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Elena Tonra rompt le silence de son projet solo Ex:Re. La voix du combo indie-folk londonien Daughter annonce la publication de Save As, un nouvel elpee attendu pour le 30 octobre chez 4AD. Pour faire patienter l'auditoire, elle dévoile le single d'ouverture…

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Ásgeir

Bury The Moon

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Alors que la tournée promotionnelle devrait reprendre dans quelques jours (en passant non loin de chez vous), penchons-nous sur le troisième album de notre barde Islandais.

Ainsi, « Bury The Moon » commence par une échappée belle, si l’on en croit les dires de son auteur. Fuyant les turpitudes de Reykjavík pour s’isoler au milieu de nulle part, occupant la maison de vacances d’un ami au milieu de terres fabuleuses bordées de fjords et de montagnes majestueuses, Ásgeir a donc pris soin de se recentrer sur lui-même.

Se redécouvrir et être à l’écoute de soi. Méthode en adéquation avec la finesse de la musique qu’il nous propose depuis ses débuts. Seulement armé d’une guitare et d’un piano, il s’en est donc allé braver ses tourments intérieurs, guidé spirituellement par un père, poète de 76 ans, omniprésent tout au long de cet opus de facture classieuse et mélancolique. Une collaboration plus qu’une filiation, puisque les textes sont comme toujours, écrits de concert.

En résulte des chansons gracieuses où les harmoniques s’entrelacent et les rythmiques se tiennent suspendues à des fils de soie, délicatement ourlés par la voix si particulière de ce jeune homme timide.

Un retour aux sources de l’inspiration, mais qui ne signifie pas l’abandon de toute modernité.

Car comme d’habitude, Ásgeir Trausti distille des sonorités digitales qui viennent épouser l’organique de sa musique.

Véritable voyage intérieur ouvert aux perspectives extérieures, cet opus résonne de façon différente selon l’humeur de son auditeur, mais jamais ne risque de le brusquer.

Entre nostalgie (« Youth » en est la quintessence) et suavité, les chansons se succèdent en véhiculant leurs accents pop et leurs arythmies singulières.

Pourtant, au-delà de cet aspect ronflant, les compositions ne sonnent jamais de façon mièvre. Au contraire, il existe toujours un élan magistral pour soulever l’intérêt. Ici une envolée de cuivres (« Pictures »), là un parterre de chœurs (« Overlay »).

Et l’on devine la somme de travail de ce stakhanoviste acharné, les heures passées à étudier la musique pour en extraire l’essence de ses propres sentiments.

Un travail d’orfèvre qui, bien mieux que sur « Afterglow », le précédent LP paru en 2017, rend justice aux visions oniriques de son auteur.

Ce disque devrait donc assoir le succès d’Ásgeir, et ce malgré des circonstances peu propices à l’invasion du monde.

Un comble pour un descendant des Vikings !

Bonny Light Horseman

Bonny Light Horseman

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Eric D.Johnson, Anaïs Mitchell et Josh Kaufman. Ces trois noms ne vous disent certainement pas grand-chose. Pourtant, de l’autre côté de l’Atlantique, Bonny Light Horseman est considéré comme un ‘supergroupe’. Il est vrai qu’en cherchant un peu on se rend compte que les musiciens ont un sacré background. E. Johnson est le leader de la formation indie-folk Fruit Bats. Il a notamment collaboré avec The Shins, Vetiver ou encore Califone. J. Kaufman a participé à des sessions d’enregistrement pour Josh Ritter, The National et War on Drugs. Enfin, A. Mitchell est une songwritrice de folk/country dont le nom est parfois cité aux côtés de Bob Dylan, Leonard Cohen ou Gillian Welch (rien que ça !!!).

C’est à l’occasion d’une invitation lancée, au sein d’une résidence d’artistes, à Berlin, par Justin Vernon (Bon Iver) et d’Aaron Dressner (The National), que les trois musiciens décident de travailler ensemble. C’est d’ailleurs sur leur label 37d03d que cet album est paru. Outre l’un des frangins Dressner et Justin Vernon, Lisa Hannigan et Kate Stables au banjo (This Is The Kit) figurent également parmi les nombreux invités.

Sans surprise, cet elpee baigne dans le folk et la country. Un disque réunissant essentiellement des reprises de classiques du style, de morceaux qui figurent dans le répertoire de Fruit Bats et de titres méconnus. Et si à premier abord, cette musique semble simple, lorsqu’on s’y attarde, on se rend compte qu’elle est bien plus complexe et subtile qu’on ne pouvait l’imaginer. Mais ce qui séduit le plus, ce sont les splendides harmonies vocales et la voix vibrante d’Anaïs Mitchell. Et le titre maître éponyme, « The Roving » ou encore « Bright Morning Star » chanté a cappella, en compagnie de Justin Vernon, en sont les plus belles illustrations.

Dans l’univers du folk, cet opus est certainement un des meilleurs de l’année 2020. Espérons que le projet perdure et que le trio nous réserve encore des compos de cette qualité…

Mauvais

Tout va bien

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S’appeler Mauvais, fallait vraiment oser ! Mais de surcroît programmer la sortie d’un nouvel album un premier avril en pleine période de confinement tient plus de la schizophrénie qu’à la prise de risque…

Ajoutez-y un peu plus de 55 minutes de chansons délirantes et vous obtiendrez un produit subversif à n’en plus finir.

Pourtant le trio Calogero Marotta/Patrick Schouters/Christophe Enclin est coutumier du genre. Souvenez-vous, lors du premier essai, enthousiastes, ces gais lurons avaient proposé de prendre la place du gros Gégé (« Pour toi, je peux devenir Gérard Depardieu »).

Si le premier opus laissait déjà entrevoir les entrelacs d’un graal sous un lit de lyrisme éhonté, « Tout va bien » pointe le bout du nez quatre années plus tard dans un registre assez éclectique tout en conviant, au passage, des comparses tels que France Cartigny, Jean-Pol Steffens et Hervé Borbé, sans oublier quelques autres lascars, afin de livrer une kyrielle de chansonnettes destinées à faire le bonheur de celles et ceux pour qui la langue française a (encore) une certaine importance (toute relative)…

Tout en mettant l’accent sur le second degré et la bonne humeur, les musiciens s’adonnent joyeusement à un exercice lexical entre réflexions sur l’absence de l’acteur français Michel Constantin, figure emblématique des seconds rôles dans les années 60-80, et natation synchronisée ; le tout en affichant une facilité déconcertante ou si préférez… comme s’ils nageaient comme des poissons dans l’eau…

Vu sa curiosité surréaliste, Mauvais (s’) offre une vision musicale particulièrement ample et la traduit en douze compos dont la filiation littérale est improbable, à l’instar du titre « Je voyage en OVNI ».

Entre le mysticisme d’un Mickey 3D et la poésie contemporaine d’Hiroshima Mon Amour, Mauvais cultive le sens du rythme et de la folie sous un air faussement désabusé, mais avec cette intelligence artistique dont trop peu de groupes peuvent se targuer.

Drôle, captivant et addictif à la fois !

Tindersticks

No Treasure But Hope

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Et si ce dernier album en date était le plus beau, le plus abouti, le plus simplement magnifique enfant de la discographie de Tindersticks ?

Introduit par un piano dernièrement acquis par Stuart Staples et installé dans un studio où le groupe s’est retrouvé pour enregistrer live en cinq jours, ce nouveau joyau d’une carrière qui n’en manque pas, « No Treasure But Hope » écrit la bande son idéale pour ces moments de vie baignés de nostalgie mais tournés vers l’avenir.

« For The Beauty », titre éclaireur en ces terres brumeuses traversées de pans de lumières salvateurs, déploie son orchestration avec grâce et majesté mais sans grandiloquence ; exactement ce que le groupe fait le mieux depuis ses débuts, en 1991.

Une retenue qui lui sied bien, une modestie qui lui colle à la peau.

Flirtant avec la perfection à plus d’une reprise, berçant et chérissant nos sens sans flagornerie (« Pinky In the Day Light »), libérant la suavité de nos pensées paresseuses (« Take Care In Your Dreams ») ou générant un motif hypnotique dans lequel quelques cordes viennent se faire l’écho de quelques fantômes dissimulés dans le fond de nos mémoires (« See My Girls »), ce nouvel opus d’un des groupes majeurs de la scène musicale apporte la preuve que le temps n’a pas d’emprise sur le génie.

Ponctué d’arrangements somptueux, l’album est conduit comme un navire par la voix de son leader, égrainant les mots tels des balises, évitant les écueils et accostant sur des terres chargées de promesses, aussi belles que vaines.

Reflet d’un plaisir retrouvé bien que jamais perdu, celui de jouer ensemble, au diapason de ses sensations, Tindersticks nous offre donc non pas un éphémère présent, mais l’immortalité de l’espoir.

Poignant !

Fiona Apple

Fetch the bolt cutter

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Fiona Apple est un fameux personnage. Féministe jusqu’au bout des ongles (NDR : elle a été violée à l’âge de 12 ans !), elle dénonce le monde qui l’entoure. Et tout particulièrement dans ses lyrics. Certains médias ont même baptisé ce nouvel opus de post ‘Me Too’. Son cinquième, alors que le premier remonte déjà à 1996. Mais à chaque fois, on se prend une claque. Pas seulement à cause des textes, mais aussi de la musique. « Fetch the bolt cutter » a été enregistré chez elle, à Venice Beach. Et c’est la première fois qu’elle supervise entièrement la mise en forme de son elpee, même si elle a reçu le concours des ingénieurs du son Tchad Blake et John Would.

Mais venons-en à ce disque, qui outre l’instrumentation basique (piano, guitare/(contre)basse/batterie) est truffé de cris, chuchotements, respirations noueuses, percus insolites (notamment africaines, exotiques, métalliques, caribéennes, parfois synthétiques et même produites à l’aide d’ossements), des aboiements de chiens, etc. Et puis, il y a la voix de Fiona capable d’osciller d’un cri déchirant à un murmure intimiste, en passant par des intonation féroces, fragiles, puissantes ou frémissantes. Sans oublier les chœurs ! Angéliques, liturgiques, quasi-a cappella ou gospel. Tout un programme ! D’autant plus que l’autrice/compositrice/interprète n’hésite pas à jouer avec les structures des morceaux, en brisant les rythmes, par exemple ou encore en nous plongeant dans une forme d’univers vaudou. Un peu à la manière de Tom Waits pour l’album « Bone machine ». Bref, trempé dans un blues singulier, cet LP est à la fois complexe et désorientant. Mais il reflète parfaitement le talent créatif de l’artiste. 

En Attendant Ana

Juillet

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Si la perfection pop indie n’existe pas, elle a souvent été approchée, tel l’astre solaire. Et si beaucoup s’y sont brûlés les ailes, d’autres encore l’ont côtoyée avec succès.

Longtemps considérés comme les parents pauvres de cette conquête, les seconds couteaux ou les Poulidor du genre, incarnés par les groupes français, ont par essence toujours semblé marquer le pas sur leurs voisins d’outre-Manche et leurs cousins d’Amérique. Bien sûr, on dénombre quelques joyaux qu’on ne citera pas ici, car tout est question d’appréciation ; mais force est de constater qu’en terme de succès international, l’injustice a souvent frappé nos amis d’outre-Quiévrain.

Et si En Attendant Ana parvenait à vaincre le signe Indie ?

Aujourd’hui que les frontières se sont effacées, le combat semble obsolète. Et pourtant, si couronne il y avait à décrocher, ce disque pourrait ravir tous les lauriers.

Truffé de pépites, de mélodies imparables, emmené par la voix haut perchée de sa chanteuse, ce deuxième album confirme tout le bien que l’on pensait déjà de la formation, en poussant le curseur un cran plus haut.

Maîtrisé et irrésistible de candeur juvénile, « Juillet », dont le titre est sans aucun doute la trouvaille la moins originale, rappelle le meilleur d’un certain shoegaze et d’une subtile dream pop, soit une époque dorée pour un genre qui toujours a cherché à se renouveler.

Et qui pourrait bien avoir trouvé ici son second souffle…

Wire

10 :20

Écrit par

« 10 :20 » n’est pas un nouvel elpee de Wire, mais une compile réunissant de nouvelles versions de titres déjà publiés. Des enregistrements qui devaient paraître dans le cadre du ‘Record Store day’, annulé pour cause de Covid 19. Ce qui n’a pas empêché la formation de sortir, quand même, ce recueil de morceaux revus et corrigés, dont certaines raretés, qui figuraient notamment sur « Red Barked Tree » et « Mind hive », pour la première partie de « 10 :20 », et d’autres composés plus récemment, en ce qui concerne la seconde partie. Bien que Bruce Gilbert ait quitté le navire en 2004, après la sortie de l’album « Send », on retrouve bien le son de Wire, même si les plages 1 à 4 impliquent Margaret Fiedler McGinnis (Laïka) et Simms aux grattes solos, alors que pour le reste, c’est ce dernier qui se charge de la ‘lead guitar’, Colin Newman se réservant, bien entendu, la rythmique. Cependant, le plus intéressant procède de l’approche différente des compos. 

« Boiling Boy » se distingue par la limpidité des sonorités des cordes, mais également sa richesse, une texture entretenue par les trois gratteurs, même lorsque la compo monte en intensité à mi-parcours. 

Caractérisé par sa mélodie accrocheuse, « German shepherds » bénéficie de chouettes harmonies vocales échangées entre Newman, Lewis et Fielder.

Rêverie à la fois hypnotique et atmosphérique, « He knows » évolue sur un tempo plus lent ; harmonieuse, la ligne de basse créant, en quelque sorte, le contrepoint.

On retrouve toute l’urgence punk sur le brutal et psychotique « Underwater experience ».

« The art of persistence » est bercé par une douce et jolie mélodie, rappelant les travaux solos de Colin Newman,

Ethéré et mystérieux, « Small black reptile » s’achève dans un trip psychédélique.

Des sonorités chaleureuses de synthé s’infiltrent tout au long de « Wolf collides », une plage à la mélodie épurée.

Le long playing s’achève par « Over theirs », une plage de plus de 9’. C’est également la meilleure de cet LP. Les guitares sont denses. Monolithique, le drumming martelé est puissant. Et parfois, on a l’impression de frôler le « Kashmir » de Led Zeppelin. Etonnant !

The Men

Mercy

Écrit par

Repéré en 2010 grâce à l’album « Immaculada », un brûlot qui lui avait ouvert les portes du label Sacred Bones, le quatuor de Brooklyn ne cesse de se réinventer, de surprendre, voire de complètement déstabiliser son auditoire.

Elpee bien propre sur lui, ce « Mercy » démarre par une ballade qui d’emblée plante le décor. Classique et élégante cette chanson séduit par ses harmonies et agace par ses évidences.

Mais « Waiting In Dirty Water » emprunte alors directement une autre voie, conduite par un gimmick répétitif dessiné conjointement par des sonorités de guitare et d’orgue, échappées des années 70.

Dix minutes plus tard, après avoir tiré en longueur, secoué par des montées psyché saturées ou apaisé plus loin par des nappes d’Hammond sous LSD, le titre entrevoit alors un final aux portes de la perception, lors d’un decrescendo grisant...

La force de cet album procède sans aucun doute du songwriting et d’un line-up stabilisé depuis quelques temps. Et ces faiblesses dans l’audace de ce groupe à essayer tout ce qui lui chante. En témoigne ce « Children All Over The World » baigné de chorus et outrageusement maquillé comme un camion volé sur une aire d’autoroute dans les années 80. Mais le plus surprenant c’est que l’ensemble tient parfaitement la route. Et si le bruit des débuts fait souvent place à l’écriture, les fulgurances de quelques soli de guitares rappellent les débuts sans concession.

Tantôt calme, tantôt extatique, la musique de The Men explore les genres, s’approprie les codes tout en assurant sa propre originalité.

Une vraie réussite, telle une insulte gracieuse jetée à la face du monde.

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