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The Vaccines

“Do You Remember Rock’n’roll Radio ?”,15 ans plus tard, mais pas seulement…

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En 2026, The Vaccines célèbrent les quinze ans de leur premier elpee devenu culte, « What Did You Expect From The Vaccines ? » (NDLR : un titre emprunté à une compo des Ramones, datant de 1980). Le quatuor britannique choisit de marquer l’événement sur les podiums, en proposant l’intégralité de ce disque fondateur, complétée par une sélection de titres couvrant l’ensemble de son répertoire. À Bruxelles, la formation londonienne investit le Cirque Royal sous une atmosphère déjà électrique, propice à une soirée festive.

Publié en mars 2011, ce long playing a atteint directement la quatrième place des charts britanniques, décroché une certification platine et inauguré une série d’opus classés sans interruption dans le top 5 outre-Manche. La trajectoire s’est poursuivie jusqu’à « Pick‑Up Full Of Pink Carnations », paru en 2024, sixième LP studio du combo, désormais solidement installé sur la scène rock internationale. Considéré comme l’un des grands disques rock britanniques des années 2010, ce premier opus aligne des titres devenus incontournables, à l’instar de « If You Wanna, Post Break‑Up Sex » ou « Wreckin’ Bar (Ra Ra Ra) », encore capables de fédérer anciens fidèles et nouveaux adeptes.

Deux ans après un concert belge à guichets fermés, The Vaccines reviennent offrir une parenthèse de nostalgie, construite autour de riffs incisifs et de mélodies immédiatement identifiables.

La mise en jambes est assurée par GANS, duo britannique à l’énergie brute, parfois présenté comme une version 3.0 des Sex Pistols. Originaire de Birmingham, l’ensemble publie en 2025 « Good For The Soul », premier opus où se croisent post‑punk primaire et accents électro‑rock. Le tandem, composé d’un guitariste‑claviériste et d’un batteur, s’adjoint ponctuellement un flûtiste‑saxophoniste‑chanteur, véritable détonateur scénique. Le chant se partage, la tension ne retombe jamais et l’exécution exige un engagement total.

Sur les planches, GANS privilégie l’impact direct sans renoncer aux nuances. L’ouverture, structurée autour de « A Fool, In Time et It’s Just Life », plante immédiatement le décor. Leur électro‑rock évoque par instants les Viagra Boys, tout en cultivant un punk amplifié et dansant. Les tempos soutenus entraînent la fosse dans une transe quasi continue, tandis que certaines plages s’autorisent des détours noisy, alternatifs, voire légèrement funky, comme sur « I Think I Like You ». Lors du final, « Oh George », le drummer descend au cœur du public pour conclure un set aussi minimaliste que dévastateur (page ‘Artistes’ ici). 

Setlist : « A FOOL », « IN TIME », « IT’S JUST LIFE », « I THINK I LIKE YOU », « STEP-PSYCHOSIS », « THE KING'S HEAD », « THIS PRODUCT », « OH GEORGE ».

Une fois la salle chauffée à blanc, place aux maîtres de cérémonie. Pas de décor superflu pour The Vaccines : une tenture en fond de scène, une estrade à trois niveaux exclusivement réservée au batteur, et deux guitaristes positionnés en première ligne. À 21 h précises, les lumières s’éteignent tandis que résonne « Do You Remember Rock ’n’Roll Radio ? » des Ramones. « Blow It Up et Wreckin’ Bar (Ra Ra Ra) » déclenchent d’emblée une réaction en chaîne dans la fosse.

Après une salutation succincte, le band enchaîne « Post Break‑Up Sex » et « Wetsuit », transformant le Cirque Royal en salle survoltée. Les morceaux du premier elpee, courts, nerveux et fédérateurs, s’enchaînent sans temps mort. Nørgaard provoque les premiers pogos, tandis que « If You Wanna » et « Family Friend » accentuent encore la montée en intensité. À mesure que le disque anniversaire touche à sa fin, seule la version acoustique de « Somebody Else’s Child » manque à l’appel. Pour l’occasion, Freddie Cowan troque sa guitare pour les claviers, tandis que Justin Young s’assied brièvement, rare moment de respiration dans un concert mené tambour battant.

Puisant ensuite dans un répertoire plus large, The Vaccines déroulent une seconde partie accueillie avec le même enthousiasme. « Your Love Is My Favourite Band », malgré son vernis légèrement kitsch, est repris en chœur, tout comme « Headphones Baby ». La preuve qu’une pop indé simple et efficace suffit encore à fédérer un auditoire entier un lundi soir. « Heartbreak Kid » et « I Can’t Quit » préparent le terrain avant un final constitué de « Teenage Icon » et « I Always New ».

Lors du rappel, Justin Young revient seul sur l’estrade pour interpréter « No Hope », gratte acoustique en main, un titre composé non loin de là, à l’AB. La foule immortalise l’instant, tandis que le reste du quatuor rejoint finalement les planches pour dévoiler de nouvelles compositions. « Ten Years Too Far » offre un avant‑goût prometteur du septième long playing actuellement en préparation, avant que « All My Friends Are Falling In Love », interprété à la demande, ne clôture la soirée dans une explosion collective.

En célébrant le quinzième anniversaire de « What Did You Expect From The Vaccines ? », la formation rappelle sa capacité intacte à captiver une salle entière. Une prestation généreuse, qui donne déjà un avant‑goût d’été et annonce un retour attendu, notamment au Rock Werchter le 2 juillet prochain.

Setlist : Intro préenregistrée : « Do You Remember Rock 'n’Roll Radio ? » (Ramones song),

LP » What Did You Expect From The Vaccines ? » en intégralité mais dans le désordre.

« Blow It Up », « Wreckin' Bar (Ra Ra Ra) », « Post Break-Up Sex », « Wetsuit », « A Lack Of Understanding », « Nørgaard », « Under Your Thumb », « Wolf Pack », « All In White », « If You Wanna », « Family Friend », « Somebody Else's Child ».

« Your Love Is My Favourite Band », « Headphones Baby », « Handsome », « Heartbreak Kid », « Lunar Eclipse », « I Can't Quit », « Teenage Icon », « I Always Knew ».

Rappel : « No Hope » (Acoustique), « Ten Years Too Far » (New song), « Tiger Blood » (sur demande du public), « All My Friends Are Falling In Love »

(Organisation : Live Nation)

 

Franz Ferdinand

Un concert varié, intense et généreux…

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Les Franz Ferdinand investissent ce vendredi 3 avril, Forest National. Préparez-vous à des riffs de guitare tranchants et à l’énergie débordante de ces rockers écossais ! Leur nouvel opus, « The Human Fear », s’ajoute à une série de titres incontournables qui promettent une soirée intense. Dès 2004, la sortie du long playing éponyme impose la formation parmi les références de la scène internationale. Boosté notamment par le single « Take Me Out », le combo se retrouve rapidement sous les projecteurs. Plus de vingt ans après, il affiche six disques studio, plus de 10 millions d’exemplaires vendus, 3 milliards de streams, deux Brit Awards, cinq nominations aux Grammy Awards et 6 millions de billets écoulés dans le monde.

Début 2025, Franz Ferdinand dévoile son sixième disque studio, « The Human Fear ». Au fil de onze titres, il explore peurs et angoisses, tout en mettant en avant notre capacité à les dépasser. L’elpee reste fidèle à une écriture directe et lumineuse, relevée d’une touche pop assumée. Au fil des années, le répertoire s’est étoffé de morceaux devenus des classiques, dont « Do You Want To », « This Fire », « Love Illumination », « No You Girls », « The Dark Of The Matinée », « Walk Away » et, bien sûr, « Take Me Out ».

Pour lancer la soirée, deux formations se succèdent et se chargent de chauffer la fosse de Forest : The Great Leslie puis Irnini Mons.

À 19 h 15, The Great Leslie ouvre le bal. Devant une salle encore clairsemée, le quatuor déroule un rock alternatif mené par les guitares. L’horaire explique sans doute cette jauge prudente, mais le band joue la carte de l’efficacité et de l’accessibilité. La voix, parfois haut perchée, manque de relief par moments ; en revanche, le chanteur sait capter l’auditoire. « Under Your Skin », extrait d’un prochain opus, reçoit d’ailleurs un accueil chaleureux. Une prestation encourageante (photos ici, page ‘Artistes’ ). 

Setlist : « Nochmal », « Feel Alive », « I Like It Here », « Under Your Skin », « Can’t Touch », « King Beard Man », « These Days », « The Party ».

En deuxième partie, Irnini Mons amène un rock hexagonal funky et percutant. À Forest, le trio partage en français son plaisir de jouer ici. Deux harmonies vocales densifient l’ensemble et donnent du relief au set, notamment sur l’introduction a cappella de « Montréal », qui bascule ensuite vers l’un des passages les plus nerveux du concert. Le show monte progressivement en intensité, dans un format cohérent et sans temps mort. Issu d’anciens membres de Decibelles, Irnini Mons avait déjà marqué les esprits en 2014 par un disque au titre à rallonge, « Une Habitante Touchée Par Une Météorite », aux textes volontiers décalés, soutenus par des voix aériennes, une batterie très présente et des guitares au son massif. Sur scène, l’ensemble accroche immédiatement, parfois à la limite du stoner. « T’As Pas Peur », premier morceau au récit improbable (café, vagues, photocopieuse), fonctionne pourtant très bien grâce à une énergie façon Talking Heads. D’abord surpris, le public se laisse séduire. Un supporting act solide pour préparer Franz Ferdinand (photos iici page ‘Artistes’ ). 

À 21 h, Alex Kapranos et ses musiciens montent sur le podium. Ici, Kapranos mène clairement la danse : il occupe l’espace pendant 90 minutes, apostrophe la foule et aimante les regards. Il accentue encore ce rôle en choisissant des couleurs vives, dont un jaune impossible à manquer. Pas besoin d’une entrée spectaculaire : dès les premières notes, il lance « The Dark Of The Matinée », et l’auditoire répond instantanément. Guitare en bandoulière, il donne le ton. Le répertoire, solide, assure la suite : le morceau d’ouverture déclenche immédiatement des réactions dans la fosse. Le son, excellent, met en valeur une incarnation très rock du combo. À la guitare, Dino Bardot s’intègre sans heurt, tandis qu’Audrey Tait se montre irréprochable derrière les fûts.

« Night or Day » met davantage en avant la veine synthétique du band, Kapranos guidant la foule dans un jeu de bras et de mains. Le combo excelle toujours dans le riff groovy, et « Evil Eye » confirme cette maîtrise. La scénographie reste sobre, mais des lumières précises soulignent les lignes de guitare funky. « Walk Away » abaisse ensuite le tempo : des couplets plus calmes offrent une respiration bienvenue. Puis vient « Black Eyelashes », morceau plus récent aux accents grecs, qui touche juste grâce à l’énergie collective et au bouzouki que se réserve Alex, parfaitement audible.

Temps fort : « Walk Away » enchaîne sur « No You Girls », l’un des sommets du troisième elpee, taillé pour relancer la machine et faire bouger la fosse. « Audacious », premier single de « The Human Fear », retombe ensuite un peu en intensité, sans casser la dynamique.

Plutôt qu’un passage plus sage, Kapranos relance aussitôt la cadence par « Do You Want To », qui accroche d’emblée l’auditoire grâce à son impact en live. Sans baisse de régime, le quintette entretient la tension et tient la salle en haleine. « 40 » surgit ensuite et conserve ce grain funk si caractéristique. La formation reste fidèle à sa signature, en évitant la routine et en gardant l’élan. En un peu plus d’une heure, le set principal est bouclé, net et efficace.

Le rappel aligne pourtant six titres, là où l’exercice se limite souvent à trois. Franz Ferdinand ouvre cette séquence par « Hooked », extrait de « The Human Fear », dont les textures synthétiques trouvent facilement leur place en salle. Sur « Jacqueline », Kapranos prend brièvement le devant, avant que le quintette ne reparte à plein régime. La soirée se referme sur une version plus posée de « This Fire ». Entre anciens morceaux et nouveautés, l’équilibre fonctionne : un concert varié, intense et généreux.

(Photos ici)

 

Setlist : « Intro pré-enregistrée », « The Dark Of The Matinée », « Night or Day », « No You Girls », « Evil Eye », « Walk Away », « Black Eyelashes », « Do You Want To », « Audacious », « Michael », « 40' », « Build It Up », « Love Illumination », « Take Me Out », « Ulysses », « Outsiders ».

Rappel : « Hooked », « Right Action », « Jacqueline », « Bar Lonely », « Evil And A Heathen », « This Fire » (accompagné de The Great Lucie).

(Organisation : Live Nation)

DEADLETTER

Un concert proche de l’envoûtement !

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Ce lundi 30 mars, le club de l’Aéronef affiche complet pour recevoir Deadletter. Drivée par le chanteur Zac Lawrence, la formation s’est imposée sur le circuit live britannique depuis 2020, après avoir gravé une poignée d’EPs puis un premier long playing baptisé « Hysterical Strength » (2024). D’abord nourri de folk — à l’époque où les musiciens se produisaient dans la rue —, le projet s’électrifie. Le combo déménage à Londres et bascule vers un post-punk nerveux, rythmique et dansant, que les médias conventionnels rapprochent alors volontiers et schématiquement de Gang of Four ou de Talking Heads. Le saxophone, d’abord joué par Poppy Richler jusqu’en 2024, a depuis été repris par Nathan Pigott, et s’intègre parfaitement dans l’expression sonore. Le second elpee, « Existence Is Bliss », attaque son post punk sous un angle différent, se frottant notamment à une new wave plus synthétique. Et si « Hysterical Strength » s’est forgé sur les planches, au fil de morceaux longuement rôdés avant le studio, ces nouvelles compos ont pris forme en local de répétition, juste avant l’enregistrement, laissant davantage d’espaceet de liberté pour l’interprétation en ‘live’…

En première partie, Blech 9:3 a livré une prestation à l’énergie brute, guidée par une esthétique punk et un son qui puise clairement dans l’alt-grunge des nineties. Le quatuor, dublinois d’origine mais aujourd’hui établi à Londres, affiche une assurance scénique étonnante pour un projet encore jeune.

Formé en 2024, le groupe réunit Barry Baz Quinlan (chant/guitare) Sam Duffy (guitare), James Quinlan (basse) et Luke O’Neill (batterie). Sur les planches, leur identité se dévoile autant dans le visuel — coiffures colorées, tenue punk, attitude — que dans la manière de jouer sur les contrastes, entre couplets tendus et montées plus explosives.

Mais musicalement, c’est le duo Barry/Sam qui fait la différence. Le chanteur-guitariste impose une voix puissante, bien projetée, qui colle parfaitement à ce registre rugueux. À ses côtés, le soliste apporte des textures plus créatives, donnant du relief aux morceaux au-delà du simple mur de son.

A contrario, la section rythmique laisse une impression plus discutable. Le drummer frappe fort, au détriment des nuances, et l’assise globale peine par moments à soutenir les guitares avec la même précision. La basse, elle, marque davantage par le look et la posture de celui qui en est chargé que par des interventions réellement utiles à l’expression sonore.

Chez Bleech 9:3 on sent un potentiel réel, mais il serait bien plus efficient si la section rythmique se mettait au diapason des deux sixcordistes, notamment en matière de subtilité (Photos Ludovic Vandenweghe ici, page ‘Artistes’ ). 

Les six musiciens de Deadletter débarquent alors que l’« Arena » d’Ennio Morricone, tirée du film ’Le mercenaire’ (1968), est diffusée par les haut-parleurs, comme un faux calme avant l’orage. Zac Lawrence (chant), Will King (guitare), Sam Jones (guitare/claviers), Nathan Pigott (saxophone), Alfie Husband (batterie) et George Ullyott (basse) se répartissent l’espace : King se planque à droite, légèrement en retrait, tandis que Jones s’étale à gauche, beaucoup plus expansif. Sur le podium du club, la formation semble à l’étroit.

Un brouillard épais avale les amplis, puis Lawrence, plutôt bien fringué, gagne le centre et agrippe le micro. « Credit to Treason » ouvre le bal dans une interprétation débridée : débit incantatoire, gestes nerveux, petits pas saccadés. Il descend à plusieurs reprises dans la fosse, micro en main, au plus près des premiers rangs.

Dès les premières minutes, l’auditoire se laisse happer. Lawrence, silhouette à la Mick Jagger voire Brian Jones, version vingt ans (coupe de tifs comprise), focalise l’essentiel des regards : sauts, mouvements secs, regard qui scrute la salle. On devine pourtant une retenue au départ ; à plusieurs reprises, il appelle la foule à se masser vers l’avant.

Autour de lui, chacun occupe sa place. Husband, discret derrière ses fûts, verrouille un jeu percussif infatigable qui sert de point d’ancrage. Ullyott déroule des lignes de basse entraînantes, tandis que Pigott, moustache et coupe à la Frank Zappa, épaissit l’air au saxophone puis vient frapper des percussions installées à l’avant, que Zac rejoint parfois, un stick dans une main, le miro dans l’autre. Jones, lui, profite du côté gauche pour tourner sur lui-même, passer au tambourin et relancer les motifs.

Le set déroule ensuite ses tableaux. « Purity I » est imprimé sur un tempo maîtrisé, mais laisse la tension grimper par paliers : Lawrence martèle des phrases répétitives, proches du mantra, sur une diction toujours aussi incisive. « To the Brim » bascule dans une couleur plus trouble ; Jones tire de son clavier des sonorités de mellotron, pendant que guitare et saxophone s’entraînent dans une danse macabre. « He, Himself and Him » installe un groove souple et recentre le propos : le morceau ne vise pas seulement le monde extérieur, il renvoie chacun à sa part de bascule.

Sur « More Heat ! », son écriture tranche net : il raconte un couple qui ne trompe personne, sinon lui-même ; ‘Elle y croit, mais à force d’insister, les choses peuvent changer’, confie-t-il, sous des guitares discordantes et un saxophone râpeux. « Bignones » observe les retombées d’un meurtre et lâche cette formule sèche — ‘l’existence honteuse pourrait se réduire à des condoléances sincères’ ; la basse sombre guide le morceau, le saxophone lui donne un flottement de jazz. « Sangles » aborde la liberté d’expression et la manière dont les opinions se retrouvent étouffées. « Hat the World Missed » tire enfin le concert vers une mélancolie lucide : signaux ignorés, occasions manquées, cécité collective. En fin de parcours, « It Comes Crépine » impose un post-punk spectral, presque violent ; cuivres, percussions et riff menaçant s’imbriquent dans une écriture plus raffinée, où l’inde rock flirte par instants auprès de l’avant-garde.

L’ensemble reste cohérent du début à la fin : une musique dense, parfois presque prog lors des interventions du saxophone (clin d’œil à Dave Jackson du Van der Graaf Generator ?), mais toujours ramenée au nerf post-punk. D’ailleurs, si le public commence à remuer, il semble comme hypnotisé par la musique et le lâcher-prise tarde à se manifester ; beaucoup de quadragénaires et quinquagénaires occupent l’avant de l’auditoire, tandis que les plus jeunes campent derrière. Les gestes de Lawrence finissent toutefois par resserrer les rangs au moment du rappel, où « Binge » (tube de 2022) déclenche les premières vraies tentatives de crowdsurfing. Annoncé sur trois titres, le rappel n’en lâche finalement que deux : « Binge » puis « Cheers ».

Un concert proche de l’envoûtement !

(Photos Ludovic Vandenweghe ici

Setlist : 1. Purity I, 2. To the Brim, 3. Mere Mortal, 4. He, himself and him, 5. (Back to) the Scene of the Crime, 6. More Heat ! 7. Bygones, 8. Songless, 9. Deus Ex Machina, 10. What the World Missed, 11. It flies, 12. Among us, 13. Fit for Work, 14. It Comes Creeping, 15. Frosted Glass

Rappel : 1. Hero, 2. Binge, 3. Cheers !

(Organisation : Aéronef, Lille)

 

Airbourne

Un mur de décibels old school…

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Airbourne effectue une nouvelle tournée internationale au cours de laquelle il dévoile quelques titres inédits, réunis sous la bannière du ‘GUTSY Tour 2026’. Un sixième opus est annoncé pour juillet 2026. Et il se produisait à l’Ancienne Belgique ce dimanche 29 mars 2026. À l’entrée, la file s’étire ; la date affiche complet depuis longtemps.

La formation voit le jour en 2003. Des elpees comme « Runnin’ Wild » (2007), « Black Dog Barking » (2013) et « Boneshaker » (2019) embrasent salles et festivals aux quatre coins du globe. Le nouveau single, « GUTSY », s’inscrit dans cette veine directe : pour les Australiens, ce mot dépasse le simple intitulé et résume un état d’esprit. Sorti en 2019, « Boneshaker » reste leur dernier long playing publié à ce jour ; le disque est produit par Brian Howes et enregistré par Mike Fraser.

Originaire de Sydney, ce quatuor de hard rock revendique l’héritage du ‘pub rock’. Sa recette mêle blues électrifié et heavy metal à l’ancienne, soutenue par la rythmique solide de Ryan O'Keeffe et la voix râpeuse de Joel O'Keeffe. Depuis la fin des années 2000, le band s’est bâti une réputation grâce à des concerts très sonores, nourris par l’influence d’AC/DC et de Rose Tattoo.

La première partie revient aux Britanniques d’Asomvel. Le trio lance la soirée sur un tempo nerveux et chauffe idéalement la salle avant l’arrivée d’Airbourne. De son côté, le quatuor australien — Joel (chant, guitare) et Ryan O'Keeffe (batterie), Justin Street (basse) et Brett Tyrrell (guitare) — s’apprête à transformer l’Ancienne Belgique en cocotte-minute.

Asomvel investit le podium : son rock’n’roll primitif, teinté de thrash, déboule sans préambule. La batterie martèle, le jeu reste frontal, et l’ombre de Motörhead plane sur l’imagerie comme sur les textes. Quarante-cinq minutes durant, le trio pousse les décibels au maximum, non sans humour : ‘On est assez bruyants ?’ puis ‘If it’s too loud, you’re too old !’ L’ensemble gagnera encore en puissance lorsque les baffles Marshall, empilés autour du batteur, entrent pleinement en action. Sur « King of the World », l’intro préenregistrée « Gonna Fly Now (Theme from Rocky) » précède un déluge de lumière venu du haut. En fond d’estrade, une toile frappée du nom du combo sert de rideau, partiellement masquée par l’imposant matériel d’Airbourne. Asomvel maîtrise son sujet et décroche une belle adhésion de l’auditoire, même si la force brute l’emporte parfois sur le charisme. « Born To Raise Hell » (reprise de Motörhead) déclenche une pluie de gobelets (en plastique), lancés depuis la fosse comme depuis les balcons (Photos ici, page ‘Artistes' ). 

Setlist :  Intro préenregistrée « Gonna Fly Now (Theme From Rocky) », « King Of The World », « Louder & Louder », « Born To Rock 'n’Roll », « If It's Too Loud, You're Too Old », « Born To Raise Hell » (Motörhead cover), « Outside The Law », « Set Your World On Fire », « Luck Is For Losers », « Lone Wolf », « Take You To Hell », « Light 'Em Up », « The Nightmare Ain't Over », « Outro (The Final Bell) » (Bill Conti song).

L’ambiance reste électrique : la foule, très variée, vient clairement pour célébrer ce moment privilégié. Sur les planches, en revanche, le rock se décline ici dans une esthétique très masculine, doublée d’une surenchère matérielle. Plutôt qu’une démonstration de force, chaque band déploie un véritable arsenal : murs d’amplis et d’enceintes Marshall, rivalité assumée à coups d’empilements. Lorsque Airbourne prend possession du podium, Ryan O'Keeffe est cerné par une montagne d’amplis, surmontée d’une imposante rampe LED qui arrose la fosse de lumière. Le thème de ‘Terminator’ s’efface, une guitare solitaire s’installe, puis le cri de Joel O'Keeffe tranche l’obscurité. Torse nu, jean largement troué, il déclenche l’explosion des poings levés, tandis que la sécurité rattrape sans relâche les surfeurs qui franchissent la barrière.

Airbourne ouvre le bal par « Gutsy », premier de deux inédits présentés ce soir. « Cradle to the Grave », très AC/DC dans l’esprit, introduit ensuite un bloc de titres issus de « Black Dog Barking ». « Hungry » puis « Back in the Game » s’enchaînent, et l’auditoire scande spontanément le nom du quatuor. Joel O'Keeffe, toujours prêt à provoquer, trinque dès la première bière et s’amuse à projeter des gobelets bien remplis vers la fosse, déjà emportée par un circle pit aussi agité que relativement bon enfant. Sur « Raise the Flag », le groupe ranime le souvenir d’Angus Young et d’une certaine école du hard rock. Moment de bravoure : porté au milieu de la foule, Joel s’éclate une canette sur la tête et arrose au passage ses voisins de nectar ambré.

Le riff mid-tempo de « Cheap Wine And Cheaper Women » relance la machine, avant une courte respiration destinée à présenter un autre inédit. ‘Envie d’apparaître dans un clip ? Voici « Alive After Death »’. Un caméraman rejoint le podium, et la foule se prend vite au jeu. Le morceau frappe juste, mené par un riff massif, même si l’attrait du moment filmé semble tout aussi décisif. La fin du set prend des allures d’apothéose sur « Live It Up » : sirènes, chant collectif, puis apparition du ‘bar éphémère de Lemmy’. Les bières volent ‘à l’australienne’ ; la fosse tente d’attraper les gobelets, au prix de quelques douches involontaires.

En rappel, « Ready To Rock » sonne comme un hymne, Joel menant les chœurs entre deux solos incendiaires. Sur « Runnin’ Wild », l’équipe technique basée à Manchester rejoint le podium, et le combo salue au passage les emblématiques enceintes Marshall qui dominent l’estrade. La soirée s’achève dans une déflagration de guitares saturées, fidèle à la promesse de départ.

Certains auditoires viennent pour écouter, d’autres pour célébrer : ce soir, la fête l’a emportée nettement. Sans ménager les décibels, Asomvel puis Airbourne ont livré un rock’n’roll live brut, parfois viril dans l’attitude, mais pleinement assumé. Finalement, une soirée intense, taillée pour les amateurs de sons épais et old school.

(Photos ici)

Setlist :  Intro préenregistrée : « Main Title (Terminator 2 Theme) » (Brad Fiedel song), « Gutsy », « Too Much, Too Young, Too Fast », « Cradle To The Grave », « Hungry », « Back in the Game », « Raise The Flag », « Cheap Wine & Cheaper Women », « Alive After Death », « Diamond In The Rough », « Breakin' Outta Hell », « Live It Up ».

Rappel : « Ready To Rock », « Runnin' Wild »

(Organisation : Live Nation)

 

Ana Popovic

Un concert placé sous le signe du groove, de la maîtrise instrumentale et du plaisir partagé…

Écrit par

Pas de première partie pour le retour d’Ana Popovic ce soir au Zik-Zak: la salle enregistre une belle affluence. On y croise de nombreux habitués ainsi quun programmateur de Classic 21, particulièrement avenant, en la personne de JeanPol Wiesmans.

La guitariste est programmée dans le cadre du ‘Dance To The Rhythm Tour’, une tournée nourrie de blues, de soul et de funk.

D’emblée, son parcours impressionnant mérite d’être rappelé. Il serait en effet réducteur de la cantonner au rôle de simple guitariste de blues: elle partage ou a partagé les planches aux côtés de figures majeures du genre telles que Buddy Guy, Eric Johnson, Jonny Lang, Kenny Wayne Shepherd, B.B. King, Joe Bonamassa ou Gary Clark Jr. Elle a même participé à une tournée en tant quinvitée spéciale auprès de celui que beaucoup considèrent comme lun des plus grands chanteurs de tous les temps: Solomon Burke. Quant à Bruce Springsteen, il la décrit comme une ‘guitariste hors pair’. Un curriculum vitae particulièrement éloquent. Née en Serbie et installée aujourdhui à Los Angeles, elle a longtemps séjourné aux PaysBas et à Memphis, des étapes déterminantes qui ont façonné, sans doute, ses choix esthétiques et son identité sonore.

Ce concert confirme une nouvelle fois qu’Ana Popovic demeure l’une des artistes les plus dynamiques et inventives du blues actuel. Pour ce segment de périple, elle s’est entourée d’une formation soudée et aguerrie: le bassiste Buthel, le claviériste Michele Papadia, le batteur Jeremy Thomas, rejoints par une section de cuivres emmenée par Claudio Giovagnoli et Davide Ghidoni. La chanteuse Skyler Jordan, fraîchement intégrée au combo, insuffle une dimension supplémentaire et instaure un dialogue vocal contrasté qui enrichit l’ensemble.

Dès l’ouverture, la soirée s’annonce placée sous le signe du groove, de la maîtrise instrumentale et du plaisir partagé. Popovic navigue sans effort apparent du blues à la soul, du funk au rock, jusque dans des accents R&B, construisant un univers sonore dense et nuancé, à la fois résolument actuel et profondément ancré dans la tradition. Si son approche embrasse plusieurs genres, le blues en demeure le cœur battant : il transpire dans son phrasé, s’impose dans son timbre et transparaît dans un feeling immédiatement reconnaissable.

Son jeu de guitare marque chaque instant du concert. Expressif et parfaitement contrôlé, il se montre rugueux quand la tension le réclame, puis d’une finesse remarquable lorsque le morceau l’exige. Chaque note semble choisie, pensée, chargée d’intention, affirmant une signature sonore personnelle et cohérente. Ana Popovic rappelle volontiers l’importance du direct — ‘Cest sur scène que tout se passe’ — et ce passage sur les planches en constitue la démonstration éclatante. Le lien qui s’établit entre la formation et l’auditoire se révèle immédiat et tangible ; l’énergie circule librement, de l’estrade vers la fosse et en retour. Le fil rouge demeure ce jeu de guitare à la fois gracieux et nuancé. Virtuose incontestable, elle met toujours sa technique au service de la composition, sans jamais céder à la démonstration gratuite.

La setlist propose un équilibre judicieux entre titres bien connus et compositions plus récentes issues de son dernier long playing, « Dance To The Rhythm ». Le rythme et le groove irriguent l’ensemble du concert, conférant au show une énergie irrésistible qui invite à la danse sans sacrifier la profondeur musicale. Même une reprise telle que « 50 Ways To Leave Your Lover » de Paul Simon trouve naturellement sa place dans l’univers de Popovic : immédiatement identifiable, mais entièrement réappropriée.

Tout au long de la soirée, l’artiste démontre non seulement une autorité technique indiscutable, mais également une capacité constante à capter l’attention de la foule, à dialoguer avec elle et à donner chair à sa musique sur le podium. C’est précisément cette alchimie qui continue de la distinguer.

Cette prestation confirme, une fois de plus, que le blues — sous toutes ses déclinaisons — demeure vivant, évolutif et plus pertinent que jamais.

(Organisation : Zik-Zak et Rock Nation)

CMAT

Un concert généreux et intensément vivant…

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Après une date complète à La Madeleine et un passage très remarqué au Pukkelpop en 2025, CMAT signe son retour en Belgique en compagnie de son ‘very sexy’ backing group. L’Irlandaise confirme une trajectoire ascendante sans accroc et profite de cette tournée pour défendre son troisième long playing, « Euro‑Country », paru ce 29 août 2025. Elle investit l’Ancienne Belgique pour une soirée annoncée sous le signe de l’autodérision, de l’excentricité et d’une énergie parfaitement assumée.

Derrière le pseudonyme CMAT se cache Ciara Mary‑Alice Thompson, artiste qui définit sa country pop comme un croisement improbable entre Dolly Parton, Weird Al Yankovic et Katy Perry. Sa capacité à faire cohabiter des univers contradictoires lui vaut un auditoire toujours plus large, deux elpees classés numéro 1 en Irlande ainsi que des nominations aux BRIT Awards, à l’Ivor Novello Prize et au Mercury Prize. Sa voix, tour à tour caressante et affirmée, sert des textes qui explorent des thématiques émotionnelles — comportements autodestructeurs en tête — abordées par le prisme d’un humour ‘camp’ et d’une autodérision constante.

Son dernier elpee s’inscrit dans cette même logique d’équilibre : un disque qui traite de sujets majeurs — capitalisme, revers de la notoriété — sans lourdeur ni posture. Le single viral « Take a Sexy Picture of Me », rebaptisé « Woke Macarena » par les fans, s’attaque notamment aux diktats esthétiques imposés aux femmes. Cet opus affirme un peu plus CMAT parmi les autrices‑compositrices‑interprètes incontournables de sa génération, tout en renforçant une réputation scénique forgée par une présence généreuse, une énergie communicative et un sens aigu du spectacle.

La soirée affiche complet depuis de longues semaines.

La première partie évoque un air de déjà‑vu pour celles et ceux qui avaient assisté au concert de The Last Dinner Party. Katy J. Pearson, originaire de Bristol, s’avance seule, armée de sa voix et de sa guitare électro‑acoustique. Comme au Cirque Royal, elle se présente sans accompagnement, installée en bord de podium devant un rideau rouge encore fermé.

L’écoute reste plaisante : les chansons franchissent aisément la rampe, confirmant pourquoi la Britannique s’est déjà forgé une solide réputation. Pourtant, une retenue persistante l’empêche de réellement happer l’auditoire. L’étincelle tarde à surgir, et l’attention de la fosse se disperse. À mi‑parcours, des conversations s’élèvent des premiers rangs, un manque d’égards manifeste envers l’artiste. Dommage, car Katy J. Pearson dispose d’une superbe voix aérienne et d’un toucher délicat, ses doigts effleurant les cordes avec assurance tandis qu’elle enchaîne des mélodies finement ciselées. Les applaudissements demeurent chaleureux, parfois ponctués de cris tentant de couvrir les bavardages d’une foule dissipée.

La musicienne compte déjà trois elpees à son actif — « Return » (2020), « Sound of the Morning » (2022) et « Someday Now » (2024) — auxquels s’ajoutent plusieurs singles et un EP, « Katy J. Pearson and Friends Present Songs From The Wicker Man ». Elle entame son set par « « Take Back the Radio, extrait du premier disque. Après une brève introduction, ce morceau lumineux, traversé par une quête de rédemption, célèbre un retour sur les ondes et contraste avec le reste du répertoire. Des réminiscences de Fleetwood Mac traversent les esprits, tandis que sa musique navigue entre folk, country, Americana et indie rock. Une touche post‑punk surgit sur « Alligator », où elle délaisse son chant habituel — quelque part entre Stevie Nicks et Belinda Carlisle — pour un phrasé plus monocorde évoquant Cate Le Bon. Une entrée en matière convaincante pour une artiste qui trace sa route et dont la présence est de plus en plus sollicitée sur le circuit britannique pour assurer des supporting acts de prestige (page ‘Artistes’ ici). 

Setlist : Take Back The Radio, Sound Of The Morning, Those Goodbyes, Alligator, Siren Song, Beautiful Soul, Talk Over Town.

Le rideau se lève et révèle un décor structuré autour de deux estrades. À gauche, la violoniste capte immédiatement l’attention. Au centre, un escalier de cinq marches offre à CMAT un terrain de jeu idéal pour multiplier les poses. À droite, le batteur occupe l’espace, tandis qu’un peu plus bas, sur une plateforme avancée, le claviériste — short moulant en lin — se dresse devant le bassiste, flanqué à gauche d’un guitariste grimé en femme. Bottes hautes noires, bas-résille et courte jupe rouge éclatante : CMAT s’impose d’emblée. Les rebords des estrades et de l’escalier s’illuminent grâce à des rampes LED majoritairement rouges, soulignant l’ensemble du dispositif.

CMAT assume pleinement son statut de diva, un rôle qu’elle adopte sur les planches, en parsemant son set de clins d’œil malicieux. Loin d’un simple artifice, cette posture nourrit un spectacle rythmé par des pitreries aussi maîtrisées que savoureuses. Dès l’ouverture progressive du rideau, l’ambiance se dessine. « Janis Joplining » sert d’introduction atypique : plus que la chanson elle‑même, ce sont les regards appuyés et le jeu de séduction adressé à la foule qui dominent. Le morceau agit comme un sas avant « The Jamie Oliver Petrol Station », rapidement repris en chœur. Le clip vient tout juste de paraître — sans la présence du chef étoilé ce soir‑là — mais l’auditoire s’enflamme. Les fans couvrent presque totalement la voix de CMAT, d’autant que le mixage manque encore de précision : tantôt trop en avant, tantôt noyée dans sa formation ‘very sexy’. La prise en main d’une guitare, une première dans le show, prolonge opportunément le titre.

Incontournable de son répertoire, « I Don’t Really Care For You » arrive très tôt. CMAT y déploie sa désormais célèbre ‘pause’, partant en chasse de spectateurs susceptibles de l’agacer. Trois d’entre eux sont épinglés et reçoivent une sérénade teintée d’un regard noir parfaitement dosé. L’artiste maîtrise l’art de capter la fosse en un instant. Une délégation irlandaise bien présente à l’Ancienne Belgique se manifeste d’ailleurs un peu plus tard. Mais place d’abord aux morceaux issus d’« Euro‑Country ». « When a Good Man Cries », livrée avec ferveur malgré une gorge visiblement sèche, précède "Tree Six Foive », accueilli avec un enthousiasme immédiat. CMAT multiplie les montées sur son estrade : le talent s’affirme, et le sentiment que d’autres surprises se profilent s’installe.

« Have Fun ! » s’impose désormais comme un classique. Gestuelle généreuse et échanges appuyés installent une atmosphère chaleureuse. L’amusement ne se dissimule pas : entre deux morceaux, elle glisse un bonbon dans sa bouche, puis engage une courte discussion avec un fan venu de Gand, à qui elle confie le reste de la friandise. Clin d’œil local : ‘ça colle aux dents, Anatole !’.

Le temps s’écoule à vive allure, non pas par abondance de titres — neuf seulement figurent sur la setlist — mais parce que le spectacle gagne en intensité. Les interactions au sein de la formation entretiennent une dynamique réjouissante. Une gorgée de thé humidifie le gosier avant « Take a Sexy Picture of Me », dont le refrain est scandé si puissamment par la foule que la voix de CMAT se fait presque discrète. Elle compense en offrant une succession de poses, laissant aux photographes un court répit avant « Iceberg ». Plus épurée, la chanson la retrouve en duo avec sa violoniste, pour un moment de grâce suspendu.

L’heure réglementaire est dépassée. Les habitués le savent : CMAT conserve toujours quelques pièces longues pour conclure. Peu de place, donc, pour les digressions, même si un extrait improvisé de « J’aime la vie » de Sandra Kim s’invite brièvement. Avant « Running/Planning », elle présente sa formation ‘verys sexy’ avant de quitter le podium.

Le rappel s’articule en trois temps, soutenu par un sextuor au complet. « Euro‑Country », titre éponyme du troisième elpee, frappe d’emblée par son urgence et sa densité sonore. CMAT rappelle son attachement à un activisme joyeux, une manière d’ancrer le message sans l’alourdir. Le propos se fait plus grave, sans rompre l’élan général — un moment marquant de la soirée.

La fête repart de plus belle sous une version extra‑longue de « I Wanna Be a Cowboy, Baby ! » : la fosse se balance sans relâche. Malgré une heure largement entamée, « Stay for Something » s’impose encore. CMAT ironise sur son incapacité à livrer un concert de moins de nonante minutes. Ces minutes offertes renforcent une ferveur déjà palpable. L’artiste se mêle une dernière fois à la foule, point d’orgue d’un concert généreux et intensément vivant. Les applaudissements, assourdissants, résument à eux seuls la réussite de cette soirée. Le compte à rebours est lancé avant ses prochains passages à De Roma et au Rock Werchter…

Setlist: Janis Joplining, The Jamie Oliver Petrol Station, I Don’t Really Care For You, When a Good Man Cries, Tree Six Foive, Have Fun !, Take a Sexy Picture of Me, Iceberg, J’aime la vie (Sandra Kim, extrait improvisé), Running/Planning

Rappel: Euro‑Country, I Wanna Be a Cowboy, Baby !, Stay for Something

(Pour les photos, c'est ici)

(Organisation Live Nation)

 

Stereolab

Une musique tellement riche et rafraîchissante…

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Reformé en 2019, d’abord pour accompagner une salve de rééditions impulsée par Warp, Stereolab est revenu sur le devant de l’actualité grâce à un nouvel opus, « Instant Holograms On Metal Film », paru en mai de l’an dernier. Sur les planches de l’Aéronef, la formation franco-britannique va livrer un set qui assume ses alliages : pop oblique, krautrock motorik, touches de jazz et d’électronique. Les textes, chantés en français ou en anglais, selon les titres, conservent leur message engagé.

Depuis les nineties, le combo s’est imposé dans l’indie pour son art de la superposition : motifs répétitifs, harmonies vocales en couches, claviers vintage et lignes de guitare qui tracent des diagonales.

La foule est constituée majoritairement de quadragénaires et de quinquagénaires.

Le concert s’ouvre par l’intro « Mystical Plosives » : sur ces notes robotiques, les musiciens apparaissent, puis s’installent.

« Aerial Troubles », « Motoroller Scalatron » puis « Vermona F Transistor » définissent d’emblée la méthode Stereolab : pulsation régulière, claviers qui scintillent sans trop s’épancher, et détails de timbre glissés au bon moment. Lætitia Sadier passe au trombone à coulisses sur « Vermona F Transistor » ; en bout de course, les claviers esquissent un clin d’œil au Boléro de Ravel.

Le set se permet ensuite un retour en arrière : « Peng ! 33 », ancien titre, avance sur des claviers volontairement rognés, comme passés au cutter, pendant que la section rythmique garde le cap.

Sur « The Flower Called Nowhere », le chant joue la superposition : voix principale, contre-voix, puis falsetto qui se répondent et se croisent sans jamais saturer l’espace.

Pièce centrale du concert, « Melodie Is a Wound » multiplie les changements de rythme tout en revenant régulièrement vers une bossa nova de traverse. Sadier y prend la trompette, étire les phrases, puis laisse le morceau s’allonger en improvisation. Parfois, le climat devient plus ‘doorsien’, mais en fin de parcours, il s’enfonce dans un psychédélisme spatial.

« If You Remember I Forgot How to Dream Pt. 1 » serpente entre appuis jazzy et pop plus légère. Sadier revient au trombone à coulisses, puis en français, fidèle à des convictions pacifistes assumées, chante : ‘J’appartiens à la terre, je dis non à la guerre’.

« Miss Modular » remet du relief dans la fosse grâce à un groove net et un travail vocal soigné. Sadier y manie un trombone à coulisse, tandis que les chœurs (Joe Watson et Xavier Muñoz) cadrent les mélodies par des secondes voix impeccables.

« Household Names » vire vers un funk discret, avant qu’ « Esemplastic Creeping Eruption » ne réinstalle les boucles et les micro-variations chères au band, sans jamais perdre la lisibilité des lignes.

En fin de parcours, « Percolator » revient à une bossa nova minimale, puis « Electrified Teenybop ! » bascule en instrumental motorik, roues parfaitement alignées, l’expression sonore avançant par petites stries répétées.

Le rappel s’articule en deux temps. « Immortal » installe une matière plus atmosphérique, puis « Cybele’s Reverie » met en avant la voix de Sadier, capable d’enchaîner graves et aigus sans forcer l’effet, tout en restant dans cette distance caractéristique.

Sur le podium, Lætitia Sadier occupe le côté droit, guitare en gauchère. Un petit pupitre placé devant elle lui sert de poste de commande : il lui permet de déclencher des sonorités proches d’un Moog. Veste à brillants sur les épaules, elle passe d’un instrument à l’autre – guitare, claviers, trombone, tambourin puis trombone à coulisse – au gré des morceaux.

À l’autre extrémité, Timothy Gane (barbe grisonnante) reste concentré sur ses motifs de guitare, comme s’il était sans son monde. À l’arrière, Andy Ramsay verrouille la pulsation, pendant que Joe Watson, aux claviers et caché derrière ses partitions ainsi que le multi-instrumentiste (basse surtout, claviers et parfois guitare) Xavier Muñoz consolident l’édifice par leurs interventions et des secondes voix particulièrement justes. Hormis pour les voix, on a l’impression que chaque musicien est sur son île, et paradoxalement ces individualités forment un collectif soudé.

La voix de Sadier, claire et bien timbrée, survole des arrangements qui aiment la stratification. Les harmonies se construisent par couches, parfois en contre-voix puis en falsetto, ce qui renforce l’impression de mouvement interne, même lorsque la rythmique choisit la répétition.

Entre deux titres, Sadier échange quelques mots en français, d’une voix douce et posée. Ces apartés, brefs, ramènent le concert à une échelle simple, loin des postures, alors que la musique, elle, continue d’assembler kraut-pop, échappées jazz et détails électroniques.

Au fil du concert, l’enthousiasme gagne la foule qui applaudit de plus en plus longtemps, à l’issue des morceaux ; et puis, au bout des 13 titres du set, et du rappel, elle salue longuement une prestation maîtrisée en tous points d’une musique tellement riche et rafraîchissante.

Photos Ludovic Vandenweghe ici

En supporting act, le duo liégeois Chaton Laveur s’est plutôt bien débrouillé face à un public encore clairseme, celui-ci ayant décidé de ne rappliquer que pour la tête d’affiche.

Julie, robe noire assez courte, papillonne entre basse (souvent), guitare (parfois) et claviers ; Pierre se réserve la batterie (constamment) et les claviers (dont un moog). Et le tout est enrichi de boucles et d’effets sonores. Ils chantent en harmonie et en falsetto. Il faut reconnaître que le drumming est aussi ample qu’efficace. Les morceaux sont longs et dépassent régulièrement les 5 minutes. La trame de la musique repose sur les rythmes motorik du krautrock, et le tout est traversé d’accès de dream pop et de shoegaze. Leur premier elpee, «   Labyrinthe » est paru ce 13 mars.

Bref, minimaliste, l’expression sonore tient la route, mais – et ce n’est qu’un avis personnel – il serait peut-être intéressant d’élargir le line up à un ou une guitariste, pour donner davantage d’épaisseur à la musique. Tout au moins sur les planches (page ‘Artistes’ ). 

Setlist Sterolab

1.    Intro : « Mystical Plosives »
2.    « Aerial Troubles »
3.    « Motoroller Scalatron »
4.    « Vermona F Transistor »
5.    « Peng ! 33 »
6 .   « The Flower Called Nowhere »
7.    « Melodie Is a Wound »
8.    « If You Remember I Forgot How to Dream Pt. 1 »
9.    « Miss Modular »
10.    « Household Names »
11.    « Esemplastic Creeping Eruption »
12.    « Percolator »
13.    « Electrified Teenybop ! »

Rappel : « Immortal », « Cybele’s Reverie ».

(Organisation : Aéronef, Lille)

 

Sleaford Mods

Une valse de styles sous une pluie de gobelets de bière…

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Quatrième passage de Sleaford Mods à l’Ancienne Belgique depuis 2015 : le duo joue ici en terrain conquis, accueilli comme une équipe de football qui revient jouer à domicile. Dans la salle, l’auditoire répond présent, même si la setlist alterne moments tendus et respirations. Compte rendu !

En ouverture, Snayx connaît aussi l’AB : la formation de Brighton (NDR : encore un rejeton de la côte Sud) a foulé le Club, à l’étage, deux ans plus tôt. Lainey s’installe vite derrière les fûts, en pilotant aussi le séquenceur. Puis un grand bassiste, suivi du chanteur — casquette vissée sur le crâne — surgissent à l’avant de l’estrade, comme deux combattants de MMA prêts à disputer le round. Le son penche franchement vers le punk/hardcore, mené par une basse très en avant, auquel s’ajoutent des phrasés rap/hip-hop qui évoquent Senser, Prodigy ou Clawfinger côté années 90, et, plus près de nous, Slaves ou Wargasm. L’énergie se communique et ramène progressivement du monde dans la fosse. Pourtant, en début de set, l’assistance reste clairsemée, il n’y a guère plus d’une centaine de curieux aux premiers rangs. Si les titres donnent un vrai coup de fouet, ils s’appuient souvent sur un beat punk assez rectiligne ; trente minutes suffisent, finalement, pour cerner le concert (page ‘Artistes’ ici). 

Question : pourquoi programmer Sleaford Mods seulement à 21 h, alors que l’inter-plateau pourrait se limiter à un petit quart d’heure ? Vers 20 h 50, Andrew Fearn ajuste son PC, l’ingé son vérifie le micro ; deux minutes suffisent, montre en main.

Le duo arrive sobrement, à l’heure pile. Jason Williamson, t-shirt sans manches, exhibe une collection de tattoos (NDR : dont le célèbre « British Railways » et son lion). Cette entrée sans effets tranche par rapport à l’accueil de la foule, déjà prête à les porter aux nues. Musicalement, la formule demeure minimaliste, mais l’ensemble se met vite en place sur les planches. Andrew aligne les pas de danse derrière son ordinateur, tandis que Jason, voix râpeuse, lâche ses harangues comme un supporter des Three Lions au terme d’un match. Le début de parcours réserve une large place à « The Dismiss of Planet X » (NDR : un opus déjà bien calé dans le top 2026 de votre serviteur). L’ouverture, « The Unwrap », reste d’abord sur la retenue. Deux miroirs encadrent le podium et un écran vidéo sert surtout à afficher les featurings : sur « Good Life », par exemple, apparaissent Gwendoline Christie et Big Special en streaming. « Megaton » réveille la fosse : ça bouge, les premiers pogos se lancent, sous une pluie intermittente de gobelets de bière.

La setlist, comme l’ambiance, connaît pourtant des variations. Ces creux et relances permettent aussi de mesurer l’amplitude du phrasé : Andrew passe d’un ton post-punk à des séquences plus rap, voire à des saillies punk plus nerveuses, sans lâcher ce chanté-parlé aux inflexions de classe ouvrière du Nord de l’Angleterre. Le tout est ponctué de crachats, de bruitages et de ‘fuck’ déclinés à toutes les sauces.

Dans la dernière demi-heure, « Force 10 From Navarone » offre une nouvelle occasion d’envoyer sur l’écran la séquence tournée en compagnie de Florence Shaw (Dry Cleaning). Puis survient une reprise inattendue, mais efficace pour relancer l’auditoire : « West End Girls » des Pet Shop Boys, qui remet les corps en mouvement, mais pas sans esquisser un sourire goguenard.

Le set s’achève en crescendo : d’abord « Tied Up in Nottz » (NDR : clin d’œil aux contrastes de classes sociales dans leur ville d’origine, Nottingham). « Jobseeker », sur une rythmique martelée, déclenche encore des mouvements de masse aux premiers rangs. Le duo boucle ensuite sur l’entêtant « Tweet, Tweet, Tweet », puis prend le temps de saluer l’auditoire et de distribuer quelques setlists, avant de tirer sa révérence.

(Photos Dieter Boone ici)

(Organisation : AB + Live Nation)

Of Monsters And Men

Huit minutes de final avant de disparaître dans le son…

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Ce mardi 3 mars, à l’Ancienne Belgique, l’Islande est sous le feu des projecteurs. Et pour cause, Of Monsters and Men et RAKEL sont à l’affiche. Le concert est complet depuis longtemps.

Plus de dix ans après l’impact international de « Little Talks », Of Monsters And Men continue d’élargir son répertoire. Quatre mois après la parution de « All Is Love And Pain In The Mouse Parade », le septuor islandais est parti défendre ce long playing tout au long de son ‘Mouse Parade Tour’, qui passait donc, par Bruxelles.

 En ouverture, il revient à RAKEL, artiste islandaise émergente, responsable d’une musique pop/indie intime et atmosphérique de chauffer la salle.

Le set de la chanteuse et compositrice s’ouvre par « Petrichor ». Aux claviers, Salomé Katrin l’accompagne et pose un cadre calme, presque cotonneux. « Rescue Remedy » glisse sans heurt, puis « Pillows » installe un apaisement proche de la suspension. Les titres sont issus de « A Place To Be », paru le 17 octobre 2025.
Un point de jonction s’impose ensuite : Nanna Bryndís Hilmarsdóttir rejoint le duo pour le dernier morceau. Toutes trois proposent une reprise de « Let It Die » (Feist), interprétée sans effet superflu, qui prépare la transition vers la tête d’affiche. La salle applaudit longuement la fin du set (page ‘Artistes’ ici). 

Place, ensuite à Of Monsters And Men.

Les sept musiciens s’alignent : quatre guitaristes (dont deux préposés aux sèches), un multi-instrumentiste qui passe de la basse aux claviers, un second claviériste-accordéoniste, en surplomb sur une estrade, et, à droite, un batteur planté sur une plateforme plus haute. L’arrivée du combo reste sobre, mais l’impact se fait sentir dès les premières mesures.

Le set démarre par « Television Love » puis embraie sur « Dream Team », deux titres qui installent une atmosphère planante, parfois contemplative, sans se limiter au folk du début des années 2010. La formation circule entre pop cinématographique et folk rock, en alternant retenue et poussées mélodiques. La sélection du soir met logiquement l’accent sur le dernier disque, « All Is Love And Pain In The Mouse Parade ». Dix morceaux y trouvent place, joués comme des classiques déjà installés.

Paru en 2011, « My Head Is An Animal » propulse Of Monsters And Men au-delà des frontières islandaises. Ce soir, l’elpee revient régulièrement dans la setlist, cinq titres à l’appui. « Dirty Paws » et, surtout, « Little Talks » déclenchent les séquences les plus fédératrices : la fosse se met en mouvement, les mains marquent le tempo, et l’auditoire reprend les refrains aux côtés de Nanna Bryndís Hilmarsdóttir et Ragnar Þórhallsson.

Les nouveautés reçoivent un accueil franc, même si une partie de la grande salle semble préférer les chansons des débuts. « King and Lionheart » relance immédiatement les chœurs et les pas de danse. Côté nouvel opus, « Kamikaze » affiche des teintes pop rêveuses, « Ordinary Creature » appuie un refrain plus nerveux, et « The Block » ouvre une parenthèse plus introspective : les musiciens se rassemblent en cercle, le clavier en point d’ancrage, et le tempo se resserre jusqu’à suspendre l’instant. Lumières basses, ambiance recueillie.

À la demande générale, le band ajoute « Empire » et prolonge le dialogue auprès d’une foule qui ne lâche rien.

Pour le rappel, la formation choisit d’abord l’épure : « Love Love Love », interprété en solo par Nanna. « Fruit Bat » prend ensuite le relais sur un format étiré, huit minutes prolongées par une sortie instrumentale immersive. Sur la fin, les voix se retirent et le son occupe tout l’espace, comme si la salle n’avait plus besoin de paroles pour rester encore un peu dans leur univers…

Setlist : « Television Love », « Dream Team », « King And Lionheart », « From Finner », « Kamikaze », « Styrofoam Cathedral », « Alligator », « The Actor », « The Block », « Mouse Parade » avec RAKEL, « Dirty Paws », « Crystals », « Empire » (à la demande générale du public), « Ordinary Creature », « Little Talks ».

Rappel : « Love Love Love », « Fruit Bat ».

(Organisation : Live Nation)

White Lies

Une voix fatiguée au cœur d’un concert haut en couleurs…

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Paru l’an dernier, « Night Light » marque le retour de White Lies sr la scène alternative indépendante. Le trio a prolongé cette dynamique par une tournée qui aligne des dates en Europe puis au Royaume-Uni, dont un passage à l’Ancienne Belgique. Sur le podium, la formation pioche dans ce disque récent tout en ménageant une place aux morceaux clés de son répertoire. Le combo britannique évolue dans une pop sombre aux contours post-punk et synthwave, où les claviers étirent l’espace tandis que la basse et la batterie imposent une pulsation nette. Harry McVeigh se consacre au chant et à la guitare, Charles Cave se charge de la basse et des chœurs, tandis que Jack Lawrence-Brown pilote les drums. En concert, le band s’élargit : Tommy Bowen rejoint l’équipage à la guitare et aux claviers, ce qui densifie les arrangements et élargit la palette sonore.

En première partie, She’s In Parties ouvre la soirée, un patronyme vraisemblablement emprunté à un titre de Bauhaus, référence gothique incontournable.

Le quatuor de Colchester installe d’emblée un climat shoegaze mâtiné de dream pop, entre nappes de claviers, guitares brumeuses et refrains à l’éclat mélancolique. Au centre du dispositif, l’Irlandaise Katie Dillon mène la danse au chant, tout en alternant synthé, guitare électrique et tambourin. À ses côtés, Herbie étire des lignes de six-cordes plus tranchantes, Charlie verrouille la basse, Matt maintient une rythmique régulière : une base solide qui laisse respirer les textures.

Le set s’ouvre sur « Fallen », extrait de l’EP cinq titres « Are You Dreaming ? », rapidement suivi par le morceau éponyme, plus immédiatement accrocheur. Quand le tempo grimpe, la fosse répond sans peine, et l’accent eighties des arrangements renforce l’unité de la première partie. Avant « The Man », Dillon lance : ‘Qui est prêt à danser ?’ ; la fin de prestation gagne encore en intensité en livrant « The L Word » puis « REM », laissant une impression nette : un combo en pleine progression, déjà armé pour des formats plus vastes (page ‘Artistes’ ici). 

Chez White Lies, le dispositif s’articule autour de quatre immenses parallélépipèdes blancs, traversés par des sources lumineuses multicolores, qui composent une toile de fond géométrique, prolongée par un large rideau gris. Réputé pour ses partis pris visuels, le trio exploite ce décor durant tout le concert, en modulant intensités et teintes au fil des morceaux. La mise en espace reste lisible et resserrée autour du noyau : Harry McVeigh au chant et à la guitare, Charles Cave à la basse et aux chœurs, Jack Lawrence-Brown derrière les fûts. Sur la gauche, Tommy Bowen occupe son poste guitare-claviers, épaississant un son à la fois tendu et cinématographique.

Les tableaux s’enchaînent, passant d’une chaleur orangée presque estivale à des séquences plus austères, noyées de blancs froids et d’ombres. La machinerie lumière impressionne par sa précision et imprime sa logique à l’ensemble du set. « All The Best » démarre sur un registre retenu et installe immédiatement cette dramaturgie visuelle. Un bémol, pourtant : Harry McVeigh ne semble pas au meilleur de sa forme. Les aigus lui résistent par instants et, lorsqu’il s’adresse à l’auditoire, sa voix trahit une fatigue palpable. Le band compense en dégainant tôt un classique fédérateur : « Farewell To The Fairground » déclenche une réponse massive de la foule, qui reprend les paroles sans se faire prier et lance la soirée sur de bons rails.

Côté raretés, « The Price Of Love » réapparaît dans la setlist de la tournée, une première depuis les concerts célébrant les dix ans du premier opus, fin 2019. Le morceau s’adresse à Ed, l’un des tout premiers fans du combo. « Tokyo » s’habille d’un déluge de couleurs, tandis que « Big TV » attise la ferveur et pousse Harry à haranguer la salle : ‘Bruxelles, levez les mains !’. La prestation se referme sur « Bigger Than Us », puis le rappel revient encadré par trois compos issues de « Night Light ». Le morceau éponyme s’installe calmement avant de basculer vers une montée plus abrasive. Les fumigènes, disposés sur les côtés, redoublent d’activité, mais les faisceaux les plus vifs finissent par dominer, un choix qui souligne bien « Death ». « In The Middle » conclut la soirée sur une ligne de basse nerveuse signée Charles Cave, tandis que la voix d’Harry tient le cap malgré les signes de fatigue. Une date solide, dont l’impact gagnerait encore si le chanteur retrouvait l’intégralité de ses moyens.

Setlist : « All the Best », « Farewell To The Fairground », « There Goes Our Love Again », « Hurt My Heart », « My Lover », « Don't Want To Feel It All », « Is My Love Enough », « Keep Up », « Tokyo », « Time To Give », « Juice », « The Price Of Love », « I Don't Want To Go To Mars », « Big TV », « To Lose My Life », « Bigger Than Us ».

Rappel : « Night Light », « Death », « In The Middle »

(Organisation : Live Nation)

Amy Macdonald

Un concert à dimension humaine, malgré l’affluence...

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Le concert d’Amy Mcdonald, programmé ce dimanche 22 février, à l’Ancienne Belgique, affiche complet, malgré quelques dernières places remises en vente. La file s’étire jusqu’au bout de la rue des Pierres. Sous une pluie battante, la foule attend la native de Glasgow. À 39 ans, l’auteure-compositrice-interprète est venue défendre son sixième opus, « Is This What You’ve Been Waiting For », paru le 11 juillet 2025, quatre ans après « The Human Demands ». Cinq elpees classés dans le top 5 en Europe, plus de 12 millions de disques écoulés, 12 certifications de platine à l’international et plus d’un milliard d’écoutes en streaming : des repères qui expliquent l’ampleur du rendez-vous. Réputée sur scène, elle a déjà joué devant plus de 5 millions de personnes à travers le monde.

Côté musique, Amy Macdonald est responsable d’un mélange folk et de rock teinté de country contemporaine. Le titre éponyme regarde vers la nostalgie sans lâcher l’espoir. Ce nouveau long playing aligne des récits de déceptions, de sursauts et de victoires intimes, et confirme une écriture directe, fidèle à l’élan de « This Is The Life », mais nourrie par les années.

La première partie revient à Better Joy, combo pop-rock nerveux, qui chauffe immédiatement la salle.

Originaire de Manchester, la formation ouvre la soirée, drivée par la chanteuse-guitariste Bria Keely. Votre serviteur ne la connaissait pas, mais son versant indie/alternatif accroche d’emblée l’auditoire. Le set s’ouvre sur le single « Carnival » (2024), pop idéale pour les beaux jours : ligne mélodique efficace, refrains qui accrochent. Better Joy affiche déjà un son étonnamment solide pour un projet récent, sans se répéter : « What A Day » installe ensuite une atmosphère plus feutrée, quand « This Part Of Town » déroule des images de campagne anglaise. « Plugged In » mise sur un riff entraînant et une voix mise au premier plan ; le band dose l’énergie sans saturer l’espace. Bria Keely raconte ses histoires sans forcer le trait. Le combo vient par ailleurs de publier l’EP « At Dusk », dont plusieurs titres figurent sur sa setlist. Finalement, une entrée en matière convaincante, qui donne envie de suivre le combo de près (page ‘Artistes' ). 

Setlist : « Carnival », « What A Day », « This Part Of Town », « Quiet Thing », « Steamroller », « Plugged In », « Waiting On Time », « Dead Plants »

Une estrade surélevée court sur toute la longueur du podium. En fond, une tenture sert d’écran, devant laquelle s’alignent 50 spots, répartis sur cinq rangs (par paires). Sous l’estrade, une dizaine de projecteurs plus puissants arrosent la salle d’une lumière tantôt douce, tantôt aveuglante, au gré des riffs de guitare. Le batteur occupe le centre, flanqué d’un guitariste à gauche et d’un claviériste à droite : tout le monde reste sur une même ligne. Au niveau inférieur, Amy Macdonald prend place au milieu, guitare électro-acoustique en bandoulière, micro planté devant elle, voix rocailleuse en avant. À jardin, la bassiste (quatre-cordiste) ; à cour, un second guitariste.

Amy Macdonald ouvre les hostilités par « Is This What You've Been Waiting For ? » : une entrée en matière idéale. Le premier vrai pic, c’est pourtant « Mr. Rock & Roll », imparable en live ; le changement de tonalité dans le refrain met la foule en ébullition. Sur les planches, la chanteuse impose une présence évidente : elle échange souvent, installe une ambiance détendue, glisse des anecdotes entre deux titres et évoque la qualification de l’équipe nationale écossaise pour la Coupe du monde. Son accent, très marqué, ne laisse aucun doute sur ses racines – plus prononcé encore que celui de Sharleen Spiteri (Texas). La formation enchaîne « Dream On », « The Hudson », « Spark » et « Pride », qui gagnent en impact sur l’estrade par rapport à leurs versions studio. Macdonald prend aussi le temps d’aller vers la fosse : elle lit des pancartes au premier rang et offre même un médiator à un fan qui en réclame un. Malgré l’affluence, ces attentions gardent le concert à dimension humaine. Le guitariste Jamie invite ensuite l’auditoire à allumer les lampes torches des téléphones : en quelques secondes, la salle s’illumine, et l’instant suspend le temps. « I'm Done (Games That You Play) », l’un des titres phares du dernier opus, sonne particulièrement bien ce soir ; les six musiciens jouent sans retenue. Au cœur du set, l’enchaînement « Slow It Down », « Poison Prince » et « Can You Hear Me ? » maintient la tension au maximum, toute la salle reprend les refrains en chœur. Et « This Is the Life », évidemment, rassemble tout le monde : la foule la chante d’un bout à l’autre, nouveau temps fort de la soirée.

Le rappel s’ouvre sur « We Survive » en version acoustique et embraie par une reprise de « The Glen » (Beluga Lagoon) qui déclenche un nouveau chant collectif, le band se retrouvant désormais sur l’avant-scène. Pour conclure, « Let's Start a Band », extrait du premier long playing « This Is the Life », laisse la fosse debout : ça danse, ça chante, jusqu’à la dernière mesure. Les spectateurs quittent l’Ancienne Belgique en fredonnant encore.

Setlist : « Is This What You've Been Waiting For ? », « Dream On », « The Hudson », « Spark », « Mr. Rock & Roll », « Fire », « Pride », « Don't Tell Me That It's Over », « Run », « I'm Done (Games That You Play) », « Slow It Down », « Poison Prince », « Can You Hear Me ? », « Statues », « Barrowland Ballroom », « This Is The Life ».

Rappel : « We Survive » (Solo), « The Glen » (Beluga Lagoon cover) (Acoustique), « Let's Start A Band »

Photos  

(Organisation : Live Nation)

Requin Chagrin

Une dream pop aux accents new-wave et garage

Requin Chagrin, c’est le projet de la chanteuse et multi-instrumentiste française Marion Brunetto. Depuis ses débuts en 2014, elle tisse une dream pop où la new wave, le shoegaze, le surf rock et une pointe garage se mêlent à la perfection. Ce soir, elle dévoile, en avant-première, son nouvel album, « Décollage », prévu pour le 27 mars.

En ouverture, le groupe bruxellois Turquoise, mené par Sarah Boom et Maxime Wathieu, est chargé de chauffer la salle. Voix féminine aérienne, dream pop teintée de new wave, compositions ciselées : tout s’aligne avec une précision rare. La présence scénique est magnétique et le son limpide. Maxime Lombaerts, à la guitare, déploie un jeu cristallin qui évoque parfois Charlie Burchill de Simple Minds – référence absolue. Turquoise prépare déjà la suite de son excellent elpee « Avant Demain », paru il y a un an et demi (page ‘Artistes’ ici). 

À 20h30 précises, Requin Chagrin s’empare de la Rotonde, pleine à craquer. Fidèle à sa retenue élégante, Marion Brunetto apparaît dans un style discret mais soigné : mèches blondes effleurant une chemise kaki, sa fidèle Fender Jaguar en bandoulière, architecte de sonorités vaporeuses.

Le set s’articule autour des nouvelles chansons de « Décollage », pour la plupart inconnues du public, hormis le single « Parachute ». Le risque est calculé, mais ces compos captent immédiatement l’attention. « For You » et « Cœur Joie » s’imposent avec une évidence naturelle, s’inscrivant dans la continuité sonore de la formation. On retrouve bien sûr l’empreinte d’Indochine (Nicolas Sirkis est le mentor du combo), mais aussi de La Femme, Cigarettes After Sex, Beach House, et aussi cette touche rétrofuturiste chère à Flora Fishbach.

Cherchant à se réinventer, Marion Brunetto a étendu sa palette aux textures électroniques. Le Roland Juno déroule ses ‘arpeggios’ pendant « Ultra-Fort ». Malicieusement, en introduction du morceau suivant, elle opère le lien en l'appelant « Séma...phore » ! Celui-ci incarne peut-être le mieux l’ADN du groupe : bedroom pop, guitares noyées de reverb, garage subtil. Il capte à merveille le 'zeitgeist' d'une jeunesse désenchantée. Le refrain, entêtant, est repris à l’unisson par une salle conquise.

Le son surprend par son parti pris 'shoegaze', parfois un peu sale. Là où Turquoise privilégiait la clarté, Requin Chagrin ose des résonances saturées dans les médiums, un mixage qui a la fâcheuse tendance de noyer la voix, mais fait merveille sur les titres les plus nerveux comme « BB ». Ce dernier clôt le set principal sur une énergie belle et tranchante.

En rappel, Marion livre une version épurée, seule en scène, de « Rose », une compo extraite du premier opus – un éponyme, paru il y a déjà onze ans. Et après « Volage », place à « Rêveries », une nouvelle épure carrément électro. Dans un geste inattendu, Marion se déplace soudain pour s’installer à la batterie ! (NDR : rappelons que c’était son premier instrument lorsqu'elle s'essayait aux fûts, à l'âge de 10 ans, sur « Boys Don’t Cry » de The Cure). L’effet scénique est ici saisissant. D'autant que la musicienne assure un max ! Un final en apothéose.

On regrettera, cependant, les remarques, qui paraissent un peu acerbes, adressées par Marion à ses musiciens, au fil du concert. Sans doute une forme de taquinerie? Rappelons leurs noms, car ils ont fourni une prestation remarquable: Gaël Etienne (guitare et claviers), Joseph Deschamps (basse) et Axel Le Ray (drums).

Au sortir de la Rotonde, on emporte l’image d’un concert aérien, lumineux et onirique – comme le songe d’un requin glissant dans les eaux profondes de la Méditerranée...

Setlist :

Décollage

Parachute

For You

Coeur Joie

Adelaïde

Mauvais Présage

Love

Forever

Déjà Vu

Altitude

Ciao Rubello

Ultra-Fort

Sémaphore

BB

Rappel :

Rose

Volage

Rêveries

(Organisation : Botanique)

 

Avatar

Un spectacle titanesque !

Écrit par

Ce vendredi 13 février, Avatar présente son Metal Circus sous les projecteurs de l’Ancienne Belgique. Fondé en 2001 à Göteborg, le quintette suédois, maquillé et volontiers théâtral, s’impose depuis comme une formation explosive dont l’identité visuelle et sonore déroute et fascine. Le combo enchaîne chorégraphies millimétrées, effets spéciaux et guitares déchaînées, tandis que Johannes Eckerström se transforme en une créature cinématographique évoquant tour à tour le Joker ou The Crow. S’appuyant sur des opus tels que « Feathers & Flesh » (2016), « Avatar Country » (2018) ou le plus récent « Dance Devil Dance » (2023), le band continue d’explorer un univers foisonnant sans jamais perdre son énergie brute. Sur les planches, Avatar offre une expérience totale, oscillant entre riffs survoltés et extravagance spectaculaire.

Si la tête d’affiche véhicule incarne parfaitement l’image de personnages excentriques, les premières parties repoussent tout autant les frontières du raisonnable. Pour ouvrir la grande messe métallique, Avatar convie dans son sillage les Norvégiennes de Witch Club Satan et les redoutables Néo‑Zélandais d’Alien Weaponry.

Witch Club Satan, trio norvégien fondé en 2022 à Oslo, est une formation entièrement féminine – Nikoline Spjelkavik (guitare et chant), Victoria Røising (basse et chant) et Johanna Holt Kleive (batterie et chant) – dont l’esthétique puise dans le théâtre (également), le féminisme et la sorcellerie. Pour leur première date en Belgique, les trois musiciennes se présentent sur les planches à 18 h 45 précises. Drapées dans leurs robes crochetées, coiffées de cornes, elles surgissent d’un imaginaire rituel plus que d’un banal car de tournée.

Dès que « Hysteria » résonne, le cérémonial démarre sans préambule : les incantations grondent, les hurlements de « Mother Sea » s’élèvent tels des cris perdus dans une forêt infernale. Ce n’est pourtant qu’un prélude à la déferlante qui suit. Les cuivres éclatent, les robes tombent, et le trio, sous « I Was Made By Fire », « Black Metal Is Krig » et la conclusion « Solace Sisters », transperce littéralement nos tympans d’un trident sonore incandescent. Le combo livre une prestation hypnotique, féroce et totalement habitée (page ‘Artistes’ ici photos ). 

La deuxième formation à fouler le podium impressionne immédiatement : Alien Weaponry, trio néo‑zélandais de heavy metal originaire d’Auckland et établi à Waipu, implique le batteur Henry de Jong, le guitariste Lewis de Jong et, depuis 2020, le bassiste Tūranga Morgan‑Edmonds. Tous trois puisent dans leurs racines maories une part essentielle de leur identité musicale, écrivant et interprétant plusieurs titres dans leur idiome.

Le spectacle démarre lorsque Henry de Jong se dresse face à ses fûts, et déclenche un haka fulgurant. Ses deux comparses surgissent ensuite sur le podium et s’en emparent totalement. La puissance du haka, sa tension et son intensité bouleversent l’auditoire. Sous « Rū Ana Te Whenua », extrait de leur remarquable opus « Te Rā », la salle se soulève. Leur métal devient un cri, une incarnation farouche d’espoir et de résistance.

Lewis de Jong impressionne, ses dreadlocks descendant jusqu’aux talons ; le trio joue à corps ouvert, incarnant sa culture avec une sincérité désarmante. Leur présence sur les planches s’avère magistrale. « Te Riri o Tāwhirimātea » embraie : guitare vibrante, rythmique tribale, tension remarquable. Puis « Mau Moko » déploie un groove nourri de thrash metal robuste et inspiré.

Le combo, qui marie ses racines culturelles à des couleurs guerrières et à de massifs riffs nu metal, évoque par moments la démarche de la formation mongole, The Hu. La fosse s’agite : ça pogote sec, les circles s’organisent presque joyeusement. Votre serviteur reste littéralement scotché : ce trio incendiaire réussit à embraser les planches de l’AB et remplit parfaitement son rôle de première partie. Aucun doute : Alien Weaponry, a l’étoffe pour conquérir les stades (page ‘Artistes’  photos ici). 

Setlist : « Rū Ana Te Whenua », « Te Riri o Tāwhirimātea », « Mau Moko », « Taniwha », « Kai Tangata ».

La salle de l’AB est comble lorsque l’heure d’Avatar approche, et l’électricité qui circule dans la fosse ne laisse aucun doute : les Suédois sont attendus comme des héros médiévaux émergeant d’une légende. La dimension théâtrale qu’ils injectent dans chacun de leurs shows fascine déjà avant le premier riff. Leur entrée, digne d’une pièce grandiose, renforce cette impression.

Le décor baigne sous un halo bleu. Dans les haut‑parleurs, un vieux gramophone crépite, puis sa mélodie chancelle avant de se muer peu à peu en une tempête rugissante. On se retrouve projeté au cœur d’un fjord déchaîné, en pleine mer, dans un chaos sonore d’une intensité picturale. Au fond, une estrade imposante accueille une double batterie chargée à bloc. Soudain, l’estrade s’écarte en son centre : une ouverture se crée pour permettre au quintette de surgir depuis les coulisses.

Johannes Eckerström avance en premier, silhouette sombre enveloppée d’une cape à capuche. Il balance une lanterne, dont les oscillations rythment ses pas, suivi de ses deux guitaristes, du batteur et du bassiste. L’atmosphère est posée. Leur rituel d’ouverture explose sous « Captain Goat », et la fosse répond par un hurlement unanime.

Le set s’emballe aussitôt : « Silence In The Age Of Apes » déferle. Johannes abandonne sa cape pour révéler un frac en cuir à queue‑de‑pie, puis « The Eagle Has Landed » transforme l’AB en un véritable carnaval métallique. À peine ce diptyque retentissant s’achève‑t‑il que le frontman interroge la foule : veut‑on accélérer le tempo ? Question presque insolente pour une fosse chauffée à blanc. Une clameur surgit, verdict sans appel.

Le combo enchaîne par « In The Airwaves », qui propulse tout le monde dans un tourbillon dont il s’avère difficile de se remettre. La suite est déjà en marche. Johannes revêt alors son manteau de cirque et, sous le voile macabre de « Bloody Angel », l’auditoire reprend pleinement les rênes.

Puis survient « Death and Glitz », riff glam massif et volontairement graisseux, déclenchant un pogo aux allures de fête foraine sous amphétamines. Depuis le début du concert, divers robots circulent déjà entre les musiciens en charriant d’étranges accessoires. Mais pendant « Death and Glitz », l’absurde atteint un sommet : un homme doté d’une cymbale fixée sur la tête surgit à l’arrière d’un robot. Le drummer frappe une seule fois la cymbale, et comme si l’on enclenchait un mécanisme, la formation relance son assaut sonore en alignant « Blood » puis « The Dirt I’m Buried In ».

Le quintette disparaît ensuite un court instant. Lorsqu’il revient, les cinq membres se rangent en ligne face au public pour entonner « Colossus », avant de reprendre leur configuration habituelle pour « Torn Apart ». Mais Avatar ne se contente jamais d’une simple transition. L’estrade du batteur s’ouvre de nouveau : un piano glisse majestueusement vers l’avant‑scène. Johannes s’installe derrière les ivoires, entame une conversation chaleureuse, évoque son amour pour Bruxelles et confie avoir dégusté des choux de Bruxelles plus tôt dans la journée. Puis il dédie quelques mots aux deux formations qui ont ouvert la soirée.

Il attaque « Howling At The Waves » en solitaire, la mélodie délicate se gonflant ensuite des interventions successives du band. La salle retient son souffle durant ce moment suspendu, rare éclair de douceur dans ce tourbillon théâtral.

Le combo quitte encore les planches. Un trône royal apparaît, massif, presque irréel. Lorsqu’Avatar réapparaît, il procède à un couronnement spectaculaire : Jonas Jarlsby, transformé en monarque mythique, gouverne « Legend of the King » depuis son siège monumental. Ses traits de guitare, à la fois mélodiques et viscéraux, fendent l’air comme des éclairs.

La parenthèse solennelle s’efface ensuite pour céder la place au sprint final. « Let It Burn » déploie un refrain incendiaire et un chaos carnavalesque. Le dernier souffle se joue sous « Hail The Apocalypse », déflagration ultime qui embrase l’AB une dernière fois. Trempé de sueur, Eckerström pousse un rugissement final, quasi animal, qui clôt ce spectacle titanesque.

Le rappel parachève l’épopée : « Tonight We Must Be Warriors », « Smells Like a Freakshow » puis « Hail the Apocalypse » transpercent une dernière fois les enceintes, avant que « We’ll Meet Again » (reprise de Vera Lynn) ne referme cette nuit hors norme.

Avatar a livré, ce soir, une performance démesurée, théâtrale, furieuse et bourrée d’éclats visuels. Une odyssée métallique qui laisse des étoiles dans les yeux et un grondement dans la poitrine.

Setlist : « Captain Goat », « Silence In The Age Of Apes », « The Eagle Has Landed », « In The Airwaves », « Bloody Angel », « Death And Glitz », « Blood », « The Dirt I'm Buried In », « Colossus », « Torn Apart », « Howling At The Waves », « Glory To Our King », « Legend Of The King », « Let It Burn », « Tonight We Must Be Warriors ». 

Rappel : « Don’t Go In The Forest », « Smells Like A Freakshow », « Hail the Apocalypse », « We'll Meet Alain » (Vera Lynn cover)

Photos Avatar ici

(Organisation : Live Nation)

 

 

Suzane

Engagée !

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Une soirée prometteuse s’annonce à l’Ancienne Belgique où Suzane se prépare à investir les planches. Devant l’entrée, la file s’étire : la date affiche complet depuis longtemps. L’artiste séduit la foule par une énergie constante, des prestations remarquées et des textes engagés.

Quand Suzane rejoint le podium, elle ne vient pas seulement chanter : elle entend témoigner, provoquer, parfois même apaiser. Figure libre de la nouvelle mouvance électro‑pop, elle se présente comme une ‘conteuse d’histoires vraies sur fond d’électro. Son écriture ciselée, ses mélodies efficaces et sa présence incisive structurent un spectacle où le visuel, le rythme et la tension s’entrelacent.

Originaire d’Avignon, Suzane — Océane Colom — se révèle dès 2020 sur son long playing « Toï Toï », certifié disque d’or, et impose un regard frontal sur le monde. « Caméo » (2022) confirme son ancrage sur les planches françaises. Lauréate de la Victoire de la Musique ‘Révélation scène’, en 2020, elle entretient un lien direct et instinctif avec le public : plus de 500 concerts lui ont forgé un territoire où les mots prennent corps, entre sueur, lumière et tension.

Son dernier opus, « Millénium » (26 septembre 2025), ouvre une nouvelle étape. Suzane y questionne la place de l’humain dans un univers ultra‑connecté, les fractures générationnelles et les silences imposés, proposant un disque dense, lucide et profondément ancré dans son époque.

Le supporting act revient à Lou Dassi, qui ouvre la soirée en affichant une élégance discrète.

Elle se présente d’emblée devant la salle : vingt ans, chanteuse‑autrice‑compositrice originaire de Gap. Sa musique baigne au sein d’une pop alternative intense, nourrie de textes à la fois désinvoltes et sincères. Elle explore l’amour, le doute, l’adolescence, la rupture ou encore la remise en question, et combine fragilité assumée et énergie vive pour transformer ce moment en partage authentique.

Révélée à seize ans dans ‘The Voice 11’, en 2022, Lou Dassi rejoint les planches en solitaire pour un set d’une trentaine de minutes. Aucun combo, aucun décor : une table, un ordinateur, un micro, une jupette noire et des bottes hautes. Cette configuration volontairement dépouillée ne lui offre aucune zone de repli — un choix qui, paradoxalement, renforce son interprétation.

Quelques faux départs et quelques hésitations techniques surviennent çà et là, mais elle désamorce chaque accroc grâce à une autodérision naturelle et une réplique spontanée. Elle commente ses maladresses, en sourit, et entraîne la fosse dans ce rapport direct. L’échange demeure simple, franc, immédiat.

C’est la première fois qu’elle se produit au plat pays, et cette entrée en matière s’inscrit sous le signe de la sincérité et de la proximité (Page ‘Artiste' ici). 

Place maintenant à la tête d’affiche.

Le décor et la scénographie restent sobres mais judicieux : une estrade à deux niveaux occupe toute la largeur du podium, perchée à deux mètres cinquante. Sur sa face avant, des rampes de LED longent la structure, tandis qu’un écran monumental couvre l’arrière‑plan. L’espace laissé en contrebas suffira pour que Suzane et ses quatre danseuses circulent aisément. Aucun musicien n’apparaîtra : l’accompagnement sonore sera diffusé sur bandes, comme lors de son précédent passage dans la salle, il y a trois ans.

À 20 h 50, les lumières s’éteignent. Quatre silhouettes apparaissent en ombres chinoises, perruques vissées, corps déjà en tension. Quelques secondes passent sans qu’on puisse distinguer l’artiste de ses danseuses. Puis Suzane surgit sur le palier supérieur de l’estrade, comme si elle prenait d’emblée position avant l’affrontement.

Très rapidement, elle s’adresse à l’auditoire, évoque son absence prolongée, remercie le public et souligne la présence importante de son producteur, Valentin Marlin. Les premiers titres révélés — « Marche ou rêve », « Je t’accuse », « Lendemain de fête » — annoncent le ton : puissance, urgence, mais aussi nuances et vulnérabilité. « Je t’accuse » surgit du silence et aborde frontalement violences sexuelles et luttes individuelles, un cri qu’elle universalise.

Au fil du premier tiers du set, Suzane déploie ses thèmes majeurs : regard des autres, pression sociale, difficulté d’exister hors des normes. Les gestes oscillent entre brusquerie et retenue, comme pris dans des contraintes invisibles. La salle suit attentivement. Musicalement, l’électro‑pop reste l’axe central, ponctuée d’incursions dans la variété française et d’arrangements ancrés dans le présent tout en cultivant une certaine exigence dans l’écriture et le son.

Pour « Champagne », une table est installée au centre du podium. Entourée de ses choristes, Suzane grimpe sur la surface et déclenche son MPD. La scène ne verse jamais dans le léger ou le gratuit : la satire sociale se révèle mordante.

Rien d’inutile ici. Chaque élément répond à une intention précise. Le corps domine l’ensemble, non pour illustrer les titres, mais pour les transmettre par un langage chorégraphique omniprésent. Les mouvements évoquent tour à tour le combat, la résistance et la discipline. Suzane en connaît la portée et l’assume. Elle n’avance pas pour séduire, mais pour affirmer une position.

Sur « SLT », la tension militante s’accentue. La mise en image se réduit à l’essentiel : une danseuse filme le tableau en direct ; l’image, retransmise en noir et blanc sur l’écran géant, crée un contraste brut. L’auditoire se tait. Le propos reste frontal, sans atténuation possible. Suzane expose, insiste et transforme ce moment en espace de témoignage collectif.

« P’tit gars » commence a cappella. Le morceau évoque le rejet familial, l’homophobie ordinaire, la violence des mots. Certaines phrases serrent la gorge, d’autres apportent un souffle. À la fin, Suzane saisit un drapeau LGBTQIA+ tendu depuis la fosse et le lève. Le geste, simple mais assumé, prolonge la vulnérabilité du titre en soutien manifeste.

Plus tard, « Millénium » esquisse le portrait d’une génération lucide, fatiguée, prise entre crises économiques, urgence écologique et perte de repères. Puis revient « Je t’accuse », dans un moment charnière : derrière elle, des chiffres relatifs aux violences sexistes et sexuelles s’affichent. Le morceau devient une accusation adressée non à un individu, mais à un système défaillant. Le poing levé, micro tendu, elle se transforme en porte‑voix déterminé. « Humanoïde » s’attaque ensuite à un monde algorithmique qui érode l’humain. « Lendemain de fête » clôt le set sur un appel simple : agir, aimer, vivre avant qu’il ne soit trop tard.

Au rappel, « Suzane » referme la boucle. L’artiste y retrace son parcours, ses doutes, ses critiques, sa crainte de ne pas entrer ‘dans le bon format’.

Une conclusion qui, sans artifices, laisse des éclats dans les yeux et rappelle combien Suzane vit le moment comme un terrain de lutte et de présence.

Setlist : « Mouvement », « Dégaine », « Marche ou rêve », « Un sens à tout ça », « Champagne », « L'insatisfait », « Virile », « Au grand jour », « SLT », « Plus que moi », « T’as raté », « P'tit gars », « Millénium », « Je t’accuse », « À la vie », « Humanoïdes », « Lendemain de fête ».

Rappel : « Suzane »

(Organisation : Live Nation)

Anna von Hausswolff

Cérémonie chamanique ou rituel alchimique de purification ?

Quel chemin parcouru pour Anna von Hausswolff ! Depuis ce concert en septembre 2013 au Théâtre Américain, en première partie de Wire, où la Belgique l'avait découverte. L'artiste suédoise est aujourd'hui devenue une des figures de proue de la musique alternative et ce, à l'échelon international. Ce soir, elle vient défendre son nouvel opus et le Trix est comme un chaudron qui bruisse dans l'expectative d'un moment magique.

Il revient à Rylander Löve d’ouvrir le bal. Cette saxophoniste et compositrice, également suédoise, milite au sein du groupe qui accompagne Anna sur scène. Au cours de sa prestation, elle explore les frontières entre le jazz, l'improvisation, la musique électronique et la pop expérimentale. Ses paysages sonores sont complexes et mélangent des éléments tant acoustiques qu'électroniques. Une musique riche, affranchie des conventions, qui ouvre les sens et stimule l'esprit. Une excellente ‘mise en bouche ! ‘ (Page ‘Artistes’ ici)

L'arrivée d'Anna von Hausswolff transforme l'atmosphère, la faisant passer de l'apesanteur à une intensité bouleversante. Décrire cette musique relève de la gageure. L'art-pop s'y mélange aux accents gothiques, aux atmosphères ambient/prog et aux rythmes tribaux, le tout baigné dans un esprit boréal et une profondeur quasi mystique.

L'écrasante majorité des titres de la setlist sont tirés de l'album “Iconoclasts”, sorti en octobre 2025. Cette œuvre colossale et sombre prend une dimension encore plus immense en 'live'. Sur les planches, Anna trône sur un podium, flanquée de ses synthés et d'un instrument étrange, monté sur pied. On dirait une harpe de cristal, mais c'est en fait un 'cantiga organetto’, un harmonium à tubes dont elle joue avec la main droite, tandis que la main gauche actionne le soufflet. C'est en voyant une Belge, Catalina Vicens, en jouer qu'Anna est tombée amoureuse de cet instrument.

Dans le premier titre, “Consensual Neglect”, un instrumental ambient expérimental, c'est le saxophone de Rylander Löve qui ouvre les hostilités. Pendant près de 3 minutes, l'instrumentiste construit des loops de sons qui forment un véritable mur sonore, au-dessus duquel les autres musiciens viennent poser leurs arabesques, le tout culminant dans un paroxysme final impressionnant.

Caractérisé par ses accents solennels, “Facing Atlas” permet au public de découvrir la voix d'Anna von Hauswolff. Planant très haut dans les aigus, elle est puissante et incroyablement claire. Affûtée comme un glaive, elle transperce aisément le voile des autres instruments pour venir toucher le spectateur au plus profond de son âme. Des moments de pop inattendus surgissent, notamment lorsque le concert s'attarde sur “Stardust”, où une douce mélodie plane comme un voile fantomatique au-dessus des têtes. D'autres morceaux, comme "Aging Young Women", offrent une beauté délicate et poignante qui plonge la salle dans un silence absolu.

L'artiste va sur ses 40 ans mais, en ‘live’, elle apparaît encore comme une jeune adolescente, fragile, la queue de cheval de sa chevelure blonde virevoltant au rythme de ses mouvements. Le premier moment phare du concert est atteint grâce à un tour de force : “The Mysterious Vanishing of Electra”, extrait de “Dead Magic”, considéré comme son meilleur opus. Anna descend de son podium, se place au-devant de la scène et entame à la guitare électrique le premier accord en mi mineur de cette composition hallucinante. La rythmique est tribale et les fans entament un headbang lent et cérémonial. La puissance des arrangements évoque évidemment Swans, une formation dont Anna a souvent assuré la première partie. La voix de la belle valkyrie est ici envoûtante, alternant entre une noirceur presque infernale et la plus éclatante des lumières. On assiste à une cérémonie chamanique, un rituel alchimique de purification et l'auditoire frissonne tant l'émotion est palpable.  

Mais ce n'est pas fini ! Il y a encore cette terreur, “Ugly and Vengeful”. Dépassant les 16 minutes, le morceau donne l'impression de sombrer lentement dans la folie, une descente inexorable portée par des percussions qui martèlent et de vastes nappes d'orgue. La voix de von Hausswolff, incantatoire, rappelle par moments celle de Lisa Gerrard. Elle oscille entre dévotion et pure démence. L'intensité est bouleversante. La puissance sonore est tout simplement stupéfiante. Orgue, synthétiseurs, basse et batterie tonitruante s'entrechoquent en vagues déferlantes. Un final qui fait littéralement vibrer la coque métallique du Trix.

Le rappel nous permet de redécouvrir “Funeral For My Future Children”, un titre au rythme de valse datant de 2012, interprété "pour les anciens fans". Comme “Facing Atlas”, c'est une marche funèbre, qui évoque “Atmosphere”, de Joy Division. Enfin, “Struggle With the Beast”, traversé par son riff répétitif au saxophone, clôture en apothéose ce concert simplement... époustouflant. En ce 30 janvier, la messe est déjà dite : on vient déjà d'assister au meilleur concert de 2026...

Playlist :

Consensual Neglect
Facing Atlas
The Mouth
The Whole Woman
The Iconoclast
An Ocean of Time
The Mysterious Vanishing of Electra
Stardust
Aging Young Women
Ugly and Vengeful

Rappel :
Funeral for My Future Children
Struggle with the Beast

Crédits photos :

Willem Schalekamp
Niko Schmuck

(Organisation : Trix)

 

Boulevard des Airs

Bref mais intense

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Boulevard des Airs (BDA) célèbre ce soir son grand retour au Cirque Royal, sixième étape d’une tournée 2026 qui inaugure véritablement la série des Zéniths et des grandes salles en Belgique, en France et au Luxembourg. La formation tarbaise investit les planches du Cirque Royal sous la bannière de son sixième opus, « Je rentre à la maison », dont elle dévoile de larges extraits à l’auditoire. BDA séduit par ses méga-hits — « Cielo Ciego », « Emmène-moi », « Je me dis que toi aussi », « Bruxelles » ou encore « Allez Reste » (en compagnie de Vianney) —, fusionnant pop, folk, chanson et musiques actuelles. Peines, amour, engagement : le répertoire du combo touche chaque spectateur. Le travail autour du dernier disque explore notamment la thématique du harcèlement scolaire.

Cinq ans après « Loin des yeux », la formation, née dans la cour de récréation du lycée Marie-Curie de Tarbes, revient sur le devant de l’estrade avec « Je rentre à la maison ». Ce long playing, encore plus dansant que les précédents, alterne thèmes intimistes et universels, sonorités world, pop, folk et électro, et permet à BDA de dialoguer avec des invités tels que Carbonne, L.E.J. et Lémofil, un exercice qu’ils affectionnent. Cette fois, Boulevard des Airs, fidèle à son esprit de partage, relève un nouveau défi : le titre éponyme de l’opus devient le socle d’un projet pédagogique destiné aux établissements scolaires et associations. Dans ce disque, le mot ‘maison’ s’entend au sens large du terme : racines, identité, famille, odeurs, images, pays, toit, paysages, amis, attachement à ce qui nous construit — la ‘maison’ dans toutes ses acceptions. Il s’agit d’un refuge intérieur, fait de souvenirs, de visages, de couleurs et de saveurs : une identité-puzzle propre à chacun, en perpétuelle évolution.

Avant le supporting act, un documentaire d’une dizaine de minutes est projeté sur un écran géant, afin d’expliquer le projet pédagogique de BDA. Il est présenté par Florent Dasque et le nouveau chanteur du groupe, Eyal.

La première partie est assurée par une chorale d’enfants et d’adolescents, à savoir la chorale de l’association ’One Star One Destiny’.

Elle est constituée de jeunes gens âgés de 10 à 16 ans. Plus de septante filles et garçons rejoignent l’estrade, entourés par des instrumentistes : un bassiste, un préposé à la guitare électro-acoustique, un violoncelliste, un clarinettiste et une claviériste installée sur le côté droit, dans les gradins supérieurs. L’auditoire demeure clairsemé. La chorale interprète « Emmène-moi », « Bruxelles » puis « Je rentre à la maison ». Belle performance pour ces adolescents et initiative remarquable de la part de BDA, qui a convié cette chorale.

À 20 h 25, lorsque les huit musiciens de la BDA apparaissent devant nous, la salle affiche complet. Le décor s’articule autour de diverses estrades de hauteurs variées, sur lesquelles s’installent les six instrumentistes, protégés par des parois vitrées et ceinturés de rampes de LED. L’ensemble évoque une vaste demeure, sublimée par des jeux de lumière. Au-dessus du podium, en arrière-plan, s’élèvent, au rythme de la musique, six immenses pavillons (anciens conduits d’écoute de tourne-disque, dits gramophones, semblables à celui du célèbre tableau ‘La Voix de son maître’), dont le centre accueille des spots LED.

Le concert débute sur les chapeaux de roue : toutes les lumières convergent vers l’avant pendant l’installation des artistes, notamment le batteur Chacha Angela, positionné au centre et en fond, sur son estrade. À sa droite, les cuivres : Jean-Baptiste Labe (trombone) et Manu Aurousset (trompette). Le guitariste Jean-Noël Dasque se place devant le batteur, tandis que sur les deux estrades de gauche prennent place Jérémie Plante, derrière les claviers, et, juste devant, Laurent Garnier (basse, clavier), laissant toute la place à l’avant pour Florent Dasque, aux six cordes et au chant, accompagné du nouveau vocaliste Eyal, très interactif auprès de la foule. C’est bien sûr l’ADN du duo : interactivité et talent pour chauffer la fosse.

Après une introduction très électro, le set enchaîne sur « Demain de bon matin ». Les sons s’articulent autour du batteur, solidement soutenus par les six cordes et des cuivres omniprésents.

Vient ensuite « Si la vie avance », extrait du long playing de 2018 « Je me dis que toi aussi ». Cette chanson assume pleinement le virage électro. C’est ce versant que votre serviteur savoure : des sonorités ciselées, des claviers parfaitement synchronisés au batteur. Premier extrait du nouvel opus à découvrir sur les planches : l’éponyme. Ici, la connexion entre le band et les spectateurs s’avère totale (l’auditoire est en ébullition). Les deux frontmen expliquent le message avant d’entamer la chanson. La chorale, postée sur les côtés, entonne le refrain à tue-tête, suivie de près par toute la salle. Les lumières inondent le podium et éblouissent la fosse.

« Bruxelles » embraie : ils jouent à domicile, expriment leur amour pour la Belgique et embrasent l’estrade. S’enchaînent « Ce n’est pas si facile » et « Balkan ». Le nouvel elpee invite à la danse et distille une mélancolie, porté par des guitares acoustiques foisonnantes et des claviers. Sur « Balkan », la folie s’empare du public, galvanisé par les cuivres et surtout un immense sousaphone qui mène la danse. L’énergie festive, marque de fabrique de Boulevard des Airs, rayonne.

Le spectacle touche à sa fin, mais le final capte toute l’attention, notamment pendant « Allez Reste ». Le duo de chanteurs s’assied sur le bord des planches et entame la chanson en acoustique. Ils invitent la foule à reprendre le refrain. Cela ne prend pas. Ils se relèvent et laissent carte blanche à l’auditoire pour l’interprétation : d’abord « rock’n’roll », puis « reggae », « afro », « disco » et enfin « rap ». Cette liberté séduit la fosse et la formation prolonge le plaisir. Sans interruption, ils lancent le rappel par « Seul ici », puis « Regarde-moi », et concluent sur « Je me dis que toi aussi ». Voilà, c’est terminé. Bref mais intense.

Toujours portés par une énergie débordante et une interaction directe auprès de la foule, les concerts offrent un mélange de pop et de chanson française. Nous avons profité d’une ambiance scénique soignée, pour un moment festif. Un peu court : rappel inclus, 75 minutes. L’auditoire quitte la salle conquis et joyeux, des étoiles plein les yeux.

Setlist : « Intro », « Demain De Bon Matin », « Si La Vie Avance », « Je Rentre A La Maison », « Bruxelles », « Ce n’est Pas Si Facile + Balkan », « Emmène-Moi + Salsa », Pas Mieux Ailleurs », « Allez Reste »

Rappel : « Seul ici », « Regarde-Moi », « Je Me Dis Que Toi Aussi ».

(Organisation : Live Nation & Next Step)

 

(The) Nits

De véritables hommes-orchestres…

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Le feu, les épreuves physiques, les années : rien ne parvient à ébranler les Nits. Toujours élégants et raffinés, ces ex-jeunes Beatles hollandais reviennent auprès de nous, fidèles à leur rendez-vous depuis un demi-siècle. La salle affiche complet, le son s’avère irréprochable. Aucun band en ouverture : le set, scindé en deux parties, débute par 55 minutes, suivies d’un entracte de 20 minutes, avant que le trio ne reprenne possession des planches pour 75 minutes, unique rappel inclus.

Après avoir célébré leur cinquantième anniversaire par une tournée européenne l’an dernier, la formation se remet déjà à l’ouvrage. Cinquante ans ! Un demi-siècle que les Nits existent, composent et, surtout, interprètent leurs chansons sur l’estrade ! Car, si les elpees de nos Bataves préférés captivent toujours, et se révèlent parfois excellents (« In The Dutch Mountains », « Ting », « Giant Normal Dwarf »), leur spectacle demeure une expérience à ne pas manquer. C’est en live que l’on saisit le génie de Henk, Rob et Robert. L’intensité émotionnelle, l’énergie qui infusent ces miniatures musicales profondément originales, traversent un large spectre, de la pop aux accents beatlesques à l’expérimentation la plus audacieuse, en passant par la new wave, l’indie pop ou l’ambient. La virtuosité de ces musiciens d’exception ne sert jamais à complexifier les morceaux ou à étaler leur talent, mais bien à les rendre plus accessibles, plus lumineux, plus joueurs. Même lorsque les textes de Henk Hofstede abordent des thèmes graves – massacres de la guerre civile espagnole, occupation nazie aux Pays-Bas, enfants-soldats –, la musique des Nits demeure intensément vivante. Pour un curieux qui découvre le set, la surprise est totale ; pour les fidèles, il s’agit d’une formalité réjouissante.

En toile de fond, deux écrans projettent sans interruption des dessins primitifs, reflets de l’univers singulier du trio. Ces œuvres, principalement signées Sven Geers pour les pochettes et visuels récurrents, naissent souvent d’une collaboration étroite avec la formation elle-même, très investie dans la création, même si d’autres artistes y apportent parfois leur touche, forgeant ainsi une identité visuelle unique et onirique qui accompagne leur musique depuis des décennies. Le combo adopte une disposition triangulaire sur le podium : Rob Kloet, batteur, s’installe à droite derrière un kit enrichi de multiples percussions ; Henk Hofstede, véritable colonne vertébrale du band, occupe le centre, micro en main, entouré de ses guitares acoustique et électrique, son clavier en retrait ; à gauche, Robert Jan Stips veille sur les claviers.

Le trio fait son entrée triomphale, accueilli par une foule chaleureuse. Henk salue l’auditoire en français, néerlandais et anglais. Le set s’ouvre sur « Jardin d’hiver », extrait d’un opus charnière dans la discographie foisonnante du band, « Omsk » (1983), où leur musique s’émancipe de l’influence new wave dominante pour s’épanouir en une pop avant-gardiste. La pureté de la new wave ne subsiste que sur quelques titres. Le spectateur plonge dans un univers de rythmes chatoyants et de vibrations éblouissantes, sensations que l’on retrouve dans « Jardin d’hiver », aussi léger et scintillant qu’un flocon sous le soleil hivernal. Nits incarne une formation dont l’histoire s’écrit au fil de mutations et d’expérimentations, la musique se régénérant sans cesse, indifférente au temps et aux aléas de personnel.

« Boy in a Tree », issu du long playing « Giant Normal Dwarf » (1990), s’impose comme un classique du trio, bâti sur deux accords, à l’image de Pink Floyd ou Lou Reed. Mais ici, tout relève de l’architecture et du dosage, notamment dans ce refrain sublime où Henk module sa voix sur un tapis sonore somptueux tissé par Stips. « Long Forgotten Story », du même disque, suit et aborde la guerre, Stips et Kloet y inventent des solutions sonores originales. Les mimiques de Henk captivent ; derrière lui, les écrans déroulent des dessins enfantins, échos d’une imagination toujours empreinte d’enfance radieuse.

Le public découvre ensuite « Ultramarine », courte fantaisie mettant en scène la rencontre improbable entre Claude Monet et Bob Dylan dans l’ascenseur du Savoy à Londres. Malgré leur goût pour l’expérimentation, les Nits, à l’instar d’Hergé, recherchent toujours clarté et précision dans leurs chansons. La légèreté s’invite pour « Yellow Socks & Angst » (inspirée par la grand-mère de Hofstede, tricoteuse compulsive), Henk arbore alors un petit chapeau jaune. La soirée se poursuit sous les notes de « Sugar River » et « The Swimmer », aux accents de tango argentin, avant de culminer dans un groove tzigane grâce au jeu incisif de Henk. Vient l’entracte de vingt minutes, après une première partie décontractée, teintée d’ironie.

Après une courte pause, la seconde partie du set révèle des pépites rarement jouées en concert, telles que l’entraînant « Moved By Her » enveloppé de claviers chatoyants, le réfléchi « The Tree » (extrait du dernier EP « Tree House Fire », Henk Hofstede au piano), ou la ballade country, rêveuse et discrète, « Road Not Taken ». Henk cède exceptionnellement le chant principal à Stips sur « The Long Song ». Pour « Lits-Jumeaux », Henk saisit un dulcimer des Appalaches et lance ce titre relatant une histoire de guerre, évoquant collaboration et Résistance. L’auditoire a droit à « Sketches Of Spain », qui évoque la guerre civile espagnole, puis au morceau entraînant « JOS Days », où Henk souffle dans l’harmonica et évoque sa brève carrière de footballeur. La valse mélancolique « Adieu Sweet Bahnhof » s’élève, suivie en rappel par « The Hours », dédiée à la regrettée Yasmine.

Ces trois musiciens accomplis se révèlent, chacun à leur manière, de véritables hommes-orchestres. Ils offrent une soirée d’une finesse musicale rare et d’une émotion profonde, confirmant leur statut de pionniers de la culture musicale européenne. Tour à tour enjoués et mélancoliques, originaux et vibrants, familiers et surprenants, les Nits ne déçoivent jamais. Pour une formation qui illumine les planches depuis cinquante ans, c’est un exploit. On en redemande

Setlist :

Première partie : « Jardin d'hiver », « Boy In A Tree », « Long Forgotten Story », « Flowershop Forget-Me-Not », « Nescio », « Ultramarine », « Yellow Socks & Angst », « The Swimmer », « Sugar River ».

Seconde partie : « A Touch of Henry Moore », « Moved By Her », « Sketches Of Spain », « The Long Song », « The Attic », « The Tree », « J.O.S. Days, J.O.S. Vrees », « Lits-Jumeaux », « The Flowers », « The Night-Owl », « In the Dutch Mountains », « Road Not Taken » (première fois depuis 2016), « Adieu Sweet Bahnhof ».

Rappel : « The Hours »

(Organisation : Live Nation)

Three Days Grace

Le line up idéal !

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Three Days Grace ne revient pas seulement à l’Ancienne Belgique, ce 7 décembre 2025, renforcé de nouveaux titres, mais s’affiche sous sa formation originelle ! Après plus d’une décennie d’absence, Adam Gontier a réintégré officiellement le combo rock canadien. Les hard rockers du nord du continent amorcent un nouveau chapitre de leur brillante trajectoire, portés par le retour de leur voix emblématique. Celle-ci, célèbre pour les tubes « I Hate Everything About You » et « Animal I Have Become », entre autres, résonne à nouveau en studio et sur les planches, après une longue parenthèse. Aux côtés de Matt Walst, qui avait repris le micro en 2013, se dessine une alliance particulièrement puissante. Barry Stock (guitare), Brad Walst (basse) et Neil Sanderson (batterie, percussions, claviers) demeurent fidèles à la formation originelle. Three Days Grace affiche une complicité renouvelée et savoure l’idée de retrouver le public, prêt à enchaîner ses classiques et ses nouveautés. La première partie est assurée par les Californiens de Badflower. Le concert affiche complet.

Badflower inaugure la soirée par un set de rock teinté de nuances punk. Dès les premières notes de « Drop Dead », l’ambiance s’enflamme, puis la formation enchaîne par « Number 1 ». Les rockeurs californiens captivent l’auditoire, dont les acclamations enthousiastes résonnent tout au long de leur prestation. La façon dont le chanteur Josh Katz galvanise la foule s’avère tout simplement remarquable. Ce band évoque une version moins électronique de Twenty One Pilots, avec davantage de mordant et une touche réduite de hip-hop, mais toute l’émotion et la passion qui les animent demeurent palpables.

Le chanteur plonge dans la fosse et s’élance du premier balcon, rattrapé par l’auditoire qui le ramène, tel un surfeur, vers les planches. Leur atout principal réside dans les deux guitaristes, qui électrisent la sonorité du combo. La voix de Josh Katz reste aussi impeccable que sur les enregistrements studio, débordante d’émotion brute et d’énergie. Le bassiste Alex Espiritu se révèle particulièrement magnétique sur le podium, captant l’attention et s’appropriant chaque instant (page ‘Artistes’ ici). 

Setlist : « Drop Dead », « Number 1 », « Don't Hate Me », « Detroit », « Move Me », « Stalker », « Heroin », « The Jester », « Ghost », « 30 ».

Chez Three Days Grace, Adam Gontier ne reprend pas simplement son ancien rôle : il partage désormais le chant auprès de Matt Walst, qui occupe ce poste depuis son départ. Les deux musiciens fusionnent leurs époques respectives pour engendrer un son inédit, embrasant la passion des fans. Ensemble, ils publient « Alienation », le huitième opus studio du groupe depuis leur reformation. Leur alchimie sur les planches confirme qu’il ne s’agit pas d’une expérience éphémère.

À 20h50, les lumières s’éteignent ; les cinq artistes surgissent, rejoignant leurs instruments sous l’introduction d’un morceau pré-enregistré : « It’s All Over ». Le quintette attaque son set avec assurance. Tandis que « Dominate » d’« Alienation » résonne en fond sonore, les membres grimpent sur le podium : le guitariste s’installe à gauche (un barbu élégant, casquette blanche vissée sur le crâne, long manteau de cuir noir). Les bassistes se placent à droite, encadrant les deux chanteurs. Tous arborent des tenues sombres. Le drummer prend place à l’arrière, perché sur une haute estrade, devant une double batterie imposante, entre deux écrans géants diffusant vidéos et paroles en mode karaoké. Le climat dans la salle est déjà bien fiévreux, mais dès qu’ils ont investi les planches et entament « Animal I Have Become », la fosse explose. La basse, d’une puissance presque tangible, fait vibrer l’auditoire jusque depuis les barrières. Les spectateurs hurlent chaque parole, créant un moment d’adrénaline pure qui rappelle l’essence du live.

La formation enchaîne les titres, tissant un équilibre quasi-parfait entre les époques : un morceau de l’ère Adam, un de l’ère Matt, une nouveauté d’« Alienation », puis retour aux origines. Ce va-et-vient retrace leur évolution : chaque chanteur soutient l’autre, échange parfois la guitare, générant des harmonies d’une justesse remarquable. La transition entre ces deux artistes, qui ont tous deux façonné l’identité du band, s’opère avec une fluidité naturelle.

Des classiques comme « Animal I Have Become », « I Hate Everything About You » ou « Never Too Late » déclenchent des cris dans la foule, couvrant parfois la sonorisation. Cet enthousiasme témoigne du désir immense d’entendre ces titres interprétés en direct par la voix d’origine. Les jeux de lumière abondent. Si les chœurs subliment les classiques de l’ère Gontier, des morceaux tels que « So Called Life », « The Mountain » et « Painkiller » démontrent que le combo a su traverser les douze années précédant la reformation sans Walst à la tête de la formation. Adam Gontier le reconnaît lui-même, remerciant publiquement Matt et les autres membres d’avoir poursuivi l’aventure après son départ. Au fil du set, le quintette canadien alterne anciens et nouveaux morceaux, notamment des plages issues d’« Alienation ». « Mayday », « Apologies » et « Kill Me Fast » illustrent parfaitement la synergie entre les deux chanteurs, dont les voix (et les chœurs du batteur Neil Sanderson) s’harmonisent à merveille. Il est évident que Three Days Grace a trouvé la formule gagnante sous ce line-up, et l’on espère que cela perdurera.

En abordant les compositions récentes, la formation interprète également « Don’t Wanna Go Home Tonight », durant laquelle Adam Gontier convie son technicien guitare sur le podium. L’auditoire scande régulièrement le nom du groupe, encouragé par les deux chanteurs. À leur demande, les circle pits s’enflamment. La sécurité reste vigilante, face aux nombreux surfeurs.

Ce set s’est avéré ‘réconfortant’ voire ‘cathartique’ pour de nombreux spectateurs. Peu importe l’âge, la nationalité ou le genre, personne n’est demeuré silencieux au sein de cette salle magnifique. Qu’ils interprètent leurs nouveaux titres ou les classiques qui les ont rendus célèbres, l’énergie dégagée par la formation et le public est tout simplement électrique. On espère assister à bien d’autres concerts de Three Days Grace sous la formation Gontier + Walst : c’est tout simplement parfait.

Setlist : « Dominate », « Animal I Have Become », « So Called Life », « Break », « Home », « The Mountain », « Mayday », « Pain », « Kill Me Fast », « I Hate Everything About You », « Time of Dying », « Apologies », « Creep » (Radiohead cover) (Adam solo), « Don’t Wanna Go Home Tonight », « I Am Machine », « The Good Life », « Painkiller », « Never Too Late », « Riot ».

(Organisation : Live Nation)

Colt

L’art de conjuguer poésie et énergie brute sur une électro-pop intense et envoûtante…

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La superbe Salle Baudouin 4 de Braine-le-Comte ouvre ce soir ses portes à la formation bruxelloise Colt, un duo en pleine ascension que votre serviteur suit fidèlement depuis l’Envol des Cités en 2018, époque où ils évoluaient sous le patronyme, tout aussi attachant, de Coline et Toitoine, et dont il ne manque aucun concert en Belgique. Cette année, après avoir enflammé l’Ancienne Belgique et traversé les festivals au pays des ‘moules/frites’ ainsi que ceux de l’Hexagone, le tandem composé de Coline Debry et Antoine Jorissen s’apprête d’ailleurs à retrouver un AB complet en février.

L’estrade accueille en première partie la prometteuse epona.  

Nouveau visage captivant du rock belge, epona (Epona Guillaume – 23 ans) foule les planches dès l’âge de 7 ans, d’abord en tant que comédienne, que ce soit au théâtre ou devant la caméra, entourée de ses sept sœurs. C’est pourtant dans la musique, et plus particulièrement le rock indé, qu’epona choisit de s’exprimer de façon intime, partageant par le chant les textes engagés qu’elle compose. Un thème essentiel s’impose à elle : les violences masculines subies par ses sœurs, ses amies, elle-même et tant d’autres.

En 2023, elle grave un premier EP de quatre titres, « Help I’m Fine », un opus centré sur des histoires personnelles. Se dévoiler exige du courage et une profonde introspection ; peut-être s’agit-il, pour elle, d’une manière pudique de rendre hommage à toutes ces victimes, voire d’exorciser une douleur enfouie. Le 7 novembre 2025, elle publie un nouvel elpee de cinq morceaux, « Traumas », dont elle nous propose quelques extraits ce soir. Pour la découvrir davantage, la release party de ce disque aura lieu le 30 janvier 2026 à la Rotonde du Botanique.

Le set débute sous l’impulsion de l’éponyme « Trauma » : une formule guitare/voix solide. epona alterne entre la langue de Voltaire et celle de Shakespeare, maîtrisant les deux univers. Positionnée à droite sur l’estrade, elle chante, accompagnée à gauche par un guitariste. Aujourd’hui, elle nous réserve ne prestation particulièrement intimiste. Sa voix, douce et aérienne, touche à la fois les cœurs et les entrailles.

Moment fort, la compo « Peine Pour Toi », interprétée en français, où elle raconte l’histoire d’un homme ayant tenté de la salir en lui subtilisant des photos personnelles, que l’on devine intimes. Plus loin, l’ambiance glisse vers une électro légère qui incite la fosse des premiers rangs à se déhancher, faisant grimper la température.

En fin de set, deux nouvelles compositions, encore sans titre définitif, sont dévoilées. À revoir, cette fois accompagnée d’un band au complet, pour une expérience encore plus riche (page ‘Artistes’ ici). 

Setlist : « Trauma », « Peine Pour Toi », « Pour Toujours », « Naked Man (in the Forest) », « Voice », « Oubli » (titres temporaire) », « Simple Envie » (titre temporaire), « Ta Faute A Moi ».

Des lumières nourries enveloppent le duo dès leur arrivée, sous les hurlements de l’auditoire. Toitoine s’installe à gauche, sur le podium, devant ses synthés et ses machines. Les hurlements redoublent. Derrière Antoine, une claviériste/bassiste prend place sur une estrade élevée, tandis que le drummer Gaspard occupe le centre, accompagné à sa droite d’une autre claviériste. Mazarine et Charline, les deux claviéristes, vont enrichir le chœur et soutenir la voix de Coline. La foule s’embrase : ça trépigne, ça crie, ça interpelle. Dès les premières notes, l’alchimie entre Coline et Antoine s’impose. Antoine, pianiste depuis l’enfance et diplômé en composition de musiques de film, insuffle une profondeur mélodique à chaque morceau, tandis que Coline, forte de son expérience en chant lyrique et en comédies musicales, fascine par sa voix envoûtante et sa présence scénique énergique. Réunis sur l’estrade, ils excellent dans leur art : jouer et chanter ensemble, comme le rappelle « Mille Vies », première chanson du spectacle :  ‘Tu sais, à nous deux, on a lancé sans le savoir l’histoire que plus vieux on se racontera tous les soirs’. Colt, formation électro-pop intense et envoûtante, conjugue poésie et énergie brute.

« Premier » embraie, une compo qui ouvre l’opus « Saveur Cœur Abîmé ». Antoine s’anime derrière ses machines, tandis que Coline arpente le podium de gauche à droite, crie, sautille, lève les bras. Elle partage ses premières fois et son parcours depuis l’adolescence : ses premiers concerts, ‘les premiers 10 ans’. Les beats s’accélèrent, les claviers s’enflamment, suivis de près par le drumming tribal, alors que les lumières inondent le duo et les premiers rangs.

Après « Lionnes », le set se poursuit par « Oublie pas Ok » (une chanson d’amour), puis le titre éponyme du long playing, « Saveur Cœur Abîmé », qui explore la relation avec la mère et la famille de Coline. « ODIO » s’interprète en chant lyrique et dans la langue de Verdi, Antoine aux ivoires, sous un faisceau lumineux bleu focalisé sur lui.

Une attention particulière est accordée à « Sensible A retardement », un morceau paru il y a deux semaines, où Coline partage le chant avec son frère Diégo, absent ce soir. La chanson atteint 100 000 vues sur la toile : un véritable succès.

Coline signale qu’une personne — dont le duo a déjà beaucoup parlé sur les réseaux sociaux — ne parvient pas à être présente. Ce fait illustre « Reboot », qui clôt le set et embrase à nouveau la fosse. Coline et Antoine savourent un bain de foule bien mérité.

« Mille Vies » révèle la diversité et la maturité de leur art, tandis que des moments plus introspectifs, comme « Insomnies » offert en rappel, captivent l’auditoire par leur sincérité émotionnelle.

Ce soir, le duo est parvenu à captiver l’auditoire le plus éclectique grâce à une fusion singulière d’électro-pop et de rock urbain

Setlist : « Milles Vies », « Premier », « Lionnes », « Oublie pas Ok », « Saveur Cœur Abimé », « Chaos », « Invincible », « ODIOS », « Demi-Mot », « Désolée », « Sensible A retardement », « Reboot ».

Rappel : « Insomnies »

(Organisation : Centre Culturel de Braine-le-Comte)

Tom McRae

La performance incroyable d'un album incroyable…

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À l’Ancienne Belgique, ce mercredi 22 novembre, Tom McRae célèbre le 25e anniversaire de son premier album éponyme. Pour l’occasion, il retrouve la scène en compagnie de son groupe au complet, une première depuis plusieurs années. Il proposera l’intégralité de cet opus, enrichie de morceaux marquants issus de ses neuf alpées studio. Tom McRae et ses musiciens mettent en avant l’émotion brute et la narration poétique qui font sa réputation au Royaume-Uni. Son humour teinté d’autodérision et l’intensité de ses concerts promettent une soirée mémorable pour tous les publics. Le concert affiche complet, et Bianca Stack assure le supporting actu.

Bianca Sterck s’installe à droite du podium, entourée de ses guitares, tandis qu’une harpiste prend place à gauche. Le duo propose un set intimiste, où la voix douce et aérienne de Bianca stack se mêle aux sonorités délicates de la harpe. Dès le premier morceau, « Nostalgisai », l’ambiance se veut feutrée, la seconde voix venant renforcer l’émotion.

Le concert se poursuit par « Dragon’s Eyes », titre écrit en collaboration avec la pianiste Hania Rani, qui apporte une touche de douceur supplémentaire. Sur « I Dream of an Island », la sèche accompagne un texte introspectif, explorant la découverte de soi et les influences musicales variées de l’artiste.

Tout au long de la prestation, Bianca Steck présente des extraits de son ong playing « The Joy of Coincidences » et de ses deux Eps, alternant entre folk et pop, et partageant avec le public une sincérité qui marque. La setlist, composée notamment de « Sunshine Palace », « A Site For My Mind » et « The Child », met en exergue la richesse de son univers musical.

La performance, sans excès ni artifices, séduit par sa simplicité et la justesse de l’interprétation, offrant une belle introduction à la soirée (page ‘Artistes’ ici).

Setlist : « Nostalgia », « Sunshine Palace », « Dragon’s Eyes », « A Site For My Mind », « I Dream Of An Island », « The Child »

Tom McRae s’est entouré d’un combo de quatre musiciens. Ce soir, il va réinterpréter son premier elpee, de la première à la douzième chanson. Le décor est planté : des lumières en abondance. Les musicos s’installent sur la même estrade : à droite, un claviériste-guitariste et un bassiste ; au centre, à l’arrière, sur une autre estrade, un drummer avec congas et bongos ; et à droite enfin, une dernière plate-forme où se dresse un autre clavier, utilisé soit par Tom, soit par son contrebassiste, assis juste devant. Tom arrive enfin armé de sa semi-acoustique : il se place au centre, tout en restant très mobile sur les planches, déambulant de gauche à droite vers ses musiciens. Très interactif avec ses fans, il fait rire son public en racontant des vannes, entre les morceaux. Il le fera à de nombreuses reprises et divisera souvent la salle en trois ou quatre parties afin qu’elle participer au chant.

Le set s’ouvre par « You Cut Her Hair », qui saisit l’auditeur d’entrée de jeu grâce à sa tonalité dramatique très osée, le morceau traitant de l’horreur des camps d'extermination sous les pleurs d’un violoncelle et l'émoi d’une guitare cristalline. Le Britannique manifeste une maturité impressionnante dans l’écriture et ses paroles nous transpercent par leur âpreté et leur amertume. Quoi qu'il en soit, Tom et son band sonnent à la perfection. La voix de McRae a toujours été son atout majeur, et elle s'élève avec une puissance incroyable.

Lorsque la formation se lance dans « End of the World News (Dose Me Up) », le second titre du long playing, le morceau s’achève alors que l’auditoire est divisé en deux, chacun se voyant attribuer une partie à chanter en harmonie avec le groupe. Il vient seulement de s’écouler à peine cinq minutes et nous avons déjà vécu un moment magique. L'intro de « Bloodless », l'une des plages les plus appréciées de l'elpee, provoque des exclamations d'admiration dans la foule, même si l’on s’y attend. « Boy with the Bubblegun », caractérisé par son incroyable conclusion rock ’n’roll, fait vibrer la salle. « Hidden Camera Show », qui se termine par un crescendo d'une puissance presque insoutenable, rappelle que le premier opus de McRae est exceptionnel.

« A & B Song », sans doute la compo la plus sombre de l'album, prend une tout autre dimension en concert. En fait, de nombreux titres bénéficient d'une nouvelle jeunesse grâce aux subtiles touches musicales ajoutées par McRae et son groupe, absentes de l'enregistrement studio. Ces ajouts, conjugués aux interventions du chanteur entre les chansons (‘Ce n'est pas aussi froid que les profondeurs de mon cœur’, lance-t-il à un spectateur moqueur), confèrent à l'ensemble une véritable dimension de performance. Il ne s'agit pas simplement d'un homme reprenant de vieux morceaux, comme en témoigne l'émotion palpable qui pousse McRae à s'asseoir lors d'une interprétation poignante de « Untitled ». Un « Sao Paulo Rain » d'une puissance vertigineuse résonne dans la salle, avant que « I Ain’t Scared of Lightning », le dernier titre de l’opus, n'offre une rare lueur d'espoir. C'est une conclusion parfaite pour une performance incroyable d'un album incroyable. McRae déplore que nombre de ces chansons soient empreintes de cynisme et de désespoir, mais remercie sincèrement le public de lui faire sentir qu’il est moins seul lorsqu'il les chante.

La soirée se termine en apothéose par une interprétation enflammée du titre préféré des fans, « Karaoke Soul », et une version émouvante de « Silent Boulevard », extrait du troisième LP de McRae, « All Maps Welcome ». Votre serviteur avait déjà réalisé il y a longtemps une interview de l’artiste et assisté à plusieurs de ses concerts. Des articles disponibles sur sa page ‘Artistes’, à retrouver en cliquant sur son nom, en vert, dans le cadre ‘informations complémentaires, ci-dessous.

Setlist : « You Cut Her Hair », « End Of The World News (Dose Me Up) », « 2nd Law », « Bloodless », « Draw Down the Stars », « One More Mile », « The Boy With The Bubblegun », « Hidden Camera Show », « A & B Song », « Language Of Fools », « Untitled », « Sao Paulo Rain », « I Ain't Scared Of Lightning », « Karaoke Soul », « Hoping Against Hope ».

Rappel : « My Vampire Heart », « Silent Boulevard ».

(Organisation : Ancienne Belgique)

Ozark Henry

Un concert généreux…

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Seconde soirée à guichets fermés au Cirque Royal pour Piet Hendrik Florent Goddaer, alias Ozark Henry. Face à l’engouement, une date supplémentaire a été ajoutée, attirant un public multigénérationnel. Après huit ans d’absence, l’artiste présente de larges extraits de son dixième album, « August Parker », sorti le 10 octobre 2025. Sur scène, Piet transcende les genres grâce à un spectacle immersif, où la thématique centrale est le changement et la résilience. Le morceau phare, « Light », s’inspire d’une expérience personnelle sur la perception du progrès. Le concert, divisé en deux parties d’une heure, bénéficie d’un univers visuel conçu par le cinéaste Lukas Desmet, inspiré par l’art du Kintsugi : la beauté naît de l’imperfection, chaque fissure raconte une histoire, et la musique rassemble les fragments.

La première partie s’ouvre à 20 heures précises. Les quatre artistes grimpent sur le podium, silhouettes noires se détachant sous les premiers faisceaux. Le batteur s’installe de biais, entouré d’une impressionnante constellation d’instruments : triangle, clochettes, bongos, sistres, cymbales, castagnettes… Piet prend place au centre, derrière ses ivoires, tandis que deux claviéristes — également choristes et multi-instrumentistes — se postent à sa droite, légèrement en retrait. Piet porte une veste de type bomber, constellée de plumes, sans doute d’autruche. Très rapidement, il s’adresse au public, chaleureux et visiblement ému, expliquant combien il est heureux de retrouver la scène après huit ans d’absence. Il vient présenter de larges extraits de son nouvel opus.

Le set s’ouvre par « Don’t Go Jerusalem ». Piet, immense et pourtant si calme, reste assis derrière son clavier. Le morceau est délicat, traversé d’une voix douce et prenante, peut-être inspirée par la guerre entre Israéliens et Palestiniens. Premier titre du nouvel elpee « 1970 » embraie : une voix aérienne, tandis que les deux choristes se balancent en rythme derrière lui, l’accompagnant aux ivoires.

Pour « In The Wild », Piet demeure derrière ses touches. Sa choriste s’avance et chante à ses côtés, pieds nus — détail habituellement réservé à Piet qui, ce soir, est chaussé de baskets montantes. Leurs voix s’entrelacent dans une parfaite symbiose. Le batteur, attentif, suit chaque nuance des ivoires. Il est d’ailleurs notable qu’aucune guitare ni basse n’est présente : Piet ne saisira sa six-cordes qu’une ou deux fois, pas davantage. « Christmas Eve » installe une atmosphère quasi-sacrée : on se croirait dans une cathédrale tant le recueillement s’impose. Le jeu des lumières, si présent, devient presque un cinquième musicien, suivant pas à pas les mouvements sur les planches. Pendant « Word Up » (« Birthmarks », 2022), un nouveau relief apparaît : la claviériste de gauche saisit un violoncelle, et ses cordes langoureuses transpercent âme et cœur. Le morceau semble réarrangé dans la douceur, moins percutant que sur disque, mais d’une grande finesse. A partir de « Sun Dance », l’énergie monte d’un cran. Piet se lève, abandonne sa veste, et le set vire vers un électro plus vif. Il saute sur place, fidèle à son geste fétiche. La première partie s’achève par « King Kong » : ivoires, cordes du violoncelle, clochettes et mélodica se mêlent, tandis que la choriste soutient Piet à la voix.

Après une courte pause de trente minutes, la seconde partie commence. Ozark revient vêtu d’une djellaba noire ; les trois autres musiciens n’ont pas changé d’apparence. Cette sobriété crée une atmosphère plus dramatique encore, amorçant un crescendo qui traverse toute la suite du concert. Ce second volet se tourne principalement vers des morceaux plus anciens, plus dansants, qui revisitent l’histoire musicale du groupe. Tous les hits sont dispensés.

Une parenthèse spéciale pour « We Can Be Heroes », où il rend hommage à celui qu’il adulait (David Bowie) — et c’était réciproque. Piet accomplira, bien sûr, un tour de salle en allant au contact de la foule. Il n’y a pas de projection d’images sur la toile de fond, mais le light show s’anime au son des percussions et des beats électro. En fin de set, Ozark demande au public de se lever et de danser. Il est clair qu’il était plus réactif pour cette seconde partie plus électro.

Lors du rappel, on aura droit à trois morceaux, dont le magnifique « Martyr ».

Un concert kilométrique d’Ozark Henry qui donne envie de retourner voir l’artiste une autre fois. En attendant, ravi, l’auditoire est reparti, de petites étoiles dans les yeux.

Setlist :

Première Partie : « Don’t Go Jerusalem », « 1970 », « In The Wild », « Christmas Eve », « La Donna E Mobile », « Word Up », « Sun Dance », « Hope Is A Dope », « Plaudite Amici Comedia Finita Est », « Dancer In The Dark », « Eight », « Pharaoh », « King Kong ».

Seconde partie : « Memento », « Intersexual », « Light », « Learn To Love Me », « Out Of This World », « At Sea », « Sweet Instigator », « Indian Summer », « We Can Be Heroes », « This One's For You », « Dreamer », « I’m Your Sacrifice ».

Rappel : « We Will Meet Again », « Martyr », « The End ».

(Organisation : FKP Scorpio)

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