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Le jeu d’échecs de Vera Daisies

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Jean-Claude Mondo

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lundi, 31 décembre 2001 01:00

Bompa Boogie

Qui ne connaît la passion que voue Walter Depaduwa, alias Doctor Boogie, à la cause de la boogie music ? Une passion qui le dévore en permanence. Toujours le pied au plancher, l'homme ne s'arrête jamais. Cette passion l'a amené à concocter, dans le passé, une demi-douzaine de collections. Labellisées Dr Boogie, elles sont sorties sur le label national, Rowyna Music. Pour cette nouvelle anthologie, il a fait fort, puisque la machine de guerre Virgin est derrière ce nouveau projet. Pourtant, Walter aurait souhaité colorer cette idée de blanc et de noir. Un certain réalisme a voulu que ce "Bompa boogie" soit uniquement teinté de blanc. Le contraste sera donc pour demain.

Parmi les 18 plages retenues, certaines vous seront sans doute familières. Quoique, et ce n'est pas un reproche, certaines datent déjà. Le Docteur ne peut décidément pas se mettre à l'ouvrage, sans glisser sur la platine un disque de Canned Heat ; il est vrai, le boogie band par excellence. Caractérisé par le piano roulant de Sunnyland Slim, "Turpentine Moan" s'imposait. D'autant plus qu'il s'agit d'un extrait du meilleur album du Heat, "Boogie with" !

Le best group de R&B américain était, et vous pouvez me croire, le J. Geils Band. Apparu à l'aube des 70s, il impliquait J. Geils à la guitare, Magic Dick à l'harmonica et Peter Wolf au chant. Issu de leur premier opus, "Wait" démontre toute l'étendue de leur talent.

Au cours des années 80, c'est le Texas qui a ramené beaucoup d'oreilles égarées au bercail du blues. Ce qui nous vaut la présence de leurs meilleurs représentants. Les Fabulous Thunderbirds notamment, pour cet extraordinaire "My babe". Jimmie Vaughan nous présentait alors son jeune frère, Stevie Tay. Une introduction illustrée ici par le rocker au groove pas possible, "The house is rocklin'". Voilà pour le gâteau.

Mais ce que je vous conseille de goûter sans réserve, chez le Docteur, ce sont les cerises qu'il y dépose. Délicieuses, acidulées, sauvages, elles ont même parfois le goût de pêche. Un délice ! A l'instar du "That's the truth" de J.B Hutto, contaminé par la slide de Jimmy Hall. Jimmy était le leader de Wet Willie, un groupe sudiste des 70’s. La slide (NDR : également !) de l'extraordinaire Mike Henderson et le piano rivalisent d'audace et d'agressivité sur une autre composition de J.B Hutto, "Hip Shakin". A elles seules, ces deux perles concentrent toute la boogie passion qui coule dans ce CD. Un son souvent sale, gras et poussiéreux colle à la musique.

Une adhérence qu'on retrouve chez Hook Herrera, Cub Koda et Mambo Chillum. Regretté musicologue Cub Koda dissèque à vif le cœur du Bo Diddley beat. Malgré une existence trop brève, le Chillum possédait cette folie créatrice qui manque à tant d'artistes aujourd'hui.

Impossible de citer tout le monde sur cette anthologie. Sachez simplement que cet opus ne souffre d'aucune faiblesse. Et laisse même un espace à la découverte. A l'instar du swing de la hard rockeuse Pat Benatar devant Roomful of Blues, du hillbilly furieux des Australiens Red Rivers, de la voix brûlante d'Eddie Hinton, du rockin' shuffle de Gary Primich , du nouveau swing band de L.A., 2.0000 Lbs of Blues et enfin du boogie woogie de Lee Roy Parnell.

Je tiens également à remercier le Docteur d'avoir laissé la porte ouverte à Mick Clarke. Parce qu'il porte son rockin' blues anglais depuis plus de trente ans. C'est à dire depuis ses débuts dans le Killin' Floor, lorsqu'il jouait en compagnie du pianiste Lou Martin. Continue de courir Walter et don't forget…

 

lundi, 31 décembre 2001 01:00

A million of you

Sarah Strutter est née en 1953. A Coldwater, dans le Mississippi. Elle s'est, cependant, installée dans le Southside de Chicago depuis bien longtemps. Elle avait déjà commis deux albums pour Delmark, " Lay it on'em girls " en 93, et " Blues in the year one-d-one " en 96. Elle est entourée d'une solide formation dont deux guitaristes, Rico McFarland et John Hill, ainsi que du claviériste Roosevelt Purifoy, que l'on a pu applaudir cette année chez nous en compagnie du Mississippi Heat!

L'album prend son envol de meilleure manière, par un titre imprimé sur un rythme implacable, " Train I ride ". Rico s'y montre intransigeant aux cordes. Responsable d'un tout bon album paru sur Evidence (Tired of being alone "). Rico McFarland est un gratteur noir particulièrement talentueux. Sarah puise au sein du répertoire d'Albert King pour adapter " Riverboat ". Rico et Hill s'y échangent des soli bien saignants. Sarah ne desserre guère l'étreinte. Le rythme reste roi pour l'exécution de son " Red dress ". McFarland ne peut tenir en place. Sûr de lui, il délivre des grappes de notes fluides avant de céder le relais à Purifoy aux ivoires. Le calme s'installe pour la plage titulaire. Une ballade lente qui démontre toute la puissance et la sensibilité de la voix de Miss Big Time. " Fanny Mae " est un blues rythmé qui ne peut venir que de la Cité des Vents. Purifoy y va d'un solo qui me rappelle, au passage, une galerie de grands pianistes du passé. Signée Elmore James, la cover du " The sky is crying " est exécutée de manière propre, sans slide. La guitare très classique de John Hill libère ses notes avec beaucoup de retenue et un maximum de feeling. Et la fête continue au rythme de " Daydreaming ", une composition marquée par l'arrivée des cuivres et qui concède un nouveau billet de sortie à Hill. Un peu jaloux, Rico remet les pendules à l'heure sur " Trying to make a living ". Brillant, vif et tranchant, il pousse Sarah à sortir le grand jeu. Le reste de l'album est toujours du même niveau. A l'instar du lent " I'll take care of you ", issu de la plume de Brook Benton et de l'instrumental " Blue guitar ". Une cover d'Earl Hooker, qui met en exergue l'art de McFarland. De " Stop your killing me ", également. Un fragment enveloppé de cuivres ; mais dans l'esprit Albert King, période Stax. Ou encore de " Don't make me pay ", un titre illuminé par l'harmonica magique de Monsieur Matthew Skoller. Un superbe album qui se referme par " Jump! ", composition caractérisée par une véritable bataille des guitares.

 

lundi, 31 décembre 2001 01:00

Western world

Du line up initial de cette formation britannique formée en 1984, il ne reste plus que le seul bassiste Ian Jennings. Leur ancien leader, en l'occurrence le chanteur/pianiste Mike Sanchez, les a quittés fin 1999. Pour le remplacer, deux nouveaux musiciens ont été nécessaires ; mais ce recrutement n'a pas été fait à l'aveugle. En effet, au chant, on retrouve une des valeurs sûres du british Blues, Big Joe Louis. Qui a dû abandonner ses Blues Kings. Il a aussi ramené sa slide. Deuxième renfort, le pianiste et harmoniciste West Weston. Un espoir anglais passé au stade de la confirmation.

Savoureux mélange de R&B, de rock'n'roll, de boogie et de jump & jive, le style des BTP reste très personnel. Un style inspiré par les artistes de la fin des 40s et du début des 50s ; et notamment Louis Jordan et Amos Milburn. Les Playboys comptaient 4 albums à leur actif : "Playboy boogie" en 85, "Now appearing" en 90, "Hip joint" en 95, et enfin le double live "Off the wall", en 97.

Ce nouvel opus était déjà sorti en 2000, mais la signature chez Indigo leur permet aujourd'hui de bénéficier d'une excellente distribution. Un contrat qui porte sur trois elpees. Atout supplémentaire, trois nouveaux fragments ont été ajoutés. Les trois 1ères plages sont les plus percutantes. Tout d'abord, le fracassant "Calling baby". Ensuite l'explosif "Don't know where she went", caractérisé par un duel entre le piano et la guitare. Et enfin, le nerveux "You know-Yeah" de Pee Wee Crayton. Voyage au cœur de la Nouvelle Orléans, "Hey hey now baby" est une composition de Big Joe. Weston fait rouler son piano. Lee Badau souffle dans le sax baryton. West abandonne le piano et empoigne son harmonica pour interpréter "Do what you want to do". Joe possède réellement une voix incroyable, passablement ravagée, mais qui colle tellement à ce style musical. Elle arrache tout sur son passage lorsqu'elle se met à rocker sur le "Love you baby" de Joe Liggins. Le piano de West passe au boogie pour aborder "Hurry up train". Jump & jive, rythme et swing animent "Where you at". Le swing s'attarde sur "Nit wit". Dave Wilson, le nouveau guitariste, prouve qu'il est un digne successeur d'Andy Sylvester, de Steve Walwyn et d'Andy Fairweather-Low. Ecrit par Percy Mayfield, "Life is suicide" est un slow blues très fin de soirée, qui tombe à point au sein de ce panorama musical. En attaquant à la slide, "Can't stop lovin" d'Elmore James, Joe Louis lègue tout de même un peu de son approche du Chicago blues. Une composition au cours de laquelle les saxes de Nick Lunt et de Lee Badau rivalisent d'audace. Le style Playboys est tout d'abord une invitation à la danse. Et à l'écoute de "Come home" et de "Is it true", il est impossible d'y résister. Ce très bon album démontre que cette formation était bien capable de continuer, même sans Mike Sanchez…

 

lundi, 31 décembre 2001 01:00

Presumed innocent

Bien que née en 1949, à Orange dans le Texas, cette chanteuse pianiste a été élevée à Vinton, de l'autre côté de la frontière louisianaise. Le décor était donc déjà planté. En 1970, elle se fixe à Austin et monte le groupe Freda and the Firedogs. Elle entame une carrière solo dès 1974. Une période marquée par la confection de superbes albums parus chez Rounder : "Soulful dress", "Hot Tamale baby", "Gatorhythms", "Blue House" et "Let me play with your poodle" ; et puis surtout des œuvres collectives : "Dreams come true" commise en compagnie d'Angela Strehli et de Lou Ann Barton, et "Sing it!" ; en 97, flanquée d'Irma Thomas et de Tracy Nelson.

Entrée en matière, "The scene of the crime" constitue déjà un concentré de la suite des événements. Accompagnée de son piano et s'appuyant sur des musiciens d'exception, tels que Pat Boyack à la guitare, Riley Osborne à l'orgue et Gary Primich à l'harmonica, sa voix pure s'élève sans difficulté. Lors de la reprise du "You make it hard" d'Allen Toussaint, celles de Marcia et de Delbert McClinton rivalisent de qualité. Tous les musiciens méritent d'être cités. Un véritable who's who qui rassemble Roscoe Beck, Doyle Bramhall, Casper Rawls, Kaz Kazanoff et Derek O'Brien. Un premier sommet! Plage rythmée enrobée de chœurs "Count the days" affiche un potentiel commercial naturel. "Let the tears roll down" est une ballade lente, douce, belle à pleurer. Marcia se cale bien dans son fauteuil et entame "Louella", un zydeco boogie woogie parcouru par le piano déchaîné et talonné par l'accordéon de Pat Breaux. Mieux encore, sur "Thibodaux, Louisiana" le piano et l'accordéon sont rejoints par les trois guitares de C.C Adcock, Derek O'Brien et Sonny Landreth. Un second sommet! "Fly on the will" est un R&B au rythme paresseux, illuminé par la slide de Sonny Landreth. "I'm coming down with the blues" est une nouvelle superbe ballade très New-Orleans. L'accordéoniste Pat Breaux nous délivre un de ces soli sur le sax tenor! Sur le rocker "Shake a leg", Marcia échange des politesses avec la guitare de Par Boyack. L'intimité et l'atmosphère cabaret hantent le lent et jazzy "She' so innocent". Derek O'Brien est à la six cordes et Roscoe Beck à la basse acoustique. Dans le style, Marcia vient de signer un album parfait…

 

lundi, 31 décembre 2001 01:00

Painting signs

Eric a tout juste 50 ans. Il est originaire de New York. Noir de peau, il appartient à la famille des bluesmen folk. Son père, Leon Bibb, était lui-même un folksinger. C'est lui qui introduisit son fiston auprès de Pete Seeger et de Bob Dylan. En 96, Eric prend conscience de ses moyens. Il passe au London Blues Festival en compagnie de Corey Harris et de Keb Mo ; célébrant ainsi la réunion d'un trio d'artistes afro-américains qui revendique l'héritage musical de l'aîné, Taj Mahal.

Eric écrit sa musique dans l'esprit de la tradition. Il compte déjà six albums à son actif : "Spirit and the blues", "Good stuff" (live en Suède), "Me to you (produit par Mike Vernon), "Home to me", le live "Roadworks" et ce dernier, sur lequel il partage plages en solitaire et en groupe.

L'album débute par deux titres acoustiques, très proches du folk blues. Tout d'abord "Kokomo", qui bénéficie du concours de Janne Peterson à l'accordéon et "Delia's gone". Il est accompagné de solides musiciens : Janne, son fidèle bassiste producteur, Dave Bronze, et le batteur Henry Spinetti. "Painting signs" est réellement frappant pour la pureté, mais aussi pour la force tranquille de sa voix, et la beauté de sa musique, même lorsque les compositions ne sont pas de sa plume. Il recèle, en outre, quelques moments exceptionnels. A l'instar de sa reprise du "I heard the angels singin'" de Rev Gary Davis. Ecrite par Dave Bronze, "Five miles above" est une remarquable épopée lente, au cours de laquelle les guitares de Robbie McIntosh et de Richard Studhome se conjuguent en harmonie au sein du décor sonore. Eric libère une émotion intense lorsqu'il s'acquitte du fameux "Angel" de Jimi Hendrix. Il accomplit cet exercice presque en solitaire ; n'autorisant la présence que du seul piano de Janne. Nonobstant les cordes synthétiques de Janne, la plage titulaire est dépouillée à l'extrême. Il chante les douces ballades cristallines, empreintes de quiétude, "To know you", "The light was worth the candle" et "Walkin' home". Le blues l'habite toujours quand il reprend "Honest I do" de Jimmy Reed, en s'appuyant sur un accordéon, les cordes de Studholme et les percussions très en avant de Spinetti. En finale, il cède le relais des vocaux au puissant Wilson Pickett. Un événement qui s'était produit sur la scène de l'Edmonton Folk Festival, au Canada. Les chœurs somptueux du Cultural Heritage Choir, la guitare de Colin Linden, la mandoline de Hans Theesink et le tuba de Son Saas étaient également de la fête. Un superbe album!

 

lundi, 31 décembre 2001 01:00

Texas Tone

Constitué de Ruud Van Ingen (piano et chant), Willem van Dullemen (guitare et chant) et du batteur Bert Post, Big Five-O est un trio de vétérans hollandais. Des musiciens qui avaient naguère sévi au sein de formations telles que Hoochie Coochie Men, Jinx, Tip on In et Groovetones.

Une guitare tisse la trame de départ, avant de laisser place au piano sur un rythme assez envolé. "Blast off" marque le passage de la guitare à l'avant-plan. Elle rocke sec et déménage tout au long de cet instrumental. La version étrange de "Frankie & Johnny", vogue dans un monde hostile. Le rythme est très lent, indolent même ; la guitare réverbérée, métallique, emprunte au passage des murmures surf, réminiscents de Link Wray. Les accents blues de "Headlighths" remontent au Delta. Remarquablement conduits par le piano de van Ingen, ils traversent le swing des années 40 et le boogie woogie, pendant que les cordes du bottleneck de van Dullemen lorgnent avec émotion, vers le Sud profond. Le trio maintient le rythme pour rendre hommage à Willie Dixon, à travers l'excellente composition "Tell that woman". Ruud et Willem chantent à l'unisson. La tonalité toute métallique de la guitare est totalement pourrie. "This little voice" est ma plage favorite. Une composition qui navigue quelque part entre le Chicago blues des 50s (NDR : pour le piano de Ruud) et un bon Texas shuffle (NDR : à cause de la rythmique). Un travail remarquable au cours duquel la guitare imprime bien les parties de basse ! Toujours bien en rythme, "Cheatin" exhale un parfum texan. La version de "Staggerlee" est un nouveau moment très chaud. Van Ingen y démontre toute l'étendue de son talent au piano. Un remarquable pianiste de boogie qui a tout assimilé de Cripple Clarence Lofton, Meade Lux Lewis, Scrapper Blackwell ou encore Leroy Carr. Proche de Lightnin' Hopkins, la plage titulaire est un concentré du son produit par la guitare de Willem van Dullemen. Composé par Sticks McGhee, frère de Brownee disparu il y a déjà 40 ans, la reprise de "Sleep-in job" est du rock'n'roll pur. A cet instant, le Big Five-O me fait penser aux Blasters, à Leroi Brothers voire peut-être même aux Paladins. "Crazy blues" est un blues lent intimiste. Ruud est passé au vibraphone pour rendre l'atmosphère jazzyfiantte. Un excellent album qui se referme par "Gone boogie". Un boogie, bien évidemment…

 

lundi, 31 décembre 2001 01:00

All night long

Dès le morceau maître, Big Joe et ses Dynaflows allument un véritable bâton de dynamite. Big Joe Maher chante avec une rare autorité devant ses Dynaflows. Ivan Appelrouth est impérial aux cordes. Les cuivres sont à la fête : Joe Stanley, Kaz Kazanoff et Derek Huston aux saxophones, John Jense au trombone, et Clyde Hunt à la trompette. Direction la Louisiane, la Nouvelle Orléans et les rythmes zydeco pour s'aventurer "Down in Louisiana". La présence massive des cuivres continue à épauler le piano virevoltant de John Cocuzzi. Cette grande équipée de cuivres sonne très Roomful of Blues quand elle s'engage dans "Move it or lose it", un blues lent inspiré par T-Bone Walker. Joe shoute comme un dieu. "My baby's tops" est une espèce doo wop pop à la rengaine entraînante, enrichie par les chœurs de Johnnelle Gray et d'Earl Jones, et traversée par le solo de Huston au sax tenor. Les portes de l'Eglise s'ouvrent pour un très lent et majestueux "The church of your love". Le compagnon d'écurie, Benjie Porecki, s'est installé à l'orgue Hammond. John Cocuzzi s'engage avec conviction tout au long de "Mr Nick", un boogie qui dégage une énergie sans limite, au cours duquel trompette et trombone s'entrechoquent dans un duel sans faiblesse. Superbe! "Ham hocks" ralentit à peine le rythme. Cocuzzi est rapidement passé à l'orgue. Les sax poussent le riff. Le puissant solo est executé par Kaz Kazanoff. Big Joe chante divinement le blues lent. Sa voix est claire, sans faille ni faiblesse. Elle est autoritaire sur "You were always there". Porecki est le compagnon idéal pour cette tranche d'ivresse. La prise de son est éclatante d'un bout à l'autre de l'album, et la production de Maher et de David Earl est très efficace. La plus belle démonstration procède de la tonalité produite par la guitare sur "One more time" et le nerveux "Honey Bee". Un superbe album qui s'achève par "Third class citizen", un morceau de swing collectif, style au sein duquel Big Joe et ses Dynaflows excellent…

 

lundi, 31 décembre 2001 01:00

Boogie´n´shuffle

Billy Boy est né à Chicago en 1935. Alors qu'il ne compte guère plus de 13 ans, il a l'audace de pousser la porte de son idole, John Lee "Sonny Boy I" Williamson ; le vrai ! En 1948, BB apprend donc les rudiments de l'harmonica au contact de ce musicien mythique, alors très populaire auprès des audiences noires. Il n'aura pas le temps de le rencontrer souvent puisque John Lee fut assassiné la même année, dans une rue de Chicago. Il connaîtra un autre fait mémorable lorsqu'en 1955, il enregistra le fameux single de Bo Diddley, "Bo Diddley / I'm a man".

Billy Boy enregistre ensuite pour Vee-Jay quelques titres incontournables, tels que "I wish you would" et "I ain't got you". Disparu de la circulation un long moment, il est réapparu ces dernières années, le temps de commettre 2 albums pour Alligator : "Back where I belong" en 93 et "Eldorado Cadillac" en 95.

Voici son grand retour en compagnie du Duke Robillard Band au grand complet, s'il vous plait! Duke est aux cordes, Matt McCabe au piano, John Packer et Jeff McAllister constituent la section rythmique ; alors que Doug James et Gordon Beadle se concentrent aux saxes. Et le résultat est probant ; le niveau musical est même très élevé.

Billy Boy a composé six des 12 titres, dont les toniques "Greenville" et "Come here baby". Il joue d'un harmonica très amplifié, dans un style proche de la légende Sonny Boy. Les meilleurs titres sont incontestablement "Let's work it out", un fragment assez jump boogie, et l'ouverture "Bad luck blues" parcourus par les plus belles interventions instrumentales de Matt et de Duke. "Hello stranger" est aussi une toute bonne composition. L'harmonica s'évade, pendant que la guitare de Duke veille au grain à l'arrière. Abordée sur un mode discret, assez laidback, la plage titulaire est particulièrement réussie. Stimulé par de bonnes apparitions très respectueuses du passé, de Duke et de Matt, BB se sent 40 ans de moins. Parmi les reprises, certaines valent le détour. Leur choix est sans doute inspiré par Duke. Ainsi soutenu par l'envol des saxes en solo, "Just got to know" et "Every night, every day", de Jimmy McCracklin, ainsi que "Home in your heart", pourraient figurer au répertoire du DR Band. Deux compositions de Ray Charles nous plongent dans une superbe ambiance. Tout d'abord "Greenback". Et puis "Blackjack", un slow blues procédant plus du style T-Bone que du Chicago blues ; mais que Billy Boy chante admirablement devant le piano de McCabe. Cet album sans faille est ponctué d'une interview de plus de 18', au cours de laquelle Mr Arnold nous raconte ses aventures vécues en compagnie de Sonny Boy et de Bo Diddley!

 

mardi, 31 décembre 2002 01:00

First flight

Doug Yeomans est issu de Buffalo, dans l'Etat de New York. Un Américain capable de pratiquer une multitude de styles différents : country, blues, rock'n'roll, jazz, fingerpickin, bluegrass, etc. En 2001, ce chanteur/guitariste/compositeur avait décroché le ‘Buffalo blues award for best blues guitarist’. Aujourd'hui, il est à la tête de son propre groupe : Doug Yeomans and the Lo Blu Flame. En outre, il s’est associé à son ami Geoff Perry, pour monter un projet interactif réservé aux enfants. Un projet destiné à les initier à la musique et au chant. Il met ainsi à leur disposition une multitude d’instruments peints aux couleurs de l’arc en ciel : guitares, banjo, violon, basse et percussions en tous genres.

"First flight" constitue son premier album électrique. Il fait suite, naturellement, à un opus acoustique, enregistré en compagnie de l'harmoniciste Jim Whitford. La plaque s’ouvre par "Will's ride". Doug joue en fingerpickin'. Une compo bien électrifiée, coincée quelque part entre rock'n'roll et country music. George Carver se réserve l’harmonica tout au long de cet instrumental dont les thèmes oscillent du western swing au country hillbilly. Une carte de visite pour le guitariste (NDR : il dispose probablement d'une Fender Telecaster) qui se montre brillant dans l’exercice du picking. Blues rythmé, "Tell me why" s’inspire de BB King. Piano et orgue soutiennent les vocaux de Doug et Willy Scheolkopf. Mais Yeomans y démontre toute son aisance à la six cordes, qu'il est capable de faire rugir, par de courtes phrases incisives et très musicales, comme la célèbre Lucille. Très proche d’un Chuck Berry, "Don't you lie to me" est sculpté dans du pur rock’n roll. La section rythmique assure. Le piano de Jim Ehinger sautille. Doug doit certainement exceller sur les planches. "Help somebody" repose sur un riff imprimé par une guitare rythmique, conférant à la plage une coloration très Rolling Stones à la fois dynamique, dansante et entraînante. Plage rythmée, assez laidback (NDR : nonobstant le Bo Diddley beat), "Stop time" s’abstient paradoxalement de toute agressivité. La présence très marquée de l'orgue y est sans doute pour quelque chose. La mélodie pénètre doucement mais sûrement dans l’oreille. Et la slide jouée à la manière de Lowel George n’y est pas davantage étrangère. Excellent!! Shuffle instrumental, "Jivechai" est proche d'un thème immortalisé par Freddie King. Ballade instrumentale d’une beauté époustouflante, "Bayou blues" émarge au country & western (NDR : et j’avoue adorer la version acoustique qui figure sur l’elpee « Bayou blues »). Yeomans manifeste un grand éclectisme sur cet opus, puisqu'il tâte du country roots sur "First flight", s’impose rock songwriter pour "A man who loves you" et fait une incursion particulièrement brillante dans le country bluegrass en interprétant "The bluest man in town". L’ambiance y est sereine et très musicale. Un morceau dont on ne se lasse pas. Instrumental très western swing, "Train ride" est imprimé sur le tempo du chemin de fer et entrecoupé par de brillantes interventions à la guitare ainsi qu’au piano. L’opus s’achève par un surfin’ blues : "Blues player" (NDR : oui tout arrive sur cet album attachant. Et je vous le recommande).

 

mardi, 31 décembre 2002 01:00

Bayou blues

Sculpté dans le country blues acoustique, ce deuxième album de Doug Yeomans est également paru en 2002. Un disque enregistré en compagnie de l'harmoniciste Jim Whitford. De brève durée, cet opus est découpé en 10 fragments, partagés équitablement entre plages instrumentales chantées. La production de l'album est parvenue à mettre en exergue la pureté du son, né de la rencontre entre les deux instruments.

"Shufflin" ouvre l’elpee. Il émane une véritable beauté immaculée du titre maître. Un instrumental empreint d’une grande tristesse, mais également de charme et de sensibilité. "Amazing grace" est une compo traditionnelle. La guitare solo est jouée en picking tout au long de la bien jolie plage, "Hog run". Très mélodique, "School House blues véhicule les accents métalliques de la steel body guitar. Parmi les plages chantées, une seule n'est pas issue de leur plume : la reprise conventionnelle du Walkin' blues" de Robert Johnson. "Lord let me find my way" est un chant gospel au cours duquel l'homme seul et misérable implore le pardon de son dieu. Très roots et très respectueuses du country blues acoustique, deux excellentes plages sortent vraiment du lot. Tout d’abord "Jail house blues" caractérisée par ses petites interventions plaintives à l’harmonica. Très naturelle, tellement humaine, elle nous flanque la chair de poule. "Dead man blues", ensuite. Doug y transpire tout son vécu. Et j’adore la manière avec laquelle il nous communique cette expression. Il me fait même penser au talentueux bluesman, Gordon Smith. Bien que hanté par une énorme passion, ce mini elpee ne plaira qu’aux aficionados de country blues. Une question me taraude quand même l’esprit : qui est réellement l’harmoniciste Jim Whitford ? Est-il ce guitariste issu de Buffalo, réputé pour son jeu de lap steel ? Une chose est sûre, il s'acquitte de sa tâche à la perfection ; et tire même remarquablement son épingle du jeu, lors de la finale instrumentale, "Walk on".