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Cassandra Jenkins

La lumière destructrice de Cassandra Jenkins…

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A l’instar de l’univers, le monde de My Light, My Destroyer est en constante expansion.

Le troisième elpee de Cassandra Jenkins, qui sort le 12 juillet chez Dead Oceans, promet d'atteindre les limites de la nouveauté, avec une palette sonore plus large que jamais –englobant le rock indé à guitares, la new age, la sophistipop et le jazz. Au centre de tout cela on retrouve la curiosité de Jenkins pour les quarks et les quasars qui composent son espace, alors qu'elle mélange des enregistrements de terrain avec un lyrisme poétique tour à tour allusif, humoristique, dévastateur et confessionnel –un geste alchimique qui approfondit encore la richesse des 13 compos de My Light, My Destroyer.

Après avoir récemment sorti son premier single, « Only One », d'une luxuriance stupéfiante, Cassandra sort aujourd'hui le titre pop new age caverneux « Delphinium Blue », accompagné d'une vidéo qu'elle a également réalisée.

Cassandra Jenkins imprègne « My Light, My Destroyer » d'une grande confiance, qui trahit la simple vérité que le chemin n'a pas été sans difficulté.

En compagnie de ses plus proches collaborateurs musicaux et du producteur, ingénieur et mixeur Andrew Lappin (L'Rain, Slauson Malone 1) en coulisses, Cassandra Jenkins a commencé à construire « My Light, My Destroyer » à partir des cendres d'un faux départ qu'elle avait fait alors qu'elle ‘fonctionnait au ralenti’ après deux ans de tournées avec An Overview.

La vidéo de « Delphinium Blue » est à voir et écouter

 

 

Jennifer Batten

Quelle maîtrise à la guitare !

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Ce vendredi 25 novembre, Jennifer Batten se produit au Zik-Zak, à Ittre. Et ce n’est pas n’importe qui, puisque cette guitariste américaine a participé aux tournées de Michael Jackson, de 1987 à 1997 (NDR : elle a également collaboré aux sessions d’enregistrement de l’album « Bad » et au célèbre « Thriller ») ; et entre 1991 et 2001, elle a voyagé et enregistré en compagnie de Jeff Beck. Agée de 65 ans, cette musicienne itinérante a gravé trois elpees solos : « Above Below And Beyond » (1992), un opus pour lequel elle avait reçu le concours de Michael Sembello, célèbre producteur et guitariste de Stevie Wonder, « Momentum » (1997) et « Whatever » (2008). A une certaine époque, elle militait au sein de 6 groupes différents pour lesquels elle jouait aussi bien du rock, du métal, du funk que de la fusion. Certains médias n’ont pas hésité à la considérer comme une véritable guitar-héro, à l’instar de Slash, Jeff Beck, Steve Vai, Peter Brampton, Éric Clapton ou Joe Bon amassa. Mais très étonnant, il n’y a pas plus de 70 personnes pour assister au concert de cette artiste qui possède un tel cv…

Longue crinière blonde, tenue pailletée pour ne pas dire glamour, plutôt sexy, Jennifer Batten grimpe sur l’estrade. En fond de scène, des vidéos vont défiler sur un écran géant ; des clips pour lesquels elle a composé la musique. Pendant 45 minutes, elle est seule, armée de sa gratte, face au public et devant son tapis de pédales ; et le tout est discrètement enrichi de sonorités électroniques. Le light show est tout aussi sobre, les oscillations stroboscopiques risquant de lui provoquer des crises d’épilepsie. Bref, un éclairage suffisant pour percevoir ses accords sur ses six cordes. Et cette simplicité touchante et intimiste se traduit par une forme de complicité auprès d’un public attentif à sa prestation. Au cours de ce premier volet instrumental, elle va notamment adapter des compos de Billie Ellis, Britney Spears, Imagine Dragons, Jeff Beck, mais aussi interpréter des morceaux issus de sa plume.

Après un entracte de 10 bonnes minutes, Jennifer revient sur le podium, flanquée du bassiste/vocaliste Niklas Truman et du drummer John Maclas. Au répertoire, à nouveau des reprises. Et notamment d’Aretha Franklin, de Jeff Beck, de Toto et de ZZ Top, dans différents styles qui vont osciller le la pop au rock, en passant par le jazz, le blues et le bluegrass. Pas de convers de Michael Jackson, mais une performance tour à tour technique, expérimentale ou avant-gardiste, au cours de laquelle le bassiste prête, de temps à autre, sa voix. Mais quelle maîtrise à la guitare !

(Organisation : Zika-Zak et Rock Nation)

Cassandra Jenkins

An overview on phenomenal nature

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Issue de New York, Cassandra Jenkins a publié son premier Ep (NDR : un éponyme), en 2013. Elle grave ensuite son premier album, « Play Till You Win », en 2017 et se forge une certaine notoriété, aux States, en bossant auprès de David Berman (Silver Jews, Purple Mountains). Elle devait d’ailleurs assurer le supporting act de sa tournée, lorsque ce dernier s’est donné la mort. C’était en 2019.  

Sur le Vieux Continent, malheureusement, la songwritrice est toujours considérée comme une illustre inconnue. Elle vient donc de graver son second LP, « An Overview on Phenomenal Nature », sur le label de Brooklyn, Ba Da Bing (Julie Byrne, Sharon Von Etten, …) 

Et pour être franc, ce long playing bénéficiera certainement d’une place de choix lors des classements réservés aux meilleurs albums parus en 2021. Car la Newyorkaise vient de frapper un grand coup. Et pour y parvenir, elle a reçu le concours du multi-instrumentiste Josh Kaufman (Bonny Light Horseman, Josh Ritter, Muzz, …)

Sophistication, subtilité et feeling sont les caractéristiques essentielles affichées par les sept plages qui composent cette œuvre.

On ne peut s’empêcher de penser à Dan Bejar (et à son Destroyer) auquel on aurait remplacé la nonchalance par de la sensibilité. Après la ballade introductive « Michelangelo », l’Américaine nous transporte au sein d’une ambiance planante (« New Bikini », « Hard Drive »), une atmosphère entretenue par de superbes interventions au saxophone. « Crosshairs » adopte un profil folk plus classique, mais toujours aussi élégant. Et le reste, même s’il véhicule parfois des accents jazzyfiants, mérite des éloges…

« An Overview on Phenomenal Nature » se savoure de bout en bout. Et si vous souhaitez mieux connaître la musique de la Newyorkaise, sachez qu’elle se produira en concert, au Botanique, le 18 novembre 2021.  


 

Jennifer Castle

Angels of Death

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Si le nom de Jennifer Castle ne vous dit pas grand chose, il n’en va pas de même dans son pays d’origine. Au Canada, son album « Pink City » a été nominé, en 2014, pour le Prix Polaris (prix de musique accordé par la critique pour le meilleur elpee, dans son pays) aux côtés de groupes tels qu’Arcade Fire, US Girls ou encore Alvvays.

Paru chez Paradise of Bachelors (Steve Gunn, His Golden Messenger,...), « Angels of Death » constitue son troisième LP, dont le titre annonce la couleur : il traite de la mort… Cependant, les dix plages réunies sur ce long playing ne sombrent pas dans un climat propice à la déprime. Ainsi, un morceau comme « Texas » relate, sur un air rythmé, son retour dans cet Etat, pour faire ses adieux à sa grand-mère. Oscillant du piano à guitare, en passant par la lap steel, l’instrumentation est assez riche mais n’est guère révolutionnaire. Musicalement, les compos trempent dans un country/folk plutôt classique, pour ne pas dire traditionnel, mais restent néanmoins agréable à écouter. Sans plus…

 

Jens Lekman

Life Will See You Now

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L’univers du crooner de poche ‘Made in Sweden’ Jens Lekman est bien trop méconnu si on devait le comparer à l’aune de l’étendue de son talent, un talent qu’il étale avec une classe décalée depuis « Night Falls Over Kortedala » et « Oh You’re So Silent Jens »…

« Life Will See You Now », son 4ème  elpee, vise cette fois délibérément nos jambes à l’aide de ses beats quasi-disco, ses clappements de mains, ses mélodies radieuses qui jurent par rapport à la belle mélancolie de ses précédentes œuvres. Sa voix et ses mélodies singulières sont toujours bien présentes, mais les sonorités sont neuves pour le natif de Göteborg. A l’ultime limite du kitsch, Jens Lekman ose les touches électro cheap (« Hotwire the Ferris Wheel », auquel participe Tracey Horn d’Everything But the Girl), de bossa nova (« Wedding in Finistère »), de Nothern Soul (« To Know Your Mission ») ou de steel-drum euphorisant (« What’s that Perfume that You Wear ») pour construire des petites vignettes pop principalement dédiées au sentiment amoureux, tout en abordant des textes finement ciselés qui ne manquent pas d’humour. Le petit frère doué de Jonathan Richman dévoile ici une nouvelle facette de son écriture protéiforme…

 

Jenny Hval

Blood Bitch

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Un an après avoir publié « Apocalypse Girl », un album unanimement acclamé par la critique, Jenny Hval nous propose son deuxième elpee. Qui paraît sur le label indépendant new-yorkais (NDR : sis à Brooklyn, très exactement) Sacred Bones (John Carpenter, Pharmakon, Moon Duo, ...) A l’instar de la musique pratiquée par les autres groupes ou artistes hébergés au sein de cette écurie, celle de cette Norvégienne (NDR : elle est native d’Oslo) baigne au sein d’un univers sombre, personnel, mystérieux, oppressant (cet essoufflement qui tourmente « In the red »), mais original.

Le thème principal exploré tout au long de « Blood Bitch » concerne le sang. Que ce soit des histoires de vampires ou de menstruations, tout y passe. Certaines pistes pourraient servir de B.O. pour film d’épouvante. L’électro-noise de cette artiste est dominée par les claviers. Un peu dans l’esprit de Björk avec laquelle elle partage aussi de semblables capacités vocales. Si certains morceaux sont pour le moins conceptuels, d’autres adoptent un profil quasiment pop, à l’instar de Conceptual Romance » ou du plus rythmé « The Great Underssing ». Entre ces plages, elle intercale des interludes consacrés aux samples (« Untamed Region »).

Manifestement, l’expression sonore de Jenny Hval est unique en son genre. Et son style expérimental mérite une attention toute particulière. Suivant la formule consacrée, elle est à suivre de près…

 

Jeff Jensen

Live : The River City Sessions

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Jeff Jensen est né en Californie. En 2004, ce chanteur/guitariste/compositeur monte son propre groupe, le Jeff Jensen Band. Mais dès 2011, il décide de quitter la banlieue de Los Angeles pour s’établir à Memphis où il rencontre l'étoile montante locale de l'harmonica, Brandon Santini. Qui participe à l’enregistrement de deux excellents opus, "Road worn and ragged" en 2013 et "Morose Elephant", en 2015.

"Live : The River City Sessions" a été immortalisé en public, devant un parterre de fans, au studio Ardent de Memphis, en décembre de l’an dernier. Bill Ruffino se consacre à la basse et  Robinson Bridgeforth de la batterie. Jeff y a donc privilégié la formule trio. Il signe 9 des onze plages de cet LP d’une durée de 67 minutes.

Jeff attaque le notoire "T-Bone shuffle" de l'inoubliable T-Bone Walker. Il se révèle déjà très à l'aise dans cet exercice de swing et de jump. Sa vitesse d’exécution sur les cordes n’est guère banale. Les notes coulent d’ailleurs à flots. Il embraie par deux plages issues de son opus précédent, "Morose elephant". Tout d’abord, "Make it through', un funky R&B qui se distingue par une belle harmonie. Et même si Jeff n'a pas une voix autoritaire, elle s’intègre parfaitement dans l’expression  sonore. Un constat confirmé par "Empty bottles". A la fois gourmand et gourmet, il nous livre des solos parfaitement intégrés, marqués par ses descentes le long du manche de sa Gibson. Son "JJ Boogie" est un nouveau tour de force instrumental. Jeff vit son blues. Le dialogue qu’il établit entre sa voix et la guitare est plutôt éblouissant tout au long de "Find myself all alone", un blues à la fois flemmard, dépouillé, passionnel et captivant. Bref shuffle, "Brunette woman" se distingue à nouveau par une envolée de cordes très originale et complexe. Le titre maître de son dernier LP, "Morose elephant", est un autre instrumental. Une piste exceptionnelle qui met bien en exergue les interventions de basse opérées par Ruffino. Sa version du "Heart attack and Vine" de Tom Waits est superbe. Une claque ! "Can't believe we're through" est un extrait de son tout premier long playing, gravé en 2007 ; une ballade roots imprimée sur un mid tempo qui libère à la fois tendresse et créativité. Et particulièrement intense, l’envol des cordes vagabonde aux confins des univers de Jimi Hendrix ainsi que d'un Alvin Lee au sommet de son art. En rappel, Jensen chante "Ash and Bone", une ballade indolente empreinte d’une grande sensibilité. Et il achève son set par une longue cover du "All along the watchtower" de Dylan, tout en pensant à Jimi Hendrix… Jeff Jensen est un fameux guitariste !

 

Jeff Jensen

Morose Elephant

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"Morose Elephant" constitue le quatrième opus de ce chanteur/guitariste californien. Il fait suite à "Jeff Jensen", paru en 2007, "I'm coming home", en 2009 et "Road worn and ragged", en 2013. L’artiste a toujours aimé mêler les styles : rock'n'roll, funk, jazz et blues. En 2004, il fonde le Jeff Jensen Band. Il participe quatre fois à l'International Blues Challenge de Memphis. Depuis 2011, il y réside d’ailleurs. Il s’est produit pendant deux années auprès du formidable harmoniciste, Brandon Santini. Lors de ses tournées, il est soutenu par une section rythmique. Soit le bassiste Bill Ruffino, et un nouveau batteur, le jeune noir Robinson Bridgeforth.

La Texane Reba Russell donne la réplique vocale à Jeff sur "Make it through", un R&B funkysant. Ce dernier libère ses cordes dans un style très élégant. Victor Wainwright, un pote, siège derrière le piano électrique tout au long du solide "Get along", une plage aux sonorités métalliques. Et Jensen nous y réserve un envol irrésistible. Il se révèle toujours aussi brillant sur "Fall apart", une ballade R&B intimiste, discrètement cuivrée, dans le parfait esprit du southern soul de Memphis. Robinson canalise le tempo sur ses fûts tout au long de "Going home". Un titre funk qui ne manque pas de charme au cours duquel la voix de Miss Russell vient une nouvelle fois se joindre à celle de notre leader! Et les interventions de guitare sont belles à pleurer! "Paper walls" concède des accents empruntés à la valse et au jazz. Chris Stephenson joue sur un piano d'enfant et double à l'orgue Hammond. Signé Memphis Minnie et Kansas Joe McCoy, "What's the matter with the mill" lorgne vers le Memphis blues de BB King. Jeff et son ami Victor Wainwright partagent les vocaux, avant que ce dernier ne vienne se défoncer sur les 88 touches de ses ivoires, lors d’un boogie woogie furieux. Le violon d'Anne Harris colore "Ash and bone", une ballade acoustique, de teintes joliment surannées. "Elephant blue" baigne dans une atmosphère jazz, une piste instrumentale caractérisée par des échanges entre la guitare, l'orgue de Stephenson et la basse de Bill Ruffino. "Bad bad whiskey" est un succès décroché par Amos Milburn, en 1950. La nouvelle version a été traduite en country/blues classique. Victor se réserve le micro sur ce morceau dominé par les cordes acoustiques et l'harmonica d'Eric Hughes, un concitoyen de Memphis. "I'll always be in love with you" opère un retour au R&B cuivré. Victor Wainwright brille de mille feux au piano sur cette cover d’un ancien hit de Brenda Lee. Et avant de refermer cet opus, on a encore droit à un bonus track : "Empty bottles". Un duo acoustique échangé entre l’harmoniciste notoire californien, Gary Allegretto, et Jeff Jensen, qui se consacre également aux vocaux.

 

Jenny in Cage

The Perfect Side Of Nonsense

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Cinq ans après avoir publié « Solid Liquid Ether », Jenny in Cage nous propose une suite à cet opus. Pascal Giudicelli, guitariste et fondateur du groupe, a eu besoin de quelques années pour reconstituer et stabiliser sa formation. La voie était donc ouverte pour la naissance de « The Perfect Side Of Nonsense ».

Rarement un titre d’ouverture ne m’a, à ce point, rappelé un autre groupe. Autant dans la voix que la guitare, « City of White House » fait immédiatement songer à Placebo. Difficile, ensuite, de chasser cette idée de la tête. Les Parisiens écrivent souvent des textes du même acabit que ceux dont les Britanniques ont l’habitude de nous proposer. L’allusion au sexe et le ton provocateur de « Just a Toy Boy »  (‘I’m just the thing that you’ve needed for pleasure’) pourraient même faire frémir Brian Molko. Ce morceau court et nerveux est vraiment réussi. Il constitue, à mon humble avis, le meilleur titre d’un LP assez inégal. Car quand la formation s’écarte un peu du style évoqué précédemment, il devient un tantinet brouillon voire agressif. « God(s) » et « Not Communicate », par exemple, nous plongent dans une atmosphère plus lourde, évoquant alors plutôt le rock américain de la fin du siècle dernier. Et malheureusement pas toujours à bon escient.

« In The End » remet le combo sur la bonne voie avant de clôturer sur « Shades Of Memories », une plage qui réalise une belle synthèse de l’elpee. Pour les plus gourmands, un ‘hidden track’ mélancolique est également disponible.

Parfois un peu trop colérique, Jenny In Cage livre cependant un album encourageant malgré toutes les péripéties vécues au cours de ces dernières années. En canalisant un peu sa rage et en approfondissant les morceaux plus nerveux, le quatuor pourrait finir par nous surprendre, dans le futur.

 

Jeff Jensen

Road worn and ragged

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Né en Californie, Jeff écoute, dès son jeune âge, la musique des années 50, 60 et 70. Du blues, du rock'n'roll, mais aussi du funk, du punk et du jazz quand ils s’y mêlent. Depuis l’âge de 11 ans, il joue de la guitare. En 2003, il fonde, en compagnie de Chris Sabie, la Santa Clarita Blues Society. Santa Clarita est la commune la plus au Nord du Comté de Los Angeles. En 2004, Jeff met sur pied le Jeff Jensen Band et commence à écumer les scènes californiennes. Son premier opus, "Jeff Jensen", sort en 2007, un elpee pour lequel il reçoit le concours de l’harmoniciste John 'Juke' Logan à l'harmo. Il embraie par "I'm coming home", en 2009. En 2011, il se fixe à Memphis où il collabore étroitement avec la nouvelle sensation de l'harmonica, Brandon Santini.

C’est son nouveau JJ Band qui a mis en boîte ce "Road worn and ragged". Le backing group réunit le bassiste Bill Ruffino, le drummer James Cunningham et l’organiste Chris Stevenson. Et parmi les invités, figurent le pianiste notoire Victor Wainwright et son nouvel ami Santini à la musique à bouche.

Jeff propose des compositions qui sont autant d'expériences de sa propre vie. Il y injecte une passion dévorante. "Brunette woman" démarre en force. Un morceau d’ouverture idéal. La voix est un peu élimée, mais le coup de tonnerre est réservé à l'harmonica de Santini. Implacable, irrésistible, il offre une rampe de lancement judicieuse aux cordes de Jensen. Une plage particulièrement dense. Ballade roots, acoustique, "Goodbye Portland" opère déjà un changement radical de style. Guitare et piano dialoguent. La voix de Jensen prend toute sa dimension lors de la reprise du "Heart attack and vine" de Tom Waits. Elle donne du relief au texte. La mise en place des instruments est parfaite. Les interventions de Santini sont bouleversantes. Il constitue manifestement un des nouveaux souffleurs les plus sollicités, aux côtés de Jason Ricci et Dennis Gruenling. Le jeu de Jeff est très complexe, mais brillant et novateur, tout au long de "Pepper", un instrumental particulièrement vif et nerveux. Probablement un Freddie King des temps modernes. Blues très lent et dépouillé, "Gee baby ain't I good to you" laisse filtrer des intonations jazz. La voix est à l'avant. Caractérisées par leur feeling intimiste et saisissant, les notes de guitare sont aussi parcimonieuses qu’inspirées. Jensen adapte un des classiques de Willie Dixon, "Little Red Rooster", sur un tempo inhabituellement rapide. Il y injecte beaucoup de swing. Très personnelle, cette version met bien en exergue les différents instruments, et notamment l'harmo de Santini, la guitare bien franche de Jeff et l'orgue Hammond aux propriétés enveloppantes de Chris Stephenson.  Brandon tire une nouvelle fois son épingle du jeu sur la reprise du "Crosseyed cat" de Muddy Waters. Il souffle en puissance, à la manière de James Cotton. L'introduction aux cordes sur "Raggedy Ann" est extrêmement raffinée. La complicité entre la guitare de Jeff et le piano de Victor est tout à fait remarquable. Minimaliste, "River runs dry" est une ballade empreinte de tendresse et de désespoir. Une compo bouleversante, sentiment accentué par le vécu de la voix. De toute bonne facture, "Thankful" achève le long playing. La voix est impeccable. L’instrumentation excellente. Une piste ponctuée par une dernière envolée de guitare classieuse…

 

Jenny Hval

Innocence Is Kinky

Écrit par

Jenny Hval est considérée comme une des artistes majeures du songwriting scandinave. D'abord découverte sous le pseudonyme Rockettothesky, elle sort son premier album « To Sing You Apple Trees » en 2006, un opus qui propose un folk encore relativement classique mais interpelle déjà les fans de voix particulière. Suit l'onirique « Medea » (2008) aux compositions plus complexes qui l'installe définitivement dans la catégorie des artistes atypiques. « Viscera », première réalisation sous son vrai nom pour le compte de Rune Grammofon, lui succède en 2011. Mieux distribué et distillant une minimal folk hantée produite par Deathprod, il est encensé par la presse spécialisée. On ne peut que recommander l'écoute de ces trois elpees ainsi que celle de Nude On Sand, un projet en duo avec Håvard Volden, sorti l'année passée.

Parallèlement à sa carrière de musicienne, Jenny a aussi écrit deux romans qui ont connu un certain succès en Norvège. Les mots sont d'ailleurs particulièrement importants dans l'œuvre de la Scandinave. Chuchotés, récités, scandés, hurlés, tourbillonnants, ils délivrent une poésie crue et  provocatrice (le disque s'ouvre sur un perturbant ‘That night, I watch people fucking on my computer, nobody can see me looking anyway... a black vegetable soup of hair and teeth’). Des paroles sombres, volontairement cruelles sur le sexe, les sexes, la psycho-géographie d'Oslo ou Anders Breivik (le massacre d'Utøya est survenu pendant l'écriture et a fatalement influencé fatalement l'atmosphère du disque) portées par une voix cristalline aux modulations étonnantes.

« Innocence Is Kinky » constitue certainement l'album le plus audacieux de la citoyenne d'Oslo. Tellement audacieux qu'on peut facilement s'y perdre. Et pour cause, plus expérimental, son long playing a bénéficié du concours de John Parish à la production, qui semble avoir pris un réel plaisir pour aider la Scandinave à concrétiser ses improvisations. En effet, un certain nombre de morceaux ont été composés à la base pour des performances : une installation son et lumière proposée dans un centre d'art et une bande-son imaginée pour accompagner la projection d'un film muet français de 1928 "La passion de Jeanne d'Arc". On se promène donc à travers différents univers et même au sein d'une même chanson, le propos est rarement linéaire. Comme une montagne russe, les notes de Jenny s'emballent puis s'apaisent, sa voix nous cajole puis nous bouscule sans répit tour à tour trafiquée, étirée, distordue par le malicieux Parish.

Jenny Hval voue une admiration sans borne à Blixa Bargeld. Le titre de l'LP adresserait un clin d'œil au "Silence Is Sexy" d'Einstürzende Neubauten et la chanson éponyme évoque d'ailleurs les atmosphères de ce grand album. Parmi ses autres héros figurent Kate Bush, Nick Cave, Michael Gira et Patty Smith. Tous ces spécialistes de la tension poétique hantent incontestablement "Innocence Is Kinky", mais c’est avant tout une œuvre personnelle, hors des modes, atypique comme le visage de sa conceptrice. Passant de la féérie vénéneuse à la Björk et CocoRosie de "Mephisto In The Water" aux guitares saturées de "I Called" (qui commence comme du Breeders premier album) et "I Got No Strings" puis se dirigeant vers des paysages synthétiques éthérés, peuplés de drones, qui justifient les nombreuses comparaisons avec Julia Holter et Julianna Barwick pour se conclure en folk onirique ("Death Of The Author", "Amphibious, Androgynous") plus proche de ses compositions préalables.

Album à tiroirs, foisonnant, "Innocence Is Kinky" nécessite un temps de digestion. Une fois apprivoisé, le monde de Jenny Hval peut se révéler amical. Essai sans concession qui parle de nos fêlures (‘When I speak, i catch your disease’), il exige juste l'attention due à la poésie. 

 

Jens Lekman

I Know What Love Isn’t

Écrit par

En 2004, un p’tit gars de 23 piges débarque de sa Suède natale des idées plein la tête. Des idées qu’il matérialise sous forme de ritournelles pop ultra-efficaces. Dispatchées dans une série d’EPs, ces pépites trouvent leur place en 2005 au sein de « Oh You’re So Silent Jens », une compile qui attire toutes les oreilles vers lui. Jens Lekman pouvait alors dire adieu à cet anonymat qui avait desservi la sortie de son premier LP, « When i Said I Wanted To be Your Dog ».

En 2007, la même attention est portée à son deuxième opus, « Night Falls Over Kortedala », porté par les traits disco du single « The Opposite Of Hallelujah ». Cinq ans après, le Suédois est de retour. Et après avoir écouté cet « I Know What Love Isn’t », on se demande bien ce qui est passé par la tête du gaillard. Une bonne moitié du  disque s’avère relativement mollassonne, un peu à l’image de sa prestation au Pitchfork Festival de Paris l’an dernier.

Lekman est certes un habitué des ballades ; mais à force de répétition, le chanteur perd ici un peu de sa superbe. Toujours capable d’écrire de jolies litanies, ce dernier semble pourtant se reposer sur ses lauriers en ne proposant qu’une série de chansons aussi passionnantes qu’un épisode de « Joséphine ange gardien ». Pourtant, lorsqu’on entend les seuls morceaux relativement ‘upbeat’ de la plaque, « The World Moves On », « I Know What Love Is » et « The End Of The World Is Bigger Than Love », relégués en fin de parcours, on se dit que le bonhomme est capable de créer des petites capsules sacrément enivrantes quand il y met du cœur. Une touche d’audace, comme sur « Night Falls Over Kortedala », aurait été plus que profitable à ce troisième LP.

 

Jenny Hval

Viscera

Écrit par

S’il fallait comparer l’album « Viscera » à un genre littéraire, ce serait au fantastique. Dès les premières notes d’« Engines in the City » on est plongé au sein d’une ambiance à la fois mystérieuse et fascinante. Comme si un homme étrange survenait de nulle part et vous invitait à découvrir un passage secret conduisant vers un univers encore inexploré.

Jenny Hval nous enivre de sa voix aux inflexions tantôt médiévales, tantôt contemporaines, une voix si proche de celle de Björk.

Les chansons sont mélodieuses, et entraînantes voire même envoûtantes. Le titre de l’album n’est pas anodin.

La chanteuse souhaite nous entraîner au plus profond du corps humain, dans les viscères, dans nos mystères… Accomplir un voyage, celui de la découverte intérieure.

« Viscera » n’est pas qu’un simple album, c’est le travail d’une jeune artiste qui a pris un réel plaisir à le concocter, et surtout le plaisir de savoir qu’il sera écouté. Une impression qu’illustrent parfaitement les pistes mélodiquement variées et leurs durées prolongées. Ce qui ne gâche, cependant, en rien le plaisir de l’écoute.

Des titres comme « Portrait of the Young Girl as an Artist » ou encore « Milk of Marrow » constituent des moments de détente idéaux.

Il est rare d’éprouver un tel plaisir en écoutant un disque. Et si vous souhaitez consacrer du bon temps, rien qu’à vous, cet album est celui qu’il vous faut. Sa musicalité est bien mieux qu’une thérapie pour se redécouvrir.

Jeniferever

Silesia

Écrit par

Jenifererver est un quatuor suédois qui roule sa bosse depuis déjà quelques années. “Silesia” constitue d’ailleurs le troisième né de leur discographie. Peu connu, ce groupe est pourtant doté d’un grand potentiel !

La qualité musicale de cet opus est exceptionnelle. Le morceau qui ouvre l’elpee nous met immédiatement l’eau à la bouche. C’est aussi le titre éponyme. “Silesia” nous invite ainsi à voyager entre nostalgie et romantisme, mais sans excès. Le grand mérite de cette formation, c’est de faire jaillir des mélodies de la new-wave ou du bon rock. Mais c’est cette mélancolie douce qui apporte le relief aux chansons ; et “ Drink to remember” en est certainement la plus belle illustration. Au sein de l’univers Jeniferever, on transite d’une émotion à une autre, de piste en piste. On y vit également chaque moment de la chanson. Alternant passages chantés et instrumentaux, “ Hearth”, morceau qui achève l’opus, est une conclusion parfaite. Une synthèse, en quelque sorte, de leur expression sonore. Savoureux !

 

Jenni Muldaur

Dearest darlin’

Écrit par

Jenni et la fille de Geoff et de Maria Muldaur, un couple de chanteurs particulièrement notoires au sein de l’univers folk blues américain. Cette charmante jeune femme a bossé, dès son plus jeune âge, en compagnie de son père. Elle avait ainsi participé à l’enregistrement d’"I shaving a wonderful time", en 1975. Et en 1992, elle a collaboré à la confection d’un opus pour sa mère : "On the sunny side". Le ménage Muldaur a depuis longtemps mis un terme à son histoire. Mais Jenni a, en quelque sorte, pris le relais sur la scène musicale. Et bon sang ne saurait mentir, car elle semble avoir hérité du talent de ses parents. Elle possède, en outre, une voix très agréable. Ce qui explique sans doute pourquoi, très jeune encore, elle a figuré comme choriste au sein du backing band du légendaire Todd Rundgren. Et sa notoriété croissante lui a permis de participer à certaines sessions pour Eric Clapton, Steely Dan et même John Cale. Son premier elpee solo remonte à 1992. Et il est tout simplement éponyme. Au cours des dernières années, elle a souvent collaboré en compagnie de Rufus Wainwright, un de ses fils (Loudon Wainwright III) ainsi que Kate McGarrigle (NDR : elle est décédée ce 18 janvier 2010 !)

Ce nouvel album a été concocté à New York City où elle a élu résidence. Des sessions dirigées alors par le regretté Sean Costello (NDR : ce remarquable chanteur/guitariste de blues  nous a quittés prématurément en avril 2008, alors qu’il n’avait pas trente ans)

L’elpee s’ouvre par "I've got a feelin'", un titre qui avait permis à Big Maybelle de décrocher un hit, en 1954. Dans ce style un peu suranné, sa voix passe bien la rampe. Le son est impeccable. Et Sean Costello s'offre une de ses rares interventions –excellente par ailleurs– en solitaire. "You're breaking me up" trempe dans le pur R&B. A l’origine, c’est Lee Dorsey, un artiste issu de la Nouvelle Orléans qui l’avait interprété. Jenny se mue ici en ‘shouteuse’. Face aux chœurs et aux cuivres, elle ne chante pas vraiment, mais crie, un peu à la manière de Brenda Lee, au début des sixties. Dans un registre similaire, son organe vocal se révèle franc et clair tout au long de "Just ain't no love". Un style soul/r&b à nouveau exploré tout au long du tonique "I'd rather live like a hermit", une plage caractérisée par les interventions nerveuses des solistes : Sean Costello à la gratte et Steve Elson au saxophone. Le titre maître est signé Bo Diddley. Il est imprimé sur le Diddley beat de circonstance. Par Don Fleming, le six cordiste des Velvet Monkeys. Joseph Arthur, le chanteur pop rock d'Akron, donne la réplique aux vocaux. Interprété a capella, "Hopali" évolue sur un rythme très soutenu. Une plage réminiscente des chants dispensés par les noirs, lorsqu’ils trimaient dans les champs de maïs du Mississippi. La cover du "Lost someone" de James Brown est certainement la meilleure plage de l’opus. Le rythme est lent. La voix de Jenni est troublante, sensuelle, remarquable. Et se love dans l’intimisme tout au long de "Jut kiss me once", un blues fin de soirée, cabaret, très inspiré par le jazz. "You got me uptight" campe un r&b funky et participatif. Et Jenni de se retirer lors de la seule compo écrite de sa plume : "Comatose town". Un morceau empreint de douceur et de charme, au cours duquel elle révèle ses talents de ‘crooneuse’… Une œuvre atemporelle…

 

Jenny Wilson

Hardships !

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Dans l’univers contemporain du folk et de la country, la liste des compositrices s’allonge au fil des mois. Et en général, elles sont plus talentueuses, les unes que les autres. Seul souci, mais il est de taille, on ne peut pas dire que ce soit au profit de l’originalité.

Jenny Wilson nous vient de Suède. De Stockholm, très exactement. Un pays dont la scène musicale est de plus en plus florissante, également. La demoiselle nous propose son deuxième elpee solo. Avant d’embrasser une aventure en solitaire, elle militait au First Floor Power, une formation responsable d’une expression sonore fort intéressante, baignant dans l’indie rock expérimental. Une aventure au cours de laquelle, le combo avait publié deux albums. Son premier opus concocté en solitaire, remonte à 2005. Intitulé « Love & Youth », il avait reçu d’excellents échos sur ses terres scandinaves. Hors de ses frontières, ce disque n’était cependant disponible qu’en import. Entre la confection de ses deux long playings, elle ne s’est quand même pas tourné les pouces, puisqu’elle a composé la B.O. d’un documentaire, puis apporté sa collaboration à deux monuments de la scène locale : The Knife et Robin Miriam Carlsson (mieux connu sous le pseudonyme de Robyn).

Pour « Hardship ! », hormis le mixing, Jenny s’est pratiquement occupé de tout. Un album, finalement bien moins country/folk que prévu. Et pour cause, la Suédoise semble autant influencée par la soul, le r’n’b que le jazz. Swing et groove font même bon ménage tout au long de l’opus. Cuivres (NDR : le splendide « The path »), violons et accords de piano se chargent constamment de faire grimper la température. On a même droit, outre les ivoires, à du xylophone, sur le single « The Wooden Chair ». Et puis, il y a la voix aigre de Mrs Wilson, dont le timbre colle parfaitement à l’ensemble. En fait, chaque chanson affiche une facette différente de l’artiste. Elle est ainsi aussi bien capable d’épancher un océan de mélancolie (« We Had Everything ») que de s’abandonner dans un hymne à l’exultation (« Anchor Made of Gold »). Dans ces conditions, difficile de coller la moindre étiquette à cette artiste. D’ailleurs si pour l’instant, aucune date de n’est prévue à son agenda, une tournée serait en préparation mais en compagnie d’une chorale gospel. A suivre, donc…

 

Katherine Jenkins

Believe

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Septième album déjà pour Katherine Jenkins qui compte à peine 29 printemps. Quelle productivité, quel don de soi ! Ouais, le problème c’est qu’elle aurait mieux fait de tout garder pour elle et de se contenter d’apparaître (comme elle le fait si bien) sur de jolies photos. Là, je lui aurais accordé toute l’attention qu’elle mérite ! (NDR : mais oui, je suis gentil)

Bon ben pour faire vite alors, cette belle plante blonde, née au Pays de Galles en 1981, est immensément connue dans son île (NDR : pourvu que ça le reste), pour ses ‘talents’ de chanteuse d’opéra et ses interprétations de ‘standards pop britanniques’. Ah bon !

Vendre plus de 4 millions d’albums et être nominée au ‘Brit Awards’ deux fois de suite n’est pas, à mon humble avis, une garantie de qualité. On connaît trop bien les goûts parfois bizarres de nos amis britanniques. Et ce n’est pas Suzan Boyle qui me contredira…

Bref, si vous avez du temps et de l’argent à dépenser stupidement, jetez-vous sur cet album regorgeant de reprises aussi mièvres que désastreuses. En sachant qu’elle a reçu la collaboration et la bénédiction d’Andréa Boccelli et d’André Rieu pour concocter cet elpee, mon jugement n’est que renforcé. N’est pas Shirley Bassey qui veut… Et vous qu’en dites-vous ?

Jeniferever

Spring tides

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Imaginez le chaînon manquant entre Mogwai et Cure (NDR : circa « Pornography »), et… oui, j’admets, c’est un peu réducteur, mais au moins l’expression sonore dispensée par cette formation suédoise vous sera déjà un peu plus familière. Un quartet fondé en 1996 et dont le « Spring tides » constitue seulement le second elpee, leur parcours recensant quand même quelques singles et Eps. Kristofer Jönson en est le chanteur/guitariste (parfois aussi claviériste). Et son timbre vocal campe un hybride entre Robert Smith et Peter Gabriel. Une voix qui colle à merveille à ce style musical mélancolique, parfois emphatique, souvent luxuriant qui puise aussi probablement ses sources chez Sigur Rós, Mew, The Appleseed Cast voire même Okkervil River (« Sparrow hills »). Mais trêve de références, passons au contenu de cet opus.

Partagé en dix plages, dont certaines sont particulièrement longues, il baigne dans un climat le plus souvent languissant, atmosphérique, propice aux flux et reflux. Des compos régulièrement construites en crescendo. Sur un mid tempo ou alors carrément slowcore. Encore que parfois ce faux rythme peut virer vers le tumulte voire le chaos. Aux guitares bringuebalantes, sinueuses, reverb, shoegaze ou frénétiques, viennent se greffer tour à tour une ligne de basse palpitante, des arrangements symphoniques, des claviers fluides, des chœurs diaphanes ou des accords de piano sonore ainsi que circonstanciellement des cuivres (NDR : et en particulier sur la plage centrale, « Nangilaja », un morceau de plus de neuf minutes, inspiré par le conte pour enfants d’Astrid Lindgren, qui traite paradoxalement de thèmes aussi douloureux que la maladie, la mort, la tyrannie, la trahison et la rébellion). Certaines chansons s’abandonnent néanmoins dans la mélancolie douce, alors que d’autres communiquent un certain sentiment d’angoisse. Bref, une œuvre de toute bonne facture qui aurait mérité une mention particulière, si certains morceaux ne tiraient pas trop en longueur…

 

Mason Jennings

In the ever

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Né à Hawaii, Mason Jennings a vécu toute sa jeunesse à Pittsburgh, avant de s’établir à Minneapolis, où il vit d’ailleurs toujours. « In the ever » constitue déjà son sixième album. Chanteur/compositeur/multi-instrumentiste (NDR : et surtout guitariste), Jason est réputé pour la qualité de ses lyrics. Que certains spécialistes n’hésitent pas à comparer à ceux de Dylan. Faut dire que Jennings pratique une musique essentiellement tramée dans le folk, même si ses chansons sont très susceptibles de s’ouvrir, circonstanciellement, à des tas d’instruments. Y compris électrifiés. Hormis l’une ou l’autre exception, il fait d’ailleurs pratiquement tout sur cet elpee, même la production. Il y a bien quelques collaborateurs, mais en général, ils sont confinés à la portion congrue. On retiendra quand même la présence de Robert Carranza au mixing pour quatre titres, et celle de Jack Johnson, le patron du label, sur « I love you and Buddha too », aux backing vocaux.

Mais bref, revenons aux textes. Ils traitent aussi bien des problèmes de religion (NDR : ou de spiritualité, selon), de politique, de rapports humains que de questions existentielles. Souvent abordés à la première personne du singulier. Sur « Going back to New Orleans », il revient sur le désastre engendré par l’ouragan Katrina, mais également sur l’intervention militaire des Yankees en Irak, et ses conséquences. C’est aussi la meilleur compo de l’elpee. Les drums réverbérés y sont imprimés sur le rythme du chemin de fer, et le souffle de l’harmonica évoque la vapeur d’une locomotive… Le reste de l’opus ne manque pas de charme, épingle des mélodies souvent contagieuses, met en exergue son timbre vocal sinueux, quoique bien timbré, mais souffre d’une trop grande linéarité rythmique… Bref, il est nécessaire de bien comprendre la langue de Shakespeare pour pouvoir apprécier cet opus à sa juste valeur…

 

Jenny Lewis

Acid Tongue

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Actrice (NDR : et star !) au cours de son enfance, Jenny Lewis s’est reconvertie dans la musique country alternative en 1998. Mais avant d’entendre sa jolie voix, vous avez peut-être eu l’occasion d’admirer ses talents de comédienne dans le très beau film « Pleasantville » ou les séries « Roseanne » et « Alerte à Malibu ». Pourtant, « Acid Tongue » ne constitue que son deuxième elpee solo. En fait, parallèlement à son projet en solitaire, elle milite au sein de Rilo Kiley ; un groupe déjà responsable de cinq elpees à ce jour.

« Acid Tongue » fait suite au très convaincant « Rabbit Fur Coat », paru en 2006. Toujours d’inspiration country alternative, il s’avère néanmoins bien moins réussi que le précédent opus. Trop conventionnel, il suscite rapidement l’ennui. En fait, tout au long de cet elpee, elle marche constamment sur les traces de ses sources d’inspiration principales : Loretta Lynn et Dolly Parton. Chacune des compos a beau nous transporter au cœur des grands espaces américains, on a beaucoup de difficultés à accrocher aux mélodies. Et ce n’est pas la présence d’invités prestigieux dont Elvis Costello (sur l’affreux « Carpetbaggers »), M. Ward ou encore Chris Robinson (des Black Crowes) qui y change quelque chose. Jamais les compos ne parviennent à s’extraire de leur académisme. Tout n’est cependant pas médiocre (Jenny possède une très belle voix et peut s’appuyer sur d’excellent musiciens) ; en outre, j’insiste pour sauver du naufrage le très beau et énergique « See Fernando » du reste de l’album…

 

Jennifer Gentle

The Midnight Room

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Enregistré dans une maison sise au Nord de l’Italie, dont le propriétaire précédent s’était suicidé d’un coup de carabine, ce deuxième album de Jennifer Gentle est empreint d’une atmosphère grotesque et nocturne. Doté d’une étrange de voix de farfadet démoniaque, le chanteur Marco Fasolo joue l’intégralité de l’instrumentation sur « The Midnight Room ». L’Italien convie Nino Rota (le compositeur de Federico Fellini), Kurt Weill et le psychédélisme du premier Pink Floyd afin de concocter un disque pour le moins étrange et inquiétant. Et pour l’atmosphère, le résultat est probant. On se croirait plongé dans le nouveau film de Tim Burton. « The midnight Room » est une petite symphonie gothique et moyenâgeuse où l’humour et l’horreur se mélangent. Quelques plages sont un peu plus faibles ; mais elles ne sont pas légion. D’ailleurs dans son ensemble, l’elpee passe très bien la rampe. Et en particulier sur le glacé « Twin Ghosts » (et ses orgues solennels), la ballade tordue « Take My Hand » et le morceau de country grandguignolesque « Electric Princess ». Ces chansons marient à merveille les guitares rockabilly, les orgues cryptiques et les voix qui rappellent les délires d’Ange et de Syd Barrett. Un disque à ne pas mettre entre toutes les oreilles (l’hiver est encore long). D’ailleurs, si on peut lui donner un bon conseil à Marco Fasolo : qu’il change d’adresse pour le prochain disque. Enfin, s’il souhaite conserver intacte sa (vacillante ?) santé mentale.

 

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