Claud et la musique

Claud sortira son troisième opus studio, « Me and the Music », ce 23 octobre 2026. Ce long playing succède à Supermodels paru en 2023. Pour accompagner cette annonce, il a partagé le single « She Doesn't Love Me », sous forme de clip (et il est disponible…

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Tommigun fait de vieux os…

Les vétérans belges de l'indie pop signent un retour marquant. Dix ans après la parution de Wooden Son, Tommigun rompt un long silence et dévoile « Heavy Bones ». Ce morceau inaugure un nouvel elpee éponyme, dont la sortie se profile pour le 20 novembre 2026…

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Panchiko

Connaissez-vous l'incroyable histoire de Panchiko ?

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En 1997, à Nottingham, Owain Davies, Andy Wright, Shaun Ferreday et un batteur prénommé John fondent Panchiko. En 2000, ils gravent un EP intitulé "Death Metal", mais cet enregistrement ne rencontre pas le succès espéré, ils décident de ne pas poursuivre l’aventure.

Mais le groupe attire l'attention du public en 2016, lorsqu'un utilisateur de 4chan découvre dans un magasin d'occasion de la cité qui a enfanté Robin des Bois, leur EP "D>E>A>T>H>M>E>T>A>L", et le partage en ligne. Le disque acquiert le statut de "Lostwave" et donne naissance à une communauté de fans qui s'est alors consacrée à la recherche des membres de la formation. Des investigations qui durent jusqu'en 2020, lorsque Davies est retrouvé et contacté par un fan via Facebook : Panchiko renaît de ses cendres et sort deux albums : "Failed at Math" en 2023 et "Ginkgo" en 2025.

Et il se produisaient ce samedi 10 octobre 2026, à l’Aéronef de Lille, précédés par deux supporting acts, Mirra Maze et Alison's Halo.

Mirra Maze constitue une excellente surprise. Leur répertoire navigue quelque part entre shoegaze, néo psych-pop, indie pop et rock alternatif. De quoi enflammer immédiatement un public qui n'attend que ça ! C.J. Mirra, Luci Mercer, Jack Benjamin et Tom enchaînent leurs deux singles sur la scène lilloise, "Red Violet Light" et surtout le magnifique "Self Medicate", avec énormément de talent. Leur mini gig de cinq titres constitue une vraie découverte (page ‘Artistes’ ici). 

Les Anglais avaient bien chauffé la salle ! Mais, hélas, les Américains d’Alison's Halo vont un peu refroidir l'atmosphère... Pourtant, Catherine et Adam Cooper, accompagnés de David Rogers ou Roger Brogan bourlinguent depuis 1994, à la recherche d'un véritable succès. Agréable, leur musique vogue à la croisée des chemins de la dream pop et du shoegaze, mais une balance mal réglée éclipse la voix cristalline de Catherine, que l'on entend à peine. Le volume sonore des guitares est trop élevé ! Ajoutons-y le faux départ d'un morceau et une présence, sur les planches, proche du néant, et vous obtenez une prestation quelque peu décevante).

Place enfin à Panchiko ! Dix petites minutes de retard à peine sur l'horaire initialement prévu. Pas mal après deux premières parties.

Le set s’ouvre par "Ginkgo" et "All they wanted". Et de suite on peut remarquer la bonhomie de ses membres. Andy Wright fait le pitre. Il n'arrête pas d'envoyer des "pouces" au public, alors que Shaun Ferreday le concurrence avec des "cœurs". Et les nouveaux membres, Rob Harris et John Schofield, ne sont pas en reste.

Mais comment se comporte Owen Davies, le chanteur-guitariste du band ?

Sans doute plus réservé, il se concentre essentiellement sur son chant : et quelle voix !!! De la puissance, un registre à plusieurs octaves. Et le tout est juste !

On ressent immédiatement que les membres du combo sont heureux de ce qu'ils vivent. Evidemment, durant leurs seize années loin de la scène rock, auraient-ils pu imaginer un jour se retrouver à Lille, face à un millier de fans conquis ? Et c'est ainsi depuis le début de leur tournée. Et parfois dans des salles bien plus grandes !

Les morceaux s'enchaînent, toujours en alliant de beauté et originalité : "Until I know", "Cut", "Failed at Math", "Gwen Everest", "Florida", "Shelled and Cooked", ... jusqu'aux irrésistibles "Death Metal" et "La Puta".

La prestation est sans faille. Owen Davies est, entre-temps, sorti de sa réserve et s'est adressé, à plusieurs reprises, à la foule. Non sans une pointe d’humour, car ça rigolait bien plein centre, sur le devant du podium. Ces fans-là devaient venir de Nottingham ! Car il faut avouer qu’on avait bien du mal à les comprendre vu leur foutu accent à couper au couteau...

En tous cas, si vous ne savez pas quel groupe découvrir, foncez les yeux fermés et les oreilles grandes ouvertes sur Panchiko ! C'est du très haut niveau.

(Organisation : Aéronef)

Ultra Vomit

L’art d’appréhender le metal au second degré…

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Il fallait oser : transformer le métal en une gigantesque cour de récréation, détourner les plus grands noms du genre et métamorphoser des histoires de canards, de chiens ou de pâtisseries en véritables hymnes. Depuis plus de vingt ans, Ultra Vomit cultive cet art du grand n'importe quoi grâce à un talent unique. Ce vendredi 9 octobre, les Nantais font escale à l'Ancienne Belgique de Bruxelles, tandis que Bob's Not Dead se charge d'ouvrir les hostilités. Cette affiche réjouit les amateurs de guitares saturées et d'humour sans frontières.

Véritable OVNI de la production française, ce combo s'avère capable de transmuer les riffs les plus assassins en une farce musicale. Inutile d’espérer décrocher une place à la dernière minute : le concert affiche complet. C'est une nouvelle démonstration de la popularité grandissante d’une formation qui impose sa marque de fabrique, à mi-chemin entre puissance, pastiche et humour potache.

Après avoir notamment rempli l'Olympia à Paris et l'OM à Liège, Ultra Vomit inscrit l'Ancienne Belgique à son tableau de chasse. Ce succès témoigne de l'évolution d'un auditoire manifestement prêt à célébrer un band qui revendique son goût du second degré. Le quatuor rappelle une évidence : on peut aimer les rythmiques dévastatrices tout en conservant un penchant pour l'absurde. C'est précisément cette liberté qui explique la longévité et la popularité de ce groupe. 

À 20 heures, Bob's Not Dead ouvre les hostilités dans un registre éloigné des déflagrations métalliques promises par la tête d'affiche. Immergé dans son univers punk acoustique, brandissant des textes mordants et un humour volontiers provocateur, le Français impose sa personnalité singulière. Derrière la gouaille et les formules assassines se dessine un artiste sensible, capable de déclencher le sourire autant que la réflexion. Malgré un contraste musical évident par rapport à Ultra Vomit, une même volonté de bousculer les conventions réunit les artistes.

Cette entrée en matière atypique remplit parfaitement son rôle de mise en jambes, l'artiste réussissant à embraser la fosse avant l'arrivée des Nantais. Ici ce sont les mots qui servent de trame. Des textes tantôt caustiques, tantôt tendres, mais toujours en préservant une authenticité imperméable aux modes. 

Pour Ultra Vomit, le ridicule s'avère une affaire de professionnels : la puissance du métal, le sérieux en moins. À 20 h 50, les Nantais ont la lourde mission de donner corps à la promesse d'une soirée aussi brutale que désopilante. Car derrière ce nom singulier se cache une véritable machine de guerre. Ce combo ne se résume pas à un band humoristique ; il réunit avant tout des musiciens aguerris, capables de jongler entre heavy metal traditionnel, thrash, death metal, metalcore et sonorités modernes.

Cocorico belge : la réalisation du décor scénique est signé Kaernunos, atelier de création d'Uccle, en région bruxelloise. Spécialisée dans la conception d'accessoires et d'univers fantastiques pour le cinéma ou le théâtre – illustrée notamment par la série « Vikings » –, cette structure artisanale signe l'écrin d'Ultra Vomit. Exit l'estrade réduite à quelques amplificateurs et à une batterie : le quatuor s'offre un espace théâtral démesuré. De grandes structures rouges, des plateformes à plusieurs niveaux, des escaliers lumineux et une imposante installation vidéo donnent à l'ensemble des allures de music-hall passé à la moulinette du gros son. Les inscriptions lumineuses aux couleurs flamboyantes renforcent cette esthétique excessive, entre émission de variétés déjantée et cabaret monumental.

La batterie, juchée en hauteur, domine l'ensemble tandis que les autres musiciens arpentent les différents niveaux du dispositif. Les projections vidéo et les jeux de lumière permettent de changer d'ambiance au gré des compositions et de leurs innombrables clins d'œil musicaux. Cette scénographie prolonge directement l'identité artistique de la formation. Tout semble exagéré, presque caricatural, mais derrière cette extravagance se devine un minutieux travail de fabrication. Habitués à donner vie à des mondes imaginaires, les artisans bruxellois apportent une dimension visuelle qui rapproche le spectacle d'une production théâtrale. Le contraste s'avère savoureux puisque cette débauche de moyens sert des morceaux dont les sujets oscillent entre canards, pâtisseries et considérations absurdes. Grâce à cette mise en scène grandiose, Ultra Vomit pousse son concept jusqu'au bout, et le résultat visuel est saisissant.

La spécialité de la formation consiste à s'approprier les codes des grands noms du genre pour mieux les détourner. Metallica, Rammstein, Gojira, Motörhead, ou encore toute une galerie de références parfois très éloignées du métal, constituent autant de terrains de jeu pour cette bande de joyeux artificiers. C'est précisément là que réside le génie d'Ultra Vomit : faire cohabiter une musique techniquement redoutable et des textes totalement absurdes, sans que l’un ne prenne jamais le pas sur l'autre.

Impossible d'évoquer le combo sans revenir sur les morceaux qui construisent sa réputation. « Je collectionne des canards (vivants) », « Boulangerie Pâtisserie », « Mechanical Chiwawa » ou encore « Évier Metal » illustrent à merveille cette capacité à métamorphoser les situations les plus improbables en compositions particulièrement efficaces. Le plus étonnant reste le soin apporté aux arrangements. Les parodies s'avèrent tellement bien réalisées qu'en occultant les paroles, l'auditeur croit écouter une authentique formation de metal extrême.

Paru en 2024, le dernier opus, « Le Pouvoir de la Puissance », enrichit encore cet arsenal. Des titres comme « Doigts de Metal », « Le Coq », « Takoyaki » ou « Ricard Peinard » prolongent cette tradition du grand écart stylistique, où la virtuosité instrumentale sert une imagination sans limites. Sur le podium, cette diversité constitue la grande force du groupe. Les changements de styles, les clins d'œil musicaux et les interventions humoristiques transforment le concert en un véritable spectacle, bien au-delà d'une simple succession de morceaux.

Ce qui distingue surtout Ultra Vomit de nombreuses autres formations, c'est cette faculté de tourner en dérision un univers souvent associé à une certaine gravité. Les Nantais connaissent les codes du métal sur le bout des doigts : guitares saturées, rythmiques explosives et attitudes martiales. Mais plutôt que de les reproduire au premier degré, ils préfèrent les pousser jusqu'à l'absurde. Cette autodérision n'empêche jamais le band de faire preuve d'une réelle crédibilité musicale. C'est même tout le paradoxe de cet elpee : plus les chansons s'avèrent ridicules, plus leur interprétation exige de la rigueur. Là où certains craignent une simple succession de plaisanteries, la formation propose une formule élaborée, nourrie par des années de pratique et une solide connaissance de l'histoire du rock. Cette approche explique pourquoi le quatuor parvient à séduire bien au-delà du cercle traditionnel des amateurs de musique extrême.

Cette escale bruxelloise à guichets fermés confirme le statut de phénomène incontournable du métal francophone acquis par Ultra Vomit. Le groupe développe une formule immédiatement identifiable, mélange de virtuosité, de parodie et d'énergie communicative. Cette recette continue de séduire la foule. Au fond, les Nantais réalisent un exploit remarquable : rendre hommage au métal tout en bousculant joyeusement ses conventions. Une chose est certaine : le combo n'a pas besoin de se prendre au sérieux pour être pris au sérieux. C'est l'art de prouver qu'entre deux riffs ravageurs, un bon éclat de rire est très susceptible de s'inviter parfaitement dans l’auditoire !

(Organisation : Intersection VZW)

Guy Verlinde & The Artisans of Solace

L’élégance du blues pour un dernier tour de piste en Wallonie.

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Un parfum particulier flotte dans l’air du Zik-Zak ce 2 octobre 2026. La salle d’Ittre lance un mois d’octobre placé sous le signe de son dixième anniversaire, mais l'événement réside surtout dans les adieux à la Wallonie de Guy Verlinde & The Artisans of Solace, venus donner leur ultime concert dans la région avant la dissolution de la formation. Cette réalité confère à la soirée une dimension supplémentaire, partagée entre célébration, émotion et sentiment de tourner une page. À 50 ans, Guy Verlinde bénéficie d'un contexte idéal pour revisiter une carrière qui le place depuis deux décennies parmi les figures incontournables du blues noir-jaune-rouge. Fort de 17 opus au compteur et de podiums partagés au fil des années en compagnie de légendes telles que B.B. King, Santana, John Fogerty, John Hiatt, Jeff Beck ou encore Canned Heat, le musicien jouit d'une réputation de performer solidement établie bien au-delà des frontières belges. Cette tournée anniversaire s'impose moins comme une rétrospective nostalgique que comme une mise en mouvement de tout ce parcours.

Dès son entrée sur les planches, Verlinde rappelle précisément pourquoi il a bâti sa renommée sur le live. Guitare en bandoulière, harmonica et micro américain à portée de main, la voix chargée de vécu, le Gantois ne cherche jamais à jouer au guitar hero. Chez lui, le blues demeure avant tout une affaire de narration, de transmission et de proximité. Il s'adresse à la foule, introduit les morceaux, laisse respirer les silences et transforme rapidement la salle en un lieu presque intime. Malgré une cinquantaine de préventes seulement, l'intensité s'avère parfaite et la complicité unit l'auditoire et les artistes à la manière d’un showcase cosy. Le Zik-Zak se prête idéalement à cet exercice. Sa configuration rapprochée et son acoustique permettent d'approcher directement les musiciens, une qualité que la salle revendique d'ailleurs comme l'un de ses principaux atouts.

Guy Verlinde ne joue évidemment pas seul ; The Artisans of Solace soutiennent magistralement le concert. À la guitare électrique, Stef Paglia, également connu pour son travail au sein de la formation The BluesBones, apporte cette touche nerveuse et contemporaine capable d'orienter le blues vers le rock sans jamais le dénaturer. Ses interventions visent la sobriété : quelques notes suffisent souvent pour densifier un morceau ou répondre à Verlinde par de savoureux dialogues de guitares. Derrière les claviers et le banjo, Tom Eylenbosch insuffle au contraire beaucoup de couleurs. Tantôt blues, tantôt folk ou Americana, son jeu élargit considérablement le spectre sonore du combo. La paire rythmique constituée de René Stock à la contrebasse et de Benoit Maddens à la batterie et aux percussions offre à l'ensemble cette respiration si particulière : un ancrage assez solide pour propulser les morceaux, mais toujours assez souple pour laisser circuler l'émotion.

C'est d'ailleurs là que réside la véritable réussite des Artisans of Solace. Ce quintette ne se contente pas d'escorter Guy Verlinde : il donne une seconde vie à ses compositions. Le blues traditionnel constitue toujours la colonne vertébrale du répertoire, mais celui-ci se nourrit largement de roots, de folk et d'Americana. Le programme officiel présentait justement cette musique comme un voyage traversé par des histoires d'amour, d'espoir et de résurrection. Sur l'estrade, ces mots prennent tout leur sens. Le concert progresse ainsi par vagues. Durant les moments électriques, Paglia et Verlinde intensifient progressivement la tension tandis que la section rythmique métamorphose le Zik-Zak en véritable club de blues. Viennent ensuite des passages nettement plus dépouillés, où une guitare acoustique, une ligne de contrebasse ou quelques accords de clavier suffisent pour modifier totalement l'atmosphère.

Verlinde excelle dans cette alternance. Il sait pousser l'auditoire à frapper du pied avant, quelques minutes plus tard, de guider la foule vers une écoute beaucoup plus intérieure. C'est précisément ce qui distingue Guy Verlinde de bon nombre de musiciens enfermés dans une conception orthodoxe du genre. Son univers ne repose pas sur une succession de démonstrations instrumentales. Même lorsque le combo prend son envol, la virtuosité demeure au service des chansons. Les solos racontent une histoire, les respirations comptent, tout comme les regards complices. On perçoit derrière ce band de nombreuses heures de route et de planches communes. Le Zik-Zak annonçait d'ailleurs les Artisans comme des partenaires en compagnie desquels Verlinde a déjà parcouru « beaucoup de kilomètres musicaux ». Ce vécu s'entend : les changements de dynamique s'opèrent naturellement et personne n'a besoin de surveiller son voisin pour deviner la direction du morceau.

Dans ce contexte particulier, certains titres revêtent une autre couleur. Face à cette ultime apparition wallonne, les thèmes de reconstruction, de passage du temps et de renaissance semblent commenter d'eux-mêmes la soirée. Verlinde conserve cette chaleur et cette générosité qui caractérisent depuis longtemps son identité artistique. Il échange volontiers par le dialogue et l'humour, ce qui lui permet de désamorcer les séquences chargées d'émotion. La fosse d'Ittre répond présent. L'auditoire écoute intensément, mais applaudit tout aussi généreusement les improvisations instrumentales.

Plus le concert progresse, plus la séparation entre l'estrade et la salle s'efface. C'est là que Verlinde donne le meilleur de lui-même : lorsqu'il ne semble plus interpréter un répertoire face à des spectateurs, mais plutôt bâtir la soirée en leur compagnie. Au moment où résonnent les dernières notes, une pointe de mélancolie surgit. Car au-delà du « 50th Anniversary Tour », cette date s'apparente à un au revoir. Pas nécessairement à Guy Verlinde, dont l'activité musicale se poursuit, mais à cette alchimie précise unissant cinq musiciens. Elle mérite amplement cette célébration.

Après deux décennies passées à défendre sa propre vision de cette musique, Guy Verlinde n'a plus grand-chose à prouver. Ce concert montre pourtant un artiste éloigné de tout pilote automatique. À 50 ans, il célèbre son parcours sans s'ériger en attraction patrimoniale, préférant rappeler que le blues reste vivant tant qu'on lui insuffle une part de soi. Aux côtés de Stef Paglia, Tom Eylenbosch, René Stock et Benoit Maddens, il a structuré une formation capable d'unir puissance électrique, finesse acoustique et profondeur émotionnelle. Pour le Zik-Zak, qui fête ses dix ans en ce mois d'octobre 2026, l'ouverture s'avère hautement symbolique : une salle créée par des passionnés accueille un musicien qui, après des milliers de kilomètres, continue à jouer comme si chaque concert était unique.

La soirée s'achève sur une note chaleureuse et authentique, où le blues retrouve ses fondements : des histoires, des musiciens et une communauté pour les partager.

Setlist : « Bon Ton Rouler », « Lovestrong », « Feel Alive », « Treat Me Right », « Soul Javin’ », « Me And My Blues », « Learnin’ How To Love You », « Lovelight Shine », « My Little Girl », « Better Days Ahead », « Ain’T No Sunshine », « Goin’ Down To Mississippi », « Gator Bop », « Winter Blues ».

Rappel : « Powered By The Blues ».

Organisation : Rock Nation et Zik-Zak.

 

Yebba

La grâce, la fièvre et une voix qui n’a pas besoin d’artifices

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Pour sa toute première apparition en Belgique, Yebba a choisi l'écrin idéal. Pas une arène démesurée ni une production transformant la musique en spectacle pyrotechnique : simplement la Grande Salle de l'Ancienne Belgique, pleine à craquer, pour remettre l'essentiel au cœur du spectacle. À savoir les chansons, les musiciens et surtout cette voix devenue en quelques années l'une des plus reconnaissables de la soul contemporaine. La tournée accompagne « Jean », deuxième album de l'Américaine après « Dawn » en 2021, un disque où elle poursuit son exploration du deuil, de l'amour, de la colère et de la guérison tout en revenant sans cesse à ses racines gospel. Astyn Turr constitue une introduction particulièrement cohérente, tandis que Yebba aura confirmé pourquoi tant de musiciens — de Mark Ronson à PJ Morton, Drake, Sam Smith ou Ed Sheeran — ont désiré s'associer à elle. Ses racines gospel sont toujours là, mais elles nourrissent aujourd'hui une musique beaucoup plus vaste, où folk, R&B, soul et jazz s'enchevêtrent dans une étonnante fluidité.

En première partie : seule sur les planches, Astyn Turr a pour mission de plonger doucement l'AB dans cette atmosphère. Et « supporting act » paraît presque réducteur tant l'artiste occupe une place particulière dans l'univers de cette tournée. Optant pour une formule volontairement dépouillée, centrée sur la guitare et la voix, Astyn privilégie la proximité à la démonstration. Pas besoin d'empiler les arrangements : son timbre, ses inflexions soul et son jeu tout en nuances suffisent à installer le silence et l'attention. Sur le Jean Tour, elle assure d'ailleurs plusieurs rôles puisqu'on la retrouve également aux chœurs et à la guitare auprès de Yebba. Un luxe pour une artiste présentée quelques minutes auparavant comme simple invitée (page ‘Artistes’ ici’). 

Place à Yebba. Connaissant la réputation vocale d'Abigail Elizabeth Smith, difficile de ne pas guetter le moment où la chanteuse va littéralement pulvériser les murs. Pourtant, sa force réside précisément dans sa capacité à ne pas chercher constamment l'effet. Elle peut monter très haut, multiplier les inflexions, casser une phrase, suspendre une note ou libérer toute la puissance du gospel, mais la technique reste presque toujours au service de l'émotion. Le concert démarre par « Far Away », immédiatement suivi de « Boomerang ». Deux titres qui permettent à la formation de trouver ses marques et à la voix de Yebba de prendre progressivement possession de la salle. La musique navigue librement entre soul, R&B, gospel et jazz sans jamais donner l'impression de cocher des cases. Chez Yebba, les genres ne sont pas juxtaposés : ils semblent avoir toujours vécu ensemble. Sur « Stand », l'intensité grimpe encore d'un cran. À Bruxelles, le morceau se clôt par des éléments de « Crazy » de Gnarls Barkley, clin d'œil parfaitement intégré plutôt que reprise plaquée artificiellement sur la setlist. « Louie Bag » ramène ensuite une pulsation plus lourde, plus terrienne, avant que « Distance » ne joue précisément sur ce qui fait toute la singularité de Yebba : cette manière de laisser une chanson immense devenir soudain quelque chose de totalement intime. Derrière elle, les musiciens ne sont jamais de simples accompagnateurs. Batterie, basse, claviers et voix constituent une véritable matière vivante dans laquelle Yebba peut se glisser ou contre laquelle elle peut venir se frotter. Et puis arrive « Yellow Eyes », l'un des titres emblématiques de « Jean ». Ce morceau résume parfaitement la nouvelle période de la chanteuse : moins soucieuse de prouver qu'elle possède une voix exceptionnelle que d'explorer tout ce qu'elle peut en raconter. « Jean », dédié à sa grand-mère disparue, est justement présenté comme un opus de reconstruction et de réappropriation personnelle. La seconde moitié du concert devient alors beaucoup plus intérieure. « Seven Years » mène à l'incontournable « Yebba's Heartbreak », miniature devenue gigantesque depuis son apparition sur « Certified Lover Boy » de Drake. Yebba excelle dans ces moments où le temps paraît ralentir : quelques accords, des respirations et une interprétation qui évite soigneusement le piège du concours vocal. « Forgiveness » prolonge cette veine avant que « Delicate Roots » puis « Of Course » réintroduisent davantage de mouvement. La formation peut alors se montrer plus musclée et Yebba rappeler que derrière la chanteuse introspective se cache aussi une formidable interprète de soul, capable de transformer les moindres changements de dynamique en tension dramatique. La dernière ligne droite ne relâche plus vraiment la pression. « Aggressive » tient toutes les promesses de son titre et met en exergue la face plus tranchante de son répertoire, avant que « Earth, Wind & California » ne ramène une lumière beaucoup plus chaleureuse. Et pour refermer la soirée : « Evergreen ».

Impossible de choisir beaucoup mieux. L'un des titres qui ont contribué à installer Yebba comme une chanteuse à part devient ici une sorte de retour à l'essentiel. Pas besoin de final interminable ou d'effets spectaculaires. Après environ soixante-dix minutes de musique, la voix suffit. La setlist bruxelloise aura finalement compté quatorze titres : Far Away, Boomerang, Stand, Louie Bag, Distance, Yellow Eyes, Seven Years, Yebba's Heartbreak, Forgiveness, Delicate Roots, Of Course, Aggressive, Earth, Wind & California et Evergreen. Une chanteuse, mais surtout une musicienne. Ce premier rendez-vous belge laisse surtout apparaître quelque chose que les vidéos virales et les collaborations prestigieuses peuvent parfois occulter : Yebba n'est pas simplement « une grande voix ». La réduire à ses capacités vocales reviendrait même à manquer l'essentiel. C'est une musicienne qui écoute constamment ce qui se passe autour d'elle, joue avec sa formation, déplace les accents et préfère parfois retenir une note plutôt que de l'envoyer au plafond. Le concert est relativement court — environ 1 h 10 contre les 90 minutes initialement prévues par l'organisation — mais cette concentration correspond finalement assez bien à son univers : pas de grand discours, peu de remplissage et une musique qui cherche davantage l'intimité que la démonstration. Yebba n'est donc pas venue à Bruxelles pour donner une leçon de chant. Elle est venue raconter des chansons. Et lorsqu'on possède une voix pareille, c'est finalement encore beaucoup plus impressionnant. Une première belge intense et dépouillée, portée par une formation remarquable et une Yebba beaucoup plus intéressante lorsqu'elle laisse parler la musicienne derrière la virtuose.

(Organisation : Live Nation et Ancienne Belgique)

Julie Compagnon & Antoine Goudeseune

The Ballad Of J and A : The Beatles are Dead. Long live the Beatles !

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Reprendre les Beatles est probablement l’une des meilleures façons de se casser les dents sur scène. Tout le monde connaît les chansons, chacun possède sa version préférée et la moindre fausse bonne idée peut rapidement transformer l’hommage en karaoké nostalgique. The Ballad of J&A choisit heureusement une autre voie. Pas de vestes militaires bariolées, pas de coupe au bol, pas de faux accent de Liverpool ni de reconstitution maniaque d’Abbey Road. Au Zik-Zak d’Ittre, Julie Compagnon et Antoine Goudeseune débarquent avec presque rien : une voix, des guitares et un répertoire qui, lui, pèse quelques tonnes dans l’histoire de la musique populaire. Et cela suffit largement. Car plutôt que de vouloir « refaire » les Beatles, The Ballad of J&A préfère démonter leurs chansons pour en retrouver l’ossature. Une démarche qui peut sembler évidente mais qui demande une certaine audace quand on s’attaque à Lennon, McCartney, Harrison et Starr. Une fois les arrangements luxuriants retirés, une question demeure : les chansons tiennent-elles encore debout ? La réponse ne tarde pas. Deux personnes face à une montagne. Le décor du Zik-Zak est réduit à l’essentiel. Quelques lumières, des projections, deux artistes et cette proximité caractéristique de la salle d’Ittre où il est difficile de tricher avec le public. C’est précisément le terrain de jeu qu’il fallait à The Ballad of J&A. Sous une telle configuration, impossible de se réfugier derrière un mur de décibels ou une section rythmique. Chaque accord est exposé, chaque respiration devient audible et le silence lui-même participe aux arrangements. Dans ces conditions, les compositions des Beatles apparaissent sous un autre jour. Des mélodies entendues plusieurs milliers de fois retrouvent soudain quelque chose de presque fragile. Et c'est là que le duo commence véritablement à séduire.

Julie Compagnon, c’est surtout :  ne pas jouer à Lennon ou McCartney. La première bonne idée de Julie Compagnon consiste à ne jamais essayer de ressembler à quelqu’un d’autre. Cela semble basique. Ça ne l’est pas. Combien de formations consacrées aux Beatles finissent par transformer leurs chanteurs en imitateurs plus ou moins convaincants de Lennon ou McCartney ? Ici, rien de tout cela. Julie prend les chansons, les fait passer par sa propre sensibilité et leur impose naturellement une autre couleur. Sa voix peut se montrer délicate, chaleureuse, parfois plus ample, mais ne vient jamais écraser les morceaux. Sur les titres les plus dépouillés, l’effet devient particulièrement convaincant. Privées de leur habillage original, certaines mélodies semblent presque révéler leurs coutures. On entend mieux les harmonies, les changements d’accords, les petites trouvailles mélodiques qui ont permis à ces chansons de traverser les décennies sans véritablement vieillir. Julie possède également cette qualité indispensable pour une soirée de ce type : elle parle au public sans donner l’impression de réciter une fiche Wikipédia consacrée aux Beatles. Quelques anecdotes, quelques explications, quelques sourires. Rien de pesant. Le concert garde ainsi son mouvement et évite le piège de la conférence musicale entrecoupée de chansons.

Antoine Goudeseune fait le boulot de quatre musiciens. À quelques mètres de là, il possède une mission nettement moins confortable qu’elle n’en a l’air. Faire oublier l’absence d’une basse, d’une batterie, de plusieurs guitares, d’un piano et parfois même d’un orchestre avec seulement six cordes. Bonne chance. Mais Antoine connaît suffisamment bien l’univers des Beatles pour ne pas chercher à tout reproduire. Et c’est précisément ce qui fonctionne. Sa guitare ne copie pas les versions originales : elle les suggère. Quelques lignes mélodiques surgissent ici, une basse apparaît entre deux accords ailleurs, une rythmique prend momentanément possession du morceau avant que le fingerpicking ne vienne remplir l’espace. Il joue beaucoup. Mais surtout, il joue ce qu’il faut. Pas davantage. Dans un exercice acoustique, cette retenue vaut parfois beaucoup plus qu’une démonstration de virtuosité. Les morceaux respirent et, chose assez remarquable, ne semblent pratiquement jamais « vides ».

On en oublierait presque qu’il manque trois Beatles derrière eux. Heureusement, personne ne déguise personne. Le grand mérite de The Ballad of J&A réside finalement dans cette volonté permanente de rester à distance du tribute band traditionnel. Les Fab Four sont évidemment partout pendant la soirée. Mais leur fantôme ne vient jamais étouffer les deux artistes présents sur les planches. Le duo préfère célébrer l’écriture plutôt que l’iconographie. Ce qui change beaucoup de choses. Car les chansons de Lennon et McCartney, mais également celles de George Harrison, peuvent supporter presque toutes les transformations lorsqu’on ne touche pas à ce qui les rend essentielles. Une mélodie. Quelques accords. Et parfois trois minutes de pop quasiment parfaites. Cette approche permet également au projet d’élargir son horizon au-delà des seules années Beatles. Les carrières solos de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr viennent naturellement prolonger le voyage. Une excellente idée. Non seulement parce qu’elle permet de sortir des incontournables, mais aussi parce qu'elle raconte implicitement ce qui s'est passé après l'explosion du combo. Quatre musiciens qui avaient construit ensemble une machine pop presque parfaite avant de partir chacun de leur côté. The Ballad of J&A ne propose donc pas simplement une collection de « greatest hits ». Il dessine un parcours.

Un Zik-Zak transformé en salon. Au fil de la soirée, une autre composante devient progressivement essentielle : le public. Pour les Beatles, il suffit parfois de quelques secondes. Trois accords. Une mélodie familière. Et les souvenirs remontent. Certains spectateurs chantonnent. D’autres reprennent franchement les refrains. Quelques-uns ferment simplement les yeux. Le Zik-Zak prend alors des airs de gigantesque salon dans lequel chacun semble connaître les chansons depuis toujours. Cette proximité fonctionne d’autant mieux que Julie Compagnon et Antoine Goudeseune n’installent jamais cette frontière artificielle que certains concerts imposent entre scène et salle. Les regards circulent. Les sourires également. Quelques plaisanteries viennent détendre l’atmosphère et l'on sent surtout deux musiciens qui prennent du plaisir à jouer ensemble. Cela peut sembler secondaire. Ça ne l’est jamais. La complicité ne se programme pas sur une pédale d’effet. Et lorsqu’elle existe, le public la ressent immédiatement. Ce soir-là au Zik-Zak, pas besoin de traverser Abbey Road pieds nus, de ressortir les uniformes de Sgt. Pepper ou de demander où était Paul en 1966. Une voix. Une guitare. Des chansons. Et environ 60 ans après leur naissance, elles font toujours le boulot. The Beatles are Dead. Long live the Beatles.

(Organisation : Rock Nation + Zik-Zak)

The Waterboys

The Waterboys et Steve Earle : Fisherman’s Blues en eaux vives

Écrit par

The Waterboys – Fisherman’s Blues Revue feat. Steve Earle

Certaines tournées anniversaire se bornent à exhumer un disque culte, à en suivre docilement l’ordre des titres et à miser sur la nostalgie. Mike Scott n’a jamais vraiment appartenu à cette catégorie. Pour cette ‘Fisherman’s Blues Revue’, The Waterboys emprunte donc une autre voie : retrouver non seulement les chansons, mais l’esprit d’une période où folk irlandais, rock, country, soul et poésie se mêlaient sans solliciter l’aval de quiconque. Aucune première partie n’est prévue au programme. La file, impressionnante, s’étire jusqu’aux abords de la Bourse. Votre serviteur triche un peu et se glisse vers l’entrée en trentième position afin d’obtenir une place assise à l’étage. Pour rendre l’aventure plus savoureuse encore, Scott a convié un compagnon de route idéal : Steve Earle, figure majeure de l’Americana, qui ne se contente pas d’interpréter trois chansons avant de disparaître. Il rejoint pleinement la troupe, à la guitare et à la mandoline. Le concept revendique d’ailleurs l’esprit de la Rolling Thunder Revue de Bob Dylan : des musiciens qui entrent, sortent, échangent leurs répertoires et transforment le concert en vaste hootenanny électrique.

À Bruxelles, le terme « vaste » n’a rien d’abusif : près de trois heures de musique, de 19 h 30 à 22 h 25, pour vingt-sept morceaux. De la Big Music avant le retour vers l’Irlande. L’ouverture par « Don’t Bang The Drum » tient presque lieu de manifeste. Avant de plonger dans les brumes celtiques de Fisherman’s Blues, Mike Scott rappelle d’abord ce qu’incarnaient les Waterboys du milieu des années 80 : une formation capable de bâtir un rock ample, romantique, fervent, sans basculer dans le pompeux. « Glastonbury Song », « How Long Will I Love You ? », puis surtout « A Girl Called Johnny », prolongent ce retour en arrière. Cette dernière précède d’ailleurs la présentation des musiciens, comme si Scott voulait souligner que cette Revue repose autant sur ceux qui l’entourent que sur sa propre présence. Le plateau impressionne : Steve Wickham au violon, Brother Paul aux claviers, Famous James au piano, Aongus Ralston à la basse, Eamon Ferris à la batterie et Roar Øien à la lap steel, avant même l’arrivée de Steve Earle (Page ‘Artistes’ ici).

Ce sextuor élargi a été pensé pour retrouver la liberté instrumentale des années Fisherman’s Blues. Puis surgit « The Whole Of The Moon ». Impossible pour Scott d’écarter l’un des sommets de son catalogue, mais la soirée ne s’articule finalement pas autour de ce classique. Très vite, le concert quitte le territoire des « tubes » pour chercher une matière plus organique. Par « We Will Not Be Lovers » et « Medicine Bow », les Waterboys renouent avec cette tension qui a toujours rendu leur musique difficile à enfermer dans une simple case folk-rock. Et lorsque résonnent « The Raggle Taggle Gypsy », « Sweet Thing / Blackbird », « Strange Boat » ou l’instrumental « Dunford’s Fancy », nous revoilà dans cette zone musicale singulière où Van Morrison croise les pubs de Galway, où Dylan rencontre la tradition irlandaise et où un violon peut occuper autant d’espace qu’une guitare électrique. La présence de Steve Wickham demeure essentielle. Il reste l’un des principaux liens vivants avec cette époque et son violon constitue depuis toujours l’une des signatures émotionnelles du Fisherman’s Blues des Waterboys. La première partie s’achève magnifiquement par « The Stolen Child », adaptation du poème de W.B. Yeats : un moment suspendu rappelant que, chez Mike Scott, littérature et mysticisme n’ont jamais servi de simples ornements.

Après un entracte de vingt minutes, Steve Earle entre dans la danse pour la seconde partie du set, et la soirée change aussitôt de couleur. Plutôt que de lui ménager une simple parenthèse acoustique, les Waterboys plongent directement dans son univers par « Copperhead Road ». Un sacré choix pour relancer les hostilités.

La rencontre fonctionne précisément parce que ces deux mondes partagent beaucoup plus de points communs qu’il n’y paraît. Scott vient du rock britannique nourri de folk irlandais ; Earle de la country, du folk américain et du roots-rock. Tous deux cultivent pourtant la même fascination pour Dylan, les chansons traditionnelles et cette conviction qu’un morceau doit pouvoir tenir sur quelques accords, pourvu qu’il raconte une histoire.

« Guitar Town », « My Old Friend the Blues » et « I Ain’t Ever Satisfied » transforment alors momentanément l’Ancienne Belgique en saloon imaginaire. « Volver A Celaya » ajoute une autre nuance à cette revue qui refuse décidément les frontières musicales. C’est ici que le concept prend tout son sens : il ne s’agit plus vraiment de « The Waterboys en compagnie de Steve Earle », mais d’une bande de musiciens puisant simultanément dans deux répertoires. Même « Dead Flowers » des Rolling Stones trouve naturellement sa place entre « When Ye Go Away », « When Will We Be Married ? », « Come Back To Galway » et « Has Anybody Here Seen Hank ? ».

Country, folk irlandais, rock’n’roll : à ce stade, inutile de chercher où commence l’un et où s’achève l’autre. Parmi les titres qui résument le mieux l’entreprise, « And a Bang On The Ear » occupe forcément une place particulière. Lors du lancement de cette Fisherman’s Blues Revue à Glasgow quelques jours plus tôt, Steve Earle avait déjà pris part à une version réinventée du morceau, enrichie de paroles personnelles intégrées au récit de Scott. La presse britannique a souligné combien cette collaboration donnait un nouvel élan au répertoire au lieu de se contenter de le reproduire. C’est probablement la grande réussite de cette tournée : le passé irrigue chaque instant, sans jamais se figer en pièce de musée. Reste encore le rappel. Steve Earle l’ouvre par « The Galway Girl », morceau si compatible avec l’univers des Waterboys qu’on pourrait presque oublier qu’il ne leur appartient pas. Arrive enfin « Fisherman’s Blues ». Nul besoin de le placer au début du spectacle ni d’en faire l’unique raison d’être de la soirée.

Plutôt que de conclure par un dernier tube des Waterboys, tous se rassemblent autour du traditionnel « Will The Circle Be Unbroken ? ». Pendant 2 h 55, l’Ancienne Belgique aura vu se croiser Écosse, Irlande et Amérique, poésie et rock’n’roll, mandoline, violon, piano et lap steel guitar.

En conclusion : une soirée généreuse, parfois presque excessive par sa durée, mais dont l’ampleur participe pleinement au plaisir ressenti ; moins une commémoration de Fisherman’s Blues qu’une célébration vivante de tout ce qui l’a rendu possible.

(Organisation : Greenhouse Talent)

Boogie Beasts

Le blues de Burnside rallumé au fuzz par les Boogie Beasts

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Boogie Beasts feat. Kenny Brown

Il y a des soirs où le Zik-Zak évoque moins une salle de concert du Brabant wallon qu’un vieux juke joint égaré au cœur du Mississippi. Samedi 29 août, quelques mesures ont suffi aux Boogie Beasts pour faire voyager Ittre de l’autre côté de l’Atlantique. Pour cette soirée particulière, le quatuor belge avait convié un invité de premier plan : Kenny Brown, ancien compagnon de route et guitariste de R.L. Burnside. Le contexte donnait forcément une couleur singulière au concert. En 2026, les Boogie Beasts célèbrent leurs quinze ans d’existence ainsi que le centenaire de la naissance de R.L. Burnside, auquel ils viennent de consacrer le long playing « Don’t Be So Mean ! ». Sorti en avril, ce disque rassemble onze morceaux issus de l’univers du maître du North Mississippi Hill Country Blues, entourés notamment de Duwayne Burnside, Luther Dickinson, G. Love, Pablo van de Poel, Cedric Maes et, justement, Kenny Brown parmi les invités.

Smokin’! ouvre la soirée à 19h30 par son « Hot Heavy Blues » alternatif, croisant stoner désertique, rock massif et tension maîtrisée. Avant l’arrivée des fauves, la formation aux racines belgo-britanniques allume la première mèche et remplit parfaitement son rôle : hausser progressivement la température et préparer les oreilles à la suite. Le Zik-Zak saluera d’ailleurs une première partie qui a lancé les hostilités de belle manière. On pourrait presque parler d’un cinquième membre en la personne de l’ingénieur du son Olivier Delescaille, qui a retravaillé les morceaux de Smokin’! pour leur version live et confirme une solide maîtrise de son domaine (Page ‘Artistes’ ici).

Setlist : « Coming Up », Grace », « Bones », « Home Town », « Blues Bell », Grave Diggetz », « Time ».

Puis arrivent les Boogie Beasts. Inutile, chez eux, de chercher un blues lisse, repassé et rangé dans sa boîte. Chez les Belges, le genre garde les chaussures couvertes de boue. Jan Jaspers et Patrick Louis font rugir leurs guitares, Fabian Bennardo lacère l’air à l’harmonica, tandis que Gert Servaes martèle derrière ses fûts un rythme primitif, répétitif, presque tribal. La formule paraît élémentaire sur le papier ; sur les planches, elle devient redoutable.

Le Hill Country Blues repose précisément sur cette idée : moins raconter une histoire harmonique que provoquer une transe. Un riff tourne, la batterie s’y arrime, l’harmonica vient tailler dans l’ensemble, puis tout recommence jusqu’à ce que le morceau semble perdre toute notion de début ou de fin. Les Boogie Beasts comprennent parfaitement cette mécanique, mais refusent d’en livrer une reconstitution historique. Ici, Burnside traverse le garage rock, le fuzz et une brutalité contemporaine qui évoque parfois davantage une cave surchauffée qu’un club de blues traditionnel. Kenny Brown page ‘Artistes' là)

, bras droit historique de R.L. Burnside, ancre cette filiation. Les titres de « Don’t Be So Mean ! » forment évidemment le cœur de cet univers. « Jumper On The Line », « Going Down South », « Skinny Woman », « Shake ’Em On Down », « Poor Black Mattie » ou encore « Snake Drive » possèdent cette même matière : quelques accords, un groove obsédant et l’impression que le morceau pourrait tourner vingt minutes sans perdre en tension. Sur disque déjà, le quatuor ne se contente pas de reproduire Burnside : il passe son répertoire dans une broyeuse où se mêlent blues, garage et psychédélisme. Ce soir, une présence modifie toutefois l’équilibre. Lorsque Kenny Brown rejoint les Belges, la soirée gagne en profondeur. Pas le simple « guest » venu poser quelques notes avant de disparaître : Brown établit un véritable pont vers l’histoire célébrée. Compagnon de route de R.L. Burnside durant des décennies, également associé à Junior Kimbrough, le guitariste connaît cette musique de l’intérieur. À ses côtés, les Boogie Beasts n’ont pourtant rien d’élèves intimidés. La rencontre fonctionne parce qu’aucune génération ne cherche à s’effacer devant l’autre. Brown apporte une guitare slide rugueuse, terrienne, jamais démonstrative par réflexe. Les Beasts lui opposent leur mur de fuzz et leur énergie garage. Deux époques dialoguent sans donner l’impression de visiter un musée du blues. C’est là que réside l’une des grandes réussites de cette soirée. Rendre hommage à R.L. Burnside aurait pu conduire à une révérence un peu scolaire. Les Boogie Beasts choisissent l’inverse : saisir cette musique, la salir encore et la remettre en mouvement. Une démarche fidèle à l’esprit de « Don’t Be So Mean ! », où Kenny Brown participe aux versions de « Skinny Woman » et « Snake Drive ».

Quand la formation accélère, le Zik-Zak paraît vite trop étroit pour contenir le groove. Les riffs tournent en boucle, Servaes cogne dans une économie de moyens qui décuple la puissance, Bennardo fait hurler son harmonica et les guitares se répondent entre saturation et slide. Nul besoin d’effets spectaculaires : un ampli, un riff, du rythme, et la mécanique s’enclenche. Le blues demeure ici une musique vivante. C’est aussi ce qui distingue les Boogie Beasts de nombre de formations blues-rock. Le quatuor ne cherche pas le grand solo héroïque ni la démonstration technique permanente. Son moteur se situe plus bas : dans le ventre. Un morceau doit d’abord groover avant de briller. Une guitare peut grincer, une note déraper, un harmonica hurler. Cette imperfection assumée donne au concert son impact physique. On retrouve quelque chose de John Lee Hooker, du blues hypnotique de Burnside et de Junior Kimbrough, mais aussi cette intuition partagée par des combos comme The Black Keys : entre blues primitif et garage rock, la frontière reste très mince.

Au Zik-Zak, cette musique trouve un terrain particulièrement favorable. La proximité entre le podium et l’auditoire abolit presque toute distance. Impossible d’observer poliment un band de blues depuis le fond de la salle : dès que le riff démarre, chacun se retrouve happé par la même machine. Le concert se transforme peu à peu en longue cérémonie électrique, où les morceaux semblent s’enchaîner davantage par leur pulsation que par une logique de démonstration.

Lorsque la dernière décharge retombe, il reste l’impression d’avoir assisté à bien plus qu’un simple hommage. Burnside n’est plus là, mais son blues respire encore. Les Boogie Beasts auraient pu regarder dans le rétroviseur ; ils préfèrent appuyer sur l’accélérateur. Aux côtés de Kenny Brown, le quatuor belge rappelle d’où vient cette musique tout en prouvant qu’elle peut encore sonner dangereuse, charnelle et actuelle en 2026. Pas de vernis vintage inutile, pas de leçon d’histoire interminable : des guitares crades, une batterie obstinée, un harmonica possédé et ce groove du Mississippi capable de transformer une salle d’Ittre en juke joint pendant quelques heures. Pour ses quinze ans, Boogie Beasts pouvait difficilement trouver meilleur compagnon de fête qu’un musicien ayant vécu cette histoire auprès de R.L. Burnside. Et pour le Zik-Zak, la rentrée commence dans le fuzz, la sueur et le boogie.

En résumé : un hommage qui regarde Burnside droit dans les yeux plutôt que de s’incliner devant sa légende.

Pour l’anecdote, lorsque le guitariste de Smokin’! est retourné en loge ranger ses guitares, Kenny Brown

effectuait des pompes, preuve d’une discipline qui l’aide à rester en forme.

Setlist : « Jumper On The Line », « Alice Mae », « Poor Black Mattie », « France Chance », « Peaches », « Fireman Ring The Bell », « Shake ‘Em On Down », Walking Blues », « Skinny Woman », « Shake Your Moneymaker », « Going Down South », « Blues #2 », « Snake Drive », « Big Mama’s Door ».

Rappel : « Nobody But You », « You Don’t Love Me »

(Organisation : Rock Nation et Zik-Zak)

Phil Campbell’s Bastard Sons

La flamme Campbell continue de brûler…

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Phil Campbell’s Bastard Sons et Rödder au Zik-Zak : la flamme continue de brûler. Cette soirée estivale s’annonce chargée d’émotion. Quelques mois après la disparition de Phil Campbell, guitariste historique de Motörhead, ses trois fils retrouvent les planches sous le nom de Phil Campbell’s Bastard Sons, aux côtés du chanteur Julian Jenkins. Cette tournée permet à la famille Campbell de poursuivre l’aventure et de perpétuer l’héritage rock’n’roll de leur père.

Depuis la disparition de Lemmy et la fin de Motörhead, Phil Campbell n’était pourtant pas resté inactif. Après avoir sillonné les routes sous le nom de Phil Campbell’s All-Stars et figuré à l’affiche de nombreux festivals, la formation était rapidement devenue Phil Campbell and the Bastard Sons. Elle réunissait ses fils Todd à la guitare, Dane à la batterie et Tyla à la basse, ainsi que Neil Starr, un ami de la famille, au chant. Le combo avait publié son premier opus, « The Age of Absurdity », en 2018, puis entrepris une tournée intensive. Campbell avait ensuite sorti le disque solo « Old Lions Still Roar » en 2019, entouré de nombreux invités. En 2020, pendant la pandémie, les Bastard Sons avaient proposé un deuxième long playing, « We’re The Bastards ».

Phil Campbell est décédé le 13 mars 2026, à l’âge de 64 ans, des suites de complications consécutives à une lourde opération.

Rödder chauffe rapidement la salle. À 20 heures, le combo ouvre la soirée par une prestation brève et efficace d’environ trente minutes. Il entre immédiatement dans le vif du sujet et livre un rock énergique, soutenu par des guitares incisives et une attitude en accord avec le programme.

Face à une foule principalement venue retrouver l’énergie brute associée à Motörhead et à la famille Campbell, Rödder remplit sa mission. La formation fait monter la température et prépare le terrain sans ralentir le rythme. Cette première partie directe, dépourvue de longue introduction ou d’artifices, plonge aussitôt la salle dans une atmosphère rock (page ‘Artistes’ ici). 

Vers 21 heures, Phil Campbell’s Bastard Sons investit les planches. Dès les premières mesures de « We’re the Bastards », le ton est donné : guitares puissantes, basse lourde et batterie d’une précision redoutable. Todd Campbell assure les parties de guitare, Tyla Campbell tient la basse et Dane Campbell propulse l’ensemble derrière ses fûts. Au chant, Julian Jenkins trouve naturellement sa place dans cette nouvelle configuration.

L’absence de Phil Campbell reste perceptible, mais le band ne transforme jamais la soirée en cérémonie funèbre. L’hommage s’exprime par la musique, le volume et la volonté de continuer. La manière la plus fidèle de célébrer un homme qui a consacré plus de trente ans à Motörhead consiste sans doute à jouer du rock’n’roll aussi fort que possible.

La setlist associe les compositions des Bastard Sons à plusieurs classiques liés à Phil Campbell. Des titres tels que « High Rule », « Spiders », « Dark Days », « Strike the Match » ou « Maniac » rappellent que la formation possède sa propre identité et ne se réduit pas à un tribute band.

Lorsque retentissent les premières notes de « Going to Brazil », « Rock Out » ou « R.A.M.O.N.E.S. », l’ombre de Motörhead plane sur le Zik-Zak. L’auditoire retrouve une formule éprouvée : riffs simples et ravageurs, rythmique lancée à pleine vitesse et refrains repris en chœur. « Ace of Spades », placé au milieu du concert plutôt qu’en conclusion, provoque l’un des temps forts de la soirée. Le quatuor ne cherche pas à reproduire Motörhead à l’identique ; il conserve l’urgence et l’agressivité qui ont élevé ce titre au rang de classique du rock.

La suite ne faiblit pas : « Born to Raise Hell » précède « Maniac », qui clôt la première partie. À ce stade, le combo concilie le respect de son héritage familial et l’affirmation d’une personnalité musicale plus actuelle.

Le rappel s’ouvre sur « Heroes » de David Bowie. Dans le contexte de cette tournée, le titre acquiert une résonance particulière. Après la déferlante de guitares et de décibels, cette parenthèse mélodique ménage un moment d’émotion et de respiration sans rompre l’intensité de la soirée.

La formation repart ensuite sur « Ringleader », puis assène un dernier coup par « Killed by Death ». La soirée s’achève sur « Motorhead », morceau initialement enregistré par Hawkwind et devenu l’acte fondateur du band de Lemmy. La conclusion ne pouvait guère être plus symbolique : les fils de Phil Campbell terminent leur concert à la source de l’histoire dont ils assurent désormais la continuité.

La relève est assurée. Dans le cadre intimiste du Zik-Zak, la proximité entre les musiciens et la fosse accentue la puissance de la prestation. Réputée pour son acoustique et la faible distance qui sépare les artistes des spectateurs, la salle d’Ittre convient parfaitement à ce rock direct et physique.

Phil Campbell’s Bastard Sons ne cherche ni à remplacer Phil Campbell ni à recréer artificiellement Motörhead. Le combo prolonge plutôt une histoire familiale tout en bâtissant son propre avenir. Todd, Tyla et Dane Campbell poursuivent leur route aux côtés de Julian Jenkins, animés par une détermination évidente.

Au terme de la soirée, une impression domine : la disparition de Phil Campbell laisse un vide immense, mais n’éteint pas la flamme. Ses fils montrent qu’elle brûle encore, nourrie par le respect de son héritage et par une solide dose de décibels.

Verdict : une soirée puissante et émouvante, où l’héritage de Motörhead rencontre l’avenir des Bastard Sons.

(Organisation : Zik-Zak) 

 

 

Burning Spear

Malgré ses 81 balais, Burning Spear rallume la flamme du reggae/roots à l’Ancienne Belgique.

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La Ballroom de l’Ancienne Belgique célèbre le reggae roots ce soir. Burning Spear, figure majeure du genre et disciple revendiqué de l’héritage jamaïcain, revient à Bruxelles à 81 ans, toujours alerte, entouré de neuf musiciens parfaitement soudés. La salle affiche complet et rassemble un auditoire multigénérationnel, où les rastas se mêlent aux amateurs de longue date comme aux curieux venus découvrir une légende vivante.

Winston Rodney, alias Burning Spear, débute sa carrière dans les années 1960 en Jamaïque, sur les conseils de Bob Marley, avant d’enregistrer son premier single, « Door Peep », en 1969 sur le label Studio One. Profondément ancré dans la foi rastafari et les idéaux panafricains de Marcus Garvey, il forge un reggae hypnotique et militant, traversé de rythmiques puissantes, de cuivres et de percussions. Son opus « Marcus Garvey » (1975), devenu un classique du genre, a célébré son cinquantième anniversaire en 2025. Burning Spear compte deux Grammy Awards, remportés pour « Calling Rastafari » (2000) et « Jah Is Real » (2009), ainsi que plus de douze nominations. Son dernier disque studio, « No Destroyer », sorti en 2023, a été nommé aux Grammy Awards 2024 dans la catégorie Best Reggae Album.

L’influence de Burning Spear sur le reggae reste considérable. Son héritage musical rappelle l’autonomie et l’autodétermination de la diaspora africaine. Après plus de six décennies de carrière, son message conserve toute sa force et son chant garde cette intensité immédiatement reconnaissable. Winston Rodney attribue le lancement de son parcours musical à une rencontre décisive auprès de Bob Marley. Tous deux vivaient dans la paroisse de St. Ann, en Jamaïque. Comme le raconte Burning Spear : ‘Bob se rendait à sa ferme. Il avançait auprès d’un âne, quelques seaux, une fourche, une machette et des plantes. Nous avons simplement discuté d’homme à homme, et je lui ai dit que j’aimerais me lancer dans le monde de la musique. Bob m’a répondu : “D’accord, passe au Studio One.” ‘. C’est là que Burning Spear enregistre ses deux premiers elpees cultes, « Burning Spear » et « Rocking Time ».

Son retour constitue donc un événement pour le reggae en Belgique. Sa dernière prestation à l’AB remontait à 1992 : trente-quatre ans d’attente avant de revoir cette voix majeure, dont les chansons continuent de défendre la paix, la justice et l’amour.

La première partie revient aux Roots Warriors, formation liégeoise active depuis 1983.

Le combo réunit B Dread aux drums, Ioanis au chant, Raph au mix, Sarahyan et Hugo aux claviers, Seb à la basse, Sam au saxophone et Serge à la trompette. Dès les premières mesures, les Liégeois installent un climat roots solide, nourri de riddims jamaïcains, de lignes de basse rondes et d’une pulsation souple qui met rapidement la fosse en mouvement. Les claviers dessinent un tapis chaleureux, les cuivres répondent par touches nettes et le mix injecte de discrètes secousses dub sans brouiller l’ensemble. Ioanis guide le set d’une voix posée, efficace, qui privilégie la ferveur collective plutôt que l’effet facile. Les reprises de classiques jamaïcains trouvent leur place auprès de compositions originales plus engagées, et le band évite l’exercice de style nostalgique : il joue sur l’intensité, respire ensemble et garde le tempo vivant. Les dreads se balancent, les premiers rangs répondent, les refrains circulent, tandis que la section rythmique prépare idéalement l’arrivée de Burning Spear. Cette entrée en matière ne cherche pas à voler la lumière ; elle chauffe patiemment la salle, rappelle l’ancrage liégeois du roots en Belgique et offre un set généreux, cohérent, traversé de vibrations dub profondes.

Votre serviteur découvrait cette formation et la surprise s’avère heureuse : une première partie solide, chaleureuse et parfaitement calibrée pour ouvrir la soirée (page ‘Artistes’ ici).

Setlist : « Promise Land-Satta », « True Rasta », « Slave Driver », « Jogging », « Police And Thieves », « Fade Away », « Caution », « Fisherman », « Israelites », « Jehosaphat », « Melt Away », « Johnny Big Mouth ».

Place ensuite à Burning Spear et à son backing group. 

Les huit musiciens prennent place sur les planches. À gauche, un solide trio de cuivres — trompette, trombone à coulisse et saxophone — s’installe en fond de plateau. Au centre, le claviériste se poste derrière ses instruments, tandis qu’à droite, un impressionnant batteur domine l’estrade. Devant lui, le bassiste, parfaitement synchronisé auprès de son complice de la section rythmique, s’aligne près du guitariste rythmique. À leurs côtés, le second guitariste, Cecil Ordonez, impose rapidement une ambiance brûlante et fait monter la température au fil des morceaux. Burning Spear arrive en dernier. Il court, danse, bondit et traverse l’espace d’un pas incroyablement vif, comme si les années n’avaient pas prise sur lui. Dès les premières notes, Winston Rodney embrase la Ballroom et galvanise la foule, qui se lève et vibre au rythme de sa musique. Sa voix puissante, alliée à un jeu de percussions inspiré, touche l’auditoire et déclenche une ovation après chaque morceau.

La formation impressionne par sa cohésion. Cecil Ordonez s’impose toutefois comme l’un des grands favoris de la salle : ses pas de danse nerveux et son énergie communicative électrisent le concert du début à la fin.

La section de cuivres, emmenée par le tromboniste Micah Robinson, le saxophoniste Clyde Cummings et le trompettiste James Smith, entretient un groove irrésistible et révèle son aisance lors de solos précis.

Face à une Ballroom comble et vibrante, le chanteur jamaïcain livre une performance spirituelle et militante, soutenue par des cuivres efficaces et des rythmiques hypnotiques. Il célèbre plus de six décennies de carrière sans relâcher l’intensité.

Ce concert s’inscrit dans le cadre du ‘Continuation Of The Marcus Garvey Self Reliance Tourr’, et confirme qu’à près de 81 ans, sa voix, sa présence sur le podium et son message d’autodétermination demeurent bien vivants.

La setlist accorde naturellement une large place aux classiques, tout en intégrant plusieurs titres issus de son projet collaboratif « Call On Me » (Burning Spear and Friends), paru au printemps 2026. Les fans saluent une véritable communion auprès de l’artiste, notamment pendant les morceaux emblématiques qui nourrissent sa légende depuis les grandes heures du mythique Studio One.

Le concert restera comme un moment fort pour l’un des derniers grands témoins vivants du reggae roots. L’ambiance circule entre les musiciens, la star jamaïcaine et une foule conquise. Burning Spear tient 96 minutes sans faiblir : respect pour l’artiste et pour ses musicos, solides jusqu’au bout.

Setlist : « Happy Day », « She's Mine », « Columbus », « Tumble Down », « Driver », « Identity », « Great Men », « The Youth », « Nyah Keith », « The Sun », « Old Marcus », « Garvey », « Man In The Hills ».

(Organisation : GreenHouse Talent)

 

 

George Thorogood & The Destroyers

Thorogood rallume la machine à riffs…

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Plus de cinquante ans de carrière, plus de 8 000 concerts et 15 millions de disques vendus : George Thorogood & The Destroyers se produisaient à l’Ancienne Belgique ce 21 juin 2026, dans le cadre du ‘The Baddest Show on Earth Tour ». Un combo resté fidèle à son rock’n’roll roots, taillé pour les planches et nourri de blues.

La soirée s’annonce torride, au propre comme au figuré. Thorogood vient aussi de publier « The Baddest Show On Earth : Greatest Hits Live », un long playing de onze titres paru le 12 juin, qui immortalise des prestations enregistrées entre 1978 et 2024.

La première partie est assurée par Jared James Nichols, guitariste blues-rock réputé pour son jeu musclé et son sens du riff. Découvert ici en 2024 en ouverture de Mr. Big, l’artiste revient défendre son quatrième elpee, « Louder Than Life ».

Nichols impose d’emblée sa présence. Sa musique mêle l’impact du hard rock et une veine blues plus habitée, sans céder à la démonstration gratuite. Produit par Jay Ruston, « Louder Than Life » aligne des titres solides, souvent construits autour de riffs chargés de tension. « Way Back », par exemple, regarde vers le hard rock des années 70 sans tomber dans la simple révérence.

Sur les planches, Jared James Nichols présente de larges extraits de ce nouvel opus. Armé de sa guitare électrique, il occupe l’espace sans relâche, soutenu par un batteur, un second guitariste et un bassiste qui avancent souvent en front de scène. Les musiciens se répondent dans de véritables joutes instrumentales, d’une précision rare pour une première partie. Les enchaînements restent tendus ; Nichols ne coupe le rythme que pour annoncer le morceau suivant. Plus nuancé, « Bending or Breaking » prend la forme d’une ballade rock mélodique, au cours de laquelle la voix est maîtrisée et le solo chargé de feeling. Le titre évoque l’incertitude d’une relation sans forcer le pathos. En fin de set, le guitariste invite la salle à le rejoindre au merchandising pour partager une bière et discuter. Le geste confirme une proximité simple auprès de l’auditoire, qui répond chaleureusement. Une ouverture solide, trop brève, mais parfaitement dispensée (page ‘Artistes’ ici). 

À 21 h précises, George Thorogood & The Destroyers attaquent le gros morceau de la soirée. Le chanteur-guitariste prend place au centre, guitare en main. Derrière lui, Ryan Rice se réserve la batterie depuis une estrade ; à sa gauche, le saxophoniste occupe une large part du son, tandis que Brian Weaver assure la basse. Le light show reste fourni sans détourner l’attention de l’essentiel : un rock roots direct, nerveux, souvent dynamité par le saxophone. La setlist compte onze titres, dont plusieurs reprises charpentées. « Rock Party » ouvre le set avant la cover du « Who Do You Love ? » de Bo Diddley, qui installe d’emblée le ton : riff acéré, refrain fédérateur, chœurs efficaces et cadence implacable. Thorogood écorche ses cordes sans relâche, mais garde le contrôle. « One Bourbon, One Scotch, One Beer » s’étire sans perdre sa force ; l’interprétation tient par son groove, ses relances et l’assurance brute du band. « Get A Haircut » ajoute une dose d’humour et offre l’un des meilleurs moments vocaux du set. Dans la fosse, les réactions grimpent encore d’un cran pendant « Bad To The Bone » et « I Drink Alone », deux classiques repris en chœur. Les riffs, devenus familiers, gagnent ici en rugosité, tandis que les solos de saxophone apportent davantage d’épaisseur aux compos. « Gloria », emprunté à Them, mène le concert vers sa dernière ligne droite, puis « Born To Be Bad » clôt la prestation sur une note franche et efficace.

Thorogood conserve une présence scénique évidente. Il échange souvent avec la foule, plaisante, sourit et semble savourer chaque minute. Sa voix tient la distance, son jeu de guitare reste tranchant, et la formation est soudée. Le concert rappelle pourquoi ce répertoire continue de fonctionner : des titres simples, solides, interprétés devant un auditoire conquis.

Setlist : « Rock Party », « Who Do You Love ? » (Bo Diddley cover), « Mama Talk To Your Daughter » (J.B. Lenoir cover), « I Drink Alone », « One Bourbon, One Scotch, One Beer » (Amos Milburn cover), « Get A Haircut », « Bad To The Bone », « Gloria » (Them cover), « Move It On Over » (Hank Williams With His Drifting Cowboys cover), « Born To Be Bad ».

(Organisation : Live Nation)

 

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