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Damon Albarn

Everyday Robots

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La présence de Damon Albarn sur une galette est toujours signe de grande joie pour les mélomanes avertis.

Au sein de notre rédaction, Albarn revêt le surnom de Midas. Celui qui, à son contact, transforme tout en or.

Responsable de multiples projets aussi variés qu’excellents, l’Anglais est la voix, le compositeur, l’arrangeur de tellement d’excellents projets, qu’à l’annonce d’un album solo, l’excitation devient de plus en plus palpable.

Comment nier l’évidence d’une qualité incroyable dans le chef de l’artiste, quand on jette un œil sur son parcours.

Blur, Gorillaz, The Good, The Good, The Bad and The Queen, mais également des collaborations impressionnantes auprès de Dr Dree, Flea, Tony Allen, Bobby Womack, et j’en passe.

D’un naturel affable mais engagé dans les causes humanitaires, Damon Albarn se sert de tout ce qui l’entoure pour composer et introduire des messages aussi subtils que légers, en gardant ce cachet de ‘good boy’ qui renforce son aura ‘so british’ dans sa discographie.

Inutile dans cette chronique de continuer à vanter ses mérites, ses qualités, sa soif de partage et d’altruisme et revenons à ce moment festif provoqué par la sortie d’« Everyday Robots ».

Cependant, se contenter de critiquer l’album sans revenir un tant soit peu sur le parcours de l’auteur était impossible. Tant les influences qu’il trimballe de projet en projet sont simplement stupéfiantes.

La question se posait avant la parution de l’album. Comment Albarn allait-il se débrouiller pour mener seul son projet ? Se cacherait-il derrière des compositions complexes et travaillées afin de ne dévoiler qu’une partie de son univers personnel ?

Pas du tout !

A la première écoute, on se rend immédiatement compte qu’il n’y aura ni strass, ni beats à succès, éléments qu’on peut reconnaître dans le chef du Briton. En lieu et place, on distingue une profondeur et une volonté de creuser essentiellement dans l’émotion et la délicatesse.

Plutôt que d’être ébloui par des lumières aveuglantes, on s’enfonce dans un univers à peine éclairé. Quelques rythmes discrets, des notes de piano savamment posées et des textes tantôt surprenants, tantôt touchants, permettent à la relation qui s’opère tout le long de l’album, entre l’artiste et le mélomane, de se consolider.

Cette relation nous apparaît comme un privilège. Comme si nous nous retrouvions dans la chambre d’hôtel de l’Anglais ; et que tout naturellement nous devisions ensemble de sa vie, ses angoisses, ses démons, ses questions.

Albarn n’est pas un chanteur hors pair et n’a jamais prétendu l’être. Sa voix faible et son timbre somme toute banal, sont pourtant reconnaissables entre mille.

Sur « Everydy Robots », Albarn crée l’écrin parfait à son chant. Délicat, parfois désaxé, mais toujours excessivement juste et envoûtant.

Sans fioriture, sans excès, sans dérapage, on se sent comme absorbé par les 12 pistes de l’opus. Invité privilégié d’un moment intemporel, l’écoute s’opère de manière naturelle si l’on en prend la peine.

Car la qualité de l’album en fait son défaut. Il est pratiquement impossible de comprendre ou de l’apprécier à sa juste valeur si l’on ne fait pas le vide autour de soi.

Il faut s’asseoir, accepter de prendre cette pause et pénétrer entièrement l’œuvre pour se laisser toucher et sublimer.

Cet elpee n’est donc pas conseillé à tout public, en tout cas pas destiné à celui qui espère retrouver les lignes exubérantes des autres projets de l’auteur. On pourrait donc y reconnaître une certaine forme d’élitisme ou tout du moins une implication plus poussée dans le chef de l’auditeur lambda.

Mais dès que l’on pose son âme à côté de la sienne, Albarn, au lieu d’en profiter pour vous marteler et vous convaincre, devient seulement poète à la voix empreinte de sensibilité.

« Everyday Robots » est un album exceptionnel, complet, puissant ; et ce qui en fait son véritable charme, c’est l’humilité qui en émane.

« Everyday Robots » ne vous flanque pas la méchante claque à laquelle vous vous attendiez ;  c’est la caresse enivrante d’une subtilité diaphane.