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The House Of Love

C’est comme crier ‘Ne m’ignorez pas !’

Écrit par

The House of Love, c'est le nom d'une nouvelle  érotique d'Anais Nin. Mais, The House of Love c'est aussi le patronyme du groupe qui s'est formé en 86 autour du chanteur Guy Chadwick et du guitariste Steve Bickers. Depuis, Steve est parti, pas en très bons termes, pour former Levitation (NDR : qui vient d'ailleurs de sortir son premier album). The House of Love est rapidement devenu un des groupes chéris par les médias britanniques. Exemple : au cours de la même semaine, ils ont fait la ‘une’ du New Musical Express et du Melody Maker, les deux grands journaux musicaux insulaires ! A ce jour, la formation a sorti trois albums et une compilation. Les trois disques s’intitulent tout simplement « The House of Love » (NDR : pas facile de s'y retrouver !) Et Guy a prouvé qu'il était un grand compositeur de morceaux pop ! Suffit d'écouter les bijoux que sont « Shine on », « Destroy the hear », « Christine » ou « The Beatles and the Stones ». Néanmoins, depuis le début des années 90, le groupe s'est montré très discret. Le grand retour est-il pour bientôt ? Ou bien le train est-il passé ; et la grande percée sur le continent n'est-elle pas encore pour cette année ? Guy Chadwick nous éclaire à ce sujet…

Au cours des derniers mois, House of Love s’est montré plutôt discret. Peut-on espérer du changement dans un futur immédiat ?

Entre 1990 et en 1991, il s'est passé une bonne chose pour nous : nous sommes devenus très populaires en France. Nous avons accompli une tournée dans ce pays et participé à une trentaine de festivals. C'était chouette et nous avons travaillé sur de nouvelles chansons. Notre nouvel album doit sortir bientôt.

Que pensez-vous de Levitation ?

Pas grand-chose. Je ne les ai jamais vus. J'ai reçu une cassette l'année dernière de leur projet ; mais je n’ai jamais assisté à un de leurs concerts. Et puis nous n’avons aucun contact avec eux!

Vous avez signé chez Phonogram ; ne craignez-vous pas de perdre votre intégrité?

Ce n’est pas un sujet qui me préoccupe. On fait ce qu'on aime. Je veux dire, je m'en fiche d'entendre dire que je peux perdre mon intégrité. Je sais que je ne la perdrai pas.

Que pensez-vous du public belge?

Je ne connais pas vraiment le public belge. Nous ne nous sommes produits que 3 ou 4 fois en Belgique. Nous avons joué à Deinze, je crois, en 1988 et à Bruxelles avec Ride.

Quels sont vos projets ?

Eh bien, l'album doit sortir.

Une tournée peut-être ?

Ah, oui. Probablement. Quelque chose dans le genre.

Pensez-vous être le meilleur groupe au monde ?

Guy (et les musiciens en chœur) : Oui !....

Vous le pensez vraiment?

Si je pense que nous sommes le meilleur groupe? Non! (Rires)

Quel est ton opinion sur les autres artistes relevant de Creation, votre ancien label?

J'en aime quelques-uns, oui. Comme Slowdive, Ride. J'aime aussi Teenage Fan Club. Tous ces groupes sont les meilleurs qu’ils n’aient jamais eus. C'est un bon label!

Vous sentez-vous influencé par les 60’s?

Oui.

The Beatles and The Stones?

Evidemment.

Etes-vous romantique? Pourquoi votre écriture est-elle si torturée ?

Romantique ? Non, je ne suis pas vraiment romantique. Enfin, si quand même, je le suis. (Rires) Si j'ai une écriture torturée, je pense que c'est à cause de mes lectures. Je suis consommateur d'une littérature du style, comme celle d’Ernest Hemingway ou d’Henry Miller. J'aime ces écrivains. Vous voyez, c'est plus un style que mes propres sentiments. Et même si j'éprouve parfois ces sentiments comme tout le monde, ma composition est plutôt instinctive.

Pensez-vous être chargé d’une mission dans le rock?

Oui. Enfin, je n'en suis pas certain. J'éprouve un sentiment, en mon for intérieur, qui me conduit : je dois faire de la musique. Au début, je croyais que c’était lié au succès ; mais je n'y crois plus maintenant. Mon but est de créer quelque chose dans la musique, quelque chose que les gens vont aimer. C'est comme un cri. Du genre : ne m'ignorez-pas! (Rires)

Es-tu prolifique ?

Je travaille beaucoup, mais peu m’importe de savoir si je vais vite ou pas. Je passe du temps sur des détails qui semblent importants à mes yeux. Utiles ou pas. C’est dans mon caractère. Enfin on apprend toujours. Comme quand je suis en route, je peux écrire des chansons instantanément (‘clic’). J'ai vécu des périodes au cours desquelles j’étais incapable d’écrire ou de faire quoi que ce soit. Je ne sais pas si c'est parce que je n'ai pas assez de capacités en tant que musicien ou bien si c'est juste dans ma nature. Ou si c'est un des symptômes chez un artiste.

Pensez-vous qu'un jour vous enregistrerez un album solo ?

Je n'y ai pas encore pensé ! Disons que pour le moment, c'est non.

Interview parue dans le n°1 du Magazine Mofo de février 1992.

Lush

En Angleterre, on est un peu claustrophobe

Écrit par

4AD est un label de plus en plus notoire ; et pour cause, les Throwing Muses, les Pixies et Ultra Vivid Scene y militent. Et ce sont les groupes les plus excitants du moment ! Et puis, il y a aussi Lush –2 filles et 2 garçons originaires de Londres– qui viennent de sortir un nouvel album « Spooky ». C'est leur deuxième elpee, mais leur premier véritable puisque « Scar » était une sorte de compilation de leurs premiers singles. Rencontrés : Miki Berenyi, la chanteuse aux cheveux rouges et à la peau boutonneuse (adolescent look !) et Steve Rippon, le bassiste. On devrait d'ailleurs écrire ex-bassiste puisqu'il avait déjà décidé de quitter le groupe (il a été remplacé depuis par Phil King) au moment où cette interview a été réalisée. Mais Miki n'avait vraiment pas envie d'être confrontée seule aux ‘méchants’ journalistes...

Parlez-moi de votre nouvel album

Miki: Oh my God! (petit soupir et petit silence).
Steve : Tu l'as écouté?

Ben non, je n'ai encore reçu que le single...

S. : Eh bien, l'album a été enregistré pendant les mêmes sessions que le 45. C'est Robin Guthrie, des Cocteau Twins, qui l'a produit. J'espère qu'il n'est pas trop monochrome, pas trop uniforme et que les gens y découvriront un échantillon assez varié de chansons ‘poppy’.

Estimez-vous qu’il existe de grosses différences par rapport à votre album précédent?

S. : Non, pas vraiment. Nous n'avons pas voulu prendre une autre direction, mais bien sûr nos chansons sont un peu différentes de ce que nous avons fait avant.

Comment sont les relations à l'intérieur du groupe? Vous vous disputez souvent?

M. : (rires) Non, On se connaît assez bien l'un l'autre! On est amis, on sait exactement ce qu'on fait ensemble et on ne se lance pas les instruments à la figure. On n'est pas le genre à être furieux envers les autres. Mais on discute, ça oui!

Comment écrivez-vous les chansons, seules dans votre coin ou au complet pendant les répétitions?

M. : Seule dans ma chambre. Même chose pour Emma (NDR : Anderson, l'autre fille du groupe qui compose, elle aussi). Personnellement, ce processus est lent. Je dois y penser longtemps. Et c'est vraiment un travail très dur! Je ne sais pas si j'écrirai toujours de cette façon...

Tu veux dire qu'à l'avenir, vous pourriez essayer d'écrire les chansons ensemble ?

M. : Non. Je pense que ce serait difficile. On n'a jamais écrit les chansons de cette façon-là. Je crois qu'écrire ensemble nous imposerait des contraintes au lieu de nous libérer. Si toi, tu écris à propos des gens, c'est vraiment ton ressenti que tu exprimes. Et pour y parvenir, il faut que ce soit une expérience isolée, personnelle. Si quelqu'un d'autre intervient dans l’écriture de la musique ou des lyrics, j'ai l'impression que tout ce qui fait mes caractéristiques propres de songwriter serait gommé et que toutes les chansons pourraient finir par sonner de la même façon! C'est vrai qu'un jour j'essaierai sans doute d'écrire autrement, mais disons qu'aujourd'hui, je ne sais pas encore comment. Il faudra sans doute tenter des expériences…

Ce que tu dis m'incite à croire que vous accordez beaucoup d'importance aux textes de vos chansons. Qu'est-ce que vous dites, qu'est-ce que vous essayez de communiquer au public?

M. : Ce n'est pas un message dans le sens où on l'entend généralement. Je ne dis pas aux gens ‘Ecoutez-moi, parce que j'ai réellement quelque chose d'important à vous faire comprendre’. Les paroles sont importantes, parce qu'on cherche à faire autre chose que des trucs évidents, comme ‘Hey baby, tu me plais, viens à la maison avec moi’. Je crois que nos paroles ont une autre dimension ; mais je ne pense pas que nous avons l'ambition de changer le monde, hein ? Je voudrais simplement communiquer mes expériences et le faire avec un peu de profondeur. Je ne sais pas si j'y parviens toujours!

Lush est signé chez 4AD. Que représente ce label pour le groupe? Ecoutez-vous les autres disques qui sortent sur le label?

M. : Bien sûr qu'on les écoute, puisqu'on reçoit les disques gratuitement! (rires) Je ne sais pas si nous avons quelque chose en commun avec les autres groupes du label. Il y a certainement des affinités, mais tous les groupes aiment à dire qu'ils sont différents de tous les autres, non ? Moi, je n'aimerais pas dire ‘Oh, nous sommes comme les Cocteau Twins !’ Ce serait stupide. Mais c'est vrai que les gens qui nous écoutent peuvent trouver des similitudes avec d'autres groupes, du label ou non.

Dans mon esprit, vous êtes proches des groupes de filles qui sont apparus au début des années 80, comme les Girls At Our Best ou les Raincoats...

M. :
C'est drôle, parce que les journalistes anglais ne font jamais référence à ces groupes en parlant de nous. Pourtant, Steve, lorsqu'il a rejoint le groupe, nous a dit que nous sonnions comme les Girls At Our Best !
S. : Lorsque Miki m'a demandé de les rejoindre dans Lush, je n'avais aucune idée de la musique qu'ils jouaient. Je suis allé les voir et c'est vrai que le premier groupe auquel j'ai pensé, c'étaient les GAOB. Mais, c'est un groupe très obscur qui n'a sorti qu'un album et deux ou trois 45 tours... Je crois que c'est une bonne comparaison, mais quasi personne ne peut la saisir puisque GAOB est vraiment oublié!

En Angleterre, on préfère vous comparer à Abba. Ennuyeux ?

M. : Non, mais je crois que cette comparaison est vraiment stupide! C'est peut-être à cause de la composition du groupe qui est la même que celle d'Abba. Ou alors parce que nous avons repris une de leurs chansons. Je crois qu'Abba était un grand groupe, mais on ne peut vraiment pas comparer Lush à Abba !

Vous accepteriez de participer au concours Eurovision?

M. : Non, je ne crois pas (rires). Bien que ce soit sûrement très excitant. Tout le monde regarde ce concours! Même nous.

Qu'est-ce qui pourrait s’avérer une réussite, une consécration pour Lush ? Ecrire une chanson parfaite ?

M. : Non. Si on écrivait une chanson parfaite, ce serait une apothéose, le signe qu'on ne peut pas aller plus loin, que c'est fini. De toute façon, je ne crois pas que ce soit possible d'écrire une chanson parfaite.

En Angleterre, vous avez un public, on vous connaît, vous faites la ‘une’ de certains magazines. Ici, en Europe, vous êtes encore des débutants. En quoi les interviews que vous accordez en Europe sont-elles différentes de celles que vous donnez en Grande-Bretagne?

M. : La principale différence, c'est qu'en Angleterre, les journalistes sont plus obsédés par le présent, par ce qui se passe maintenant, la dernière chose qu'il faut avoir entendue. En Angleterre, c'est comme si toute l'évolution musicale ne se passait que durant un mois. On ne nous compare qu'avec des groupes actuels, comme si le passé avait été oublié. Aux Etats-Unis et en Europe, ce n'est pas le cas! En Angleterre, on est un peu claustrophobe, on veut absolument vous rattacher à une ‘scène’. Le trip ‘Manchester’ et tout ça, c'est de l'invention ; les Anglais aime bien l'idée de mouvance, de rassemblement.

Dernière question: les pochettes de disques, vous y travaillez ou vous laissez le champ libre à Vaughan Olivier, le graphiste de 4AD?

S. : On n'y travaille pas. Et on pourrait facilement leur dire voici notre disque, pouvez-vous vous charger de la pochette! Huit jours après, elle serait terminée. Mais la décision finale nous appartient: si nous voulions autre chose, je ne crois pas que cela poserait un problème!
M. : Toutes les pochettes de Cocteau Twins ont une certaine unité et pourtant plusieurs graphistes se sont succédé. Donc, c'est quand même le groupe qui inspire sa pochette. Ce n'est pas parce qu'on est sur 4AD qu'on doit absolument confier ce travail à tel ou tel graphiste. Prend pour exemple les Throwing Muses, leurs pochettes n'ont rien à voir avec ce look.

 

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Quizz 

- La meilleure chanson de Lush ?
“Chirpy Chirpy Cheep Cheep”

 - La meilleure chanson d’Abba
 “Knowing you knowing me”

 - La chose la plus chère que vous avez jamais achetée
Howard Gough (notre manager)

- Boisson favorite
Téquila

- Qui voudriez-vous rencontrer ?
Natalie Wood

 - Le train, l’avion ou l’automobile ?
Le train, parce qu’il respecte mieux l’environnement

 - Le nom de votre animal domestique ?
Casper, Guily, Luigi et Spoony (NDR : ce sont des chats)

 - Combien de disques avez-vous ?
2 500 (approximativement)

 - Que savez-vous de la Belgique ?
Il y a des Wallons et des Flamands. Elle a perdu contre l’Angleterre lors de la dernière coupe du monde

 - La voiture que vous conduisez ?
Une Trabant

 - Dans quel film auriez-vous aimé jouer ?
Bugsy Malone

 - Un groupe rock que aimez / Que vous détestez ?
REM / Soup Dragons

- L’amour existe-t-il ?
Mais oui (en français dans le texte)

 - Le disque qui a changé votre vie ?
« Scar »

- Endroit favori au monde ?
La côte ouest de l’Irlande

 -Comment voudriez-vous mourir ?
En tombant dans une machine à faire de la saucisse.


Interview parue dans le n° 1 du Magazine Mofo de février 1992.

 

Sad Lovers & Giants

L’indépendance, un souci majeur...

A l’issue de la seconde édition du ‘Festival for fun’ organisé à la Gaieté de Bruxelles, le 24 mars 1989, nous nous sommes entretenus avec Tony et Garce, respectivement guitariste et chanteur du (mythique) Sad Lovers & Giants. Exténués, ils nous accordent une interview à l’issue d’une prestation remarquable. Il est deux heures du matin et pourtant, cet entretien se déroulera dans une ambiance à la fois décontractée et constructive. Nous vous en proposons un condensé…

Nous venons d’assister à un excellent concert !

Tony : c’est vrai ?
Garce : nous apprécions le compliment.
T. : pourtant, ce n’était pas facile pour nous.

C’était votre première apparition en Belgique ?

T. : absolument !

La presse britannique traite rarement de Sad Lovers & Giants. Comment justifiez-vous ce manque d’intérêt ?

G. : nous ne jouons pas souvent en Grande-Bretagne.

Pourquoi ?

G. : la plupart des groupes tournent dans les mêmes clubs.
T. : la véritable explication émane de l’absence d’enregistrement en Angleterre depuis plus d’une année. Notre dernier album, enregistré en France (NDR : décembre 88) est une compilation (NDR : « Les années vertes »). La presse ne rencontre donc aucun motif précis pour évoquer notre cas. A la sortie du nouveau 30 cm, davantage d’articles seront consacrés à S.L.&G.
G. : vous lisez beaucoup la presse spécialisée anglo-saxonne, en Belgique ?

Effectivement.

G. : Nous n’avons plus rencontré de journaliste britannique depuis notre dernière tournée en Espagne.

Votre style musical convient à la sensibilité des Continentaux, un peu à l’image de Modern English. Et tout comme vous, les Iles Britanniques semblent les bouder. On se souvient d’un fabuleux concert accordé par Modern English à Zedelgem. Le climat musical baignait d’ailleurs dans une atmosphère assez proche du spectacle que vous avez accordé ce soir.

T. : réellement ?
G. : cette réflexion me surprend agréablement. En fait, si nous divergeons côté musique, nous sommes issus du même patelin. Question d’affinité géographique, probablement !

(un peu ennuyés) Que devient Tristan Garel Funk (NDR : ex-guitariste de S.L.&G.) ?

G. : mon ami !

(ouf !) C’est vrai ? Snake Corps, son nouveau groupe, existe-t-il encore ?

G. : oui, nous relevons en outre du même label ‘Midnight Music’.

A quand l’album ?

G. : nous sommes occupés de l’enregistrer.

Vous participez à d’autres concerts ?

G. : Non ! C’était l’unique prestation sur le Continent. Richard (NDR : l’organisateur) souhaitait spécialement nous engager pour ce festival ; et comme nous estimions qu’il répondait à nos aspirations, nous avons accepté.
T. : une tournée coïncide généralement avec la sortie d’un album. Comme il n’est pas terminé, nous envisageons de revenir plus tard, dans l’année, pour honorer plusieurs dates en Belgique, en France, en Suisse et en Espagne.

Connaissez-vous le Futurama (NDR : à Deinze) ?

G. : un grand rassemblement pour lequel nous serions intéressés de figurer un jour.

Souhaitez-vous décrocher un contrat auprès d’un ‘major’ ?

G. : tout dépendrait des clauses de la convention. Nous disposons, chez Midnight Music d’une grande autonomie d’action. Nous sommes libres de jouer la musique que nous aimons, libres de sortir un album lorsque nous le souhaitons, libres…
T : je pense que les labels ‘majors’ œuvrent sur un marché différent aux masses. Un marché qui s’adresse avant tout aux masses, comme la musique pop. Nous n’émargeons pas réellement à la pop. La scène indépendante constitue le meilleur environnement pur enrichir et développer notre créativité. Que pourrait faire un label ‘major’ avec nous ?

Qu’écoutez-vous pour l’instant ?

G. : j’aime les Waterboys. J’ai assisté à leur spectacle. J’en suis devenu un fan, d’autant plus que leur album est absolument épatant. J’écoute également McCarthy, les Corn Dollies…

The Sun & The Moon ?

T. : ils sont également chez Midnight Music.
G. : Marc Burgess est un ami.
T. : signés par WEA (NDR : Geffen), ils se sont rendus compte qu’ils faisaient fausse route. Ils vendaient davantage d’albums sur un label indépendant.
G. : nous regagnons nos pénates cette nuit. Nous embarquons sur le ferry à Zeebrugge pour un trajet de six bonnes heures au cours duquel nous essaierons de dormir un peu.

(Interview parue le 8 septembre 1989, dans le journal Le Courrier de l’Escaut.)

 

The Legendary Pink Dots

Plus visionnaire que prophète…

Julian Cope et Edward Ka Spel sont, en quelque sorte, les héritiers naturels du psychédélisme. Pour le leader de Legendary Pink Dots, plus personne ne sait très bien s'il appartient au passé, au présent ou au futur. Peut être existe-t-il hors du temps! A l’issue de son concert accordé au Limetlight de Courtrai, nous avons donc demandé à cet artiste avant-gardiste, saturé de références baroques, quelle était sa conception du psychédélisme, et ce qu'il pensait de son rôle de prophète...

Le profil de Legendary Pink Dots, est-il néo progressif ou néo psychédélique? Te sens-tu inspiré, quelque part, par des artistes comme Stockhausen, Syd Barrett, Kevin Ayers ou des groupes tels que Tuxedo Moon et Vander Graaf Generator?

Edward: Notre musique est intemporelle. Elle n'appartient ni au sixties, ni aux seventies. Il n'est pas davantage nécessaire de l'enfermer dans un carcan classique ou progressif. C'est une projection d'idées dans l'inconscient musical. Legendary Pink Dots est l'antithèse du revivalisme, ce qui ne m'empêche pas d'avoir beaucoup apprécié, à une certaine époque, Tuxedo Moon et Vander Graaf Generator.

Ta musique est quand même psychédélique?

Absolument! Mais dans le véritable sens du terme. Le psychédélisme est un état d'esprit qui permet d'imaginer de nouvelles tonalités, d'élaborer de nouvelles textures, de peindre les sons avec de nouveaux coloris. Au cours des sixties, le psychédélisme a permis la multiplication  des formes musicales. Une expansion dont nous tentons de conserver l'esprit. C'est la seule chose dont LPD a hérité du passé. Le psychédélisme rend créatif et me permet d'explorer de nouveaux territoires sonores...

Comme au début des eighties en Californie?

Pas du tout! Le ‘paisley underground’ n'est que du revivalisme, pas du psychédélisme! Il ne mène nulle part! Il est le résultat de distorsions de guitares dans les haut-parleurs. Il ne possède aucune vision kaléidoscopique ; je n'aime pas du tout ce style de musique!

Certains de tes albums sont quand même ouverts à la musique contemporaine et au jazz?

Au jazz? Oui, je suis inconsciemment imprégné de cette forme musicale. Mais l'important n'est-il pas de se faire plaisir en créant quelque chose de différent? De produire des sonorités neuves et réellement excitantes? Cela ne m'intéresse pas de prendre le train en marche. Alors, parfois, je préfère en revenir au jazz...

Tes textes semblent développer des thèmes visionnaires. Lesquels?

C'est trop long à expliquer!

Mais encore! Te considères-tu comme un prophète?

Parfois oui... parfois non... C'est une plaisanterie! Quoiqu'il existe un tas de monde qui y croit dur comme fer. Je ne suis pas un prophète. Si je l'étais, la terre serait alors peuplée de prophètes. Disons simplement que j'accomplis des prédictions, en fonction de mon feeling et de mes expériences personnelles. Ou si tu préfères, j'accomplis des prémonitions qui reposent sur un certain recul que je prends par rapport au monde contemporain. Mais, je ne suis pas un prophète parce que j'annonce l'apocalypse sur la planète terre ou que je pense que l'être humain est devenu un mutant...

N'as-tu pas envie de retourner en Grande-Bretagne?

Pas du tout! C'est un pays dégoûtant! C'est pourquoi je l'ai quitté. Je vis aux Pays-Bas depuis plusieurs années. La Grande-Bretagne est rangée dans le tiroir aux mauvais souvenirs ; je ne souhaite plus y remettre les pieds!

Article paru dans le n°12 du magazine Mofo d’avril 1993

 

Sergent Garcia

Tombe le masque

Écrit par

Physiquement, Bruno Garcia est tout le contraire de son maladroit homonyme popularisé par les aventures de Zorro. Entre la casquette vissée sur un crâne rasé de près et le cigare cubain qui jette un max', l'ex-Ludwig Von 88 a par ailleurs les idées beaucoup plus claires, poursuivant toujours les mêmes buts: l'engagement, mais aussi la fête et l'évasion momentanée hors des problèmes du quotidien. Sa recette sud-américaine tient en un mot: salsamuffin...

D'où te vient cette volonté de métissage? L'avant Sergent Garcia était pour toi un carcan?

Les Ludwig? Ouais... mais en même temps, c'était un groupe déjà un peu à part sur la scène punk alternative. Nous n'étions pas spécialement calibrés punks car nous opérions déjà des incursions dans le reggae, le ska... Personnellement, je me suis aussi impliqué dans d'autres travaux: j'ai produit deux albums de Timide & Sans Complexe, un groupe de hip hop et joué au sein d'un soundsystem, Bawawa. Sergent Garcia est un peu la résultante de tout ça.

Ce n'est donc finalement pas un projet bien neuf ?

Il compte quelques années d'existence. Je suis apparu sous le nom de Sergent Garcia au sein de Bawawa Soundsystem. J'y faisais juste du ragga en espagnol. Et un jour, je me suis dit pourquoi ne pas mixer, ne pas aller vers d'autres cultures, les musiques latines, les musiques africaines plutôt que la soul américaine? Mes origines latines me facilitaient la démarche. J'ai commencé à bidouiller, ce qui a donné lieu à un premier disque enregistré chez moi, seul, et composé à l'aide de machines. Ensuite, j'ai monté le groupe pour jouer cette musique et de fil en aiguille, nous en sommes arrivés à ce second album...

Pourquoi cet univers à la Zorro? Bien sûr, il y a ton nom...

Voilà, ça aide, hein (rires)! C'est uniquement pour ça. Quand j'ai commencé à faire du soundsystem, je cherchais un nom de personnage. C'est vrai que les raggas en Jamaïque ont toujours des noms un peu imagés: Clint Eastwood, Ninjaman, Charlie Chaplin... Sergent Garcia collait bien à l'ambiance générale de l'histoire. J'aime bien son côté anti-héros; personne ne veut être le Sergent Garcia, tout le monde a plutôt envie d'être Zorro... C'est un peu une façon d'ironiser. Et aussi de me cacher derrière un personnage.

Certains textes et certaines notes de pochette laissent penser que tu t'intéresses au mouvement zapatiste...

Par exemple... Le mouvement zapatiste m'intéresse dans le sens où c'est un peu la première fois qu'on voit un mouvement qui ne se bat pas forcément pour prendre le pouvoir mais qui se bat pour sa propre dignité. C'est une des nombreuses causes perdues de ce siècle, mais elle vaut le coup de s'y intéresser, ne fut-ce que pour la vie. C'est le combat de la vie quoi.

Tu as eu l'occasion d'aller au Chiapas?

Non, mais je me sens proche dans la mesure où le mouvement zapatiste réclame juste la reconnaissance, la dignité d'incarner un être humain et de pouvoir vivre dignement une vie d'être humain. Ça, on y a droit dans tous les pays du monde. C'est aussi le problème de l'éducation, de la misère qui n'est pas seulement propre au tiers-monde, mais aussi celui de la France, la quatrième puissance mondiale, où vivent des gosses de 15 ans qui sont à moitié analphabètes. C'est aberrant! Ce genre de problèmes prépare les futures intolérances, les futurs intégrismes et les futures guerres. C'est le sens d'un morceau comme "Acabar Mal": 'Tout ceci peut se terminer très mal si on continue à mettre une telle pression sur les gens. Un jour, la marmite explose'.

Tu revendiques donc un certain côté engagé à cet album...

Oui, bien sûr. On y trouve des chansons de fête, des chansons d'amour, des chansons de révolte. Et puis des émotions, des réactions face à des événements qui se produisent dans nos quartiers, aux problèmes sociaux qu'on connaît ou rencontrés par des gens qu'on fréquente. Je viens aussi du rock alternatif réputé, quand même, pour être un mouvement musical assez politisé. C'est de cette façon que ça ressort. Et puis j'aime bien des artistes comme Ruben Blades, des gens qui diffusaient, dans les années 70-80, un message social, sur une musique festive et très joyeuse, mais qui étaient néanmoins des acteurs dans leur époque...

D'où vient, à ton avis, l'intérêt actuel pour cette musique sud-américaine?

Je crois qu'il y a quelque chose de plus large qui se passe. Aujourd'hui, il y a tout simplement une place pour la musique métissée. Elle est une des conséquences des flux migratoires de ces 40 dernières années. Pas seulement pour la musique latine. Elle est peut-être un peu plus latine parce qu'en France, cette communauté est importante ; mais c'est un mouvement général qui se traduit par les gens de Gnawa Diffusion comme par une scène indopakistanaise en Angleterre... On assiste en gros à une espèce d'émergence des musiques du tiers-monde mais vécue dans les pays industrialisés.

Au fait, les Ludwig existent toujours?

Le groupe existe toujours, mais nous n'accordons plus de concerts et n'enregistrons plus de disques. Donc j'en parle un peu au passé. Il n'existe pas de date officielle pour la dissolution, mais nous avons encore quelques projets. Nous sommes occupés de préparer une comédie musicale en compagnie d'enfants à Paris. Des projets du style, qui n'ont pas grand-chose à voir avec les Ludwig même si le nom reste quelque part derrière. C'est quand même pratiquement fini en tant que groupe...

Version originale de l'interview parue dans le magazine Mofo n° 74 de juin 99

 

Skunk Anansie

Mais ce sont les brady bunch!

Écrit par

Le quatuor emmené par la charmante Skin a de la chance! C'est elle qui le dit. Il se passerait, entre la demoiselle et ses trois petits camarades, cette sorte d'alchimie dont peu de groupes peuvent se vanter. De celles qui cimentent ses membres qui en deviennent alors autant des amis que des collègues. C'est peut-être pour cette raison qu'au bout de trois albums ("Post Orgasmic Chill" étant le récent et dernier en date), les Londoniens n'ont pas perdu une once de leur mordant...

Qu'est-ce que vous avez fait après votre dernière et longue tournée?

Skin : Ça faisait quatre ans que nous étions ensemble jour après jour, et qu'est-ce qu'on a fait pour les vacances? Nous sommes partis ensemble! Cass et moi sommes allés faire du snowboard, et Mark et Ace se dorer la couenne en Australie.

Ace : Pendant qu'on se brisait les bras et les jambes, ils sont allés se faire bouffer les leurs par des requins (rires).

S. : Hormis dans le groupe, nous nous sommes engagés dans quelques activités parallèles. Des trucs politiques, pour moi. Je suis partie en Namibie et au Cap. Comme nous n'avons pas trop l'occasion de voyager de la sorte, j'en ai profité. Et Mark, lui, est allé faire de la plongée...

Mark : Oui, aux Maldives où j'ai passé mon brevet d'"advanced open water". Les Maldives, c'est vraiment le paradis pour les plongeurs qui veulent voir quelque chose dans l'eau...

S. : Cass est aussi parti en Malaisie, et Ace à Milan...

A. : ... où j'ai passé mon brevet de "staying up late in clubs drinking and partying". Et j'ai réussi, en plus (rires)!

Aux Etats-Unis, où vous êtes allés enregistrer ce nouvel album près de Woodstock, vous avez également vécu quelques longues semaines ensemble; vous n'en avez jamais marre l'un de l'autre?

A. : Non, là, vraiment, tout s'est très bien passé. Nous avions chacun notre coin. En plus, en tournée, nous passons six mois ensemble dans un bus, ce qui crée une habitude. Et puis, il faut voir le bon côté des choses: au studio, nous avions la chance d'avoir un excellent cuistot!

S. : Qu'est-ce qu'il nous a fait rire, celui-là. Il me faisait penser à la nounou des Brady Bunch!

A. : Il n'y a rien de tel pour rester de bon poil que d'avoir un bon chef à portée d'estomac! Ce mec était vraiment tordant!

S. : C'est vrai! Et nous aimons bien manger!

Un texte pour maman...

Vous parlez aussi de ce genre de choses dans vos textes?

A. : Absolument! Nous ne restons pas enfermés dans un seul sujet, ou braqués sur des trucs bizarres...

S. : Si, nous sommes les soldats du mysticisme (rires)!

A. : Nos textes reflètent notre vie en général: nos personnalités, nos voyages, nos sorties, les nuits, enfin, tout quoi. Mêmes nos relations. Et tout ça est retravaillé par Skin, traduit, codé dans des sortes d'histoires. Chacun de nos albums est comme un témoignage de ce que nous étions à l'époque de son enregistrement. Au moment du premier, nous étions quatre obtus, inintéressants, qui voulions se lancer. Celui-ci nous a vus voyager, rencontrer des gens bizarres, vivre des expériences étranges, mais il témoigne d'où nous en sommes aujourd'hui.

S. : Comme une photo!

Ces textes ont déjà provoqué des réactions inattendues?

A. : Je me souviendrai toujours de celle qu'a provoquée "Charity". Quelqu'un nous a demandé pourquoi nous avions écrit une chanson à propos de Mère Theresa... Elle venait de mourir, et visiblement, cette personne ne pigeait pas pourquoi nous chantions "I don't want your charity"...

S. : Oui, je me souviens de l'anecdote. Le fait est que ce titre avait été écrit près de quatre ans auparavant. Et voilà qu'elle meurt au moment où sort notre album.

Cass : Quel timing!

S. : Ouais. Ça fiche la trouille, non?

Un album bien torché

Quel est le contenu politique de ce nouvel album, dans la mesure où les deux précédents en avaient un?

S. : Nous ne sommes pas des politiciens. Et nous ne prétendons pas non plus avoir lu tous les bouquins de la planète. Nous traitons donc de politique à notre manière. Mais de toute façon, elle nous touche presque tout le temps. Le contenu politique de nos albums serait plutôt un ensemble de points de vue sur les choses qui nous arrivent quotidiennement.

Il y a des sujets plus légers qui ne vous inspirent pas du tout? A propos desquels vous auriez du mal à écrire?

S. : Evidemment, nous pourrions très bien chanter des trucs joyeux! Mais quand un texte est terminé, il faut se rendre à l'évidence et faire preuve d'un peu de réalisme. Qu'est-ce qui détermine une bonne chanson? Le fait d'y parler du droit des animaux. Du fascisme? Ce n'est pas suffisant! Un album ne peut pas être fait que de bons sujets, surtout quand un groupe comme le notre tourne dans des pays où l'anglais n'est pas la langue la plus parlée. C'est encore et avant tout par la musique, par son contenu émotionnel qu'on y touche le public!

Interview parue dans le n° 72 (avril 99) du magazine Mofo

 


Dream City Film Club

Un éloge de la joie dans la mort?

Écrit par

Michaël John Sheehy, Andrew Park et Laurence Ash sont des personnages à la fois ouverts, cultivés et intarissables. Ils viennent, en outre, de sortir leur deuxième album, " In the cold light of morning ". Un disque fort intéressant, dont l'éclectisme peut pourtant se révéler dérangeant. Dream City Film Club ? C'était également le nom d'un cinéma pornographique de Londres, qui a brûlé, voici déjà quelques années. Mais pourquoi avoir opté pour un nom pareil ?

Michaël : Ce n'était pas à Soho, mais à Smithfield, dans le vieux Londres, près de Saint Paul et de la London City des banques. Une ancienne halle aux viandes de l'époque Henry II et de l'église St Bartholomé qui abritait un cinéma et un club porno, exclusivement réservés aux hommes. Probablement un truc gay. Il a été incendié par un type qui s'était fait jeter dehors. Et pour se venger, il est revenu balancer un cocktail Molotov sur l'immeuble. Tout a cramé, et personne n'a pu échapper au brasier… pas même ceux qui ont essayé d'éteindre les flammes… la queue en main… Cette tragédie a inspiré le choix du nom de notre groupe. D'abord, parce qu'en exerçant une sorte de fascination X, il collait bien aux chansons de notre premier album. Ensuite, parce que notre musique épouse un profil cinématographique qui pourrait convenir à la musique d'un film. Enfin, parce que Dream City Film Club est un enchaînement de mots, qui dans notre esprit, définissait le mieux la nature du groupe : les rêves, la ville, les films et les clubs.

Andrew : As-tu déjà entendu parler de l'écrivain Italo Calvino. Tu lui ressembles (NDR : ah bon !). Il est l'auteur des " Villes invisibles " (NDR : un bouquin publié en en 1972). Dream City Film Club compose des nouvelles assez brèves, qu'il aurait pu écrire

Le booklet de notre nouvel album est illustré par des photographies d'animaux morts, probablement empaillés. Y a-t-il un message symbolique derrière ces images ?

M. : Oui, celle des dinosaures du rock'n roll dont le regard mélancolique est resté figé… Le lapin, le chevreau ou le vison ont tous la même expression dans le faciès… Comme si c'était des natures mortes. Et nous pensons qu'elles sont belles.

Lawrence : C'est un peu comme s'il elles avaient rencontré la béatitude. Une célébration, une fête, un éloge de la joie dans la mort…

Le line up du combo me semble un peu élastique. Vous étiez quatre à vos débuts, trois lors de l'enregistrement d' " In the cold light of morning ", et de nouveau quatre pour accomplir cette tournée. Y a-t-il une explication à cette géométrie variable ?

A. : A l'origine, nous étions quatre, dont un deuxième guitariste. Mais il n'était pas très bon, et nous l'avons remercié. Bien que nous ayons fait appel à un violoniste, un saxophoniste et aussi à des choristes, le deuxième album de Dream City Film est à mettre au crédit du trio. Et l'excellent soliste que tu as pu voir ce soir est un musicien de studio que nous avons choisi pour accomplir cette tournée…

Votre nouvel opus est partagé entre compositions métalliques, presque punk, dans l'esprit de l'urban rock du Detroit de la fin des sixties, une ligne de conduite que vous semblez d'ailleurs privilégier " live ", et d'autres beaucoup plus atmosphériques, comme hantées par la musique country. Pourquoi une telle variété de styles pour un seul groupe ?

M. : Ces formations qui coulent invariablement leurs chansons dans un même moule à la con, me font chier. Tout comme les médias britanniques qui n'accordent pas aux groupes le droit de changer de style. Parvenir à élargir ton champ de vision, en te montrant plus éclectique, c'est quand même plus excitant, non ?

A. : Il est exact qu'on se reconnaît dans le son de Detroit. Mais ce n'est pas restrictif. Disons avec du noir et blanc dans les cheveux, qu'on secoue… (rires)

Le NME déclarait récemment que les comparaisons établies entre le DCFC et Joy Division ou Nick Cave étaient évidentes, mais pas nécessaires. Que pensez-vous de cette réflexion ?

M. : Je connais très mal Joy Division. J'ai peut-être eu l'occasion d'entendre deux ou trois de leurs chansons. Mais je ne vois vraiment pas ce qui nous rapproche de ce groupe. Par contre Nick Cave a certainement eu, quelque part, une influence sur notre musique. Il a puisé au sein de styles différents, et notamment dans la country, le gospel, le blues et le jazz, pour créer quelque chose de personnel, et surtout susceptible d'évoluer. Nous partageons cette manière de voir les choses. Iggy Pop est également quelqu'un d'important pour nous, parce que c'est un blanc qui s'est toujours exprimé à travers une musique noire. Enfin presque. Il est plus agréable d'être comparé à des artistes de cette trempe, plutôt qu'à Stereophonics, ou des groupes de cet acabit. Chez DCFC, nous voulons aller au delà de cette dimension, en y apportant notre touche personnelle. Nous avons choisi un style. Une façon de véhiculer ce style. Une façon de le concevoir. Et une manière de l'exprimer. Propre à nous trois. Parce que nous sommes nous-mêmes.

En écrivant " Stooge ", vous vouliez donc rendre un hommage à Iggy Pop, lorsqu'il était encore flanqué des frères Asheton ?

M. : Oui, c'est exact. Mais aussi parce que nous avions envie de prendre notre pied, en studio. Malheureusement, cet épisode a déclenché un flot de critiques. En fait, on nous a reproché de vouloir piller le passé d'Iggy Pop. N'importe quoi ! Nous l'avons fait pour le fun. Alors, je n'arrive pas à comprendre pourquoi on a fait un plat de toute cette affaire ?

A. : D'autant plus que d'autres avaient déjà opéré le même exercice dans le passé. Mais parce que c'était DCFC, ce n'était pas bien. Ces réactions nous ont vraiment foutu les boules…

Les rythmes tribaux d'Iggy et de ses Stooges, doivent vous toucher au plus profond de vous même, et en particulier Laurence, le drummer ?

L. : Ouais ! Notre musique flaire le sexe. La baise, quoi. En fait, copuler est un des instincts basiques de l'être humain. C'est pour cela que notre musique recèle des aspects tribaux. Elle te prend en dessous de la ceinture. Notre musique est à la fois une affaire de cul et de cœur. Et de tout ce qui se trame entre les deux. N'importe quel bon musicien ou bon artiste est déchiré par ce combat perpétuel entre le haut et le bas (NDR : traduction littéraire : entre le corps et l'esprit). Et la façon dont il l'exprime. C'est cet esprit que nous essayons de préserver. Celui qui nie cette évidence contribue à l'extinction de la race humaine. Or nous voulons qu'elle survive…

A. : Et ce n'est pas l'apogée des ordinateurs qui y changera quelque chose. Car, un jour, ils seront dépassés, à leur tour. Mieux, ils péricliteront. Tant qu'à faire, il vaut mieux empoigner une gratte sèche, s'asseoir derrière des drums et dénicher l'un ou l'autre instrument acoustique, quitte à jouer 'à l'arraché'…

L. : Nous n'avons recours aux amplis que par nécessité…

M. : Il y a des gens qui pensent que l'électronique a une âme. Nous pas. Il n'y a rien d'humain dans une machine. Ce qui ne veut pas dire que nous n'y avons pas recours. Mais avec circonspection. En fait, lorsqu'un effet technologique ne contient pas suffisamment d'âme, nous l'éliminons. Nous sommes des gens qui privilégions l'émotion. Il y a des groupes qui peuvent compter sur de très bons musiciens, mais qui travaillent en pure perte. Lorsqu'on monte sur scène, c'est pour faire passer quelque chose, un feeling au public. Je crois qu'il est surtout important de rencontrer les bonnes sensations. C'est à quoi nous voulons arriver. Avec ce deuxième album, nous sommes parvenus à atteindre de nouvelles émotions, une certaine grandeur d'âme, alors que sur le premier opus, on n'était nulle part. Et c'est en reconstruisant sur notre merde qu'on est parvenu à un résultat…

Lorsque vous avez écrit " Billy chic ", vous vouliez faire une ode à la cocaïne ?

M. : Non, pas du tout. La cocaïne n'est pas une drogue créative. Elle permet simplement aux mecs d'avoir l'illusion d'être Dieu, lorsqu'ils sont sur scène. Ce n'est pas du tout un produit que j'ai envie d'essayer. Parce que si j'atteins un jour la spiritualité ultime, ce ne sera pas avec de la came. En fait, celui qui en prend n'est pas bien dans sa peau. N'a guère confiance en lui. Estime qu'il est piètre chanteur ou mauvais musicien. J'ai un bien meilleur opinion de moi-même. Ce qui explique pourquoi je pense pouvoir arriver à cet état d'élévation de l'âme, sans avoir recours à ces artifices. " Billy chic " n'a rien à voir avec un quelconque éloge de la drogue, et de la cocaïne, en particulier. Il s'agit en fait, d'un état des lieux des médias en Angleterre. La cocaïne, est un voyage très onéreux destiné à te réduire à l'état d'épave. C'est de la merde, de toutes façons. Et une épave est incapable de créer, tombe dans la dèche, n'est plus qu'un pauvre type sans talent, dont on a même oublié l'existence. Et cela, c'est la pire des choses qui pourraient m'arriver.

Qu'est ce qui est gothique chez Dream City Film Club ?

A. : Rien ! Et si tu penses que nous sommes gothiques, alors on va se chamailler !

M. : Ce matin, nous nous sommes réveillés à Gand. Une ville dont l'architecture est gothique. Leurs architectes bâtisseurs étaient gothiques. Les artistes des années 80, qui jouaient du phaser, en ajoutant un peu de reverb derrière, n'avaient rien de gothique. Nous ne croyons que dans le gothique d'il y a 800 ans. Donc, quand tu me parles de gothique, c'est à cet art que je pense…

Pourtant, DCFC a une tendance à explorer la face la plus sombre, la plus pessimiste de la nature humaine ?

M. : Oui, mais c'était dans le passé ; et en particulier sur le premier album. Notre volonté est de se débarrasser le plus rapidement possible de cette image ténébreuse. En fait, il est plus facile d'écrire au sujet de choses tristes. C'est comme un trou noir qui vous aspire. Notre prochain album sera plus éthéré, davantage enclin à une forme d'élévation de l'âme…

Vous préférez sans doute troquer cette image noire contre de l'humour noir, je suppose ?

M. : Evidemment, parce que les gens prennent tout trop au sérieux. Ils sont horrifiés par ce qu'on raconte, car ils prennent tout au premier degré. Et cette situation nous amuse…

Merci à Vincent Devos.

(Version originale de l'interview parue dans le n° 73 - mai 1999 - de Mofo)

Natacha Atlas

Transglobal Overground

Écrit par

Superstitieuse, Natacha Atlas considère que le chiffre trois lui porte bonheur. Trois, c'est également le nombre d'albums solo que cette bruxelloise de naissance et vocaliste de Transglobal Underground a enregistrés à ce jour, "Gedida" étant le petit dernier en date. Certains l'ont donc classé pile entre l'option dance et les mélopées arabisantes qui partageaient "Halim" et "Diaspora", ses deux précédents opus. 

Doit-on comprendre que tu as tourné le dos à l'esprit de tes deux précédents albums qui n'étaient pas des produits réellement commerciaux?

Non, les deux précédents n'étaient pas vraiment commerciaux. Je n'y chantais par exemple ni en français ni en anglais, mais la plupart du temps en arabe. A priori, c'est une démarche qui peut avoir l'air anti-commerciale quand on est signée comme moi sur un label basé en Europe... Sur "Gedida", j'ai enregistré une chanson en français et je chante pour la première fois en anglais, mais toujours dans mon style, avec mon attitude. Bien que le feeling soit resté oriental, le public francophone par exemple pourra y entrer de manière plus immédiate.

Trans, Plant & Page

Comment es-tu perçue par les artistes des pays du Moyen-Orient?

De manière très variée selon les endroits. J'ai ainsi eu l'occasion de me rendre au Liban et je sais donc que j'y suis appréciée. En Jordanie également, même si ma réputation y est bien moindre. En Egypte, par contre, c'est surtout des artistes que je suis connue, et certaines pop-stars comme Hakim connaissent bien mon travail. Ce dernier prépare d'ailleurs en ce moment un album qui rappelle les miens par certains égards, notamment parce qu'il aime ce que je fais. Il a aussi voulu que Tim, de Transglobal, travaille avec lui sur les arrangements des cordes... arabes! 

Arriver à se faire connaître dans un pays comme l'Egypte ou l'identité culturelle est aussi forte, c'est plutôt pas mal...

Puisqu'on parlait de Hakim, je trouve fantastique qu'il s'intéresse à de nouvelles sonorités. C'est quelqu'un qui aime l'aventure. Il sait que la musique égyptienne n'a pas évoluée depuis 20 ou 30 ans. En fait, elle est carrément devenue ennuyeuse! Sauf pour le public local qui est non seulement très difficile à convaincre, mais qui est en plus devenu conservateur et qui souffre toujours de ce complexe de supériorité hérité des années 50 et 60. A l'époque, c'est vrai, la culture musicale égyptienne signifiait réellement quelque chose et était vraiment 'en avance' sur celle des pays voisins. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Ce conservatisme est en partie dû au fait que la liberté d'expression n'y est pas vraiment encouragée, ce qui freine évidemment tout développement artistique.

Que penses-tu de l'intérêt marqué par certains artistes occidentaux pour la musique arabe? Jimmy Page et Robert Plant, par exemple, qui ont emmené Transglobal en tournée?

La plupart du temps, si l'intention de ces artistes est bonne, le résultat n'est pas vraiment heureux. On dirait bien souvent qu'il manque un ingrédient dans leur recette. Bien sûr, tout dépend de qui il s'agit. L'intérêt pour la musique arabe manifesté par Jimmy Page et Robert Plant est réel, bien connu et ne date pas d'hier. Ils la respectent, mais ne viennent pas de cette tradition. Pour bien la comprendre, saisir ses racines, je crois qu'il faut s'y être dévoué pendant de longues années, comme certains très bons joueurs de oud qui ne sont pas arabes. Transglobal Underground l'a fait et la meilleure preuve en est cette collaboration avec Hakim. Et tout cela, sans divorcer de la pop occidentale, ce qui est encore moins évident. Page et Plant sont des rockeurs et ne prétendent pas autre chose. Leur but n'est pas non plus d'intégrer la musique arabe. Sur un titre comme "Most High", ils utilisent des éléments marocains dans une sorte de séquence que j'ai eu l'occasion d'entendre plusieurs fois pendant leur tournée. J'avais un peu de mal à accrocher au départ, mais je m'y suis faite... Aussi parce que ça me rappelait certains titres de Led Zeppelin que ma mère écoutait à quatre heures du matin...

World Family

Tes racines sont très diverses. Tu t'es même un jour décrite comme une 'bande de Gaza humaine'...

Disons que je me sens anglo-arabe, entre l'Orient et l'Europe. Je suis née à Bruxelles, j'ai été à  l'école en Angleterre, et ma famille est originaire de Meknes, au Maroc, d'où elle a essaimé. En Palestine, en Egypte, en Europe, j'ai même un oncle qui vit au Brésil. La Seconde Guerre Mondiale et les années qui ont suivi ont poussé mon grand-père à cacher en quelque sorte ses origines juives sépharades. A l'aube du 21ème siècle, je crois qu'il n'y a plus vraiment de raison de taire ainsi ses origines. Moi, je me sens bien par rapport à elles, d'où mon 'coming out'...

Sur le plan religieux également?

L'héritage familial légué par nos ancêtres inclut trois religions: le judaïsme et l'islam, ainsi que la religion chrétienne du côté de ma mère. J'ai toujours été libre de choisir, parce que mes parents se sont continuellement intéressés à différentes philosophies religieuses. Eux-mêmes se sont essayés à diverses expériences philosophiques. Moi, j'ai choisi d'être musulmane. 

Et tes racines bruxelloises?

Même si je suis née à Bruxelles et si j'y ai passé quelques années, j'éprouve beaucoup moins d'affinités qu'il y a 8 ou 9 ans. Le Bruxelles de l'époque n'existe plus pour moi. Beaucoup d'endroits où j'allais, où je travaillais, ont disparu. Pas mal de mes connaissances sont retournées au Liban ou au Maroc. J'ai juste encore un peu de famille ici, et quelques cousins ou tantes...

Interview parue dans le n°71 du magazine Mofo de mars 1999

 

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