Death Valley Girls de retour sur terre

Les Death Valley Girls sont une valeur sûre de la scène rock du sud de la Californie. Après avoir détruit la maison de la chanteuse Bonnie Bloomgarden à Altadena, les incendies dévastateurs qui ont ravagé la ville ont été une source d’inspiration poignante…

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Un clip d’animation pour le nouveau single d’Σtella

L'artiste grecque Σtella dévoile son nouveau single intitulé « Belinda ». Cette nouveauté s'accompagne d'un clip officiel au format visualizer, dont les illustrations sont nées sous la plume de la chanteuse elle-même, complétées par les animations de Yokanima…

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Townes Van Zandt

Je n’ai jamais cherché à être reconnu…

Townes Van Zandt est un mec dégingandé. Filiforme, les traits burinés par une cinquantaine d'années consacrées principalement au cafard, à la guitare et au whiskar... Le genre de type qui au lieu de gérer sa carrière en pro, a toujours préféré se tailler pour vivre des mois en ermite à cheval dans les montagnes. Difficile de devenir Garth Brooks dans ces conditions... Un peu malgré lui, le Texan est à présent reconnu, par ses pairs surtout, comme un des country-bluesmen ricains les plus importants de la 2ème moitié du siècle. Mais cette reconnaissance, un peu tardive, Townes s'en tape un peu, se réfugiant sans cesse derrière une modestie et une humilité qui sont tout sauf feintes.

Où en est ton projet de réenregistrer 62 anciens morceaux destinés à faire le point sur ta carrière ?

En fait, ce n'était pas mon idée, mais puisqu'on me l'a proposé, j'étais partant. D'ordinaire, je ne suis pas quelqu'un qui se penche volontiers sur son passé. En principe, le projet est en cours de finition. C'est en boîte. Il ne faut plus y apporter que quelques aménagements, faire le mix final et régler tous les détails de manufacture… J'ai travaillé selon trois formules différentes, avec un groupe d'Austin, un de Nashville et un mexicain. Ma préoccupation principale était de payer tout ce monde. J'y tenais absolument, mais les chèques de la compagnie de disques se faisaient parfois attendre. Maintenant, ils ont investi suffisamment d'argent pour ne plus faire marche arrière! J'ai quand même le sentiment que si ça traîne, c'est que ma firme de disques espère attendre ma mort pour sortir ce coffret ! (rires) Je ne sais pas s'ils font un bon calcul A leur place, je préférerais négocier avec un type comme moi, plutôt qu'avec ma future veuve... Jeanene est mon éditeur et elle est autrement plus forte en affaires que moi! En principe, ce sera un coffret de 3 Cd, uniquement composé d'anciennes chansons réenregistrées pour l'occasion, mais en utilisant les moyens actuels. Je garde les nouvelles compos pour d'autres projets.

La douche et la sieste

Quel genre de vie mènes-tu en 95?

Je suis tout le temps sur la route. C’est une vie où la douche et la sieste revêtent une importance aussi capitale que le concert du soir. Elle est dangereuse aussi. Quand on voyage tout le temps, on est forcément plus exposé aux accidents. Cependant, j'aime ce mode d’existence. Il me maintient en forme et m'aide à garder la santé. Bien sûr, je fume et je bois de la vodka…  mais ma femme et mon fils Will détestent me voir saoul!

Tu vis où?

A une cinquantaine de kilomètres de Nashville. Mon épouse et moi vivons dans 2 maisons différentes... Chaque fois que je rentre à la maison, après une tournée, j’ai toujours besoin d’un délai, d’un temps d'adaptation pour réaliser que je suis rentré chez moi. Au début, j'arrive difficilement à faire autre chose que regarder la télé!

Tu appartiens à cette catégorie de songwriters qui sont, au fil du temps, devenus des références et dont les chansons sont fréquemment reprises, même par les plus grands. Si tu devais en choisir une ?

C'est bien simple, je les aime toutes, sans exception. Même quand c'est un gosse de 5 ans ou quelqu'un qui n'arrive pas à reproduire les accords. Peu importe, c'est formidable! C'est un grand honneur pour moi. Je n'accorde aucune importance à la valeur de la reprise, il n'y a aucune qualité requise. Bien sûr, je sais que mes enfants (1) sont fiers d'entendre des stars comme Bob Dylan ou Willie Nelson interpréter les chansons de leur papa, mais pour moi, elles n'ont pas plus d'importance.

Tu es une référence, mais tu n'as jamais eu une grande popularité. Au départ, pourtant tu devais quand même rechercher une sorte de reconnaissance de la part du public, non?

Je ne crois pas. Je n'ai jamais cherché à être reconnu, ni par les connaisseurs, ni par le grand public. Au départ, je vivais des concerts au jour le jour, dans les arrière-salles de café où on me payait quelques dollars. Je ne rêvais à rien d'autre, mon optique était proche de celle de Woody Guthrie.

Composer une chanson, quelle serait ta définition?

Composer une chanson est à la portée de tout le monde, d'un électricien ou d'un garagiste. Mais ceux-là en général laissent passer l'idée, ne la figent pas. Je crois que les chansons nous traversent tous, et que le songwriter est celui qui est conscient qu'il doit noter ce qui lui traverse l'esprit. Tout est une question de moment.

Avec Sonic Youth

Les Cowboy Junkies t'ont invité sur scène. Je suppose dès lors que "Cowboy Junkies Lament", une des chansons de ton dernier Cd, leur est dédiée, non?

Eh oui, elle cause du groupe canadien. J'étais en tournée avec eux. J'ai écrit cette chanson au fond d'un car. C'était la toute première fois que je dédiais ainsi une chanson à quelqu'un. Ne me demande pas pourquoi, je l'ignore moi-même.

Comment vois-tu ta carrière évoluer maintenant? Tu as des souhaits?

Je voudrais m'éloigner un peu de Nashville, enregistrer ailleurs. C'était déjà le cas pour le dernier disque que j'ai réalisé en Irlande, en faisant auparavant un crochet par Seattle. Tu sais que le grunge m'intéresse beaucoup? Normalement pour mon prochain album, je devrais me faire accompagner par un grunge band.

Ah oui, lequel?

Il est peut-être un peu tôt pour le dire, mais il se pourrait bien que ce soit Sonic Youth. Ils me connaissent, je crois qu'ils m'apprécient. Bien sûr, rien n'est encore confirmé, mais apparemment ils en auraient envie.

Tu dis qu'ils te connaissent ; mais toi, tu les connais?

Pas fort bien, je dois avouer. Tu sais, je reçois des tonnes de K7 et de Cd. A commencer par les groupes qui assurent mes premières parties. Je mets tout ça dans ma valise. Mais à la maison, je préfère mettre sur ma platine Lightnin' Hopkins ou Hank Williams. Je ne m'explique pas pourquoi j’aime mieux me farcir quelque chose que je connais déjà. C'est comme ça, c'est tout... En tout cas, il y en a un que je n'écoute jamais, c'est Townes Van Zandt!

(1) Townes a trois enfants John alias JT (26 ans), Will (11 ans) et Katie Belle la petite dernière qui n'a que 4 ans.

(Article paru dans le n° 39 du magazine Mofo de décembre 95/janvier 96)

Spain

Si Dieu existe, il trahit ses fidèles

Écrit par
Une affaire de famille. Deux des grands albums rock de cette fin d’année ont été publiés par les enfants du bassiste de jazz George Haden. Celui de That Dog, par ses deux filles, Rachel et Petra. Celui de Spain par son fils, Josh. De son côté, Tanya, la 3ème des triplées, prête son violoncelle aux formations de ses frère et sœurs. Josh Haden vient de passer à Bruxelles. Il parle des relations humaines, du sexe, de Dieu, de That Dog et bien sûr de son fabuleux « The Blue Moods of Spain » où il est d'abord question de durée.
 

Quand j'écris une chanson, il y a effectivement une conscience du temps. Chaque seconde, chaque battement de cœur, c'est un peu de temps passé. Je perçois de plus en plus cette dimension. Et si j'en tiens compte, ce n'est pas à la suite d'une décision consciente. C'est plutôt dans la nature même de la musique. Je suppose qu’une telle réflexion en 1995, c'est vraiment quelque chose de spécial, parce que la plupart des autres groupes n'y prêtent guère attention. Dans le blues, c'est très important, dans la country également. On vient d'enregistrer une reprise de « Funny How Time Slips A way » de Willie Nelson pour un 45trs (NDR: un vrai vinyle).

La longueur des chansons, c'est souvent un problème pour les radios?

Oui, aux Etats-Unis, les radios ne passent pas une chanson si elle excède les 3 minutes 30. Nous avons donc malheureusement dû prévoir des versions brèves, des ‘radio edits’, pour « Dreaming of Love » et « I Lied ». J’essaie de ne pas y penser parce que ce système n'a plus rien à voir avec ma démarche, à l'origine. C'est vraiment débile. Je ne vois vraiment pas pourquoi un auditeur changerait de station à cause d’une chanson plus longue que les autres. Pour ne pas déprimer, j’essaie d’y penser comme une autre manière de l’arranger, une autre façon de formuler les choses. Live, on peut jouer une compo pendant 15 ou 20 minutes. En tout cas, il me serait très difficile d'en écrire une courte.

Tu parles de blues, tu ne crois que les musiques les plus intéressantes aujourd'hui sont celles qui empruntent aux vieux genres américains en les actualisant, comme chez Mazzy Star ou les Palace Brothers?

Oui, on pourrait ajouter Beck et Spiritualized. En 1988 ou 1989, un ami m'a fait découvrir Spacemen 3 et ce fut une révélation pour moi. Ils attachaient tellement d'importance à des formes classiques de musique tout en restant très contemporains. Ils étaient de notre génération. Je n'avais jamais vu aucun groupe jouer aussi intensément et en même temps intégrer des genres musicaux plus anciens comme le blues ou la country. C'était mon groupe préféré. Aujourd'hui, j'aime bien Spiritualized mais ce n'est plus pareil. La dynamique entre Jason Pierce et Sonic Boom apportait vraiment quelque chose de très fort. C'est dommage qu'ils n'arrivent plus à travailler ensemble. Je pleurerais de joie si leur collaboration pouvait recommencer.

Alors que penser de tes sœurs qui composent des chansons très courtes pour That Dog?

J’adore. La première fois que j'ai assemblé des chansons pour Spain, je craignais que personne ne veuille les écouter. Elles ne présentaient aucun passage bruyant, qui t’explose à la figure. Or, ce sont bien ces chansons ‘en colère’ qui plaisent surtout aujourd’hui. Au début de That Dog, Anna (la 3ème That Dog) venait à la maison de ma mère, chez qui j’habitais à l’époque. Elle montait dans la chambre de mes sœurs, et toutes ces filles assises par terre en cercle, jouaient des trucs très lents à la guitare acoustique, comme sur leur premier album. Je les écoutais dans un coin et c’est ce qui m’a incité à m’y mettre aussi. J’ai donc un grand respect pour That Dog et pour le talent de songwriter d’Anna. Elle a vraiment son style propre et n’accepte pas facilement un compromis. Aucun groupe ne leur ressemble.

La pochette de « Totally Crushed Out » est formidable aussi, non?

Oui. C'est un concept imaginé par Anna et Tony (le 4ème et dernier That Dog). Ils aiment tout ce qui tourne autour de la littérature romantique, un peu à l'eau de rose.

L'ordre des titres est important sur ton album?

Je ne savais pas très bien quel ordre choisir, mais j'étais sûr de deux choses: « It’s so True » devait ouvrir l'album et « Spiritual » le refermer. Je ne voulais pas en faire une histoire de chute et de rédemption. Trop cliché ! Même si « Spiritual » (qui s'ouvre par les mots ‘Jesus, oh Jesus, l don't wanna die alone...’) peut donner ce sentiment de rédemption, en permettant à l'album de se refermer sur une note positive. Mais la chanson peut aussi être interprétée tout autrement. Finalement ce qui m’intéresse, c'est de savoir si Dieu existe et je ne pense pas que ce soit la conclusion qu’on puisse en tirer. Je laisse ouvertes mes chansons à l'interprétation puisque tout y est d'ailleurs sujet dans la vie.

Soigner la fin d'un album, c'est un peu comme prendre soin de raccompagner à la porte son invité, l'auditeur en l'occurrence?

Je n'y avais jamais pensé sous cet angle, mais ce raisonnement se tient. Il faut soigner son invité. En même temps, la porte reste ouverte, pour qu'il puisse revenir. Si on ne peut pas sortir quand on veut de la maison, on ne voudra jamais y entrer. L'intérieur et l'extérieur sont indissociables. Dans ce sens, « Spiritual » est effectivement la bonne chanson pour clore le disque.

Il parle beaucoup de confiance et de trahison?

De foi aussi. Ces thèmes sont récurrents. Et aussi la manière dont une trahison nous affecte. A se demander d'ailleurs comment on peut avoir foi en Dieu. Regarde l'état du monde. Il y a tant de souffrance. Il me serait vraiment difficile de croire en une puissance supérieure. Si Dieu existe, il a trahi la foi de ses fidèles. Si c'est un Dieu chrétien, en tout cas. Finalement, presque tout l'album ne traite que de ce sujet.

La confiance, donnée ou reçue, c'est fondamental aussi non ?

Un dicton dit que le meilleur moyen de connaître quelqu'un est de faire l'amour avec cette personne. Rien n'est caché. Mais je ne suis pas sûr du bien fondé de ces paroles. Il y a tellement de gens qui savent si bien mentir rien que pour pouvoir se mettre au lit avec quelqu'un.

Peut-il y avoir un moment où on ne cache rien?

Non, il y a simplement des moments où on cache moins.

(Article paru dans le n° 38 du magazine Mofo de novembre 95)

 

Julian Cope

Médium, mellotron et chapeau pointu…

La scène se passe durant une belle après-midi de la fin de l'été bruxellois. Les lunettes noires sur le nez, Dorian (NDR : la femme de Julian) porte une robe de lin très classe. Elle promène les gosses du couple : la petite Avalon qui n'a que 15 mois et l'aînée, Albany, qui va vers ses 4 ans. La place Rogier est sous le soleil, les passants sont nombreux devant l'immeuble que certains continuent à appeler le ‘Martiny’ : Julian Cope, lui, se fait photographier... Et il ne passe guère inaperçu! Pensez, l'homme arbore son chapeau pointu d'un jaune fluo parfaitement assorti à l'orange pétant de son fuseau. En plus, il prend des poses pas possible : accroupi ou les bras en croix ! C'est tout ce qu'il y a de plus discret. On a vu plus d'une tête se retourner en lui adressant un regard en forme de point d'interrogation : ‘Il est fou, ce mec?’ Si Julian est très très gentil –et visiblement très papa-gâteau aussi– il a l'air quand même un peu fêlé. Confirmation à 1’écoute de son discours, disons un peu décalé... Et on vous épargne les déclarations tonitruantes sur les alignements de pierres d'Avebury (NDR : le sujet favori de Julian date de 6.000 ans!) Pas de round d’observation, on entre immédiatement dans le vif du sujet…

J'ai eu un moment de lucidité, ma première ‘vision’. C'était un 22 décembre. Lisa St John est une amie et une sorcière blanche. Elle nous a conviés à une séance de transe, dans son appartement. Une heure d'enfer ! Après coup, je lui ai dit que tout ça, c'était de la foutaise. Comme j’avais faim, j'ai quitté 1’appartement. Tout à coup, en haut des escaliers, j'ai eu un flash. Une lumière blanche a dégringolé les marches ; et, là-bas à l'autre bout de l'escalier, je me suis vu à 15 ans. J'ai regardé ce petit garçon qui n'était autre que moi... En fait, j'étais occupé de réinterpréter un rêve que j'avais vécu à 15 ans. Trois mois après sa mort, j'avais vu mon grand-père en haut d'un escalier, sur le point de descendre. A l'époque, je pensais qu'il avait été chassé du paradis et venait chercher de l'aide. Ou alors, il descendait les marches du purgatoire. Et 17 ans plus tard, je me vois dans un rêve futur ! J'étais habillé de la même façon que mon grand-père, avec des lunettes à la Andy Warhol et un chapeau d'ouvrier anglais. Curieusement, cette vision ne m'a pas fait peur, au contraire, je me sentais joyeux! Et depuis ce jour-là, je suis une autre personne. Certains sont capables d'ignorer ce genre d'expérience. Moi pas. Je veux comprendre. Et plus, plus je suis confronté à des événements étranges, plus je fais d'efforts pour comprendre ; un peu comme si, depuis 5 ans, j'étais poursuivi par une malédiction ou par une révélation venant du ciel, de la terre, de tout ce que tu veux... Je ne suis pas devenu dogmatique ou mystique pour autant ; ce n'est de toute façon pas une vision du Christ que j'ai eue. Mais ce que j'ai vu me poursuit encore. En 1991, pendant 6 mois, cette image m'est apparue sans arrêt, partout. Le chemin de la vérité n'est pas celui qu'on t'impose, mais celui qui se présente spontanément à toi.

- Bien, bien, Julian. Ce n'est pas trop difficile d'affronter ceux qui ne croient pas un mot de ce que tu racontes?

Mais ce que j'ai vécu est bien réel ! C'était un trip (NDR : mot favori de Julian) concret, tangible. La preuve ? Mon dernier single « Try Try Try » est entré dans le top 30 britannique. C'est un signe, je dois continuer à chercher dans cette voie ! Je dois tirer avantage de cette situation : avoir un pied dans l'underground et l'autre dans une position commerciale intéressante. Je dois sortir de l'ombre, libérer progressivement mon trip et le révéler au monde. Mais je ne dois surtout pas me dépêcher, ça foutrait le trip en l'air. Avant 1989, je ne suivais aucune direction précise, je tournais en rond...

-Ah oui ?

Avant, c'était de la pure intuition, ce qui est bien d'ailleurs, quand on ne recherche qu'un trip intéressant. Mais lorsque tu es à la recherche d'un trip vraiment excitant, tu as besoin d'une éducation. Quand j'ai commencé à partir à la rencontre de la vraie connaissance, je me suis rendu compte, à ma grande surprise, qu'elle était terriblement vaste. J'ai pris conscience de mon ignorance. J'ai éprouvé le besoin de réfléchir sur les objets de ma croyance. Aujourd'hui, à condition de ne pas avoir bu de bières, je suis capable d'écrire exactement ce que je ressens, et qu'importe si on rit de moi. Ca fait partie de mon rôle social d'être montré du doigt. J'essaie de faire mon boulot du mieux que je peux. Moi, tout ce que je dois faire, c'est écouter ce que mes intuitions me disent. Ce n'est pas vraiment à moi de décider, ça doit venir de l'intérieur.

Une chanson sur Kurt et Courtney

- Venons-en à ton album (1). Dans le titre « Queen Mother », il y a une ligne qui dit ‘I hate myself and I want to die’. C'est vraiment une allusion à Nirvana?

Ben ouais, je sais que ça ne me ressemble pas, mais c'était mon intuition. Je ne pourrais vraiment pas te dire pourquoi j'ai écrit ce morceau. C'est une vision que j'ai eue, cette chanson sur Kurt et Courtney. J'avais l'impression d’être dans leur chambre quand je l'ai composée. Mais je ne peux pas prouver qu'il s'agit d'un vrai trip, parce que Courtney et moi sommes de vieux amis. On s'est retrouvés plus d'une fois ensemble dans la même pièce.

- Ce qui frappe à l'écoute de "20 Mothers", ce sont toutes ces sonorités démodées, ces bruitages d'une autre époque...

Tu veux parler de l'emploi du mellotron, par exemple? Je voulais que les gens écoutent d'abord l'album d'un point de vue strictement musical, qu'ils soient immédiatement accrochés par les sonorités. J'ai volontairement exagéré la balance entre les instruments : si le mellotron est très présent, il faut que le synthé s'entende encore plus fort. Le studio était rempli d'instruments. J'ai acheté deux superbes mellotrons jaunes fluorescents... Enfin, je suis conscient que mon trip est assez bizarroïde et qu'il peut étonner.

- Sur le dernier album il y a des éléments psychédéliques et punks. Recherches-tu un certain équilibre?

Non, pas du tout. Cet album est complètement déséquilibré. C'est un disque cosmique, de science-fiction. Tous les morceaux sont d'une longueur raisonnable, sans remplissage instrumental mais malgré tout, il s'y produit des tas de choses. Pour utiliser une image, disons que j'ai déplacé le piquet de but ; je l'ai éloigné, ce qui m'a laissé davantage de possibilités. Le son est balayé, les chœurs sont euphoriques, il y a du mellotron...

- La presse anglaise te décrit comme un barde. Ca te convient?

Ca ne me dérange pas. Je suis originaire de l'Ouest de l'Angleterre. Je suis préceltique, en quelque sorte, dans mon attitude. Je dirais que chez moi, il y a 50% de tradition et 50% d'innovation. Ma conception de la nouveauté est harmonieuse, ce qui est un état d'esprit typiquement ‘barde’. J'ai la chance de pouvoir enregistrer des chansons depuis l'âge de 19 ans. A partir de là, c'est mon devoir d'y mettre une signification, de les remplir de sens. Je veux que ma musique provoque une sensation d'harmonie dans la tête des gens qui l'écoutent.

(merci à Christophe Godfroid)

Article paru dans le n° 37 du magazine MOFO d’octobre 1995

 

Mick Harvey

Dans la peau d'un crooner...

Écrit par

Vétéran de la scène pop australienne, Mick Harvey a joué chez Birthday Party, Crime and the City Solution avant de rejoindre derechef Nick Cave au sein des Bad Seeds. Producteur, requin de studio, multi-instrumentiste, compositeur de musique de film et chanteur à ses heures perdues, il vient de réaliser un album de reprises. Et pas de n'importe qui, puisqu'il a choisi d'interpréter Serge Gainsbourg. Un choix ambitieux et original qui nécessitait cependant quelques explications...

Pourquoi un album de covers consacré à Serge Gainsbourg?

En fait, il y a déjà quelques années que je caresse ce dessein, mais faute de temps, j'ai dû le repousser aux calendes grecques, à plusieurs reprises...

N'as-tu pas rencontré de grosses difficultés, en matière de droits d'auteur, pour enregistrer ces chansons?

Non, pas du tout. J'ai même été agréablement surpris de la vitesse à laquelle l'accord a été conclu. Tout s'est passé sans la moindre difficulté. Comme sur du papier à musique. Comme quoi, tout n'est pas toujours aussi difficile que l'on croit dans le monde du business. Mais il est vrai que si j'avais opté pour quelqu'un d'autre, j'aurais peut-être eu moins de chance.

Toutes les chansons travaillées en studio n'ont pas été retenues pour l'album, on suppose. Quels ont été les titres écartés, et pourquoi?

En fait, lorsque j'ai estimé disposer de suffisamment de matière première pour boucler le disque, j'ai cessé de m'intéresser aux morceaux inachevés. Ils sont d'ailleurs toujours à l'état de chantier, et je doute les achever un jour. J'ai atteint mon objectif. Et je ne suis pas du style à jouer les prolongations. Dans mon esprit, lorsqu'une expérience est réalisée, il faut pouvoir goûter le moment présent et déjà commencer à préparer l'avenir. C'est dans ma nature.

N'est-il pas paradoxal de s'intéresser à un artiste français, dont les textes sont aussi importants que la musique, lorsqu'on est australien?

En fait, au départ, ce ne sont pas les lyrics de Gainsbourg qui m'ont accroché, mais sa musique. Ou plus exactement le climat qui se dégage de sa musique. Pour les paroles, j'ai engagé une équipe de traducteurs qui a essayé de transposer le plus fidèlement possible les chansons de l'auteur. Tout en respectant l'esprit de ces chansons. Maintenant, il ne faut pas croire que je sois un admirateur du personnage. C'est son oeuvre qui m'a fasciné, pas sa conduite ni son comportement.

Pourquoi le single "I love you, nor I do " est interprété par Nick Cave et Anita Lane, alors que l'album "Intoxicated Man" est signé Mick Harvey? Est-ce que Nick et Anita ont également un petit faible pour les chansons de Gainsbourg?

Non, on ne peut pas dire que Nick et Anita soient de grands admirateurs de l'oeuvre de Gainsbourg. Simplement, ils avaient toujours rêvé d'interpréter le célèbre "Je t'aime, moi non plus" dans une version humoristique. Et je les ai aidé pour atteindre cet objectif. C'est la raison pour laquelle elle figure sur le single "The world's a girl" et pas sur l'album.

Qui a participé aux sessions d'enregistrement? Anita Lane ? Nick Cave? Les Bad Seeds? Qui d'autre?

Ni Cave, ni les Bad Seeds n'ont collaboré à l'enregistrement de l'opus. Anita chante sur quelques titres. Mais j'ai surtout reçu le concours d'une formation australienne qui répond au nom de The Cruel Sea. Elle vient d'ailleurs de sortir un album, "Three legged dog". Enfin j'ai pu compter sur le concours d'un orchestre symphonique que tu as sans doute déjà eu l'occasion d'entendre à la radio pour la chanson "Initials BB".

A propos de cette chanson sélectionnée pour un clip vidéo, j'ai lu que tu avais dû engager des tas de filles lors du tournage. Comment les avez-vous payées? (rires)

Un excellent moment, c'est vrai. Le tournage s'est déroulé à Bologne en deux jours. Mais il a fallu faire un casting pour sélectionner les filles. Si elles ont été payées? Je n'en sais rien! Elles devaient sans doute déjà être très contentes de participer... (rires).

N'as-tu jamais pensé solliciter Jane Birkin pour participer à l'une ou l'autre chanson de cet album?

Non, non. Cela aurait pu donner un excellent résultat, mais j'avais déjà demandé à Anita d'assurer les parties vocales féminines. Je n'avais donc pas besoin d'une seconde vocaliste. Il s'agit de mon album, j'estime donc qu'il était naturel que je me réserve la plus grosse partie du chant.

De nombreuses chansons de Gainsbourg ont été interprétées par des femmes. Brigitte Bardot, Jane Birkin, France Gall, Juliette Greco, Isabelle Adjani, sa propre fille, etc. On peut d'ailleurs affirmer que Gainsbourg possédait une perspective féminine de l'écriture. Or, tant le Birthday Party, Crime & the City Solution que les Bad Seeds ont toujours eu une perspective fondamentalement masculine. L'obstacle n'était-il pas trop difficile à surmonter?

Difficile, oui je l'avoue. J'ai dû personnellement prendre un certain recul par rapport à l'écriture. L'adapter en me mettant dans la peau d'un crooner. Nick rencontre aussi ce problème, même s'il parvient de mieux en mieux à maîtriser le sujet...

Il y a quelques années, tu partageais ton temps entre les Bad Seeds et Crime & the City Solution. N'était-ce pas trop pénible de jouer en même temps au sein de deux formations?

A la fin, cela devenait même impossible. Aujourd'hui, ma vie est beaucoup plus cool. Il y a les Bad Seeds et mon travail de studio. Cela me permet d'avoir encore un peu de temps libre et puis surtout de mener à terme des projets solo qui me tiennent à coeur...

 

As-tu encore des contacts avec Simon Bonney? Que devient-il? Et les autres musiciens de C & TCS?

Il y a plus d'un an que j'ai revu Simon. Il vit aujourd'hui à Los Angeles. Alexander est toujours impliqué chez Einsturzende Neubauten. Quand aux autres ils préparent leur retour sous la forme d'un nouveau groupe. Vous en entendrez bientôt parler...

Où vis-tu aujourd'hui? Et Nick? Est-il vraiment devenu un intouchable?

Je vis à Sydney. Nick à Londres. Je crois qu'il ne faut pas exagérer. Nick a toujours détesté accorder des interviews. Mais c'est un type formidable sur qui tu peux compter et qui accorde une grande importance à la cellule familiale et aux amis. Ce cercle est très restreint, c'est vrai. Mais il repose sur des liens très solides. Hors de ce contexte, il peut paraître arrogant ou détestable. Mais ce n'est pas sa vraie nature. C'est un gars très profond, ouvert au dialogue. Simplement il se protège du monde extérieur...

A quand le nouvel album des Bad Seeds?

En janvier prochain. Il est terminé. Il n'y manque plus qu'un dernier lifting...

(Version originale de l'interview parue dans le n° 37 - octobre 1995 - de Mofo)

 

The Tea Party

Une projection dans le futur…

En août 1994, nous avions rencontré Jeff Martyn, le leader de The Tea Party. Nous l’avons une nouvelle fois interviewé à l'occasion d'un concert surprise accordé au VK. Il y était venu défendre l’enregistrement de son dernier opus, « The edges of twilight ». L'homme qui ressemble plus à Jim Morrison que Val Kilmer possède une culture générale rare ; on a donc débordé avec lui du contexte exclusivement musical pour parler littérature, philosophie, théologie, sciences occultes et phénomènes paranormaux...

Un Roy Harper imprévu

Pourquoi avoir choisi « Fire in the head » pour single et non « Walk with me »?

La durée de la chanson probablement. Plus de 7 minutes pour une même composition constituent sans doute un obstacle à ce style de disque. « Fire in the head » fait, en outre, l'objet d'un clip vidéo. Dans ces conditions il semblait normal qu'il sorte en single. Ce qui ne m'empêche pas de penser que je ne suis pas du tout favorable à ces campagnes d'intoxication publicitaire. Je n'ai jamais accepté ces compromis qui altèrent ma vision artistique…

Etait-il important de coproduire « The edges of twilight »? Pourquoi avoir choisi Ed Stasium pour assumer cette tâche?

Avoir le contrôle de son travail revêt une importance extrême. Je désire préserver la spécificité de notre son. Une vision très personnelle des objectifs à atteindre... Tu vois ce que je veux dire? Je veux aussi avoir la certitude que notre musique reste unique en son genre. Mais je ne voulais pas reproduire l'erreur commise sur « Splendor Solis »? Je me suis rendu compte que j'étais un novice dans le métier. Je n'étais pas parvenu à capter l'agressivité du son que nous sommes en mesure de libérer. C'est pourquoi nous avons recherché un producteur adapté aux formations fondamentalement rock. Ed correspondait à ce profil. Il est, en outre, ouvert au dialogue. Nous n'avons pas eu à nous en plaindre, car il est parvenu à tirer de nous le maximum sans altérer notre équilibre de base.

Sur cet album, en épilogue, figure un poème récité par le légendaire Roy Harper. Est-il venu expressément en studio pour participer aux sessions ou était-ce simplement une bande préenregistrée?

Il était bien présent lors des sessions d'enregistrement. Mais sa visite n'était pas prévue! En fait, Roy est très attentif à la vie du groupe et s'informait constamment de nos déplacements. Il paraissait en tous cas bien informé de nos déplacements, puisque lorsqu'il est arrivé à Los Angeles, il s’est rendu au studio. Il est vrai qu'il nous avait toujours promis de participer un jour ou l'autre à l'enregistrement d'un de nos albums. Mais pour celui-ci, il était seulement venu voir ce qui se passait. Inévitablement, il s'est naturellement impliqué. Attention, uniquement pour l'intro atmosphérique de « Correspondances » et puis à l'occasion de ces quelques vers récités sur cet instrumental que tu retrouves à la fin de notre album. Mais le résultat de sa participation se limite à ces deux interventions, pas davantage...

Antithèse de Pearl Jam

Est-ce que Tea Party appartient davantage au rock qu'à la pop? N'as-tu pas l'impression que le groupe rame à contre-courant de la plupart des groupes contemporains. Et je pense ici tout particulièrement à Pearl Jam?

Lorsque tu me parles de pop, je pense inévitablement à Wet Wet Wet et à tous ces groupes qui ont pris le train de la mode en marche. Je ne conteste pas leur attitude, mais plutôt l'absence d'originalité qu'elle génère. Notre musique vient du cœur. Elle n'est pas montée de toutes pièces par les magazines. Mais je n'y vois pas de raison suffisante pour y coller une étiquette. Nous jouons de la ‘world music’ plutôt que du rock, et certainement pas de la pop. Nous préférerions finalement que vous la qualifiiez de ‘Tea Party music’. Nous sommes probablement un des derniers groupes à s'intéresser à toutes les autres formes de culture. A expérimenter les sonorités ethniques pour les réinjecter dans notre musique et notre poésie. Autrefois, cette recherche était naturelle. C'est sans doute la raison pour laquelle nous sommes régulièrement comparés aux groupes des 70s. Nous ne sommes pourtant pas des nostalgiques de cette époque. Je la respecte, mais je ne m'y suis jamais identifié. Notre musique est une projection dans le futur. Nous voulons expérimenter des tas de nouvelles formes musicales, embrasser de nouvelles perspectives, permettre à notre imagination de se développer...

Faut-il en déduire que le psychédélisme de Tea Party se traduit par l'esprit constamment en expansion? Quelle est la place des drogues dans cet univers?

Eh bien... (silence)... OK... J’admets que la conscience de Tea Party est en expansion, parce que sa musique est stimulante. Depuis nos débuts, il nous a été reproché de vivre sur la défensive, de ne pas correspondre au profil imposé par la mode. Certains semblent même dérangés: nous symboliserions l'antithèse d'un Pearl Jam! Je n'en vois pas la raison. Il existe suffisamment de groupes qui leur emboîtent le pas, non? Notre attitude provoque une réaction, oblige les médias à réagir, donc à penser. Dans le domaine des drogues, j'ai connu un éventail d'expériences différentes. Elles m'ont permis d'atteindre des formes d'inspiration que je n'aurais sans doute pas pu rencontrer sans y recourir ou de pénétrer d'autres cultures indispensables à la richesse de notre musique. Mais il est difficile d'aborder ce domaine. C'est un engagement très personnel. Cependant, si ce recours m'a permis d'augmenter mes capacités de création, la drogue n'a jamais constitué le fondement de mon inspiration. Je veux rester maître de mon esprit. Ne pas devenir dépendant d'un quelconque artifice… Dans ce domaine, il faut être très prudent…

Quel a été l'impact sur toi de la philosophie prônée par Carl Gustav Jung?

J’ai été très marqué par son livre ‘Les rapports entre le moi et 1’inconscient, sur l'énergie de l'âme’. Ses études sur l'inconscient collectif m’ont permis de mieux comprendre la poésie symboliste. Elle est devenue ainsi plus effective en termes de perception et d'écriture. Plus puissante, plus efficace, plus fluide, plus compréhensible.

Y a-t-il un rapport entre la chanson d’Alex Harvey « The Boston Tea Party » et le nom du groupe ou est-ce une coïncidence?

Non rien à voir ! Tu connais les poètes beats américains Ginsberg, Burroughs et Kerouac ? Lorsque des projets artistiques deviennent collectifs, et en particulier dans le domaine de la poésie, on assiste à une Tea Party. Et je pense que lorsque trois personnes partagent les mêmes conceptions en ouvrant leur esprit, ils entrent également dans cette Tea Party...

Métempsycose

Crois-tu à la métempsycose? (NDR: transfert de l'âme d'un corps vers un autre, la réincarnation, quoi)

Absolument!

Sous quelle forme?

Le passage d'une existence vers une autre.

Sous quel aspect voudrais-tu être réincarné?

(long silence embarrassé)... Probablement une femme. Je ne sais pas réellement. Si j'avais la chance de revenir un jour dans ce monde, et je l'espère, je souhaiterai pouvoir tirer les leçons des expériences vécues dans cette vie antérieure. Retenir les fautes dont je me suis rendu coupable pour éviter de les commettre à nouveau. Si je pouvais être réincarné, j'espère que je pourrais bénéficier de cette expérience acquise...

Connais-tu Er ? (NDR: auteur latin qui traite de la métempsycose)

Qui? Euh, non. Désolé! Madame Blovatsky, bien. Elle était théosophe. Elle a vécu à la fin du XIXème siècle et ses écrits reposent souvent sur la théorie de la métempsycose. Mais je ne connais pas Er. Ni d'autres auteurs latins. Grecs, plutôt. Tels que Socrate et Pythagore. Et puis dans un domaine plus contemporain Michaël Homer, réalisateur du film « Out to states ». C'est un personnage qui s'intéresse beaucoup à

(Article paru dans le n° 35 de juillet/août 1995 du magazine Mofo)

Brendan Croker

Payé en liquide…

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Brendan Croker est un joyeux quadragénaire (il est né en 1953) qui poursuit une carrière en dehors de toute mode et de toute pression (plutôt genre country-blues dépouillé). Son dernier album (« Red neck tate of the art ») est aussi son meilleur à ce jour et aussi le plus électrique de sa carrière.

Ton premier groupe s’appelait les Five O'Clock Shadows?

En effet… oh non! Le premier, c'était Dynamite Twins. Nous étions trois. Il avait déjà été fondé, à Leeds, dans les 70s. Puis, au début des 80s, j’ai monté les 5 O'Clock Shadows.

Enfant des 60's

Que signifie ‘Ombres de 5 heures’?

Quand tu travailles et que 5 heures sonnent, ça y est, il est temps! La journée commence seulement. Alors tu pars en virée et tu bois beaucoup. Comme tu n'as pas eu le temps de te raser, il y a comme une ombre sur ton visage. C'est juste une expression. Et le 1er album du groupe était intitulé "A close shave" (rasé de près!)

Les premiers long playings que tu sors baignent dans des racines country-blues. Pourquoi?

J'étais un enfant des 60s. Ce que j'écoutais, c'étaient les Kinks, les Rolling Stones, les Beatles, des gens du style. A partir de là, spécialement les Rolling Stones, tu prends d'autres directions, c'était la grande période anglaise des pop-songs toutes simples et c'était très bon.

Sur le dernier album des 5 O’Clock Shadows, tu avais reçu le concours de Mark Knopfler, mais aussi d’Eric Clapton. Pourquoi Clapton chantait mais ne jouait pas de la guitare?

J'ai discuté avec le producteur de l'album John Porter. Nous avions besoin d'un 2ème chanteur pour "This kind of life". Il a déclaré que Clapton serait très bien. Et comme je l'ai rencontré la semaine suivante, je lui en ai parlé et il a chanté. Il n'avait pas besoin de sa guitare, il a une bonne voix, Clapton! Les gens ne se rendent pas toujours compte qu'il est un chanteur merveilleux. Hendrix aussi, était un de mes chanteurs favoris.

Ton groupe suivant, pourquoi l'as-tu appelé, Serious Offenders?

Une blague! J'avais joué en solo au festival de Gand et quelqu'un de complètement bourré m'a demandé d'aller jouer derrière les barreaux. J'ai répondu : ‘Pourquoi pas si tu l'organises?’ J'ai oublié cet épisode ; et puis, 2 ou 3 semaines plus tard, le gars me téléphone et me dit: ‘J'ai organisé une tournée des prisons’. Ma réaction? ‘Merde alors!’ J'ai recruté des musiciens, tous des Belges, des amis. Le nom de Serious Offenders (Serieux délinquants) était un choix évident.

La Belgique a de bons musiciens et de bonnes bières...

Et du bon chocolat, de la bonne mayonnaise et de la viande de cheval. Miam!

Ton petit dernier, c’est un album solo ou celui d'un groupe?

Au départ, c’était un projet solo. C'est devenu un album de groupe.

Les 5 O'Clock Shadows pratiquaient plutôt de la world music; les Serious Offenders, une musique plus européenne ; aujourd'hui tu parais assez américanisé.

Oui mais mon album "Great Indoors" l’était tout à fait. Il a été enregistré à Nashville en compagnie de musiciens locaux la production est américaine.

Où est-ce que tu joues le plus?

Dans ma tête. J’ai des tas d’idées qui y trottent. Nous n'avons pas joué depuis pas mal de temps. On a enregistré ce disque, on est allé à Nashville pour une série TV… Je joue encore parfois dans un petit club comme à mes débuts à Leeds : les gens se connaissent, aiment être ensemble et s'amusent. Quand j'ai commencé, j'avais une résidence dans un club, un bar, j'étais pas payé mais j'avais droit à mes bières. Oui, c'était bien à l'époque, on était bourré mais on jouait encore très bien. Aucune pression (il avait pourtant ses bières - MPSU), merveilleux!

On répondait folk

Quel est le public type de Brendan Croker?

Je ne peux pas le dire, de 9 à 90 ans? Je ne sais pas, aucune idée. Il existe un club à Manchester, le ‘Band on the Wall’, plutôt jazz & blues, on ne sait jamais qui va débarquer, si les gars vont venir de loin ou pas, quelles seront les tranches d'âge. Je n’ai pas de public type.

Appartiens-tu à la culture rock?

Oui bien sûr, mais aussi folk. Le rock est une extension du folk. Chez les Notting Hillbillies, on demandait souvent à Mark Knopfler, à Steve et à moi: ‘Quelle sorte de musiciens êtes-vous?’. On répondait ‘folk’ et on rigolait.

(Article paru dans le n°35 du magazine Mofo de juillet/août 1995)

 

Paradise Lost

Au-delà du Paradise Lost…

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Paradise Lost est un groupe en plein boom. La roue tourne à merveille pour eux, surtout depuis la sortie d'un certain « Icon » qui a propulsé le combo paradisiaque (enfin, façon de parler) comme un des espoirs de la scène métal actuelle. Chiffres de vente canon (15.000 albums vendus rien qu'en Belgique!), assistance fort nombreuse dans les salles, popularité en hausse vertigineuse : c'est Byzance pour cette association de métallos intelligents! En outre, la formation mérite ce succès. La preuve: on ne se monte pas du col, on reste serein et on n’a qu’un seul et même objectif : faire mieux encore! Pour remplir leurs poches ? Aaron Aedy, l’infernal guitariste rythmique et Nick Holmes, le chanteur, s’en défendent…

A.A. : Tout le monde nous demande si nous avons souffert d'une quelconque pression avant d'entamer la réalisation de notre nouvel album, « Draconian Times ». Et nous formulons sans cesse la même réponse: non! Notre ambition n'a jamais été de faire du blé à tout prix, ni d'atteindre des records de vente, alors... Bien sûr, nous ne crachons pas sur ce qui nous arrive, mais nous estimons que notre réussite actuelle est le résultat d'un travail prioritairement artistique et non commercial. Nous ne supportons aucun poids sur les épaules. Nous avons fait de notre mieux dans nos peaux de musiciens ; et pour le reste, on verra...
N.H. :
De toute façon, notre succès n'est pas le même partout. Nous sommes bien plus appréciés ici qu'en Angleterre, par exemple. Ce qui aide à relativiser.

A quoi attribuez-vous votre percée? Vous concevez une musique qui ne correspond pas spécifiquement à des critères de modes. Qu'avez-vous que les autres n'ont pas?

N.H. : Comment veux-tu que nous répondions à cette question ? Nous ne sommes pas à l'écoute de tout ce qui gravite autour de nous. Et nous n'aimons pas comparer les groupes, les genres, tout le tralala... Nous sommes Paradise Lost, nous créons une musique de manière indépendante et il se peut qu’elle soit... bonne, non? Ha ha ! Nous, en tout cas, on l’apprécie. Notre identité? On prend quelques directions spécifiques. Par exemple, on utilise de moins en moins de guitares en studio. On diversifie de plus en plus nos arrangements. Afin de communiquer davantage de couleur, de relief à notre musique. C'est un processus que nous allons développer.

Votre musique dégage plus une atmosphère que de l'énergie brute. Il y a un côté humain, émotionnel et...

A.A. : Rien d'étonnant. Effectivement, nous avons des sentiments à exprimer. Ce que nous écoutons en privé va d'ailleurs dans ce sens : plutôt l'expression que les clichés! De toute manière, cette musique que nous produisons, que tu nommes metal mais qui, pour moi, englobe davantage de références, vient du fond de nous-mêmes. Elle n'a donc aucune chance d’emprunter un jour une dimension mécanique. Ce serait un drame d'en arriver à ce stade. Ce que nous développons, c'est la qualité des instrumentations, du jeu et du son. Nous travaillons la forme, mais le fond reste une histoire d'inspiration libre.

« Draconian Times » plus encore qu'« Icon », semble plus affranchi de ses mouvements, plus ouvert à toutes expérimentations. D'accord?

A.A. : J'ai la même impression et elle me remplit de satisfaction. Pas de fierté mais de satisfaction. Comme je te l'ai dit, nous travaillons d'instinct. Notre seul critère est d'avancer. Là, c'est vrai, la réponse très positive de notre public intervient aussi et elle nous encourage. C'est sans doute la seule pression qui nous pousse dans le dos.
N.H.:
Nous avons pris le temps nécessaire pour bien développer « Draconian Times », en termes d'arrangements. Nous avons passé cinq mois à travailler sur ces morceaux. Tout part d'une mélodie, mais une fois la mélodie en place, il reste pas mal de boulot! Comme nous avons pris le temps, nous sommes allés plus loin sur ce plan-là.

Intérêt et passion pour la psycho

Vos textes aussi sont fort ‘humains’, basés sur des sentiments, des sensations...

A.A. : Je suis très attiré par tout ce qui touche à la psychologie. J'aborde ce type de sujet avec intérêt et passion. Je découvre même que je suis assez cynique à ce propos. J'ai une furieuse tendance à analyser tous les comportements de l’être humain. Le mental, la psychologie sont des domaines vastes, complexes et intéressants.

Visiblement, vous jouez partout là où on vous en donne la possibilité. Même dans des coins sans grande tradition rock. Que recherchez-vous, dans ce cas ?

N.H. : Pas l'argent, en tout cas... Tourner coûte vraiment très cher! Nous recherchons surtout le contact, aborder des contrées nouvelles, sans doute aussi de nouveaux défis. Nous aimons devoir affronter de nouveaux défis. C’est dans nos tempéraments. Et puis, c'est agréable de découvrir d’autres horizons, même si nous avons assez rarement l'occasion de faire du tourisme!

Quelle vision avez-vous du futur de Paradise Lost ?

N.H. : Nous ne nous posons pas trop ce genre de questions. On verra bien. Etablir des plans, ce n'est pas notre fort. Je ne sais même pas si nous aurons sans doute l'avenir que nous méritons d'avoir. Dans ce business, on ne gère pas tous les paramètres. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que nous ne laisserons à personne le soin de diriger le groupe à notre place.

Vous jouez bientôt au festival de Dour, vous connaissez?

A.A. : Par ce qu'on nous en a dit, à savoir que ce festival proposait surtout au départ des artistes et groupes francophones et qu'il s'est progressivement ouvert. C'est un festival très sympa, paraît-il! De toute manière, nous aborderons cette organisation avec notre bonne et simple vieille ‘tactique’ habituelle, à savoir de faire du mieux que nous pourrons. A ce niveau-là, il n'y a jamais de surprise avec nous!

(Article paru dans le n°34 du magazine Mofo de juin 1995)

 

 

Björk

Punk et hippie à la fois…

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Il paraît qu'elle se saoule pour échapper aux affres du décalage horaire. Ce qu'elle a dû faire bien souvent, si on en juge par l'intense activité qui l'a menée aux quatre coins du monde, après avoir publié son "Debut". L'Islandaise n'avait pas hésité à laisser tomber ses Sugarcubes, et ce n'était pas dans une tasse de café. Mais a posteriori, le choix était bon puisque "Debut" a été plébiscité dans toute l'Europe! Aujourd'hui, Björk (qui répond au doux nom de famille de Gundmundsdottir) doit confirmer. "Post", son second elpee paraîtra ce 12 juin... Explications.

Existait-il une tension, une peur de mal faire lorsque tu as commencé cet album après le succès commercial et critique du premier ?

Pas vraiment. Dès mon premier disque à l'âge de 11 ans, je suis devenue une sorte de Shirley Temple en Islande, où j'étais très populaire... J'en ai vendu 5 000 exemplaires ; ce qui pour un pays comme l'Islande est énorme (double platine!). Ma popularité y était similaire au succès que je rencontre aujourd'hui en Angleterre, proportionnellement évidemment. Mais je détestais le succès, parce que je n'aimais pas les chansons que j'interprétais. Je le trouvais malhonnête! Et bien sûr à l'école tous mes congénères voulaient devenir mes amis... C’était très superficiel. Ensuite, j'ai fondé un groupe avec des copains d'école à 12 ans, en 78.

Est-ce habituel en Islande de former un groupe à 12 ans ?

Non, mais c'était une époque particulière, 1978... et c'était plutôt courant à ce moment-là. Je ne sais pas ce qu'il en était chez vous...

Nous jouions aux cow-boys et aux indiens à cet âge, je pense.

Pourquoi pas? Mais il faut dire aussi que je fréquentais une école de musique depuis l'âge de 5 ans. Et aussi parce que mon beau-père jouait de la guitare, c'est d'ailleurs un guitariste de blues assez connu. A la maison résonnaient toujours ses solos de guitares... Pour moi, former un groupe était naturel. A partir de cet instant, j'ai écrit des chansons pour mes amis sans pour autant m'imposer comme leader du groupe. J'ai expérimenté tous les styles possibles : metal, jazz, musique techno, électronique etc. On l’entend à la fois sur "Debut" et "Post". J'aime un peu de tout. J'ai eu l'habitude de faire face au monde extérieur, d’être confrontée à la pression. Tu sais à 11 ans, c'était dur... J'étais planquée à l'arrière pour y jouer de la batterie ; et un jour, on est venu me chercher pour me propulser à l’avant-scène, je ne sais pas pourquoi.

Et tu ne sais toujours pas pourquoi aujourd'hui ?

Honnêtement, c'est difficile à dire. Peut-être qu'après 17 ans de carrière musicale, j'ai appris à vivre avec cette tension... C'est inconscient. Tout ce temps, ces 17 ans, je dois avoir appris à m'y faire, sans le savoir. Lorsque j'étais chez les Sugarcubes, j'estimais que nous nous étions perdus en route. Je me suis dit : j'arrête là ! Vous connaissez la difficulté rencontrée par les gens, à plus ou moins 30 ans, de cesser ce genre d'aventure. On se dit: ‘Tous mes rêves d'adolescents, que sont-ils devenus ?’ Toutes ces idées m’on effectivement traversé la tête à 26 ans! Mais j’en ai aussi déduit que si je ne sortais pas "Debut" à ce moment-là, je ne le ferais jamais.

Chapitre solo

Alors que tu militais encore chez les Sugarcubes, avais-tu déjà réalisé des projets en solo ?

Oui, mais ce n'était pas bon... C'était difficile pour moi d'être égoïste, d'écrire un album complet avec seulement mes chansons. Et lorsque je l'ai fait, ce fut une grande surprise de voir le nombre incroyable de gens qui l'appréciaient. Je ne pouvais m'empêcher de penser que je régressais, seule, en réalisant ce que j'aimais, sans faire plaisir à personne d'autre! Mais sans m'y être vraiment préparée, je savais comment étaient les médias, les avocats, les instruments... Dix-sept ans dans le métier, tu dois être vraiment stupide si une telle expérience ne t'a rien appris.

"Post", est-ce la suite logique du 1er album ?

Oui c'est pourquoi, j'ai intitulé le premier "Debut" et le second "Post". Ce sont presque des jumeaux, le 1er et le 2ème. Ce qui m’effrayait en enregistrant "Debut", c'est que je savais que ce ne serait pas parfait, parce que c'était le premier et je crois qu'une des raisons pour lesquelles les gens n'écrivent pas des livres ou ne tournent pas de films, même s'ils en sont capables, c'est à cause de ce syndrome de la première fois : ils sont terrifiés à l'idée que ce ne soit pas parfait.

Qu'y a-t-il de mal à ne pas être parfait ?

Rien, c'est ce que je me suis dit (elle rit). Et c'est pourquoi je l’ai réalisé : je savais dès le départ que le second serait meilleur que le premier. Je n'ai de toute façon pas cette envie d'être aimée à tout prix. Si je voulais que tout le monde m'aime, j'aurais sorti un album genre Kylie Minogue... Et il n'y aurait sûrement pas eu tous ces revirements dans ma vie! Chaque fois que j'ai joué dans un groupe, ça a marché si fort que j'ai toujours gagné beaucoup plus d'argent que ma mère. J’aurais pu continuer, et au contraire j'ai quitté ces groupes. Je l'ai déjà répété six fois dans ma vie. Parce que j’estimais que ce n'était plus créatif!

Comment expliques-tu que ça ne l'était plus?

D'abord ça débute bien, c'est très créatif... Jusqu'au moment où ce n'est plus vivant! Quand un groupe commence à avoir de l'argent et tout ca, il n'est plus bon. Les gens perdent leur spontanéité et s'installent dans un confort musical. C'est à ce moment-là que je me casse... Les autres me disent: ‘You're mad’. Je réponds : ‘Je sais, je suis désolée...’

Chapitre Tricky

As-tu travaillé avec l’équipe qui a fait ton premier album solo ?

Plus ou moins. Nellee Hooper est présent sur six titres qu'il produit. Ma première réaction a été instinctive : j’en ai conclu que le premier bébé n'était pas mal et que j'avais été suffisamment courageuse pour l’accomplir. Comme je voulais faire mieux, je me suis dit : ‘Maintenant, je peux tout effectuer moi-même’. Je peux me charger des drums, des solos de guitare... Et puis j'ai pensé : ‘Non ça, ce n'est plus du courage, c'est de la stupidité’. Mon manager m'a dit: ‘Si ce n'est pas cassé, ne répare pas’. Il ne fallait pas détruire cette équipe ‘just for the sake of it’

Comment as tu rencontré Tricky ? Par hasard ?

Presque en fait. Il me fait tellement rire, je l'adore... Anyway, il est de Bristol comme Nellee, comme Massive Attack. Ils sont un même groupe d'amis depuis qu'ils sont tout petits. Et maintenant je les connais tous, grâce à Nellee. Tricky, je l'ai vu dans des soirées. On s'était promis de travailler ensemble. J'adore sa musique, et il aime ce que je fais. Généralement quand des musiciens participent à une soirée et qu'ils sont bourrés, ils se disent toujours: ‘On va faire un truc ensemble’. Le lendemain, c'est oublié... Là-dessus, je suis retournée en vacances en Islande pour la 1ère fois depuis longtemps : un mois pour passer la Noël auprès de ma famille et mes amis... Finalement, je ne suis restée que deux semaines : je me suis bourré la gueule avec tout le monde, j'ai visité ma grand-mère, ma famille, je suis allé promener dans le blizzard, les montagnes... Mais après ces deux semaines, je me suis dit ‘Encore deux semaines de vacances à tirer!’. Franchement, je n'en pouvais plus, fallait que je travaille... J'ai appelé Tricky, parce que je m'emmerdais. Je lui ai dit: ‘Rappelle-toi, tu as dit qu'on devrait travailler ensemble’. A ma grande surprise, il s'en est souvenu. Je lui ai dit que j'avais écrit quelques chansons et qu'il y avait un petit studio pas cher à Reykjavik, avec des gens gentils et dévoués. Il m'a répondu: ‘OK, j'arrive demain’. Il a passé cinq jours en Islande et c'était génial.

Quand tu écris, qu'est-ce qui vient le plus naturellement les mots ou la musique ?

Cela dépend. Ce qui est courant, c'est que la chanson que j'écris soit le ‘thème du mois’. Exemple? "Venus as a boy" sur "Debut", représente vraiment un mois dans ma vie. C'étaient les émotions que je ressentais à ce moment-là pour quelqu'un. J'étais obsédée, je regardais des films d'indiens à la télé avec leurs orchestres à cordes. J'écoutais du reggae et cette chanson a aussi été influencée par Maxi Priest! C'est très irrationnel... Je peux écrire dix chansons par mois et ensuite découvrir qu'elles forment une et une seule chanson. Je suis obsédée par la même mélodie, je choisis la meilleure et j'arrête là... Sinon, ça me prendrait beaucoup de temps.

Chapitre Sugarcubes

Qu'est-il arrivé aux autres Sugarcubes ? Tu es toujours en contact ?

Bien sûr. Ils font tous des choses différentes. Siggi, le batteur, vit près de Chicago. Sa femme y poursuit des études postuniversitaires. Pendant ce temps, lui, travaille en compagnie de groupes de jazz expérimentaux. Einar Benediktson (voix et trompette) dirige un cybercafé à Reykjavik. C'est le genre de gars qui fait toujours dix choses à la fois –pour l'anecdote, il collectionne des cartes postales de très mauvais goût, en particulier celles de Noël. Magga a produit des albums pour enfants, et est occupée de composer une musique de film en Islande. Bragi (le bassiste) écrit de la poésie qui reçoit de bonnes critiques en Scandinavie. Thor, le guitariste a monté un nouveau groupe avec un gars appelé Gufnar Tochtokoni, je ne sais pas si vous le connaissez, c'est une espèce de vieux punk sans concession.

Thor, c'est le père de ton enfant ?

Oui, d'ailleurs aujourd'hui il passe le jour de Pâques en compagnie de son père, alors que moi je suis ici... Ce groupe que Thor a formé, s'appelle Unun et il a été le plus populaire d'Islande l'an passé. Ils ont une jeune chanteuse merveilleuse.

Est-ce plus difficile d'être une femme seule dans le monde du show-biz plutôt que d'être membre d'un groupe ?

Je ne peux parler qu'en mon nom propre, de ma propre expérience. Quand j'étais dans les Sugarcubes, il n'y avait aucun problème ; pour l'instant, je n’en rencontre pas, non plus. J'ai tendance à traiter cette question féministe/sexiste en l'ignorant ; je crois qu'on lui accorde bien trop d'importance. Je suis une personne qui écrit de la musique et je suis une femme. J'ai beaucoup travaillé dans des groupes où j'étais la seule fille. Ils commençaient par dire: ‘Oh, mais tu es une femme’. Chaque fois que j’entends ce genre de commentaire, je sais que je suis dans la merde. Mais je n'en tiens pas compte. Ma mère a passé la moitié de sa vie à dire qu’elle ne voulait pas être en cage, c'est négatif de vivre toute sa vie comme ainsi. Mais elle a ouvert la cage! Moi, je préfère ignorer la cage. Je crois que ma génération de femmes est comme ça.

Chapitre dEUS/Zazou

Tu connais le groupe belge dEUS, qui a choisi son nom d'après la chanson des Sugarcubes ?

Des journalistes belges que j'ai rencontrés il y a quelques jours m'en ont parlé. Je suis très honorée...

Es-tu heureuse du morceau que tu as réservé à Hector Zazou sur "Songs from the Cold Sea" ?

Oui! J'adore travailler dans des créneaux dissemblables. J'ai réalisé énormément de projets différents, quand je jouais à l'école de musique... J'ai produit un groupe de hard-rock, je peux être chanteuse compositrice, j'aime faire toutes ces choses et cela s'entend sur l'album... Donc, lorsqu’Hector Zazou m'a demandé de travailler avec lui j'ai trouvé ça très excitant. Il pensait que je devais choisir une chanson du nord à propos de l'océan. Mais, toutes les chansons que je connaissais sur l'océan étaient toutes des trucs de marins genre "C'est à boire qu'il nous faut") il m'a dit ‘Euh ! Peut-être faudrait-il penser à autre chose ?’. Je me suis dit: ‘Fuck this ocean business, je vais simplement chanter ma chanson islandaise préférée’. Et j'ai choisi cette chanson d'amour impossible au 17ème siècle : une histoire d'amour islandaise très connue, mettant en scène un Viking. Elle l'aime profondément, mais elle ne peut l'épouser... Sans doute la chanson d'amour la plus dramatique qui ait jamais été écrite…

Y-a-t-il une influence islandaise dans ta musique ?

Oui, je pense que l'influence islandaise se sent. Je donne à travers ma musique l'impression que la nature est importante... L'Islande est le pays le plus riche au monde. Nous avons toute la technologie que nous voulons, et les gens n'en sont pas effrayés. Pourquoi? Parce que nous avons... la nature! Nous sommes en permanence arrêtés par le blizzard ou par les volcans et leurs éruptions. La nature remet les choses à leur place, là où elles doivent être. J’étais à Los Angeles lors du tremblement de terre, là où il y a cette arrogance des gens qui se disent ‘We fuck nature’. Comment osent-ils penser ainsi? L'homme ne baisera jamais la nature, parce qu'elle est dix mille fois plus puissante que l'être humain, et ce n'est pas demain que cette situation changera. Je crois que dans ma musique, la nature est présente, mais aussi le futur, la technologie... Les hommes politiques essaient de s'occuper de politique dans le monde. Mon boulot à moi est de m'occuper de ma politique personnelle, de ce que je fais avec moi-même et mes émotions. Je sympathise avec mes émotions, c'est mon boulot. C'est très naïf, mais je pense que quand on est bien dans sa peau, on n'essaie pas de manipuler les gens et on n'est pas manipulé par les autres! Quand on est OK, la nature est OK et le monde est OK.

Björk est donc une hippie ?

We are the world... Je suis plus une musicienne qu'une hippie. Je suis un produit des hippies, je suis devenue punk, je suis issu de cette génération... Etre punk est d'une certaine façon très lié au fait d'être hippie : les punks étaient très obsédés par le fait de ne pas être hippies... Je suis un mélange des deux.

(Article paru dans le n°34 du magazine Mofo de juin 1995)

 

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