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dEUS - 19/03/2026
dEUS - 19/03/2026

Ariane Moffatt

Dérèglement des machines intérieures

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A 27 ans et déjà une belle carrière dans son Québec natal, Ariane Moffatt nous importe enfin ses états d'âmes et ses bidouillages éclectiques. Figure de proue d'un nouveau genre, le R'n'G, autrement dit le Rhythm'n'Grunge, elle apporte dans ses valises « Le cœur dans la tête », un album qui rappellera à l'ordre tous ceux qui pensaient jusqu'ici que la scène québécoise se limitait aux gens qui hurlent sans avoir grand chose à raconter.

Quel est ton parcours et comment en es-tu arrivée à avoir « le cœur dans la tête » ?

J'ai commencé à chanter au lycée. J'avais un prof super stimulant et stimulé qui nous a poussébs à faire des comédies musicales et la première fois que j'ai chanté, j'ai tout de suite senti l'électricité qui me donnait l'envie de reproduire cet effet. J'ai étudié en chant-jazz et en musique à l'université. J'ai aussi toujours été attirée par les claviers. Quand j'étais petite j'avais un bébé-clavier qui devenait de plus en plus gros à chaque anniversaire ; ce qui explique le côté électronique et expérimentation des albums. Parallèlement, j'ai commencé à écrire mes chansons vers l'age de 16 ans. J'ai joué du clavier et été choriste pour des artistes au Québec. C'est un peu ainsi que j'ai fait mon chemin, jusqu'à ce que le premier album, « Aquanaute » sorte en 2001. Le deuxième est paru en novembre au Québec et le 15 mai en Europe.

On sent énormément d'influences dans ton album. Quels sont les genres musicaux qui t'inspirent le plus ?

Le death metal, c'est celui que j'aime moins ; sinon, je suis ouverte à tous les styles, pourvu que ce soit bien senti et que cela grove. J'aime ce qui est vrai, ce qui vient du cœur, du reggae au trip-hop en passant par le hip-hop, le folk-roots ou les musiques du monde. Je pense que c'est cela qu'on entend dans ma musique : le désir de fusionner plein de choses. J'ai essayé de faire quelque chose de nouveau avec ça. « Le cœur dans la tête » est très éclectique, il va dans tous les sens ; mais ça fait partie de moi de vouloir explorer toutes sortes de choses. Peut-être qu'un jour je me rangerais dans un style particulier mais j'aime pouvoir toucher à différents genres.

Tu as travaillé entre autres avec Marc Déry, Daniel Bélanger ou encore M. Quelle est l'expérience qui t'as le plus marquée ?

Celui qui a été pour moi le déclencheur, c'est Daniel Bélanger au Québec. Dans la francophonie, cet artiste est un secret trop bien gardé. D'ailleurs sur mon album je reprends un de ses titres : « Imparfait ». Il m'a fait confiance dès le début en m'engageant dans son groupe comme claviériste alors que je n'avais pas vraiment beaucoup d'expérience en échantillonnage ou en programmation. Je me suis retrouvée dans le bain et devais donc me débrouiller. Il m'a ensuite permis de faire ses premières parties avec mon propre matériel, ce qui m'a permis de rencontrer le public et de préparer le terrain pour mes albums. Il a été extrêmement influent et c'est une rencontre qui s'est transformée aujourd'hui en grande amitié.

Il a fallu 3 ou 4 ans à l'album « Aquanaute » pour débarquer en Europe et seulement 6 mois pour le dernier. N'est-ce pas un peu frustrant que ça prenne autant de temps ou même de devoir assurer la promo de deux albums en même temps ?

Disons que « Aquanaute » est sorti en Europe de manière très lente parce que c'était un critère important pour moi que de ne pas être identifié par cet album, parce qu'il y a trop longtemps qu'il est sorti. Le fait de pouvoir sortir aussi vite « Le cœur dans la tête » synchronise un peu plus la promo avec le Québec. En concert, j'opère juste un mélange des deux albums.

C'est comme recommencer à zéro...

C'est sûr. On est dans un nouveau territoire, un nouvel environnement, et le public est différent. Peut-être un peu plus spécialisé dans ce que je réalise. J'espère attirer un public qui corresponde à ce que j'essaie de créer, entre la pop et les trucs un peu plus expérimentaux. J'aime l'idée de ne rien prendre pour acquis et d'avoir la possibilité de recommencer mais, cette fois, avec tout ce que j'ai appris, toute l'expérience que j'ai acquise au Québec. Je suis surtout dans une optique d'expérience de vie. Même si j'ai signé chez une major, je suis pas du genre 'je suis là pour conquérir'. Mon optique est beaucoup plus humaine. Elle me permet de vivre également des rencontres professionnelles extraordinaires...

Avant, la France se contentait d'importer des artistes canadiens 'à voix' et depuis l'émergence de la 'nouvelle vague', illustrée par des artistes comme Cali, Benabar, Camille, etc. on voit enfin des artistes qui ont des choses à dire. Ton succès, tu préférerais le mettre sur le compte de cette nouvelle scène ou tout simplement sur ton duo avec M ?

C'est vrai que le rapport Europe-Québec s'est tissé sur cette scène-là. Quand j'étais plus jeune, j'avais un peu peur, pour percer en France, de devoir passer par le corridor des chanteuses de comédies musicales ou de la variété. C'est pas ce que je voulais. J'écoutais déjà M à l'époque et je voulais appartenir à ce courant là. M fait partie d'une famille de gens qui ont leurs convictions, qui font leurs trucs sans concession et fonctionnent sans gros rouages commerciaux. C'est un courant qui communique de mieux en mieux.

Y'a-t-il aujourd'hui des artistes que tu ne supportes plus d'entendre et, à contrario, quels sont ceux que tu écoutes le plus en ce moment ?

J'aime beaucoup cette nouvelle chanson, de Philippe Katerine à Keren Ann en passant par Camille ou Mathieu Boogaerts. Ce sont tous des gens qui m'inspirent par leur folie. Ils provoquent et savent ce qu'ils veulent. J'aime leur audace. Par contre, je suis pas très fan de la variété construite sur un moule, étudiée pour cartonner.

Un disque culte ?

« Little Earthquakes » de Tori Amos.

« Will You Follow Me » est une chanson en VF dont le titre est en anglais. Un disque d'Ariane Moffatt entièrement en anglais, est-ce possible ?

Oui. Je pense que ce franglais fait partie de ma personnalité. De mon quotidien. Au Québec, on est entre les deux et j'ai cette manie-là de mélanger les deux langues. Je le fais un peu dans mes chansons et j'ai déjà quelques textes en anglais ; mais je laisse mûrir l'idée...

Dans ton single « Montréal », on te sent heureuse d'y retourner. Qu'est ce qui te manque le plus quand tu n'y es pas ?

En fait j'ai choisi Montréal comme j'aurais pu choisir n'importe quelle ville où tu te sens à la maison. Ce qui est fun c'est de ramener ce que tu as puisé ailleurs puis de le mettre dans ton petit nid. Cette chanson-là parle autant du désir de rentrer à Montréal que de la joie d'être partie.

Tu es l'instigatrice du R'n'G. Quels sont les ingrédients pour être un bon artiste R'n'G ?

C'est une façon de définir ce jeu de contraste entre le côté groove ou dub et le côté guitares un peu plus acérées, un peu plus grunge. C'est le mélange entre ces deux pôles-là. Un peu black'n'white.

Y'a-t-il d'autres artistes que tu considère comme R'n'G ?

Y'a des bouts du dernier album de Cake (NDR : « Pressure Chief ») qui vont dans ce sens-là. Ca m'a donné envie d'aller dans cette direction.

Dans la chanson éponyme de ton nouvel album, tu dis 'j'ai des vices cachés'. On peut savoir lesquels ?

(Rires) C'est une question piège, ça ! Au moment où je l'ai écrit, je ne les connaissais pas vraiment. Je les ressentais. C'est un petit dérèglement des machines intérieures. C'est très vaste... 

 

 

The Big HatBand

Plus d une corde à sa guitare...

Écrit par

Performeurs wallons, animateurs écossais, les nouveaux éphèbes du rock belge se situent très mal sur les cartographies sonores du pays. Alors, ils prônent la réforme. Sans remettre en cause les institutions, The Big HatBand fait sa révolution. Persuadé que le rock'n'roll peut changer les vies, ces quatre ' Boys In The Band' accélèrent la cadence et se lancent sur un chemin électrique, orageux. Un itinéraire dangereux, parcouru de quelques spectres tutélaires (The Libertines, The Ramones, The Jam) et d'insatiables revenants (Buzzcocks, Wire). Alors, ce nouveau Gang Of Four changera-t-il la donne ? Rien n'est moins sûr. Mais la guitare est dans leur camp...

Si vous nous racontiez votre rencontre ainsi que l'histoire internationale du groupe ? 

A l'origine, Diego (guitare) et moi (Arnaud : chant, guitare) fréquentions la même école secondaire. A Nivelles. Fatalement nous sommes rencontrés ? Nous étions alors âgés de 16 ans. Nous avons commencé à jouer en duo, sans aucune prétention. Puis, un ami nous a rejoint pour se charger de batterie. (NDR : aujourd'hui, c'est Andrew Bolton qui se réserve les fûts) ; et, enfin, Edgar (chant, guitare) est venu compléter le line up. En février 2003, on nous a proposé un premier concert. L'idée ne nous avait pas encore effleuré l'esprit... néanmoins, cette proposition nous a motivés. Les concerts se sont alors enchaînés et nous nous sommes inscrits à des concours. En général, nous avions de bons échos de nos prestations. Après avoir remporté le prix de la Province de Namur lors du 'Fields Rock Festival', nous avons eu la chance d'enregistrer notre première démo. Voilà où nous en sommes aujourd'hui.

Quelle sera la prochaine étape ?

La suite logique de nos aventures nous mènera sans doute à enregistrer un album. Mais pour l'instant, l'heure est au maxi. C'est déjà une certitude : il sera enregistré cet été. En principe, les choses devraient bouger puisque, aujourd'hui, certaines personnalités influentes du paysage musical nous accordent un peu d'attention.

Avez-vous l'impression que le groupe vient de s'ouvrir les portes d'une autre dimension, accédant ainsi à une nouvelle étape dans sa jeune histoire ? 

De toute façon, ce n'est pas ce qui était prévu au départ. Et vous savez pourquoi ? Parce que rien n'était planifié ! Parfois, nous organisions des répétitions, mais nous ne pensions jamais jouer en concert face à un public. Les choses se sont précipitées et, de concerts en concours, nous avons progressé. Pourtant, The Big HatBand n'a pas été programmé. Arnaud (chant, guitare) et Edgar (chant, basse) ne se connaissaient même pas avant la première répétition ! 

Il est relativement difficile de rapprocher The Big HatBand d'un autre groupe de la scène belge. Vous êtes obnubilés par les guitares punk estampillées 1977-1979. Pensez-vous changer votre guitare d'épaule?

Certainement pas ! Nous voulons être le premier groupe en Belgique à percer avec cette musique. Maintenant, on espère qu'une évolution pourra s'opérer et que The Big HatBand sera à la base de ce changement. Showstar, Girls In Hawaï, Flexa Lyndo... on en a marre de cette vague ! The Big HatBand propose autre chose, une alternative. Nous aimerions aussi profiter du peu de moyens mis en place en Communauté française pour nous mettre en évidence. A ce titre, des expériences comme la Fête de la Musique ou le Concours Circuit représentent énormément : nous avons tout à prouver ! 

Vous êtes francophones. Mais lorsque vous vous exprimez en anglais, vous ne rencontrez aucun problème d'accent. Quel est votre secret ? 

Notre secret, il s'appelle Edgar ! Il est Ecossais mais vit à Bruxelles depuis sept ans. Ce qui est drôle, c'est qu'Andrew, notre batteur, est aussi Ecossais. Nous sommes donc le premier groupe belgo-écossais de Belgique. Nous ne rencontrons pas les problèmes d'accent que peuvent éprouver d'autres groupes. Et pour tout dire, nous sommes davantage ancrés dans la culture anglo-saxonne. 

Pour vous, le rock'n'roll est-il un mode de vie ? 

On ne joue pas avec les clichés... Même si, d'un point de vue vestimentaire, on rejette les shorts ! Pour nous, les fringues participent indéniablement à l'imagerie rock. On revendique une certaine classe... ce qui ne veut pas dire qu'on s'habille mieux que les autres ! Pour être rock'n'roll, il suffit d'en jouer, de s'amuser. 

Qui se charge des compositions dans le groupe ? 

C'est Edgar qui gère cet aspect là des choses. Il compose toutes les parties instrumentales. Son frère – qui ne fait pas partie du groupe – se charge d'écrire les textes des chansons... 

Que pensez-vous d'Internet comme vecteur de diffusion musicale ? 

Nous essayons d'être le plus présent possible sur la toile. Aujourd'hui, Internet participe activement à l'évolution du bouche à oreille. Nous allons donc tout mettre en œuvre pour être davantage visible sur Internet. La mise à disposition de notre musique ne nous dérange pas. En règle générale, nous sommes même plutôt favorables au téléchargement. Il nous arrive souvent d'acheter des disques après avoir entendu un artiste via Internet. A partir de ce moment-là, on ne voit pas en quoi cette pratique peut nuire aux artistes téléchargés. Au contraire : on écoute leur chanson sur le web, on va voir les concerts et, généralement, on achète le disque ! De notre point de vue, Internet constitue un incroyable moyen de diffusion. Nous allons développer notre page sur www.myspace.com/thebighatband. Pour construire notre site officiel, nous envisageons l'engagement d'un webmaster. 

Que pensez-vous de l'implication de la presse belge dans la carrière des jeunes groupes issus de la Communauté française ? 

Nous avons joué au Botanique en première partie des Kooks. Et, lors des dernières Nuits du Botanique, nous étions à la même affiche que les Babyshambles de Pete Doherty. Lors de ces deux concerts, l'accueil du public était génial et ce, sans aucune médiatisation. On trouve regrettable qu'un journaliste du Soir se lance sur les traces de Pete Doherty pendant toute une journée sans nous accorder la moindre ligne dans son article. Nous étions une des découvertes belges de ce festival ? Nous sommes issus de la Communauté française. Alors, pourquoi ne pas parler du concert ? Pour notre part, on a vraiment l'impression que la presse belge délaisse complètement son rock national. Elle préfère aller voir ailleurs, ce qu'elle possède déjà à portée d'oreille. Et à mon avis, c'est une erreur. 

 

 

The Pipettes

Pop essentielle!

Écrit par

Sur les photos de presse, elles portent des robes très kitsch. Leur patronyme évoque les groupes pop des années soixante comme les Ronettes. Leur musique est d'ailleurs imprégnée du climat musical de cette époque. Elles en sont même contaminées. A fond les manettes. Et le résultat est… génial ! Sans rire, l'écoute de leur premier album, « We Are The Pipettes », apporte un sérieux coup de frais. Agréable mélange de mélodies pop fugaces et de tonicité rock bien calibrée, leurs chansons, toutes en simplicité et en saveur, accrochent très facilement. En outre, elles ont l'intelligence de ne pas en rajouter. Ainsi, leur disque est assez court, mais très marquant. Visiblement, ces filles (Gwenno, Becki et Rose) visent l'efficacité. Pari gagné haut la main !

« Musicalement, on a vraiment cherché à aller à l'essentiel », nous confie Rose, « A exprimer l'essence même de la musique que nous aimons et que nous jouons. Bien sûr, nous avons été séduites par les sonorités des sixties, mais nous n'en faisons pas une fixation. Nous ne sommes pas un groupe revivaliste. Nous avons une identité propre et nous comptons bien le démontrer en proposant, dans le futur, des disques constamment différents ». En attendant, c'est vraiment à travers une musique pop très 'philspectorienne' que les Pipettes se révèlent. Et la formule fonctionne très bien : en Angleterre, on parle beaucoup d'elles et ailleurs, on semble leur faire confiance. Le groupe a ainsi été invité à participer à quelques gros festivals, dont le Pukkelpop ce week end !

« Evidemment, on est ravies du déroulement des événements. Mais bon, on a bossé sérieusement aussi, pour arriver à un tel résultat. Ce que l'on peut entendre sur l'album, c'est la somme de deux années de travail, même si le disque (NDR : enregistré à Londres) a été mis en boîte en deux… semaines ! Et nous avons déjà accordé plein de concerts. Nous disposons donc des bases solides ». Et, visiblement, un bon degré de maturité, aussi. « A ce niveau là, nous ne pouvons que louer le travail de Andy Dragazis et Gareth Parton, qui ont produit et mixé l'album. Ils ont très clairement compris où nous voulions aller et se sont parfaitement fondus dans le moule du groupe. Leur apport a été important ».

S'il met en avant trois nanas, The Pipettes n'en est pas moins, de l'aveu même de Rose, un groupe plus complet qu'il n'y paraît : « Sept personnes sont véritablement impliquées dans le line up, en tant que musiciens, compositeurs, etc. Bien sûr, avec Gwenno et Becki, nous représentons l'impact visuel du band mais, en réalité, les autres sont aussi importants que nous. J'insiste sur ce point parce que le groupe tire sa consistance de l'apport de chacun. Nous sommes tous de vrais passionnés de musique et chacun alimente le parcours du groupe avec son héritage musical, ses intérêts pour tel ou tel registre et son énergie. Nous misons sur cette cohésion pour durer et faire évoluer The Pipettes ».

Le nom du groupe serait-il un clin d'œil adressé Ronettes ? A ce que ce groupe représente ? Et dans un contexte plus contemporain aux Raveonettes ? La réponse fuse : « Les Raveonettes, on ne les connaissait pas avant que notre entourage nous en parle. En outre, on avait déjà choisi le nom du groupe. Mais il est vrai que la connotation 'pop sixties' nous plaisait ; et puis, aussi, il ne faut pas oublier que les pipettes sont des tubes utilisés en laboratoire. Or, nous avons de notre groupe, une vision vraiment orientée vers l'expérimentation ».

Bon, on retiendra surtout le premier élément, tout de même plus rigolo et sympathique que le second… Et on salive en tout cas d'impatience à l'idée de découvrir ces Pipettes en live, ce week-end au Pukkelpop. Pourvu qu'il y ait du soleil et un petit vent frais ; ce serait le contexte idéal pour qu'elles puissent se mettre en évidence !

 

HushPuppies

Fans des sixties...

Écrit par

Une formation française qui chante en anglais, ce n'est pas fréquent. Mais en plus, qui pratique une musique directement inspirée par les sixties, relève tout à fait de l'insolite. C'est pourtant le style au sein duquel évoluent les Hush Puppies, un quintet établi à Paris dont les 4/5 du line up sont originaires de Perpignan. Faut dire que leur aventure a commencé dans la capitale du Roussillon sous la forme des Likyds. Elle se serait terminée fin des eighties, début des nineties. Au sein d'une scène dite 'garage'. C'est le boulot qui les a séparés. Puis les a réunis en Ile de France. A l'issue de leur set accordé lors du festival d'Hiver Rock, à Tournai, le combo au grand complet (Olivier, Guillaume, Franck, Wilfried et Cyrille) nous a accordé cette interview dans un climat fort sympathique, même si parfois à la limite de la cacophonie ; tout le monde ayant un peu son avis personnel sur les différentes questions. Ambiance!

La scène 'garage' de Perpignan! Vous en aviez déjà entendu parler? Outre-quiévrain, les scènes pop/rock qui sont parvenues a faire parler d'elles provenaient de la face Atlantique : Bordeaux, Nantes, Rennes ou Angers, en particulier. Et pas du côté de la Méditerranée. Inévitablement il y a de la réaction : « C'est peut-être l'image qui est donnée de l'extérieur, mais ce n'est pas vrai. Des villes comme Montpellier, Nice, Toulouse, Marseille et bien sûr Perpignan ont connu des scènes très actives. Metal Urbain vient de Montpellier! Les Kryptons de Marseille. Les Playboys de Nice. Chez nous, nous privilégions davantage l'aspect british de la musique. Côté Atlantique, c'était plutôt le metal ou le rock typiquement français. Bien sûr Perpignan ne comptait pas 25 groupes, mais peut-être 5 ou 6. 10 au maximum. Et il pratiquait du garage sixties ou du r&b. Ou encore du british beat. Il est exact qu'aucun d'entre eux n'a acquis de notoriété internationale. Mais nous bénéficions d'infrastructures et d'associations qui organisaient des concerts forts intéressants. Des artistes ou des groupes comme les Prisonners ou James Taylor se sont ainsi produits chez nous. Et pourtant, ils n'étaient connus qu'en Angleterre. Et dans les milieux mod… » Ce qui justifie finalement, pourquoi ils chantent en anglais. Mais les formations françaises qui chantent dans la langue de Shakespeare font rarement recette dans l'Hexagone. Par contre un groupe comme Tahiti s'exporte plutôt bien. Les Hush Puppies ne risquent-ils pas d'être confrontés à un dilemme, dans un avenir plus ou moins proche : soit marcher sur les traces des Thugs, de Dominic Sonic ou autre Little Bob Story, et devenir une des valeurs sûres de l'underground chez eux. Ou alors, à l'instar de la bande à Xavier Boyer, viser spécifiquement le marché étranger, tout en risquant de se voir snober dans son pays natal. Le groupe est dans l'expectative : « Si on peut réaliser les deux challenges, ce serait l'idéal. Avoir le beurre, l'argent du beurre et la crémière. On a envie de dépasser le stade de l'underground. Même si je sais qu'en France, ce choix est quasi impossible à réaliser. C'est la raison pour laquelle on essaie de s'exporter. Qu'on vient en Belgique. On rêve aussi de se rendre au Japon. Ce serait parfait si on pouvait avoir le même parcours que Tahiti 80. Mais nous ne sommes pas fermés à la France… »

On pourrait parler des sixties en compagnie des membres des Hush Puppies jusqu'au bout de la nuit. Mais sont-ils davantage influencés par ce qu'ils aiment ou par ce qu'ils écoutent ? « Les deux. C'est vrai qu'on est surtout influencés par ce qu'on aime. Mais pas seulement. On est quand même forcés de se taper ce que les autres écoutent. Dans le camion par exemple. Et puis, on est curieux de découvrir ce qui existe aujourd'hui. Et d'en faire notre propre évaluation. On n'est pas vraiment fermé à un style musical en particulier, même si on est davantage branchés sur des groupes basiques comme ceux nés au cours des sixties. Mais à partir de cette racine, on développe quelque chose de neuf, d'intéressant, de manière à faire sonner différemment ce qu'on entendait à cette époque là. C'est ce qui est le plus difficile… » Et lorsque le groupe entre en studio, emporte-t-il ses disques des Seeds, de Countfive, de Chocolate Watchband, des Flamin' Groovies, des Small Faces, des Doors ou encore les premiers elpees du Who ; question de les écouter, bien sûr, mais surtout de se plonger dans une certaine ambiance ? « Dans notre ipod, en fait, parce que les disques prendraient trop de place. Les albums de référence de ces groupes, on les connaît par cœur. Donc on évite de les emporter en studio, parce qu’on n’a pas envie de faire du copier/coller. Ce n'est pas notre objectif. » Question rituelle : comment ont-ils découverts ces groupes d'une autre époque ? En fait l'un avait un ami plus âgé qui leur a révélé l'existence des Seeds. Puis l'a incité à acheter les compiles des Peebles. Ce sera le déclic. Les parents d'un autre écoutaient les Beatles et les Rolling Stones à la maison. Il trouvait leurs goûts géniaux, mais a commencé à vouloir aller au-delà de ces classiques. Ce sera le début de véritables découvertes. Enfin un troisième avait un frère qui était déjà branché sur la musique sixties. Inutile donc de s'étonner de cet engouement pour la même musique. Au fil du temps, leur culture musicale est donc devenue collective. Un aveu : « Aujourd'hui on n'écoute plus tellement de musique issue des sixties. Plutôt des artistes britanniques contemporains. Dont les Dandy Warhols. » Par contre, la scène house mancunienne de la fin des eighties, et en particulier des groupes comme les Stone Roses, les Charlatans ou les Happy Mondays, n'est pas trop la tasse de thé de nos interlocuteurs. « On préfère largement ce qui existait avant. Joy Division, les Buzzcocks. Ce mouvement était excessif. Il y a bien eu l'une ou l'autre aventure plus marquante, mais il est très difficile d'en faire le tri. Par contre cette période ne nous a guère influencés. Et même pas du tout. Les sixties et à la limite le début des seventies nous ont davantage imprégnés que la musique des années 80… » Parmi les artistes français, Gainsbourg est un personnage qui a toujours fasciné les membres des Hush Puppies. Pour certains, c'est toute sa carrière musicale. Pour d'autres, leur passion s'est estompée lorsqu'il s'est mis au reggae. Un sujet qui a créé un véritable débat interne. Une conclusion ? « Une grande perte. A l'instar de Nino Ferrer ou de Polnareff ; mais lui n'est pas encore mort, ce sont de tous grands compositeurs… »

Maintenant, il faut bien penser que depuis leur exode, le soleil doit leur manquer. La réponse fuse. « T'as vu la peau qu'on a ? (NDR : l'un d'entre eux exhibe ses bras en retroussant ses manches). Regarde ! Je suis blanc comme un cachet d'aspirine (rires). Evidemment que ça nous manque. Le problème c'est qu'on ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre. Même la crémière, puisqu'elle vit à Paris ! » (rires) Oui, mais leurs fans de la première heure, et en particulier ceux des Lykids ? Sont-ils devenus forcément des aficionados des Hush Puppies ? C'est confirmé : « Bien sûr ! Les fans et les femmes aussi. Même si ce n'est plus tout à fait le même groupe et les mêmes personnes. Enfin, nous sommes encore quatre sur cinq. Mais on a repris notre cheminement, à peu près à l'endroit où nous nous étions arrêtés chez les Lykids. Nous avions commencé à développer un projet à partir de ce qu'on aimait. Nous avions même commencé à tâter de l'électro. Et puis tout s'est arrêté. Mais quand on a recommencé, on avait vachement l'envie de développer à nouveau ces idées. Tout en mélangeant différents courants musicaux. » La musique des Hush Pupies serait à connotation sexuelle. Réaction : « Tu as écouté les paroles de la chanson 'Pale Blue Eyes' ? De toute façon on est des mecs. On joue pour les filles. Tu as vu combien il y en avait ce soir ? Le rock'n roll a toujours une connotation sensuelle, sexuelle. Pourquoi s'habille-t-on de cuir, à ton avis ? »

Le groupe a déclaré récemment que dans le futur, il donnerait une dimension davantage électro à sa musique. La signature chez Diamond Traxx n'y est-elle pas pour quelque chose ? La réponse fuse : « Non, pas du tout. Ce n'est pas parce qu'on apprécie également la musique électronique, qu'on est fermé à d'autres styles. Nous sommes cinq personnes qui partageons différentes influences. Diamond Traxx est étranger à cette histoire. En fait, la signature sur ce label est un pur hasard. Et puis, quoique fondamentalement électro, ce label commence à s'ouvrir à d'autres horizons. Après nous, Benjamin Diamond a signé Nelson, un nouveau groupe qui joue du rock. En fait, cet ensemble jouait à l'origine de l'électro, mais son denier album est pop. Et le prochain sera également de la même veine… »

Les Hush Puppies ont bâti leur réputation sur les planches. En jouant notamment dans la plupart des clubs branchés de Paris : La Scène, Glaz'Art, La Guingette, Le House Of Live ; et puis en faisant un véritable tabac lors des Transmusicales de Rennes. Une chose est sûre, le 'live' les transcende. (NDR : un vacarme infernal gronde dans le sous-sol. La porte de la loge s'ouvre brusquement et un homme du feu vocifère qu'il est interdit de fumer. Apparemment les détecteurs d'incendie se sont déclenchés…) Retour à un calme très relatif : « Pour nous, il est important de se retrouver ensemble. D'accorder des concerts. De toutes manières c'est le but de la musique. C'est aussi notre vie. Ces concerts nous ont permis de dénicher un manager, de signer auprès d'un label. D'arriver là où on est… On a d'abord commencé par jouer en public. Au bar du coin. Puis dans un plus grand bar. Puis on s'est mis à répéter. Donc notre philosophie a toujours été dictée par le concept 'live'. C'est la raison pour laquelle la scène est devenue notre terrain de prédilection… Un vrai groupe de rock'n roll se crée en direct. Rarement en studio. Le phénomène inverse existe, mais ceux qui choisissent ce chemin alternatif éprouvent les pires difficultés pour s'en sortir. » Lorsqu'on parle de groupe de scène, je ne peux m'empêcher de penser aux Fleshtones, le summum dans cet exercice. Chez les Hush Puppies, la réaction est plutôt mitigée. Olivier ne les connaît qu'à travers des notes bombardées dans son agenda scolaire par un pote. Un autre les apprécie, sans plus. Mais pas trop sur disque. Un troisième les considère comme une légende qui a marqué les nineties de son empreinte. A mon avis, ils n'ont jamais eu l'occasion d'assister à un de leurs sets live…

Danielson

Une histoire de famille...

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Danielson, c'est avant tout Daniel Smith. Un personnage autour duquel gravite toute la famille : frères, sœurs, épouse, belles-sœurs et amis (très proches) ; quoique lors de l'enregistrement de leur dernier album, « Ships », la palette d'invités s'est considérablement agrandie. Une bonne vingtaine de collaborateurs ont ainsi participé à la confection de cet opus, et notamment des membres de Deerhof ainsi que Sufjan Stevens. Un disque remarquable mais trop peu médiatisé pour s'extraire de la zone crépusculaire de l'underground. Le septième de Daniel, si on tient compte de celui de Br. Danielson. Un opus solo ! Tout un concept qui méritait quand même des explications. Surtout lorsqu'on sait que l'intéressé ne cache pas ses convictions religieuses, sans pour autant, a contrario de David Eugene Edwards, chercher à convertir son prochain à sa doctrine personnelle. Les nouveaux sympathisants n'ont donc pas dû se farcir des cours de catéchisme…

« Je ne me considère pas comme un guide spirituel. Ma foi est plutôt le reflet d'un examen de conscience individuel. Je compte autant d'amis croyants que de personnes ne partageant pas nécessairement mes convictions religieuses. Ce n'est pas un problème. Sais-tu que l'essence même des relations est une vérité spirituelle ? C'est ce qui fait tourner le monde. Qui permet aux êtres humains de vivre ensemble sur cette terre… » Donc à l'avenir, il faudra s'attendre à la reconduction de la formule élargie du groupe. Daniel s'explique : « Pour pouvoir écrire un album consacré aux relations humaines, il n'y a rien de tel que d'inviter de nouveaux amis. Et donc, c'est une nouvelle manière de se situer au sein d'un groupe. De partager des idées différentes. D'emprunter une nouvelle direction. D'essayer de concocter un disque qui tient la route. Ce n'est pas une idée révolutionnaire, cependant. Car ce n'est pas la première fois que j'adopte cette formule. Dès le début, je l'ai appliquée. J'écris des chansons et puis j'invite du monde pour participer à leur interprétation (NDR : vieux pote, Sufjan Stevens a ainsi coopéré à l'enregistrement de ' Ships'. Mais il est vrai que, de son côté, Daniel a joué de la basse et produit un album de Stevens). On va essayer de poursuivre dans cette voie ; et qui sait si lors du prochain album, nous ne compterons pas 35 invités. Réunir les frères, les sœurs, les anciens et les nouveaux amis : c'est cela le concept Danielson… » Dont le cœur demeure néanmoins la famille. Mais n'est-il pas plus difficile de travailler en compagnie de ses proches ? Même s'ils sont différents, des problèmes doivent également surgir ? Comment les résoudre lorsqu'un de ses membres ne partage pas le même avis ? La réponse fuse : « Je prends les choses en main. Et je lui demande de se calmer… (rires) C'est une bonne question ! Mes parents ont eu 5 enfants. Aucun d'entre eux n'a jamais envisagé entreprendre une carrière musicale. Moi bien. Ils jouent quand ça les arrange. Pour l'instant David tourne avec nous. Aucun d'entre eux ne compose sa propre musique. Une des mes deux sœurs est styliste dans l'univers de la mode. Elle y fait carrière. En fait, chacun a un job et personne ne vit de la musique. Je suis moi-même charpentier. Mais, il est vrai que ce n'est pas toujours facile. J'écris les chansons. Je joue de la guitare et chante. Je leur enseigne ces chansons et ils amènent leur touche personnelle. Mais il leur arrive de ne pas apprécier ce que je leur soumets. C'est humain. Ils sont là pour m'aider. On ne doit plus se battre ensemble comme lorsque nous étions gosses. Nous avons eu notre dose. Et aujourd'hui tu peux leur dire ce que tu penses. C'est un gain de temps. Alors que pour tes nouveaux amis, tu dois bien souvent ravaler ta salive… »

Un film vient d'être tourné au sujet de la famille Danielson. Intitulé "Danielson: a Family Movie (or, Make a Joyful Noise Here)", il traite de la créativité au sein d'une communauté partagée entre amis et famille. Daniel s'explique : « C'est un documentaire réalisé par JL Aronson. Il nous a approchés il y a plus ou moins 7 ans. Il travaillait dans un club à New York où on jouait beaucoup. Il était fasciné par notre groupe, et en particulier parce que étions une famille. Parce que nous abordions des sujets spirituels. Parce que nous jouions une musique étrange. A cette époque la scène indie était occupée de reprendre du poil de la bête. En outre, les parents et les enfants venaient assister à nos spectacles. Et il lorsqu'il m'a exposé son projet, j'ai tout d'abord refusé, car j'estimais que notre aventure était privée. Après en avoir longuement discuté, il a fini par nous convaincre. Même si à l'origine, nous lui faisions confiance du bout des lèvres. Au début l'expérience était même angoissante. Puis au fil du temps et des années, il est devenu un ami. Il a travaillé dur pour terminer son œuvre ; et finalement, c'est un honneur d'y avoir participé. Ce n'est d'ailleurs pas seulement un film au sujet de la musique, mais aussi de la créativité dans la famille. C'est un documentaire qui est susceptible d'intéresser les gens qui cherchent à comprendre ce qu'il y a derrière la musique. »

Daniel est un grand admirateur de Bob Dylan. Mais qu'est-ce qu'il aime chez le Zim ? « Tout d'abord ses textes. Puis l'individu. Personne n'est jamais parvenu à le classer dans un genre musical précis. Même au cours des années 60, lorsqu'il véhiculait des messages politiques. Ses compos ont toujours été personnelles, originales. Je respecte ce qu'il fait, ce qu'il a toujours fait, même si j'aime moins certains de ses disques. En fait, c'est la culture pop qui s'est alignée sur lui, et pas l'inverse. C'est un narrateur, un poète, un caractère fascinant. Chez la plupart des artistes, il est rarement difficile de discerner leurs pensées. Par contre, Dylan, je me demande toujours ce qu'il a derrière la tête. Il est devenu célèbre alors qu'il était encore très jeune. On peut dès lors facilement imaginer ce que ce statut a pu lui imposer comme contraintes… » Smith admire aussi beaucoup Daniel Johnston, auquel il a rendu hommage lors d'un 'tribute' intitulé 'I Killed the Monster'. Et si Johnston l'appelle pour bosser avec lui, il le rejoint sans l'ombre d'une hésitation… Smith puise ses influences majeures dans les seventies et la fin des sixties. Et il a l'honnêteté de le reconnaître. « Marc Bolan (NDR : la voix !), Syd Barrett, Can, Bowie, Roxy Music, Brian Eno, Soft Machine et surtout Robert Wyatt. J'apprécie tout particulièrement le concept du voyage (NDR : spirituel ?) dans la musique. Cette perspective d'écrire lorsque l'inspiration survient. Car si tu ne la concrétises pas de suite, tu risques fort de perdre le fil de tes idées… J'aime expérimenter la structure d'une chanson. Combiner des instruments qui ne se côtoient pas habituellement. C'est précisément ce qui m'intéresse… »  

Les références religieuses et bibliques, on y arrive ! Déjà que 'Ships' constitue le septième album (NDR : 'Ship' se traduit par bateau). Une allusion à peine voilée à l'arche de Noé. C'est également la troisième partie de la trilogie consacrée au navire Danielson. Les studios de Danielson s'appellent Jerusalem. En 'live', les musiciens du groupe se déguisent parfois en docteurs et les filles (souvent) en infirmières (NDR : on suppose que c'est pour soigner nos âmes). Et puis, les lyrics sont truffés de références bibliques. A croire ( ?!?!?) que ce sont ses seules sources d'inspiration. Celles de la famille également. Mais comment réagiront-ils le jour où ils hériteront d'un fils prodigue ? (NDR : la question déclenche un énorme éclat de rires.) « La Bible est riche en imageries diverses ; mais surtout est une source de vérité, d'émerveillement, de mystère ainsi que de beauté. Bob Dylan est, par exemple très influencé par la Bible. C'est la nourriture de la vie. Les paroles émanent des moments du quotidien. Mon intérêt dans la passion est de regarder constamment les petits événements de l'existence ; et ce bref regard en arrière me permet de déceler le surnaturel dans ces moments privilégiés. Vous passez parfois à côté de certaines petites choses. Je ne suis pas doué pour les reconnaître au moment-même. Mais je tente de m'améliorer. En tentant de les déceler. Et ensuite je m'inspire de ces instants pour écrire des chansons. Ces petites choses, ces petits instants, sont la manifestation de la présence de Dieu. Tu ne les a pas vus, mais pourtant, ils existent. C'est ma quête spirituelle. C'est vivant, parfois dangereux, mais il faut continuer dans cette direction. Je ne cherche pas nécessairement de l'imagerie publique, mais j'exprime ce que je ressens au travers de ces moments, de ces expériences, avec le regard de la Bible. Un exemple : j'éteins la TV ou la radio qui diffuse les nouvelles pour lire ces Ecritures. En fait, les actualités ne m'intéressent que de très loin… » Coïncidence, mais le jour de l'interview, Danielson partageait l'affiche avec Wovenhand, dont le leader, David Eugene Edwards, est réputé pour son intransigeance en matière de philosophie religieuse. Mais manifestement les deux personnages s'apprécient. « David, c'est comme un frère spirituel. C'est un excellent ami (NDR : encore !) Un artiste fabuleux. On aime se retrouver ensemble. Le fait de tourner en Europe, à la même époque, est un hasard heureux. Il est sur mon propre label, aux States (NDR : New Jerusalem). Il utilise des images fortes pour comparer nos philosophies : les ténèbres et la lumière, le sucré et le salé… » 

Daniel clame qu'il n'est pas un artiste solo. Qu'il a besoin des autres. Ce qui ne l'a pas empêché d'enregistrer un disque en solitaire et puis de se produire, lors de son dernier périple sur le Vieux Continent, seul sur scène. Où il s'était même déguisé en arbre. « L'arbre est parti à la retraite. C'est du passé ! Aujourd'hui nous en sommes au thème de la communauté, de la couleur bleue, des arômes. Cette mise en scène nécessitait beaucoup de travail. Maintenant, il n'est pas exclu que le thème revienne dans le futur… Même lorsque je suis en solo, ma femme est au moins présente. Elle chante aussi. C'est vrai : pas lorsque je suis venu en Europe, la dernière fois. En fait, au fond de moi-même il y a une part flemmarde qui ne souhaite pas la présence des autres. Et puis l'autre, que je considère comme une élévation de l'âme, parce que tu la vis en compagnie d'autres personnes. C'est une situation que je dois admettre (rires)… »

Merci à Vincent Devos.

Emily Loizeau

Sur la branche du bonheur

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L'hiver se prolonge, se tire en longueur. Dehors, les manteaux en peau d'hermine croisent les bonnets en laine. Ce ballet coquet ne suffit pas à réchauffer nos cœurs. Ni nos humeurs. Pas le temps de se lamenter. L'heure c'est l'heure. Et, en plein cœur de Bruxelles, nous poussons les portes battantes d'un café capital, où on nous assure qu'ici, 'l'échec est un jeu'. Le concept est intriguant. Plus intéressant encore, l'endroit est l'antre d'une rencontre éphémère, volatile en compagnie d'Emily Loizeau. Plutôt terre-à-terre, la jeune femme aime pourtant prendre l'air, s'envoler dans son imaginaire. Loin là-bas, à « L'Autre Bout du Monde », elle chante son premier album. Un disque déroutant, séduisant. Ne reste plus qu'à laisser le charme agir. Et taire les noms d'oiseaux. Ils sont bien mieux dehors.

Emily, peux-tu nous parler de toi, des expériences qui t'ont menées à « L'Autre Bout du Monde » ?

Pour me présenter : j'ai 31 ans et aucun complexe. C'est un bel âge. Depuis mes cinq ans, la musique rythme ma vie. Je me dirigeais alors vers une carrière de pianiste classique. Jusqu'à l'âge de 19-20 ans à peu près. Ensuite, j'ai bifurqué vers des études de philo et vers le théâtre. Puis je suis partie à Londres pour y fréquenter une école de théâtre. De retour en France, j'ai travaillé sur deux spectacles comme assistante à la mise en scène. La musique classique a donc représenté une grande partie de ma vie. Mais l'envie d'en faire mon métier s'est peu à peu dissipée.

Comment expliques-tu ce genre de 'rêves évaporés' ?

C'est souvent le cas pour les choses que l'on commence dès le plus jeune âge. Est-ce que c'est ça que j'ai envie de faire ? Est-ce moi qui ai choisi cette vie ? Est-ce que cela s'est fait tout seul ? De ce point de vue, le théâtre a constitué une étape intermédiaire intéressante. En y travaillant, je suis revenue à la musique. Et ce n'était pas un choix ! Au départ, j'écrivais quelques chansons pour moi. À Londres, j'étais privée de mon piano. J'avais acheté un accordéon et m'amusais à écrire quelques chansons. En ce sens, il s'agissait peut-être d'un manque. Mais au fond, il n'y avait aucun objectif professionnel. De fil en aiguille, à force de petits concerts et de nouvelles chansons, j'ai réalisé que je souhaitais vraiment chanter, faire de la musique. L'idée du disque est ainsi apparue…

Cette idée s'est-elle concrétisée rapidement ?

Pas vraiment. En fait, je suis quelqu'un d'assez perfectionniste. Mais je désirais vraiment sortir un bon premier album. C'était important pour moi ! Je ne suis pas fâchée d'avoir attendu. Mes premières compositions ont presque cinq ans. Mais avec du recul, je suis heureuse d'avoir pris le temps. Il faut toujours se laisser le temps d'évoluer. À l'époque j'étais jeune dans le métier, je ne voulais pas me presser. Mais en observant autour de moi, je me suis rendue compte que mon cas était un peu à part : dans la spontanéité, certaines personnes sont, en effet, capables de sortir quelque chose de très abouti. Bon, ce n'était pas mon cas… J'éprouvais le besoin de creuser, un désir d'exprimer clairement mes sentiments, ma personnalité. Ce qui demande pas mal de réflexion. Je suis assez méfiante à l'égard de la vitesse, de la rapidité. Car, même si on connaît des éclairs de génie et qu'ils engendrent une impression de finition, le fond est-il suffisamment solide sous ces propos spontanés ?

Finalement, « L'Autre Bout du Monde », ton premier album, est atterri sur le label Fargo. Comment cela s'est-il passé ?

C'est une belle histoire. Pour le coup, je commençais à me sentir prête à sortir un disque. Je savais exactement comment mon album devait sonner, je ne pouvais plus attendre ! Mais comme j'aime prendre mon temps, j'ai pris un an à démarcher de maison de disque en maisons de disques. Je ne suis donc pas atterrie chez Fargo par hasard. J'ai eu la chance de rencontrer l'équipe des Franco'folies, dont le patron Jean-Louis Foulquier, qui m'a beaucoup soutenue. Elle m'a permis de participer à des concours dont celui de la fondation 'La Poste'. J'ai eu l'opportunité de remporter ce prix, financièrement appréciable. Et j'ai évolué vers davantage de professionnalisme en réalisant un mini album autoproduit. Il n'a jamais été commercialisé. Je m'en suis juste servie pour démarcher auprès des maisons de disques. Mais au fil du temps, j'en ai eu assez de tous ces démarchages. Cependant, j'ai beaucoup appris durant cette période. Une expérience qui a forgé mon caractère. Certains me disaient d'attendre encore. Mais je n'en pouvais plus. D'autres d'écrire encore. Mais mon disque était prêt ! Il était grand temps que la situation évolue. Alors, je me suis lancée. J'ai enregistré mon disque pour, ensuite, essayer de le vendre à un label…

Et c'est de cette façon que tu es arrivée chez Fargo…

Et non ! L'histoire n'est pas encore terminée : cette année-là, j'ai eu la chance de découvrir Andrew Bird sur scène. J'ai complètement flashé sur sa musique. C'était une claque énorme. À partir de cet instant, c'est devenu une obsession : je voulais qu'Andrew joue sur mon disque. Alors, je me suis réveillée un matin en me disant : « Bon maintenant, c'est fini ! On se prend en main. J'enregistre ce disque et téléphone à Andrew Bird ». Alors, j'ai téléphoné chez Fargo. J'ai pu parler à Michel Pampelune, le directeur du label. A ma grande surprise, il m'a confié qu'il aimerait recevoir un de mes disques, juste pour écouter, se faire une idée. Depuis, on ne s'est pas quittés. Et je suis la première signature française du label.

Le label est établi à Paris. Le plus souvent, les signatures sont américaines. Ta présence chez Fargo est donc riche d'enjeux. Ressens-tu une certaine pression à cet égard ?

Aucune. Au contraire, je trouve cela très stimulant et encourageant. Je considère qu'ils sont autant importants pour moi que je suis importante pour eux. Je crois que j'aurais eu beaucoup de mal en me retrouvant sur une grande maison de disque. Bien sûr, me retrouver dans une grande maison de disques aurait pu être bénéfique. Mais le fait d'être 'une artiste' parmi tant d'autres m'effrayait un peu. Je ne voulais pas être-le-projet-du-moment. Etre rapidement écartée si les chiffres ne suivaient pas. Il ne faut pas s'en cacher : c'est de cette façon que les choses fonctionnent. Chez Fargo, je parle au patron tous les deux jours, on élabore un vrai boulot d'équipe. Ici, on est tous dans le même bateau et cette implication a quelque chose de très artisanal.

Selon toi, ce rapport humain sera-t-il une solution à préconiser pour permettre au disque de sortir de la crise ?

Tout le monde soutient que le monde du disque traverse une période difficile. Une époque qui génère la crainte de voir disparaître le disque, où les gens se retrouvent au chômage, où les musiciens et les chanteurs se font virer, etc. En même temps, notre époque se caractérise par un foisonnement de créations. C'est une situation paradoxale. Qui crée une morosité palpable dans certains réseaux. Et puis, d'autres réagissent à contre-courant. Aujourd'hui, la logique a changé. Les artistes ne cherchent plus absolument à être le prochain single radio. L'originalité marque la différence. Cette affirmation se vérifie de plus en plus. Chez Fargo, nous cherchons à construire quelque chose de solide, de différent. Et pas à bâtir un succès en claquant des doigts.

Ton disque transpire de féminité. Est-ce important pour toi d'exprimer ce côté féminin ?

La féminité qui se dégage du disque, c'est une partie de moi, pas du tout calculée. Je suis ainsi faite. Le côté féminin passe par certaines chansons comme « Jalouse », « Je ne sais pas choisir », « Boby Chéri ». Après, on passe à autre chose. L'enfance et la mort constituent, à mes yeux, les piliers du disque. Le rêve, le cauchemar et la mort sont des thématiques qui m'attirent énormément.

Ce qui explique pourquoi ton disque saute aisément de la déprime à l'allégresse…

Exactement. Et puis, le disque a été écrit en quatre ans. A cet égard, j'ai beaucoup évolué dans mon écriture, dans ma manière de chanter. Mais je n'ai jamais eu envie de gommer ces différentes facettes de mes chansons. Mon écriture peut se révéler légère ou tragique. Plutôt que de gommer les différences, je pense qu'il convient de les accentuer. Il faut s'accrocher à ses différences. Etre soi-même, c'est la plus grande source de différence. En ce sens, les petites différences de mon album, c'est une grande part de moi. Cet album, dans son ensemble, c'est ma personnalité. On y retrouve mon obsession pour le cauchemar, la mort. Ce disque a, dans un certain sens, une fonction cathartique. J'ai dû essuyer un deuil en 1998, vivre des périodes difficiles, d'autres plus agréables. Tous ces éléments s'expriment sur le disque. « L'Autre Bout du Monde », c'est le besoin de survivre, de rire de ces choses, d'assumer ces angoisses. C'est aussi une manière de prendre de la distance par rapport aux problèmes personnels.

Tes chansons respirent la joie de vivre. Mais tout n'est pas rose. Est-ce facile pour toi de chanter l'amour et la mort, des sujets opposés par le sens ?

Dans « Je ne sais pas choisir », on retrouve ce contraste. Dans un premier temps, l'atmosphère est décalée et puis, la chanson s'achève par l'histoire d'un enfant qui exprime son désir de mourir tel jour. Et qui, finalement, se dit que cela peut attendre demain. Parler de la mort avec la distance de l'enfance, c'est naturel pour moi. Je pense que ce sont deux thèmes qui se rejoignent. Sortir de l'enfance, c'est se retrouver seul face à la mort. Mais tu dois toujours conserver une part d'enfance en toi, car c'est ce qui te sauve ! Parler de la mort sur un ton léger ne m'est pas étranger. Cela fait partie de moi.

A la fin de « Jasseron », on entend des bruits étranges. Qu'est-ce que c'est ?

Ce sont les bruits de ma rue, à Belleville, à Paris. Mais comme j'ai du double vitrage, aucun problème !

Le titre de ton album est aussi le titre d'une des chansons de l'album. Pourquoi ? Résume-t-elle ton disque ?

Le résumer ? Non, ce serait réducteur pour l'album. C'est la chanson dont je me sens la plus fière. Cette chanson me parle. Elle évoque un monde imaginaire, comme sur la carte qui accompagne le livret du disque. C'est une sorte de vieille carte du 16e siècle dont les pays imaginaires sont baptisés du nom des chansons. On va penser que je suis obsédée. Mais le thème du cauchemar est de nouveau d'actualité dans cette chanson. « L'autre bout du monde » parle d'un rêve où je rencontre quelqu'un qui est mort et qui m'a manqué. Et cette personne me soutient que je me suis trompée, qu'elle n'était pas décédée, qu'elle vivait juste à l'autre bout du monde. En règle générale, je me souviens très peu de mes rêves. Mais celui-là est récurrent. Ce rêve est à la fois magique et tragique. D'un côté, on se dit que c'est génial de retrouver cette personne en chair et en os. Et d'un autre côté, c'est horrible, puisqu'on se rend compte qu'on l'avait oubliée. Oublier une personne qui nous manque, c'est l'évocation d'une culpabilité énorme. Pour le reste, « L'Autre Bout du Monde », c'est un peu mon pays des merveilles !

Maximilian Hecker

Il n'y a pas de la tristesse sur cet album...

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En 2001, « Infinite love songs », chef d'œuvre du genre, révélait au grand jour le nom d'un artiste enchanteur. Cinq ans plus tard, Maximilian Hecker sort son quatrième album, 'I'll be a virgin, I'll be a mountain'. Mélodies aériennes, voix céleste, il continue à ériger cet 'univers parallèle', en quête de pureté. Romantique, oui. Mais certainement pas triste. Selon lui…

Comment doit-on interpréter le titre de votre album, « I'll be a virgin, I'll be a mountain »?

C'est un désir d'atteindre différents états. Je pense que c'est un désir humain naturel : la paix intérieure et la pureté. Une envie d'échapper à la réalité, pour atteindre un monde qui est ailleurs. Par exemple, dans le christianisme, cet 'univers parallèle' est le paradis. C'est similaire ici: il ne doit pas être le paradis chrétien mais un endroit où l'être humain est libéré de son corps et de ses besoins de la vie réelle. C'est, en fait, une image très facile…

Dans la chanson éponyme, vous chantez: 'I'll be a virgin when I reach you, I'll be a mountain when I touch you'. Ca pourrait être sexuel…

Non, bien sûr que non. Le sexe est bien trop réel.

Certaines chansons (« Messed-up girl » entre autres) rappellent fortement la musique de Paul Simon. Est-ce une influence pour vous ?

Oui, c'est une influence et il y en a d'autres: Bob Dylan et des groupes plus récents, Radiohead par exemple, Grandaddy…

Comment vous situez-vous dans un paysage musical allemand plus orienté vers l'électro que la pop ou le folk?

Je m'en fous. Comment cela pourrait-il m'affecter? Tant que le gouvernement allemand ne me force pas à faire de la musique électronique…

A deux reprises (« Snow White » et « Feel like children ») vous citez Blanche-Neige. Cette histoire vous inspire ?

Blanche-Neige a été empoisonnée. Elle était entre la vie et la mort. Mais elle n'est pas morte : quand ce gars est venu après un certain temps, elle s'est réveillée. Dans ce conte de fées, le paradoxe est possible : quelqu'un expérimente une paix éternelle et le silence tout en étant vivant. C'est un état intéressant.

Dans "The saviour", vous déclarez: 'there's nothing in this world to save my life'. C'est très dur…

Dur pour qui? Beaucoup de choses dans ce monde ne sont pas très heureuses. La mort est une question de culture. Elle n'est pas toujours envisagée comme une fin, c'est juste quelque chose qui arrive au cours d'un processus. Dans d'autres religions, c'est un cercle: la mort n'est pas considérée comme quelque chose de négatif. Pour moi, ce n'est pas négatif non plus. C'est juste une porte pour cet état, cet autre monde où l'on peut finalement ressentir cette paix éternelle. C'est quelque chose que tout le monde attend, la raison qui explique la lutte d'être en vie. Si les auditeurs rentrent dans cette idée, ils comprendront que je n'essaie pas de sonner triste. C'est l'inverse.

L'album s'achève sur ces mots: 'I lose my daydreams, I lose my colours, I lose my longing, I find myself' ("Grey"). Est-ce votre façon de conclure? Il y aurait plus d'espoir que de tristesse ?

Il n'y a pas de tristesse sur cet album. Selon moi, les choses tragiques et le désespoir sont très romantiques. C'est juste un état avant la liberté et la paix. Ca peut sembler paradoxal mais peut-être pas. Par exemple, les gens ont toujours écrit des drames pour le théâtre ou le cinéma. Créant un effet sur les spectateurs qui les regardent. Personne ne va voir le film Titanic pour déprimer davantage ensuite, mais pour se sentir transporté et être dans un bon état d'esprit. Et même pleurer a quelque chose de cathartique. Dans les moments de profond désespoir, tellement existentiel, vous anticipez déjà ce qui arrive après le moment cathartique. Ceci explique que quelque chose ici peut sonner triste ou est lié à la souffrance. Vous aimez vous faire du mal ?

Pas spécialement…

Donc si vous écoutez l'album, ce n'est pas pour vous faire souffrir, il doit y avoir une raison… Je pense que si vous n'écoutez pas les paroles, par exemple, et que vous n'écoutez que la musique, le sentiment que vous avez est chaud, positif. Même si les gens appellent cela de la musique triste, l'effet est contraire. Il existe beaucoup de musiques qui peuvent communiquer un sentiment de tristesse. Celle de Radiohead, par exemple. Mais les gens l'écoutent et ont un sentiment positif. Peu importe comment cette musique est baptisée ; ce qui compte c'est qu'on se sente bien en l'écoutant.

Étonnamment, certains vous comparent à James Blunt. Vous admettez la comparaison ?

Je ne connais pas vraiment la musique, je devrais vérifier. C'est plus pop, plus propre, non ? Peut-être est-ce le cliché de quelqu'un portant des longs cheveux, s'accompagnant à la guitare et écrivant des chansons d'amour. Au passage, je n'ai jamais composé une chanson d'amour. Si j'étais membre d'un groupe, personne ne me comparerait à James Blunt. Lui et moi utilisons juste un nom. Sa musique et la mienne ne sonnent pas vraiment comme de la musique de songwriter. Elle émane d'un groupe avec batterie, etc… Clichés.

Dernière question, on parle souvent de vos cheveux. Quel est votre secret ?

Le fait est que Liam Gallagher imite les Beatles et j'imite Liam Gallagher. Il n'y a donc aucun accomplissement personnel. C'est truqué.

Yel

Yel, c'est Yel...

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Le départ de Pascal (guitariste) et son remplacement par Watch (multi-instrumentiste) ont poussé Yel à évoluer vers de nouveaux horizons sonores. Le nouvel opus, « Electrophone », conserve l'univers rock des albums précédents mais s'en voit agrémenté de quelques touches électro efficaces et de claviers émouvants. Les mélodies, toujours empreintes d'influences anglo-saxonnes (Muse, Placebo), viennent servir les textes d'un Jean-X qui prône avant tout l'émotion. 

Jean-X : Il faut être sincère. Je pense que c'est la seule chose qui peut payer sur le long terme. Etre vrai dans ce qu'on propose comme musique et dans ce qu'on propose comme textes. Sinon, on se perd dans des chemins obscurs. Et le fait d'être sincère et d'être touché par ce que le public peut apporter, ça se voit. C'est cet échange entre le public et le groupe qui peut faire que le groupe marche ou pas.

Vous sortez aujourd'hui votre troisième disque. En édition limitée, il est accompagné d'un cd bonus. Pourquoi ne pas avoir réuni tous les morceaux sur un seul disque ?

Jean-X : Initialement, on voulait faire un album qui soit plus vintage, dans le sens de l'écoute. Un peu le style qu'on pouvait avoir dans les années septante. Il n'y avait que ça d'ailleurs : des vinyles avec trente minutes de musique d'un côté, trente minutes de l'autre (NDLR : c'était pas deux fois vingt minutes ?) On voulait revenir à ce format-là. C'est un format sympa d'écoute : avoir vingt-cinq, trente minutes à écouter et après changer. Puis on est parti sur le concept de réaliser un double album au niveau du packaging, de l'objet. On voulait un bel objet et le projet a évolué : on a gardé le double album, ce côté tactile, mais on a un peu changé le concept dans le sens où on a fait un cd onze titres et un cd bonus. Finalement, on n'est pas si loin du projet initial puisqu'on a d'un côté 40 minutes et de l'autre 20-25 minutes.

Le groupe a changé de composition : Pascal (le deuxième guitariste) est parti et a été remplacé par Watch que l'on retrouve aux claviers, à la basse et aux programmations. Cela témoigne-t-il d'une volonté du groupe d'évoluer vers de nouvelles sonorités ?

Jean-X : Oui. Quand il y a eu un changement de line-up, on cherchait une personne avec qui le courant passait et qui pourrait faire évoluer le son. On avait déjà fait un concert avec Watch et le courant passait très bien humainement et musicalement. On s'est dit qu'on allait essayer et ça a bien marché dès le début. On a vu que le son évoluait naturellement. Il n'y avait pas vraiment une prise de position par rapport à ça. Le fait que Watch arrive, le son a évolué. C'est très positif. C'est un peu les circonstances de la vie qui ont fait que le son a évolué.

Sur cet album, on retrouve l'influence de Noir Désir, mais également de Muse ou Placebo. Toutefois, on retrouve aussi quelques touches électro. Qu'écoutiez-vous durant l'enregistrement de ce disque ?

Watch : C'est assez étonnant parce que, de mon côté, j'écoute vraiment peu d'électro. Par contre, j'écoute pas mal de groupes rock qui ont une touche électro, style Placebo. Mais au niveau électro pure, peu. Au niveau des influences, j'écoute beaucoup plus de rock qu'autre chose. Ca reste classique, pas mal de groupes anglophones : Muse, Placebo, … des choses comme ça.

J-X : Moi je n'écoute absolument rien. Je suis dans le trip studio.

La première chanson du cd, « Est-ce que tu l'entends », donne le ton d'entrée de jeu : Yel est un groupe de rock qui chante en français. Est-ce important, pour vous, de rester fidèle à votre langue ?

Jean-X : Le français reste pour nous une évidence. C'est un challenge aussi de faire du français avec du rock'n'roll. Mais ça marche.

Le texte compte autant que la mélodie?

Jean-X : C'est complémentaire. Il y a une émotion qui est dégagée par la musique et le texte prend le relais pour poursuivre l'émotion. Ca va de pair. On pourrait mettre un texte en anglais dessus, ça pourrait fonctionner.

Vous n'avez jamais souhaité sortir un disque en anglais ?

Jean-X : On ne dit jamais ‘jamais’. Mais pour l'instant non. Les textes qu'on propose ne sont pas des prétextes. Je me rappelle d'un chanteur qui disait : 'ben voilà, moi je m'amuse à recopier les sous-titres de certains films pour les mettre dans mes chansons'. Je trouve ce choix pauvre d'un point de vue artistique. Il existe des lyricistes en Belgique qui manient la langue de Shakespeare, bien mieux que moi et qui ont des choses à exprimer. Je parle l'anglais, mais je suis incapable d'écrire de la poésie ou d'exprimer clairement une idée dans cette langue. 

Dans « La nuit, le jour », vous parlez de dépendance. Est-ce de la cigarette dont vous parlez ? 

Jean-X : Tout à fait ! Comment tu as trouvé ?

Londrès, Manille, Danita… Mais à première vue on pourrait croire à une dépendance amoureuse…

Jean-X : Une dépendance, c'est une dépendance. Ce qui est intéressant, c'est de voir qu'en disposant d'une trame assez large, au niveau du thème, au niveau des mots, on arrive avec son vécu à pouvoir penser et à pouvoir voir des choses que d'autres verraient différemment. Mais effectivement, le morceau a été écrit par rapport à une dépendance à la cigarette. 

« Nos raisons de passages » est le morceau le plus agressif de l'album. C'est également le seul texte qui raconte une histoire qui ne semble pas personnelle…

Jean-X : C'est le seul morceau qui est au premier degré. C'est plus facile parce qu'on prend un endroit et on le décrit. J'ai l'impression que c'est plus facile mais c'était un peu un exercice de style. C'était s'essayer à autre chose et comme le morceau était très carré, je voulais un texte très brut. Quand je parle de mes billes et mon chien, c'est très brut aussi, c'est terre-à-terre et ça colle bien à la musique. 

Sur ce disque, vous posez beaucoup de questions (« Faut-il », « Pour le meilleur »). Vous vous interrogez sur la vie, la mort, les relations humaines, la société… Quelle est la question que vous vous posez le plus souvent ?

Watch : Quand est-ce que je bois une bière ? (rires)

Jean-X : Personnellement, je me pose plein de questions sur la vie, la mort. Où sera-t-on dans vingt ans au rythme où on vit maintenant ? Il n'y a pas une question en particulier mais des questions qu'on se pose tous à mon avis. J'ai la chance de pouvoir les mettre en chanson.

Vous écrivez la plupart des textes. Le reste du groupe les accepte toujours ? 

Watch : Il est très rare qu'un texte ne soit pas accepté, car on est toujours en admiration devant ses textes. Une seule fois, un texte a été remis en question ; et encore pas par tout le monde. Personnellement, j'ai toujours été en admiration devant cette faculté d'écriture et je n'ai jamais ni pensé ni osé émettre la moindre critique. 

« Rien d'autre que toi » parle de la recherche d'identité et de bonheur et « J'oublie » décrit un monde dominé par l'argent, où l'on se pervertit pour pas grand chose. Vous pensez que le bonheur ne peut être qu'individuel ?

Jean-X : On se retrouve aujourd'hui à vivre des bonheurs individuels. Pour l'instant, notre société vit une crise d'adolescence. On veut de la liberté mais en même temps on a besoin de sécurité. On ne sait pas trop comment se positionner. Je pense qu'il va y avoir un retour aux valeurs, où le bonheur ne sera plus individuel comme ce qu'on peut vivre maintenant parce qu'on est occupé à se chercher. Je pense qu'on va revenir à des choses beaucoup moins futiles que celles vécues aujourd'hui, beaucoup moins matérielles aussi. Demain, l'environnement ne va pas aller mieux mais je pense que les relations vont s'améliorer.

Pourtant vos textes sont en général pessimistes…

Jean-X : Oui, mais c'est aussi pour ouvrir les yeux du public et faire ressentir certaines choses aux gens en disant : 'regardez, n'y a-t-il pas moyen de faire quelque chose ?'

Certains vous comparent à Kyo. Et en particulier sur des morceaux tels que « Mon âme » ou « Rien d'autre que toi ». Qu'en pensez-vous ?

Jean-X : On nous compare à Kyo, à Pleymo et à Noir Désir. Les deux précédents albums c'était Noir Désir parce qu'ils commençaient à récolter du succès et on les entendait partout. Ici, Kyo a percé depuis 2-3 ans. Or, notre album était déjà sorti ; donc on ne pouvait pas nous le faire. Kyo c'est un groupe français qui fait du rock, comme Pleymo. On apprécie d'être comparé à des groupes de cette trempe. Ce sont quand même des groupes de grande envergure ; ce qui veut dire que la qualité musicale existe aussi. Je pense qu'on a tous en commun, eux comme nous, les mêmes influences anglaises. On les a digérées chacun de son côté et, aujourd'hui, on restitue ce qu'on a entendu, ce qu'on a vécu, ce qu'on a ressenti. A part ça, je pense que si à l'époque, on était un ersatz de Noir Désir, on n'existerait plus. Le public a vu qu'il y avait autre chose. Le troisième album va encore montrer que Yel, c'est Yel.  

Dans « Pour le meilleur », vous dites : 'pour le meilleur, je ferai le pire, pour notre meilleur avenir'. Quel serait votre meilleur avenir ? Quel serait le pire que vous puissiez faire pour y parvenir ?

Jean-X : Le meilleur avenir ? Pour l'instant c'est que l'album fonctionne en Belgique au moins aussi bien que les deux premiers voire mieux et puis d'avoir une diffusion plus internationale dans les pays francophones : en France, en Suisse, au Québec… On sera distribué en France et en Suisse. Maintenant faut voir à quelle échelle. Et puis nous espérons accomplir une tournée. Mais une vraie tournée, digne de ce nom. Le pire qu'on pourrait faire pour y arriver ? Je pense que, dans ce métier, il n'y a pas de trucs pires à faire…

Mais il y a des sacrifices…

Jean-X : Oui, en même temps les sacrifices sont le passage obligé pour exercer ce métier qu'on veut faire. Ici, les sacrifices sont difficiles à vivre parce que ce sont surtout des sacrifices familiaux, d'argent, etc.… mais ça vaut toujours la peine d'aller rencontrer le public ailleurs. Il y a toujours un retour équivalent aux sacrifices consentis.

Dans « Se manquer », vous chantez : 'Juste se manquer sans se perdre, je nous défends de nous défaire'.  Ce titre n'aurait-il pas pu s'appeler aussi « Intimes illusions » ?

Jean-X : En fait, ce morceau a été écrit en pensant au public, car il y avait très longtemps qu'on n'avait plus tourné en Belgique (un an et demi). C'est un morceau pour dire qu'on est là et qu'on voit que vous êtes toujours là. On peut se manquer mais pas se perdre. Parfois, c'est bien parce que les retrouvailles sont d'autant plus intéressantes. Ce n'est pas grave de quitter quelqu'un, de dire au revoir quand on sait qu'il y aura un retour. Pendant toute la période d'absence, on nourrit quelque chose et quand on se retrouve, c'est d'autant plus fort. C'est un peu le message qu'on voulait faire passer : le public est toujours là et ça nous fait chaud au cœur.

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