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Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

mardi, 25 juillet 2006 03:00

Kissing in 29 days

Agé de 25 ans, JW Jones est un jeune chanteur/guitariste canadien. D'Ottawa très exactement. Il avait tapé dans l’oreille de Kim Wilson en personne. Pas pour rien que ce dernier avait participé à l'enregistrement de ses deux derniers albums : "Bogart's bounce" en 2002, et "My kind of evil" en 2004, deux opus parus chez Northern Blues Music de l'autre côté de l'Atlantique et Crosscut en Europe. Le backing band de JW implique toujours l’excellent bassiste Nathan Morris et le pianiste Geoff Daye ; mais c'est désormais Artie Makrie qui se réserve les baguettes. Et puis surtout la production. L'album est dédié à la mémoire de son jeune frère, Gabriel Wynne-Jones, décédé en 2005, à l’issue d’un accident de la route. Il n’avait alors que 22 ans.

JW a composé onze des quatorze plages de ce nouvel elpee. "Kissing in 29 days" ouvre la plaque. Une compo explosive. Le tempo est très enlevé. La section de cuivre des Wind-Chill Factor Horns soutient le quartet de base. JW délivre un premier solo redoutable face à Geoff qui s'acharne sur les ivoires. L'étreinte ne se desserre toujours pas lorsque le Band attaque "Hey girl!", un fragment composé par le regretté Little Milton Campbell. Sculpté dans un rock'n'roll tout droit sorti des années 50, ce morceau autorise des sorties à haut niveau de la guitare. Tout d’abord rudimentaire, elle s'affine progressivement avant de laisser le Canadien manifester tout son savoir-faire. Ce qui n’empêche pas Brian Asselin de déménager sur son sax ténor. Little Milton avait été invité pour participer aux sessions d’enregistrement. Il n’a malheureusement pu y participer. Et pour cause, il est décédé peu de temps auparavant. Le niveau monte encore d'un cran lorsque "All my money" cherche à recréer le big band blues du Beale Street de Memphis, immortalisé dans les 50s. Au sommet de son art, JW se met dans la peau de BB King qui aurait conservé toute son agressivité, sa pugnacité. L’attaque est permanente. Particulièrement brillant, Mr Wynn-Jones prouve ici qu'il a bien trouvé son style en synthétisant le meilleur des autres. Pour "I don't want to hear", Geoff est passé à l'orgue Hammond. Un fragment de pur R&B au cours duquel la section de cuivres libère un maximum de groove. Et pour cause, Nathan s'acharne sur sa basse. Pourtant, chaque instrument demeure bien distinct. Patrick Camiré parvient même à s'isoler à l’aide de sa trompette. Soutenu par l'orgue, "Games" épouse une rythmique funky, une plage au cours de laquelle les cuivres se montrent de plus en plus nerveux. L’effervescence gagne les cordes de JW qui nous délivre un solo particulièrement torride et fiévreux. Instrumental, "Parasomnia" est imprimé sur un tempo vivifiant. Un interlude empreint de jazz et de swing. Infernale, la partie de guitare libère un maximum de notes ; mais pas une de trop. Les musiciens se présentent successivement. La basse et la batterie échangent leurs points de vue. Invité, David "Fathead" Newman polarise le devant de la scène en soufflant alertement dans son sax ténor. Michael Dalrymple le seconde au baryton. Fathead Newman est un jazzman remarquable. Agé de plus de 70 ans, ce merveilleux saxophoniste a longtemps joué au sein du Ray Charles Band. Il vient également de sortir un tout nouvel album, "Cityscape", chez Blue Note. Il a manifestement une pêche d’enfer et une classe inimitable. Swing et ambiance cabaret envahissent le climat musical de "Fly to you". Jones a accompli des progrès remarquables au niveau du chant. Il a bien écouté et surtout retenu la quintessence de Wynonie Harris, Little Milton, Roy Brown et de quelques autres… Shuffle de bonne facture, le classique "Got me chasin" marque un retour au blues urbain. La rythmique est classieuse. L’esprit de Jimmy Reed est tout proche. Ceux d’Eddie Taylor et du grand Jimmie Rogers ne sont pas loin non plus. Nous sommes dans le Southside de Chicago. Bien trempée dans le style urbain des 50s, la voix est à nouveau impeccable. Franck Scanga a troqué son saxophone contre un harmonica. Cet instant est un moment de bonheur absolu pour les fans de blues. Pour la première fois, le tempo est indolent. Très indolent. Les lumières s'éteignent. On baigne dans une atmosphère fin de soirée. Les couples se soudent sur la piste. Jones chante le slow blues "Way too late, dans un registre aussi paresseux que celui d'Eddie King. Le célèbre "Hallelujah I love her so" de Ray Charles célèbre le retour du sémillant Fathead Newman au saxophone. Il est ensuite confronté à Brian James Asselin pour le "Pretty little sweet thing" de Jimmy Mc Carcklin. Son honky sax fait la différence, alors que la guitare déborde de vivacité. Que du bonheur ! "Standing in line" opère un retour au blues rock shuffle. Un titre percutant au cours duquel Jones et sa bande nous entraînent dans le rythme. Un autre hommage à feu son jeune frère, parcouru de riffs immortalisés par Howlin' Wolf. Pas de temps de musarder sur cet opus. Même en fin de parcours. A croire que le souffle de cet ensemble est inépuisable. A l’instar de "No love", caractérisé par un solo de cordes tout bonnement impressionnant. Et puis du final "Here she comes". Inspiré de nouveau par Ray Charles, il est ponctué par une dernière apparition de Fathead Newman. Un superbe album !

 

mardi, 02 novembre 2010 02:00

Memphis Midnight Sun

JW Jones n’a pas encore trente ans. Un artiste canadien qui se forge lentement, mais sûrement, une belle notoriété. Faut dire qu’il compte, parmi ses amis, quelques grosses pointures. Depuis le début de sa carrière, il aligne d’excellents albums : "JW Jones Blues Band" en 1999, "Defibrillatin'" en 2001, "Bogart's bounce" en 2002, "My kind of evil" en 2004, "Kissing in 29 days" en 2006 et "Blue listed" en 2008. Pour concocter ce nouvel opus, ses prestigieux camarades ont une nouvelle répondu à son invitation. Et que du beau monde ! Jugez plutôt : le légendaire guitariste de Howlin' Wolf, Hubert Sumlin, le non moins mythique harmoniciste, Charlie Musselwhite, ainsi que la redoutable section rythmique des Hollywood Blue Flames, c’est-à-dire Larry Taylor et Richard Innes. Dans le passé, il avait déjà reçu le concours des gratteurs Little Charlie Baty et Junior Watson, de Colin James, le pianiste Gene Taylor, du saxophoniste de Ray Charles, David ‘Fathead’ Newman, ainsi que de Kim Wilson, le protecteur dans l'ombre! Les musiciens du JW Jones Band sont tous au poste : Jeff Asselin aux drums, Martin Regimbald à la basse et Jesse Whiteley à l’orgue. Une bonne partie des sessions ont été réalisées dans le berceau du rock'n'roll, les studios Sun à Memphis.

 

"Off the market" ouvre souverainement l’elpee. Les interventions à l'orgue Hammond B3 de Whiteley nous transportent bien à Memphis, terre de R&B, celui du label Stax, gravé à jamais par l'orgue de Booker T. JW chante cette plage rythmée. Il est soutenu par les cuivres et les chœurs des One Faith Singers. Et signe une sortie tout en délicatesse sur ses cordes. Sa propre section rythmique l’épaule sur quatre autres plages. Tout d’abord "Kissin' in Memphis". Une plage caractérisée par la présence discrète d'un ancien seigneur local, celui que l'on appelait là-bas Memphis Charlie : Charlie Musselwhite. Le son de la Gibson est très sale, primaire. Le résultat excellent. Jones reprend "Cuts like a knife", une composition signée par son concitoyen rocker Bryan Adams. Au cours de ce blues imprimé sur un tempo enlevé, tapissé par un envol de Jesse à l'orgue, il peut libérer de courtes phrases assassines. JW plonge intégralement dans le soul blue, tout au long de "Right on time", une plage dont la jolie mélodie est enrichie par les harmonies vocales des One Faith Singers. "Make a move" campe un autre Memphis R&B. Découpées au rasoir les notes sont limpides.

Sur toutes les autres plages, la section rythmique réunit donc Larry Taylor et Richard Innes, les anciens membres du fabuleux Hollywood Fats Band. Dès "Love grows cold", une compo écrite par Lowell Fulsom, l’atmosphère baigne dans le jump blues, un style qui était d’ailleurs la marque de fabrique de Mr Jones, dans le passé. Stimulé par les maîtres du rythme et les cuivres, notre jeune Canadien s'éclate! "Born operator" opère un retour de quarante ans dans le passé. On se croirait même au cœur du Chicago Westside cher à Magic Sam. C’est le mythique Hubert Sumlin (NDR : il a 78 ans !) qui donne la réplique a JW ; et ce dernier a parfaitement assimilé ce style. "Burnt child" est une compo signée Sonny Terry/Brownie McGhee. Lors de cette cover, le sémillant Charlie Musselwhite se réserve le rôle de Terry, en épousant une démarche nonchalante. Le tempo monte d’un cran pour la reprise de "I don't go for that". On en revient à l'axe Chicago - Los Angeles. Charlie est à l'harmo, Jesse au piano, pendant que JW s'éclate dans le West Coast blues à la manière de Junior Watson et le père Musselwhite nous accorde ses interventions étincelantes sur son Mississipi saxophone! "Mean streak" est un excellent slow blues, dont la sonorité dépouillée est digne du regretté John Lee Hooker. Pour attaquer les deux derniers titres de l’elpee, Hubert Sumlin a opéré son retour. Tout d’abord lors d’un instrumental qui rend hommage à Wolf et Sumlin. Un morceau baptisé judicieusement "Howlin' with Hubert", au cours duquel il est dans son élément. Il participe également au presque R&B "Games", une compo vivifiante et percutante qui permet à JW Jones de se retirer de belle manière, en compagnie de son vieil ami de Chicago!

 

dimanche, 31 décembre 2000 02:00

Wisteria

" Wisteria " s'ouvre sur des accents africains, des rythmes arrachés à la World Music, mais ouverts sur le présent. La voix de Filip se fait douce, tendre, féminisée, un rien falsetto. Rohal excelle dans ses parties percussives, la guitare est mordante. Une entrée en matière accrocheuse, mais.... que nous réserve donc la suite? Cette voix androgyne persiste sur "Black olives". Les percussions et la basse de Ian forment une trame indissociable. Les effets sonores électroniques abondent. Les sons poussés par Steven dans son harmonica semblent provenir d'un outre-monde bien étrange, dont il semble faire partie intégrante. Les interventions de Filip sur les cordes provoquent des montées en puissances soudaines, puissantes, écrasantes. Ce titre mérite une écoute très attentive, tant l'univers sonore est riche. C'est dans une atmosphère nue et très roots, que s'annonce "Lucky". Ian établit la base rythmique en soufflant dans un tuba. Rohal fait exploser ses percussions. Filip tisse un solo hyperamplifié qui frise l'assourdissement. Steven n'y tenant plus, s'épuise sur un kazoo. "Sonny boy 's advice", le conseil de Sonny Boy, semble respecter une ligne simple. Mais détrompez-vous, tout est bien complexe dans cet enchevêtrement, dans ces collisions de sons produits par les divers intervenants qui gravitent autour de la voix bien réelle de Rice "Sonny Boy" Miller. Nous ne sommes pas loin de l'univers blafard de Tom Waits ou de la sonorité diffuse du Captain Beefheart. Pour la 1ère fois, Steven chante en soliste. Une voix complice qui susurre son texte, les lèvres soudées au micro. Son hypersensibilité est complètement mise à nu. Le décor planté est artificiel, fait de samplings. "Lack of fire", ce "manque de feu" est dérangeant, mais si envoûtant! Même schéma pour "Another sign", mais en plus musical. Merci aux cordes de Filip. Mais cette traversée des ténèbres, ce trip au cœur de l'émotion exacerbée, cet appel désespéré à l'au-delà, l'attente vaine d'un signe venu au temps de la floraison de la wisteria, peut rappeler le meilleur de Robert Wyatt. Une fragilité déconcertante, du cristal sur le fil du rasoir! "Waitin" est un jeu sonore, parfumé de dub! "Annie One" est sans aucun doute le El Fish qu'on attendait au tournant, l'évolution directe et sans doute espérée des titres les plus forts de "Rewinded". Même scénario pour "7 cigarettes". Le punch des musiciens est à son paroxysme, le blues du mal de vivre, de l'éclatement, du nulle part où aller! "Wisteria" est aussi parcouru de plages instrumentales ou non titrées, mais toujours symbolisées ; sorte de traits d'union opérés dans ce voyage mystérieux qui emprunte à l'esprit oriental, slave, latin,... Un album difficile, très personnel. Un cri de quatre brillants musiciens et de personnalités très attachantes. A l'allure où évolue El Fish, il est très difficile d'imaginer quelles seront les étapes futures, quelles perspectives abordées dans "Wisteria" seront développées dans l'avenir. Une certitude, ce ne sera pas banal! SVP ne classez pas l'album sous l'étiquette blues, ce serait limiter injustement sa diffusion. Dites plutôt FISH ROOTS!!

 

dimanche, 31 décembre 2000 02:00

Walk that walk

Tout comme Willie Dixon, Terry Evans est né à Vicksburg, au confluent du Mississippi et du Yazoo ; et sa voix reflète bien la chaleur de l'endroit. Une voix en or, qu'on a pu entendre derrière des artistes aussi célèbres que John Lee Hooker, John Fogerty, Maria Muldaur, Dave Alvin, et quelques autres... Depuis 62, il vit sur la côte Ouest. C'est sous la forme d'un duo soul, partagé avec Terry King qu'il s'est fait connaître à travers le monde. Il a franchi un nouveau pas, lorsqu'il a intégré le groupe de Ry Cooder. Ils commettront six albums ensemble.

Dans les années 90, Terry a mené sa carrière solo de manière impeccable. " Walk that walk " constitue déjà son 4è album ; et Ry Cooder est toujours de la partie, alors que Jim Keltner tient les percussions.

D'une pureté rare, forgée dans les chœurs de gospel, la voix d'Evans est un véritable instrument. Ecouter la plage titulaire, c'est tout de suite adopter l'homme. Après quelques notes soufflées par John Juke Logan, la voix grave et puissante nous fait frémir. Et les chœurs doowop enflamment l'atmosphère lorsque Terry est rejoint par Willie Green Jr et Ray Williams. On assiste d'ailleurs au même scénario pour "Dancin' with your belly up". Sa voix emporte tout sur son passage. Le backing des musiciens peut rester discret. Seul son ami Ry se permet de créer de courts soli, très inventifs. Comme sur "The story of my life". Une chanson qui dégage un climat proche du meilleur John Lee Hooker. L'accompagnement sobre du piano de Jeff Alviani suffit à sa voix pour une merveilleuse ballade, "A stone's throw away". Le timbre d'Evans et la slide de Cooder vous flanquent le frisson sur le merveilleux "Don't give up". Et sur le blues rythmé "Let's have a ball", tout est subtilement en place. Les cordes vocales d'Evans sont un trésor national aux USA et sont capables de vous arracher les larmes des yeux. Tendez donc l'oreille à "I'll get over you", et vous n'y résisterez pas...

 

dimanche, 31 décembre 2000 02:00

Healing time

Ronnie (né Ronald Horvath) est incontestablement un des guitaristes les plus doués de sa génération. Il est né en 1952, à New York City. Mais il n'a acquis sa célébrité qu'en 1980, lorsqu'il a remplacé Duke Robillard au sein de Roomful of Blues. Tout en se produisant avec le célèbre big band de Rhode Island, il enregistre plusieurs superbes albums en compagnie de son groupe, les Broadcasters. Depuis 1988, il a embrassé une carrière solo ponctuée de nombreux albums. Pour la plupart instrumentaux.

"Healing time" signe ses débuts sous la bannière du label Telarc. S'il est un des adeptes les plus reconnus de T-Bone Walker, il expérimente ici d'autres directions. Et notamment le jazz et la musique du Monde. Il est entouré par ses musiciens habituels. Anthony Geraci au piano, Mark Greenberg à la batterie et Mudcat Ward à la basse. Sans oublier Jimmy McGriff flanqué de son orgue hammond, dans le rôle de l'invité principal. Tous des techniciens émérites dont la performance instrumentale vole très haut, tellement haut que l'âme de la musique en est fragilisée, risquent à tout instant de glisser vers la ‘muzak’, ou pire encore de se transformer en fond sonore pour hypermarchés. Nous n'en sommes pas encore là, fort heureusement.

Pour débuter, il donne le crachoir à Mc Griif, pour un "Churchin" qu'il a écrit très jazz. Et embraie par le célèbre "Catfish" de Muddy Waters. Ronnie démontre tout ce qui fait son talent. La technique, bien sûr ; mais le feeling qui transpire dans son "toucher" de cordes. Sa manière de moduler le son fait merveille sur "Idle moments". Une saveur latino-américaine se dégage à l'écoute de "Thembi". Une composition du saxophoniste d'avant-garde Pharoah Sanders qui bénéficie ici du concours de deux percussionnistes, lorsque Greenberg est rejoint par Don Williams (de l'orchestre de Mc Griff). Geraci est tout à fait remarquable au piano. Ronnie aime dédier ses blues lents. A l'instar de "Blues for Shawn". Un exercice de style empreint d'élégance et de profondeur. Rares sont les guitaristes capables de disserter à ce niveau. La beauté pure, sans artifice, la légèreté, la douceur ultime, est atteinte sur "Glimpses of serenity" et "Song for a brother". Le blues n'a pas dit son dernier mot. Car il revient pour "Lunch at R&M's" au shuffle bien saignant, et "Blues on a Sunday", un blues à fleur de peau au cours duquel il dialogue de bien belle manière avec l'orgue de Jimmy Mc Griff, un musicien qui en profite pour démontrer quelle extraordinaire approche de cette musique il peut avoir!

 

vendredi, 20 avril 2012 00:07

Hellfire

Joe Louis Walker est l'un des grands noms de la scène contemporaine blues. Il n’est pourtant plus de première jeunesse, puisqu'il affiche déjà 62 ans au compteur. Il est originaire de San Francisco, mais vit aujourd'hui à New York. Dans les années 60, il était l'ami du mythique guitariste blanc, Mike Bloomfield. Il ne fonde son groupe, les Bosstalkers, qu’en 1985 et publie alors de nombreux albums. Cinq d'abord chez Hightone, six ensuite pour Verve/Gitanes. Toute cette discographie lui ouvre grandes les portes de l'Europe où il se produit un peu partout.

Souffrant trop souvent d’une production trop lisse, ses disques manquent cependant de passion. Pourtant en 2003, "Shake your moneymaker : The slide album", paru chez JSP, casse enfin le moule. Joe Louis est bien un grand bluesman, un guitariste extraordinaire! Il se lie alors d'amitié avec le guitariste très respecté, Duke Robillard. Ce dernier produit son premier opus, pour le label canadien Stony Plain, "Witness for the blues", en 2008, puis "Between a rock and the blues" qui est nominé aux Blues Awards. Bruce Iglauer, patron du label blues chicagolais notoire, Alligator, vient donc de signer Joe. Ce dernier avait d’ailleurs collaboré au projet "Tommy Castro presents the Legendary Rhtyhm & Blues Revue – Live!".

Joe Louis est chanteur, guitariste, compositeur et producteur. Pourtant, il a laissé la mise en forme à Tom Hambridge, un personnage qui a notamment bossé pour Buddy Guy, Susan Tedeschi et George Thorogood. Les sessions ont été réalisées au studio Sound Stage de Nashville. D'excellents musiciens ont été recrutés pour y participer, dont Hambridge qui double à la batterie et Reese Wynans, l'ancien claviériste de Stevie Ray Vaughan.

Et si Joe Louis est un bluesman, il a aussi grandi au cœur de la culture rock. Il présente une face agressive indéniable. C’est ce qu’il met en évidence en ouverture. Tout au long d’"Hellfire", sa voix est surpuissante, elle déblaie tout sur son passage. Son ampli est poussé dans le rouge. Furieuse, la gratte avance par dérapages savamment contrôlés. Je préfère toutefois le Walker au plus profond de son blues. A l’instar du lent "I won’t do that". Une compo qui libère beaucoup de sensibilité. Et s’il malmène sa six cordes, c’est pour nous réserver une envolée de classe. Un même phénomène qui se produit sur l’autre blues lent, "What’s is worth", mais en plus déjanté voire acide. La voix est vraiment ravagée et en impose sur le blues rocker très stonien "Ride all night". Une plage d’excellente facture caractérisée par la slide bien mise en avant. Il souffle férocement dans son misérable harmonica pour aborder "I’m on to you", une piste imprimée sur un tempo bien enlevé. Joe Louis s’est forgé la voix en chantant le gospel dans les églises. Il nous le rappelle sur "Soldier for Jesus", un morceau pour lequel il est soutenu par les Jordanaires, formation qui accompagnait autrefois Elvis Presley. Et pour que l’analyse soit complète, sachez que l’opus recèle encore le rock’n’roll offensif "Too drunk to drive drunk", l’explosif "Black girls" et le boogie, "Movin’ on". Bref une œuvre de très bonne facture !

 

vendredi, 20 avril 2012 00:04

Locked down

Le vieux sorcier louisianais vient encore de frapper fort! De son véritable nom Malcolm Rebennack, ce chanteur/créateur/guitariste et surtout pianiste possède une longue carrière musicale derrière lui. Malgré ses 71 balais, il est toujours aussi extraverti et excentrique ; en outre, ce résident de la Nouvelle Orléans n’a jamais laissé quiconque indifférent. Inspiré à l’origine par le mythique pianiste local Professor Longhair, sa première œuvre “Gris Gris” remonte à 1968. Ce disciple avoué de la culture vaudou nous livrait les premiers secrets de sa médecine, sur “Remedies” en 70 et “Sun, moon & herbs” en 71.

Les influences de notre toubib sont multiples : le blues, le jazz, le rock’n’roll, le boogie woogie, le funk et naturellement le zydeco. Il va rapidement se voir décerner le pseudo de Dr John. En particulier dès la sortie de “Dr John : The Night Rripper”. Et puis à cause de ses prestations scéniques extravagantes et ses costumes inspirés du Mardi Gras néo-orléanais.

Nous sommes en 2012, et le bon docteur parvient encore à étonner. Pour enregistrer “Locked down” il a reçu la collaboration de Dan Auerbach des Black Keys. Ce dernier joue de la guitare et assure la production. Les sessions se sont déroulées à Nashville, dans le Tennessee. Finalement, ils étaient six en studio pour concocter cet elpee, une équipe qui se partage l’écriture des plages.

Et c’est bien à un travail d’équipe auquel on assiste tout au long de cette œuvre. Une constatation déjà bien illustrée sur le titre ouverture, le fameux “Locked down”. A l’exception du Docteur, tous les musiciens sont crédités de percussions et de chœurs. Métallique, la guitare de Dan nous plonge dans le Delta du Mississippi. De quoi manifestement apporter une touche de fraîcheur et d’originalité. Soutenu par toute cette machine rythmique, le brave Mac chante d’un timbre nasillard, mais ses inflexions sont souveraines. La “Revolution” sonore est bien en marche. Le concours d’Auerbach est déterminant tout au long de ce R&B novateur et d’une puissance inouïe. De toute évidence, “Big shot” nous invite à rejoindre New Orleans, le berceau du jazz traditionnel, mais le style est ici revisité par les percus et le saxophone de Brian Olive, de manière à atteindre un format intemporel. Fresque de notre société moderne, “Ice age” est une excellente compo qui met bien en valeur les vocaux, mais aussi les différents instruments et en particulier les percus. Faut dire que le travail de mise en forme est impeccable. Tout comme “Getaway”, au cours duquel on entend distinctement tous les instrus. En outre, les interventions de basse prodiguées par Nick Movshon sont assez extraordinaires alors que la sortie finale d’Auerbach sur les cordes est aussi redoutable qu’acide. Les cordes saturées d’écho qui introduisent “You lie” sont un véritable délice. Le front rythmique qui rejoint l’expression sonore est dominé par le saxophone. Un funk blues absolument superbe. Un hommage est rendu au dieu cubain sur “Eleggua”, une plage mystérieuse, envoûtante, ésotérique même, propice à la transe qu’alimentent les percussions exotiques. “My children, my angels” baigne enfin dans un peu de douceur, un cri d’amour et de passion répercuté par un chant paisible que balisent un piano électrique mélodique et une guitare au bord de la déchirure. L’elpee s’achève par “God’s sure good”, un R&B classique, dansant et agréable. Un excellent album. Son meilleur depuis bien longtemps.

 

vendredi, 20 avril 2012 00:01

The Russian wilds

Howlin' Rain est un groupe issu de San Francisco dont la formation remonte à 2004. Le combo avait publié un premier album en 2006. Il était éponyme. Et un second, en 2008, "Magnificent fiend", rapidement suivi d’un Ep, intitulé "Wild life". Ethan Miller, chanteur et guitariste en est le leader. A l’origine, il était entouré par ses amis d'école, Ian Gradek et John Moloney. Aujourd'hui, si Miller est toujours aux commandes, il est soutenu par d'autres musiciens : le chanteur/guitariste Isaiah Mitchell, Joel Robinow aux claviers, cuivres et cordes, le bassiste Cyrus Comiskey ainsi que le percussionniste Raj Ojah.

La musique d'Howlin' Rain combine blues, funk, rock classique et psychédélisme. Howlin' Rain n’hésite pas à se réclamer des légendes du passé de la musique rock comme les Allman Brothers Band, Jimi Hendrix, Santana ou encore Love, le groupe d'Arthur Lee! La direction de la production a été confiée à  Rick Rubin, une espèce de gourou, adepte de la fusion entre le rap et le heavy metal. Il a bossé pour une multitude d’artistes, dont Slayer, Masters of Reality, The Cult, les Red Hot Chilli Peppers et Aerosmith. Et c’est le jeune Anglais Tim Green qui apporte son concours à la mise en forme.

"Self made man" amorce l’elpee. Une compo imprimée sur un tempo lent. Les riffs sont accrocheurs mais dramatiques. La voix d’Ethan me fait penser à celle d’un hard rocker paisible. Il chante et ne hurle pas. Ce qui ne l’empêche pas de hausser le ton. Les autres musicos assurent les chœurs. Et finalement, l’ensemble ne manque pas de charme, même si le style nous replonge au début des seventies. Dès que les cordes sont lâchées, elles se mettent à vagabonder dans l’esprit d’un Carlos Santana épaulé par Neal Schon. A l’instar de "Caravanserai", une piste qui s’étale pendant de longues minutes ; de quoi laisser le temps aux deux six cordes d'explorer des sentiers non balisés. HR embraie sur "Phantom in the Valley", sans susciter de grand bouleversement, malgré le rythme plus vif. Enrichi de voix et d’un orgue, ce titre me rappelle les Anglais de Spooky Tooth. Et c'est un compliment! Au cours de cette fresque sonore, bien dessinée, la trompette s'évade au cœur d’une ambiance festive et exotique. Chargé d’intensité, "Can't satisfy me now" est un morceau qui baigne au sein d’un climat de détresse et de douleur. Ce n’est pas la joie, et le timbre puissant de Miller est parfaitement adapté pour communiquer ces émotions. Si les grattes ne manquent pas d’attrait, elles adoptent le plus souvent un profil fort classique. Et dans la démarche, on ne décèle guère de trace de voyage psychédélique. La voix qui ouvre "Strange thunder" est fragile, très pure, fort proche de Jon Anderson dans la grande époque de Yes. Une plage dépouillée à l’extrême jusqu’au moment de l’explosion finale, rondement menée. La tessiture vocale de Miller peut aussi évoquer le regretté Steve Marriott. Et en particulier sur le convainquant "Dark side". Mais sans la férocité et le caractère quasi animal de l'Anglais. La reprise du "Collage" de Joe Walsh est à la fois fragile et belle. Une version remarquable réminiscente de Crosby, Nash et consorts ou des Eagles époque Walsh. En outre, le morceau prête à l’aventure. Et quoique adoptant une forme bluesy, digne de Humble Pie, la forme psychédélique épouse ensuite "Walking through stone". Splendide ! En finale, le gratteur marche sur les traces d’un Carlos Santana jazzyfiant. Un album de classe !

 

jeudi, 19 avril 2012 23:59

Seventh hour

Au fil du temps, ce jeune chanteur/guitariste prend de la bouteille. « Seventh hour » constitue déjà son septième elpee officiel. En règle générale, pour enregistrer ses albums, le Canadien bénéficie du concours d’invités prestigieux comme Kim Wilson, Charlie Musselwhite, Hubert Sumlin, Junior Watson ou encore Charlie Baty. Ce nouvel elpee est bien celui de la maturité, car lors des sessions d’enregistrement, il n’a pas reçu la collaboration de grosses pointures. Simplement son backing group habituel. Soit le drummer Jeff Asselin, le bassiste Marc Decho et le claviériste Jesse Whiteley. Et il faut reconnaître qu’un gratteur de cette trempe n’a pas vraiment besoin de partenaire aux cordes pour exceller.

Non seulement JW est beau gosse, mais il est particulièrement élégant dans son costume trois pièces. Suffit de regarder la pochette pour s’en convaincre. Cet opus est de toute bonne facture. Il ne souffre d’aucun point faible. Les compos sont particulièrement solides. Jones ne s’abandonne jamais dans la facilité. Sa voix n’a jamais été aussi affirmée et autoritaire et son jeu sur les cordes est le plus souvent remarquable. La classe!

“Ain’t gonna beg” est une bonne mise en jambes. Une plage bourrée de charme et de potentiel. La première sortie des cordes est victorieuse. JW distille les notes nécessaires et indispensables pour propager une tonalité lumineuse. “Let it go” est également imprimé sur un tempo assez élevé, pendant que l’orgue Hammond tapisse confortablement le décor sonore. Le flux et le reflux de la guitare permet de libérer des notes meurtrières. Le climat devient carrément torride sur “In a song”. Evoluant sur un rythme convulsif, “You got caught” rappelle les bonnes compos signées par la paire Leiber/Stoller. Les cordes s’envolent. On a l’impression d’être plongé dans un film tourné dans le Far West! Plage soul/r&b, “All over again” est hanté par l’esprit de Memphis. A cause de l’orgue Hammond. Jones s’y sent comme un poisson dans l’eau. Jeremy Wakefield participe quand même à deux pistes. Il a ramené sa lap steel guitar. Ce grand spécialiste du western swing est dans son jus tout au long de “Heartbreaker”. L’échange entre les deux gratteurs est de haute volée. En finale, Jeremy remet une couche de lap sur un rockabilly. En l’occurrence, le “So long I’m gone” de Roy Orbison. On épinglera encore “Do for you”, un impeccable Memphis blues à la sauce Albert King et la reprise saignante du “I’m tryin” de Little Milton, une piste davantage inspirée par Albert Collins! “Seventh hour” confirme tout le bien que l’on pensait de JW Jones. Un des meilleurs albums de l’année 2012, c’est une certitude !

 

jeudi, 12 avril 2012 18:28

What you make of it

Nathan James est un guitariste californien plébiscité par ses pairs. Et pourtant, il a appris à jouer son instrument sur le tas. En outre, ce jeune homme est capable de fabriquer ses propres guitares. Possédé par le blues, il aime se produire en ‘live’ comme un homme-orchestre. Il cumule en même temps les percussions, l’harmonica ou le kazoo! Ses débuts remontent à sa tendre enfance ; et il peut donc se targuer d’une expérience de plus de quinze années sur les planches. Il n’a que 19 ans lorsque l’un des maîtres du blues californien, l’harmoniciste James Harman l’engage. Une décision que ce vétéran du blues local ne regrettera jamais. Ils collaboreront pendant près de quatre ans. Nathan fait alors la connaissance du chanteur/harmoniciste Ben Hernandez. Ils fondent un duo acoustique, empruntant alors un style susceptible de rappeler les mythiques Sonny Terry et Brownie McGhee. En 2007, le duo décroche le très appréciable International Blues Challenge de Memphis.

Mais Nathan a toujours envie de progresser. De tirer parti de toutes les influences qu’il a assimilées pour les restituer au cœur d’un groupe. Tant le Delta blues des années 20 et 30 que le R&B des années 50 et 60. Tout en apportant sa touche personnelle et même en cherchant à créer un style bien personnel. Qu’il va alors baptiser ‘Washtar soul’. Il monte son trio, les Rhythm Scratchers, en recrutant le drummer Marty Dodson, longtemps membre des Blues Survivors de Mark Hummel, et le bassiste/harmoniciste Troy Sandow, également issu du James Harman Band.

Nathan est armé de sa Tri-tar, guitare à trois cordes montées sur une planche à lessiver! Le rythme est très nerveux. Propice à la transe, l’atmosphère est très proche de celle des collines du Haut Mississippi. “What you make of it” baigne au sein d’un même climat. Les changements de rythmes évoquent les grandes chevauchées popularisées par la conquête de l’Ouest! “Black snakin’ jiver” est une reprise très traditionnelle d’un titre de Blind Boy Fuller. Un ragtime poussiéreux taquiné par le kazoo de rigueur. La reprise du lent “Later on” de Jimmy McCracklin est majestueuse. Le son pourri et réverbéré émane d’une guitare baritone. Un sommet de cet opus! Country blues, "Get to the country" est directement inspiré par Furry Lewis. L'harmonica de Sandow est lumineux et puissant! Nonobstant ses interventions d’harmo dans les aigus, "Make it on your own" est un blues immaculé que chante Nathan d’une voix paisible. James Harman chante et joue de la musique à bouche sur "Rhino horn", une de ses compos, une chanson évoquant les vertus d'une corne de rhinocéros. La rythmique est chargée d’intensité pendant que Mr James se réserve un superbe envol sur ses cordes métalliques. Slim Harpo hante l’instrumental "Blues headache". La torpeur des marais louisianais est bien restituée par la Tri-tar slide. Les saxophones de Johnny Viau et Archie Thompson alimentent "I'm a slave to you", une piste qui trempe dans la soul des 60s, malgré une sortie percutante sur les cordes. "You led me on" est une autre pépite de l’elpee. Très percussif, agrégeant à la perfection vocaux, percus et harmonica chromatique, ce titre nous transporte une nouvelle fois aux pays des collines du Mississippi. De toute bonne facture, ce long playing s’achève par une dernière sortie instrumentale, intitulée "Tri-tar shuffle twist".