Death Valley Girls de retour sur terre

Les Death Valley Girls sont une valeur sûre de la scène rock du sud de la Californie. Après avoir détruit la maison de la chanteuse Bonnie Bloomgarden à Altadena, les incendies dévastateurs qui ont ravagé la ville ont été une source d’inspiration poignante…

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Un clip d’animation pour le nouveau single d’Σtella

L'artiste grecque Σtella dévoile son nouveau single intitulé « Belinda ». Cette nouveauté s'accompagne d'un clip officiel au format visualizer, dont les illustrations sont nées sous la plume de la chanteuse elle-même, complétées par les animations de Yokanima…

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Blur

Néo-mod / anti-mode

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A l'heure où bon nombre de ses compatriotes se tournent vers l'Amérique, Blur glorifie le patrimoine musical de son pays, l'Angleterre. ‘Modern Life is rubbish’, le 2e album du groupe, aborde les années 90 avec une imagerie presque désuète, célébrant la mémoire d'un passé recomposé pour l'occasion. Dans le sillage des Kinks, Small Faces, Jam et Smiths, le quatuor assure la pérennité d'un genre indémodable: la pop immédiate, harmonique, acidulée, teintée d'humour et de cynisme; l'expression la plus raffinée de l'esprit anglais. Rencontre avec deux brillants archivistes: le chanteur Damon Albarn et le guitariste Graham Coxon.

Damon prend la parole "Ce qui caractérise notre époque, c’est le recyclage des déchets pour en fabriquer d’autres. Si on étend cette considération à notre musique, on peut dire que Blur fait du neuf avec de l’ancien. La pop d’aujourd’hui n’est plus aussi révolutionnaire qu’il y a 10 ans, elle ne possède plus le même degré de créativité. Elle est devenue une institution, mais ça ne nous préoccupe pas trop."

Gardiens de la tradition

Pour mieux assurer son rôle de gardien de la tradition, Blur a décidé de ne rien laisser au hasard. Pas même l'image. Finis les jeans larges et les cheveux tombant sur les yeux, le quatuor affiche aujourd'hui un look néo-mod résolument anti-mode. Retour en arrière. Remarqué en 90 grâce à des mélodies sixties et des rythmiques dansantes, le groupe n'a pas hésité à monter dans le train baggy, au moment où celui-ci emmenait son chargement d'opportunistes vers des destinations inconnues. Acclamé par le public (NDR : baggy) mais descendu par la critique, ‘Leisure’, le premier album, n'est pas exempt de tous reproches, malgré sa fraîcheur (trop) évidente.

Damon poursuit : "On ne renie pas cet album mais il faut reconnaître que depuis lors, nous avons progressé. Nous n'avons pas régressé, du moins! On n'a pas vraiment pris le train en marche à l'époque, je dirais plutôt qu'on faisait notre apprentissage. On était conscients d'appartenir à une mode musicale, à la différence de plusieurs de nos contemporains qui ont réellement cru que le baggy ou la noisy allaient durer une éternité"

A la mort du baggy, Blur retombera sur ses pattes grâce à la vague noisy-pop à laquelle, il fut assimilé, un rapprochement qui doit plus aux fréquentations du groupe (musiciens, clubs branchés) qu’à son attitude… Damon et compagnie n’ont jamais pris leur pied à fixer leurs chaussures en jouant. N’empêche qu’à cette époque, ils n’en mènent pas large, l’alcool et la drogue aidant. C’est dans le courant de l’été 92 que s'amorce la métamorphose. En tournée aux Etats-Unis, les 4 Anglais on le mal du pays. De plus, ils ne supportent plus que le public américain les compare à EMF et aux Happy Mondays. C’est le point de départ d'une formidable remise en question. Les chansons du nouvel album, presque toutes écrites là-bas, portent les traces de cette amertume. Elles sont en quelque sorte des anticorps fabriqués pour éloigner toute influence US, ce qui explique leur couleur typiquement britannique.

"Sans changement radical. Blur n'avait aucun avenir", confesse Damon. "‘Leisure’ allait un peu dans toutes les directions pour n'aboutir nulle part. On s'en est rendu compte pendant la tournée qui a suivi sa sortie. On s'est vite lassés de ces chansons. C’est là qu'on a décidé de revoir notre copie. Qui plus est, lorsqu'on se trouve dans un pays étranger, on a t'occasion de s'interroger sur sa propre identité, Ensuite, on peut comparer. Plus de la moitié du dernier album a été composée aux Etats-Unis, on a ressenti le besoin de se protéger du dragon américain, incarné par son industrie musicale. C’est peut-être la raison pour laquelle ‘Modern Life’ dégage un parfum si ‘british’."

Et l'audace?

‘Modern Life is rubbish’ est un exercice de style magistralement exécuté (sous l'égide de Stephen Street (producteur des Smiths). Mais l’audace, direz-vous ? Les chansons, le concept et la pochette du disque (reproduisant une vielle locomotive à vapeur) trahissent un certain conservatisme empreint de nostalgie. Blur aurait-il étouffé toute volonté de révolte contre l’ordre établi?

Damon argumente : "Le grunge a remis à mode cette idée selon laquelle les enfants n'écoutent pas la musique de leurs parents, pour, soi-disant, affirmer leur personnalité. C’est un leurre: les parents écoutaient Black Sabbath, les enfants écoutent Soundgarden! Franchement, où est la différence? De nos jours le rock ne peut plus s’opposer à l'ordre établi, puisqu’il en fait partie. C’est un combat perdu d'avance. Dans l’expression ‘pop music’, pop signifie populaire". La pop n'a pas été inventée pour diviser les générations, mais pour les rassembler. Les vieux, les moins vieux et les plus jeunes devraient tous chanter ensemble. De toutes façons, les jeunes n'ont plus l'énergie pour être rebelles."

Coca colonisation

Si 92 avait été dominée par le rock US, 93 a marqué le réveil de la pop britannique (Suede, Dodgy, Auteurs, James, Radiohead et... Blur). Cependant, l'américanisation de l'Europe en général, de la Grande-Bretagne en particulier continue d'inquiéter Damon qui parle même de ‘coca-colonisation’; un sujet d'actualité à l'heure où les Européens revendiquent l'exception culturelle dans l'économie de marché. Initialement, l’album devait s’appeler ‘England Vs America’, puis ‘British Image’, des titres militants…

Damon ajoute : "Aujourd'hui, la plupart de nos compatriotes se concentrent sur leur propre héritage musical et culturel. C’est une réaction naturelle face à l'invasion du rock américain. Le succès de Suede est peut-être dû à une réaction patriotique de la part du public mais surtout des medias. La presse musicale anglaise est excessive. Pendant un an, elle a rabâché les mêmes groupes américains ; maintenant, des numéros entiers du Melody Maker ou du NME sont consacrés au renouveau anglais avec des titres racoleurs comme ‘L'Empire contre-attaque’. C’est ridicule ! Lorsqu'on parle d'exception culturelle, je suis pour, d'une certaine manière mais d'un autre côté, ce serait dommage que le public arrête d’acheter des disques africains, indiens ou sud-américains. En tous cas, il faut empêcher qu'une nation ait un monopole culturel dans le monde entier, particulièrement les USA, qui ne sont pas un modèle en la matière. C’est un sujet délicat parce qu'il ne faut pas cloisonner les différentes cultures mais il n'est pas bon non plus de les enchevêtrer sauvagement, au risque de perdre toute identité. Une chose est sûre: la musique, le cinéma, l'art en général, ne doivent pas être mis au même niveau que les autres produits parce qu'il constitue la mémoire des générations futures."

La culture européenne est-elle réellement en danger devant la menace américaine?

"Pas vraiment", poursuit Damon. "C’est normal qu'une culture évolue; l'Angleterre a été enrichie par de nombreux apports étrangers. Le problème avec l'Amérique, c'est qu'elle veut vendre ses produits et renforcer son hégémonie économique dans le monde entier. De plus, cette culture imposée n'est pas le résultat d'une pensée multiraciale ; la différence entre les hispaniques, les noirs et les blancs est énorme là-bas. Ce n'est pas un exemple à suivre, l'Europe est en avance à ce niveau-là."

MTV cristallise dans une certaine mesure la culture américaine des années nonante. La cible idéale donc.

Graham réagit : "C’est une chaîne ennuyeuse, abrutissante et dénuée de créativité mais ce n'est pas une raison pour interdire sa diffusion en Europe."

Damon n'est pas d'accord: "MTV devrait être bannie dans le monde entier, non pas parce que c'est une télé américaine mais parce qu'elle offre peu par rapport à ce qu'elle reçoit, c'est une sorte d'éponge. En outre, quand on dit que Nirvana a changé le visage du rock, ça me fait bien rigoler... C’est le lavage de cerveau exercé par MTV qui a poussé les gens à bouffer du grunge. Le meilleur moyen d'échapper à cette chaîne est de ne pas la regarder, ce qui est le cas en Angleterre."

Selon les dires du producteur Stephen Street, le troisième ouvrage de Blur, dont les deux tiers sont déjà écrits et enregistrés, prendra place parmi les plus grands albums de rock anglais de ces 15 dernières années, aux côtés du ‘Ali Mod Cons’ de Jam, du ‘The Queen is dead’ des Smiths et du ‘London Calling’ des Clash.

Mais qu'en pense Graham? "Aujourd'hui un groupe qui veut réussir doit être composé d'excellents musiciens, capables d'assimiler une multitude de styles musicaux différents. Notre dernier album montre clairement qu'on s'est donné les moyens d’atteindre nos ambitions."

Article paru dans le n°19 du Magazine Mofo de janvier 94

The Posies

Il n’y a pas que du grunge à Seattle…

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Pop, les Posies naviguent loin de la vague grunge qui sévit dans leur ville d'origine Seattle. Déjà, leur album précédent, "Dear 23" (produit par John Leckie), révélait un groupe original. Ce qu'est venu confirmer le nouveau cd (NDR : Frosting on the beater »). Par ailleurs, deux membres du groupe ont récemment participé à la reformation de Big Star (NDR : Columbia, live at Missouri University »), groupe légendaire des 70s que tous les groupes actuels ou presque, classent parmi leurs influences déterminantes. Entretien en compagnie de Ken Stringfellow, co-leader des Posies (NDR : l’autre c’est Jon Auer) et bassiste de 1’‘éphémère nouveau’ Big Star…

Vous êtes issus de Seattle. Pourtant, on ne peut pas dire que vous soyez ‘grunge’. Vos origines, un avantage ou un inconvénient?

Aucune idée. On réaliserait peut-être des choses différentes si on venait de Cleveland, mais il y aurait sûrement beaucoup de choses qui seraient rigoureusement pareilles. Sans doute y a-t-il des traits culturels spécifiques à Seattle. Mais, nous n'avons rien à voir avec ces metal-bands des années 90 que sont Alice ln Chains ou Soundgarden. Est-ce que notre musique vient 100% de nous ou est-elle conditionnée par nos origines? Je ne suis même pas sûr de vouloir trouver une réponse à cette question.

On ne vous a quand même jamais collé l'étiquette de ‘grunge-band’?

Encore heureux! On s'est appelé les Posies, on ne voulait surtout pas être considéré comme une groupe arty, intello. On est effrayé par la prétention qui, crois-moi, est omniprésente en rock. En choisissant ce nom qui sonne cul-cul, on a opté pour une certaine forme d'humilité, même s’il fait fuir certains. Notre premier album s'intitulait "Failure", c'était dans la même optique.

Avez-vous une idée de votre public type ?

Incroyable, il y a des gens qui nous apprécient et qui aiment aussi... des trucs merdiques comme Bauhaus! Certains nous ont découverts par MTV, d'autres parce que nous tournons en compagnie de Teenage Fanclub. Ces derniers sont plutôt jeunes. Mais il y a aussi des plus âgés. Ceux qui ont entendu parler de nous comme des espoirs de la ‘pop blanche’, des successeurs de Simon & Garfunkel. Hum... Nous, on est méfiants. Ceux-ci, on ne voulait pas nécessairement les attirer. Notre nature nous incite à attendre le pire en permanence.

C'est quand même agréable d'être appréciés, non?

Je suis toujours surpris qu'on nous aime! Je me demande toujours : ‘Tiens, comment ça se fait? Qu'est-ce qui a bien pu convaincre ces gens que nous sommes valables?’ Aux Etats-Unis pourtant, le public est très heavy metal. Ce n'est pas notre créneau. Nirvana a vendu des millions de CD aux fans de HM. Tu fusionnes le public d'Ozzy Osboume et celui de REM et tu obtiens celui de Nirvana! C'est ainsi qu'on devient énorme aux States, en séduisant d'abord les fans de heavy metal. Pearl Jam, Soundgarden, Nirvana et Alice ln Chains sont les nouveaux metal bands, ceux des années 90.

Tu as participé à la ‘reformation’ de Big Star, une influence qu'on cite un peu à tout propos aujourd'hui…

Oui, j'y jouais de la basse, alors que chez les Posies, je suis guitariste. Jon et moi sommes de grands fans de Big Star. Mais franchement, on ne connaissait pas Alex Chilton. On avait entendu très peu de son parcours en solo, après Big Star. Deux ou trois chansons, pas plus. Ce sont les albums de BS et de Chris Bell qu'on aimait avant tout. Mais, bon, je pense apprécier certains aspects de la carrière solo d'Alex, aujourd'hui après avoir joué avec lui. C'est un grand musicien.

Tu n'as pas hésité à te lancer dans cette aventure?

Non, jamais. On se disait que si quelque chose se passait, on en serait. Jon et moi, on connaissait bien Jody Stephens, le batteur de Big Star. On s'entend bien et on savait que si on en était tous les trois, le résultat ne pourrait pas être totalement nul. Que ça collerait entre nous trois, au moins. Alex est venu se greffer, c'est d'ailleurs ce qu'il voulait: un groupe pour l'accompagner ! On l'a fait parce que c'était cool et qu'on pensait que quelque chose de chouette en résulterait. Voilà.

Vous enregistreriez un disque ensemble?

On a accordé une demi-douzaine de shows. Ce n'était de toute façon pas un vrai groupe. Cela dit, ça me plairait d'accompagner Alex sur un de ses futurs albums solos. Mais j'ignore si ça l'intéresserait, lui! On verra ce qui se passera.

Tu n'es pas fort enthousiaste, dès que tu parles d'Alex Chilton. Je me trompe?

Il a de bonnes chansons, il mérite une reconnaissance. Et qu'on le laisse enregistrer ce qu'il veut.

Vous ouvrez les concerts de Tennage Fanclub, mais vous les suppléez, quand il y a une défection chez eux…

Je vois que la légende est déjà en bonne voie de construction (rires). Pour quelques shows de la tournée, Norman est tombé malade. Jon et moi l'avons remplacé au pied levé. Gery continuait à chanter ses chansons et certaines de Norman. Nous interprétions aussi quelques-unes de leurs chansons. C’était très sauvage, très gai. Les portes sont ouvertes, ce serait chouette de réaliser quelque chose ensemble un jour, pourquoi pas? Si tout le monde est d'accord, pourquoi ne pas sortir un single en commun, un de ces prochains mois? Mais ici, c'était juste pour rendre service, parce que je sais ce que c'est, de ne pas pouvoir se produire un concert, parce qu'on est malade... C'est extrêmement frustrant.

Norman ou Gery vous remplaceraient si vous étiez malades?

Chais pas, mais j'aimerais qu'ils le fassent, si c'était le cas.

(Article paru dans le n° 18 de décembre 1993 du magazine Mofo)

 

James

‘Smells like teen spirit’ est une chanson des Pixies

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Après s’être égaré du côté de Simple Minds, les James sont de retour. Et leur nouvel opus, "Laid", atteste une sérénité enfin retrouvée. Conversation en compagnie du chanteur Tim Booth et Jim Glennie, le bassiste.

Jim : Les mauvaises critiques qu'on a essuyées pour "Seven" nous ont affectés. Ce serait difficile de dire le contraire.
Tim : On nous a accusés de sortir "Seven" pour vendre un max de disques, d’enregistrer volontairement un album commercial. On essaie de ne plus trop y prêter attention. On savait qu'on se ferait descendre. Parce qu'on avait eu une très bonne presse, depuis huit ans. On sentait que le retour de flammes devait arriver. Une fois qu'on a du succès, c’est inévitable. Et on se doutait aussi, qu'après "Seven", les réactions seraient meilleures. La première fois qu'on vient nous voir en concert, les gens sont estomaqués, car les disques ne les ont pas préparés au spectacle. La deuxième, ils sont déçus, parce qu'ils attendent trop. Et la troisième, ils nous aiment de nouveau. Un cheminement normal. Si tu te rends dans un restaurant où tu t’attends à manger quelque chose de dégueulasse et qu'ils te servent un bon repas, tu seras très heureux. Mais si tu vas dans un grand restaurant où tu as toujours très bien mangé et que ce n'est pas aussi bon que d'habitude, tu te plaindras. Nous on savait que l'album après "Seven" serait différent. Mais si on a reçu de mauvaises critiques, c'était essentiellement en Angleterre ; on en a eu des favorables dans d'autres pays. En Allemagne, par exemple. D'ailleurs, en Allemagne, la maison de disques n'aime pas "Laid", jugé trop calme.

Vous semblez plus heureux sur "Laid" ...

T. : Cest vrai. J'étais assez déprimé, du temps de "Seven". Mais il y a une certaine tristesse dans "Laid" ; la tristesse est toujours meilleure que la déprime. La déprime, c'est une absence de sentiments, c'en est la négation même. Alors que la tristesse est un sentiment dont il ne faut pas avoir peur si on ose le ressentir.

Andy, le trompettiste, a quitté le groupe?

T. : Andy avait accepté de rester avec nous jusqu'à la fin de la tournée "Seven". Il a donc quitté le groupe l'été dernier. La première tournée qu'on a effectuée ensuite était celle, acoustique, en première partie de Neil Young. On a donc réarrangé nos chansons ‘électriques’ et Andy ne nous a pas manqués puisqu'il ne les avait jamais jouées dans leur version acoustique. Et cette tournée nous a incités à composer des chansons plus calmes, qui figurent sur cet album. "Laid" est né de ces circonstances particulières. Le résultat aurait sans doute été très différent si on avait tourné en compagnie d’un groupe de heavy-metal.

Et comment s'est déroulé le travail auprès de Brian Eno ?

T. : Il aimait bien "Seven". On lui a demandé de nous produire et il a accepté. Il est venu nous voir à un de nos concerts acoustiques et il a travaillé en fonction de ce concept. Il nous a encouragés dans cette voie. Mais une chanson comme "Sometimes" était déjà écrite avant son arrivée. Il a écouté nos séances d'improvisations et il a dit : ‘Ca c'est bien! Vous pourriez essayer de le refaire ?’

Dans "Out to get you" qui ouvre l'album, tu dis que tu as besoin d'un contact humain. Symbolique?

T. : Oui... On avait pensé à plusieurs solutions différentes, pour le tracklising. On savait que c'était un choix étrange pour la maison de disques qui veut toujours commencer un album par le single, pour éblouir l'auditeur d'emblée. Nous, on trouvait qu’"Out to get you" permettait à l'auditeur de se concentrer, pour mieux ‘entrer’ dans l’album.
J. : On n'avait jamais passé autant de temps à réfléchir à l'ordre des morceaux. Avant, on s'en foutait un peu, genre: ‘On commence par celui-ci? Allez oui...’
T. : De quoi avertir le mélomane que l'album est plus profond, qu'il ne sera pas ‘facile’.

On dit que vous êtes sur le point de décrocher un succès international. Cette situation vous effraie ?

T. : On est très populaires en Angleterre, depuis près de 4 ans. Au début, le succès nous effrayait beaucoup, même avant qu’il n'arrive. C’est terrible quand tes voisins, ta famille commencent à te demander des autographes. Il est plus facile d'être une star dans un autre pays. Il est important de pouvoir rentrer chez soi, enlever ses lunettes de soleil et redevenir ‘Mr. Normal’. Maintenant on est immunisés, si ça se produit ailleurs, cela ne nous fera plus peur.

Penses-tu toujours que le succès émane uniquement de la musique ?

T. : La musique joue évidemment un rôle, mais c'est avant tout une question d'attitude, d'image, il faut être là au bon endroit et au bon moment. Pour moi, les Pixies auraient dû être énormes et "Smells Like Teen Spirit" est une chanson des Pixies. Mais ils n'avaient pas Kurt Cobain et de bons clips. Si j’ai un tel point de vue, c’est parce que je suis anglais et que la presse de mon pays est essentiellement basée sur la mode. Il faut être très photogénique ! Regarde Suede. On peut se permettre de le dire car on a bénéficié de huit ans de bonne presse et une année de mauvaise. Si actuellement, il n'y a pas de grande musique en Grande-Bretagne, c'est parce que les Anglais ne sont braqués que sur les mauvais aspects.

A vos concerts, forcément, tout le monde attend "Sit Down". Embarrassant ?

T. : On a accordé un concert, la semaine passée, au Portugal. On a commencé par "Born of Frustration" et embrayé par "Sit Down". Les gens chantaient encore quand la chanson était terminée. Une sorte de grande célébration. Et puis, on a joué les nouveaux morceaux et ils ne savaient pas comment réagir. Ils attendaient cette grande fête que nous déclenchions auparavant, lors de nos concerts. Nos nouvelles compos essaient plutôt de créer une atmosphère.

(Article paru dans le n°18 du magazine Mofo de décembre 1993)

 

Def Leppard

Un Def Leppard très ‘rétro’

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Certaines formations sont victimes d’une foule de préjugés. Def Leppard est du nombre, lui qu'on taxe généralement de groupe qui avance au train de sénateur (à juste titre d'ailleurs, même si la bande à Joey Elliot a quelquefois des circonstances atténuantes dramatiques à faire valoir). C'est vrai: le ‘Léopard Sourd’ est lent à la détente ; surtout lorsqu'il est question de proposer un nouvel album. Son délai habituel tourne autour des quatre ans, ce qui encore une fois, est plutôt long (indépendamment des circonstances : l'accident de Rick Allen, le décès de Steve Clarke ont été deux gros problèmes difficiles à surmonter). Les explications du groupe tournent autour d'un leitmotiv: ‘Def Leppard souhaite ne proposer que des albums parfaits, tout doit être impeccable’. Sous-entendu : on ne réalise pas ce genre de plan en dix jours de studio... Mais il faudra peut-être, à l'avenir, revenir sur ces idées préconçues : quelque chose semble avoir changé dans le fonctionnement du groupe, désormais. Il vient de sortir un Cd ("Retro Active"), sorte de collection d'inédits, de reprises et de raretés. Et la conception de ce disque semble avoir donné au groupe l'envie de modifier ses batteries. Phil Collen s’explique…

"Retro Active" est un projet spécial que nous avons voulu concrétiser au cours de notre dernière tournée. En fouillant dans notre passé, nous nous sommes rendus compte que nos tiroirs contenaient quelques fort bonnes compos qu'il était regrettable de ne pas exploiter. Certaines d'entre elles avaient été commencées mais pas terminées; d'autres avaient été utilisées mais pas vraiment mise en valeur. Nous nous sommes dit qu'il serait bon d'utiliser ce matériel et de réaliser, à l'aise, pour le fun mais sérieusement, un Cd qui le mettrait en exergue. Et, nous avons pris un pied monumental en concrétisant ce projet !

Contrairement aux albums précédents comme "Hysteria" ou "Adrenalize" (dont les différentes phases de réalisation ont souvent été pénibles), ici, on a pris ce projet très simplement, très spontanément, en jouant très sérieusement mais aussi en nous amusant beaucoup. Je dois bien reconnaître que nous n’avions pas souvent bossé, au sein d’un tel climat, dans le passé. Certaines parties de guitare ont été bouclées en une nuit, alors que celles d"'Hysteria" avait nécessité plus d’un an ! Sincèrement, "Retro Active" nous a apporté un bol d'air frais. Et laissera des traces. En tout cas, nous en avons au moins tiré quelque enseignement.

Après le break de quelques mois que nous nous autorisons actuellement (le premier depuis onze ans), nous nous plongerons dans la conception d'un nouveau Cd pour lequel nous comptons modifier nos habitudes! Nous prendrons le temps et la peine de composer nos nouvelles chansons jusqu'au bout. Lorsque nous rentrerons en studio, nous saurons exactement comment elles devront être arrangées, comment elles sonneront. Plus envie de perdre des mois à chipoter en studio. Il faudra que nous soyons fins prêts: plus question d'expérimenter, de tergiverser. Cela va nous aider et nous simplifier la tâche.

Doit-on s’attendre à du changement dans le fameux son Def Leppard ?

Je suis sûr que non! Le seul vrai changement, c’est qu’on risque d’être moins stressé et qu’il sera moins complexe, pour nous, d'enregistrer un nouvel album. Pour le reste, je ne vois pas pourquoi nous modifierions de A à Z un style qui est le reflet de nos personnalités.

Il y a sur "Retro Active", deux reprises (l'une du "Action" de Sweet et l'autre du "Only After Dark" signé feu Mick Ronson) et des titres un peu surprenants. Votre horizon musical en sortira-t-il, également, différent?

C'est possible, par contre. Nous avons abordé "Retro Active" en toute liberté, sans ressentir aucune limite. Par exemple, il y a quelques ballades sur ce Cd alors qu’habituellement, pour des raisons de business, nous nous limitions à une seule. Il est possible, et de toute façon souhaitable, que nous en retirions les enseignements aussi…

(Article paru dans le n° 18 de décembre 93 du magazine Mofo)

 

Slowdive

Voler de ses propres ailes…

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Quand Slowdive, groupe anglais de Reading, est passé au VK, il y a près de deux ans, il avait surpris les trop rares spectateurs présents. On s’attendait à un set mou et ennuyeux, et on a eu droit à un véritable enchantement sans baisse de tension. Ne les ratez sous aucun prétexte lors de leur prochain passage (sans doute en novembre). Conversation recueillie auprès de la craquante Rachel Goswell (guitare et chant).

Je me souviens de ce concert à Bruxelles. J'étais vraiment très malade. J'ai vu la vidéo que quelqu'un avait filmée. C'était la dernière date de la petite tournée qu'on avait accomplie et j'avais attrapé un sérieux refroidissement. Je me sentais vraiment mal, ce soir-là. Dans les loges, il y avait des lits de camp, et en arrivant, avant de monter sur scène, je m'y suis évanouie. Et quand c'était l'heure de manger, je n'ai rien pu avaler. Après le concert, je suis retournée immédiatement me coucher sur ce lit de camp. On me demandait : ‘Ca va, Rachel?’ Et moi, j'étais là à gémir : ‘Oaahh! Je suis malaaade...’ C'est très ennuyeux parce que chaque fois qu'on part en tournée, je la termine très malade. C'est horrible.

Est-ce la raison pour laquelle, tu t’es assise sur le sol ?

(rires) J'avais tout-qui tournait. Je croyais que j'allais m'évanouir. Et on me disait : il faut jouer ce concert! On est allé aux Etats-Unis pour un mois, en mai, il y a un an. Le matin suivant le dernier concert, quand je me suis réveillée, j'avais perdu ma voix. Je ne pouvais plus parler. En rentrant en Angleterre, quelques jours plus tard, j'ai dû rester au lit pendant trois semaines. J’ignore la raison. On voyage dans un car où on dort aussi ; si quelqu'un chope un rhume, tout le monde est contaminé.

Sur votre nouvel album, les morceaux ressemblent plus à de chansons qu’à des pièces atmosphériques...

Il a fallu un an et demi pour enregistrer cet album. Le précédent, trois mois. Et on écrivait en même temps qu'on enregistrait. Cette fois, on a d'abord répété les chansons. Nos goûts musicaux ont changé, aussi. On est beaucoup plus satisfaits de cet album et du processus de confection. On compose déjà de nouveaux morceaux qui sont plus ‘ambient’, pour le prochain disque. Neil écoute des choses comme The Orb. Et on expérimente de nouvelles voies, à l’aide de synthés... Ca change tout le temps, en fait.

'The scene that celebrates itself’ (la scène qui s'autocélébre) est quasi disparue. C’est une bonne nouvelle pour vous, non?

Au moment où on a sorti notre premier album, il était facile de vendre pas mal de disques vu cette scène créée de toutes pièces par la presse anglaise. Nous, on bénéficiait de l'effet de ‘hype’, comme Chapterhouse, par exemple. C'est comme si maintenant, on volait enfin de nos propres ailes. On ne peut nous associer à personne d'autre, c'est bien mieux pour nous ; ce qui nous permet d’appréhender comment notre disque est reçu, selon ses propres qualités. Nous ne sommes plus à la mode, nous ne sommes pas Suede! Tout a changé et on préfère cette situation. C'est d'ailleurs ce qu'on a toujours voulu : mais on ne peut pas faire grand-chose contre un intérêt outrancier de la presse.

Une autre étiquette qui vous colle à la peau, c'est une image de groupe triste ?

Les gens s'attendent à ce que nous soyons très sérieux. Ils nous imaginent l'air malheureux en concert. C'est très amusant car lors des interviews, on nous pose toujours des questions très sérieuses. Et quand les gens nous rencontrent, ils nous avouent : ‘C'est dingue, vous ne ressemblez pas à ce qu'on attendait de vous.’ Nous sommes des gens heureux, mais quand on joue ensemble, c'est cette musique-là qui sort. Je ne sais pas pourquoi.

Enfant, tu étais plutôt triste ou joviale ?

J'étais vraiment heureuse. J'ai vécu au Pays de Galles jusqu'à mes 7 ans. Ma mère est infirmière et mon père, à ce moment-là, était ingénieur. C’est à cette époque qu’on a déménagé pour Reading. Je m'en souviens parce que j'aimais bien vivre dans ces petits bungalows entourés de champs, au Pays de Galles : c'était magnifique. A Reading, la vie était difficile : j'avais un accent gallois à couper au couteau, et, quand je suis allée à l'école primaire, tout le monde se moquait de moi. Et pendant mes deux premières années, je me suis mise à haïr l'Angleterre. Mais je n'ai pas connu de traumatisme particulier, pas plus que la moyenne des enfants. J'ai vécu ma crise d'adolescence à 16 ans. Elle ne s'est pas très bien passée. A cause de mon père. J'ai quitté la maison et il n'y a plus eu de problèmes.

Tu ne fais pas beaucoup d'efforts pour entretenir la légende de tristesse de Slowdive?

(rires) Je pense que le vécu de Neil (chant, guitares et composition) a été plus difficile. Son père l'a foutu dehors. Avant qu'on soit signés, Neil fréquentait le collège mais il était censé aller à l'université pour étudier la littérature anglaise. Il a décidé d'arrêter un an pour se consacrer au groupe et son père l'a mis à la porte. Il s’est tapé des petits boulots de nuit pour payer son loyer. Le jour, il allait au collège. Il a peut-être été plus traumatisé que nous...

Les gens attendent que vous ressembliez à vos disques...

Cette réflexion me rappelle une anecdote amusante : lors de nos premières tournées, en Angleterre, les spectateurs interpelaient notre ingénieur du son quand on était sur scène pour demander si on utilisait une bande! Ils ne comprennent pas comment on tire de telles sonorités de nos guitares. A cause de nos disques, ils étaient persuadés qu'on devait mimer les chansons, en concert...

Vous avez dit que la population de Reading vous acceptait mal. La situation s’est améliorée aujourd'hui?

Oui, on est beaucoup mieux intégrés qu'avant. Beaucoup de gens étaient agressifs uniquement parce qu'on était signés par une maison de disques. Les autres groupes étaient jaloux. ‘Vous êtes vraiment nuls. C'est nous qui aurions dû être signés. Nous sommes bien meilleurs.’ Ils venaient nous apostropher quand ils lisaient une mauvaise critique à notre sujet. Par contre, quand elles étaient bonnes, c’était le silence radio. Jusqu'alors, quand on jouait à Reading, l'ambiance était assez glaciale, le public semblait dire ‘Allez, impressionnez-nous!’

(Article paru dans le n°17 du magazine Mofo de novembre 1993)

 

Iggy Pop

Reformer les Stooges ? C’est bon pour les publicitaires

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A lui seul, Iggy Pop incarne plus de vingt ans de rock'n'roll. Ses folies, ses excès, et aussi sa générosité sans faille constituent le fonds de commerce de son job numéro un : performer / songwriter!

Inutile de reprendre la liste des superlatifs existants ou de se plonger dans les encyclopédies, pas la peine de rédiger une bio-express qui mentionnerait son aventure chez les Stooges, le soutien de David Bowie, ses participations au cinéma et la confection d’une quinzaine d'albums : Iggy reste un cas à part dans le music-business. Et pourtant, il nous a accordé une interview après son concert, au festival Pukkelpop...

Que penses-tu de ta prestation, ce soir?

Je me suis vraiment bien marré. En plus, j'étais vachement excité : vingt minutes avant de monter sur scène, je ne savais même pas que mon album était déjà sorti ici! C’est un type qui est venu me dire qu’il avait aimé mon album. J'étais plutôt surpris et je n'ai pu que lui demander où il avait pu l’entendre…

A propos de concert, depuis une dizaine d'années, tu n'interprètes plus de compos issues de "Soldier", "The Party" ou même de "Zombie Birdhouse". Tu ne les aimes plus ou quoi?

Non, pas du tout (sourire embarrassé). Je vais y réfléchir pour la prochaine fois, promis.

Ton nouvel album s'intitule "American Caesar". Si tu es César, qui est Brutus? Et Cléopâtre?

(Rires) Yeah, j'y ai tout de suite pensé! Je rencontre des tas de Cléopâtre dans ce job. Presque chaque nuit... Elles viennent se balader dans ma loge (NDR : il mime une pétasse légèrement en rut). Et pour Brutus... eh bien, il faut toujours se méfier.

Pour réaliser "Brick by Brick", tu as reçu le concours d’un tas de collaborateurs (NDR : dont Slash et Duff des Guns et David Lindley). Ton dernier est plutôt un album solo?

Ecoute, il est solo, mais j'ai également eu beaucoup de soutien. Pas de grosses personnalités, mais des gens qui ont effectué une carrière en solitaire, mais susceptibles de m’apporter de bonnes idées. Pour créer de la bonne musique, il est préférable de se débarrasser des personnalités un peu trop notoires. En fait, pour faire du bon boulot, tu dois avoir une relation plus intime avec tes collaborateurs. Certains, dont les noms ne te diront pas grand-chose m'ont apporté une aide précieuse. Le producteur Malcolm Brun, par exemple, est un jeune type qui a énormément de talent.

"American Caesar" baigne dans un état d’esprit très proche assez proche de "Kill City" et "New Values". D’accord ?

Oui, comme à l’époque où je prenais pas mal de risques. Et j'en ai aussi pris beaucoup pour le dernier, car il y avait des idées auxquelles je tenais absolument. J'ai donc pris des risques à ma façon. La chanson "Caesar" en est un bel exemple.

C'est la première fois que tu évoques aussi ouvertement tes rapports avec la dope sur une chanson. "Perforation Problems", c'est une chanson thérapeutique?

Elle a une histoire. J'étais au Liquor Store du coin et je tombe sur le cd d’Alice ln Chains. Je mate les titres du disque qui... parlaient tous de came. C’est le point de départ des textes que j’ai écrit pour ce titre. Je n'ai plus besoin de thérapie pour aborder le sujet. Je ne me souviens pratiquement plus de mes problèmes. Et quand ils reviennent à surface, je ne me sens pas très bien, mais ils disparaissent assez vite.

Tu as des regrets quand tu penses à cette période de ton existence ?

(En riant) Si je n'avais pas fait cette expérience, j'en aurais. Je me demanderais comment c'est, et je ne le saurais pas. Ainsi, au moins, je le sais (rires).

Tu as de nouveau composé "American Caesar" à la guitare. Tiens-tu à cette méthode de travail ?

Cette interview va se terminer. Cette lumière va s'éteindre (il désigne les spots), la télé va sauter, il n'y aura plus... Et s'il n'y avait plus de fusées, ni de bombes, ni de télé, ni de films? Et si tout s'arrêtait? On dépendrait alors de nouveau des ressources humaines. Que pourrions-nous faire pour jouer de la musique si nous ignorons comment utiliser une guitare et jouer un truc avec? On serait incapable de faire quoi que ce soit ! Je trouve donc qu'il est important de pouvoir s’en servir. Si on se prétend bon musicien, on doit être capable de composer une chanson très simple sans avoir recours à la technologie. On devrait, en fait, pouvoir y parvenir sans le moindre instrument. Ecoute si je ne venais pas de monter sur scène, j’aurais pu (léger sourire) te chanter une chanson ici en direct, a cappella. C’est important de commencer à la base. Aujourd’hui, il existe de la musique qui déprime et rend malade. Ce n'est que de la merde et c'est chiant.

Lorsque tu montres ta bite sur scène, ne crains-tu pas de devenir auto-parodique, ridicule et prévisible?

Non, d'abord ce n’est pas systématique et puis je n'ai pas peur de ce que pensent les gens. Franchement, tout le monde se fiche de ce que les critiques disent, non ? Tu peux dire ce que tu veux, moi, je m’en fous. C’est personnel ce que je fais. Si tu préfère un orchestre philarmonique, c’est ton droit.

Le Velvet de ton vieil ami Lou Reed s’est reformé cette année. Des promoteurs t’ont déjà proposé de remonter les Stooges ?

(Sèchement) D’où tiens-tu cette info ?

De nulle part, c’était juste une question…

(Rassuré) C’est un fantasme de journalistes, non ? C’est bon pour les publicitaires.

Et le cinéma ? As-tu tourné récemment ?

Oui, j’ai fait un chouette truc pour la série « Coffee & Cigarettes » de Jim Jamush, en compagnie de Tom Waits, comme partenaire.

(Article paru dans le n° 17 de novembre 93 du magazine Mofo)

 

Radiohead

Expatriés culturels

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Ces Anglais-là trouvent le répertoire de Suede aussi excitant qu'une pub pour poudre à lessiver, affirment que la musique pop est morte, que son salut viendra d'eux et dans le même temps, en profitent pour décrocher un hit avec une chanson qui, ironie du sort, dénonce l'hypocrisie et l'absurdité des charts, « Anyone con play guitar ».

Influencée tant par U2 et Julian Cope que par Elvis Costello, The Only Ones et même Nirvana, la pop caustique de Radiohead a au moins le mérite de ne se rattacher à aucun courant musical actuel, s'inscrivant plutôt dans une tradition ‘songwriter’ typiquement anglaise. Excellents 45 tours, dont le fabuleux "Creep", et premier album rafraîchissant ("Pablo Honez"), le groupe d'Oxford –comme Ride et Candy Skins– est à ranger dans la catégorie des outsiders, aux côtés de PJ Harvey et des Auteurs. Gare au hype ? Nos interlocuteurs : Thom Yorke (chant/guitare), flanqué des frères Greenwood, Colin et Jan, respectivement bassiste et guitariste.

Ce qui frappe d'abord à l'écoute de vos morceaux, c'est le pessimisme et le côté ‘loser’ qui en émane. Vous pensez être représentatifs de votre génération?

Colin Greenwood: en Angleterre, on aime les chansonnettes propres et gentilles. Sous prétexte que les nôtres sont plus sombres, parfois dépressives, les programmateurs, conformément à leur code moral, refusent de les diffuser sur antenne. Ils estiment qu'elles sont subversives, dangereuses pour la jeunesse; ils craignent des suicides. Pourtant, ils n'hésitent pas à passer les disques de REM qui sont, eux aussi, assez noirs. Mais bon, on n'a pas le statut de REM. "Creep" s'est quand même vendu à 20.000 exemplaires, ce qui n'est pas mal, puisqu'il n'a bénéficié d'aucune promotion radio.
Thom Yorke: Nos paroles sont peut-être dépressives mais elles reflètent simplement la réalité à laquelle nous sommes confrontés. On vit une époque particulièrement morose.

Sur votre 45 tours "Pop is dead", vous proclamez la mort d'un genre qui vous fait vivre. Paradoxal non ?

Jon Greenwood : C’est une constatation. Les maisons de disques exploitent de plus en plus les fonds de tiroirs. Les disques qui se vendent le mieux sont ceux d'artistes décédés ou artistiquement morts. Comme Rod Stewart, par exemple.
T.Y.: La dimension artistique de la musique est en train de disparaître, au profit du marketing. La plupart des productions actuelles ne touchent plus la sensibilité des gens, elles sont complètement aseptisées. Certains groupes s'étonnent que leur disques ne se vendent pas; c'est normal, ils sont trop éloignés des préoccupations des jeunes, ils vivent sur un nuage.

C'est quand même le public qui décide, non?

T.Y.: On peut les manipuler facilement. Beaucoup de produits musicaux sont de véritables insultes adressées à l’auditeur ou au spectateur. L’industrie du disque prend les gens pour des imbéciles. Radiohead va à l’encontre de cette croyance : on respecte le public. Tout est ciblé de nos jours. Acheter un disque de Janet Jackson ou un carton de lait demi-écrémé au supermarché, c’est du pareil au même. Tu sais exactement ce que contient le produit avant même de l’avoir ouvert ! La curiosité et l’intelligence de celui qui l’achète ne sont pas sollicitées. Si tu prends REM, par exemple, chaque album est différent du précédent. Ce groupe se remet en question.
C.G. : De toute façon, si une firme dépense 5 millions de FB pour la promotion d’un 45 tours, c’est un hit garanti.

La musique pop n’est-elle pas reléguée au second plan au profit d’une culture plus vaste ?

T.Y. : La culture pop est récupérée par les médias, par la publicité notamment. Elle n’exerce plus aucune fascination sur le public en tant que telle. C'est devenu un phénomène de masse. Auparavant, la musique créait les modes, aujourd'hui, c'est le contraire.
C.C.: Si tu te retrouves sur la couverture du Melody Maker ou du NME, alors tu as toutes les chances de réussir. Ce n'est pourtant pas un critère objectif. On vend beaucoup plus de disques que certains groupes qui font la une de ces journaux. Radiohead ne fait pas l'objet d'une grande attention médiatique mais cette situation ne nous empêche pas d'avoir du succès. C'est le public qui juge, pas la presse spécialisée.

Vous vous reconnaissez parfois dans le film "Spinal Tap" (NDR: racontant les narrant les déboires d'un groupe en tournée, "Spinal Tap" est une satire du rock et de ses clichés) ?

C.C.: On a parfois du mal à trouver le chemin de la scène ou celui des loges! (rires). C'est surtout aux Etats-Unis qu'on se prend au piège du star-system. Tu descends de l'avion, tu quittes l'aéroport et là, une limousine t'attend. Il paraît que ça coûte moins cher que le taxi! On est plongés dans un univers artificiel. Il faut garder les pieds sur terre, éviter de se laisser tenter par la facilité et l'autosatisfaction.
J.C.: La seule façon de garder ses distances par rapport aux excès du show-business, c'est d'être conscient des règles du jeu. Sinon, c'est la chute. En tant que groupe pop, nous avons des obligations: répondre aux lettres de nos fans, aux questions des journalistes... La promotion fait partie du jeu, il faut l'accepter et surtout, ne pas perdre son sens de l'humour.
C.G.: Aux USA, tout le monde donne l'impression d'être cool avec toi. Alors, pendant une semaine, tu dois sourire et serrer la main de centaines d'inconnus. Fatiguant!

Une anecdote particulière sur la démesure américaine?

C.G.: On était invités à une émission radio et l'animateur nous a proposé de répondre, par téléphone, aux questions des auditeurs. La plupart des appels provenaient de jeunes filles nous priant de résoudre leurs problèmes sentimentaux et sexuels. On ne savait vraiment pas quoi dire! Au début, on pensait que c'était un programme humoristique mais non, pas du tout, c'était très sérieux. Je ne vois pas comment 5 musiciens anglais peuvent venir en aide à une jeune Américaine de 14 ans qui prend de l'acide parce qu'elle vient de se faire jeter par son petit ami. Heureusement, nous avons un batteur spécialement entraîné pour répondre au courrier du cœur... (rires)

Comment jugez-vous la musique anglaise des années 90? Est-elle facilement exportable?

T.Y.: La plupart des groupes anglais actuels sont nombrilistes, ils se fichent éperdument de l'Europe continentale. Pour eux, se rendre en Allemagne ou en Italie pour y faire de la promo, c'est une perte de temps. Ce n'est pas notre attitude, on se considère comme des expatriés culturels : chaque fois qu'on se rend dans un pays étranger, on s'y plaît et on n'a pas envie de rentrer à la maison. Ca fait plaisir de voir que des journaux belges ou hollandais parlent de notre musique. Pour nous, réussir une carrière ne se limite pas à la conquête du marché britannique. Le rock doit être universel. Cette conviction est renforcée par le fait que les médias anglais nous ignorent. Dès le début, on a été obligés d'aller voir ailleurs. Certains groupes attendent trois ans avant de mettre les pieds en Europe!

Une de vos chansons s'intitule "Anyone can play guitar". Vous visez quelqu'un en particulier ?

T.Y.: Les gens prennent le rock trop au sérieux. C'est avant tout un divertissement. Dommage qu’on en ait fait un business. Il ne faut pas être un génie pour jouer de la guitare ou pour chanter. Je pense particulièrement à des groupes comme Therapy? ou Quireboys. Cela dit, nous sommes réellement les suiveurs du rock anglais! (NDLR: C'était la pensée du jour).

(Article paru dans le n°16 du magazine Mofo d’octobre 1993)

Cocteau Twins

Luttes d’indépendance

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Cocteau Twins est de retour, et c’est une première, son nouvel album, « Four-Calender Café », n’est pas sorti chez 4AD, mais Phonogram. Et Liz Frazer, chanteuse, frêle créature, avait beaucoup de choses à dire, ses mots se bousculant dans un désordre maladroit, comme si elle s’était tue trop longtemps, pour finalement éclater d’un rire un peu embarrassé : ‘Et dire, explique-t-elle, que j’étais celle qu’on n’arrivait jamais à faire parler !’

Pour la première fois j’étais consciente que quelque chose de nouveau se produisait. Du temps de « Blue Bell Knoll » j’étais incapable d’écrire des textes, de parler de mes sentiments. Ce qui a débouché sur un album sans aucun mot, facile à réaliser. Et que j’aime bien. Mais aujourd’hui, j’ai changé… En fait, j’avais déjà essayé, dès « Heaven or Las Vegas », mais je ne m’y étais pas bien prise. J’éprouvais toujours des difficultés à accepter que les créations ne répondent pas à mes attentes ; et je culpabilisais. Pourtant, je ne suis qu’un être humain qui commet des erreurs comme tout un chacun. Pour cet album-ci, changement de cap : certains textes ne sont pas loin d’être des concessions. Nos albums, finalement, sont des documents qui balisent notre existence, qui déterminent où nous en sommes, mentalement. Du temps de « Blue Bell Knoll », j’étais introvertie ; mes talents pour la communication étaient si… ils sont toujours assez minimaux. Le groupe lui-même était dans une mauvaise passe : il y avait tant d’événements qui s’étaient produits dans nos vies privées ; de la douleur, des personnes auxquelles on tenait qui mourraient, pas mal de relations qui s’arrêtaient… Notre humeur était assez autodestructrice ; on a consommé pas mal de drogues et entre nous trois, nous ne parlions plus ! Si on ne s’était pas ressaisis, on n’aurait pas réalisé d’autre disque. Mais les choses ont évolué : de toute façon, on était descendus si bas qu’on ne pouvait que remonter.

Pourtant, sur « Iceblink Luck » de « Heaven or Las Vegas », tu chantes ‘I’m happy again’ d’un ton enjoué…

C’est dans ma nature. Et pour continuer à avancer. On me demande toujours pourquoi je souris. J’essaie de réagir comme si je ne ressentais pas la souffrance. Ce qui ne m’a peut-être pas totalement réussi, mais j’ai essayé. Auparavant, mes textes ne me concernaient jamais. Ils étaient bien sombres et romantiques, mais je parlais de ce qui se passait autour de ma personne, sans jamais citer de noms. C’était imaginaire, rien qui se soit réellement produit.

« My Truth » y fait allusion ?

Le titre correspond à ce que je viens de dire, mais ‘ma vérité’, c’est quelque chose d’autre… qui ne cesse de changer ! Cette chanson marque de grands bouleversements dans mon comportement. Je commence à me distancer de Robin (Guthrie, le guitariste, compositeur et père de leur fille Lucy Belle). Notre relation basée sur la dépendance était assez malsaine. On ne pouvait plus rien faire l’un sans l’autre. Changer, c’est ce qui peut nous arriver de mieux.

Pourtant, vous vivez ensemble, travaillez ensemble…

On a essayé d’en sortir mais pas en utilisant la bonne méthode. Je suis honnête : j’écris des textes sur ce qui me préoccupe. Et ma relation avec Robin m’inquiète : est-ce une bonne relation ? Ai-je pris les bonnes décisions ? Il faut réévaluer tout ce qui est arrivé. Avant, je ne le faisais jamais, parce que je craignais que Robin m’en empêche ; j’avais peur de sa réaction, je craignais que ça le rende triste. Attention, je ne révèle pas de secrets sur notre vie privée, je pose simplement la question : devons-nous être ensemble ?

Et tu en as parlé à Robin ?

Depuis peu. C’est le seul moyen. Sinon, on fait du surplace, on tourne en rond. J’avais alors commencé par me réfugier dans mes rêves, une manière de me ‘soigner’. On ne parlait jamais, parce qu’on croyait ne pas en avoir besoin. On était tellement proches, parler n’était pas nécessaire, on était censés lire les pensées de l’autre. Pourtant, notre relation ne cessait de se détériorer. Heureusement, on a fini par s’en rendre compte.

L’absence de Robin (il a la coqueluche) te permet de raconter des choses que tu n’aurais pas osé dire en sa présence ?

Apparemment. Mais cette situation ne devrait pas se produire. Je dois apprendre à m’exprimer quand nous sommes ensemble. Je l’ai toujours considéré comme mon supérieur. Je ne suis pas la seule à adopter un tel comportement, mais il peut te détruire.

L’avenir de votre relation ?

Je ne sais pas. Ce qui importe vraiment, c’est qu’on reste amis. Nous sommes partenaires pour les affaires, nous vivons ensemble, nous sommes quasis mariés, nous avons une petite fille. Et c’est très difficile d’être ‘bon’ pour toutes ces valeurs à la fois.

Et Simon Raymonde, le bassiste dans cette histoire ?

Je me sens très vulnérable. Simon, lui a toujours été fort. Peut-être ne subissait-il pas la même pression ? Enfin, je ne veux pas le sous-estimer. Simon est merveilleux, c’est vraiment le 3ème Cocteau Twins. Je suis triste quand on le décrit comme la 5ème roue de la charrette, comme le membre qui est venu s’ajouter par la suite. C’est injuste.

Pourquoi avez-vous quitté 4AD ?

On n’a pas quitté 4AD, Ivo (le patron de 4AD) a eu l’intelligence de nous laisser partir. Et ce départ s’est passé sans blessures graves. On a vécu des problèmes relationnels avec Ivo. Les affaires et l’amitié, tout était mélangé dans un grand foutoir. Quand on s’est rencontrés, Ivo était très jeune. Même si à l’époque, il nous paraissait vieux (il approchait la trentaine et on avait à peine vingt ans). Notre relation professionnelle s’est dégradée et notre amitié en a souffert. Tout le monde était à cran.

Une conclusion ?

Positive ! Maintenant qu’on a arrêté cet horrible cycle de destruction, d’isolation… (je n’exagère pas). J’ai toujours des difficultés à demander de l’aide. Aujourd’hui, j’arrive enfin à me sentir au même niveau que les deux autres. C’était dans la tête puisqu’eux, ils m’ont toujours considérée comme leur égale.

(Article paru dans le n° 16 du magazine Mofo d’Octobre 1993)

 

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