Scorpions compte 53 ans de carrière ; et pourtant, depuis 5 ans, il accomplit une tournée d’adieu baptisé ‘Crazy World Tour’. Les membres de ce band mythique prennent tellement leur pied en live qu’ils ont décidé de poursuivre l’aventure. En un peu plus de 5 décennies, le groupe allemand a publié une vingtaine d'albums et en a vendu plus de 100 millions à travers le monde. C’est fou ! C’est la première fois que votre serviteur assiste au concert de cette formation.
Moonkings assure le supporting act. Et son leader n’est autre qu’Adrian Vandenberg, un guitariste qui a milité chez Withesnake de 1987 à 1990 et de 1994 à 1997. Le line up implique également le chanteur Jan Hoving, le bassiste Sem Christoffel et le drummer Mart Nijen Es. Fondé en 2013, le combo a publié deux elpees, un éponyme en 2013 et « II » en 2017. Il puise ses influences majeures chez les incontournables Led Zeppelin, Deep Purple, Foo Fighters et Queens Of The Stone Age. Ce soir, il va proposer des extraits de son dernier opus. Adrian nous réserve de longs soli aussi précis qu’imparables. Agiles, ses doigts glissent naturellement sur le manche. La voix de Jan est claire et mélodieuse. En final, le quatuor va nous réserver une cover du « Rock and roll » de Led Zep, plus vraie que nature. A revoir en tête d’affiche !
Au sein du line up originel de Scorpions, il ne reste plus que Rudolf Schenker, qu’ont rallié Klaus Meine en 1970 et Matthias Jabs en 79. Des septuagénaires ou presque. Ils sont soutenus par Paweł Mąciwoda à la basse et l’ex-drummer de Motörhead, Mikkey Dee, aux drums. Et le groupe, considéré comme ‘maître de la ballade’, va nous proposer un set de 160 minutes, au cours duquel la plupart de ses succès seront interprétés. Des hits, il en a composé à la pelle ; des morceaux qu’on retrouve sur son dernier LP, « Born To Touch Your Feeling - Best of Rock Ballads », paru en novembre dernier.
La salle est divisée en deux parties. Les spectateurs qui ont payé le prix fort peuplent les abords du podium dont l’avancée s’enfonce bien dans la fosse. Les autres sont agglutinés derrière ou ont opté pour les gradins. En places assises. A 21 heures pile, les haut-parleurs crachent l’intro de ‘Crazy world’, une séquence qui va durer 5 bonnes minutes. L’immense et superbe voile (NDR : il représente le logo du périple) tendu devant le podium tombe et révèle un dispositif scénique grandiose, dont une double batterie plantée à 5 mètres de hauteur, sur une estrade, et trois écrans géants, sur lesquels la vidéo d’un hélicoptère survolant une ville et larguant sur scène les cinq Scorpions est projetée. Au sein de ce décor gigantesque, les quatre autres membres du combo semblent minuscules.
Et le concert s’ouvre par « Going out with the band ». Le son est excellent. Le light show et les effets spéciaux, qui produisent une impression proche de celle vécue lors du show de Bring Me The Horizon, dans la même salle, sont spectaculaires. Rudolph Schenker respire la forme. Ses interventions sur la gratte sont affûtées. Celles de Matthias Jabs –plus en retrait– le sont tout autant, mais son toucher de cordes est vraiment imparable. Et du bassiste (il a constamment le sourire aux lèvres) aussi discrètes qu’efficaces. Son éternelle casquette noire retournée vissée sur le crâne, Klaus Meine n’a plus autant de puissance dans la voix, mais lors des ballades, il chante… comme sur disque. La frappe de Mikkey Dee est à la fois musclée, écrasante et efficiente. Depuis qu’il a rejoint le band, en 2016, il est devenu une des deux figures de proue de la formation. Le charismatique Rudolph incarnant inévitablement, l’autre.
Caractérisé par sa rythmique chaloupée, « Is There Anybody There » est un titre rarement joué ‘live’. Le public est à la fois calme mais chaleureux. Cependant, rares sont les spectateurs pépères (NDR : ou mémères) qui assis aux balcons, se lèvent. Ils trop bien calés dans leurs fauteuils. « The Zoo » se singularise par sa partie de talk-box (NDR : appareil qui permet à un instrument de prononcer des syllabes émises par la parole). Moment qui soulève l’enthousiasme dans la fosse. Klaus, qui a empoigné une guitare et Pawerl, rejoignent Mikkey sur sa plateforme, pendant « Coast To Coast », avant que toute l’équipe ne termine aux avant-postes. Lorsqu’un artiste ou un groupe dispose d’un répertoire très riche, mais n’a plus ni l’envie ou l’énergie de jouer d’anciens morceaux, il imagine souvent des medleys. On y aura droit lors d’un pot-pourri judicieusement arrangé de 7’20, réunissant « Top Of The Bill », « Steamrock Fever », « Speedy's Coming » et « Catch Your Train ». Matthias Jabs se réserve un autre instrumental, « Delicate Dance » (NDR : pas vraiment une plage d’anthologie !), un titre qui permet aux ‘anciens’ de reprendre leur souffle.
Place ensuite au quart d’heure (semi) unplugged. Toute l’équipe converge vers l’avant, armée de grattes (semi) acoustiques, alors que Mikkey a opté pour une mini batterie. L’auditoire semble peu réceptif. Il est même plutôt mou du genou, alors que la performance aurait mérité une forme certaine d’exaltation. Dommage ! L’inévitable tube « Wind Of Change » n’est bien sûr pas oublié. « Tease Me, Please Me » permet à la formation de prendre un nouvel élan. « Overkill » rend hommage à Lemmy. A l’issue duquel Mikkey exécute un fameux solo de batterie. En outre, le kit se soulève au-dessus du podium à une hauteur d’au moins 4 mètres. Et sous le socle des faisceaux lumineux commencent à tourner et de la fumée à s’échapper. On dirait une fusée qui décolle. Cheveux au vent, le drummer est une vraie bête de scène, une véritable machine à cogner. Ses peaux, soyez rassurés ! Mais sa frappe est à la fois percutante et rigoureuse. A l’issue de ce moment de folie, il récolte alors une formidable ovation. Bien méritée, d’ailleurs. Ce soir, c’est lui la star ! Dans la foulée, Rudolph revient flanqué d’une nouvelle gratte parée d’un pot d'échappement fumant pour attaquer « Blackout ». Finalement, c’est le meilleur morceau du set. Car manifestement, Scorpions excelle dans ce registre. La set list ne recèle pas suffisamment de compos rock. C’est d’ailleurs un reproche qu’on peut lui adresser. Et la prestation s’achève par le burné « Big City Nights ».
Les musicos saluent la foule et balancent, dans la fosse, baguettes et médiators. L’auditoire s’enflamme enfin et applaudit à tout rompre. En rappel, on aura droit à 10 minutes d’anthologie. D’abord grâce à un éblouissant « Still Loving You » et puis à un tempétueux « Rock You Like A Hurricane ». Ce n’est pas demain la veille que les membres de Scorpions seront admis en maison de retraite…
(Organisation : Greenhouse Talent)