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Denver ou DNVR ?

DNVR est l'étoile montante de la scène soul française, fusionnant les grooves sensuels des années 60, l’âme vibrante de la Motown, et l’improvisation subtile du jazz. Formé de sept musiciens passionnés, le groupe (qui se prononce Denver) propose une musique à…

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Hooverphonic

Lush

En Angleterre, on est un peu claustrophobe

Écrit par

4AD est un label de plus en plus notoire ; et pour cause, les Throwing Muses, les Pixies et Ultra Vivid Scene y militent. Et ce sont les groupes les plus excitants du moment ! Et puis, il y a aussi Lush –2 filles et 2 garçons originaires de Londres– qui viennent de sortir un nouvel album « Spooky ». C'est leur deuxième elpee, mais leur premier véritable puisque « Scar » était une sorte de compilation de leurs premiers singles. Rencontrés : Miki Berenyi, la chanteuse aux cheveux rouges et à la peau boutonneuse (adolescent look !) et Steve Rippon, le bassiste. On devrait d'ailleurs écrire ex-bassiste puisqu'il avait déjà décidé de quitter le groupe (il a été remplacé depuis par Phil King) au moment où cette interview a été réalisée. Mais Miki n'avait vraiment pas envie d'être confrontée seule aux ‘méchants’ journalistes...

Parlez-moi de votre nouvel album

Miki: Oh my God! (petit soupir et petit silence).
Steve : Tu l'as écouté?

Ben non, je n'ai encore reçu que le single...

S. : Eh bien, l'album a été enregistré pendant les mêmes sessions que le 45. C'est Robin Guthrie, des Cocteau Twins, qui l'a produit. J'espère qu'il n'est pas trop monochrome, pas trop uniforme et que les gens y découvriront un échantillon assez varié de chansons ‘poppy’.

Estimez-vous qu’il existe de grosses différences par rapport à votre album précédent?

S. : Non, pas vraiment. Nous n'avons pas voulu prendre une autre direction, mais bien sûr nos chansons sont un peu différentes de ce que nous avons fait avant.

Comment sont les relations à l'intérieur du groupe? Vous vous disputez souvent?

M. : (rires) Non, On se connaît assez bien l'un l'autre! On est amis, on sait exactement ce qu'on fait ensemble et on ne se lance pas les instruments à la figure. On n'est pas le genre à être furieux envers les autres. Mais on discute, ça oui!

Comment écrivez-vous les chansons, seules dans votre coin ou au complet pendant les répétitions?

M. : Seule dans ma chambre. Même chose pour Emma (NDR : Anderson, l'autre fille du groupe qui compose, elle aussi). Personnellement, ce processus est lent. Je dois y penser longtemps. Et c'est vraiment un travail très dur! Je ne sais pas si j'écrirai toujours de cette façon...

Tu veux dire qu'à l'avenir, vous pourriez essayer d'écrire les chansons ensemble ?

M. : Non. Je pense que ce serait difficile. On n'a jamais écrit les chansons de cette façon-là. Je crois qu'écrire ensemble nous imposerait des contraintes au lieu de nous libérer. Si toi, tu écris à propos des gens, c'est vraiment ton ressenti que tu exprimes. Et pour y parvenir, il faut que ce soit une expérience isolée, personnelle. Si quelqu'un d'autre intervient dans l’écriture de la musique ou des lyrics, j'ai l'impression que tout ce qui fait mes caractéristiques propres de songwriter serait gommé et que toutes les chansons pourraient finir par sonner de la même façon! C'est vrai qu'un jour j'essaierai sans doute d'écrire autrement, mais disons qu'aujourd'hui, je ne sais pas encore comment. Il faudra sans doute tenter des expériences…

Ce que tu dis m'incite à croire que vous accordez beaucoup d'importance aux textes de vos chansons. Qu'est-ce que vous dites, qu'est-ce que vous essayez de communiquer au public?

M. : Ce n'est pas un message dans le sens où on l'entend généralement. Je ne dis pas aux gens ‘Ecoutez-moi, parce que j'ai réellement quelque chose d'important à vous faire comprendre’. Les paroles sont importantes, parce qu'on cherche à faire autre chose que des trucs évidents, comme ‘Hey baby, tu me plais, viens à la maison avec moi’. Je crois que nos paroles ont une autre dimension ; mais je ne pense pas que nous avons l'ambition de changer le monde, hein ? Je voudrais simplement communiquer mes expériences et le faire avec un peu de profondeur. Je ne sais pas si j'y parviens toujours!

Lush est signé chez 4AD. Que représente ce label pour le groupe? Ecoutez-vous les autres disques qui sortent sur le label?

M. : Bien sûr qu'on les écoute, puisqu'on reçoit les disques gratuitement! (rires) Je ne sais pas si nous avons quelque chose en commun avec les autres groupes du label. Il y a certainement des affinités, mais tous les groupes aiment à dire qu'ils sont différents de tous les autres, non ? Moi, je n'aimerais pas dire ‘Oh, nous sommes comme les Cocteau Twins !’ Ce serait stupide. Mais c'est vrai que les gens qui nous écoutent peuvent trouver des similitudes avec d'autres groupes, du label ou non.

Dans mon esprit, vous êtes proches des groupes de filles qui sont apparus au début des années 80, comme les Girls At Our Best ou les Raincoats...

M. :
C'est drôle, parce que les journalistes anglais ne font jamais référence à ces groupes en parlant de nous. Pourtant, Steve, lorsqu'il a rejoint le groupe, nous a dit que nous sonnions comme les Girls At Our Best !
S. : Lorsque Miki m'a demandé de les rejoindre dans Lush, je n'avais aucune idée de la musique qu'ils jouaient. Je suis allé les voir et c'est vrai que le premier groupe auquel j'ai pensé, c'étaient les GAOB. Mais, c'est un groupe très obscur qui n'a sorti qu'un album et deux ou trois 45 tours... Je crois que c'est une bonne comparaison, mais quasi personne ne peut la saisir puisque GAOB est vraiment oublié!

En Angleterre, on préfère vous comparer à Abba. Ennuyeux ?

M. : Non, mais je crois que cette comparaison est vraiment stupide! C'est peut-être à cause de la composition du groupe qui est la même que celle d'Abba. Ou alors parce que nous avons repris une de leurs chansons. Je crois qu'Abba était un grand groupe, mais on ne peut vraiment pas comparer Lush à Abba !

Vous accepteriez de participer au concours Eurovision?

M. : Non, je ne crois pas (rires). Bien que ce soit sûrement très excitant. Tout le monde regarde ce concours! Même nous.

Qu'est-ce qui pourrait s’avérer une réussite, une consécration pour Lush ? Ecrire une chanson parfaite ?

M. : Non. Si on écrivait une chanson parfaite, ce serait une apothéose, le signe qu'on ne peut pas aller plus loin, que c'est fini. De toute façon, je ne crois pas que ce soit possible d'écrire une chanson parfaite.

En Angleterre, vous avez un public, on vous connaît, vous faites la ‘une’ de certains magazines. Ici, en Europe, vous êtes encore des débutants. En quoi les interviews que vous accordez en Europe sont-elles différentes de celles que vous donnez en Grande-Bretagne?

M. : La principale différence, c'est qu'en Angleterre, les journalistes sont plus obsédés par le présent, par ce qui se passe maintenant, la dernière chose qu'il faut avoir entendue. En Angleterre, c'est comme si toute l'évolution musicale ne se passait que durant un mois. On ne nous compare qu'avec des groupes actuels, comme si le passé avait été oublié. Aux Etats-Unis et en Europe, ce n'est pas le cas! En Angleterre, on est un peu claustrophobe, on veut absolument vous rattacher à une ‘scène’. Le trip ‘Manchester’ et tout ça, c'est de l'invention ; les Anglais aime bien l'idée de mouvance, de rassemblement.

Dernière question: les pochettes de disques, vous y travaillez ou vous laissez le champ libre à Vaughan Olivier, le graphiste de 4AD?

S. : On n'y travaille pas. Et on pourrait facilement leur dire voici notre disque, pouvez-vous vous charger de la pochette! Huit jours après, elle serait terminée. Mais la décision finale nous appartient: si nous voulions autre chose, je ne crois pas que cela poserait un problème!
M. : Toutes les pochettes de Cocteau Twins ont une certaine unité et pourtant plusieurs graphistes se sont succédé. Donc, c'est quand même le groupe qui inspire sa pochette. Ce n'est pas parce qu'on est sur 4AD qu'on doit absolument confier ce travail à tel ou tel graphiste. Prend pour exemple les Throwing Muses, leurs pochettes n'ont rien à voir avec ce look.

 

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Quizz 

- La meilleure chanson de Lush ?
“Chirpy Chirpy Cheep Cheep”

 - La meilleure chanson d’Abba
 “Knowing you knowing me”

 - La chose la plus chère que vous avez jamais achetée
Howard Gough (notre manager)

- Boisson favorite
Téquila

- Qui voudriez-vous rencontrer ?
Natalie Wood

 - Le train, l’avion ou l’automobile ?
Le train, parce qu’il respecte mieux l’environnement

 - Le nom de votre animal domestique ?
Casper, Guily, Luigi et Spoony (NDR : ce sont des chats)

 - Combien de disques avez-vous ?
2 500 (approximativement)

 - Que savez-vous de la Belgique ?
Il y a des Wallons et des Flamands. Elle a perdu contre l’Angleterre lors de la dernière coupe du monde

 - La voiture que vous conduisez ?
Une Trabant

 - Dans quel film auriez-vous aimé jouer ?
Bugsy Malone

 - Un groupe rock que aimez / Que vous détestez ?
REM / Soup Dragons

- L’amour existe-t-il ?
Mais oui (en français dans le texte)

 - Le disque qui a changé votre vie ?
« Scar »

- Endroit favori au monde ?
La côte ouest de l’Irlande

 -Comment voudriez-vous mourir ?
En tombant dans une machine à faire de la saucisse.


Interview parue dans le n° 1 du Magazine Mofo de février 1992.

 

Sad Lovers & Giants

L’indépendance, un souci majeur...

A l’issue de la seconde édition du ‘Festival for fun’ organisé à la Gaieté de Bruxelles, le 24 mars 1989, nous nous sommes entretenus avec Tony et Garce, respectivement guitariste et chanteur du (mythique) Sad Lovers & Giants. Exténués, ils nous accordent une interview à l’issue d’une prestation remarquable. Il est deux heures du matin et pourtant, cet entretien se déroulera dans une ambiance à la fois décontractée et constructive. Nous vous en proposons un condensé…

Nous venons d’assister à un excellent concert !

Tony : c’est vrai ?
Garce : nous apprécions le compliment.
T. : pourtant, ce n’était pas facile pour nous.

C’était votre première apparition en Belgique ?

T. : absolument !

La presse britannique traite rarement de Sad Lovers & Giants. Comment justifiez-vous ce manque d’intérêt ?

G. : nous ne jouons pas souvent en Grande-Bretagne.

Pourquoi ?

G. : la plupart des groupes tournent dans les mêmes clubs.
T. : la véritable explication émane de l’absence d’enregistrement en Angleterre depuis plus d’une année. Notre dernier album, enregistré en France (NDR : décembre 88) est une compilation (NDR : « Les années vertes »). La presse ne rencontre donc aucun motif précis pour évoquer notre cas. A la sortie du nouveau 30 cm, davantage d’articles seront consacrés à S.L.&G.
G. : vous lisez beaucoup la presse spécialisée anglo-saxonne, en Belgique ?

Effectivement.

G. : Nous n’avons plus rencontré de journaliste britannique depuis notre dernière tournée en Espagne.

Votre style musical convient à la sensibilité des Continentaux, un peu à l’image de Modern English. Et tout comme vous, les Iles Britanniques semblent les bouder. On se souvient d’un fabuleux concert accordé par Modern English à Zedelgem. Le climat musical baignait d’ailleurs dans une atmosphère assez proche du spectacle que vous avez accordé ce soir.

T. : réellement ?
G. : cette réflexion me surprend agréablement. En fait, si nous divergeons côté musique, nous sommes issus du même patelin. Question d’affinité géographique, probablement !

(un peu ennuyés) Que devient Tristan Garel Funk (NDR : ex-guitariste de S.L.&G.) ?

G. : mon ami !

(ouf !) C’est vrai ? Snake Corps, son nouveau groupe, existe-t-il encore ?

G. : oui, nous relevons en outre du même label ‘Midnight Music’.

A quand l’album ?

G. : nous sommes occupés de l’enregistrer.

Vous participez à d’autres concerts ?

G. : Non ! C’était l’unique prestation sur le Continent. Richard (NDR : l’organisateur) souhaitait spécialement nous engager pour ce festival ; et comme nous estimions qu’il répondait à nos aspirations, nous avons accepté.
T. : une tournée coïncide généralement avec la sortie d’un album. Comme il n’est pas terminé, nous envisageons de revenir plus tard, dans l’année, pour honorer plusieurs dates en Belgique, en France, en Suisse et en Espagne.

Connaissez-vous le Futurama (NDR : à Deinze) ?

G. : un grand rassemblement pour lequel nous serions intéressés de figurer un jour.

Souhaitez-vous décrocher un contrat auprès d’un ‘major’ ?

G. : tout dépendrait des clauses de la convention. Nous disposons, chez Midnight Music d’une grande autonomie d’action. Nous sommes libres de jouer la musique que nous aimons, libres de sortir un album lorsque nous le souhaitons, libres…
T : je pense que les labels ‘majors’ œuvrent sur un marché différent aux masses. Un marché qui s’adresse avant tout aux masses, comme la musique pop. Nous n’émargeons pas réellement à la pop. La scène indépendante constitue le meilleur environnement pur enrichir et développer notre créativité. Que pourrait faire un label ‘major’ avec nous ?

Qu’écoutez-vous pour l’instant ?

G. : j’aime les Waterboys. J’ai assisté à leur spectacle. J’en suis devenu un fan, d’autant plus que leur album est absolument épatant. J’écoute également McCarthy, les Corn Dollies…

The Sun & The Moon ?

T. : ils sont également chez Midnight Music.
G. : Marc Burgess est un ami.
T. : signés par WEA (NDR : Geffen), ils se sont rendus compte qu’ils faisaient fausse route. Ils vendaient davantage d’albums sur un label indépendant.
G. : nous regagnons nos pénates cette nuit. Nous embarquons sur le ferry à Zeebrugge pour un trajet de six bonnes heures au cours duquel nous essaierons de dormir un peu.

(Interview parue le 8 septembre 1989, dans le journal Le Courrier de l’Escaut.)

 

The Legendary Pink Dots

Plus visionnaire que prophète…

Julian Cope et Edward Ka Spel sont, en quelque sorte, les héritiers naturels du psychédélisme. Pour le leader de Legendary Pink Dots, plus personne ne sait très bien s'il appartient au passé, au présent ou au futur. Peut être existe-t-il hors du temps! A l’issue de son concert accordé au Limetlight de Courtrai, nous avons donc demandé à cet artiste avant-gardiste, saturé de références baroques, quelle était sa conception du psychédélisme, et ce qu'il pensait de son rôle de prophète...

Le profil de Legendary Pink Dots, est-il néo progressif ou néo psychédélique? Te sens-tu inspiré, quelque part, par des artistes comme Stockhausen, Syd Barrett, Kevin Ayers ou des groupes tels que Tuxedo Moon et Vander Graaf Generator?

Edward: Notre musique est intemporelle. Elle n'appartient ni au sixties, ni aux seventies. Il n'est pas davantage nécessaire de l'enfermer dans un carcan classique ou progressif. C'est une projection d'idées dans l'inconscient musical. Legendary Pink Dots est l'antithèse du revivalisme, ce qui ne m'empêche pas d'avoir beaucoup apprécié, à une certaine époque, Tuxedo Moon et Vander Graaf Generator.

Ta musique est quand même psychédélique?

Absolument! Mais dans le véritable sens du terme. Le psychédélisme est un état d'esprit qui permet d'imaginer de nouvelles tonalités, d'élaborer de nouvelles textures, de peindre les sons avec de nouveaux coloris. Au cours des sixties, le psychédélisme a permis la multiplication  des formes musicales. Une expansion dont nous tentons de conserver l'esprit. C'est la seule chose dont LPD a hérité du passé. Le psychédélisme rend créatif et me permet d'explorer de nouveaux territoires sonores...

Comme au début des eighties en Californie?

Pas du tout! Le ‘paisley underground’ n'est que du revivalisme, pas du psychédélisme! Il ne mène nulle part! Il est le résultat de distorsions de guitares dans les haut-parleurs. Il ne possède aucune vision kaléidoscopique ; je n'aime pas du tout ce style de musique!

Certains de tes albums sont quand même ouverts à la musique contemporaine et au jazz?

Au jazz? Oui, je suis inconsciemment imprégné de cette forme musicale. Mais l'important n'est-il pas de se faire plaisir en créant quelque chose de différent? De produire des sonorités neuves et réellement excitantes? Cela ne m'intéresse pas de prendre le train en marche. Alors, parfois, je préfère en revenir au jazz...

Tes textes semblent développer des thèmes visionnaires. Lesquels?

C'est trop long à expliquer!

Mais encore! Te considères-tu comme un prophète?

Parfois oui... parfois non... C'est une plaisanterie! Quoiqu'il existe un tas de monde qui y croit dur comme fer. Je ne suis pas un prophète. Si je l'étais, la terre serait alors peuplée de prophètes. Disons simplement que j'accomplis des prédictions, en fonction de mon feeling et de mes expériences personnelles. Ou si tu préfères, j'accomplis des prémonitions qui reposent sur un certain recul que je prends par rapport au monde contemporain. Mais, je ne suis pas un prophète parce que j'annonce l'apocalypse sur la planète terre ou que je pense que l'être humain est devenu un mutant...

N'as-tu pas envie de retourner en Grande-Bretagne?

Pas du tout! C'est un pays dégoûtant! C'est pourquoi je l'ai quitté. Je vis aux Pays-Bas depuis plusieurs années. La Grande-Bretagne est rangée dans le tiroir aux mauvais souvenirs ; je ne souhaite plus y remettre les pieds!

Article paru dans le n°12 du magazine Mofo d’avril 1993

 

The Smashing Pumpkins

La versatilité des formations actuelles me donne le vertige...

Écrit par

Kurt Cobain, leader de Nirvana, vient de déclarer que sans l'avènement de son trio, des tas de groupes yankees, et en particulier le quatuor de Chicago Smashing Pumpkins, n'auraient jamais eu droit au chapitre. Pourtant, James Iha (prononcez "I-A", sans quoi vous déclencherez l'hilarité du personnage) déclare n'avoir aucune affinité avec cette vague métallique qui déferle sur Seattle. C'est d'ailleurs, probablement le seul moment où cet excellent guitariste, mais également brillant 'chèvrechoutiste', s'est montré formel au cours de notre entretien. Alors, Smashing Pumpkins : corruptible ou incorruptible? Et le deuxième album : grunge ou pas grunge?

L'accouchement de votre deuxième opus, "Siamese Dream" m'a semblé particulièrement douloureux. Pourtant en engageant Butch Vig pour le produire, vous auriez dû ne rencontrer aucun problème?

Nous n'avons éprouvé aucune difficulté pour l'enregistrer. Mais il est exact que sa confection a nécessité quatre mois et demi. Ce qui peut paraître assez long. En fait, nous travaillons assez lentement ; et, pour la circonstance, avions décidé de prendre tout notre temps. Avant de nous intéresser à l'album, nous avons préféré sortir un premier single, puis un deuxième single. C'est la raison pour laquelle nous avons choisi Butch Vig à la production. C'est un gars très cool, et son concours nous a permis d'œuvrer dans les meilleures conditions.

En choisissant "Siamese Dream" comme titre de votre elpee, souhaitiez-vous transmettre un message d'espoir à tout ceux qui souffrent?

D'une certaine manière. Je suis incapable de dire pourquoi (NDR: ou plus exactement, il ne souhaite pas s'étendre sur le sujet), mais il reflète des concepts plus optimistes, plus visionnaires. Ce qui n'était pas le cas pour "Gish", davantage dominé par des thèmes douloureux, désenchantés...

N'est-ce pas trop dangereux de naviguer entre réalisme et fantaisie?

N'exagérons rien! Il existe des groupes beaucoup plus réalistes que Smashing Pumpkins. Rage Against The Machine, par exemple. Et toute la panoplie de rappers qui sévissent aujourd'hui aux States. Je ne pense pas que nous soyons davantage des fantaisistes. Nos chansons ne sont pas peuplées de lutins, de travestis et de clowns, que je sache...

Etes-vous froissés lorsque les médias vous taxent de 'grunge'? Le succès récolté par Nirvana et Pearl Jam ne vous étonne-t-il pas?

Irrités certainement! Hormis la concentration d'électricité qui émane des guitares, nous n'avons rien en commun avec ces groupes qui se réclament du 'grunge'. Notre conception de la composition et de l'écriture est totalement différente. Nous ne jouons pas de la même manière. Et notre portefeuille n'est pas aussi garni que celui des membres de Nirvana ou de Pearl Jam (rires). Nous reflétons notre propre image et n'accepterons jamais de nous aligner sur une mode quelconque. Ce qui explique pourquoi nous sommes agacés, lorsqu'on pratique une standardisation des valeurs musicales américaines. Le succès de Nirvana et de Pearl Jam? Il s'explique facilement! En fait, le heavy metal est toujours très prisé aux States. Il est d'ailleurs le seul créneau musical à pouvoir concurrencer la 'dance' et le monde creux de la pop FM. Pour te faire une idée, pense à Bryan Adams! Ceux qui n'appartiennent pas à ces familles vivent dans l'underground, et rencontrent, en général, plus de crédit à l'étranger... Bref, Nirvana s'est contenté de reproduire les nombreux clichés du heavy metal en y injectant une dose d'agressivité supérieure. Un signe des temps qui ne trompe pas. Puisque le succès s'est répandu comme une traînée de poudre. Et pour sortir de leur marginalité, de nombreux groupes, s'y sont engouffrés. Pearl Jam et des tas d'autres. De Seattle, bien sûr, mais également d'ailleurs.

Est-il exact que Smashing Pumpkins est davantage séduit par la musique britannique que par la musique américaine? Et qu'il préfère les artistes du passé à ceux d'aujourd'hui?

Nous n'avons pas d'exclusive, et apprécions autant les groupes américains que les groupes britanniques. La musique du passé que celle d'aujourd'hui. Personnellement, j'estime d'ailleurs qu'il existe pour l'instant, de meilleures formations aux States qu'aux Iles Britanniques. Plus originales. Plus extrêmes. Et si j'ai un petit faible pour le monde ses seventies, celui d'ELO, des Eagles et de Gram Parsons en particulier, je ne rejette pas les ensembles contemporains. Come et Sweverdriver me plaisent beaucoup. Mais la versatilité des formations actuelles me donne le vertige. Elles disparaissent parfois aussi vite qu'elles ne sont apparues. Difficile de s'y retrouver. C'est peut-être la raison pour laquelle je préfère me réfugier dans les valeurs du passé. Mais j'admets qu'il faut laisser le temps à la nouvelle génération d'écrire son histoire...

Vous avez un jour déclaré qu'il était hors de question de vous exhiber hors de contrôle, sur scène, comme Iggy Pop. Etes-vous des adversaires de la consommation de drogue ou d'alcool?

Question à la fois amusante et pertinente! En général, nous conservons la tête froide en toutes circonstances ; mais il arrive, pas très souvent il est vrai, que nous perdions notre self control. Sans avoir recours aux drogues ou à l'alcool, il faut le préciser!

N'est-il pas difficile de vivre à Chicago, deuxième capitale culturelle, mais également deuxième capitale du crime aux U.S.A.?

Chicago ne diffère pas tellement des autres métropoles américaines. Dans le domaine de la criminalité, il existe d'ailleurs des villes bien plus irrespirables. Il existe suffisamment d'espace pour y vivre paisiblement. Le crime ne vous attend pas à chaque coin de rue. Il faut simplement savoir où mettre, et où ne pas mettre les pieds. La population est bien renseignée à ce sujet, et évite de fréquenter ces endroits mal famés...

Pourquoi comparez-vous l'Amérique à un cauchemar 'orwellien'?

Parce que les différents pouvoirs qui se sont succédé y ont fait le lit de la corruption. On a beau remplacer le président, le gouvernement, rien ne change. Le capital tire toutes les ficelles de la société et place ses hommes politiques et ses fonctionnaires d'administration pour le faire fructifier... L'argent ne manque pas aux Etats-Unis, mais il va dans la poche de ceux qui en ont le moins besoin ou dans celle des gangsters. Le taux de hold-up y est d'ailleurs particulièrement élevé. Un constat pas très moral, mais très réaliste! Pourtant, je ne pense pas que l'Amérique soit le pays le plus corrompu. Ailleurs, c'est parfois pire...

Cette situation entraîne inévitablement une recrudescence de la violence?

La violence n'existe pas plus aux States qu'ailleurs! Elle est surtout présente à la TV. Et la communauté internationale imagine qu'elle est notre pain quotidien. C'est faux! Ces excès ne se produisent que dans les bas fonds de certaines grosses villes. La plupart des autres cités sont très peu touchées par ce phénomène. Cette idée n'est qu'un stéréotype monté de toutes pièces à l'étranger, et surtout en Europe.

Est-ce que Smashing Pumpkins est un groupe ambitieux?

Qu'est-ce que tu entends par ambitieux? Devenir des stars? Non, ce n'est pas notre truc! Nous voulons vivre notre aventure, au sein de ce groupe, le plus longtemps possible. Enregistrer de bons albums. Nous produire plus souvent 'live'. Se faire une petite place dans le panthéon de l'histoire du rock. Mais surtout pas comme U2. Bono est tellement devenu imbu de lui même et se prend tellement au sérieux, qu'il en devient grotesque...

Tu ne crois pas que la musique puisse changer le monde?

Non! Je pense qu'elle influe sur le comportement des gens. Mais il est abusif de penser qu'elle puisse changer la face du monde. Aujourd'hui, c'est trop demander à des artistes, qui vivent au jour le jour, de s'intéresser à la fois à leur propre existence et aux questions humanitaires. Ce style de personnage s'est éteint avec John Lennon et Bob Marley...

(Version originale de l'interview parue dans le n° 16 - octobre 1993 - de Mofo)

 

 

 

 

Ed Kuepper

Il y a encore une vie après les Saints....

Écrit par

Lorsque les Saints se sont séparés en 1986, toute l'attention des médias s'est focalisée sur Chris Bailey, chanteur compositeur à l'existence tumultueuse, mais au talent incontestable. Pourtant, Chris s'est enfoncé dans la médiocrité, alors que son guitariste, devenu aussi chanteur par la force des choses, a renversé la vapeur à son avantage. Après un bref intermède chez les extravagants Laughing Clowns, Ed Kuepper va se révéler un auteur prolifique, épinglant en moins de cinq années une flopée d'albums aussi savoureux les uns que les autres. En 1992, il nous a ainsi gratifiés de deux superbes oeuvres, deux disques immédiatement suivis par autant de tournées. La dernière, qui transitait par la Belgique voici quelques semaines, nous a permis de rencontrer ce très sympathique Australien, beaucoup plus loquace lorsqu'il s'agit de causer de son pays natal que pour dévoiler les arcanes du passé...

La scène rock australienne a connu un essor remarquable voici trois ou quatre ans. Aujourd'hui, le phénomène semble s'être quelque peu estompé. Comment expliques-tu cette accalmie?

Je n'en sais strictement rien. Je suis australien, mais je n'ai rien à voir avec la scène australienne. Je n'y ai d'ailleurs jamais porté grand intérêt. Je suis trop absorbé par mon travail pour analyser les turbulences qui agitent le monde musical. Je me consacre uniquement à ma création; il est donc difficile, pour moi, de répondre à cette question...

Des groupes tels que les Triffids, Wreckery, Died Pretty et des artistes comme Grant Mc Lennan et Louis Tillet ne t'intéressent donc pas tellement?

Mwoui! Louis Tillet est quand même un excellent musicien et il récolte un succès appréciable en Australie. En fait, j'aime un tas de styles différents issus d'époques différentes... les Easybeats, les Only Ones, Heart & Soul, les Blue Jays, les Box Tops; pas nécessairement des artistes australiens...

A propos des Box Tops, un journaliste britannique a écrit récemment que tu incarnais l'Alex Chilton des nineties. Est-ce un compliment?

J'apprécie les Box Tops, mais je n'ai pas grand-chose de commun avec Alex Chilton. D'abord ses sources d'inspiration varient totalement des miennes. Il avait recours à diverses drogues pour développer les différentes perspectives de sa composition. Ce n'est pas mon cas. Je n'ai pas besoin de consommer des stupéfiants pour trouver l'inspiration. Sans quoi, c'est sans doute un compliment...

Ce qui ne t'empêche pas d'être prolifique. Mais n'as-tu jamais eu l'idée d'écrire pour d'autres musiciens?

Cette idée ne m'a jamais effleuré l'esprit. Mes chansons sont parfois interprétées, mais je ne compose pas spécifiquement pour les autres. Je me limite à Ed Kuepper et à ses deux groupes.

Deux groupes? Pourquoi deux groupes?

Pour bénéficier d'une plus grande marge de manœuvre dans la création et dans l'interprétation. Ces deux formations me permettent également d'emprunter des directions musicales différentes. Et puis, sur scène, il m'est toujours loisible de concevoir des versions différentes d'une même chanson, suivant qu'elle est jouée en compagnie des Aints ou des New Imperialists. C'est d'ailleurs en compagnie de ce dernier groupe que je viens d'accomplir ma dernière tournée européenne.

N'est-ce pas troublant de baptiser son groupe The Aints lorsqu'on a appartenu aux Saints? Aurais-tu la nostalgie du passé?

Pas du tout! C'est le genre de fantaisie dont je raffole. Romantique oui, mais pas nostalgique. Et n'imagine surtout pas que ce romantisme se limite à une certaine forme de littérature ou de poésie. Il est dans mon tempérament et influe sur ma façon de composer.

Lorsque les Saints ont décidé de mettre un terme à leur existence, un tas de rumeurs a circulé sur les mobiles de cette séparation, mais aucun ne nous a convaincus. Quelle était la véritable raison de ce split?

Nous devenions sans doute trop vieux pour continuer à jouer ensemble. Nos divergences musicales s'étaient amplifiées au fil du temps. Il était donc préférable de nous séparer. C'est un peu comme un joueur de football qui ne parvient plus à exprimer son talent parce qu'il végète dans la même équipe depuis trop longtemps. Et puis en quittant les Saints, j'ai pu explorer de nouveaux horizons, musicaux bien sûr, mais aussi sur notre planète...

As-tu tu encore des contacts avec Chris Bailey? Que penses-tu de son dernier album?

Je le vois épisodiquement. Je n'ai pas eu l'occasion de découvrir son dernier disque, mais bien le pénultième...

Tes albums précédents étaient plutôt minimalistes, "Black Ticket Day" semble davantage façonné dans le rythm'n blues des seventies; le dernier titre du CD, "Walked thin wires", éveillant même certaines affinités avec le son "Tamla Motown" dispensé par Rare Earth sur "Get Ready". Pourquoi?

Je suis plutôt surpris par cette réflexion. Si le rythm'n blues me fascine, je ne pense pas qu'il soit un élément fondamental de ma musique. Si certaines compositions de "Black Ticket Day" flirtent avec le rythm'n blues, c'est tout à fait involontaire de ma part. Ce n'est pas mon objectif. Enfin, "Black Ticket Day" n'est pas plus ou moins minimaliste que les albums précédents. Il s'inscrit dans la suite logique de mon ouvrage. C'est un pas en avant par rapport à "Honey's Steel Gold", et un de plus sur "Today Wonder". Le flux est naturel.

Te sens-tu concerné par la question d'intégration des autochtones en Australie? Penses-tu que ce sujet puisse être mis en parallèle avec la situation des Indiens en Amérique? Est-ce que Yothu Yindi symbolise le combat ethnique des aborigènes?

C'est un problème, effectivement. Mais je doute fort que les aborigènes souhaitent s'intégrer. Ils aspirent à plus d'indépendance. Je ne vois d'ailleurs pas l'utilité de les intégrer dans la société moderne. Ils sont protégés par la législation australienne et sont capables de se débrouiller sans nous. Ils pourraient même fonder leur propre état. La Nouvelle Zélande rencontre les mêmes difficultés avec ses indigènes. Il faut bien comprendre que ces peuplades ont été arrachées à leur culture. C'est vrai que transposé dans une autre époque, la question des Indiens d'Amérique peut être comparable... Yothu Yindi est un groupe de danse folklorique qui a trouvé dans la pop l'occasion de véhiculer des idées indépendantistees à travers le monde. Quant à savoir s'il représente le combat ethnique des aborigènes, c'est une autre histoire...

L'Australie est un pays fascinant, peuplé d'animaux étranges tels que les émeus et les kangourous, traversé de paysages merveilleux et entouré de profondeurs sous-marines abyssales. Bref, un univers idyllique que bon nombre de voyageurs rêvent de découvrir un jour. Est-ce que ces attributs constituent un motif de fierté pour toi ou considères-tu ces caractéristiques comme quelque chose de banal?

J'aime mon pays, mais je ne suis pas un nationaliste. Son environnement est fragile, et les Australiens mettent tout en œuvre pour le préserver. Ce pays est beaucoup plus vaste que les USA. Mais le territoire n'est occupé que par 10 % de sa surface. Le reste est la propriété du désert. Les habitants sont très attentifs à la sauvegarde des zones vertes. C'est essentiel pour maintenir l'équilibre écologique du pays. C'est un endroit unique, et j'espère y vivre le plus longtemps possible...

L'Antarctique n'est pas tellement éloignée de l'Australie. Plus personne n'ignore que son sol regorge de richesses naturelles. Ne crains-tu pas que dans un futur proche, ce site ne devienne un nouveau Far West, avec les risques de pollution incontrôlable auxquels l'Australie n'est que très peu confrontée aujourd'hui?

C'est un réel danger pour l'Océanie, et j'y réfléchis souvent. Tout notre continent est exposé à ces risques, et en particulier la Nouvelle Zélande et Tahiti. Il est d'ailleurs à craindre que les excès ne soient commis par ceux qui pratiquent les essais atomiques dans le sud du Pacifique. La plupart de ces pays détiennent déjà des droits territoriaux sur l'Antarctique; et au vu de leurs antécédents, je serai très étonné qu'ils se soucient des nuisances écologiques. Je regrette qu'il n'y ait pas suffisamment de monde qui soit sensibilisé par la question. Si les grandes puissances étaient victimes de graves préjudices causés par des expériences nucléaires, elles réagiraient différemment...

(Version originale de l'interview parue dans le n° 9 - janvier 93 - de Mofo)

 

Front 242

Le succès, c est ce qui peut arriver de pire.

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Front 242 est à un tournant de son existence. Période difficile à négocier, parce qu'elle se situe au moment ou il entreprend des expérimentations audacieuses. Comme celle qu'il vient de mener en compagnie du groupe new-yorkais Spill. Une situation qui ne fait pas que des heureux, et qui inévitablement entraîne des dissensions au sein de cette institution nationale. Malgré la contestation, Patrick Codenys et Daniel B ont décidé de faire front! La survie du groupe en dépend. Nous avons recueilli, pour vous, les confidences du second nommé...

Comment c'est déroulé la dernière tournée Lollapalooza?

Couci-couça. Alternant des temps forts et des temps plus faibles. Côté ambiance, nous n'avons pas eu à nous plaindre. Mais si on aborde l'aspect musical, l'optique est différente. Nous avons rencontré des problèmes. Techniques surtout. Nous ne sommes pas un groupe de festival. Tout le monde a pourtant fait le maximum, mais le changement de line-up nous a joué de vilains tours.

Qui est la nouvelle chanteuse?

Ce n'est pas une nouvelle chanteuse! Nous l'avons engagée pour participer à notre album "Off", mais nous ignorons toujours si nous allons poursuivre cette expérience. Elle joue en fait dans un trio new-yorkais que nous aidons : Spill. Le compositeur/percussionniste Eran Westvood participe d'ailleurs à notre tournée.

Comment êtes-vous entrés en contact avec ce groupe?

Un hasard! Après avoir donné un concert à New York, nous sommes sortis en boite. La chanteuse nous a glissé une cassette. Nous l'avons écoutée. Elle nous a plue. Nous les avons contactés. Et depuis, nous avons sympathisé.

Comment Richard a t-il réagi à son éviction du groupe?

Pas très bien! Mais il faudrait plutôt lui demander. Cela ne s'accepte pas de gaieté de coeur. C'est humain! Se sentir évincé? Je crois qu'il n'y a que lui qui puisse le croire. Il n'a aucune raison de se sentir écarté du groupe. Nous avons simplement voulu expérimenter une formule différente. Par exemple, mixer en "live" ne m'intéresse plus. J'ai fixé mes limites. Je ne me sens pourtant pas exclu parce que j'ai demandé d'engager un technicien pour me remplacer. Il faut savoir relativiser les événements. Le timbre vocal d'un homme est différent de celui d'une femme. Le chanteur ne va pas improviser une petite voix haute, un falsetto quoi! Lorsque tu souhaites incorporer une voix féminine, tu fixes ton choix sur une chanteuse. L'inverse aurait d'ailleurs pu se produire, si nous avions toujours fonctionné avec une chanteuse. Probablement, qu'à un certain moment, nous aurions senti le besoin de nous tourner vers un chanteur. Je pense que cette expérience traduit un besoin d'explorer de nouveaux paysages sonores...

Etes-vous toujours aussi enthousiastes pour vous produire 'live'?

Personnellement, je n'ai jamais été enthousiaste pour me produire en public. Parce que je suis trop difficile. Le degré de qualité atteint 'live' est toujours insuffisant. Donc ne me satisfait pas. Mais demande plutôt à tous ceux qui assistent à nos concerts ce qu'ils en pensent. Parce que moi, je ne serai jamais content.

Le succès engendre-t-il chez Front 242 une plus grande liberté d'action ou provoque-t-il une accumulation de contraintes? N'existe-t-il pas un risque de tomber dans l'autosatisfaction?

Le succès, c'est ce qui peut arriver de pire. Il exige une grande force de caractère, susceptible de surmonter les épreuves. Parce qu'il entrave la liberté d'expression. Aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur du groupe. La pression des labels s'accentue. Celle des fans aussi, freinant alors l'évolution de notre création. Je m'en suis plaint récemment. Un type nous a menacés de nous dynamiter si nous nous présentions avec une chanteuse sur scène! Une partie de notre public ne souhaite pas que nous progressions. Il veut que nous reproduisions "Headhunter" ou "Welcome" jusque la fin des temps. Dans ces conditions, je préfère décrocher...

La musique électronique n'est-elle pas au bout du rouleau?

Le monde a évolué. Front aussi. La musique typiquement électronique pratiquée, voici dix ans, n'a plus aucun avenir. La musique hybride bien! Hybride parce qu'elle n'exclut rien. Ni les guitares, ni les drums, ni les samplings.

Un peu à la manière des Young Gods?

En général, j'évite de donner mon avis sur les autres groupes. Pour les Young Gods, c'est un peu différent. Je n'aime pas tout ce qu'ils font, mais leur démarche me plaît beaucoup. Leur musique est pourtant sous-estimée. C'est peut-être un peu de leur faute. Parce qu'ils ne cherchent pas à occuper la place qu'ils méritent. Front est probablement dans le même cas. Je reconnais qu'il existe un parallèle entre les deux groupes dans la manière de concevoir la musique. Avec un résultat différent, c'est vrai! Mais des problèmes identiques. Sur scène par exemple. Nous devons absolument trouver une solution. Et je pense que si, ni les Young Gods, ni Front ne parviennent pas à donner une nouvelle impulsion à cette musique, nous allons déboucher sur une impasse. C'est la raison pour laquelle nous avons expérimenté une nouvelle chanteuse et mené des collaborations avec d'autres artistes. La tentative peut avorter. Mais elle mérite d'être vécue. J'estime d'ailleurs que ces expérimentations mèneront à une porte de sortie. Mais ce n'est plus le moment de tergiverser!...

En soulevant des thèmes comme la manipulation, le stress, l'individualisme, la surinformation, la pollution, n'êtes-vous pas occupés de faire le procès de la société contemporaine?

Pas seulement la société contemporaine. L'histoire nous a prouvé et le futur nous démontrera qu'elle recèle davantage d'aspects négatifs que positifs. Chaque individu doit se battre pour se faire une petite place au soleil. Pour y trouver son petit bonheur. C'est un combat permanent, impitoyable que mène l'homme depuis sa naissance...

Tu ne sembles pas tellement optimiste à l'égard du futur de l'humanité. Est-ce la raison pour laquelle on vous a reproché de défendre des idées d'extrême droite?

Il serait nécessaire de recommencer le processus d'éducation de ceux qui se trompent de cible. Nous n'avons jamais prononcé, ni suggéré de discours semblable. Nous avons dû, même, nous justifier récemment. Ce qui ne devrait jamais se produire dans la vie de quelqu'un. Il est malsain de devoir se justifier lorsqu'une critique est dénuée de tout fondement. Il existe des individus chez qui je pourrais facilement coller une étiquette d'extrême droite ou d'extrême gauche, parce que leur discours reflète une doctrine bien précise. Mais ce n'est pas parce que tu incorpores deux ou trois collages dans une demi-heure de musique que tu en adoptes l'idéologie. Il est indispensable de dépasser les idées préconçues. D'essayer de comprendre la personnalité des autres avant de les juger. La culture devient de plus en plus superficielle; et le pire, c'est que certains médias entretiennent cette situation. Il est plus facile de coller une étiquette sur le dos de quelqu'un que d'essayer de nuancer une opinion ou de comprendre la véritable nature d'un être humain. Tant au niveau politique que musical.

Est-ce que Front est un produit de consommation recyclable?

Oui, je le pense. Je suis étonné que nous ne soyons pas samplés plus souvent. Prodigy nous l'a demandé. Il n'y avait aucune raison de refuser. D'abord, parce que nous n'avons jamais refusé l'opportunité de puiser dans notre répertoire. Et puis nous apprécions sa démarche.

Vous n'avez jamais eu l'idée de composer la musique d'un film?

Nous l'avons souvent proclamé. Mais j'ai l'impression que personne ne nous écoute. N'importe quoi! Même si cette bande sonore n'est pas destinée à un film de science fiction. Tu sais, mon rêve le plus secret serait de sonoriser une œuvre de Peter Greenaway... Mais apparemment cet univers semble plutôt hermétique...

Lors d'un concert, la prestation est interrompue par une panne de courant.
a) vous empoignez des guitares acoustiques, et vous improvisez un set folk.
b) vous entamez des vocalises a capella.
c) vous vous barrez, furieux, et on ne vous voit plus de la soirée.
d) vous persuadez le public d'organiser une émeute.
e) vous filez droit sur la cabine, et tentez de réparer les circuits défaillants.

Une aventure qui nous est déjà arrivée! Mon sequencer continue néanmoins de fonctionner, parce qu'il est alimenté par une batterie... Nous n'improvisons certainement pas un set acoustique. Nous ne sommes pas furieux, sauf si après avoir prévenu l'organisateur de cette défaillance survenue lors du soundcheck, elle se répète au moment du concert. Mais en général, nous attendons patiemment la suite des événements. Et si l'incident perdure, nous plions bagages. C'est un cas de force majeure! Je nous vois mal entamer un exercice a capella (rires)!

Version originale de l'interview parue dans le n° 17 (novembre 93) du magazine MOFO

 

 

 

 

 

 

Pulp

Notre public est probablement le plus sexy de la planète...

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Vous avez certainement déjà eu l'occasion d'écouter le hit "Do you remember the first time?", une chanson qui figurera sans doute parmi les meilleurs singles de l'année. Elle est reprise sur un album de la même veine, "His'n Hers". Pourtant, avant de connaître ce succès foudroyant, la formation de Sheffield a végété dans la zone crépusculaire de l'underground pendant plus de dix ans. Comment comprendre que la presse britannique se soit mise soudainement à lui porter un tel crédit. Pourquoi ce groupe est-il passé du jour au lendemain de l'anonymat à l'aube de la célébrité. C'est le guitariste Russell Senior qui a bien voulu essayer de nous donner une explication à ce phénomène...

Si mes souvenirs sont exacts, Pulp était un quatuor à l'origine. A quel moment Candida est-elle venue rejoindre le groupe?

En mille neuf cent quatre-vingt trois. Enfin Candida et moi-même, puisque auparavant, la formation était composée d'autres musiciens. Seul Jarvis est là depuis le début.

Pourquoi cette longue interruption entre 87 et 91? Qu'avez-vous fait au cours de cette période?

Il n'y a pas eu d'interruption, mais nous avons vécu des moments difficiles. Nous avions enregistré un album, "Separations", mais Fire Records n'a pas voulu le sortir. Nous étions dans l'expectative. Alors nous en avons enregistré un second le mois suivant. Mais il n'a pas reçu davantage d'écho. Nous avons alors décidé de cesser de nous produire en concert. Nous nous sommes en quelque sorte croisés les bras en attendant que le label veuille bien changer de fusil d'épaule. Mais au bout de trois ans, la firme de disques ne voulait plus entendre parler de ce disque. Alors nous avons changé de label. Voilà l'explication. Cette période creuse nous a cependant permis de nous remettre en question, d'assimiler de nouvelles références. Un peu plus 'dance', mais pas trop. De repartir sur de nouvelles bases. (NDR: "Separations" est finalement sorti sur "Fire Records" en 1992).

Mais comment expliquer le soudain intérêt manifesté par le public, et par la presse pour Pulp alors?

Sans doute parce que les temps et les modes changent. Au milieu des eighties, nous étions mal compris, même détestés. Le public de cette décennie dénonçait le culte du vedettariat, et les artistes qui essayaient d'atteindre un statut de pop star, comme nous souhaitions le devenir, lui paraissait stupide. Il préférait les choses anonymes. Dès les nineties, il s'intéresse davantage aux personnalités, et c'est très bien pour nous. Notre profil est davantage taillé pour l'époque actuelle. "His'n hers" est un peu comme si c'était notre premier opus. Parce qu'il a bénéficié de conditions idéales pour être enregistré. Et parce qu'il correspond à la somme de nos sensibilités.

Qui sont très éclectiques!

Absolument! Dans une même chanson, nous parvenons à incorporer une multitude d'influences. Les cinq personnes qui composent le groupe possèdent des goûts musicaux différents. Et c'est cette fusion d'affinités différentes qui procure à Pulp ce style si particulier, si original même...

A vos débuts, Sheffield était un peu considéré comme le berceau de la musique synthétique, avec en face industrielle une école dirigée par Cabaret Voltaire, et en face pop des ensembles comme Human League et Heaven 17. N'avez-vous jamais imaginé suivre leur exemple pour obtenir quelque peu de succès?

Non, non! Nous aimions Human League et Heaven 17, et je suppose que d'une certaine manière, nous nous sommes inspirés des mêmes sources synthé-pop. Nous sommes même encore aujourd'hui parfois comparés à Human League. Mais je pense que Sheffield était davantage réputé pour ses groupes industriels. Cabaret Voltaire en tête évidemment. Les usines de construction métalliques forgent l'environnement de cette cité. Et la cacophonie urbaine en est son pain quotidien. Tu comprends donc mieux pourquoi tant de groupes ont adhéré à ce courant industriel. Personnellement, j'ai joué dans Test Department. Des claviers. Mais finalement, je me suis dit que j'aurais pu également reproduire le même bruit dans une manufacture. Et j'ai cherché un autre groupe. Capable de jouer des chansons à la structure mélodique. M'évader de ce contexte abrutissant. C'est pourquoi je suis atterri chez Pulp...

Est-ce la raison pour laquelle vos textes abordent les thèmes du travail, du shopping, de la TV, de la sexualité, des choses de la vie en général, quoi? Cherchez-vous à dénoncer l'absurdité de la condition humaine ou la considérez-vous comme une réalité sinistre, une comédie noire?

Nos lyrics ne sont pas aussi sombres. Nous ne nous prenons pas aussi au sérieux. Nous ne nous prétendons pas des artistes. Pour composer ses textes, Jarvis regarde simplement autour de lui. Il observe les gens qu'il connaît et qu'il côtoie. Il en brosse le portrait à travers leurs aventures et mésaventures. Pas avec un réalisme austère, mais en abordant les événements tragiques, bouleversants, d'une manière humoristique...

Pulp est-il devenu le groupe le plus sexy de Grande Bretagne? N'êtes-vous pas, tout comme The Auteurs et Suede, occupés de faire revivre le glam pop de T Rex?

J'ai déjà entendu parler de cette histoire? Et je l'ai finalement trouvée très amusante. Tu sais, j'ai souvent partagé la chambre d'hôtel avec Jarvis. Et le matin, lorsqu'il se lève, il n'est pas vraiment un sex symbol. Et je ne pense pas qu'il prétendrait l'être. Mais pour la scène, il se métamorphose. Il le devient. Il est élégant, flatteur, séduisant, et se crée beaucoup d'ami(e)s... Cette situation nous permet de rencontrer des tas de jolies filles. Le public est sensible à cette forme de sensualité, car elle est très accessible. Ce n'est ni Dieu, ni une des sept merveilles du monde, mais simplement un être humain qui essaie de se montrer sous son plus beau jour. Et n'importe qui pourrait le devenir. Jarvis exerce sans doute un rôle de modèle pour notre audience. Une audience qui est probablement la plus sexy de la planète... J'aime beaucoup Suede et The Auteurs, mais nous ne partageons pas les mêmes influences. Suede est beaucoup plus rock. Et je ne me sens pas davantage symboliser un groupe de glam pop. Et surtout pas inspiré de Marc Bolan! Mon Dieu! Je sui effrayé rien que de l'entendre dire. Nous essayons d'éviter de reproduire tous ces clichés revivalistes. Nous n'y avons jamais accordé le moindre crédit. Nous nous considérons comme un groupe progressif, moderne. Et je préfère être comparé à des formations telles que Suede et The Auteurs qu'à T Rex ou à des tas d'autres formations. Au moins, si la musique est différente, l'attitude est tout à fait similaire...

Sous la férule du bassiste Steve, Pulp a tourné un film consacré au thème de la perte de la virginité. Un court métrage inspiré par le single "Do you remember the first time?". Est-ce un documentaire entrecoupé d'interviews ou une leçon d'éducation sexuelle?

(rires): C'est un documentaire entrecoupé d'interviews susceptible de servir de leçon d'éducation sexuelle. En fait, nous avons recueilli les propos de différentes personnes sur leur vie sexuelle. En Europe, ce type de reportage n'aurait guère d'impact. Mais en Grande Bretagne, la notoriété des personnes interrogées suscite un grand intérêt auprès du public.

Quel est ton fruit préféré ?

Le fruit de la passion. Des fruits exotiques. Les nouveaux fruits qui arrivent sur le marché. Le pommorello (?). Ceux que nous ne connaissons pas encore et que nous allons découvrir. Nous adorons varier les goûts. Déguster un fruit est à la fois délicieux et sensuel. Cet acte symbolise la musique de Pulp...

Version originale de l'interview parue dans le n° 26 du magazine Mofo de septembre 94.

 

 

Ian McNabb

Un peu comme si j'étais parti en week-end avec la femme de Neil Young?

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Ian McNabb, c'est l'ancien chanteur compositeur d'Icicle Works, groupe liverpuldien né au début des eighties, responsable de petites perles pop comme "Birds fly", "Love is a wonderful colour" et "In the cauldron of love". Depuis la séparation du groupe, soit en 88, il tente un come back en solo. Mais jusqu'il y a peu, il faut avouer qu'il ne s'était guère montré à la hauteur de son talent. Voici quelques mois une idée saugrenue lui a traversé l'esprit: pourquoi ne pas demander au Crazy Horse de participer à l'enregistrement de son nouvel album? Et figurez-vous que le mythique combo de Neil Young a accepté la proposition. Si bien que son "Head like a rock" a pris une coloration électrique tout à fait inattendue, très intense, et puis surtout savoureusement garage. Rencontrer Ian Mc Nabb? C'est un véritable plaisir! Un chouette gars, humble, chaleureux, enthousiaste et très lucide...

J'ignore combien d'interviews tu as accordées cet après-midi, mais quelle est la question qui t'a été le plus souvent posée? Y donnes-tu toujours la même réponse?

Excellente entrée en matière! Il est exact que la plupart des interviews ressassent les mêmes questions. Et ce n'est pas toujours très rigolo. Au fil du temps, tu ressembles à un automate (NDR: il remue la mâchoire comme un automate). Aussi, j'essaie de traiter une même question, posée par différents interlocuteurs, sous un angle différent. J'exécute en quelque sorte un exercice de style. Une attitude qui me permet d'échapper à une certaine lassitude. Ah oui, j'y arrive! Le sujet le plus régulièrement soulevé concerne la collaboration du Crazy Horse de Neil Young pour l'enregistrement de mon album.

Tu t'attends donc à ce que j'aborde cette question?

C'est tout à fait naturel!

Comment t'es-tu débrouillé pour décrocher le concours du Crazy Horse?

Tout simplement en leur demandant. En vingt-six ans, personne n'y avait jamais pensé, à l'exception de Neil Young. Et pourtant, ils ne me connaissaient pas. Je leur avais envoyé le CD "Truth & Beauty", mais ils l'avaient égaré. Ils ignoraient totalement ce que j'allais leur proposer. On n'a pas tellement discuté. Juste le temps de brancher les guitares aux amplis et de jouer quelques accords. Le courant est passé instantanément entre nous. Ce qui explique pourquoi ils ont accepté de se mouiller au projet.

Comment se sont déroulées les sessions d'enregistrement?

Au départ, j'étais un peu impressionné de devoir me frotter à des artistes aussi prestigieux. Toute la crème de Los Angeles y était. Et puis surtout Billy Talbot et Ralph Molina. Ce sont de véritables pros qui ne laissent rien au hasard. Lorsqu'ils prennent les choses en mains, on se sent emporté comme dans un tourbillon. Je dois avouer que parfois, j'ai été quelque peu dépassé par les événements. Mais au bout du compte je suis enchanté du résultat. Tu sais, c'est un peu comme si un rêve d'enfance venait de se réaliser. Je reste un grand admirateur de Neil Young, je ne m'en cache pas...

Quel sentiment as-tu éprouvé en te substituant à Neil?

Je n'ai jamais voulu prendre la place de Neil! Ce serait présomptueux de ma part! Et cela n'a jamais été dans mon intention. Je souhaitais simplement inoculer à mes chansons cette sonorité si particulière, si électrique. Et à mes yeux, seul le Crazy Horse pouvait me le procurer. Pourtant, au départ, Neil n'était pas tellement ravi de voir son groupe collaborer avec un autre musicien que lui. Il avait l'impression d'être trahi. Un peu comme si j'étais parti en week-end avec sa femme. Mais pour Billy et Ralph, Neil avait bien eu des aventures avec d'autres formations. Alors pourquoi pas eux?

Comme l'an dernier, lorsque Neil a tourné avec Booker T and the MG'S?

Figure-toi que ce périple ne s'est jamais achevé. Neil n'était pas tellement satisfait des prestations, et il a abandonné le projet bien avant le milieu de la tournée. Neil est un personnage très sensible, mais également exigeant, tant pour lui-même que pour les autres...

Où en est l'idée de tourner 'live' en compagnie du Crazy Horse?

Nous avons accordé quatre dates en Angleterre. A Liverpool, à Manchester, à Londres et au festival de Glastonbury. Pour la suite, tout dépendra du succès de l'album. S'il marche très fort, une tournée mondiale pourrait être envisagée. Mais cette décision est indépendante de ma volonté.

Pourquoi avoir choisi la marionnette Reginald Prickpuss pour orner la pochette de "Head like a rock"?

Nous cherchions une idée originale pour l'illustrer. Pas une banale reproduction ou une photographie sclérosée. Mais quelque chose qui frappe l'imagination. Et le hasard a encore bien fait les choses, puisque nous sommes tombés sur cette marionnette ventriloque en feuilletant des magazines. Nous avons trouvé l'idée originale et surtout très amusante (il mime, louche et grimace en même temps, déclenchant un grand éclat de rires). Il donne aussi une petite idée du climat qui a régné tout au long des séances d'enregistrement. Et puis, certaines pochettes exercent un certain magnétisme, une certaine attraction. On ne parvient pas toujours bien à en comprendre la raison. Celle-ci tranche en tous cas avec les tronches d'enterrement des photos de groupes proposées habituellement. Elle saute immédiatement aux yeux. Et pour cristalliser l'image de Reginald dans l'esprit des gens, nous avons tourné un clip en compagnie de la marionnette...

Es-tu autobiographe?

Tu vises sans doute les chansons "Fire inside my soul" et "Child inside a father". J'accorde une certaine place aux expériences vécues dans mon écriture. Mais ce n'est pas systématique. A travers ces deux titres, j'ai voulu résumer en quelques flashes les moments les plus marquants de mon existence. Mais je laisse également ma plume voguer au gré de mes rêves les plus inaccessibles. L'être humain traverse pour l'instant une histoire chargée de tant d'événements tristes. Je ne sui pas John Lennon! Lorsque les Beatles se sont séparés, il était devenu exclusivement autobiographe. Une attitude qui l'a rendu hermétique au monde contemporain. C'est trop introspectif. Cette source d'inspiration n'est pas idéale!...

Les States semblent toujours te fasciner. Dans le passé, il t'est arrivé de prendre un accent yankee pour interpréter l'une ou l'autre chanson. Pour enregistrer "Head like a rock", tu t'es exclusivement entouré de backing vocaux américains. Pourtant, tu es issu de Liverpool, fief des Beatles. N'es-tu pas occupé de renier tes origines?

Je ne vois franchement personne susceptible d'arriver à la cheville des Beatles. Leurs harmonies vocales étaient tout à fait exceptionnelles. Même en solo, ni George, Paul, Ringo ou John, ne sont parvenus à retrouver cette magie. Et je ne parle pas des groupes comme Squeeze, Tears For Fears ou des Australiens Crowded House qui ne sont que de pâles imitateurs. Parmi les chansons des Fab Four, "I wanna hold your hand" et "Magical Mystery Tour" demeurent à mes yeux les plus belles. Pas que je sois indifférent aux autres. Mais ce sont celles que je préfère. Ma musique, je la veux dans l'air du temps, actuelle. C'est peut-être la raison pour laquelle je suis attiré par tout ce qui se fait au States. Et puis, je souhaitais bénéficier de choeurs gospel sur certaines de mes chansons; or, et c'est chez les artistes noirs américains que tu trouves les choristes les plus talentueux.

Que penses-tu du "Best of Icicles Works" concocté par Beggars Banquet? Quels sont aujourd'hui les rapports que tu entretiens avec les musiciens du défunt combo?

Le label m'avait demandé l'autorisation de sortir cette compilation. Je ne m'y suis pas opposé, mais je ne me suis pas tellement soucié du contenu de ce recueil. Finalement, j'ai peut-être eu tort de ne pas m'impliquer davantage dans la sélection des titres, car ce disque ne reflète pas exactement ce qu'Icicle Works a réalisé de meilleur. Ce qui n'a pas empêché le CD de bien se vendre. Mais ce n'est certainement pas un "best of". J'envisage d'ailleurs d'en sortir un plus conforme à la réalité, un disque qui permettrait au public de se faire une idée plus exacte de l'histoire du groupe... Lorsque la formation s'est séparée, nous ne pouvions plus nous voir en peinture. On se regardait comme des chiens de faïence. Mais le temps a cicatrisé les blessures. Et il nous arrive à nouveau de nous rencontrer. De prendre un verre, de discuter, de rigoler ensemble. C'est à peine si on se souvient encore du motif de la discorde qui a entraîné la disparition du groupe. Mais je n'aime pas trop fouiller dans le passé. Je préfère aller de l'avant. Je n'ai que trente-trois ans, et je pense sincèrement avoir acquis suffisamment d'expérience pour enfin pouvoir me réaliser. Je ne me suis jamais senti aussi proche du sommet de mon art...

Version originale de l'interview parue dans le n° 26 de septembre 94 du magazine Mofo

 

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