improvisé, et fait confiance à notre troisième œil… La seule grande différence, c'est qu'au lieu d'avoir tout concentré dans une petite pièce, on a bossé partout, à tout instant. Comme on a beaucoup tourné ces derniers mois, on y réfléchissait aussi bien sur la route que backstage, quand on sentait que c'était le moment. C'est ça l'inspiration : elle peut aussi bien jaillir pendant la nuit dans une chambre d'hôtel qu'avant un concert, peu importe où l'on se trouve… Un peu comme les escargots, tu vois ? Qui portent leur maison sur leur dos ?

Euh… Oui, bien sûr ! Mais tous ces lieux de passage n'ont pas l'air de vous avoir tellement influencées : « Noah's Ark » ressemble fort à « La Maison de Mon Rêve », non ?

Oui, l'expérience reste avant tout très intime, et c'est ce qui est étrange : peu importe le fait qu'on voyageait tout le temps, on arrivait toujours à réinventer ces mondes de créativité et de musique dans lesquels on se sent si à l'aise… Même si partir en tournée s'avère un véritable challenge. Parce que c'est fatigant et qu'à un moment t'as envie de tuer tout le monde ! Nous avons vite réalisé qu'il était tout à fait possible de préserver notre propre univers… Grâce à notre imagination.

Cela signifie-t-il que rien ne peut vous émouvoir en-dehors de votre propre psyché ? Que la musique vous sert avant tout d'échappatoire ? Que vous ne ressentez aucune volonté de confrontation avec la société qui vous entoure ? 

Oui, définitivement. Quand nous sommes en plein processus de création, nous évitons d'être en contact avec notre environnement immédiat. Je pense que notre musique se suffit à elle-même mais qu'au final elle exprime quand même bien la façon dont on appréhende le monde, et comment celui-ci nous affecte. L'environnement qui nous entoure, on ne s'y intéresse pas de manière littérale : c'est bien plus profond, bien plus fort et authentique…. On parle ici de connexion avec nous-mêmes, avec les gens qui nous entourent, d'une façon plus imaginative, quasi surréelle. C'est comme si on était en contact avec notre propre subconscient, et peu importe s'il nous échappe, si on ne comprend pas ! Parce que même pour nous c'est un mystère… Mais c'est après, une fois que le travail est fini, qu'on peut tenter d'interpréter les histoires qu'on raconte, les sentiments qu'on ressent, à travers la musique, les mélodies et les paroles. Et par là y déceler nos opinions sur la politique ou le monde actuel… Tu saisis ? 

Il y aurait donc chez CocoRosie une grande part laissée à l'inconscient, d'où le titre de votre premier disque, « La Maison de Mon Rêve » ?

Absolument ! Et je pense que cette perspective n'a rien à voir avec une quelconque notion d'échappatoire. Pour moi c'est comme si au contraire nous étions en osmose avec le monde qui nous entoure, avec l'humanité, son histoire et ses cicatrices ; et ce quelle que soit l'importance accordée à nos rêves et à notre inconscient dans le processus créatif. 

Dans le livret du cd promo on peut lire que votre musique est 'connectée au passé, et vague à propos du futur'. Donc quoi ? Vous avez peur du futur ? La maison de vos rêves ne ressemble-t-elle pas, en fin de compte, à une prison dorée ?

(NDR : interloquée) Ce n'est pas ce qu'on a voulu dire ! Je n'étais même pas au courant ! Il est difficile de superviser tout ce qu'on écrit sur nous, il y a tellement de gens qui bossent pour CocoRosie… 

Tu n'es donc pas d'accord avec cette assertion ?

Je pense qu'il y a intégration de l'histoire dans notre musique, pour autant qu'elle nous affecte émotionnellement… Mais il est certain qu'on ne peut imaginer l'avenir, c'est quelque chose qui reste pour nous un mystère… Et c'est justement ce que nous chérissons ! 

Et que penses-tu de cette soi-disant nouvelle scène folk à laquelle on vous affilie, en compagnie de Devendra Banhart, d'Antony, de Vetiver, de Joanna Newsom, de Ben Chasny et j'en passe ?

A vrai dire on s'en fiche ! Elle ne nous dérange pas. On s'y est fait. Mais quand on lisait les premières reviews de « La Maison de Mon Rêve » on se sentait quand même offensées… En quoi notre art, dans tout ce qu'il symbolise de personnel, a-t-il à voir avec un 'genre' ? Ca n'a aucun sens ! Mais on s'y est habitué, et finalement c'est bien d'être comparées à des artistes qui sont avant tout des amis… »

Vous les connaissiez avant que le succès et la médiatisation n'arrivent ?

Devendra, c'est un vieux pote. Quant à Antony, nous sommes d'abord tombées amoureuses de sa musique avant de le connaître… 

C'est lui qui chante sur « Bisounours » ?

Non…

Ah bon, on dirait que c'est lui ! Il chante même en français.

Tu veux parler de Spleen ? (NDR : rappeur et 'human beatbox' français qui les accompagne sur disque et en tournée).

Ah, euh, c'est-à-dire non, je… Tu en es sûre ?

C'est moi !

Soit. Vous aimez donc la culture française ?

Cette culture est si poétique ! Et romantique, même si c'est cliché de le dire… On aime beaucoup Rimbaud, Jean Genet : leurs œuvres nous parlent, de façon spirituelle. 

Peux-tu m'en dire plus sur le titre de l'album, « Noah's Ark » ?

(NDR : soudainement, elle s'émeut et sa voix se fragilise) On tente de trouver le chemin qui nous mènera vers un monde nouveau… Vers une nouvelle vie. Notre monde touche à sa fin, tu ne crois pas ? 

Mmmm ?

Oui. Notre monde. Les gens.

Pourquoi poses-tu cette réflexion ?

Ne penses-tu pas que l'humanité agonise ? 

Yep, mais ce n'est pas nouveau. C'est ainsi depuis la nuit des temps, non ?

Oui, mais je pense qu'en ce moment c'est de pire en pire… 

L'humanité est en danger !

Oui… (NDR : de plus en plus émue, pensive). Il vrai que ce n'est pas nouveau. Le profit, le matérialisme, la corruption, l'obscurantisme,… Ces notions existent depuis toujours, elles vivent au cœur de notre humanité et sont très destructrices... Enfin bref… La mort est inhérente à l'humanité, et sur « Noah's Ark » on essaie de comprendre comment on en est arrivé là… L'Apocalypse approche ! C'est la raison pour laquelle il faut prendre le large, vers le nouveau monde…  (NDR : un ange passe)

L'arche du titre, c'est la passerelle qui relie l'ancien monde et le nouveau ?

Oui, c'est comme un pont entre ce monde-ci et celui de notre imagination. 

Tu penses donc qu'il est plus facile de capitaliser sur notre imagination, sur nos mondes intérieurs, plutôt que sur le monde dans lequel on vit ? Si on suit ton avis, on n'est pas dans la merde !

Bon, je suis sûre que les gens peuvent changer… Et je pense qu'il est très important de croire en ses rêves et en ses idéaux, parce qu'ils révèlent ton identité. C'est le mythe auquel il est nécessaire de croire, et il se passe ici, maintenant ! Il n'a donc rien à voir avec le fait de fuir notre monde : il faut juste parvenir à vivre à fond son propre mythe personnel, tant qu'il est encore temps !

Tahiti 80

Une musique noire jouée par des blancs…

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Fondé en 1993, ce groupe rouennais rencontre un succès phénoménal au Japon. Par contre, en France, il est considéré comme marginal. Peut-être parce que les chansons sont interprétées dans la langue de Shakespeare. Ou que leur musique n’accroche pas le public hexagonal. Pourtant, le combo ne manque pas de talent. Et puis, au fil des albums, il n’hésite pas à se remettre en question. Avant de se produire en concert à la Maison de la Culture de Tournai, Xavier Boyer, parfois rejoint par ses acolytes, nous a accordé cette longue interview…

Tahiti 80 pratiquerait de la pop moderne traditionnelle. C’est ce que mentionnait un article, paru dans un magazine de presse musicale spécialisée. Partagez-vous ce point de vue ?

(Cacophonie ambiante) Ce n’est certainement pas ce qu’on a pu déclarer. En outre, ca ne veut rien dire du tout. Donc…

Oui, il me semble !

On a toujours beaucoup écouté les artistes issus des sixties. C’est la source d’inspiration basique de notre son. Des sixties, mais aussi des seventies. Parce qu’il existait une approche dans l’écriture des morceaux qui a peut-être un peu disparu aujourd’hui. Mais on a toujours suivi l’évolution musicale. Tant à travers la musique électronique que noire : la soul, le hip-hop, le dub ou le reggae. Notre objectif était ainsi de mêler tradition et modernisme. Pas de rester bloqué dans le passé ; car si c’est pour refaire ce qui a déjà été fait, ce n’est pas très intéressant. Mais lorsqu’on parvient à combiner des éléments hétérogène, le résultat est  généralement original et assez personnel.

Vous appréciez la musique des sixties, et en particulier les Beatles, les Zombies et les Beach Boys. Que vous ont apporté ces groupes sur le plan musical ?

Je pense que les années 60 étaient une époque au cours de laquelle les compositeurs étaient encore capables d’écrire des chansons. Elles recelaient de véritables progressions harmoniques et on pouvait compter jusqu’à 50 accords par morceaux. La totale quoi. Que ce soit au niveau du songwriting, de la performance ou du son, à la fois très intéressant et caractéristique. On osait expérimenter des trucs que personne n’oserait tenter aujourd’hui. Hormis Radiohead, peut-être. Mais c’était plein de charme. Ces artistes étaient alors très, très jeunes et ne prenaient pas trop de recul. C’est absolument la période clé de la musique moderne. Mais également, ils plaçaient chaque fois la barre très haute. Ainsi quand l’un sortait un 45trs, l’autre devait absolument faire mieux. Et puis ils n’hésitaient pas à nous gratifier de singles élaborés qui atteignaient les 6 minutes. C’est la raison pour laquelle on est très branché sur cette époque. On y découvre encore et toujours des idées…

Vous avez déclaré que l’élément le plus important dans votre musique était la voix car elle crée la mélodie des morceaux. N’avez-vous jamais pensé chanter ‘a capella’ ?

Euh… On devrait ! Je pense que c’est une des particularités et un des avantages de l’anglais. La voix occupe une position centrale, tout en s’associant complètement aux autres instruments. Elle devient même instrument tout en véhiculant des idées à travers les paroles. Lorsqu’elles sont exprimées en langue française c’est différent. Le texte prime et surtout on est confronté à certaines contraintes dans le rythme. C’est la raison pour laquelle on a fait ce choix. Cet équilibre nous semblait intéressant et nous permettait de concrétiser nos idées. Maintenant, j’ignore si on va se lancer dans l’a capella. Nous allons encore patienter quelques années, pour laisser passer ce qui est encore une mode. On va attendre un petit peu et lorsque ce sera démodé, on tentera l’exercice de style…

En 1976 paraissait un film de Michel Lang qui s’intitulait ‘A nous les petites anglaises’. Vu votre succès au Japon, n’êtes-vous pas occupés de réaliser une version musicale de ‘A nous les petites Nippones’ ?

Non, non, nous n’avons jamais adopté cet état d’esprit. Nous sommes sérieux. Nous privilégions davantage l’aspect musical que l’attitude rock’n’roll. Nous ne saccageons pas les back-stages. Nous n’avons pas encore cassé de guitare sur scène ; et les groupies, nous les saluons, c’est tout. Nos fans féminines sont très gentilles et nous offrent de petits cadeaux.

Oui mais entrer en concurrence avec Bon Jovi là-bas, est-ce flatteur ou agaçant ?  

Nous sommes très contents lorsqu’on parvient à contrecarrer le pouvoir de domination exercé par Bon Jovi. D’autant que ce groupe est absolument affreux. C’est à la fois un rêve et en même temps un objectif pour chaque formation pop, quand tu débutes, de jouer une musique qui te plaît mais en même temps susceptible de plaire au plus grand nombre. C’est le principe même de la musique pop. Les Beatles, par exemple, en constituent l’exemple le plus parfait. En préservant leur intégrité artistique, ils recueillaient un succès commercial énorme. Si à notre échelle on parvient à marcher sur leurs traces dans un pays comme le Japon, c’est plutôt flatteur. Et si on réussit à piquer des fans à Bon Jovi et consorts, c’est encore mieux !

Votre nouvel album est plus black, plus funky, la rythmique davantage mise en avant, la musique me semble plus sensuelle, dansante, parfois même proche d’un certain disco. J’y détecte même un peu l’âme de Prince. Une réaction ?

C’est absolument l’esprit au sein duquel baigne l’album. Entre la sortie du 2ème et 3ème cd, par exemple, le marché nippon nous a sollicités pour réaliser une compilation. On a donc dû sélectionner les morceaux en piochant quelque peu dans le catalogue de notre maison de disques. Mais on a remarqué qu’elle possédait la collection de tous les Stax et Motown. Or nous avons toujours été des mordus de ces labels. Et tout en nous gavant de musique, surtout dansante, à cette époque, on se tapait aussi des DJ sets. Je pense que ces influences ont toujours été présentes dans notre musique. Par exemple, le premier morceau qui nous a lancé, c’est « Heartbeat ». On y retrouvait déjà ce mélange entre rythmique noire et mélodie blanche. Donc pour ce nouvel album, on décidé de se livrer à fond dans ce style, en enlevant un peu de guitare pour disposer tous les éléments rythmiques quasiment au même niveau que les voix. On a voulu enregistrer un album qui corresponde au feeling de l’instant. Pas qui se focalise sur un genre déterminé. Au final, je pense que notre manière d’écrire colle bien à cette orientation rythmique. Et le résultat est différent de tout ce qu’a pu proposer n’importe quel autre groupe jusqu’à ce jour. Et dans le futur, pourquoi pas, nous pourrions intégrer des éléments traditionnels empruntés à la musique brésilienne ou autre…

Vous aimez également Sly Stone et Marvin Gaye, mais également Curtis Mayfield. Etes-vous collectionneurs de vieux vinyles de ces artistes ?

Oui… (rires) Nous disposons tous d’une belle collection de disques du style. On les a dénichés aux Etats-Unis et au Japon. Aux States, parce qu’il y existe le plus grand éventail à des prix concurrentiels et au Japon, car on y dégote les trucs les plus pointus. C’est un peu cher mais en bon état et on a donc pas mal chiné là-bas. On a chiné au Japon (rires).

Par quel hasard avez-vous bénéficié du concours de Neal Pogue et Serban Ghenea ?

Ce sont des choix du cœur que nous avons un peu provoqué, comme la plupart des collaborations décrochées, jusqu’à présent. Deux albums nous ont toujours marqués chez Serban et Neal. Le premier album de N.E.R.D. et celui d’Outkast, notamment la partie d’André 3000. Ce sont des disques qui nous bottent particulièrement, à cause du son, des rythmiques et de cette pulsation très en avant. Mais pas comme du R’n’B trafiqué par des producteurs pour mettre la chanson en retrait. Bref, on est un peu allés au culot et on a foncé tête baissée. C’était nos deux premiers choix. Et lorsqu’on les a contactés on s’est dit que peut-être l’un des deux accepterait de mixer un compo. Mais finalement, ils étaient tous les deux hyper emballés. A un tel point que nous avons dû les départager pour attribuer les morceaux. Par la suite, notre collaboration a été plus étroite avec Neal. Nous avons ainsi parachevé le disque ensemble, au studio. Quelque part c’est aussi assez flatteur de pouvoir bénéficier du concours de telles pointures qui bossent pour des artistes célèbres. Et il est aussi gratifiant de voir de tels personnages être réceptifs à notre musique ; puis qui acceptent de travailler à des prix inférieurs à ceux exigés pour les stars renommées. Mais tout s’est déroulé de manière naturelle…

Et Linda Lewis ?

Pour Linda Lewis, le choix était plutôt marrant, car on avait décrété que si nous devions échanger un duo avec une chanteuse, nous opterions d’abord pour Minnie Riperton et puis Linda. Mais en même temps nous ne savions pas trop nous y prendre pour la contacter. Et puis, c’était un peu con-con de dire ‘on aimerait bien écrire des chansons pour toi ou alors que tu viennes chanter sur notre disque’. En fait, je l’ai rencontrée lors d’une émission de radio en Angleterre, à laquelle elle participait. Donc, j’arrive à l’entrée et je vois son nom sur le registre. Je demande donc à la standardiste si c’est bien la chanteuse Linda Lewis. Mais elle ne la connaissait pas du tout. Quand je suis entré dans le studio, j’ai vu une femme habillée en noir et coiffée d’une coupe afro. C’était bien elle. Lors de l’émission, je suis parvenu à l’impressionner, car je connaissais toute sa carrière. Après cet épisode, on a gardé le contact et on l’a appelé le moment venu. Et ça c’est génial aussi de pouvoir travailler en compagnie d’artistes dont tu apprécies la musique, dont tu es fan.

La mise en forme de votre nouvel album est hyper raffinée, une sensation accentuée par le falsetto des vocaux, un raffinement qui évoque, pour ma part, Todd Rundgren voire Scritti Politti. Qu’en penses-tu ?

Todd Rundgren forcément ; mais Scritti Politti, je connais très, très peu. Quand on a sorti notre premier album, beaucoup de gens nous parlaient de Prefab Sprout, Style Council ou d’autres groupes du style qu’on connaissait vaguement ; mais qui, au final, n’étaient pas du tout des influences pour nous. Mais je pense que par la suite on s’est inscrit dans une lignée de musiciens blancs jouant de la musique noire. Mon objectif n’est pas de parvenir à chanter comme Marvin Gaye, mais de communiquer une émotion. Par exemple, Todd Rundgren c’est vraiment quelqu’un dont on admire la démarche artistique, même s’il s’est parfois planté. Mais au moins, il a été jusqu’au bout de ses idées ! En ce qui concerne le son, tu le trouves très léché. Etonnant, parce que c’est l’album le plus brut qu’on ait enregistré. Il regorge de premières prises. De trouvailles que l’on a conservées. Mais effectivement, on est d’un naturel soigneux. Peut-être que pour le prochain, on effectuera des prises encore plus brutes. 

Pourquoi avoir intitulé l’album « Fosbury » ? Etes-vous devenus accros au saut en hauteur ? Ou alors avez-vous voulu vous servir d’une métaphore pour traduire le grand bond que vous tentez de réaliser dans l’évolution de votre musique ?

Nous aimons beaucoup le sport. Et on y a décelé cette portée métaphorique. En fait, nous avons choisi ce titre aussi à cause de son rôle d’outsider, qu’il incarnait à l’époque. Sa technique était unique. Tout le monde le montrait du doigt. Craignant même qu’il mette sa vie en danger. Qu’il se brise la nuque. Mais dans cette histoire, le plus intéressant, c’est qu’au départ, il n’était pas pris au sérieux, mais qu’au final, il a décroché la médaille d’or et récolté les acclamations. Ensuite, il s’est retiré de la compétition et s’est impliqué dans des mouvements pacifiques. En analysant un peu son parcours, on a voulu, en quelque sorte, défendre une ambition musicale. Essayer de convaincre les gens. Ne pas enregistrer le même disque que son voisin. Mélanger des genres qui ne sont pas, à premier abord, compatibles…  

Jeanne d’Arc a été brûlée à Rouen ; mais vous chantez quand même dans la langue de Shakespeare. N’avez-vous jamais entendu des voix s’élever pour que vous vous exprimiez dans celle de Molière ?

Un jour, nous participions à une émission sur France Inter. Nous nous produisions en showcase et une vieille dame réagit à l’issue de celui-ci en nous demandant pourquoi on ne chantait pas en français. Guy Carlier lui répond alors que les Zombies n’ont jamais chanté en français. Quand on se rend à l’étranger, il est courant de s’entendre dire que nous pratiquons une musique aux influences américaines et anglaises mais adaptée à la sauce française. Après, je pense que c’est le style qui dicte un peu la langue.

Votre reprise de « So You Want to Be a Rock 'n' Roll Star » des Byrds, vous la jouez encore en live ?

Non, plus aujourd’hui. Mais elle était plus Rock’n’Roll que Star… (rires) On y avait inclus un solo et un intermède psychédélique au beau milieu. Elle ne figure plus à notre répertoire depuis que nous disposons de suffisamment de morceaux personnels. C’est vrai qu’à une certaine époque on interprétait pas mal de reprises. Récemment on s’est quand même attaqué à l’une ou l’autre reprise et notamment une d’Epic Soundtracks.

Votre premier mini-album « Twenty Minutes » est sorti à 536 exemplaires ? Je suppose que vous en avez conservé quelques-uns dans un coffre fort…

J’en ai 3 chez moi. Non je ne dirais pas mon adresse je n’habite pas au ‘bip’. Et en plus on récupéré quelques exemplaires, parce qu’on en avait filé 10, à un copain, qui bossait à la Fnac de Nantes. Il n’en avait vendu que 6 du paquet. Je n’ai par contre pas récupéré l’argent, mais bien les 4 autres Eps en circulation.

Apparemment, vous n’aimez pas les groupes à guitares… Une raison ?

Non, non, j’aime bien les groupes à guitares. Mais c’est comme pour le saxo, je n’aime pas les solos. Ils ont salopé beaucoup de morceaux au cours des dernières années. Par contre, on a toujours détesté la noisy pop. Et un groupe comme My Bloody Valentine. Enfin, pas tout à fait celui-là, car au départ l’idée était intéressante, mais l’armée de suiveurs qui ont pris le train en marche n’a strictement rien apporté. Aujourd’hui, un autre courant refait surface, la ‘New Wave’… On nous a souvent taxés de revivalistes parce qu’on a composé un morceau qui rendait hommage à Ray Davies ; alors que cette démarche nous tenait à cœur. Lorsque certains artistes se mettent à piller les années 80, donc la ‘New Wave’, on n’entend pas beaucoup de voix s’élevant pour clamer que ce n’est pas nouveau ce qu’ils proposent. The Raptures, c’est quand même un bon groupe. Pourtant 20 ans auparavant des formations new-yorkaises pratiquaient déjà cette forme de ‘funk blanc’, mais ils y ont ajouté une voix qui chante comme ça ‘Hwuuuuuuu uuuuuuuh’. Finalement, c’est un peu la même technique que celle utilisée pour le cinéma. On reprend un concept intéressant, mais on le remet au goût du jour.

Phoenix, ce sont des potes à vous ?

On ne les connaît pas du tout. Et ce n’est pas bien. Mais je pense qu’ils ont la même attitude à notre égard. Mais le plus marrant, c’est que nous sommes souvent comparés. C’est sans doute parce que les deux groupes puisent leurs références aux mêmes sources américaines, tout en conservant cet esprit pop/rock français…

Maxïmo Park

Le bonheur est dans le (Maxïmo) Park...

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Depuis quelques mois, le label anglais Warp, considéré comme un des pionniers de l'électronique anglaise, s'intéresse de plus en plus à des groupes (ou artistes) musicalement étrangers à ses racines. Après Vincent Gallo, Gravenhurst et !!!, Maxïmo Park est venu grossir l'écurie. Son premier elpee fait suite à deux excellents singles qui nous avaient donné l'eau à la bouche. Son titre ? " A certain trigger ". Un disque très britannique, mais fort différent de ce que l'Albion nous réserve habituellement. Tom English (le drummer) et Paul Smith (le chanteur) ont donc accepté de passer sur le grill de Musiczine…

Mais pourquoi un label comme Warp, aussi branché sur la musique électronique, a-t-il décidé de signer Maxïmo Park ? Paul prend la parole : " Je pense que le label s'est intéressé à nous parce que nous étions différents. Aussi bien dans l'utilisation de la guitare qu'à travers le message que nous essayons de transmettre. Des émotions directes véhiculées que du dynamisme affiché par nos chansons… "

M.P. vient du nord-est de l'Angleterre ; de Newcastle très exactement. Une région dont la mentalité est tout à fait indépendante du reste de l'Albion. Tom s'explique : " Un état d'esprit qu'on retrouve, par exemple, à Middlesbrough. Par contre, si on descend un peu plus vers le nord-ouest, alors on atterrit dans des villes comme Manchester ou Liverpool ; des cités auxquelles on associe instantanément des figures de proue comme les Beatles, La's, Echo & the Bunnymen, les Stone Roses, les Smiths ou encore Joy Division. Newcastle n'a jamais eu cette aura. Il y est même difficile de s'y faire un nom. Ce qui explique pourquoi cette région a acquis une mentalité indépendante. Vous n'existez qu'en dehors de ce qui est labellisé musique pop. Ou alors vous vous laissez rattraper par le système. Et vous partez à Londres pour y épouser ses aspects les plus mercantiles. Nous voulons rester comme nous sommes. Nous ne cherchons pas d'autre influence que nous-mêmes. Il est indispensable de faire preuve d'introspection, sans quoi non n'arrive qu'à imiter les autres artistes… " Tom confirme : " A l'instar de Sheffield, Newcastle est vraiment indépendante. Parce qu'on y place la musique d'abord. C'est aussi ce qu'on fait. A l'origine, nous nous efforçons de composer de la bonne musique. Et ensuite on essaie de la vendre. Si nous avions opté pour la formule inverse, nous nous ennuierions très vite et notre objectif de départ serait faussé… " Paul reprend le crachoir : " Tu sais, tout le monde peut vendre de la daube ; mais au bout du compte ce sera le public qui aura le dernier mot. Notre ambition, notre volonté, est de parvenir à convaincre les auditeurs de regarder, d'écouter deux fois un groupe. Que son opinion ne soit pas arrêtée, définie. Parce que la musique mérite un second regard, une seconde écoute. Nous avons opté pour ce cheminement…"

Newcastle est également une ville où est enracinée une très forte tradition de réalisme social britannique. Il ne faut pas oublier que c'est au cours des années 80, que Margaret Thatcher y a procédé à la fermeture des mines de charbon. Paul acquiesce : " Nous ne pouvons cacher nos origines. Parler de la vie au quotidien dans nos lyrics est une des caractéristiques du groupe. Ce qui ne veut pas dire que nos textes soient chiants. En fait, nous transcendons le quotidien pour montrer qu'il recèle une certaine beauté. Et ce que tu appelles 'réalisme social britannique' transpire dans nos chansons. J'écris à propos d'événements, de lieux que je connais. De l'endroit où j'ai grandi. Du partage de notre origine particulière. Bien sûr, notre musique répond également à des critères plus universels ; parce qu'on y retrouve de la colère, de la frustration. Vous savez, cette sorte de colère humaine née au cours des années 50 et 60. Mais au-delà de ces aspects, on y décèle beaucoup de joie et d'attention… " Un peu de pathos, également… Paul réagit : " On ne peut pas ignorer l'aspect tragique de l'existence. Mais on ne peut pas, non plus, se lamenter sur le sujet. Pour sortir de ce pathos, il est également nécessaire de cultiver le sens de l'humour et parvenir à une combinaison judicieuse entre ces deux expressions. A travers des lyrics auto dérisoires. Des changements de ton, d'atmosphère. Et pour maintenir l'attention de l'auditeur, nous travaillons sur la ligne mélodique… " La colère est donc bien une force qui anime les chansons de M.P. Paul admet : " Les gens expérimentent la colère dans la vie de tous les jours. Mais il faut rester attentif, car la colère peut vous bouffer ; et alors on n'est plus qu'une boule de nerfs. Ce mode de vie est très dangereux, parce que vous ne serez jamais satisfait. Ces pulsions négatives, vous devez essayer de les canaliser. Après avoir écouté une chanson, vous pouvez être en état d'ivresse. Etre littéralement transporté. Surtout lorsque la musique est de bonne facture. La colère est bien présente dans nos chansons, mais la chanson dépasse la colère (NDR : le tout dépasse les parties !), parce que nous la transformons en énergie positive… " Des chansons qui vibrent donc positivement avec une énergie contenue. Tom ajoute : " Les compositions sont compactes, très denses. Elles ne comportent pas de solo de guitare ou de passage instrumental qui tire en longueur. Il n'y a guère de moment pour souffler. Nous ne voulons pas gaspiller le moment présent. L'album ne compte que 45'. Mais chaque instant est important… " Et Paul de paraphraser : " Nous avons beaucoup à donner. L'énergie est notre carburant. La musique exprime la vie. La vie est elle-même une énergie ; et sans énergie, il n'y a pas de vie… "

 La scène britannique refait surface. Surtout depuis que la guitare est remise à l'avant-plan. Et il faut reconnaître que pour Maxïmo Park, cette situation est plutôt favorable. Mais après avoir écouté leur premier elpee, il faut quand même se demander si le groupe n'aurait pas eu intérêt à naître soit au début des eighties, en rejoignant une scène emmenée par des groupes comme les Smiths ou les Chameleons ; ou encore mieux à la fin des seventies, lorsque des formations comme House Of Love, Modern English, Sad Lovers & Giants ou encore Kitchens of Distinction faisaient les beaux jours de la scène indie insulaire. Paul met les choses au point : " Nous sommes des fans de tous ces groupes. Ils appartiennent à notre patrimoine musical. Mais nous ne voulons pas nous attarder sur le passé. Nous avons besoin de nous tourner vers le présent et le futur. J'écoute des tas de styles musicaux ; même du rap. Cette musique est très créative et m'inspire. Surtout pour l'utilisation de mots dans la rime. Si nous avons des influences, elles sont avant tout fusionnelles… " Et Tom d'embrayer : " Ta réflexion n'est pas dénuée d'intérêt. Parce que ce qui se passe sur la scène britannique aujourd'hui peut être comparé à une époque ou la musique était aussi forte : la new wave et la cold wave… "

Au sein du quintette, les goûts musicaux oscillent de Roxy Music aux Smiths, en passant par Joy Division, Fugazi, XTC, Will Oldham, Underworld et Interpol. Un point commun, tous les membres du combo apprécient particulièrement un certain Life Without Buildings, dont nous n'avons guère entendu parler à ce jour. Tom s'explique : " Nous respectons ces groupes ou ces artistes pour le style musical qu'ils pratiquent. Mais ils représentent une inspiration plutôt qu'une influence. Nous ne voulons pas sonner comme eux. Nous voulons être reconnus pour notre originalité, que tous ces groupes étaient parvenus à atteindre à leur époque. Nous sommes à la recherche constante de nouveaux sons. Nous voulons être sur la même longueur d'onde que le public et entrer en communion avec lui. Et si nous sommes un groupe pop, nous le sommes de manière différente. "

Pour M.P., le monde est trop obsédé par des catégorisations et des règles secrètes. Pour eux, il n'existe que de la bonne et de la mauvaise musique. Ne s'agirait-il pas plutôt d'une question de sensibilité ou de goût ? Et n'est-ce pas la raison pour laquelle les auditeurs on besoin de ces catégorisations et de ces règles ? Paul concède : " Le public a besoin de catégories pour pouvoir décrire ; mais lorsqu'on commence à catégoriser, l'attrait est limité. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes simplement appelés groupe pop. " Tom commente : " Nous essayons de défier les barrières de la catégorisation. Tout simplement parce que je ne ressens pas Maxïmo Park comme un groupe de rock ou une formation indie. Nous pratiquons de la musique contemporaine, avant tout. Si on nous attribuait une étiquette punk, métal ou rock, le public conclurait que cette musique ne leur est pas adressée. Nous croyons en notre étoile. Nous avons nos goûts. Nous pensons que notre musique ressemble à celle du monde ; immortalisée quelque part sur la planète à un moment précis. Le fait de transcender ces catégories permet aux fans de punk ou de métal d'avoir une porte ouverte sur notre musique. La pop est finalement un terme très vague… "

Mais que pensent nos deux interlocuteurs de deux formations très contemporaines comme Futureheads et Franz Ferdinand, auxquelles les médias les associent régulièrement. Pour Franz Ferdinand, les avis sont assez divergents. Tom apprécie plus qu'il ne savoure. " Ils ont encore un beat disco à la Blondie et un bon riff derrière. Qui vous font bouger. Franz Ferdinand est plus attaché aux lyrics et on ressent qu'ils prennent du bon temps. Ce que je vois chez F.F., je ne le vois pas chez Futureheads. Ils ne sont pas sur scène pour passer du bon temps, mais pour bosser. " Paul donne son opinion : " Ce sont de bons amis. Nous sommes fans de Futureheads. Ils n'habitent pas loin de chez nous. Ils travaillent très dur. Je suis content de voir où ils sont arrivés. C'est un excellent groupe de scène. Il n'existe pas de compromis chez eux. Ni de complaisance. Simplement de l'intransigeance. Leurs harmonies vocales et les mélodies sont très originales. Mais sur scène, j'apprécie autant les deux formations… "

'The night I lost my head', 'Once a glimpse' et 'Kiss you better' sont apparemment des contes de rencontres romantico-sexuelles manquées. Mais paradoxalement, ce sont également les plages de l'album… les plus glamoureuses. Pour la circonstance, partageraient-ils cette sensibilité 'glamour' avec Roxy Music ? Paul clarifie : " 'Kiss you better' parle de séduction. Mais j'accentue l'aspect de la tentative que celui de l'échec. Dans la vie, il faut prendre des initiatives. Il existe toujours une alternative. Le message va au-delà des paroles. Chacun a droit à ce choix. Il est trop facile de se sentir frustré parce qu'on n'a pas pris de décision. Le danger c'est d'aboutir à des choses qu'on n’a pas envie de faire. Sur un air guilleret, 'The night I lost my head' véhicule un message plus profond. Une déception. Qui laisse encore l'opportunité de choisir. Le message est de ne pas être passif. Aller de l'avant. Il y a une sorte de vibration qui te pousse à opter pour ce qui se présente à ce moment là. 'Once a glimpse' est la chanson la moins glamoureuse. Elle évoque des souvenirs. Quelqu'un qui construit sa vie en la berçant de souvenirs… tout comme chez Roxy Music, il ne faut jamais s'arrêter à la connotation sexuelle du texte de base, mais aller au-delà… "

Sur 'Graffiti' Paul chante 'Je ferai des graffiti, si tu chantes en français pour moi ; que faisons-nous ici si la romance n'est pas morte'. L'intéressé s'explique : " Cette chanson parle de la vie d'une petite ville. Au sein de laquelle un type se demande comment il doit faire pour en sortir. Comme s'il voulait s'extraire du monde. Or la ville la plus proche est également la plus éloignée. Donc tu conçois la vie dans une perspective romantique. Et la culture française recèle cette dimension romantique. Pour les Anglais du nord-est, elle possède quelque chose d'exotique. Mai 68. Ses bagarres. Dans cette chanson, ce type veut que ça change et observe cette période de changement. Il se dit que s'ils ont été capables de le faire, pourquoi pas lui. Il éprouve de la nostalgie, car il ne se passe rien dans sa ville. Et il a conscience que dans son patelin, ces événements ne se produiront jamais. C'est une vision romantique. Une échappatoire. Je suis alors dans un autre monde. En fait, il s'agit de regarder ce qu'il y a de beau au coin de la rue ; alors que jamais personne ne le fait. Pour dire aux gens que le bonheur est près de chez lui. L'esthétisation du quotidien ! " Il en ressort une idée de libéralisme : je vais m'en sortir seul ! Paul continue : " Personnellement, c'est un appel aux armes. Cette chanson évoque pour moi mon séjour à Paris. Mon premier séjour à Paris. J'étais malade. Et je voulais en profiter. J'avais 21 ans. Une expérience inoubliable ! Ce dépaysement avait valeur de vision romantique. (NDR : par référence à George Byron dans ‘The world is mine’). "

'Acrobat' est une compo très étrange. On y retrouve à la fois le débit oratoire de Jarvis Cocker de Pulp et un sens théâtral inspiré par Peter Gabriel. Paul se défend : " Je vois ce que tu veux dire. Mais ce que tu ressens n'a rien à voir avec le message que j'ai voulu faire passer. 'Sheffield sex city' de Pulp est une chanson qui libère une charge émotionnelle très importante. Elle est très proche de mon cœur. Je connais très mal Peter Gabriel. Mais je suis conscient qu'en 'live', il a souvent accentué l'aspect théâtral, emphatique, de ses chansons. Personnellement, j'ai surtout voulu injecter dans 'Acrobat' une dose maximale de sensibilité. Etre plus proche de l'auditeur. Aller droit au but. Et je suis assez content du résultat… "

Sur 'Postcard of a painting' figure un passage de claviers rognés qui évoque manifestement le jeu de Ray Manzarek des Doors. Tom réplique : " C'est Luke (NDR : le claviériste !) qui a voulu l'intégrer lors de l'enregistrement. Et on sait que ce moment précis est différent de la chanson. Beaucoup plus swing. Et ça l'amuse. Mais il ne s'agit pas d'une référence aux Doors (NDR : mon œil !) ".

Un certain Paul Epworth produit leur premier elpee. Pourquoi ce choix ? Tom s'explique : " Il est jeune et enthousiaste. Dans le domaine de la production, il est vraiment doué. Son approche de la mise en forme n'est pas figée. Il n'en est pas à son coup d'essai. Il est à l'écoute des artistes. Il veille à ce qu'il y ait une distribution d'énergie en faveur d'une production équitable. Il met en avant tous les moments d'inspiration. Encore une fois, la musique est ainsi mise en avant. Il capture les bonnes vibrations. Lorsqu'on enregistre, on a besoin de confiance. Et on injecte énormément d'énergie dans l'enregistrement. On la retrouve d'ailleurs également sur scène. Il est d'ailleurs essentiel de bien la canaliser sous ses deux formes. Lors des sessions d'enregistrement, la plupart des producteurs veulent capturer l'instant 'live' pour donner l'aspect le plus dynamique à la chanson. Ces ingénieurs du son veulent la perfection. Tandis que Paul Epworth travaille sur une relation de confiance. Et on a cette vision de faire les choses comme on pense qu'elles doivent être faites. On a accepté immédiatement la collaboration. A cause de sa façon de travailler et de placer d'abord la musique à l'avant-plan. "

Merci à Vincent Devos.

 

 

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