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Chroniques

Just Jack

Overtones

Écrit par

« Overtones » n’est pas un album récent ; et quelques singles ont déjà fait la preuve de son succès : « Writers Block » (du même nom que le dernier album de Peter Bjorn & John, mais dans un tout autre registre) et « Starz In Their Eyes ». Et d’autres comme « I Talk Too Much » ou « Symphony Of Sirens » sont en passe de le devenir. Car « Overtones » est littéralement une boîte à singles. Les trois-quarts des morceaux sont accrocheurs et parfaitement huilés afin d’affronter les chaînes de télévision musicales et radios en tous genres. Cette galette pleine d’énergie semble rallier pas mal de générations. Dans le shaker Just Jack, on retrouve de la dance, un zeste d’électro, une mesure de hiphop, une nuance de soul, le tout saupoudré d’un flow parfaitement british. Une fois la mixture préparée, elle est agitée dans les studios Mercury et servie à la clientèle attablée, assoiffée de beats à déhanchements variables. Les soixante minutes partagées en douze pistes de cet album accompagneront judicieusement toute activité sportive ou festive. Et c’est carrément incroyable de voir y figurer autant de morceaux intéressants, malgré le dessein ultra commercial qui les guident. On ne rechignera pas sur les bons moments qu’il procure et la qualité générale des mixes. C’est avec un sifflotement contenté que je termine cette chronique. Sympa Just Jack et ses airs de Wayne. Juste sympa, mais sur toute la longueur de l’elpee, ce qui, en soi, est une prouesse.

Various Artists

Ruf Records Anthology

Écrit par

Thomas Ruf est né le douze décembre mil neuf cent soixante-cinq (12.12.1965). Il est le boss du label qui porte son nom. Son chiffre fétiche est le 12. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles il a sous-titré cette luxueuse collection : "12 years of where blues crosses over". Une compile qu’il a voulu plus originale que toutes celles de ses éventuels concurrents. En fait, cet opus constitue une rétrospective de douze années riches en productions maison.

 

En 2006, le "Full circle" de Walter Trout avait récolté un immense succès commercial. Son plus grand à ce jour. "Workin' overtime" en a été extrait. Une plage au cours de laquelle il partage un duo en compagnie du Canadien Jeff Healy, célèbre guitariste atteint de cécité. La délicate Sue Foley figure également sur ce recueil. Pour un titre très saignant. En l’occurrence la plage éponyme de son excellent elpee "New used car". En 2005, la redoutable et imposante Candye Kane s’était illustrée par son excitant "White Trash girl". La présence de cette compo n’est donc pas étonnante. La même année, le Ruf Blues Caravan réunissait plusieurs jeunes artistes dont Ian Parker, un Britannique particulièrement doué. Sa voix est pure. Sa guitare menaçante. Mais surtout il impressionne par son "It hurts a man". Commis en 2003, le "White crosses" du Texan Omar Dykes nous permet de revivre de biens agréables instants. Un morceau finalement bien léger concédé par le géant dont le bon quintal lui donne souvent une puissance démesurée. On n’entend plus guère Larry Garner aujourd’hui. En 2002, la voix frêle mais bien timbrée de ce sympathique personnage colorait une chanson qui porte son nom. L’année suivante, Thomas faisait une découverte importante : Ana Popovic. Depuis, sa carrière a pris une toute autre dimension. La guitariste slave est même prête à rebondir outre-Atlantique, puisqu'elle vient de signer chez Delta Groove, label établi à L.A. réputé pour son dynamisme. Sa très belle ballade "Love fever" est ici incluse. En 2000, l’Albion avait révélé le jeune Aynsley Lister. Il a déjà bien roulé sa bosse depuis. Chantre remarquable, Kevin Coyne nous a malheureusement quittés. En 2004. Un hommage lui est en quelque sorte rendu sur cette plaque. L’écurie possède également ses fers de lance. Tout d’abord Canned Heat, les rois de la boogie music. "See these tears" date de 1999. Il met en exergue le talent de Robert Lucas et du regretté Henry Vestine. Le funk débridé et participatif de Bernard Allison n’a pas été oublié. Il remonte déjà à 1995. Et Luther Allison clôture la partie audio de cette anthologie par "Put your money where your mouth is". En 1989, Ruf était l'agent européen de cette star. Cinq ans plus tard, il monte son label pour son héros. C'est l'Histoire!

Le DVD s'ouvre et se referme par le merveilleux Luther Allison. Il chante "Bad love", extrait d'un vidéoclip tourné en 1994. L’émotion est alors à son comble. Et c’est bien compréhensible. Chez Ruf, on ne s’est véritablement intéressé au DVD qu’au cours des trois dernières années. En 2006, le line up de Blues Caravan (toujours d’actualité) réunissait Ian Parker, Aynsley Lister et Miss Lyytinen, dont la fraîcheur illumine les cœurs. Souriant, Sue Foley caresse les cordes de sa Telecaster multicolore tout au long d’"Absolution". Et elle est habile sur son instrument, la mignonne! Bob Brozman manifeste une dextérité folle et quasi inhumaine. Un exercice de style d’un bon quart d'heure. Bernard Allison reprend le succès éternel de son père, "Bad love". Flanqué de ses Howlers, Omar nous entraîne au cœur des bayous de la Louisiane. Il nous y réserve un de ses meilleurs titres : "Monkey land". 2005 est manifestement l’année des décibels. Robin Trower, Ana Popovic et Ian Parker se fendent chacun d’un blues rock bien électrique. Ce dernier se distingue inévitablement dans la spécialité qui est la sienne : la longue ballade lente aux accents dramatiques, et nous concède un excellent "Awake at night". L’univers californien des Imperial Crowns s’embrase. Dément, brûlant, torride même, "Lil' death" est attisé par la slide aux accents métalliques et démoniaques. De plus anciennes images ont également été sélectionnées. Et en particulier celles consacrées à Aynsley Lister, réputé pour sa slide puissante. A Walter Trout, ensuite. Le vendeur le plus performant du label est bien évidemment soutenu par ses Free Radicals. Et enfin au coup de cœur maison, le sympathique duo teuton, Friend'n Fellow. Si cette collection est finalement bien agréable à regarder aussi bien qu’à écouter, nos vœux, pour la suite de l'histoire, vont inévitablement à Thomas Ruf!

 

 

Eddie Vedder

Into The Wild (OST)

Écrit par

Eddie Vedder n’a pas réfléchi deux fois lorsque son grand pote Sean Penn l’a contacté pour  illustrer musicalement son nouveau long métrage, « Into The Wild » (« En pleine nature » pour la VF). Prévu sur les écrans belges dès janvier, ce film au casting des plus respectables (Vince Vaughn, Catherine Keener, Marcia Gay Harden, William Hurt…) s’inspire de la véritable histoire d’un jeune diplômé qui, fatigué par la tournure prévisible que prend sa vie, décide de tout laisser tomber et de partir à l’aventure sur les routes indomptées du sud-ouest des States jusqu’aux splendides plaines enneigées de l’Alaska...

Si nos mirettes risquent d’en prendre pour leur grade devant le grand écran, comme le laisse présager la bande annonce, nos tympans ne seront pas en reste. Pour « Into the Wild », Vedder a composé onze morceaux contemplatifs et accrocheurs, que l’on imagine illustrer à merveille le tableau des paysages indomptés d’Alaska, mis en boîte par Sean Penn. Bien qu’il risque essentiellement de rassembler les fans de sa formation originelle, le compositeur s’autorise quelques introspections. Elles devraient envoûter l’ensemble des spectateurs qui seront charmés par l’œuvre cinématographique. Autant sur grand écran que sur disque, « Into the Wild » est un appel à la liberté qui ne laissera personne de marbre.

Msn:

http://sib1.od2.com/common/product/Product.aspx?shop=40&associd=4&catno=OD2DI6202931

i-tunes:

http://phobos.apple.com/WebObjects/MZStore.woa/wa/viewAlbum?id=262244806&s=143446

Bo Ramsey

Stranger blues

Écrit par

Robert Franklin "Bo" Ramsey est né dans l'Iowa. En 1951, sur les rives du Mississippi. Il y a plus de trente années que ce passionné de blues parcourt les routes. Tout d’abord au sein du Mother Blues Band, ensuite flanqué des Sliders. Depuis près de deux décennies, il se produit en duo en compagnie du chanteur folk, Greg Brown. A la guitare. Il a également mis en forme plusieurs albums de son compare, mais aussi d’une multitude d’autres artistes ; et en particulier de Teddy Morgan, Lucinda Williams et Dave Zollo. Bo compte déjà neuf albums à son actif, dont "Down to Bastrop" en 91, "Bo Ramsey and the Backsliders Live" en 95 et "In the weeds" en 97. Bo est avant tout chanteur, guitariste et compositeur. Et ce nouvel opus brise un long silence discographique. Cependant, il n’y met pas en évidence ses propres chansons, mais rend hommage à de nombreux bluesmen qui l'ont marqué. Il réussit ainsi à se réapproprier ces reprises, en les intégrant parfaitement dans son propre style.

Le titre maître est une compo signée Elmore James. Mais elle aurait pu relever du répertoire de Ramsey, tant il l’a intégrée. Un roots rock très laidback, décontracté, feutré, paresseux, presque réservé. Nous ne sommes pas très loin de l’atmosphère générée par Tony Joe White au cœur des bayous, une atmosphère alimentée, pour la circonstance, par la guitare électrique réverbérée de Miss Pieta Brown. Le traitement est ensuite appliqué au "Hate to see you go" de Little Walter. Imprimé sur un rythme soutenu, ce morceau n'est pas sans rappeler les débuts de John Lee Hooker. Mais le plus intéressant procède du travail personnel opéré sur "Sitting on top of the word". Le tempo est inexorablement lent. Le climat dépouillé à l'extrême. Le désespoir plane tout au long de cette complainte lugubre. Hypnotique, la voix est volontairement grave. La guitare acoustique à 12 cordes de Greg Brown et le piano électrique de David Zollo traduisent leurs interventions en moment d'une délicatesse infinie. Retour au rythme pour trois compos. Tout d’abord l'irrésistible "Jump, baby, jump" de la regrettée Jessie Mae Hemphill, un boogie aux accents légers. Ensuite le "Crazy mixed up world" de Dixon, un fragment balayé par les cordes discrètes et efficaces de Pieta. Et enfin le "No place to go" de Howlin' Wolf, plongé dans une véritable ambiance de transe. La voix nasillarde et graveleuse de Ramsey se prête le mieux au sein d’un milieu déjanté, nonchalant. A l’instar de "Little Geneva", parfumé d’une slide radieuse. La reprise du "You got me dizzy" de Jimmy Reed est plus classique, presque banale, s’il n’y avait les cordes de Bo qui glissent sur le fil du rasoir. "I wanna get funky" est un autre grand moment de l’elpee. Bo, chante, que dis-je, susurre cette chanson. Il bénéficie, en outre de la complicité du timbre suave de Pieta. Le rythme paresseux est balisé par l'orgue B3 de Ricky Peterson. Une merveilleuse partie de cordes, mais dispensées parcimonieusement, sublime l’ensemble. Epatant ! Issu de la plume de Sonny Boy Williamson, "Unseeing eye" campe un Chicago shuffle implacable. La section rythmique assure et Joe Price revient dans le parcours armé de sa slide. Ce superbe album épingle un superbe instrumental country impliquant Greg Brown au banjo : "Freight train", et s’achève par l'éclatant "Where the sun never goes down".

 

 

 

Saturation Point

Three

Écrit par

Il existe des endroits presque inaccessibles, de par leur hauteur ou leur complexité. Il n’est malgré tout pas toujours nécessaire d’avoir sous la main une échelle aux dimensions incroyables pour atteindre ces lieux. Parfois sept échelons d’une escabelle suffisent. Comme dans le chef de ces Anglais issus de Bristol répondant au patronyme de Saturation Point. Ils ne proposent que sept étapes ayant pour seul titre leur numéro d’apparition sur la galette : « Three-Point-One », « Three-Point-Two », « Three-Point-Three »… Intitulé globalement « Three », ce premier opus semble se taper une fixette sur les chiffres et le jeu qu’ils en font. Chaque pas posé plus haut sur l’échelon, décolle d’un bond de géant dans un univers exclusivement instrumental, et déclenche un foisonnement d’associations de sons. Ces derniers se chevauchent sans gêne et frisent le ‘faux’ sans jamais en souffrir. Les cuivres et la batterie découpent des lamelles fines qui se glissent entre les cordes saturées des guitares. Un véritable patchwork apparaît et met en exergue le parfum d’une créativité courageuse. Rempli d’énergie jusqu’à la garde, chaque morceau se démarque de l’autre par une vélocité grandissante et successive. Les trois (surnommés The 3 J’s) artistes composant le groupe ne dérapent jamais dans leur ascension et aboutissent sans embûche à leur propre point de saturation. A l’instar d’un Mogwai, ils se rendent là où les sensations de plénitude ont explosé pour ne laisser s’exprimer que l’émotion seule. Sept titres parfaitement disposés et dénués d’un quelconque élément inutile ou superflu. Faussement simple et parfaitement efficace !! J’adore !

Tokyo Sex Destruction

Singles

Écrit par

Cette compile réunit des singles mis en ligne par le groupe sur des plates-formes légales de vente. 15 morceaux parmi lesquels figurent deux covers. Tout d’abord « People in me », un des deux hits de Music Machine, formation californienne météorique, dont la notoriété n’a jamais dépassé l’année 1967. Et puis le « Get on your knees » de Los Canarios, un combo issu des Canaries qui a sévi entre 1967 et 1974. Ce quatuor espagnol pratique une musique garage largement contaminée par le funk. Pour vous donnez une petite idée, imaginez un Lenny Kravitz qui aurait décidé d’en revenir à des influences plus respectables : c'est-à-dire Jimi Hendrix, Sly & The Family Stone et le MC5. Pas pour rien que les quatre musiciens ont décidé de choisir pour pseudo nom de famille, celui du manager de la formation mythique de Detroit : Sinclair. Pour l’une ou l’autre compo, JC., R.R., R.J. et S.F. ont quand même reçu le concours d’un drummer/percussionniste et surtout d’un saxophoniste/trompettiste, histoire de donner une coloration latino-jazzyfiante à leur expression sonore (« When the shadows cross the river »). Deux plages (« Old man » et « Another day ») empruntent curieusement le sens mélodique complexe de Make Up, alors que « Your best friend is dead » trahit des réminiscences hardcore. Plus étonnant, « Summer days » s’abandonne dans une sorte de bossa nova lounge. T.S.D. s’autorise même une version acoustique de ce fameux « Old man ». Quant à la voix de J.C., son amplitude lui permet d’emprunter une multitude d’inflexions. Elles oscillent ainsi de Hugh Cornwell à Bryan Ferry, mais sans jamais en égaler le timbre. Mais ce type de vocaux correspond parfaitement à la musique de cette formation ; les chœurs falsetto des trois autres musiciens apportant un petit côté kitsch aux mélodies…

 

 



Various Artists

Studio One Roots vol.3

Écrit par

Il y a plusieurs déjà plusieurs années que le label anglais Soul Jazz réédite l’immense catalogue du label jamaïcain « Studio One ». On ne va pas faire refaire l’histoire, mais sachez simplement que « Studio One » est l’endroit où le reggae est né. Le studio a été pendant plus de vingt ans un incroyable vivier de talents (il a été, entre autres, fréquenté par Bob Marley, Jackie Mittoo, John Holt et Alton Ellis) et la musique enregistrée sonne toujours aussi bien, plus de trente (ou quarante) ans après sa conception.

Les Anglais de Soul Jazz privilégiant les séries thématiques, ce volume constitue le troisième volet des chansons dédiées à la Black Pride et le rastafarisme. Des paroles conscientes enregistrées par des artistes connus (The Gladiators, Dillinger, Cedric Im Brooks, Count Ossie) et d’autres plus obscurs (Winston Flames, Clifton Gibbs, Lloyd Forest). L’immense qualité de « Studio One » reposant sur la recherche mélodique et musicale constante, l’auditeur retrouvera ici peu de déchets et beaucoup de bonnes surprises. Que ça soit de la soul (Jennifer Lara, Freddie Mc Kay), du psychédélisme dub (Winston Flames), des instrus jazzy (Vin Gordon, Count Ossie) ou des harmonies vocales (le magnifique « Re Arrange » des Gladiators). Un seul mot d’ordre donc : check it out !

 


Mira Calix

Eyes Set Against the Sun

Écrit par

L’ancienne Djette résidente des clubs londoniens (sponsorisés par Warp) se peaufine dans une complexité sonore éprouvante qu’offre son troisième album « Eyes Set Against the Sun ». Boucles bruitistes, breaks minimalistes et nappes orchestrales, synthétiques ou instrumentales matérialisent une humeur dénudée, cyclique et fusionnelle. Mira Calix (aka Chantal Passamonte), dame de cœur, pique dans le ressenti et dévoile son être sous des compositions sensibles parcourues de chœurs et de cordes (l’archet de Ciaran Mc Cabe). Une musique de phase, contemporaine et expérimentale où l’alliance de l’école classique (Streetwise Opera, Britten-Pears Orchestra, Woodbridge School Junior Chair) et de tonalités électroniques se projette dans une dimension bipolaire. L’apprentie surdouée, élevée à l’electro de Ninja Tune et Warp (Strictly Kev et ses mentors Derrick May, Aphex Twin, Boards of Canada), module les tonalités dans une sphère de performance symbolique pour en libérer des compositions parfaitement abouties.