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Lonnie Mack

Le père du Roadhouse blues

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Lonnie Mack est l'un de ces artistes qui traversent les vagues sans être touché par ce qui l'entoure, un homme tout d'une pièce, assez bourru, somme toute typique du sud des Etats-Unis. Un musicien qui fait l’unanimité chez ses pairs. De son vrai nom McIntosh, Lonnie est né le 18 Juillet 1941, à Harrison, dans l'Indiana, près de Cincinnati, non loin de la frontière que forment les trois états de l'Ohio, du Kentucky et de l'Indiana. Il s’est prêté de bonne grâce à cette interview…

Tu fais figure d'influence majeure pour de nombreux guitaristes (Eric Clapton, Jeff Beck, Mike Bloomfield, Duane Allman, Stevie Ray Vaughan, etc.) Tu n'avais pourtant que deux ou trois ans de plus qu'eux ?

J'ai commencé à jouer très tôt, dans le milieu des années 50 et puis j'ai beaucoup enregistré au début des années 60 ; mes succès commerciaux, c'était en 1963, c'est-à-dire, bien avant que tous ceux que tu cites ne soient devenus célèbres.

Tes racines?

Mes racines, c'est la country music. Il n'y avait d'ailleurs pas grand-chose d'autre à l'époque ; mes pionniers étaient Merle Travis, Chet Atkins, Les Paul ou encore Hank Williams. Après, j'ai écouté du blues et puis le rock est arrivé, mais c'était déjà plus tard, dans les années 50.

Quand as-tu employé pour la première fois ta guitare ‘Flying V’ (en forme de flèche) ? Peu de bluesmen ont joué sur ce modèle de guitare hormis Albert King bien entendu. Elle est plutôt recherchée par les spécialistes du heavy metal...

Je joue sur cette guitare depuis 1958. C'était une des toutes premières ; d'ailleurs elle porte le numéro de série 7. Elle est appréciée chez les musiciens du heavy metal, parce qu'elle restitue un son très métallique. Je trafique le son au niveau de l'amplification par des systèmes de ventilation ; un ‘Leslie’ qui est une technique utilisée pour les claviers. Ce qui apporte ainsi un certain son d'orgue. J'ai repiqué certains de ces trucs à un musicien extraordinaire qui est malheureusement décédé il y a peu, Robert Ward. Ce type était l'influence majeure de Jimi Hendrix qui jouait souvent aussi sur la ‘Flying V’.

Tes premiers succès, c'était des instrumentaux très rock'n'roll, non?

J'ai commencé par être musicien dans les célèbres studios King à Cincinnati. J'ai notamment joué pour James Brown et Freddie King. Puis, j'ai pu enregistrer mes propres compos pour un nouveau label local, Fraternity. C'est par hasard qu'ils ont sorti ma version instrumentale de « Memphis », une face B d'un 45tours de Chuck Berry. Aux Etats-Unis, lorsqu'on joue de la musique un peu spécialisée (NDR : tout ce qui n'est pas de la ‘pop music’), il est difficile de te forger le succès commercial au niveau national. Par contre, tu peux réaliser les meilleures ventes dans certains coins spécifiques. C'est ce qui m'arrivait. Je jouais alors dans tous ces Etats qui voulaient bien de ma musique. J'étais tout le temps en route, c'est la raison pour laquelle on l’appelait le ‘roadhouse rock ou blues’. Les roadhouses ce sont ces gargotes que l'on croise le long des routes nationales aux States.

Est-ce la raison pour laquelle tu as participé aux sessions d’enregistrement de l'album « Morrisson Hotel » des Doors, pour le titre « Roadhouse blues »?

En fait, à cette époque, j'étais sous contrat chez le label Elektra, qui était aussi celui des Doors. Ils n'avaient pas de bassiste, c'est l'organiste Ray Manzarek qui assurait les parties de basse à l’aide de ses pédales. Je suis donc venu pour jouer la basse mais surtout pour accélérer le rythme des sessions ; car ils avaient tendance à mettre en boîte des dizaines de prises pour souvent revenir à la première. En débarquant, je pensais que les sessions allaient être menées rondement ; mais comme d’habitude, elles ont traîné. Morrisson, quand il arrivait, était complètement bourré. C'est pas un grand souvenir pour moi!

Quand es-tu (re)venu au blues?

Je ne suis pas venu au blues. Je ne suis pas un bluesman. Je ne me suis jamais considéré comme un bluesman. Je joue du rock et du rhythm'n'blues, c'est pas la même chose. Bruce Iglauer vient de la même ville que moi dans l'Indiana ; sa mère vivait près de chez moi. Une fois qu'il était dans le coin, il est venu m'écouter et m'a proposé d'enregistrer pour son label de Chicago, Alligator. Je ne connaissais pas cette boîte, alors il m'a envoyé quelques uns de ses disques, comme ceux d'Albert Collins, et ils m’ont plu.

Pourquoi avoir choisi Stevie Ray Vaughan comme producteur de ton premier album sur Alligator (« Strike like lightning ») ?

J'ai habité à Austin, au Texas, pendant quelques années, à la fin des seventies. C'est là que j'ai rencontré Stevie Ray, un gars fantastique. Le premier disque qu’il n’ait jamais acheté était « The Wham of that Memphis man » (NDR : le 1er LP de Lonnie). Je l'ai influencé mais en quelque sorte, il est devenu une influence pour moi aussi. Il a voulu produire mon album. On a vécu des moments magiques comme pour « Greo Cookie Blues », mon hommage à Merle Travis. Nous étions trois, Stevie, mon frère Bill et moi, assis sur le sol des studios avec nos guitares acoustiques. Un grand moment!

Est-il exact que ce sont les pays européens qui te réservent le meilleur accueil?

Nous aimons particulièrement jouer en Irlande, en Hollande, ici en Belgique et puis aussi en Norvège. Nous avons participé à quelques festivals, mais nous fréquentons aussi les petits clubs, c'est très bien ainsi!

Qu’est ce que tu écoutes, comme musique ?

J'écoute de la country bien sûr et puis des groupes de R&B comme les Allman Brothers, ZZ Top, des artistes qui jouent du ‘southern rock’ (NDR : il en est sans nul doute lui-même le précurseur). Il y a énormément de très bonnes formations aux States, au Texas, dans le Tennessee, à Memphis, mais ils ne sortent guère en dehors de chez eux. J'habite maintenant près de Nashville, la capitale du country.

(Article paru dans le n°7 de novembre 1992 du Magazine Mofo)

 

Catherine Wheel

Des chansons, pas du bruit…

Écrit par

Catherine Wheel n'est pas un groupe de noisy, pas plus qu'un ‘shoegazer’ ou qu'un membre de la ‘scene that celebrates itsef. Ses musicos ne veulent pas qu'on les qualifie comme tels, en tout cas. Et on les comprend. Mais rappelons d'abord la signification de quelques mots de vocabulaire. ‘Shoegazer’ qualifie les musiciens qui regardent leurs chaussures quand ils jouent. ‘The scene that celebrate itself’ concerne les groupes souvent shoegazers qui passent leur temps à se faire voir aux concerts des autres. ‘Hype’ est un terme qui désigne les formations ou artistes devenus rapidement chouchous du NME ou du Melody Maker, parce qu’à la mode ou dans l’air du temps. Aujourd'hui en tout cas, plus personne ne veut être traité de ‘shoegazer’. Un substantif à fuir comme la peste…  

Rob Dickinson : il y a énormément de pression, sur un groupe, quand il commence. On a souvent été comparés aux ensembles noisy, à nos débuts, catalogués dans la ‘scene that celebrates itself’ qui était plus sociale que musicale. C’est pourquoi nous n’y étions pas impliqués, car nous sommes issus de Londres. Ceux qui appartiennent à ce mouvement construisaient de gros mur du son ou essayent désespérément de se recréer. Ils ne comptent que douze mois d'existence et doivent déjà se réinventer! Moose a sorti un LP qui, pour éviter les critiques de shoegazing, s’est orienté vers le country & western. Ils essaient à tout prix de modifier leur style pour ne pas hériter de l’étiquette ‘shoegazer’ ! Notre son évolue mais ce qui était vrai pour Catherine Wheel, il y a deux ans, reste d'actualité. Notre musique est basée, avant tout, pour des chansons. Pas sur le bruit. On a effectivement franchi un pas entre nos premiers Eps et note création actuelle. Mais on n’a pas cherché à se renouveler, on n'essaie pas plus de suivre les modes. Notre démarche était en vogue, il y a un an ; elle ne l'est plus aujourd'hui. Des compos comme "Black Metallic" ou "Texture" ne découlent pas sur le bruit ; on pourrait les jouer sur des guitares acoustiques. Une attitude souvent adoptée lors de notre tournée américaine, pour les interviews radio et télé.

C'est précisément "Black Metallic" qui marque cette rupture, en révélant la véritable personnalité de Catherine Wheel ?

R.D. : Oui, « Black Metallic » incarne l'ultime rencontre entre une chanson à la structure assez classique et un bruit magnifique, sur le fil du rasoir. Marcher sur cette ligne entre la tentation d'être des songwriters –ce qui est une erreur, car on écrit nos chansons très naturellement, sans vraiment se soucier de leur donner une ossature– et produire un gros mur de guitares. Une ouverture qui permet, en concert, de construire quelque chose de différent. "Black Metallic" est la moelle de tout ce qu'on a essayé de créer, la cristallisation de Catherine Wheel.

Aujourd'hui, les ex-hypes de la presse anglaise (Lush, Chapterhouse...) se font démolir. On peut dire que vous avez eu de la chance de ne pas avoir subi le même sort.

R.D. : C'est vrai. Car dès qu'on a été une hype, on ne peut que décliner sans espérer remonter la pente. Ce groupe existe sur ce qu'on fait spontanément. J'ai grandi en lisant le NME et le Melody Maker. C'était la seule raison de se lever, le mercredi matin et durant la semaine. Le risque est donc grand de les prendre trop au sérieux et d'attraper la grosse tête car on se retrouve tout d'un coup, dans ces journaux, à notre tour. Je connais pas mal de formations qui écrivent leurs chansons, non pas pour eux-mêmes, mais pour la presse anglaise. Ils savent qu’en produisant un certain type de son ou en incarnant un certain modèle de groupe, on parlera d'eux dans la presse musicale. C'est assez étrange. On n'a jamais été une hype et c'est très bien ainsi, car cette situation nous a permis de grandir naturellement. Tout ce que nous avons accompli, à ce jour, relève de notre propre identité. Sans image préfabriquée, sans relations dans le milieu des stations de radio ou de la presse musicale. On y est parvenu grâce à nos chansons.

Et que pensez-vous de la dernière grande hype en date: Suede?

R.D. : Ils sont formidables. Vraiment très bons. Il est de bon ton de clamer qu'ils sont nuls ; il est très facile de les dénigrer, mais ils racontent des choses assez intéressantes. J'ai lu une interview où ils critiquaient certains groupes de la Scene, parce qu’ils avaient tous le même son. Je comprends Suede quand ils les attaquent ; il y a quand même une sorte d’abdication de votre identité de groupe. Ils produisent tous des paysages soniques qui n’existent que pour trois minutes. Une fois encore, c'est peut-être bien, mais je peux comprendre la frustration de ceux qui veulent des paroles, des riffs de guitare, un contenu créatif. C'est très facile de créer un mur du son très compact, qui va et qui vient! Suede se nourrit d'influences complètement différentes comme Bowie, T.Rex... Pas mal de musiques avec lesquelles j'ai grandi, d'ailleurs. Mais je ne pense pas que les gens prennent la presse musicale trop au sérieux. Ils savent bien que si le Melody Maker estime qu'un groupe est génial, il ne vaut peut-être rien. Ils lisent ces journaux, avant tout, pour se distraire.

Votre signature sur une major (Fontana) a-t-elle été bien acceptée ?

R.D. : Il existe un certain snobisme dans cette éthique ‘indie’. C’est totalement stupide. Nous sommes un groupe indépendant, on travaille de manière indépendante, personne ne nous dicte ce qu'on a à faire. On a eu la chance d'être dans une position assez forte, quand on a signé chez une major. On fait, sur Fontana la même chose que ce qu'on faisait sur notre petit label. Creation voulait nous recruter, comme de nombreux autres gros labels indépendants ; mais aucun n'était prêt à nous octroyer ce qu’on attendait. Seul Fontana voulait bien nous payer suffisamment tout en nous laissant une totale liberté. Les gens commencent enfin à comprendre que, ce qui compte, ce n'est pas le label qui vous héberge, mais bien la musique que vous enregistrez. Nirvana a réalisé un des meilleurs albums de ces 10 dernières années sur un major! En Angleterre, on veut en finir avec les charts indés, car ils ne représentent pas la scène indépendante. Il faudrait les remplacer par des charts de musique alternative ; ils ne seraient plus orientés sur le label mais sur l'attitude. Kilye Minogue relève d’un label indépendant! C'est un peu offensant pour la mémoire des Smiths et de Joy Division... Néanmoins, je crois que les labels indés seront toujours nécessaires ; ils permettent de sortir ses premiers disques sans l'obligation d'un succès immédiat. C'est très important pour les jeunes groupes.

(Article paru dans le n°7 du magazine Mofo de novembre 1992)

 

PJ Harvey

Comment piéger la P.J.?

Écrit par

Mi-poétesse, mi-tigresse, à la fois fragile et brutale, vulnérable et provocatrice, Polly Jean Harvey est une jeune femme ambiguë qui ne manque pas d’éveiller la curiosité. Cette Anglaise du Dorset, élevée à la campagne, se passionnant pur la sculpture et les longues balades en forêt, est une des révélations de ces 15 derniers mois. En peu de temps, les deux simples « Dress » et « Sheela-Na-Gig » puis « Dry », un album aussi sec que rafraîchissant, l’ont propulsée du statut d’espoir à celui d’artiste reconnue et respectée. Qu’elle le veuille ou non, PJ Harvey est aujourd’hui un personnage public. Seulement voilà, elle est réservée, peu bavarde et refuse de s’expliquer sur les paradoxes qu’elle cultive avec un malin plaisir : elle tient à préserver son jardin secret tout en écrivant des textes à connotation sexuelle, naviguant constamment entre la pudeur et l’exhibitionnisme ; elle déteste faire parler d’elle, mais pose à moitié nue sur la couverture du NME et le verso d’une pochette. Pour mieux contrôler son image, elle choisit le silence, alimentant inévitablement la rumeur. Timide par nature, elle adore être regardée… Polley, le drummer Rob Ellis et le bassiste Steve Vaughn sont présents lors de l’entretien, mais seuls les deux premiers y participent…

Vous êtes trois lors des interviews, alors que Polly apparaît toujours seule sur les photos et les pochettes de disques. Une raison ?

Polly : Parfois je suis seule pour répondre aux interviews
Rob : Sur scène, on est toujours à trois, par contre.

Rob et Steve, faire partie d’un groupe s’appelant Polly Jean Harvey ne vous dérange pas ?

R. : Non, dans la mesure où Polly écrit tous les morceaux. On n’a pas trouvé d’autre nom, de toute façon. On avait pensé appeler le groupe ‘PJ Harvey and The quelque chose’, mais rien d’intéressant ne nous est venu à l’esprit.

Te sens-tu bien Polly, auprès de Rob et Steve ?

P. : Oui, il n’y a aucun problème. J’ai toujours préféré la compagnie des hommes à celle des femmes.
R. : On est les premiers à être venus la trouver, alors elle nous a gardés (rires).

Caractères

On t’a surnommée la ‘Madonna’ de la scène indépendante.

P. : Je la trouve formidable. Je suis différente, mais j’aimerais lui ressembler. Elle possède une réserve d’énergie incroyable qui lui permet de travailler sans cesse et de s’exprimer ainsi dans plusieurs domaines artistiques. En plus, elle a du caractère. Elle se fiche de ce que les gens peuvent penser de ses actes.

Comme elle, tu joues beaucoup avec l’ambiguïté, non ?

P. : Je suis contente que tu me le dises. Cependant, je ne ‘joue’ pas avec l’ambiguïté. Au moment où j’écris un texte, je n’ai aucune idée de ce qu’il peut suggérer. Mon inspiration est spontanée, naturelle voire inconsciente.

Dans tes chansons, tu mets en scène des personnages. Es-tu toi-même un personnage ?

P. : Tout le monde en est un, non ? Il y a des éléments autobiographiques dans mes chansons, bien sûr. Jusqu’à un certain point. Ils proviennent de mon expérience personnelle, de ma vie, qui n’en est qu’à ses débuts.

La plupart de tes personnages féminins semblent beaucoup souffrir.

P. : Mes chansons ne sont pas dénuées d’humour. Il n’y a pas que des femmes qui souffrent. Il y en a aussi qui se foutent éperdument du mal qu’on leur fait. Il ne faut pas dramatiser ! Beaucoup de gens ne perçoivent pas cette dimension humoristique, peut-être parce que ma technique d’écriture n’est pas encore tout à fait au point… Avant tout, je célèbre la vie. J’essaie de me rapprocher au maximum de la réalité. Je ne vois pas tout en noir et blanc.

Il t’arrive parfois de connaître des faiblesses ?

P. : Parfois, je dois faire des efforts incroyables pour rester forte. Les conséquences de cette exigence me font souffrir de temps à autre.

Penses-tu assumer des responsabilités vis-à-vis des jeunes filles qui écoutent tes disques ?

P. : Non, je ne me considère pas comme étant leur grande sœur. Je ne suis pas assez vieille pour ce genre de responsabilité. Moi-même, je me cherche, alors…

Féminisme et féminité

On t’a souvent reproché ton côté misanthrope, ou plutôt ‘misandre’.

P. : C’est faux, archi-faux ! Ce sont des saloperies qu’on lit dans la presse. Au contraire, j’aimerais bien être un homme.
R. : On aurait déjà quitté le groupe depuis longtemps si c’était le cas.
P. : Tu as probablement puisé cette info dans les journaux anglais. C’est ridicule ! Je suis sûre que je n’ai jamais tenu de tels propos dans aucune interview ; mais bon, je sais que pas mal de journalistes extrapolent, en prenant leurs désirs pour des réalités.

Tu n’es pas féministe non plus ?

P. : Absolument pas. De toute façon, ce n’est pas parce qu’on est féministe qu’on perd automatiquement sa féminité. On peut être jolie, sensible, pure tout en se battant pour une cause que l’on trouve juste. Les femmes ne sont pas là pour satisfaire les besoins de l’homme, il ne faut pas les réduire à de simples objets de contemplation et de désir.
R. : Les hommes peuvent aussi être beaux et innocents. Aucun sexe n’a l’apanage de telle ou telle qualité.

Penses-tu que l’image des filles qui font du rock a changé ?

P. : C’est difficile à dire, parce que j’ignore comment elle était auparavant. A l’heure actuelle, les groupes féminins n’hésitent pas à jouer fort, c’est peut-être là que réside la nouveauté. Personnellement, je sais ce que je veux. Je suis têtue. Ce qui me permet de contrôler la marche de ma carrière.

Les hommes peuvent-ils comprendre la musique ?

R. : Moi, je la comprends, à ma façon. Le sens des chansons est laissé à l’interprétation de chacun, ce qui n’est pas plus mal.

Nudité

Partages-tu mon avis, si je te dis que ta musique est nue ?

P. : Oui.

Est-ce la raison pour laquelle tu as posé nue à certaines occasions ?

P. : Oui. Ces photos reflètent ma démarche musicale. Mes chansons sont nues, dépouillées, c’est vrai. Je ne suis pas complètement nue, non plus. Sur la pochette de « Dry » (au verso), mon corps est plongé dans l’eau et en ce qui concerne la couverture du NME, je suis photographiée de dos. Je suis satisfaite des résultats. D’un point de vue strictement artistique, ces photos sont de qualité. Je ne me suis pas dévêtue pour vendre plus de disques, je peux te le certifier.

Tu ne veux pas qu’on viole ton intimité, tu es peu bavarde aux interviews ; ce qui ne t’empêche pas d’écrire des textes introspectifs et de poser nue. Ce n’est pas un peu paradoxal ?

P. : Je ne dévoile rien au sujet de ma vie privée. En fait, à partir du moment où tu t’ouvre trop aux autres, par excès de confiance, tu ne montres rien du tout. C’est une façon indirecte de se protéger davantage. C’est ainsi que je vois les choses. Au départ, il faut être forte et vraiment sûre de soi pour agir de la sorte ; et tout en s’exhibant, on se crée une défense naturelle.

Si tu as choisi ce métier, c’est pour communiquer quelque chose. Tu ne te contentes pas de jouer de la guitare seule dans ta chambre, tu te produis chaque soir devant des milliers de personnes. Qu’es-tu prête à donner à tes fans ?

P. : Je n’éprouve pas vraiment un besoin urgent de communiquer. Je ne me sens pas investie d’une mission particulière. Je suis plutôt égocentrique : j’aime me retrouver sur une scène et chanter devant plein de gens qui n’ont d’yeux que pour moi. Ca me plaît et ça leur plaît en même temps. Ma motivation première, c’est le plaisir personnel que je peux retirer d’un concert

Interview parue dans le numéro 7 du magazine Mofo de novembre 1992.

 

 

Ultra Vivid Scene

La technologie n’apporte rien à la musique, elle oblige à calculer, à trop réfléchir…

Écrit par

Bien que « Joy 1967-1990 » soit sorti depuis deux ans à peine, une éternité semble s'être écoulée depuis la dernière fois où quelqu'un a mentionné le nom d'Ultra Vivid Scene. Mutisme médiatique et désertion des planches européennes ont contribué à faire oublier un groupe américain qui a pourtant beaucoup influencé la scène indépendante britannique actuelle. Derrière ce pseudo-groupe se cache un compositeur doué : Kurt Ralske. A 27 ans, ce New-Yorkais ne veut pas (encore) faire figure de musicien-culte. Et en publiant « Rev », son 3e album, il prouve que, même si elles sont toujours habitées par le psychédélisme des années 60, ses chansons restent parfaitement contemporaines...

On a tourné pendant neuf mois aux Etats-Unis. C'est à San Francisco, où j'ai passé un an, que j'ai écrit les compos l'album. Après quoi, je me suis enfermé dans mon studio à NY pour l'enregistrement. Au départ, je voulais faire subir aux chansons un traitement électronique. J'ignore pourquoi j'avais cette idée. Peut-être, par curiosité. Au bout d'un mois, je me suis rendu compte que cette méthode ne menait nulle part et je suis revenu à quelque chose de plus naturel. La technologie n'apporte rien à la musique, elle t'oblige à calculer, à trop réfléchir. Je ne pense pas qu'elle puisse donner de bons résultats. Finalement, on a enregistré "Rev" à la manière de ce qui se faisait dans les années 60 ; sans préméditation et en donnant libre cours à notre imagination.

Ultra Vivid Scene, est-ce un groupe de studio avant tout?

Oui, mais la prochaine tournée a toutes les chances d'être intéressante, car les musiciens qui m'accompagnent sont ceux qui ont pris part au travail de studio. Ils ont participé à l'élaboration de l'album, ils ont laissé leur empreinte dans le son. Ce qui se sentira sûrement sur scène.

Es-tu obsédé par la recherche de sons?

J'aime faire sortir une émotion des instruments, et créer des climats sonores. Mais pour qu'une chanson soit bonne, il faut d'abord la jouer sur une guitare acoustique. Après seulement, on travaille le son. Ici, pour ce disque, j'ai joué la carte de la simplicité, en tirant profit de l'apport de chaque musicien. Ainsi, on a joué ensemble en studio, sans traiter chaque instrument à part. Je ne voulais pas passer des heures sur des détails, à corriger quelques petites imperfections qui, tout compte fait, ont leur charme.

Tu as suivi l'évolution du rock depuis 1990. Que penses-tu du ‘grunge’ ?

Je n'ai jamais appartenu à une scène bien précise. Mais j'étais conscient qu'un vent nouveau soufflait sur les States. Sur « Rev », il y a quelques morceaux très durs, aux guitares agressives, comme « Slood and Thunder » qui dépasse les 10 minutes. Si j'ai choisi cette orientation, c'est pour me faire plaisir, pas pour copier qui que ce soit. Tu sais, je ne pense pas qu'il y aura un nouveau Nirvana. Peu de groupes sont capables d'atteindre un tel niveau de qualité. Il ne suffit pas de jouer le plus fort possible...

Tu n’as pas l’impression qu’aujourd’hui, toutes les maisons de disques veulent signer des groupes à tendance ‘dure’ 

Si. Perso j’étais persuadé que le single extrait de l’album serait « Cut Throat », un morceau accessible. Immédiat. A ma grande surprise, c’est justement « Blood and Thunder », un titre beaucoup plus dur, qui a été choisi. Je suis certain qu’un idiot s’occupant de la promotion s’est dit : ‘Genial, c’est plein de guitares, on dirait du Nirvana’.

4 AD est une boîte de disques comme les autres, alors?

Ce sont quand même des gens plus tolérants que ceux qui travaillent pour les firmes américaines. Le boss de 4AD a bon goût, il a l'art de dénicher des jeunes talents. Mais 4 AD fonctionne comme tous les autres labels. Ce n'est pas une religion, on n'y entre pas par vocation.

Crois-tu qu'il est encore possible d'être original de nos jours ? Le rock peut-il innover perpétuellement ?

Les Beatles, les Stones et le Velvet n'ont pas tout dit. Il faut connaître l'histoire de la musique avant de proposer ses propres créations. On a beaucoup exploré au cours de ces 30 dernières années ; mais on ne peut pas utiliser cette excuse pour justifier un manque d'originalité. On vit une époque différente, peut-être moins intéressante que la fin des années 60, mais il ne faut pas croire qu'il n'est plus possible de se renouveler.

A ce propos, Quelle était la signification du titre de ton album précédent (« Joy 1967-1990 ») ?

On pourrait y voir l'épitaphe inscrite sur la tombe d'une jeune femme, par exemple. Rassure-toi ce n'était pas la tombe du rock 'n' roll ! Enfin, qui sait ?

Que penses-tu de la réédition des 45 tours des Sex Pistols ?

C'est un peu ridicule, mais ces rééditions vont certainement satisfaire beaucoup de gens. C'est quand même triste d'exploiter commercialement des disques qui sont sortis il y a 15 ans. Récemment, j'ai jeté un œil sur les charts anglais, on y relève la présence de Mike Oldfield, Abba, Eric Clapton… Ils ne sont plus tout frais, ceux-là !

As-tu, comme la plupart des Américains, été influencé par les groupes anglais ?

J’aime le Velvet, les Beatles, T Rex, Love. Tu vois, il y a des Anglais et des Américains.

Te considères-tu comme un Américain typique?

Non, ma sensibilité s'apparente davantage à celle des Européens. Et puis, de toute façon, New York ne ressemble en rien au reste des USA ; c'est une île sur la côte Est de l'Amérique. On y rencontre des tas de cultures différentes. Dans ma ‘petite’ ville, il y a des Portoricains, des Ukrainiens, des Italiens ou encore des Chinois. Les Etats-Unis sont si vastes! Je crois qu'il y a beaucoup d'autosatisfaction aujourd'hui aux USA, alors que tout ne tourne pas rond ! Le rap, c'est peut-être l'équivalent du rock'n'roll de la fin des années 60. Pour les Noirs, c'est un véritable engagement politique. La vague ‘grunge’, elle, n'a rien de politique. Elle ne peut en tout cas pas changer les mentalités, parce que les Américains n'ont aucune conscience politique et sont souvent plongés dans l'apathie. Ils n'ont pas davantage une grande ouverture d'esprit et sont incapables de prendre du recul par rapport aux événements.

Tu as suivi l'affaire « Cop Killer », la chanson d’Ice-T ? Ton avis ?

Je ne commets pas d'actes violents. Je n'ai jamais tué personne et j'espère que personne ne me tuera. Cependant, je ne sais pas ce que c'est d'être Noir aux Etats-Unis, en 92. Donc je suis mal placé pour juger. J’imagine qu’Ice-T a eu de bonnes raisons d'écrire ce morceau. Et les gens ne s’en rendent pas compte. Si mon meilleur ami était tué par un flic, j'éprouverais certainement le besoin d'en parler. Il faut connaître le contexte d’une situation avant d'émettre un jugement.

(Article paru dans le n° 7 du magazine Mofo de novembre 1992)

 

 

Galliano

Musique sans frontières…

Écrit par

Sous l'impulsion des labels ‘Acid Jazz’ et ‘Talkin' Loud’, l'Angleterre danse actuellement au rythme de l'acid jazz. On réactualise le jazz et le funk en leur insufflant une dose de modernisme, par le biais du ‘groove’ hérité de l'acid house. Parmi ses plus beaux fleurons, aux côtés des Brand New Heavies et autres Young Disciples, figure Galliano, une formation impressionnante comprenant deux Blancs (Rob Galliano et Mick Talbot, ex-Style Council) et huit Noirs. Enfant du melting-pot multiracial londonien, Galliano, en construisant un mur sonore où s'imbriquent jazz, funk, soul, rap et reggae, démolit les barrières culturelles, effort souligné par des textes prônant la paix et le bonheur. Un exemple à suivre. Pour en parler, la choriste Valérie Etienne et le chanteur-rapper Constantine.

Galliano prend toute sa dimension sur scène, non?

V.E. : Nos chansons sont jouées différemment sur scène, elles constituent le développement logique de ce qu'on enregistre en studio. Elles sont souvent plus longues aussi. Mais c'est important d'écouter les disques auparavant, quoi qu'en dise une certaine presse.
Constantine : On peut comparer l'interprétation live de nos morceaux au développement d'un bébé qui grandit progressivement, en tâtonnant. Tout dépend aussi de la réaction du public. S'il nous procure de bonnes vibrations, on aura tendance à pousser la musique le plus loin possible. Il y a parfois un fameux décalage entre la chanson d'origine et son traitement devant un public.

Une définition pour la musique de Galliano?

V.E. : Je n'aime pas l'étiquette ‘acid-jazz’.
Constantine : Le terme ‘acid-jazz’ vient du nom d'un label, d'une part, et des journalistes, d'autre part. L'acid-jazz est avant tout une attitude qui consiste à fusionner plusieurs formes musicales. Ce processus appartient à la culture londonienne. Tu peux aller en boîte là-bas et tu verras qu'on passe aussi bien des morceaux jazz, punk ou psychédéliques. On mélange inconsciemment différentes influences. C'est une démarche naturelle, liée à notre éducation. Galliano est un produit de la ‘club culture’ londonienne actuelle.

Vous aimez Stax et Motown, je suppose ?

V E. : Oui, les deux. J'aime le son Motown et j'apprécie beaucoup des chanteurs comme Marvin Gaye.
Constantine: Mick Talbot, bien qu'il soit blanc, a toujours préféré la musique noire. Son claviériste préféré, c'est Ray Charles. Il voue aussi beaucoup d’admiration au groupe Sly and The Family Stone. Londres est un melting-pot culturel, ce que notre musique reflète parfaitement. Il n'y a aucun problème entre Noirs et Blancs. On a une attitude progressiste d’un point de vue social. La musique n'a pas de frontières, elle est libre. On forme une grande famille qui a besoin de beaucoup d'espace ; en outre, elle est plus à l'aise sur de grandes scènes. D'un point de vue musical, on joue sur notre complémentarité. On ne se marche pas sur les pieds, au propre comme au figuré. En plus, le batteur, le percussionniste et le guitariste avaient déjà joué ensemble avant de rejoindre Galliano. Ils se connaissent donc très bien, ils n'ont pas eu de mal à s'intégrer. Quant à Mick Talbot, c'est Mick Talbot : tout le monde le respecte.

Vous n'avez pas encore décroché de hit, un problème ?

V.E. : Ce n'est pas parce qu'on ne figure pas dans les hit-parades qu'on va arrêter la musique. Tant mieux si le public achète nos disques mais ce n'est pas prioritaire pour nous. On n'essaie pas de plaire à tout le monde, on joue ce qu'on ressent.

Les paroles de vos chansons véhiculent-elles un message particulier?

V.E. : Certaines condamnent la pollution, d'autres le racisme, l'injustice sociale ou l'inégalité des chances. Ce sont des thèmes qui préoccupent la jeunesse d'aujourd'hui.

Le racisme est toujours d'actualité en Angleterre?

V.E. : Il n'a pas complètement disparu, en Angleterre comme ailleurs. Heureusement, les mouvements antiracistes se multiplient un peu partout. De toute façon, le racisme naît de l'ignorance et émane essentiellement de la vieille génération, pas des gens de notre âge. Les jeunes sont plus tolérants. À cet égard, Galliano est un bel exemple de cohabitation raciale. Si on peut contribuer à l'évolution des mentalités, tant mieux ; et je suis sûre que les jeunes qui viennent au concert en sont conscients. D'autres groupes comme B.A.D. (Mick Jones) agissent comme nous. Mêler différentes cultures à travers la musique, c'est intéressant, c'est tout simplement une preuve d'intelligence. Nos concerts en Allemagne et en Suède –où le public est presque entièrement blanc– ont attiré pas de mal de monde, ça fait plaisir.

Vous sentez-vous Anglais ?

Constantine: Non! (rires).
V.E. : Britannique? Peut-être, mais je suis aussi à moitié dominicaine. Je suis une Dominicaine britannique (rires). Linford Christie a brandi le drapeau de l'Union Jack après avoir remporté le 100 mètres à Barcelone, parce qu'il défendait les couleurs de son pays, mais il ne renie pas pour autant ses origines jamaïcaines.

(Article paru dans le n°7 du magazine Mofo de novembre 1992)

Bob Mould

Sans casser de sucre sur le dos des autres…

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Il existait déjà les Sugarcubes, aujourd’hui place à Sugar ! Sugar ? C’est le nom du nouveau groupe de Bob Mould. Agé de 31 ans, c’est sans doute un des musiciens qui exercé le plus d’influence sur le rock des années 80, alors qu’il militait chez Hüsker Dü.

Ce nom n'a aucune signification particulière. C'est un mot simple, mais bizarre et très rock. On l'a choisi, parce qu'il fallait bien en dénicher un. Nous buvions du café autour d’une table. Sur laquelle il y avait du sucre. On a choisi Sugar puisqu'il existait déjà un groupe qui répondait à celui de Coffee! Mais on aurait pu en prendre un autre. Hüsker Dü, non plus. Il n'avait plus de signification. C'était stupide et ne disait plus rien à personne...

Sugar, c'est de nouveau un trio. Comme Hüsker Dü...

Même mes albums solos, on peut considérer qu'ils sont l'œuvre d'un trio! Je suppose que si j'y retourne toujours, c'est que j'y vois le format le plus approprié pour créer la musique que j'aime. J'ai accompli une tournée avec un deuxième guitariste. J'en ai essayé deux différents, tout deux d'excellents musiciens, mais ma manière d'approcher la guitare en ‘live’ m'est très personnelle. Je suis persuadé que je sonne franchement mieux quand je suis seul à en jouer! Pour dire la vérité, je crois que Bob Mould, tout seul, sonne mieux que Bob Mould avec Jimi Hendrix ou avec Buddy Holly (rires). Dans un trio, la relation entre les trois instruments est très pure. Pour Sugar, mes acolytes sont David Barbe, le bassiste, et Malcolm Travis, le batteur.

Après la séparation d'Hüsker Dü, tu avais déclaré que tu ne monterais plus jamais d'autre groupe...

(rires) Il doit y avoir quelque chose dans la bio qui raconte cette histoire, non? Tout le monde me pose la question. OK, je l'ai dit, c'est ce que je pensais, à ce moment-là.

Mais qu'est-ce qui a vraiment motivé la formation de Sugar, surtout après deux albums en solo?

Après Hüsker Dü, qui a été mon band pendant très longtemps, après mes albums solo, je me suis rendu compte que je n'avais pas de groupe. C'est un sentiment que j'ai ressenti, surtout après avoir tourné en solo et en acoustique, pendant 10 mois. L'idée de reformer un ensemble m'était agréable.

Tu veux dire que tu n'étais pas totalement satisfait, seul à la guitare acoustique?

Donner des concerts de cette façon-là, c'était chouette. Et je pense qu’ils étaient bons, pas traditionnels. Des shows acoustiques, mais aussi très agressifs... Mais cette formule n'aurait pas pour autant permis de réaliser un disque intéressant. Composer un album acoustique, à mon sens, prend énormément de temps. Il faut vraiment être méticuleux, utiliser une grande variété de matériel, changer la façon d’écrire. Tu es seul avec seulement ta voix et un instrument acoustique... Je suis intéressé d’enregistrer un disque acoustique dans le futur, mais je devrais écrire des chansons sur une longue période, pour réaliser quelque chose de valable dans ce créneau. Je ne peux pas m'asseoir et me dire: ‘OK, j'écris un album acoustique’. Ce n'est pas si facile que tu l’imagines...

Au lieu d’y consacrer un album entier, tu pourrais seulement y réserver l'une ou l'autre chanson de cette manière, non?

Il y a deux trucs un peu acoustiques sur le disque de Sugar, mais j'ai envie de dire que ma période acoustique est finie, à présent

Tu as quitté Virgin pour Creation.

Oui, j'ai demandé à Virgin America de me laisser partir! Je disposais d’un contrat à long terme chez eux (pour six albums, en fait). Après le 2ème disque, il est devenu évident que notre collaboration ne pouvait pas fonctionner. Il était impossible de concilier ce que je voulais faire et ce qu'eux pensaient que je devais faire. C'est surtout pour l'Europe que se situait le problème. Je suis un artiste américain, signé aux States, pour une distribution mondiale. Mais ici en Europe, les compagnies se disaient : ‘A quoi bon sortir ce disque?’ Visiblement on ne savait pas qui je suis, qui est mon public. Ce qui m'a fait perdre beaucoup de fans ici, parce qu'ils ne trouvaient pas mes albums. Par contre aux Etats-Unis, tout se passait bien ; j'ai vendu plus d'albums sous mon nom que sous celui d'Hüsker Dü!

L'Europe est donc une priorité pour toi?

Disons que dans mon esprit, c'est tout aussi important. Mais bon, j'ai eu d'autres ennuis. C'est la première fois que j'avais un manager. Il voulait que je tourne des vidéos à 18.000 $. J’estimais que c'était du gaspillage. Résultat : il allait raconter chez Virgin que je ne savais pas ce que je voulais ! Donc, je suis redevenu mon propre manager! Ce n'est pas un job difficile, il est même assez fascinant. Il faut juste quelqu'un qui réponde au téléphone pour toi, mais à part ça... Tu sais les grosses firmes de disques ne rechignent pas à dépenser de l'argent. Plus elles dépensent, plus elles ont le contrôle sur toi...

Tu as donc signé chez Creation. Tu aimes les artistes du label?

Pas tous, mais je vais parler uniquement de ceux que j'apprécie : Swervedriver, les Boo Radleys... Teenage FanClub, c'est bien aussi, mais leur premier disque était bien plus fort, bien plus fou que le deuxième.

Tu as entendu parler des problèmes entre My Bloody Valentine et Creation?

Oui, mais j'aime beaucoup les gens de Creation et j'aime beaucoup My Bloody Valentine. Alors, je ne vais pas en parler! Cela arrive à tout le monde de se disputer avec sa firme de disques...

(Article paru dans le n°6 du magasine Mofo d’octobre 1992)

 

Metallica

Nous jouons pour 20 types comme pour 20 000 !

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Metallica joue les grimpeurs! Parti d'un garage obscur en pleine jungle métallique californienne, il y a dix ans, le groupe, depuis l'illustre opus éponyme, délivré au monde civilisé l'an dernier, est arrivé tout en haut d'un building de 50 étages, avec vue sur le ciel bleu et le coffre-fort blindé. Metallica, super-groupe, association de mégastars, grosse légume au potager du heavy-metal! Pourtant, la grande gloire récente (4 millions de « Metallica » vendus, malgré la pochette d'un noir peu motivant), ne semble pas avoir altéré la tranquillité d'un groupe qui refuse obstinément de verser dans le syndrome Guns'N'Rosien, du genre ‘Allez vous faire foutre et ne me faites pas de l'ombre’... C'est mieux comme ça, non? Bassiste aux idées claires, Jason Newstead le confirme…

Notre progression a été graduelle. Pour nous, le bouche à oreille a été un élément prépondérant. Nous avons pu créer un climat de confiance vis-à-vis des gens qui nous approchaient et nous ne les avons pas déçus. Moralité: ils sont restés à nos côtés. Mieux même, ils ont incité d'autres personnes à nous écouter, qui eux aussi sont restés, etc., etc. Metallica est un groupe sûr et abordable. Nous ne crachons pas sur les gens, parce que nous ne nous sentons pas différents d'eux et apprécient cette attitude ! Je reconnais, aussi, que nous avons pu bénéficier, pour enregistrer l'album, d'un producteur qui a réalisé un travail magique. Bob Rock a idéalement cerné le vrai Metallica et l'a rendu plus authentique. Le son de cet album est le meilleur que nous n’ayons jamais eu.

Vous êtes, depuis plus d'un an, extrêmement présents médiatiquement et MTV vous a bien soutenus...

C'est venu naturellement. Nous n'avons pas envoyé de fleurs aux responsables des programmes de MTV. Ils ont réagi sous la pression du public, je pense. Nous jouons pour nous et pour nos fans, pas pour MTV.

Tu regardes souvent MTV?

Pas plus de cinq minutes par semaine. Cela me fait trop chier. Je me demande toujours comment on peut être assez con que pour aller brailler « Cherry Pie », d’un air convaincu et en montrant sa tronche à tout le monde (visiblement, Jason n'est pas inscrit au fan-club de Warrant). MTV a imposé des règles à pas mal d'artistes qui feraient n'importe quoi pour se faire voir et vendre des disques. C’est indécent.

Est-ce que votre public vous impose des idées ; son comportement influence-t-il vos choix?

Non, pas en ce qui concerne les décisions capitales. Nous avons toujours écrit et joué la musique que nous avons voulu faire et personne ne modifiera jamais cette philosophie. J'estime même primordial qu'il en soit ainsi.

Et lorsque certaines personnes te disent que Metallica les a déçus parce que vous avez ralenti la cadence et vendu votre âme au dieu dollars, que réponds-tu ?

Que c'est leur droit de ne pas nous suivre, mais qu'elles n'ont rien compris au groupe. Elles doivent se rendre compte que nous voulons évoluer, nous bonifier. Ce qui implique inévitablement certaines évolutions, certaines remises en question. Nous ne voulons pas jouer les mêmes trucs pendants dix ans. Et qu’elles sachent qu’on peut toujours jouer plus vite et plus fort que n'importe quel autre groupe mais que ce n’est pas essentiel. C’est la réponse que je leur adresse.

Plus on a de fans, plus on est attentif à ne pas être sous leur emprise. D’accord ?

Même pas. Pour nous, c’est naturel. Nous n'avons pas besoin de frein à main. Notre réflexe d'auto-défense est actionné automatiquement, car nous sommes honnêtes et sincères. Nous ne nous posons jamais ce genre de questions. Nous jouons pour 20 types comme pour 20 000 !

A propos, vous qui avez connu les bars enfumés, les scènes de trois mètres sur quatre et une assistance composée de trente kids dont quinze bourrés, êtes-vous à l'aise dans les stades?

Pas de problème majeur. Le truc, c'est de jouer pour le type qui te fixe dans les yeux du premier rang, exactement de la même façon que pour le gars qui se trouve à 80 mètres et regarde le show sur les écrans. Si tu t’investis autant pour ce gars-là que pour tous les autres, tu ne rencontreras pas de problème. Perso, j'ai remarqué qu'un stade peut aussi bien se lever pour chanter avec toi que le public d'un petit club. Mais quand ils sont 50 000 à gueuler, quel pied!

Vous tournez actuellement en compagnie de Guns'N Roses aux USA. Tu comprends leur attitude ? Les concerts annulés ou débutés avec deux heures de retard, sans oublier le reste. Tu acceptes?

Non, j’estime cette attitude non-professionnelle, enfantine et injurieuse à l’égard du public. La nôtre est aux antipodes. Nous n'annulerons jamais le moindre concert, à moins qu'un des membres du groupe ne tombe mort ou qu'un accident nous empêche de rejoindre la ville suivante. Quatre jours après ses brûlures –et crois-moi elles sont sérieuses– James, notre guitariste, voulait remonter sur scène! »

Comment va-t-il?

Très bien. Son état de santé s’améliore de jour en jour. On lui a déjà enlevé quelques bandages et il recommence doucement à jouer. Il s’est réservé les parties de guitare de « Enter Sandman », lors des deux derniers shows. Il récupérera toutes ses facultés, mais il a eu chaud, au propre comme au figuré...

Au sein de Metallica, tu utilises assez peu tes capacités de compositeur de chansons. Ce sont pourtant ces compétences qui t'ont pourtant valu d'être engagé par le groupe. Ne comptes-tu pas les utiliser en externe, pour réaliser un disque solo, par exemple?

Pas pour un album solo, mais je participe activement à la vie de deux autres groupes. Pour l'un de ceux-ci, on sortira sans doute un album dans pas trop longtemps –dès que j'aurai le temps de l'enregistrer, en fait– mais ce sera le disque d'un groupe et pas un ‘Jason Newstead solo album’.

Quels sont les projets de la formation, à moyen terme?

Et bien, il nous reste huit mois de tournée et puis nous prendrons du repos, avant d'enregistrer un nouvel album. Mais il ne paraîtra rien avant fin 93, au plus tôt. Entre temps, il est pratiquement certain que nous sortirons un ‘live’, pour marquer l'événement.

(Article paru dans le n° 6 du magazine Mofo d’octobre1992)

 

The Kitchens of Distinction

La plupart des chanteurs anglais sont ennuyeux…

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‘C'est vraiment passionnant, tout ce qui se passe pour l’instant, en Angleterre. Parce que tout le monde a l'air fatigué! Pour le moment, les grands groupes de guitares sont aux Etats-Unis : Nirvana, Pavement… On a complètement oublié les Ride, les Lush. Ils ne sont pas bons, de toute façon, ce ne sont que des hypes. Nous, on continue à faire ce qu'on veut faire. Et si, soudain, des gens commencent à s'y intéresser, tant mieux, mais on s'en fout! J'ai du mal à percevoir ce qui se passe vraiment. Je ne pense quand même pas que les gens vont changer leur état d'esprit au point de se dire que les Kitchens sont ce qu'il y a de mieux au monde. On a un certain nombre de fans hardcore qui nous suivent dans tout ce qu'on fait et si ce nombre augmente, c'est bien.’

Patrick, le chanteur/bassiste des Kitchens of Distinction –dont le nouvel album, « The Death Of Cool », vient de sortir– explique la situation particulière du rock indépendant en Grande-Bretagne. Normal pour un groupe anglais qui recueille son succès aux Etats-Unis!

Il n’existe qu'une station de radio qui passe du rock indé. Et seulement après 19 heures. C'est la BBC 1 et c'est grâce à John Peel. Mais il n'est présent que deux soirs par semaine. Donc, les auditeurs n'ont pas beaucoup d'occasions d'écouter cette musique. Par conséquent, ils n'y pensent même pas. Quand ils entendent notre nom, ils font la grimace. Mais aux Etats-Unis où on passe beaucoup notre musique à la radio, on vend pas mal de disques. Nous y sommes très populaires, à notre niveau, c'est-à-dire celui des ‘collège radios’. Bien plus qu'en Angleterre! Je ne sais pas quelle sera la suite, maintenant, aux U.S.A. car, entre-temps, le phénomène Nirvana a débarqué. Et les attitudes du public ainsi que de l'industrie du disque vis-à-vis de la musique ont changé. Tout comme celles de ceux qui achètent des disques.

Il est difficile, à la seule écoute de votre musique, de déterminer si vous êtes anglais ou américains. Notamment, à cause de ta manière de chanter qui est très différente des groupes insulaires habituels.

En fait, c’est parce que lorsque j'écoute un disque, j’accorde de l’attention au chanteur. J'aime les artistes qui savent chanter. Je ne chante pas très bien mais j'aime chanter. La plupart des chanteurs anglais sont ennuyeux. J'aime écouter des textes, j'aime entendre de bons textes et j'aime entendre un bon chanteur. Et si c'est démodé, je m'en fous.

Quels sont, pour toi, les grands chanteurs ?

Ian McCulloch, Julian Cope, même Jim Morrison... Patti Smith, grande chanteuse, elle parvient à faire passer une telle émotion. Et puis on arrive aux ‘vrais’ chanteurs: Ella Fitzgerald, Aretha Franklin, Billie Holliday.

Je ne peux m'empêcher de penser à Michael Stipe, de R.E.M., aussi.

(Il imite la manière de chanter de Michael Stipe). Si tu écoutes R.E.M. sur leur premier disque et ensuite, leur dernier, et que tu les mets l'un à côté de l'autre, manifestement sa voix a complètement changé... Et c'est très bien! Maintenant, il sait chanter. Parce qu'en huit ans, il a gagné de la confiance. Peut-être qu'après 8 ans, moi aussi je serai capable de chanter.

Dans le clip de « Drive That Fast » vous semblez tous tourner autour d'un axe invisible. Il correspond bien à la musique et me rappelle certains clips tournés par Siouxsie & The Banshees, notamment pour « Spellbound » et « Wheels On Fire ».

C’est inhérent à la rythmique. Tu tu tu tu tu, tu tu tu tu tu... Et quand tu l'as en stéréo via les haut-parleurs, tu obtiens cet effet circulaire qui permet d'emplir toute la pièce. Julian (le guitariste), s'il avait été là, te l'aurait très bien expliqué. Il faut dire que quand on voit ses doigts sur l'instrument et qu'on entend les sons qui en sortent, c'est incroyable. Je ne comprends pas comment il fait. C'est un garçon intelligent.

Les clips dont les images expriment la musique sont plutôt rares.

MTV veut des clips où le groupe joue live, au cours desquels le public hurle et des machines font du vent. C'est nul, horrible. C'est pourquoi on essaie de créer quelque chose de différent. Et ils nous rétorquent : ‘Non, on ne le passe pas. Il n'y a pas de jolies filles sexy dedans’. En Amérique, MTV ne diffuse que du heavy-rock. Les guitaristes y affichent des poses grotesques, alors que le chanteur est poursuivi par des filles. Alors, on ne veut pas reproduire les mêmes clichés. Jamais. Et c'est difficile. On essaie d'exprimer la musique visuellement. Julian, tout ce qu'il voudrait, lui, c'est mettre en son des nuages, des étoiles, la lune. Rien que la nature. Mais tu n’es pas libre de choisir. Tu dois apparaître dans le clip. Ce qui ne permet guère de créativité. Car, si tu passes six semaines sur un album, tu ne consacres qu'une demi-journée à un clip. C'est un medium formidable, mais on ne nous laisse pas l'occasion de l'exploiter. J'aimerais aussi réaliser un clip en ne me servant que des couleurs qui exprimeraient la musique mais, une fois encore, ce n'est pas possible. Les New Order peuvent se le permettre, parce qu'ils sont énormes et qu'on passera toujours leurs clips ; ou maintenant R.E.M., car c'est R.E.M. Mais à notre niveau, on ne peut pas faire ça. Les Replacements, qui détestent les clips, en ont fait un, où ils filment un haut-parleur dont ils ont enlevé la protection et on le voit bouger au son de la musique. Mais c'est très rare. House Of Love a également osé innover pour « Destroy The Heart ». C'est très lent ; on les voit jouer une chanson totalement différente. Mais sinon, quel est l'intérêt de voir le groupe?

Finalement, la vague acid house, techno aurait pu connaître davantage de débouchés car, la plupart du temps, il n'y avait pas vraiment de figure marquante.

The Orb a réalisé de grandes choses du style. Quand ils sont passés à Top Of The Pops, les deux membres du groupe jouaient aux échecs. C'est tout ce qu'ils faisaient. Ils avaient derrière eux une projection et c'est tout. On aimerait pouvoir faire ça. Mais, concernant le mouvement dans notre musique, il y avait une vague sur la pochette de notre album précédent et elle résume bien ce qu'on veut faire. C'est l'idée du flux et du reflux, de manière constante. Un mouvement circulaire, des mathématiques. Mais ça ne fonctionne pas toujours. Jouer, c'est comme atterrir dans un cercle... je ne peux pas l'expliquer, c'est tellement étrange. On a affaire à des effets circulaires et c'est assez excitant.

Est-il facile d'arrêter un morceau? On ne peut pas arrêter une vague ?

La chanson « Mad As Snow » (sans doute la meilleure de l'album), au départ, durait 15 minutes et on se disait que personne n'allait jamais l'écouter. Alors on l'a réduite à 8 minutes. Mais toujours elle veut continuer. Nous, on pourrait ne jamais cesser de la jouer. C'est comme aller dans un autre monde, vivre une sensation extraordinaire. Live, c'est formidable car on peut la terminer quand on veut. On aimerait, un jour, ne jouer qu'une seule chanson lors d’un concert. On commencerait le morceau et on déciderait de ne pas l'arrêter. Un jour, pendant un rappel, on a interprété une compo pendant 30 minutes, c'était fantastique. On était perdus dans son rythme. C'est le batteur qui a mis un terme au morceau. Il a interrompu son drumming nous signifiant ainsi que la chanson était terminée. Sinon, un bon concert, pour moi, doit alterner les rythmes, lents et rapides, revisiter tout le spectre des émotions, en 45 minutes. Mercury Rev semble y parvenir. Un jour, peut-être, quand on aura accompli de gros progrès, on pourra peut-être interpréter un seul morceau, sans susciter l’ennui. Mais on n'est pas encore prêts pour ça...

(Article paru dans le n°5 du Magazine Mofo de septembre 1992)

 

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