TRAVO avance sur terrain vague

Le quatuor portugais TRAVO publiera « WASTELAND » le 2 octobre 2026 sous la bannière de Fuzz Club, en partenariat auprès de Spinda Records et gig.ROCKS! pour l’Espagne et le Portugal. Premier disque du combo chez le label londonien, ce quatrième opus studio…

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Miam Monster Miam

Une libellule dans la tête

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Artiste tout terrain, boute-en-train légèrement schizophrène, Benjamin Schoos, alias Miam Monster Miam, revient sur le devant de la scène pour nous présenter « L’Homme Libellule », son septième album. Depuis Liège, l’artiste plane à travers les décennies et (ré)explore les galaxies axiales de la pop moderne. Après une série d’albums ancrés dans la plus pure tradition folk, Miam Monster Miam signe une petite tuerie, méchamment décalée, clin d’œil assumé à l’Homme à la tête de chou et à de nombreuses théories scientifico-fictives. Une pochette splendide, des sonorités seventies arrangées en pleine guerre des étoiles, une bonne dose d’humour : c’est le grand retour de Miam !

Sur « L’Homme Libellule », ton nouvel album, tu délaisses la musique folk, tes côtés les plus sombres, pour te concentrer sur des mélodies ouvertement rétro futuristes. Comment expliques-tu ce changement de direction ?  

J’essaie toujours de me surprendre en suivant mes inspirations du moment. J’avais enregistré un disque, juste après « Soleil Noir ». Ce mini album s’intitulait « L’histoire de William Buckner ». Il était très minimaliste… La suite logique de « Soleil Noir » devait être « Baby Banjo », un enregistrement très folk. Mais sur cet album, je touchais vraiment aux limites du style. D’une certaine façon, il s’agissait du disque de trop. Si bien que le jour du mixage, je suis arrivé en annonçant : « On ne mixe pas l’album ! Je vais faire autre chose ! ». A l’époque, l’envie de retravailler avec des synthétiseurs était très forte. J’ai donc commencé à enregistrer des morceaux qui me passaient par la tête en m’accompagnant de synthétiseurs. De fil en aiguille, le disque s’est profilé. Tout s’est passé très vite : pour me rendre au studio, je prenais le bus. Chaque jour, sur le trajet, j’écrivais les paroles des nouvelles chansons. 

Une partie de l’album a été enregistrée au Danemark. Comment tes chansons sont-elles arrivées en Scandinavie ?

Quelques morceaux ont été composés, voire retravaillés, là-bas. Mais je ne m’y suis pas rendu… En fait, le gros du travail s’est déroulé à Liège, à la Soundstation.

Sur l’album, tu es accompagné des ‘Love Drones’, un orchestre un peu particulier. Peux-tu nous en parler ?

En fait, les ‘Love Drones’, c’est l’équipe de Phantom sous un autre nom. En gros, il s’agit de tous les musiciens qui accompagnaient Jacques Duvall sur son dernier album : Sophie Galet, Pascal Scalp, Georges Hermans, etc. On retrouve aussi Jérôme Mardaga (NDR : alias Jeronimo). Marc Moulin est également venu prêter main forte. Mais je tiens à souligner que Marc n’est pas un membre permanent de Love Drones ! Pour le disque, je me suis aussi entouré de gens qui s’appellent les Massachusetts. Dans la vraie vie, ils ne font que des reprises des Bee Gees. Là, pour l’occasion, je les ai invités à venir faire des chœurs sur le disque ! 

Sur le morceau « 69 Love Songs », tu collabores une nouvelle fois avec Jacques Duvall. Depuis quelques années, vous semblez vous attirer mutuellement. Comment êtes-vous arrivés à travailler ensemble ?

Sur l’album « Baby Banjo », Jacques avait réalisé quelques reprises de grands standards de la musique traditionnelle américaine. Cette collaboration était géniale. Ensuite, on a embrayé sur l’aventure Phantom. Au départ, Jacques nous rejoignait uniquement pour enregistrer un disque. Mais l’ambiance aidant, il a pris goût à la scène. Aujourd’hui, je pense que nous formons une petite famille qui se personnalise sous les traits de Freaksville. Pour revenir à « 69 Love Songs », Jacques m’a aidé à écrire les paroles. C’est vraiment le roi de la rime : il est très fort ! A mes yeux, Jacques Duvall est un héritier de Gainsbourg. Et comme Serge Gainsbourg est assez présent dans les ambiances de « L’Homme Libellule », la collaboration de Jacques tombait sous le sens…  

Justement, parlons de Gainsbourg… Son spectre traverse de façon évidente ton nouvel album. Comment cette idée est-elle, née ?

A la base, j’avais envie de réaliser un disque pop, en français… Très vite, la volonté de parasiter mes chansons s’est imposée… Après avoir trituré les synthétiseurs pour composer les nouveaux morceaux, je me suis posé une question : quelle grammaire utiliser pour les textes ? Mon désir, c’était de donner naissance à un disque de genre. C’est pour cette raison que j’ai composé des chansons dans un moule clairement défini. Ensuite, il fallait faire évoluer cet album vers d’autres horizons, afin d’éviter qu’il ne sonne comme une sorte de sous-Gainsbourg.

Selon toi, quel est l’impact de Gainsbourg sur la musique pop, en général, et sur ta propre musique, en particulier ?

Si on parle aujourd’hui de génie en évoquant Gainsbourg, il faut garder à l’esprit qu’en son temps, il enregistrait bide sur bide… Jacques Duvall me disait encore récemment qu’à l’époque, il n’était pas facile de dénicher les premiers enregistrements de Gainsbourg chez les disquaires belges… Dans le fond, le génie de Gainsbourg, c’est d’être arrivé à sentir ce qui allait marcher à l’étranger pour, ensuite, le mettre à sa sauce. Partant de là, avec Freaksville, on se sent proche du processus créatif entamé par Gainsbourg. Nous aimons mélanger la chanson à l’indie rock américain, l’esprit lo-fi à la langue française. Par contre, je pense sérieusement que certaines personnes pourraient être déstabilisées par « L’Homme Libellule », en le concevant comme une vulgaire photocopie de l’œuvre de Gainsbourg. Pour comprendre cet album, il faut creuser et dépasser les clichés.

Qui est « L’Homme Libellule » ?

Je trouvais très amusant d’opposer ce titre à d’autres intitulés de ma discographie : « Soleil Noir », par exemple. On se trouve là du côté sombre et crépusculaire de la chose. Cette fois, le titre implique quelque chose de plus lumineux. C’est assez logique en somme : « L’Homme Libellule » tire sur quelque chose de plus léger…

Sur l’album, tu allonges une liste de références artistiques à la mode (The Arctic Monkeys, la Star Académy, Asia Argento, etc.). Cherches-tu à opposer ce côté nouveau, hype, à une musique délibérément rétro futuriste ? 

Peut-être inconsciemment. Mais ma musique s’inscrit dans mon époque… En ce sens, elle est terriblement présente. Après, on peut vraiment parler de ‘name droping’, une technique pop ancestrale…

En concert :

le 19 à la Soundstation

le 20 au Botanique

le 26 octobre à l’Abbaye de Stavelot

le 17 novembre au Rayon Vert à Jette

 

The Notwist

La musique est notre façon d’exprimer nos sentiments…

Écrit par

On ne les attendait plus, mais on espérait. Aujourd’hui, les Notwist persistent et signent un album intitulé « The devil, you + me », une œuvre écrite partiellement par l’Andromeda Mega Express Orchestra, ensemble berlinois dont la musique oscille entre jazz et classique. Six ans se sont écoulés depuis l’excellent « Neon Golden », six années au cours desquelles les membres du groupe n’ont pas vraiment chômé. Martin Gretschmann, alias Console, raconte…

Après la sortie de « Neon Golden », The Notwist a beaucoup tourné. Un an et demi plus ou moins. On a ensuite réalisé d’autres disques, au sein de nos différents groupes. On a alors envisagé de se concentrer sur un nouvel album de Notwist ; mais auparavant on a voulu terminer celui de 13 & God. En fait, au départ, nous ne devions pas lui consacrer trop de temps, puisqu’il était envisagé de se limiter à un mini elpee. Mais finalement au fil des sessions on a changé d’avis, et on a opté pour un full cd. Et pour corser le tout, on s’est tapé une nouvelle tournée. Longue de surcroît. Ainsi le temps à passé. Puis on s’est fixé deux ans pour concocter celui de Notwist. Mais quand on l’a finalement achevé, on a réalisé que 6 ans s’étaient écoulés depuis le dernier. C’est conséquent, mais on ne s’est pas ennuyé au cours de toute cette période.

Les membres du groupe travaillent sur différents projets (Lali Puna, Console, 13 & God…) Vos expériences individuelles influencent-elles The Notwist ?

Ces expérimentations exercent toujours une répercussion sur le groupe. On en tire toujours des enseignements. Une idée concrétisée chez Console, par exemple, est très susceptible de servir à The Notwist. Mais en même temps, on a le souci de bien mettre des balises entre ces groupes afin qu’ils puissent sonner différemment. C’est le but du jeu.

Comment s’est déroulé l’enregistrement de cet album ?

A l’instar de « Neon golden », on a opéré beaucoup d’expérimentations. On teste tout ce qui nous passe par la tête. Tous les mois on se retrouve une semaine en studio et on bosse ensemble. Le reste du temps, chacun travaille chez soi : on écoute les chansons et on y réfléchit. Lorsqu’on se réunit en studio, c’est pour voir si nos desseins correspondent. On enregistre des tas de chansons, mais la plupart finissent à la poubelle.

Vous avez également reçu le concours de l’Andromeda Mega Express Orchestra…

En fait, Andy Haberl, le batteur des Notwist, se produit également au sein de l’Andromeda Mega Express Orchestra. On a parlé de ce projet au compositeur Daniel Glatzels. Et il nous a répondu être disposé à écrire pour nous. Il a travaillé sur 8 ou 9 chansons différentes. Nous sommes allés en studio à Berlin pour enregistrer l’orchestre. Ce qu’il a écrit était brillant ; mais on n’a pas tout utilisé, car certaines compos ne collaient pas à l’ensemble. Dans le même esprit, nous avons écarté des dizaines de nos chansons enregistrées, parce qu’elles étaient trop ou… que sais-je ? C’était vraiment une bonne expérience ; mais il n’est pas dans notre ligne de conduite de travailler en compagnie d’un orchestre. Quand on imagine ce type de collaboration, on le conçoit comme quelque chose de grand, de pathétique… On n’a jamais vraiment imaginé quelque chose de semblable. On préfère intégrer des sonorités différentes, inédites aux chansons. Et c’est ce qu’il a fait.

Quel est, en tant qu’être humain, votre rapport aux machines?

Personnellement, j’aime les machines. Les machines ne sont pas parfaites, elles sont créées par des êtres humains. Elles peuvent être très différentes. Tout dépend de la personne qui les utilise. Ce qui est intéressant, c’est justement l’usage que chacun peut en faire. Les machines m’inspirent…

« The Devil, You & me », qui ou qu’est ce diable?

Ce que vous voulez que ce soit. Ce n’est pas défini. Pour le commun des mortels ce titre signifie le mal.

C’est une idée, une forme intouchable ?

Oui, exactement, quelque chose de négatif…

Les paroles de vos chansons sont claustrophobiques. Les mélodies vous permettent-elles de vous évader ?

Parfois oui. C’est une façon de nous exprimer sans paroles. Mais je pense qu’il y a toujours une interaction entre les textes et la musique. Parfois la mélodie n’est pas triste mais calme ou légère. Quant aux paroles elles sont plus sombres ou abordent des sujets difficiles. On aime ces contrastes.  

Vos chansons (“Alphabet” par exemple) jouent sur les mots comme des instruments à part entière. Un véritable exercice de style…

Oui, Markus écrit les paroles et y consacre beaucoup de temps. Il accorde de l’importance à l’agencement des mots, pour voir comment ils sonnent ; et s’ils ne sont pas adéquats à la musique, il les élimine. Ils doivent sonner juste.

Comprenez-vous toujours ce qu’il écrit ?

Non, mais on n’a pas besoin de comprendre. Il les écrit toujours d’une manière assez abstraite. Les gens n’ont pas besoin de déchiffrer ce qu’il dit. L’idée oui, mais il faut pouvoir l’interpréter individuellement. C’est toujours critique et obscur, il n’aime pas les slogans. Il est très important pour lui que ces textes ne se réduisent pas à des clichés du genre : ‘le capitalisme, c’est mal’ ou ‘n’allez pas au MacDonald’. Il cherche toujours un sujet susceptible d’être compris de différentes manières. Lorsque vous lisez ou écoutez les paroles, vous pouvez leur attribuer une signification. Après les avoir lues ou écoutées, un peu plus tard, vous pouvez les appréhender très différemment. Il suffit d’avoir repéré un mot pour que la phrase prenne un autre sens. Et si vous y rencontrez un autre point de vue, cette perception devient très intéressante.

Les thèmes principaux développés se focalisent autour de la culpabilité, l’abandon et la fuite. Rien d’évident…

Rien de facile, non. Ce sont des événements que nous avons dû vivre au cours de ces six dernières années. Par exemple, le fait qu’ils soient liés à votre propre existence : même si on veut s’y soustraire, on est obligé de les supporter et on ne sait pas s’en débarrasser. Au final, c’est ce que tout le monde vit : des situations heureuses ou malheureuses. Et personne ne peut ou ne veut s’en échapper. On doit faire avec. Dans nos vies personnelles, on a traversé des épreuves extrêmes, comme des amis qui tombent gravement malades ou sont victimes d’accidents. La musique est notre façon d’exprimer nos sentiments : on y pose toutes nos questions, concentre nos espoirs et épanche notre tristesse…

Cet elpee raconte-t-il une seule et même histoire, où chaque chanson serait un chapitre ?

L’ordre est très important pour nous. On y a beaucoup réfléchi et on s’est un peu cassé la tête pour trouver le meilleur agencement des plages. D’une façon oui, c’est une grande histoire découpée en différents chapitres, mais en même temps on ne pense pas que ce soit un album concept ou quelque chose du genre. Au final, on a conclu que pour atteindre toute leur signification, les chansons devaient respecter cet enchaînement.

The Notwist existe depuis près de 20 ans ; quel est votre meilleur ou votre pire souvenir ?

C’est difficile à dire. Il n’existe pas un meilleur ou pire moment. Il y a un événement qui nous a rendus heureux. Le succès enfin récolté aux Etats-Unis. On y joue depuis 1998 ; mais la première année de notre tournée était horrible. Personne n’assistait à nos concerts. Après « Neon Golden », la situation a sensiblement évolué. On peut même dire que ça s’est même très bien passé ; et beaucoup de gens sont venus nous voir. Ils apprécient spécialement les paroles de Markus. Et nous sommes très heureux de cette réaction parce qu’en Allemagne, on entretient toujours le débat de la langue : pourquoi ne chanterait-on pas en allemand ? L’anglais/allemand de Markus a toujours été sujet à la critique. Aux États-Unis, il est perçu comme de la poésie. Les Anglophones de pure souche émettent davantage de réserve ; donc Markus exprime ou décrit les choses différemment. C’est une très bonne chose.

Avez-vous prévu de retrouver Themselves pour un nouvel album de 13 & God?

Il n’y a rien de concret pour le moment mais on veut définitivement s’y consacrer. Ils sont fort occupés sur différents projets en ce moment. The Notwist va repartir en tournée. On a l’intention de réaliser un projet ensemble, mais on ne sait ni quand, ni où.

D’autres souhaits pour l’avenir du groupe ?

Tôt ou tard, on enregistrera un autre album de Notwist. On n’a pas vraiment de souhait précis. On espère juste pouvoir continuer à créer de la musique. C’est le principal. Peu importe la forme qu’elle prendra. Pour le reste, on verra…

 

Les Anges

Rock’n’roll et paradis sur terre

Écrit par

Faut-il croire aux préceptes de la réincarnation ? Si cette question nous laisse habituellement dubitatif, on tend ici à revoir notre position. En cause, une rencontre avec Les Anges, tout de noir vêtus et descendus du ciel pour souffler sur les cendres de ce bon vieux Hulk. Pour mieux s’émanciper de leur redingote déchiquetée et d’un vilain teint verdâtre, les (ex-)musiciens de Hulk se sont jetés dans les bras de la douce – mais sauvage – Sandra Hagenaar (ex-Fifty Foot Combo). Pieds au plancher, guitare au poing, Les Anges se font les messagers d’une culture rock intègre, préférant tourner le dos aux concessions pour mieux embraser la tension. Deux Anges (sur quatre) nous font face : Sandra et Renaud. Au cœur du débat, « A deep grave as a shelter », un premier album produit par l’infatigable Christine Verschorren (Ghinzu, Montevideo, Das Pop, dEUS, etc.). Du rock pour pousser les portes du paradis ?

Avant d’aborder Les Anges, reparlons de Hulk. Pourquoi avoir changé de nom ? Le groupe est-il définitivement enterré ?

Renaud : Oui, c’est terminé. Un jour peut-être, on reviendra pour quelques dates. Mais ce n’est pas à l’ordre du jour. Le changement de nom, c’est un tout : de nouveaux morceaux, une atmosphère, l’arrivé de Sandra. Toutes ces choses impliquaient l’émergence d’une nouvelle identité.

Sandra : Tout comme Hulk, Fifty Foot Combo est mort. Les Anges, c’est donc un nouveau groupe. Au final, notre musique n’a strictement rien à voir avec celle de nos anciennes formations. Certes, on peut y retrouver quelques éléments. Mais on a pris soin d’y ajouter des instrumentations différentes et quelques clins d’œil aux films d’horreur !

Vous abandonnez donc vos principales influences pour repartir à zéro ? Terminés les déboulés plombés à la Kyuss, Masters of Reality, etc. ?

R. : Non, non ! On ne va pas s’en éloigner... On aime vraiment ces groupes. En fait, par le passé, nous n’avons jamais eu la chance de bénéficier d’une production digne de ce nom. Chez Hulk, les chansons étaient là. Mais la production de nos enregistrements nous rapprochait quasi automatiquement des formations de rock stoner et des groupes de metal. Le rôle de la production est donc primordial...

Comment expliquez-vous l’engouement suscité par la sortie de votre album ? Auparavant, les médias n’étaient pas toujours à vos côtés. Aujourd’hui, avant même la sortie du disque, la presse s’emballe. Ne trouvez-vous pas ce phénomène étrange ? 

R. : Franchement, je ne comprends pas non plus... Impossible d’expliquer ce qui nous arrive... Je ne sais pas. Nous sommes signés chez Bang ! et je pense que, pour nous, c’est une bonne chose. Les Anges apportent encore un peu plus de diversité dans un catalogue qui était essentiellement composé de formations pop-rock.

S. : Actuellement, nous sommes le seul groupe du label à jouer une musique ‘arrachée’. Pour nous, c’est aussi une façon de sortir du lot, de se faire entendre. Rentrer dans une structure ouverte à plein d’autres styles ne peut être que bénéfique pour Les Anges...

Sur l’album, deux chansons se suivent et présentent des titres comparables : « Be a man » et « Illustrated man ». S’agit-il du même homme ? Est-ce une histoire en deux volets ?

R. : Ces deux titres s’enchaînent par hasard. C’est peut-être un peu moche au niveau de la titraille... Mais ces deux textes n’entretiennent aucun rapport entre eux. « Be a man » évoque l’histoire d’un type étrange qui veut en découdre avec la terre entière. Par contre, « Illustrated man » tire son origine d’un recueil de nouvelles de Ray Bradbury intitulé « Illustrated man ». Ce bouquin m’a toujours interpellé. Il raconte les aventures d’un gars qui s’est fait tatouer par une sorcière. Un jour, les tatouages prennent vie. Et, quand les gens s’en approchent, ils peuvent lire leur destin à travers les dessins. Malheureusement, les destins sont toujours tragiques... Evidemment, le mec tatoué le vit plutôt mal...

Et le morceau « 50 euros », c’est un clin d’œil à 50 Cents ?

R. : « 50 euros », c’est le prix d’un gramme de coke. Il s’agit d’un univers qu’on connaît, de près ou de loin. Ce morceau est dédié à mon frère. Il est décédé à cause de ces conneries. Il ne s’agit pas d’une apologie de la drogue. Il ne faut pas, non plus, concevoir ce titre comme une critique acerbe. Simplement, on voulait attirer l’attention du public sur l’existence de ces substances. Elles sont là, elles existent. Ici, on ne se positionne pas comme des consommateurs mais comme des observateurs d’un fait social trop souvent minimisé. Ouvrez les yeux : la drogue fait partie du quotidien, comme les histoires d’amour et le chômage ! Sur le long terme, la drogue ne présente que des aspects négatifs. Nous voulions écrire un morceau sur ce thème : c’est « 50 euros ».

Votre premier single s’intitule « Boys boys boys ». Comment s’est opéré ce choix ?

S. : Quand on écoute attentivement l’album, on se dit qu’on aurait facilement pu faire des singles de six ou sept morceaux... La recherche sur le son dans « Boys boys boys » est plus fouillée et méticuleuse que dans d’autres morceaux. En ce sens, c’est un très bon choix. On est vraiment content...

Votre album est produit par Christine Verschorren (Ghinzu, Montevideo, Das Pop, dEUS, etc.). Comment l’avez-vous rencontrée ?

R. : Notre manager est à l’origine de cette collaboration. Pour ma part, je connaissais le dernier album de Ghinzu. Il nous a également fait écouter Das Pop et Montevideo. A chaque fois, la production est impeccable. On retrouve un côté acide, chimique dans son travail. Il s’agit de sons artificiels que j’apprécie tout particulièrement.

Quels sont les groupes belges avec lesquels vous entretenez une certaine affinité ?

R. : J’adore Ghinzu, même si leur musique reste très différente de la nôtre. The Experimental Tropic Blues Band est également une des meilleures formations du pays. Sur scène, ils sont implacables. Je pense aussi à Kube. Ils possèdent de très bonnes compositions et viennent de sortir un bon album...

Et quels sont les groupes qui influencent Les Anges ?

S. : On peut parler de Messer Chups, un duo russe un peu fou. Comme chez Les Anges, on retrouve un côté féminin, des allusions à l’univers cinématographique, certaines sonorités. Là, je pense surtout à l’usage du thérémin. Et, d’une certaine façon, la manière dont Renaud écrit les chansons est assez proche du hard-rock... Là, je ne parle pas de Black Sabbath...

R. : Ah oui ! Plutôt d’AC/DC alors... (rires) En fait, dans le groupe, nous sommes très attachés à certaines valeurs artistiques, des influences communes.

En concert :

Le 13 juillet, Dour Festival

Le 21 juillet, Power Festival (La Louvière)

 

And Also The Trees

Nous avons très longtemps été victimes de préjugés

Écrit par

Fondé en 1978, au beau milieu de l’explosion punk, And Also The Trees est aujourd’hui considéré comme une formation culte. Un statut que le groupe s’est forgé en s’imposant une ligne de conduite, sans jamais se soucier du temps et des modes. Non seulement ses desseins romantiques, ténébreux, ruraux, gothiques, visionnaires, artistiques et typiquement insulaires font aujourd’hui des émules ; mais on se rend enfin compte qu’ils ont influencé une foule de groupes. Noisy pop, d'abord. Mais d'autres aussi. Du passé et du présent. Les deux leaders sont frères : Simon et Justin Huw Jones. Le premier est chanteur/lyriciste (poète aussi) et le second guitariste. Ce sont les seuls rescapés du line up originel. En 28 ans, la formation a enregistré dix albums, dont le dernier « (Listen for) the rag and bone man », vient de paraître. A l’issue de leur set remarquable, accordé à la Rotonde du Botanique, les deux frangins nous ont accordé un entretien…

Même si la formation ne s’est jamais souciée du temps et des modes, elle a toujours eu le souci d’évoluer. Progressivement, les synthés ont ainsi cédé leur place à de véritables instruments ; et puis, depuis l’arrivée de Ian Jenkins (préposé à la basse et à la double-basse), le jazz s’est immiscé dans leur univers sonore. Mais qui est ce Ian Jenkins ? Justin prend la parole : « C’est une bonne question. Nous avions besoin d’un bassiste. Steven Burrows est parti vivre aux States. Il y a 25 ans qu’il militait chez nous. Ce n’était donc pratiquement plus possible de travailler ensemble. D’un point de vue technique, il nous apporte encore son concours ; mais vu la situation, nous devions trouver une solution. Ian est ingénieur du son et bassiste. Il joue aussi de la double-basse. Il a également vécu dans la région où nous sommes nés. Et c’est important. Lorsque Steven a déménagé, j’ai pensé qu’il serait judicieux d’embrasser de nouvelles sonorités. D’introduire de nouveaux instruments. Et puis de les intégrer à notre nouvel album. On a ainsi abordé le problème de manière positive. Et ce concept est devenu l’essence du nouveau projet. » Simon clarifie : « Nous l’avions rencontré dans le cadre du festival Paléo. Vu que notre bassiste n’était plus disponible, nous devions trouver une alternative. Et comme il jouait de la double-basse, notre intérêt a été décuplé. » Oui mais pour interpréter les anciennes chansons alors ? Justin embraie : « Nous n’excluons pas notre ancien répertoire, mais nous nous sommes imposés un nouveau challenge en revisitant ces morceaux. Dans un autre style. Plus organique. En enregistrant sous une forme plus acoustique, on était épatés d’entendre les vibrations produites dans l’atmosphère par cette double-basse. L’esprit de Django Reinhardt était bien présent. Dans la musique, hein, pas les idées ! Et des instruments comme cette double-basse et l’accordéon s’y prêtent très bien. » Simon ajoute : « Il a appris les chansons que nous souhaitions. Pas toutes, mais celles auxquelles nous tenions »

‘(Listen) for the rag and bones man’ a été concocté dans un manoir quelque part dans le Herefordshire rural et il a été achevé une chapelle victorienne, à l’extrême est de Londres. Ce qui confirme que le groupe cherche toujours des endroits très spécifiques, souvent des monuments (églises, châteaux, etc.) pour enregistrer ; un peu comme s’il souhaitait constamment que ses enregistrement soient hantés par les endroits où ils étaient immortalisés. Simon commente : « La configuration des lieux est importante lorsqu’on crée de la musique. » Justin insiste : « On cherche à capturer l’émotion du son, là où on se trouve. De manière à lui apporter une nouvelle dimension. Pas toujours, mais parfois. Tu sais, on n’est pas allergique au studio, mais si on a l’opportunité de bosser au sein d’un environnement différent, le résultat peut être sublimé. Ce sont de petites choses, des subtilités, mais on s’en satisfait. » Par contre, on y retrouve toujours les mélopées très caractéristiques de la guitare de Justin. Et puis sa technique si particulière évoquant parfois celle d'un joueur de mandoline dont le son aurait été amplifié et réverbéré. Comme chez de nombreuses formations noisy pop. Justin s’étonne : « Si c’est vrai, je suis flatté. Mais je n’avais jamais entendu une telle réflexion… » Simon réagit : « En fait, c’est ce que Bernard Trontin des Young Gods m’a également raconté. Il abonde dans ce sens… » Un musicien en compagnie duquel Simon a bossé l’an dernier, pour concocter un opus en duo intitulé ‘November’. Simon confesse : « Je vis aujourd’hui à Genève. C’est en fréquentant le même disquaire qu’on me l’a présenté. On a un peu discuté. En fait, il projetait d’enregistrer un album en invitant, un vocaliste, par chanson. Et apparemment, j’étais sur la liste, même si au moment même, il ne me l’a pas avoué. Je n’avais guère confiance pour participer à un tel projet. A ce jour, je n’avais jamais travaillé avec d’autres musiciens que ceux des Trees. Et finalement, j’ai été très surpris et même enchanté du résultat. Les sessions se sont très bien déroulées. On a reçu d’excellentes critiques. C’est très différent de ce qu’on fait au sein du groupe. La musique est plus légère, plus ambient, spatiale même. Expérimentale. C’est un gars très intéressant qui connaît bien son job. Il est prolifique et s’investit beaucoup dans la musique instrumentale et les bandes sonores de films… » Mais le fait de s’être établi en Suisse, n’est-ce pas parce que les arbres y sont plus verts qu’ailleurs ? (rires) Justin remet les pendules à l’heure : « On est toujours basé en Angleterre, dans notre région du Worcestershire. Steven est donc parti vivre en Floride et n’a pas participé à la confection du dernier album… » Et Simon d’ajouter : « Je réside à Genève, mais pour écrire et enregistrer, je retourne au pays ; ce sont nos racines… » D’ailleurs, John Peel a un jour déclaré qu’And Also The Trees était trop anglais pour les Anglais. Ce qui méritait une explication. (silence…) Simon se décide enfin à prendre la parole : « Je comprends ce qu’il a voulu dire. » Et Justin en remet une couche : « Moi aussi. On a grandi avec lui. C’était un personnage très influent dans le domaine de la musique, en Grande-Bretagne. Lorsque nous avions 13/14 ans, nous écoutions ses émissions radio, tous les jours. C’était en pleine période punk, puis cold wave, avec Joy Division, The Cure, etc. Il est devenu une figure emblématique. Il n’aimait pas trop ce que nous faisions, mais nous respectait. Il s’est montré très correct à notre égard, en nous avouant que notre musique n’était pas sa tasse de thé, mais que si nous la faisions, il fallait continuer à bien la faire. Nous ne nous sommes pas produits en Angleterre pendant 15 ans. Jusqu’au mois dernier. En fait, si vous donnez un concert à Londres, vous l’accordez devant un parterre multiculturel. Mais j’admets qu’aujourd’hui, beaucoup de compatriotes commencent à s’intéresser à nous. On devient une curiosité. Nous avons très longtemps été victimes de préjugés. » Simon donne son explication : « Notre ‘anglitude’ est quelque chose d’exotique pour les Anglais. En 15 ans, la société à changé, a évolué. Finalement on est plus anglais que les Anglais. Comme nous ne nous sommes pas montrés pendant très longtemps, ils ne peuvent pas être réceptifs à notre musique. Le public ne se reconnaît pas en nous, comme groupe anglo-saxon, et il ne peut pas trouver notre musique attrayante, puisqu’il ne la voit pas… »

Le groupe avoue une multitude d’influences qui ont évoluées au fil du temps. Des Stooges au Velvet Underground, en passant par Love, John Barry, Morricone, Johnny Cash, Scott Walker. Au début. Jusqu’à des références plus récentes comme Bowie, Roxy Music ou Kraftwerk. Mais l’esprit de leur œuvre, pas les détails. Simon acquiesce : « Absolument. Faut pas se leurrer, quoiqu’on en dise, on cherche toujours des références. Et cela fait partie de la créativité. Pas comme ligne de conduite, mais pour en appréhender la nouveauté. Et c’est la raison pour laquelle on va au théâtre, au cinéma ou qu’on écoute des disques. C’est ce qui permet de nous faire avancer. Nous avons les oreilles et les yeux toujours grands ouverts ; et si on trouve une idée fort intéressante, on la place dans notre escarcelle, et on la laisse mûrir »

‘(Listen) for the rag and bones man’ est le titre de leur nouvel album, un titre qui s’inspirerait d’un épisode de l’enfance des frères Jones. Autrefois, dans leur patelin, un marchand itinérant –qu’on appelait alors chez nous marchand de loques– récupérait, outre les vieux papiers, les vieilles ferrailles et les chiffons usagés, mais aussi des os, afin de fabriquer un type de porcelaine, qu’on appelait ‘porcelaine de cendres d’os’. Il passait dans la rue en conduisant une carriole tirée par un cheval et en criant ‘chiffons et os’. Effrayé, Simon allait se cacher avant même qu’il passe devant sa maison ; et il ne l’a jamais vu. Ce serait l’explication la plus plausible… Mais derrière ce titre, n’y a-t-il pas un message écologique ? Simon répond : « Non, pas vraiment (il réfléchit). Allez, avouons, il pourrait l’être. Pour couper court, il est ouvert à toute interprétation. Le titre provient d’un rêve. Il n’a pas de lien direct avec la musique. Mais quand on y regarde de plus près, il recèle une foule de significations différentes. Et plus il y en a, plus cette situation nous plaît ; car elle ouvre de nouvelles perspectives. Et si tu as compris ce message, j’en suis flatté ; tu viens d’ajouter un élément à ma propre compréhension. » L’artwork de la pochette est superbe. Il a été réalisé par le photographe français, Jérôme Sevrette (http://photographique.js.free.fr). Comment cette collaboration est-elle née ? Simon répond : « On l’a rencontré la nuit dernière. (NDR : !?!?!?) En fait, j’ai découvert le site du photographe sur Internet. J’ai trouvé le travail absolument superbe. Et plus le temps passait, plus on se rendait compte qu’on avait besoin d’une image pour la pochette. Finalement, il nous a communiqué les dates de son exposition. On est alors tombé sous le charme de cette image, et on en a conclu qu’elle correspondait à notre projet. On lui a donc demandé l’autorisation. Il a été très honoré de notre démarche. Mais on ne l’a rencontré qu’hier. Son travail est absolument remarquable. Il relève de la technologie, mais si le résultat est bon, je n’ai rien contre. Je considère donc que c’est un artiste créatif. »

Leur musique est d’ailleurs souvent considérée comme filmique et visionnaire ; mais n’essaie-t-elle pas de filmer les rêves d’AATT ? C’est tout à fait évident sur ‘Rive droite’ et ‘The Sarcen’s head’, deux compos qui figurent sur leur nouvel opus. Mais aussi sur ‘Domed’, la chanson qui ouvre l’elpee. Encore qu’ici, en lisant les lyrics, on a l’impression de vivre ce film comme un esprit qui vient de se détacher de son corps et flotte au-dessus de paysages imaginaires. Une vision du passage entre la vie et la mort, peut-être ? Simon se défend : « C’est possible. Je n’ai pas pensé à cela. Elle est aussi ouverte à interprétation. (Il réfléchit). Si vous pensez à un esprit qui traverse votre vie, oui. On naît et on meurt. Je ne suis pas en désaccord… » Et les textes de ‘The beautiful silence’ pourraient ainsi traduire la recherche, non pas d’un paradis perdu, mais inconnu… Simon semble interpellé : « L’est-ce ? Je ne sais pas si c’est le paradis. Non, je ne crois pas… » (NDR : au paradis ?) La chanson ‘The way the land lies’, raconte l’histoire d’un vieil homme qui revient dans son village, 30 ans après l’avoir quitté. Et il le regarde avec les yeux du passé… Ce pourrait être Simon, dans trois décennies, revenu voir Inkberrow. Simon réplique : « J’ai une propension à ne pas écrire de textes autobiographiques. Ce que tu racontes pourrait être vrai, pour toi aussi… » Compo étrange, sanglante même, ‘The legend of Mucklow’ ne tire pas son inspiration des contes et légendes celtiques, mais anglo-saxons. Simon y tient tout particulièrement et précise : « Cette histoire vient de l’endroit d’où on vient… » Par contre ‘Candace’ est une compo inspirée de William Faulkner. Simon ne s’en cache pas. « Tu sais, j’ai un peu honte d’avouer que je viens de découvrir Faulkner. ‘Candace’ est un personnage du roman ‘The sound and the fury’ (NDR : ‘Le bruit et la fureur’). J’ai toujours eu l’image de cette fille consentante (NDR : il fait ici manifestement référence à Quentin qu'un amour incestueux lie à Candace. Quentin se suicidera à Harvard pendant que répudiée par son mari elle confiera sa fille –prénommée Quentin en hommage au frère disparu– à ses parents…) » On pourrait encore s’étendre pendant des heures sur les lyrics de Simon, dont la poésie est d’une telle beauté, que même Robert Smith, un de ses fervents admirateurs, a un jour déclaré en être jaloux. C’est un beau compliment.

Merci à Vincent Devos

Editors

Un certain sens du mystère

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Responsables de deux albums à ce jour, les Editors surfent sur une vague de succès qui pourrait bientôt les propulser sur la planète des stars ( ?!?!?). Etonnant pour un groupe britannique (NDR : de Birmingham, très exactement) qui remet au goût du jour, une musique nettement inspirée par la cold wave des eighties. Et en particulier des groupes comme Joy Division, Chameleons, And Also The Trees ou Echo & The Bunnymen. Interpol a tracé la voie. Et une foultitude d’autres formations s’y sont engouffrés. Dont les Editors et Bloc Party. N’en déplaisent à ces fers de lance de ce revivalisme auxquels on ne peut certainement pas reprocher de bâcler leurs copies. Au contraire. Sur les planches, les Editors semblent même dépasser largement leurs concurrents directs. Mais pour oser leur parler de ce type de corrélation, il est nécessaire de bien connaître son sujet et de mettre des gants, histoire de ne pas trop froisser leur susceptibilité. C’est Russ Leetch, le bassiste qui s’est dévoué pour affronter le questionnaire. Dommage que Tom Smith, le chanteur/guitariste, préalablement prévu pour épauler son acolyte, n’ait pas osé venir défendre leur point de vue. Notamment dans le domaine des lyrics. Ce n’est peut-être que partie remise…

Sur place, il a donc fallu réaménager ses questions, en se doutant bien que nombre d’entre elles allaient être éludées. Mais il est parfois intéressant d’entendre le point de vue d’un autre membre du groupe, dont la vision est parfois différente, et qui recèle des aptitudes aussi cachées qu’intéressantes (NDR : on y reviendra). Plutôt que d’attaquer de front le sujet sensible des influences, j’ai donc demandé comment les Editors pouvaient expliquer que les admirateurs des groupes susvisés étaient sur la même longueur d’ondes. Bref, que ces formations drainaient un public aux goûts semblables. La réponse de Russ est évasive : « J’ignore si le public veut nous enfermer dans cette catégorie ; tout ce qui je puis affirmer, c’est que ce sont tous de bons groupes. Les gens qui aiment les Beatles et Elvis Presley peuvent aussi apprécier les Editors. Je ne vois pas d’explications » (NDR : ou il ne veut pas les voir !) Par contre, le groupe reconnaît pour influences majeures Elbow et The Walkmen. Elbow surtout. En plus ce sont des amis. Enfin ils sont devenus des amis. « On les a croisés bien longtemps après avoir écouté leur musique. Nous étions des fans avant de les rencontrer. Quand nous fréquentions l’université. Lorsque notre premier album est paru, les musiciens d’Elbow nous ont avoué qu’ils aimaient beaucoup notre musique. Nous sommes sortis ensemble à Manchester. A une occasion. On a trinqué ensemble. Et l’un d’entre eux nous a proposé de nous apporter leur collaboration. On ne les voit plus très souvent, mais on les aime bien. Et, oui, c’est une de nos influences. » Radiohead, Doves et Spiritualized sont également des références qui revêtent un caractère majeur pour le combo. « Nous aimons beaucoup ces groupes. Radiohead et Spiritualized, tout particulièrement. Nous écoutions leurs disques lorsque nous avions 16/17 ans. A cet âge, il est important de découvrir des nouvelles perspectives ; et Radiohead nous a permis de faire ce pas. De nous interpeller. Si tu ne fais pas la démarche de t’approprier un groupe lors de ton adolescence, tu risque de rester en rade. Et de t’enfoncer dans les stéréotypes. Surtout à cet âge là. C’est la raison pour laquelle ces groupes sont importants. En outre, ils te permettent de t’ouvrir vers d’autres types de musique, et pas seulement le rock. » La nouvelle orientation de la bande à Thom Yorke est donc judicieuse ? « Elle ne m’emballe pas particulièrement. Je respecte ce qu’il fait, mais c’est bien moins important qu'‘OK Computer’… » Enfin, pour rester dans le même domaine, les Editors reconnaissent également que ‘Murmur’ de REM et ‘This is it’ des Stokes sont deux opus incontournables, pour eux. « En fait ‘Murmur’ a influencé l’écriture de Tom. En ce qui concerne les Strokes, il faut se remettre dans le contexte. Nous étions en 2001. La britpop, en Angleterre, s’était essoufflée. Depuis deux ou trois ans. Et la guitare était reléguée au second plan. Lorsqu’ils ont débarqués, on s’est dit, le rock’n roll est de retour ! »

On dit Editors et pas The Editors. Il paraît que ce patronyme colle mieux à leur image monochrome. Mais en même temps, que ce choix leur permet de brouiller les pistes. D’autres également avancent que c’est parce que ce ‘The’ est trop à la mode et que le groupe voulait un patronyme intemporel. Où est la vérité ? « J’ai exécuté le travail graphique des pochettes du premier album ‘Backroom’ et des quatre premiers singles. Mais cette tâche devenait trop envahissante, et j’ai l’abandonnée. Avant d’opter pour le nom Editors, nous nous appelions Snowfield. Mais c’était un peu trop humide comme nom. En fait, on a enlevé le ‘The’, parce qu’il ne faisait pas joli sur la pochette. D’un point de vue grammatical, le ‘The’ s’impose ; et pourtant d’autres groupes ont utilisé le même  concept. Les Pixies, par exemple. On dit Pixies et pas The Pixies. Maintenant, il n’est pas exclu qu’un jour, on y remette le ‘The’. » Chez ce type de groupe, l’attitude revêt quand même une certaine importance. On a parfois l’impression qu’ils aiment entretenir un sens du mystère, voire de l’ambigüité « On n’aime pas trop que les gens connaissent constamment notre emploi du temps. Nous voulons préserver notre vie privée. Ce qui importe, c’est le live. On s’est rendu compte que dans le public, il y a des gens qui se posent des questions et qui n’auront jamais la réponse… Et plus ils s’en posent, plus ils accentuent ce mystère. En fait, nous voulons maintenir une certaine distance avec eux. » Peut-être par jeu… Sur les photos, on voit souvent les musiciens vêtus de vêtements sombres. Russ tire sur le col de sa chemise : « Regarde ! Nous aimons la couleur. Nous nous améliorons. En fait, les teintes sombres, nous les adoptions surtout, lorsque nous étions étudiants. Aujourd’hui, nous commençons à nous vêtir différemment. A porter des chemises. A mieux se fringuer. D’ailleurs nous aimons bien les vêtements chics. Surtout sur scène… »

La voix de Tom Smith campe un baryton profond, sensuel. A tel point qu’un journaliste britannique a un jour écrit que sur scène, il pourrait déclencher une ovulation spontanée chez les filles. (NDR : à ce moment précis, Elvis Perkins et son équipe, attablés à quelques mètres, éclatent de rire). Tom essaie de garder son sérieux. « Ce qui est dingue avec lui, c’est qu’il est capable de stimuler l’orgasme de beaucoup de femmes en même temps. Lors de certaines chansons explicites de notre set, on reste très attentif, pour voir si les filles rougissent… » Les lyrics sont également criblés de métaphores. Mais est-ce pour les rendre plus cryptiques ou simplement pour permettre au public d’y épancher ses propres émotions ? « Ce que tu dis est vrai. Les gens pourraient donner leur propre signification (NDR : c’est à la mode !) aux chansons. Une manière de mieux faire vibrer leur corde sensible. Rien que le titre des chansons est susceptible de les interpeler. Ils se projettent une image dans leur esprit. Il existe des petites phrases qui peuvent déclencher une représentation dans leur inconscient, alors que les paroles n’ont rien à voir avec l’élément déclencheur. Il est important pour un groupe ou un artiste de trouver une accroche. » ‘Well worn hand’ est certainement la chanson la plus dramatique du répertoire des Editors. En fin de parcours, on a même l’impression que Tom est au bord des larmes. « Ce qui a permis de la rendre dramatique, c’est la façon dont elle a été enregistrée. En une seule prise. La tension était à son paroxysme. Et le résultat est parfait. D’un point de vue instrumental, on s’est mis la pression. Histoire de communiquer une plus grande intensité émotionnelle à l’interprétation. Maintenant, je ne crois pas que Tom était au bord des larmes ; mais si c’était le cas, on ne pourrait que s’incliner. » A une certaine époque, on taxé leur style de ‘Dark disco’ (disco sombre). « En fait, cette déclaration sort du contexte d’une interview, au cours de laquelle nous avions répondu en ces termes sous forme de boutade. Elle traduit une volonté de se soucier de la recherche musicale, une démarche qui nous hante. Il ne fallait pas prendre cette réponse à la lettre… »

Entre le premier album (‘The back room’) et le second (‘An End Has a Start’), le groupe a changé de producteur. Jim Abbiss a cédé le relais à Jacknife Lee. Y avait-il une différence majeure dans la manière de travailler entre ces deux personnages ? « Nous les apprécions tous les deux pour le boulot qu’ils ont accompli. Jim a bossé sur le premier. Nous étions quatre. Un groupe enfermé dans une pièce. Point à la ligne. Et on n’a rien ajouté. Pour le deuxième, nous voulions qu’il soit plus ouvert et bénéficie d’arrangements plus soignés et d’un son plus puissant. Mais on ne sait pas si dans le futur on continuera à travailler avec lui ou quelqu’un d’autre… » Restait une question plus sournoise. A poser en fin de parcours. Et vu le succès qui commence à prendre des proportions conséquentes. A savoir si Editors ne craignaient pas de devenir un nouveau Coldplay. « S’il te plaît ne nous compare pas à Coldplay. Il y a également un piano sur scène, et notre chanteur a aussi les cheveux bouclés. Mais j’imagine mal, un jour, que cette formation puisse écrire une chanson impliquant le mot ‘Smokers’… » Pas trop bien compris. Il doit y avoir un jeu de mot fumeux là-derrière…

Merci à Vincent Devos.

 

Buffalo Tom

Ne pas verser dans le mélo...

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Neuf ans que le trio bostonien n’avait plus enregistré ensemble. Il avait bien accordé quelques concerts, juste pour rappeler aux fans que le groupe n’était pas officiellement séparé ; mais chaque membre du groupe se souciait davantage de ses projets alternatifs que de l’existence même de la formation. Alors qu’est ce qui a bien poussé les trois gaillards à reprendre l’aventure et surtout à enregistrer un nouvel opus ? Un disque qui est d’ailleurs sorti quelques jours après une chouette prestation accordée dans le cadre du festival Cactus de Bruges. Une question qu’il était judicieux de leur poser, et à laquelle Bill Janovitz a répondu de bonne grâce, avant de monter sur les planches…

« On a continué à jouer ‘live’, une ou deux fois par an. Nous disposions d’une grande quantité de singles et nous tournions en basant notre tracklisting sur ces compos. Nous jouions surtout à Boston et avions un excellent retour du public ; mais nous éprouvions un sentiment de nostalgie, chaque fois que nous nous produisions en concert. En fait, nous n’interprétions que d’anciens titres. Et plus les années passaient, plus les morceaux vieillissaient. On s’est dit que notre attitude passéiste devenait stupide, qu’il était temps d’en écrire des nouvelles tout en profitant de l’élan qui nous poussait à ce moment-là… » Oui mais leurs projets alternatifs alors ? « Nous allons poursuivre nos projets solos. Chris et l’ancien chanteur de Fuzzy, Hilden Mancini également. Par contre ce sera plus difficile pour Crown Victoria. Parce que le batteur est parti vivre à Los Angeles. Mon elpee solo est prêt à sortir. Il a été masterisé et produit. Tu peux y puiser toutes les infos utiles sur notre website… » Le dernier opus de Buffalo Tom est paru sur le nouveau label de Danny Goldberg. Pas n’importe qui puisqu’il était le manager de Nirvana. Il a aussi côtoyé le Led Zeppelin. Sans oublier qu’il a travaillé très jeune chez Atlantic Records avant d’en devenir le boss. Un personnage légendaire quoi ! Bill précise : « Nous l’avions rencontré au cours des années nonante. C’est à cette époque qu’il a monté une radio politique de tendance progressiste. Il a également été le président d’un syndicat de célébrités à L.A.. Si son nom est lié à un événement, j’y suis trois fois plus attentif… »

Ce nouvel elpee s’intitule ‘Three easy pieces’. C’est également le nom d’une des chansons de ce disque. Pourquoi avoir choisi ce titre ? Y a-t-il une symbolique derrière le chiffre trois ? Bill s’explique : « C’est Chris qui a écrit les paroles. Elles s’inspirent d’un film mettant en scène Jack Nicholson : ‘Five easy pieces’. Une comédie musicale qui se réfère à cinq morceaux de musique. Nous avons pensé qu’il serait judicieux de le transformer en ‘Three easy pieces’, parce que nous sommes trois dans le groupe. Et qu’il est plus facile de trouver un consensus à trois qu’à quatre ou même à cinq. En plus c’était un bon choix ; et il ne faut pas y voir de la magie… » Parce qu’évidemment, on a beau être de très bons amis, des conflits d’idées peuvent éclater. Et en particulier lorsque l’un ou l’autre ne partage pas le même avis pour la composition. Qui prend alors la décision finale ? « C’est une bonne question ! Lorsqu’une telle situation se produit, on laisse la chanson mijoter quelque temps. Et si ultérieurement, quelqu’un d’entre nous émet une bonne idée, on lui fait confiance et on suit les desseins du visionnaire. Les conflits ne surviennent que lorsque la majorité des deux-tiers s’oppose à un avis isolé. » Des problèmes qui peuvent également survenir à cause de la situation familiale de chaque musicien. Bill acquiesce mais nuance : « On a tous rencontré ce type de problème à des moments différents. Aujourd’hui, Tom y est davantage confronté parce qu’il a des enfants en bas âge. Tu sais on apprécie notre cocon familial. On a toujours essayé de maintenir un équilibre entre notre vie de groupe et notre vie familiale. Si nous avions les moyens, nous emmènerions tout le monde en tournée et engagerions des bonnes d’enfants. Mais il n’y a pas de solution idéale. Ma fille de huit ans aurait voulu assister au concert de Bruges. Je lui ai téléphoné cet après-midi et je lui ai promis que nous reviendrions visiter cette ville avec ma femme. Car Bruges possède une remarquable architecture médiévale qui n’existe pas aux States. Quand je vois toutes ces vieilles maisons, je pense à Disneyworld… » En 1986, c’est à dire à leurs débuts, Buffalo Tom comptait de nombreux fans dans les Universités américaines. Aujourd’hui, toutes ces personnes ont vingt ans de plus, une famille, un job et n’écoutent peut-être plus de musique. Alors, de quoi est constitué le public de B.T. en 2007 ? Bill réfléchit : « J’imagine qu’aujourd’hui, il n’y a plus beaucoup d’étudiants qui assistent à nos spectacles. Je présume qu’ils possèdent d’autres centres d’intérêt. Mais je suis toujours touché par celles et ceux qui nous sont restés fidèles. Par celles et ceux qui ont grandi avec nous. Mais je suppose que lorsque nous nous produisons à Boston, ils doivent engager des baby-sitters… »

Les albums solos de Bill épousent très souvent une formule acoustique. Alors, un album ‘unplugged’ de Buffalo Tom, c’est possible ? « Non, je n’en vois pas l’utilité. Ce qui ne nous empêche pas de toucher à l’acoustique ; mais au sein d’un contexte globalement rock. » Par contre, à l’instar de leur dernier opus, le groupe a eu recours au piano. Notamment, sur la ballade intitulée ‘Pendleton’. Et aux arrangements de cordes et de cuivres, en filigrane. Une nouvelle orientation pour le futur ? Tom acquiesce : « Oui, absolument. Pour le dernier album, on a engagé un pianiste. Mais j’ai également joué du piano. C’était un peu comme un défi. Dans l’esprit de ce que faisait Nils Lofgren sur les albums de Neil Young. D’ailleurs, il ne faut pas imaginer que mes goûts soient exclusivement focalisés sur les groupes à guitares. Je suis ouvert à toutes les bonnes idées. Même aux arrangements de cordes et de cuivres. Parce que la voix émerge différemment et offre plus d’espace aux ballades. » Mais quel est le secret d’une bonne chanson pour Buffalo Tom ? Un bon mélange entre émotion, humour et mélodie ? « Oui, c’est une bonne manière de voir les choses. Il y a effectivement beaucoup d’humour dans nos chansons, mais ce n’est pas la caractéristique principale. Nous accordons un soin tout particulier au sens mélodique. Nous sommes très attentifs à la qualité des lyrics. Ils doivent être –dans la mesure du possible– convaincants et sensés. Maintenant, il ne faut pas se faire d’illusions, il y a beaucoup de chansons qui ne respectent pas ces trois critères. En résumé, pour une bonne chanson, il faut une bonne idée, une mélodie intense et un feeling fort. C’est ce qui nous intéresse… » Tout en essayant qu’elle ne soit pas trop mélodramatique. Apparemment une grande crainte des musiciens de B.T.. Bill réagit : « On n’en fait quand même pas une maladie. Les chansons que je préfère sont celles qui parviennent à capturer une certaine nostalgie et susceptibles de s’imprégner d’une certaine théâtralité. De la tristesse, de la mélancolie doit en émaner, sans pour autant verser dans le mélodramatique. Un peu comme chez Tom Waits et les Rolling Stones, dont certains morceaux peuvent être très mélancoliques. Effectivement, parfois, Buffalo Tom peut se révéler languide, larmoyant. Pour certaines personnes cette attitude semble exagérée. Mais pas pour nous. Buffalo Tom ne se contente pas seulement de balancer des émotions. Il est aussi et surtout une machine à rythme… » D’ailleurs, le trio reconnaît comme influences majeures les Kinks, les Stones, Neil Young, les Stooges, MC5 et toute la scène de Detroit qu’a enfanté ces deux légendes de la Motor City. Mais que pense Bill de cette nouvelle scène qui sévit à Detroit, et en particulier d’un de ses leaders, les White Stripes ? « J’aime beaucoup les White Stripes. Je ne me suis pas procuré leurs albums, mais ce que j’ai pu en écouter me botte particulièrement. On sent que Jack White a fait tout son écolage dans le vieux blues. Il existe un combo californien qui répond au nom de Broken West. Il me plaît énormément. Il parvient à embellir sa country de pop et de rock’n roll. Les Death Ships, également. Un ensemble issu de l’Iowa. Et dans un autre registre les Islandais de Sigur Ros. Leur musique me fait toujours une grosse impression. Enfin, j’avoue un petit faible pour la musique garage… » Et l’americana, je suppose ? Mouvement au sein duquel Wilco a été erronément catalogué. « Cette formation est capable de jouer dans des registres très différents. Elle ne se concentre pas seulement sur la country ; d’ailleurs j’évite de mettre des étiquettes sur des groupes ou des artistes. J’apprécie le feeling de leur musique, sans plus… » Dans le passé, B.T. s’est autorisé quelques reprises. Notamment une version du ‘Cupid come’ de My Bloody Valentine. Cet exercice de style est-il encore pratiqué par la formation ? « Oui, mais pas ‘Cupid come’ ; nous l’avions choisie à une époque où nous balbutions encore. Aujourd’hui, le problème, c’est qu’on n’est plus capable de jouer ces covers ; parce qu’on ne les a plus interprétées depuis longtemps. On a même oublié certaines de nos chansons ; alors on est obligé de les réapprendre. Et une reprise exige énormément de travail… »

Merci à Vicent Devos.

 

 

The Smashing Pumpkins

La versatilité des formations actuelles me donne le vertige...

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Kurt Cobain, leader de Nirvana, vient de déclarer que sans l'avènement de son trio, des tas de groupes yankees, et en particulier le quatuor de Chicago Smashing Pumpkins, n'auraient jamais eu droit au chapitre. Pourtant, James Iha (prononcez "I-A", sans quoi vous déclencherez l'hilarité du personnage) déclare n'avoir aucune affinité avec cette vague métallique qui déferle sur Seattle. C'est d'ailleurs, probablement le seul moment où cet excellent guitariste, mais également brillant 'chèvrechoutiste', s'est montré formel au cours de notre entretien. Alors, Smashing Pumpkins : corruptible ou incorruptible? Et le deuxième album : grunge ou pas grunge?

L'accouchement de votre deuxième opus, "Siamese Dream" m'a semblé particulièrement douloureux. Pourtant en engageant Butch Vig pour le produire, vous auriez dû ne rencontrer aucun problème?

Nous n'avons éprouvé aucune difficulté pour l'enregistrer. Mais il est exact que sa confection a nécessité quatre mois et demi. Ce qui peut paraître assez long. En fait, nous travaillons assez lentement ; et, pour la circonstance, avions décidé de prendre tout notre temps. Avant de nous intéresser à l'album, nous avons préféré sortir un premier single, puis un deuxième single. C'est la raison pour laquelle nous avons choisi Butch Vig à la production. C'est un gars très cool, et son concours nous a permis d'œuvrer dans les meilleures conditions.

En choisissant "Siamese Dream" comme titre de votre elpee, souhaitiez-vous transmettre un message d'espoir à tout ceux qui souffrent?

D'une certaine manière. Je suis incapable de dire pourquoi (NDR: ou plus exactement, il ne souhaite pas s'étendre sur le sujet), mais il reflète des concepts plus optimistes, plus visionnaires. Ce qui n'était pas le cas pour "Gish", davantage dominé par des thèmes douloureux, désenchantés...

N'est-ce pas trop dangereux de naviguer entre réalisme et fantaisie?

N'exagérons rien! Il existe des groupes beaucoup plus réalistes que Smashing Pumpkins. Rage Against The Machine, par exemple. Et toute la panoplie de rappers qui sévissent aujourd'hui aux States. Je ne pense pas que nous soyons davantage des fantaisistes. Nos chansons ne sont pas peuplées de lutins, de travestis et de clowns, que je sache...

Etes-vous froissés lorsque les médias vous taxent de 'grunge'? Le succès récolté par Nirvana et Pearl Jam ne vous étonne-t-il pas?

Irrités certainement! Hormis la concentration d'électricité qui émane des guitares, nous n'avons rien en commun avec ces groupes qui se réclament du 'grunge'. Notre conception de la composition et de l'écriture est totalement différente. Nous ne jouons pas de la même manière. Et notre portefeuille n'est pas aussi garni que celui des membres de Nirvana ou de Pearl Jam (rires). Nous reflétons notre propre image et n'accepterons jamais de nous aligner sur une mode quelconque. Ce qui explique pourquoi nous sommes agacés, lorsqu'on pratique une standardisation des valeurs musicales américaines. Le succès de Nirvana et de Pearl Jam? Il s'explique facilement! En fait, le heavy metal est toujours très prisé aux States. Il est d'ailleurs le seul créneau musical à pouvoir concurrencer la 'dance' et le monde creux de la pop FM. Pour te faire une idée, pense à Bryan Adams! Ceux qui n'appartiennent pas à ces familles vivent dans l'underground, et rencontrent, en général, plus de crédit à l'étranger... Bref, Nirvana s'est contenté de reproduire les nombreux clichés du heavy metal en y injectant une dose d'agressivité supérieure. Un signe des temps qui ne trompe pas. Puisque le succès s'est répandu comme une traînée de poudre. Et pour sortir de leur marginalité, de nombreux groupes, s'y sont engouffrés. Pearl Jam et des tas d'autres. De Seattle, bien sûr, mais également d'ailleurs.

Est-il exact que Smashing Pumpkins est davantage séduit par la musique britannique que par la musique américaine? Et qu'il préfère les artistes du passé à ceux d'aujourd'hui?

Nous n'avons pas d'exclusive, et apprécions autant les groupes américains que les groupes britanniques. La musique du passé que celle d'aujourd'hui. Personnellement, j'estime d'ailleurs qu'il existe pour l'instant, de meilleures formations aux States qu'aux Iles Britanniques. Plus originales. Plus extrêmes. Et si j'ai un petit faible pour le monde ses seventies, celui d'ELO, des Eagles et de Gram Parsons en particulier, je ne rejette pas les ensembles contemporains. Come et Sweverdriver me plaisent beaucoup. Mais la versatilité des formations actuelles me donne le vertige. Elles disparaissent parfois aussi vite qu'elles ne sont apparues. Difficile de s'y retrouver. C'est peut-être la raison pour laquelle je préfère me réfugier dans les valeurs du passé. Mais j'admets qu'il faut laisser le temps à la nouvelle génération d'écrire son histoire...

Vous avez un jour déclaré qu'il était hors de question de vous exhiber hors de contrôle, sur scène, comme Iggy Pop. Etes-vous des adversaires de la consommation de drogue ou d'alcool?

Question à la fois amusante et pertinente! En général, nous conservons la tête froide en toutes circonstances ; mais il arrive, pas très souvent il est vrai, que nous perdions notre self control. Sans avoir recours aux drogues ou à l'alcool, il faut le préciser!

N'est-il pas difficile de vivre à Chicago, deuxième capitale culturelle, mais également deuxième capitale du crime aux U.S.A.?

Chicago ne diffère pas tellement des autres métropoles américaines. Dans le domaine de la criminalité, il existe d'ailleurs des villes bien plus irrespirables. Il existe suffisamment d'espace pour y vivre paisiblement. Le crime ne vous attend pas à chaque coin de rue. Il faut simplement savoir où mettre, et où ne pas mettre les pieds. La population est bien renseignée à ce sujet, et évite de fréquenter ces endroits mal famés...

Pourquoi comparez-vous l'Amérique à un cauchemar 'orwellien'?

Parce que les différents pouvoirs qui se sont succédé y ont fait le lit de la corruption. On a beau remplacer le président, le gouvernement, rien ne change. Le capital tire toutes les ficelles de la société et place ses hommes politiques et ses fonctionnaires d'administration pour le faire fructifier... L'argent ne manque pas aux Etats-Unis, mais il va dans la poche de ceux qui en ont le moins besoin ou dans celle des gangsters. Le taux de hold-up y est d'ailleurs particulièrement élevé. Un constat pas très moral, mais très réaliste! Pourtant, je ne pense pas que l'Amérique soit le pays le plus corrompu. Ailleurs, c'est parfois pire...

Cette situation entraîne inévitablement une recrudescence de la violence?

La violence n'existe pas plus aux States qu'ailleurs! Elle est surtout présente à la TV. Et la communauté internationale imagine qu'elle est notre pain quotidien. C'est faux! Ces excès ne se produisent que dans les bas fonds de certaines grosses villes. La plupart des autres cités sont très peu touchées par ce phénomène. Cette idée n'est qu'un stéréotype monté de toutes pièces à l'étranger, et surtout en Europe.

Est-ce que Smashing Pumpkins est un groupe ambitieux?

Qu'est-ce que tu entends par ambitieux? Devenir des stars? Non, ce n'est pas notre truc! Nous voulons vivre notre aventure, au sein de ce groupe, le plus longtemps possible. Enregistrer de bons albums. Nous produire plus souvent 'live'. Se faire une petite place dans le panthéon de l'histoire du rock. Mais surtout pas comme U2. Bono est tellement devenu imbu de lui même et se prend tellement au sérieux, qu'il en devient grotesque...

Tu ne crois pas que la musique puisse changer le monde?

Non! Je pense qu'elle influe sur le comportement des gens. Mais il est abusif de penser qu'elle puisse changer la face du monde. Aujourd'hui, c'est trop demander à des artistes, qui vivent au jour le jour, de s'intéresser à la fois à leur propre existence et aux questions humanitaires. Ce style de personnage s'est éteint avec John Lennon et Bob Marley...

(Version originale de l'interview parue dans le n° 16 - octobre 1993 - de Mofo)

 

 

 

 

Ed Kuepper

Il y a encore une vie après les Saints....

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Lorsque les Saints se sont séparés en 1986, toute l'attention des médias s'est focalisée sur Chris Bailey, chanteur compositeur à l'existence tumultueuse, mais au talent incontestable. Pourtant, Chris s'est enfoncé dans la médiocrité, alors que son guitariste, devenu aussi chanteur par la force des choses, a renversé la vapeur à son avantage. Après un bref intermède chez les extravagants Laughing Clowns, Ed Kuepper va se révéler un auteur prolifique, épinglant en moins de cinq années une flopée d'albums aussi savoureux les uns que les autres. En 1992, il nous a ainsi gratifiés de deux superbes oeuvres, deux disques immédiatement suivis par autant de tournées. La dernière, qui transitait par la Belgique voici quelques semaines, nous a permis de rencontrer ce très sympathique Australien, beaucoup plus loquace lorsqu'il s'agit de causer de son pays natal que pour dévoiler les arcanes du passé...

La scène rock australienne a connu un essor remarquable voici trois ou quatre ans. Aujourd'hui, le phénomène semble s'être quelque peu estompé. Comment expliques-tu cette accalmie?

Je n'en sais strictement rien. Je suis australien, mais je n'ai rien à voir avec la scène australienne. Je n'y ai d'ailleurs jamais porté grand intérêt. Je suis trop absorbé par mon travail pour analyser les turbulences qui agitent le monde musical. Je me consacre uniquement à ma création; il est donc difficile, pour moi, de répondre à cette question...

Des groupes tels que les Triffids, Wreckery, Died Pretty et des artistes comme Grant Mc Lennan et Louis Tillet ne t'intéressent donc pas tellement?

Mwoui! Louis Tillet est quand même un excellent musicien et il récolte un succès appréciable en Australie. En fait, j'aime un tas de styles différents issus d'époques différentes... les Easybeats, les Only Ones, Heart & Soul, les Blue Jays, les Box Tops; pas nécessairement des artistes australiens...

A propos des Box Tops, un journaliste britannique a écrit récemment que tu incarnais l'Alex Chilton des nineties. Est-ce un compliment?

J'apprécie les Box Tops, mais je n'ai pas grand-chose de commun avec Alex Chilton. D'abord ses sources d'inspiration varient totalement des miennes. Il avait recours à diverses drogues pour développer les différentes perspectives de sa composition. Ce n'est pas mon cas. Je n'ai pas besoin de consommer des stupéfiants pour trouver l'inspiration. Sans quoi, c'est sans doute un compliment...

Ce qui ne t'empêche pas d'être prolifique. Mais n'as-tu jamais eu l'idée d'écrire pour d'autres musiciens?

Cette idée ne m'a jamais effleuré l'esprit. Mes chansons sont parfois interprétées, mais je ne compose pas spécifiquement pour les autres. Je me limite à Ed Kuepper et à ses deux groupes.

Deux groupes? Pourquoi deux groupes?

Pour bénéficier d'une plus grande marge de manœuvre dans la création et dans l'interprétation. Ces deux formations me permettent également d'emprunter des directions musicales différentes. Et puis, sur scène, il m'est toujours loisible de concevoir des versions différentes d'une même chanson, suivant qu'elle est jouée en compagnie des Aints ou des New Imperialists. C'est d'ailleurs en compagnie de ce dernier groupe que je viens d'accomplir ma dernière tournée européenne.

N'est-ce pas troublant de baptiser son groupe The Aints lorsqu'on a appartenu aux Saints? Aurais-tu la nostalgie du passé?

Pas du tout! C'est le genre de fantaisie dont je raffole. Romantique oui, mais pas nostalgique. Et n'imagine surtout pas que ce romantisme se limite à une certaine forme de littérature ou de poésie. Il est dans mon tempérament et influe sur ma façon de composer.

Lorsque les Saints ont décidé de mettre un terme à leur existence, un tas de rumeurs a circulé sur les mobiles de cette séparation, mais aucun ne nous a convaincus. Quelle était la véritable raison de ce split?

Nous devenions sans doute trop vieux pour continuer à jouer ensemble. Nos divergences musicales s'étaient amplifiées au fil du temps. Il était donc préférable de nous séparer. C'est un peu comme un joueur de football qui ne parvient plus à exprimer son talent parce qu'il végète dans la même équipe depuis trop longtemps. Et puis en quittant les Saints, j'ai pu explorer de nouveaux horizons, musicaux bien sûr, mais aussi sur notre planète...

As-tu tu encore des contacts avec Chris Bailey? Que penses-tu de son dernier album?

Je le vois épisodiquement. Je n'ai pas eu l'occasion de découvrir son dernier disque, mais bien le pénultième...

Tes albums précédents étaient plutôt minimalistes, "Black Ticket Day" semble davantage façonné dans le rythm'n blues des seventies; le dernier titre du CD, "Walked thin wires", éveillant même certaines affinités avec le son "Tamla Motown" dispensé par Rare Earth sur "Get Ready". Pourquoi?

Je suis plutôt surpris par cette réflexion. Si le rythm'n blues me fascine, je ne pense pas qu'il soit un élément fondamental de ma musique. Si certaines compositions de "Black Ticket Day" flirtent avec le rythm'n blues, c'est tout à fait involontaire de ma part. Ce n'est pas mon objectif. Enfin, "Black Ticket Day" n'est pas plus ou moins minimaliste que les albums précédents. Il s'inscrit dans la suite logique de mon ouvrage. C'est un pas en avant par rapport à "Honey's Steel Gold", et un de plus sur "Today Wonder". Le flux est naturel.

Te sens-tu concerné par la question d'intégration des autochtones en Australie? Penses-tu que ce sujet puisse être mis en parallèle avec la situation des Indiens en Amérique? Est-ce que Yothu Yindi symbolise le combat ethnique des aborigènes?

C'est un problème, effectivement. Mais je doute fort que les aborigènes souhaitent s'intégrer. Ils aspirent à plus d'indépendance. Je ne vois d'ailleurs pas l'utilité de les intégrer dans la société moderne. Ils sont protégés par la législation australienne et sont capables de se débrouiller sans nous. Ils pourraient même fonder leur propre état. La Nouvelle Zélande rencontre les mêmes difficultés avec ses indigènes. Il faut bien comprendre que ces peuplades ont été arrachées à leur culture. C'est vrai que transposé dans une autre époque, la question des Indiens d'Amérique peut être comparable... Yothu Yindi est un groupe de danse folklorique qui a trouvé dans la pop l'occasion de véhiculer des idées indépendantistees à travers le monde. Quant à savoir s'il représente le combat ethnique des aborigènes, c'est une autre histoire...

L'Australie est un pays fascinant, peuplé d'animaux étranges tels que les émeus et les kangourous, traversé de paysages merveilleux et entouré de profondeurs sous-marines abyssales. Bref, un univers idyllique que bon nombre de voyageurs rêvent de découvrir un jour. Est-ce que ces attributs constituent un motif de fierté pour toi ou considères-tu ces caractéristiques comme quelque chose de banal?

J'aime mon pays, mais je ne suis pas un nationaliste. Son environnement est fragile, et les Australiens mettent tout en œuvre pour le préserver. Ce pays est beaucoup plus vaste que les USA. Mais le territoire n'est occupé que par 10 % de sa surface. Le reste est la propriété du désert. Les habitants sont très attentifs à la sauvegarde des zones vertes. C'est essentiel pour maintenir l'équilibre écologique du pays. C'est un endroit unique, et j'espère y vivre le plus longtemps possible...

L'Antarctique n'est pas tellement éloignée de l'Australie. Plus personne n'ignore que son sol regorge de richesses naturelles. Ne crains-tu pas que dans un futur proche, ce site ne devienne un nouveau Far West, avec les risques de pollution incontrôlable auxquels l'Australie n'est que très peu confrontée aujourd'hui?

C'est un réel danger pour l'Océanie, et j'y réfléchis souvent. Tout notre continent est exposé à ces risques, et en particulier la Nouvelle Zélande et Tahiti. Il est d'ailleurs à craindre que les excès ne soient commis par ceux qui pratiquent les essais atomiques dans le sud du Pacifique. La plupart de ces pays détiennent déjà des droits territoriaux sur l'Antarctique; et au vu de leurs antécédents, je serai très étonné qu'ils se soucient des nuisances écologiques. Je regrette qu'il n'y ait pas suffisamment de monde qui soit sensibilisé par la question. Si les grandes puissances étaient victimes de graves préjudices causés par des expériences nucléaires, elles réagiraient différemment...

(Version originale de l'interview parue dans le n° 9 - janvier 93 - de Mofo)

 

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