Winter adults only ?

Winter, une artiste issue de la nouvelle génération de shoegaze, a annoncé la sortie de son nouvel album, « Adult Romantix », prévue pour le 22 août via son nouveau label Winspear. Cet elpee, inspiré par des textes de la période romantique comme…

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La fuite d’Ellside

Le groupe parisien Ellside présente « Run Away », son concept album naviguant entre ombre et lumière pour un voyage qui durera un an. Une lente année pour dévoiler 6 chapitres de 2 chansons, 12 titres qui narrent l'histoire de Light. Le groupe invite les…

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Trainfantome

Les adieux incessants de Tainfantome

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Dispersé entre Lorient et Nantes et formé autour d’Olivier Le Tohic, le quartet Trainfantome n’a jamais été si proche de ses ambitions artistiques qu’avec « Constant Farewells », un troisième album en forme d’aboutissement.

 La conception de « Thirst », précédent opus du groupe, avait laissé Olivier dans un état de doute créatif. La perte de sa mère et la venue au monde de son premier enfant ont fait renaître chez lui un besoin vital de création. De retour à Lorient, sa terre natale battue par les tempêtes, Olivier plonge alors à corps perdu dans l’écriture de ce disque et l’enregistre au studio Nennock, pas bien loin de chez lui, entouré d’invité·e·s rencontré·e·s sur les routes ou à l’école : Clarence, Teenage Bed et Terreur. Ainsi qu'un autre dont la participation a des allures de rêve devenu réalité : Kellii Scott, batteur des légendes space rock US Failure, qui tient les baguettes sur le single "Here The Mermaids Play".

Il n’y a pas de traîtrise des émotions dans la musique de Trainfantome, qui ouvre son cœur avec pour seule promesse de laisser la mélancolie se déverser d’une manière brute et belle. Il suffit d’entendre ces notes de piano qui apparaissent soudainement sur « Origami » pour s’en convaincre.

A l'écoute de ce nouveau disque, on pense à Pile, dont l’indie rock complexe ne perd jamais de vue une certaine efficacité mélodique, ou à un certain sens du son cassé et bricolé, partagé avec des groupes comme Duster ou They Are Gutting A Body Of Water.

Constant Farewells paraîtra le 22 mai 2026 chez les labels Howlin' Banana, Flippin Freaks et Influenza rds.

Le clip de « Here The Mermaids Play » est disponible ici

 

 

 

Two Trains Left

L’excuse pathétique de Two Trains Left…

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Formation post/punk parisienne, Two Trains Left a sorti son premier Ep, "Sorry & Pathetic", en 2018.

Durant l'été 2021, il embraie par un deuxième Ep, intitulé "As Safe As Yesterday". Ce disque marque le début d'une nouvelle ère pour le groupe dont le style baigne dans une ambiance plus douce, entrainant sa musique au sein d’une toute nouvelle atmosphère. 

Après avoir commis plusieurs singles, en 2023 ("Lack of Sleep", "Feeling Fine" et "Comfort Zone"), il nous en propose un nouveau, "Alone", dont l’ambiance mélancolique alimentée par des guitares accrocheuses et des paroles introspectives, incarne un voyage à travers l'incertitude et le désir ardent.

Dans ce morceau, le groupe explore les complexités des relations et la peur de la solitude, le tout enveloppé au sein d’un climat à la fois nostalgique et apaisant.

Le clip agrège des images de vie du groupe : en concert, sur la route, sur scène, en studio, et est disponible ici

 

Trainfantome

Trainfantome étanche sa soif…

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« Thirst », le nouvel album de Trainfantome est paru ce 27 octobre. Au départ, c’était le projet solo du musicien nantais Olivier Le Tohic, et progressivement il est devenu un quatuor.

À la croisée des chemins des gothiques trop malheureux pour être punk dans les 80’s, des losers à l’écart du grand triomphe ‘alternatif’ des 90’s et des marginaux trop emo pour se fondre dans le moule à l’arrivée de l’an 2000, la musique de Trainfantome fédère plusieurs générations de perdants magnifiques.

Issu de « Thirst », le single « Spin » est disponible sous forme de clip

 

Last Train

Quand tu fais du rock et que tu n’écoutes que du rock, tu te prives de sources d’inspiration…

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Last Train fait un véritable tabac en France et bon nombre de médias lui prédit un avenir retentissant. Faut dire que ses prestations ‘live’ sont tout bonnement épatantes. Pour preuve, les deux concerts auxquels votre serviteur a assisté, l’an dernier, respectivement à l’Aéronef (compte-rendu ici) et à la Rotonde du Botanique (compte-rendu ). La formation a également publié son deuxième elpee, « The big picture », en septembre dernier. Avant le concert programmé à la Rotonde du Botanique, ce 19 décembre 2019, Julien Peultier, le guitariste, et Antoine Bashung, le drummer, ont accordé une interview à Musiczine. Le quatuor est en fin de tournée et Jean-Noël Scherrer, le chanteur/guitariste, se repose. Vu la conversation à bâtons rompus, difficile de démêler les propos des deux Alsaciens. Dans ces conditions, et pour une meilleure compréhension, cet entretien accordé dans une ambiance bien décontractée a été restitué sous une forme plus libre…

Quand on comptabilise le nombre de concerts –et il est impressionnant– accordés en 2019 par le band, on se demande où les musicos vont chercher leur énergie pour tenir le coup. La réponse fuse : « Dans la sieste. Et pour l’instant, Jean-Noël la fait, la sieste ! Mais là on est en fin de tournée et on ne pique pas nécessairement des roupillons d’une heure et demie. Cette énergie, on la trouve dans ce qu’on aime, ce qu’on a envie, en se produisant sur scène, tous les quatre. Et on y prend du plaisir. Même quand on enchaîne les dates. Pour tenir le coup, t’essaie parfois des trucs. Tu bois du Red Bull, par exemple. Mais à partir du moment où tu aimes ce que tu fais, tu y puises ton énergie… »

Non content de partir pour de longs périples, le groupe a également lancé un festival à Lyon, qu’il a baptisé ‘La Messe de minuit’. Quelques jours avant Noël. Donc, pour bientôt. Une réflexion qui a bien fait bien rire nos deux interlocuteurs. Une règle pour les formations ou artistes programmés : pas de samples ni de PC. Et peut-être bientôt, l’interdiction des smartphones comme lors des concerts des Raconteurs… La réponse est nuancée : « On y a réfléchi. C’est une démarche intéressante. En même temps, elle est aussi compliquée, car si les gens te photographient ou te filment, ça te fait de la pub gratuitement, surtout lorsque les prises ou les clichés sont diffusés sur les réseaux sociaux. Ce qui n’est pas à négliger. Et en même temps, nous sommes les premiers à déplorer ce comportement. Quand tu es sur les planches et que tu vois plein de smartphones partout, ça devient chiant. Eh, oh, on est là quoi ! Pour l’anecdote, parfois, ceux qui filment depuis 2 ou 3 chansons, je baisse leur téléphone, dans la bonne humeur. Il est aussi arrivé que Jean-Noël fasse monter un mec sur le podium, parce qu’il filmait depuis au moins 5 minutes. Il l’a même encouragé à continuer et lui a demandé s’il était content de pouvoir ainsi disposer d’une vidéo (NDR : dans la situation, le type devait vraiment être mal à l’aise) … » L’option Yonder (NDR : cette boîte américaine a fait son business d’u système qui édicte en règle une philosophie sans téléphone portable lors des concerts et spectacles), le band a pu la tester et en discuter avec son créateur. Explications : « Il te file une housse. Qui te cache l’appareil photo et te bloque les ondes. Pendant tout le concert, tu es en mode avion, en fait. Et tu ne sais pas prendre de photos. C’est intéressant, mais il faut y réfléchir… »

Quand on assure la première partie de groupes comme Placebo ou Muse, on finit inévitablement et inconsciemment par être influencés par ces groupes. Il est régulier que les artistes interviewés s’en défendent, mais cet impact semble inéluctable. A savoir si maintenant ces influences-là sont bénéfiques ou nocives… La parole est à la défense : « Pour le coup, Placebo, ouais, on comprend ce que tu veux dire. En fait les gros shows qui se déroulent dans des grandes salles, on n’aime pas trop. T’es très vite noyé dans le truc. Mais Placebo, c’est un de ces groupes où même dans un endroit plus vaste, tu sens qu’il se passe quelque chose en ‘live’. La carrière et le propos sont super intéressants. Johnny nous a peut-être moins inspirés (rires). Tout comme Rival Sons. On y est moins ouverts, moins sensibles. Et puis notre but, c’est de proposer le meilleur show possible. En analysant ceux des autres, t’essaie de prendre ce qu’il y a de meilleur. Que ce soit artistiquement ou techniquement, parce qu’en ‘live’, la technique est aussi importante. Quelque part on se comporte comme des gosses, mais qui ne se focalisent pas exclusivement sur le guitariste. On essaie de s’instruire en regardant ; et forcément, sur plein de trucs là, ça peut influencer. A contrario, il arrive que lors d’un concert qui te plaît moins, après quelques chansons, tu décroches… »

Les membres de Last Train sont originaires d’Altkirsh, en Alsace. Un patelin pas tellement éloigné de la Suisse, dont la scène rock est en pleine ébullition. Ils retournent épisodiquement dans leur famille. Une fois par mois pour le batteur. Le guitariste, quand c’est possible. Cette situation est due à leur emploi du temps particulièrement chargé. Mais bientôt, ils vont retourner voir leur proches, dans le cadre des fêtes de fin d’année. Car les musiciens se sont installés à Lyon. Et pourquoi pas à Paris ? La raison est finalement toute simple… « En 2014, on a organisé notre propre première tournée. Elle était européenne. Personne ne nous connaissait. On avait 19 ans. On a accordé 15 concerts en deux semaines. A travers 8 pays. On a tout planifié seuls. On est parti de zéro. On a acheté notre propre van. On a ensuite eu l’idée de monter notre boîte, mais en y impliquant d’autres groupes. Et puis on voulait s’installer dans une ville. A l’époque on sortait de notre BTS, de nos études supérieures, si tu préfères. Et puis tout est arrivé assez naturellement. Nos petites amies partaient à Lyon pour y vivre. Et puis, on avait envie de rejoindre Holy Tool, le premier groupe avec lequel on voulait travailler. Une collaboration qui nous tenait vraiment à cœur. On savait que c’était en bonne voie et on voulait se rapprocher d’eux, tout simplement. Et puis Paris, on n’y a jamais songé, car c’est une ville beaucoup trop grande. Trop chère. A cause des loyers. On n’a jamais trop aimé la capitale. Lyon nous correspondait mieux. Tu es à 1h30 de Paris, en TGV. Et puis quand tu dis Paris, tu n’y habites pas vraiment. Tu vis en banlieue. Tu prends le RER et t’as le même temps de parcours. On n’avait pas de thunes et les loyers sont exorbitants. Rien qu’à lire toutes les annonces sur Facebook de celles et ceux qui cherchent un appartement, ça te donne une idée de la difficulté d’y dénicher un logement à prix abordable… »

C’est à Lyon que les musiciens ont créé leur propre structure ‘Cold Fame’, qui inclut un label indépendant, une agence de diffusion, de production et de concerts. La formation a signé des groupes français pour lesquels ils ont ressenti de bonnes vibrations. C’est dans leurs propos. Mais les invitent-ils régulièrement en supporting act de leurs concerts ? « Oui, ben ça arrive régulièrement. Regarde sur les dernières dates de la tournée française. On a joué 7 ou 8 fois en compagnie de Thé Vanille. Maintenant, c’est plutôt du domaine de la production de spectacles. Et justement Thé Vanille en fait partie. On a joué pas mal avec eux. On a lié nos deux tournées et au final on est dans le même bureau, donc on se connaît bien. Et puis pareil pour les petits nouveaux qui viennent d’arriver, Bandit Bandit. Ils se sont aussi installés à Lyon, et on a partagé plusieurs concerts avec eux. Demain, on clôture notre tournée en leur compagnie. Ils ont ouvert pour nous au Trianon. Ils accordent une grande importance à l’ambiance familiale. On est super potes et super proches, comme pour Holy Two. Et dès qu’on part en tournée, on les invite ou du moins on essaie de bloquer une date ensemble… » Mais suggèrent-ils également aux organisateurs de les engager ? « Ouais, ouais. Mais ce sont des deals qui sont plus techniques. On essaie d’être le plus possible avec nos potes, mais on noue aussi des relations auprès d’autres groupes. Parfois locaux ou internationaux. On a aussi partagé des tas de dates avec Théo, une formation qui ne relève pas de ‘Cold Fame’… » 

Le groupe a signé un deal chez Barclay, lors de la sortie du premier album, ‘Weathering’. N’a-t-il pas eu l’impression de vendre son âme, à ce moment-là ? Mise au point ! « Non. On a travaillé avec Barclay ; on n’a pas signé chez eux ! C’était un contrat de licence. C’est-à-dire qu’on n’était pas un artiste Barclay. On était producteurs de nos propres disques, via Cold Fame, un label qu’on a créé en 2014. Nous gérions absolument tout, de A à Z. L’artistique, le financier… on payait même le studio. Pour le premier album, on a fait absolument ce qu’on voulait. On ne s’est rien refusé. La licence, c’est juste une exploitation du disque en France et même en périphérie. C’est de la diffusion quoi. Là où Barclay avait, à cette époque, une force de pénétration qu’on ne pourrait jamais avoir. Ce qui nous a permis d’être distribué plus largement et notamment dans les FNAC. Quand tu sors un album, tu as pour objectif de toucher le plus de monde possible. Humainement, l’entente était parfaite. Personne n’a été manipulé. On met un point d’honneur de toujours bien s‘entendre avec les gens en compagnie desquels on travaille. Et on les rencontre encore. On ne s’est pas brouillés ; d’ailleurs, on se rencontre encore. Mais voilà, pour le deuxième album, il a été décidé que la collaboration prendrait fin. De commun accord, car Barclay, c’est quand même une division d’Universal. On n’a pas vendu assez de disques à leur goût. Et on est reparti sur notre propre structure via Deaf Rock qui est celle du manager. On est aussi moins perdus dans une masse d’artistes. C’est juste une expérience formatrice qu’on a eue et on ne regrette absolument pas cette période. C’était super cool. Et on n’a pas eu l’impression de vendre notre âme… non. C’est nous qui étions maître du produit… »

Le groupe a déclaré qu’il puisait essentiellement ses influences au sein des 60’s et des 70’s. Peut-être ont-ils beaucoup écouté les vinyles de leurs parents… « Quand on a raconté cette histoire, c’était juste après la sortie du premier album. On a beaucoup pompé cette période. Depuis, on a évolué. Et puis, on n’a pas tout écouté ce qui était sorti à cette époque. Il y a trop de trucs. Aujourd’hui on est réceptif à davantage de musique contemporaine. On le ressent davantage sur notre second album. Nos parents n’étaient pas trop vinylophiles. Ils avaient des cds. Cette époque, on l’a découverte nous-mêmes, ensemble, au collège. On a matché ensemble. On y a découvert les sixties et les seventies. Les Beatles, notamment. Et pas seulement. Puis au fil des écoutes on en a conclu que ces groupes dont nos vieux parlaient, étaient vraiment trop bien. Aujourd’hui on n’écoute pas que de la musique issue des sixties et des seventies. On est ouvert à tout ce qui se passe. On n’est pas vraiment des rockers qui n’écoutent que du rock. Ça nous arrive d’écouter des trucs comme PNL ou Vald. Le dernier album de Vald, je l’aime bien, pas trop l’avant-dernier… » Pourtant la musique de Last Train est basiquement, fondamentalement rock, quand même… « Oui, oui. Mais quand tu fais du rock et que tu n’écoutes que du rock, tu te prives de sources d’inspiration. C’est judicieux de te nourrir d’autres courants musicaux. Lorsqu’on a entamé notre aventure vers 12/13 ans, on a fait du rock naturellement ensemble. C’est notre moyen d’expression et c’est ce qui explique pourquoi on continue à pratiquer ce style. Mais on essaie d’y intégrer plein de choses, plein d’influences. Même classiques. Un orchestre symphonique a d’ailleurs participé à l’enregistrement de notre dernier album et le disque recèle une chanson qui se limite au piano… » Engager un orchestre symphonique a dû coûter un point ! « Non, c’était une forme de partenariat, en fait. L’orchestre symphonique est composé de fonctionnaires de l’Etat. En tant que citoyen français, c’est dans le deal (rires)… »

Le groupe a déclaré qu’il n’existait plus beaucoup de groupes rock, aujourd’hui, de type guitare/basse/batterie/chant. Or, en Angleterre, une nouvelle scène, bien rock, underground, est occupée de s’imposer. Fat White Family et Girl Band ont ouvert la voie à des formations comme IDLES, Fontaines D.C., Squid, Shame ou encore The Murder Capital. Les musicos ne seraient-ils pas convaincus de ce retour en grâce ? Réaction : « Le phénomène se produit un peu partout, en France aussi. Deux ou trois ans plus tôt, on se sentait un peu seuls. Et puis plein de nouveaux groupes bien cool ont percé en même temps que nous. En France, il y a MNNQNS. On a joué pas mal avec Mankind sur cette tournée. Il y a Decibelles, aussi. Et The Psychotic Monks. Il existe une toute nouvelle scène et je me réjouis de voir que « Dogrel », l’album de Fontaines D.C. fait un carton partout en Europe et aux Etats-Unis. C’est un groupe irlandais, je crois. Du rock anglo-saxon très basique avec un accent pété et des guitares qui partent dans tous les sens, à fond… » Maintenant, les labels majors voient-ils ce retour du rock, d’un bon œil ou plus exactement d’une bonne oreille ? « On ne sait pas s’ils le voient sous cet angle et on ne croit pas qu’ils soient fermés au rock ; d’ailleurs si le mouvement vient du public, t’inquiète, ils seront là (rires)… » On peut toujours rêver, car on a parfois l’impression que le grand public ne fait plus tellement d’efforts pour découvrir autre chose que le mainstream. Une situation attribuée, selon les avis, aux médias, aux réseaux sociaux, à l’industrie musicale ou aux labels. La question mérite cependant d’être posée…

L’univers en noir et blanc semble fasciner Last Train. Mais est-ce celui de la photo, du cinéma ou de la BD classique ou des mangas. Du style Maroto, par exemple, même s’il joue sur les deux tableaux, couleur et noir et blanc… C’est Julien qui s’exprime : « Je commence à découvrir ce type de BD de temps en temps, ouais, c’est assez ‘abusé’. Je ne me souviens plus du nom du mec dont j’ai découvert des mangas. Il sort une planche tous les trois mois. Et il se demande s’il va finir sa BD, parce que le gars est vieux. Il a des problèmes de dos et parfois quand il sort une planche, c’est une véritable fresque. Comme si c’était une idylle. Tout est dans le détail. C’est super impressionnant. Mais je ne me rappelle plus très bien, car cet épisode date d’au moins 3 mois. Et je ne sais plus si c’était en noir et blanc, mais j’ai accroché de suite. Et tout cas, c‘est une découverte… Ce qui nous intéresse, c’est surtout la sobriété. Cet aspect intemporel qui nous tient à cœur et ce côté analogique pour le son et argentique pour la photo. Parce que quand tu captures, tu ne peux pas retoucher après. En fait, c’est moins noir et blanc côté intemporel, mais plus dans le côté essentiel de l’argentique et de l’analogique. Et dans la manière de travailler, Dan Levy (NDR : cinéaste, producteur et membre fondateur de The Dø), qui a aussi conçu la pochette, travaille beaucoup dans cet esprit. Ce qui au départ nous a un peu frustrés. Enfin, pas frustrés, mais plutôt effarés de voir sa manière de bosser en studio. Comme par exemple quand il ne réserve que 3 micros à la batterie. Ou quand il se consacre à une bande analogique sur laquelle tu retrouves cette batterie sur une tranche sans pouvoir la retoucher. Et tu te dis, wouaw, c’est assez trash quand même. On a eu du mérite, car comme je fais de la vidéo, la méthode est différente, quand même. Parfois, on se dit que ce truc-là, on ne va jamais pouvoir le modifier. Il met du delay sur une voix, et puis c’est terminé. Le numérique, en studio, c’est l’inverse et il peut te rendre cinglé. Tu ne finis jamais ton album, parce que tu peux toujours ajouter un truc. L’analogique, c’est fixe, c’est comme ça. Et puis comme on est perfectionniste, on essaie toujours de corriger le tir. Si tu travailles en numérique, l’album mettra plus d’un an avant de sortir (rires). Et finalement, ce qui est intéressant, c’est que la méthode analogique te permet de fixer plus rapidement tes idées. Les photographes célèbres qui travaillent en argentique ont souvent des résultats vraiment fantastiques. Un peu comme les images réalisées par les reporters de guerre… » Richard Bellia cherche à figer le moment, à travers l’argentique. Il shootait lors du concert de l’Epée, tout comme Ludo, notre photographe. Il s’occupe principalement de ce projet, ainsi que des Liminanas… « On pensait justement à lui. On l’avait rencontré. Il avait publié un bouquin de je ne sais plus combien de pages, réunissant tous les groupes qu’il avait immortalisé sur pellicule. Et nous, il nous a pris en photo, au moment où il éditait le bouquin. Dans le style, Hans Ruedi Giger aussi, fait des trucs de dingue… » Laurent, l’attaché de presse, intervient dans la conversation : « Richard, j’ai fait un shoot avec lui, pour un groupe belge. Il est venu de Lyon. On l’a chopé à la sortie du Thalys à Liège. Il est venu et il l’a quasiment fait pour rien. Mais quand il a débarqué, il pensait avoir emmené ses deux appareils avec lui, mais il en avait oublié un à Lyon. Aussi, on est allé en louer un… » Et le duo de poursuivre : « Et nous justement quand on l’a rencontré dans les loges, c’était en présence d’Anthony Doncque, le parrain d’un festival pour lequel il assurait un dj set en clôture... »

Le clip consacré à « The Big Picture » retrace sous forme de flashes, le parcours des musiciens, depuis leur enfance. On les y voit d’ailleurs, tout gosses. C’est Alain Baschung qui prend le crachoir : « C’est Julien qui a réalisé le clip, ouais. Cette vidéo est assez narcissique. D’ailleurs, on se voit beaucoup dedans. Très voyeur aussi. Notre dernier single, c’est ce titre qu’on dévoilait avant de sortir l’album. Et on avait envie de marquer le coup, de retour après une année et demie d’absence au cours desquelles plus personne n’avait entendu parler de nous. On a sorti deux titres. Dont ‘The big picture’, deux semaines avant l’album. La vidéo constitue, en effet, un gros condensé de notre parcours. De ce qui s’est passé et de ce qu’on est devenus. On y relève de grands écarts, aussi. On nous voit sous une tente, à l’époque où nous avions plus ou moins 14 ans. On était dans une colonie de vacances. Et juste après tu as une image de Laurent Joux, dans les arènes de nuit. C’est cette espèce de grand écart-là qui est marrant à voir. C’est comme une fresque. J’avais aussi bien aimé une des premières versions, dans laquelle il y a avait un message. C’est à la fois beau et angoissant regarder ces 4 gamins sous la tente et puis, peu de temps après, de les voir sur une putain de scène. C’est un peu comme dire à ses enfants, regarde ce qui va se produire, par la suite… »  

En général, les paroles sont plutôt introspectives. Elles parlent d’amour déçu, de rupture et de douleur difficile à effacer. Serait-ce une projection imaginaire ou le fuit d’un vécu ? Dans un bel ensemble : « Beaucoup de vécu, ouais. Cet album là est vachement bien introspectif. Tout ne nous est pas tombé forcément sur la gueule entre le premier et le second album. Lors du premier on apprivoisait l’anglais. On a appris à rédiger des paroles. Ce qu’on ne savait pas forcément faire. Depuis on a écrit beaucoup de fictions ; ce qui met un peu de distance entre toi et ce que tu dis. Et sur le deuxième album, c’est beaucoup plus introspectif.

En lisant l’article consacré à l’album ‘The big picture’ sur Musiczine (voir ici), les deux musiciens hochent la tête, en guise d’approbation ; puis soudain, ils éclatent de rire. En cause, le terme outre-Quiévrain glissé dans le texte. Ils ne connaissaient pas du tout son sens étymologie et ont simplement ajouté qu’ils en toucheraient un mot à leur sponsor…

(Photographie : Ludovic Vandenweghe)

   

Last Train

Aussi efficace qu’à Lille, mais en plus condensé…

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Après avoir accordé un remarquable concert à l’Aéronef de Lille, en octobre dernier, Last Train, se produisait à la Rotonde du Botanique, ce jeudi 19 décembre. Votre serviteur n’est pas trop enthousiaste de revoir un même artiste ou groupe dans un laps de temps aussi court ; mais comme il était prévu de rencontrer la formation alsacienne dans le cadre d’une interview, juste avant le show, il semblait logique d’y assister. D’ici une quinzaine de jours, vous pourrez d’ailleurs découvrir cet entretien dans ces colonnes. Mais place au compte-rendu.

Il revient à Elvyn Birds d’assurer le supporting act. Il s’agit du projet solo de Renaud Ledru, le chanteur/compositeur du duo Alaska Gold Rush. Il va nous proposer des chansons poétiques incitant au voyage et à la réflexion, en s’accompagnant à la sèche qu’il joue le plus souvent en picking. Et parfois, il souffle dans un harmo posé sur un rack. En outre, il ne manque pas d’humour, en s’adressant à l’auditoire. Mais le plus étonnant procède de ses inflexions vocales qu’il emprunte régulièrement à Bob Dylan. Il termine son set par un morceau relatant le parcours des réfugiés qui traversent la Méditerranée au péril de leurs vies. Le set tient la route, mais trop confiné à l’univers du folk, il devient progressivement monocorde. Suffirait cependant du soutien d’un violoniste et/ou d’un violoncelliste pour que l’expression sonore prenne une autre dimension. Enfin, ce n’est qu’un avis personnel…

Place ensuite à la tête d’affiche. Le « The lonely shepherd » du célèbre flûtiste roumain Gheorge Zamfir sert d’intro. La scène est plongée dans un décor en noir et blanc. Le quatuor grimpe alors sur l’estrade sous les applaudissements de la foule. C’est sold out, ce soir ! Jean-Noël balance un premier ‘Bonsoir Bruxelles’, avant d’attaquer « All Alone ». Déjà les trois gratteurs déambulent de long en large droite sur le podium, comme ils vont très souvent le faire au cours du show. Ceux-ci incitent la foule à frapper dans les mains, tout au long de « House on the moon ». Plus élaboré, « On our knees » s’ébroue sur un tempo plus lent. Une compo atmosphérique qui subit quelques déflagrations électriques, avant le retour au calme, moment choisi par les trois guitaristes pour faire face au batteur. Puis le drumming devient martial et conduit à l’explosion finale. « One side road » est imprimé sur un tempo bien carré. Les six cordes vibrent comme à l’époque du Creedence Clearwater Revival. Puis Jean-Noël descend dans la fosse, la traverse, monte les marches, va taper dans la main de l’ingénieur du son, derrière sa table de mixage. Et quand il remonte sur le podium, le band est prêt à attaquer « Between wounds ». Lors des refrains, la foule chante. Jean-Noël tourne le micro vers la fosse. Ce qui n’empêche pas la compo de multiplier les déflagrations sonores. Et le groupe de d’embrayer par un instrumental décapant, au cours duquel la foule est à nouveau invitée à frapper dans les mains. De petites mélodies sont échangées entre les deux guitares tout au long de « Disappointed ». Caractérisé par cette ligne de basse bourdonnante, percutante, ce titre est manifestement hanté par Muse. Entre accalmies et explosions sonores, la foule reprend les lyrics de « Fire » en chœur, et Jean-Noël présente encore son micro à l’auditoire. Il empoigne un tambourin avant d’aborder « Leaving you now », le dernier morceau du set, puis quelques secondes plus tard, le jette en coulisses. La fin du show est à nouveau très électrique, presque psychédélique, et lorsque le combo se retire, la foule réserve une belle ovation au band. Elle en veut encore. L’attente est longue. En remontant sur l’estrade, le vocaliste remercie tout son staff, puis décrète que ce sera la dernière chanson du concert. En l’occurrence, « The big picture ». Un spectateur lui répond alors qu’il en veut davantage. Et qu’après ce morceau, il en faudra un deuxième, puis un troisième, et pourquoi pas un quatrième. Et qu’il sait où le groupe a garé son véhicule… Ce qui déclenche l’hilarité dans le public mais aussi chez les musicos. La foule reprend de nouveau les paroles en chœur pendant ce morceau. Enfin, sauf quand les musiciens se déchaînent sur leurs instruments. Jean-Noël jette son pied de micro sur les planches. Le soliste s’autorise un long feedback, alors que Jean-Noël brandit sa guitare d’une seule main bien levée vers le ciel, un peu comme un sportif qui exhibe son trophée. Et avant de prendre congé, comme à l’Aéronef, les musicos de Last Train vont se serrer dans les bras, visiblement heureux d’avoir conquis l’assemblée. Un concert aussi efficace que celui accordé à Lille, mais en plus condensé...

(Voir aussi notre section potos ici)

Setlist :

All Alone, Way Out, House on the Moon, On Our Knees, One Side Road/Between Wounds, Disappointed, Fire, Leaving You Now

Encore:

The Big Picture.

(Organisation : Odessa Maison d'artistes)

Last Train

Ce soir, à l’Aéronef, il ne fallait pas manquer ce Last Train…

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Deux groupes méritaient de figurer en tête d’affiche ce soir, à l’Aéronef. Tout d’abord The Mystery Lights. Américain, il est responsable à ce jour d’un mini album et de deux long playings, dont le dernier, « Too much tension », est paru en mai dernier. Puis Last Train. Français, alsacien plus précisément, son deuxième elpee, « The big picture » (voir chronique ici), est sorti le mois dernier. Appréciant le rock/garage, votre serviteur avait coché la première formation dans son agenda, mais était aussi curieux de voir ce que le quatuor mulhousien avait dans le ventre, sur les planches. La surprise n’en sera que plus grande…

Lorsque The Mystery Lights grimpe sur le podium, la salle est déjà aux trois quarts remplie. Le line up implique un drummer, un bassiste, une très jeune claviériste, et deux guitaristes, également membres fondateurs du band. En l’occurrence Alfonso Solano, le seul qui ait les cheveux-mi-longs, les autres arborant de longues tignasses. Il joue sur une ‘phantom’, comme les Fuzztones. Puis Mike Brandon, le chanteur. Grand, filiforme, souple, il bondit comme un félin, prend des poses acrobatiques spectaculaires et vient régulièrement monter sur la petite estrade réservée au batteur. Glapissante, haut-perchée, sa voix navigue quelque part entre celles de Rick Ocasek, Robert Plant et Roger Hodgson. Lors du set, au cours duquel les morceaux s’enchaînent presque sans temps mort, le combo tente l’une ou l’autre incursion dans le blues/funk ou même la prog épique, mais elles font un peu pâle figure par rapport aux titres de pur garage bien rythmés, parfois à la limite du punk. Sur les plus accrocheurs, le clavier rogné, parfois ‘manzarekien‘ s’infiltre insidieusement, alors que bénéficiant d’une solide section rythmique, les deux gratteurs libèrent une électricité savoureusement grésillante, frémissante, parfois psychédélique. Réceptive, la foule accorde une belle salve d’applaudissements au quintet yankee, pour sa prestation… (pour les photos c'est )

La voie ferrée est maintenant tracée pour le Last Train. La salle est quasi-sold out ; et si l’auditoire est multigénérationnel, on y dénombre, quand même beaucoup de jeunes. Même des enfants, dont les oreilles sont sagement préservées par des casques de protection. En intro, les baffles crachent "The lonely Shepherd", une compo du célèbre flûtiste roumain Gheorge Zamfir. A cet instant, la scène est plongée dans un décor en noir et blanc. Et lorsque le quatuor débarque sur le podium, on remarque que même la basse est de couleur blanche et les guitares, de teinte noire. Chaud-boulette, le public, majoritairement français, même si quelques frontaliers sont présents dont quelques néerlandophones, manifeste déjà son enthousiasme. Et le convoi de s’élancer à toute vapeur. Dès « All alone », les trois gratteurs déambulent de gauche à droite et de long en large, en se contorsionnant, alors que véritable locomotive, le préposé aux fûts maintient parfaitement les rames sur ses rails. Tiré à quatre épingles, Jean-Noël Scherrer, ôte sa veste et dévoile un gilet seyant. Il retrousse ses manches de chemise, avant d’aborder le deuxième titre, « Way out ». La ligne de basse est crépusculaire, les déflagrations électriques sont chargées d’intensité. Imprimé sur un tempo presque new wave, « Dropped by the dove » déferle comme une compo des Stooges. Des déflagrations qu’on retrouve tout au long de « House on the moon », un titre réminiscent des débuts de Muse. Au début de « On our knees », les trois gratteurs font face au drummer et entament le morceau dans un climat incantatoire avant qu’épileptiques, les guitares n’entretiennent un climat déchiré entre calme et tempête. Le medley entre « One side road » et « Between wounds » s’ébranle sur un rythme bien carré, puis finit par se déstructurer et vire même au psychédélisme. Jean-Noël s’enhardit, traverse le front stage, franchit les barrières, et rejoint la foule. Il grimpe sur les épaules d’un solide gaillard et brandit le poing tel un gladiateur (NDR : geste qu’il va faire régulièrement tout au long du concert) puis se laisse porter par la foule, tout en triturant sa six cordes. Au bout de quelques minutes, il retourne sur le podium, afin d’achever l’interprétation du morceau sur un tempo de plus en plus frénétique. Grondante, la ligne de basse communique un sentiment de menace tout au long de « Disappointed ». Quelques arpèges de gratte amorcent « Fire », une forme de blues magnifié par des guitares jumelées et ponctué de quelques explosions électriques, un morceau qui va soulever une véritable ovation de la part du public. Et le concert de s’achever par le syncopé et judicieusement intitulé « Leaving you know ». Le spectre de Placebo plane. Les musiciens sont déchaînés, survoltés même, et Julien vient frotter ses cordes contre son ampli pour en extraire le max de feedback.

Le public en veut encore et le manifeste bruyamment. Trois wagons à la set list seront dispensés en appel. Tout d’abord « Tired since 1994 ». Il s’ébroue tel un tortillard, puis monte en crescendo alors que quelques aficionados aux premiers rangs en profitent pour allumer quelque briquets (NDR : et pas des smartphones !) comme trente ans voire quarante ans plus tôt. Rollingstonien, caractérisé par ses ‘ouh ouh’ ferroviaires que la foule reprend en chœur (NDR au cours du set, le public chante d’ailleurs régulièrement les paroles), « Cold fever » incite l’auditoire à frapper des mains, gestes qui se transforment en acclamations. Avant d’attaquer le dernier morceau, Jean-Noël, remercie l’équipe technique, les musiciens de Mystery Lights pour avoir assuré le supporting act ; puis le convoi s’embarque dans une version plus courte, mais diablement efficace et terriblement sauvage, entre rock et blues, du titre maître de son dernier opus, « The big picture ». C’est la dernière claque du concert. Une fameuse ovation s’élève de la fosse. Le groupe n’en revient pas. Les musicos se congratulent. Se prennent dans les bras. Le moment est émouvant. Quitter l’auditoire semble même briser leurs cœurs. Un peu comme s’ils partaient pour un long voyage en sachant qu’ils ne reviendraient plus avant longtemps… Franchement, ce soir, à l’Aéronef, il ne fallait pas manquer ce Last Train… (pour les photos, c'est ici)

Set list :
All Alone, Way Out, Dropped by the Doves (I Only Bet On Myself was initially planned), House on the Moon, On Our Knees, One Side Road/Between Wounds (Medley), Disappointed, Fire, Leaving You Now

Rappel :
Tired Since 1994, Cold Fever, The Big Picture

Last Train

The Big picture

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Outre-Quiévrain, la presse est dithyrambique à l’égard du second elpee de Last Train, un quatuor alsacien, établi aujourd’hui à Lyon. Et ma foi, elle n’a pas tout à fait tort. Car hormis deux ou trois morceaux plus tendres, la formation nous propose un rock pur et dur qui fait la part belle aux guitares. Des références ? Queen of The Stone Age et Royal Blood. Il y en a d’autres, mais en général, elles sont puisées dans le stoner des 70’s. Eraillée, la voix de Jean-Noël Scherrer colle bien aux compos, même si elle emprunte les inflexions de Liam Gallagher sur « All alone ». Hormis l’intermède « A step further down », une piste tramée sur des accords de piano subtils et le single « The idea of someone », une ballade mid tempo, les 8 autres plages sont bien chargées d’électricité. Ce qui n’empêche pas les variations dans le tempo. A l’instar de l’épique « On our knees », déchiré entre passages acérés et parties plus atmosphériques. Ou encore de « Right where we belong ». Caractérisé par de belles envolées de gratte, sa mélodie rappelle quelque part « Lucy in the sky with diamonds ». « Disappointed » se révèle davantage pulsant et fragmenté. Excellent, « Tired since 1994 » est construit un peu comme chez Radiohead circa « The bends ». Après la longue intro lente et acoustique, on assiste à une montée en crescendo, avant que la compo n’atteigne son intensité maximale et ne s’achève de manière plus indolente, un peu comme elle avait commencé. Enfin, l’opus s’achève par le titre maître, un morceau de 10’, pour lequel le groupe a reçu le concours de l’Orchestre Symphonique de Mulhouse. Entre classique et électrique, cette autre piste épique alterne également entre épisodes calmes et tempêtueux...  

En concert le 10 octobre 2019 à l’Aéronef de Lille, à la même affiche que The Mystery Light, le 14 novembre 2019 au Zik Zak à Ittre et le 19 décembre 2019 au Botanique de Bruxelles, mais aussi à travers la France, en Allemagne et aux Pays-Bas…

Last Train

Weathering

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Last Train est issu de Mulhouse. Un quartet réunissant le chanteur/guitariste Jean-Noël Scherrer, le second gratteur Julien Peultier, le bassiste Timothée Gérard et le drummer Antoine Baschung. Et « Weathering » constitue son premier elpee.

Bien que jeunes, les musicos semblent avoir acquis la technique de vieux briscards du rock insulaire. Et tout particulièrement celle du Led Zeppelin. Surtout quand la musique véhicule des accents blues (« Golden songs »). Mais également de Radiohead, Royal Blood et même U2. Sans oublier The White Stripes, Black Rebel Motorcycle Club et Queens of The Stone Age, pour les références yankees. Rageuse, nerveuse, la solution sonore est même parfois contaminée par le punk. Quant au timbre vocal de Jean-Noël, il est plutôt rocailleux.

Caractérisé par cette ligne de basse omniprésente, « Dropped By The Doves » trempe dans un rock/blues/garage crasseux, chargé de testostérone. 

Découpé dans des riffs frénétiques, « Never Seen The Light » campe un stoner subtilement psyché. Si « Jane » s’avère particulièrement atmosphérique, « Between wounds » est carrément barré. « Way out » nous réserve un solo de gratte aussi risqué que remarquable.

Le long playng recèle trois morceaux moins percutants (NDR : les mauvaises langues diront plus faibles) : le plus lent « House Of The Moon », le tendre « Time », une plage soulignée généreusement par des ivoires, et l’anodin « Cold Fever ». Mais s’achève par un morceau percutant et irrésistible, le titre maître du long playing. Un premier essai fort intéressant qui annonce pour le groupe, un futur chargé de promesses… 

 

I Like Trains (iLiKETRAiNS)

Shoegazing ferroviaire...

'J'aime les trains'… Si les cinq jeunes hommes qui montent sur la scène de la rotonde sont endimanchés comme des contrôleurs de la British Rail en goguette à Bruxelles, c'est parce qu'ils 'aiment les trains', comme nos vaches bleu blanc belge. Sauf qu'ici nous les regardons passer, en ruminant nos vieux souvenirs de 'shoegazing' et de Joy Division.

iLiKETRAiNS est un nouveau groupe à la mode, qui devrait faire parler de lui ces prochaines semaines. Il y a de l'Interpol (la voix, théâtrale, profonde), du Ride, du Cousteau chez ces cinq barbus (moins 1) au poil à peine pubère, qui parlent dans leurs chansons de figures historiques de la grande Angleterre. Il y a le Capitaine Scott, parti à la découverte de l'Antarctique en 1912 (« Terra Nova »), Bobby Fischer, champion du monde aux échecs pendant la Guerre Froide (« A Rook House For Bobby »), Richard Beeching, l'ex-président de la British Railways Board (« The Beeching Report ») ou encore « Spencer Perceval » (l'un des deux inédits de ce live), le seul premier Ministre anglais à s'être fait assassiner, en 1812… iLiKETRAiNS serait-il un groupe de jeunes licenciés en histoire, qui profitent du rock pour enseigner leur savoir pompeux à la masse boutonneuse ?

Mieux qu'un cours poussiéreux donné par une vieille rombière à la bouche pâteuse, le disque de ces cinq Britanniques assoiffés de savoir divertit donc le quidam rock tout en l'instruisant. En 'live' il en résulte un condensé de rock vaporeux toutes guitares dehors, à peine ragaillardi par une voix spectrale qui rappelle comme d'hab' celle de feu Ian Curtis. Huit titres (l'intégrale du mini-album « Progress – Reform », excepté « No Military Parade », et deux inédits), à peine une petite heure de concert : il n'en faut pourtant pas davantage au quintet pour récolter de francs applaudissements. Le signe avant-coureur d'un buzz qui ne devrait qu'enfler. 'Si on s'appelle iLiKETRAiNS, c'est parce qu'en Angleterre personne ne prend le train, et c'est bien dommage', bredouillera Guy Bannister (guitare, synthés) en vendant quelques disques dans le couloir du Bota.

Chez eux les kids leur demandent où acheter l'uniforme de la British Rail. Mais on ne sait pas si la vente de Go Pass a connu ces temps-ci un 'revival' économique .Le 'shoegazing', si, et c'est tant mieux pour les fans de riffs qui durent et crapahutent. Dommage qu'une fois mis sur ces rails (déjà tant de fois empruntés…), iLiKETRAiNS ne dévie pas d'un pouce : 8 titres, certes, mais huit titres qui sonnent comme un seul, à la vigueur interchangeable… C'est ainsi, quand on prend les transports en commun : ça roule peut-être vite, mais c'est vite monotone. 'La prochaine hype en provenance de Leeds arrivera à la voie 11 à 22h12'. Ah m…, il est 22h13 ! Bah, tant pis, on prendra la prochaine !

 

Zion Train

Land Of The Blind

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Zion Train est un 'sound system' insulaire qui existe déjà depuis plus de 25 ans. C'est un des pionniers de la scène dub anglaise. Fondé en 1990 par les producteurs David Tench (trompette), Neil Perch (basse) et Collin Cod (melodica), son line up est à géométrie variable. Un membre semble est quand même devenu permanent : le chanteur Molara. Ce collectif insulaire propose, depuis quinze ans un dub aux influences variées et surtout propice à la danse. L'originalité de la musique de Zion Train procède de ce mix d’influences, récentes et plus anciennes, le plus souvent hétéroclites, oscillant entre les plus analogiques (donc vintage) et les plus contemporaines (donc technologiques) ; le band enrichissant le tout d’instruments à vent traditionnels. Pour enregistrer cet elpee, le trio a reçu le concours de Don Fe à la flûte, Finn Todd au mélodica, Vedran Meniga à la batterie, Fitta Warri aux percussions africaines (nyabinghi) ainsi que David Fullwood, Lucas Petter et Gianni Denitto aux cuivres. Sans oublier les invités (featurings). Et tout particulièrement les vocalistes : le Jamaïcain Fitta Warri, la chanteuse/poétesse Jazzmin Tutum, le toaster Dadda, la jeune mancunienne délurée Kathika Rabbit, le Français Daman et l’Allemand Longfingah. Dont les lyrics se consacrent à des thèmes soucieux de la planète et de la nature.  

Le périple vous entraîne de Cologne (les sessions s’y sont déroulées, dans le studio Zion Train) à Kingston et s’ouvre par « Land Of The Blind », un morceau traditionnel. Tout comme « Words Of Wisdom », de quoi vous permettre de prendre le vol suivant, si vous avez manqué le premier.

« Dirty Dunza/Go For It » est un remix du « Bloody Dunza » du célèbre Johnny Clarke. Les sonorités de flûtes sont samplées. Le step est ici assuré par le Jamaïcain Fitta Warri et la chanteuse de dub Jazzmin Tutum. Et c’est cette rencontre entre le dub dansant et la voix délicate de Jazzmin qui fait la différence. Un hit potentiel !

Kathika Rabbit pose la voix sur « We Are Water », une compo aquatique aux vagues dub alertes et entraînantes. Puis sur « More and more », une plage aux cuivres somptueux. Des cuivres qui se révèlent à nouveau remarquables, tout au long d’« Inner vision ». Et deviennent inquisiteurs sur le plus roots « No I.D. ». Une forme plus roots davantage explorée en deuxième partie de parcours.

Une rythmique saccadée dynamise « Land Of The Blind », une version ‘extended’ de « Dirty Dunza »). Les MC’s Dub Dadda et Fitta Warri sont aux commandes tout au long de « Roots Man Play/Permanent Pressure », le plus long morceau du long playing. Et aussi le plus épatant, pour les amateurs du style. Le MC Longfingah se distingue sur le plus sauvage « Raise A Dub », une piste encore une fois enrichie de cuivres éblouissants.

Après le plus paisible « Dry Your Tears », « The Great Flood – Gaia’s Tears » achève ce voyage en beauté. Débarquement dans la capitale jamaïcaine reflété par la parfaite osmose entre flûtes et cuivres. 

 

The Midnight Ghost Train

Cold Was The Ground

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Si vous aimez les atmosphères sombres, le bon vieux rock qui pue des pieds et se fond dans le son bluesy, je vous invite à écouter ce « Cold Was the Ground », dernier album de The Midnight Ghost Train. Fermez les yeux, imaginez-vous roulant de nuit au milieu des plaines du Texas. Il fait chaud et humide, l’esprit embrumé tant par l’ivresse d’un bon whisky que par la liquidation en bonne et due forme d’une famille de bons petits Américains. Digne d’un cynique Tarantino ou d’un Rob Zombie déjanté.

« Along The Chasm », en guise d’introduction oppressante, est rapidement rejointe par des guitares rondes et ronronnantes qui ne cesseront de vous accompagner tout le long de la route. « Cold was the Ground », c’est du Stoner qui fait du bien par où il passe, mixé à la chaleur de transitions propres au Blues. Issu de Topeka, capitale du Kansas aux Etats-Unis, ce trio arpente les scènes depuis bientôt huit ans et publie donc son troisième opus studio. Les riffs ronds de « Gladstone » nous entraînent directement au cœur de l’album et plantent le décor roots et brumeux, où les riffs et la voix grave et rocailleuse de Steve Moss, vocaliste/bassiste du groupe, s’entrechoquent. Un contraste où le rugueux vient côtoyer le soyeux, afin d’élaborer une matière aux multiples reliefs. Comme tout bon Stoner, les morceaux profitent d’une alternance entre un rock endiablé rapidement exécuté et un étirement en longueur de certains passages afin de profiter de la couleur de chaque note, le tout dans un mouvement hypnotique nous entraînant dans un au-delà planant. « BC Trucker », single de l’album, déboule par un solo de batterie rapidement rejoint, en arrière-plan, par une basse aux accents réminiscents d’un ZZ Top, mais exécutés plus rapidement, et un riff bénéficiant d’un break bien placé, pour s’installer confortablement et rester en tête jusqu’à la fin du morceau. Ce dernier profite d’ailleurs d’un clip vidéo assez déjanté, où les trois gars du Kansas se retrouvent à jouer au milieu des champs, accompagnés d’un homme coiffé d’un masque de cochon et tournoyant en Quad autour d’eux. On y retrouve ensuite une bande d’enfants, habillés tels des Amish, quittant la ville et armés d’outils agricoles, rejoignant le band afin de faire la fête ensemble. Le clip se termine par un plan où brûle tranquillement l’homme-cochon sur une chaise en osier. What else ? Telle une parenthèse, « One Last Shelter », privé de tout apport vocal, démarre comme un morceau de Mötorhead pour ensuite se fondre en un intermède teinté de blues, avant d’être repris par une guitare frénétique pour finalement aboutir dans une sauce rock’n’rollesque bien épaisse. Mention spéciale à « The Little Sparrow », morceau intimiste susurré au micro, narrant l’histoire d’un homme hanté par sa musique en pleine nuit, l’empêchant de fermer l’œil happé par les songes. Peut-être un vieux fantôme, quand on sait que le père du frontmen s’est éteint il y a cinq ans, en lui laissant pour derniers mots : ‘Peu importe les raisons, ne cesse jamais de jouer de la musique. Vas-y toujours aussi fort que tu peux’. Une dernière volonté qui revêt tant de l’énergie à puiser que du fardeau à porter.

Fan de Rock bien gras, d’ambiance un peu crado et de western-spaghetti, ne manquez pas cet elpee qui devrait vous faire passer un bon moment. Pas question ici de se prendre la tête et de se poser un tas questions futiles, il suffit de se laisser aller afin d’être emporté dans le monde parallèle et barré de The Midnight Ghost Train. Une traversée nocturne en vieille Cadillac au milieu de nulle part.

The Midnight Ghost Train se produira ra le 10 mars prochain au Bunker (Bruxelles)

 

Last Train

She's got your soul

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Parfois, on a l'impression de mettre le doigt sur un projet qui pourrait bien être un succès en devenir. C'est un peu le sentiment que j’ai éprouvé après avoir écouté « She's got your soul », ce mini album de Last Train. Ces six titres méritent de figurer dans votre collection. Surtout si l'énergie de Black Box Revelation vous manque ou si vous êtes fans de Black Rebel Motorcycle Club. J'ai même cru entendre un peu de Clutch ou le balancement de Dead From Above 1969. C'est travaillé à l'ancienne, tout en progression. Un premier titre en intro qui vous plonge dans une ambiance western à la Tarantino avant de lâcher les chevaux, zigzaguant entre Stoner et Blues Rock, un pur son garage bien syncopé qui chipote l'équalizer. Ils ne doivent rien à personne les Alsaciens, ils produisent tout de A à Z : leur clip (voir ici ), leur pochette, leurs photos, leurs paroles et surtout leur son. La vingtaine à peine et déjà une belle promesse du rock. Y a plus qu'à confirmer. Ce qu'ils ont bien l'intention de faire puisqu'ils font suivre cet EP d'un deux titres « Cold fever » qui leur ouvre les portes d'une première tournée européenne, un disque qui sonne comme un tube pour tous les aficionados d'un rock aux accents roots. Reste à savoir s'ils parviendront à confirmer leurs performances sur scène et à accrocher le public. Le look à la James Dean, c'est pas toujours suffisant. Il va falloir prouver! Ce qu'ils tenteront de faire en Belgique le 17 juillet au DNA à Bruxelles. Avec du travail et de la sueur, Last Train pourrait jouer des coudes et devenir une bonne surprise. Il leur appartient de ne pas manquer le bon wagon !

 

 

 

I Like Trains (iLiKETRAiNS)

Sans crier gare

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Il est des promesses douces à caresser, des rêves de grandeur non démesurés, qui au fil du temps s’étiolent néanmoins jusqu’à prendre des proportions plus modestes en risquant au final d’avoir raison de tout espoir.

À première vue, les membres du groupe de Leeds semblent toujours afficher la même foi inébranlable en leur musique, mais qu’il doit être difficile d’appréhender l’étroitesse et le confort précaire de certains clubs –et c’est le cas ce soir– quand les débuts si prometteurs les propulsaient d’office sur des scènes bien plus appropriées aux tourments soniques qui agitaient leurs compositions, dès les premières notes de « Progress-Reform », en 2006.

Si David Martin et sa clique ne semblent pas sourciller, attablés en terrasse, devant l’Escalier, ce soir, je ne peux m’empêcher de nourrir une certaine crainte de voir le découragement ruiner leur projet, dans un futur proche.

Mais une image chasse ces sombres pensées.

Je souris intérieurement.

Ainsi, depuis l’angle de vue sous lequel j’observe cette scène, les membres d’I Like Trains se tiennent dans l’embrasure de la porte du café d’à côté.

Le nom du bistrot est inscrit en blanc sur fond rouge : ‘L’aller Simple’.

Il est de ces clins d’œil du hasard…

La mentalité liégeoise et la tolérance du voisinage permettent à l’Escalier d’assouplir son timing, souvent dicté par le bon vouloir des artistes, mais aussi d’un public qui tarde à se déplacer.

Et celui-ci n’a pas l’air de vouloir quitter ses pénates de trop bonne heure aujourd’hui.

Post War Glamour Girls s’installe donc devant un parterre de curieux plutôt parsemé.

Et d’emblée, le combo est confronté à un sérieux problème technique, car le micro du chanteur refuse obstinément de retransmettre la voix, censé donner le ton.

Problème qui ne trouvera solution que bien plus tard, car le leader se dédouble et manifeste un certain don d’ubiquité (comme je le constaterai plus tard dans la soirée) pour utiliser tour à tour les microphones destinés aux backing vocals.

Ces quelques avatars n’altèrent en rien la fraîcheur et la spontanéité du band, ajoutant une touche de bordel dans une esthétique sonore au demeurant un peu brouillonne, mais éveillent, au passage, la sympathie de l’assistance (toujours bien maigre).

S’éclipsant après leur single « Jazz Funerals », les musicos remercient sincèrement chaque membre d’ILT. Pourtant, ils ne semblent pas avoir fait l’unanimité au sein du public. Mais leur set reste, à mon humble avis, une bonne surprise.

Fidèles à une esthétique sombre et romantique, c’est tout de noir vêtus que les cinq wagons d’I like Trains se mettent en branle, sur le coup de 22h30, alors que l’atmosphère de l’étroit couloir qui sert de salle devient compacte.

Alignés sur le quai, le souffle retenu, les sens suspendus, nous assistons durant l’heure qui suit à la mise à mort des derniers doutes concernant une éventuelle remise en question de l’avenir du band.

Car plutôt que d’assister au chant du cygne, la prestation de ce soir va bien vite remettre les pendules à l’heure.

Proposant une setlist sensiblement identique à celle du Nijdrop, lors de leur concert accordé en novembre dernier, mais bénéficiant de la présence d’un membre supplémentaire (en l’occurrence le chanteur guitariste de Post War Glamour Girls, préposé à la Fender Mustang), responsable d’interventions de gratte incisives, la formation va bien mettre en exergue l’aspect abrasif de sa musique.

Entre envolées crépusculaires et déchirements retentissants, la voix grave de son leader en figure de proue, I Like Trains se transforme en navire scindant en deux des mers entières de fiel et de tristesse contenues, des océans de chagrins au fond desquels gisent mille espoirs disloqués, bravant des vents mauvais et à jamais tourmentés. Tout en fixant ce minuscule objectif lumineux, un point de mire vers lequel il faut tendre vaillamment, I Like Trains montre la voie à suivre (et quelle voix !)

Après un final hautement sollicité, « Sea Of Regrets » clôt le chapitre de cette nuit, mais laisse entrevoir de magnifiques voyages ultérieurs, entre ciel, terre et mer, mais toujours sur les bons rails.

Le merchandising de désemplit pas, signe de l’engouement général pour cette fantastique prestation.

Quant à votre serviteur, comme toujours dans pareil cas, l’émotion étreignant encore ma gorge, je m’éclipse sans mot dire, guidant mon corps vers la nuit où mon esprit l’attend déjà.

(Organisation : Silenceless Shows)

 

I Like Trains (iLiKETRAiNS)

A contre-voie…

Écrit par

There is no more than this ending
That I can give to you
There is no more than this ending
There is nothing more at all

Les larsens saturent encore les tympans assourdis. La déferlante sonique se retire lentement, comme une mer abandonnant les débris d’épaves arrachées à la tempête, laissant pantelants les spectateurs qui s’accrochent désespérément à l’hypothétique espoir d’un second retour du groupe de Leeds.

Las !

Jusqu’au bout de l’effort, jusqu’à bout de souffle, I Like Trains se sera livré ce soir, comme tous les soirs, entiers, impeccables, généreux et si désespérément humains, dans toute la beauté tragique de ce constat.

Dernière date de la tournée, synonyme de contrastes. Entre le plaisir de retrouver leurs pénates et tristesse consécutive à la fin d’une aventure. Entre fatigue extrême et exaltation. Entre les profondeurs d’un océan de chagrin et les cimes d’un ciel tourmenté.

Et au milieu, les cinquante degrés de gris qui, nuance après nuance, dessinent la palette d’un univers visuel et sonore fortement imprégné par l’encre qui coule dans les vaines prières des hommes ; en particulier dans le chef de David Martin, leader et figure de proue de ce groupe dont la musique oscille entre Post Rock et Pop classieuse.

I Like Trains, comme un périple en terres de contrastes exaltés. I Like Trains qui avait donc décidé de déposer pour cette dernière nuit ses valises sur notre sol. Cet événement se passait mardi, à Opwijk. Et votre serviteur était du voyage.

I will be taking care of business.

Ainsi commence « Beacons », ainsi commence « The Shallows », dernier album en date, et donc fort logiquement, ainsi commence chaque set de cette tournée. Dans ses sonorités plus synthétiques, qui ne sont pas sans rappeler l’approche d’Editors sur « In This Light, On This Evening ». Le rapprochement entre ces deux groupes n’est du reste pas fortuit. Beaucoup de points communs, mais qui au final mènent à deux destinées sensiblement différentes.

Appelés à n’être que d’éternels outsiders, I Like Trains a sûrement manqué le bon wagon. Qu’importe ! Car la locomotive qui les emmène dans son sillage a fière allure. Et parce que dans leur musique, ils mettent toute leur âme. Et si les sirènes du showbiz se refusent ostensiblement à leur tendre les bras, nos lascars ne semblent en avoir cure. Pour le plus grand plaisir de la poignée de fans réunis ce soir, tout à la joie de revoir cette formation dans des conditions optimales. Loin de toute hystérie mercantile, au plus près du podium. I Like Trains, groupe de proximité, au génie sous-estimé, et s’offrant tout entier.

Parmi les personnes au plus près de l’estrade, il y a cette famille. Le cadet doit avoir tout bonnement une dizaine d’années. Il arbore fièrement un T-shirt du groupe, comme les autres membres de son clan. Il ressemble vaguement à Harry Potter. Et tout au long du concert, il boira avidement le calice tendu par ses idoles. Sensible à la magie du moment. Comme tous ceux présents. C’est une image forte de cette soirée. Un peu décalée, et dans le fond, tout à fait banale. Touchante, parce que juste anodine. Une image qui résume à elle seule la musique d’I Like Trains.

Accessible et contrastée, pleine de finesse et de sensibilité, elle continue cependant à échapper au plus grand nombre. Comment rester insensible à ces envolées brutales, qui précédent ces accalmies sauvages ? Ou ces doux déchirements qui font suite à de claquantes caresses ?

De moments forts pour public conquis (« Terra Nova » ou encore le magistral « Sea Of Regrets » en rappel) en singulières déflagrations d’émotions, on est bercé par les images et montages vidéo autant que par la musique. Cette traversée laisse entrevoir que ce groupe n’a décidément pas dit son dernier mot. D’ailleurs, pour s’en convaincre, il suffit de tendre l’oreille au chant de ce géant si fragile.

(Organisation : Nijdrop)

 

Zion Train

State Of Mind

Écrit par

Depuis maintenant 20 ans, le Sound system Zion Train, pionnier du dub britannique, nous régale en dispensant son mélange d’électro et d’instruments traditionnels qui oscillent des percussions africaines aux instruments à cordes classiques.

Pour « State Of Mind », 9ème album du groupe, Zion Train ne déroge pas à la règle en proposant des morceaux hypnotiques, aux titres mystiques, baignant même au sein d’un climat psychédélique. L’inspiration est variée, le groupe puisant aussi bien ses sources dans le rock classique (« Tribute to Shura, « Ari Hanta ») que la valse (« The Black River Incident »).

Sur certaines plages, ce sont les voix qui font la différence. Se conjuguant en harmonie avec l’instru bien pensée. A l’instar de « Rainbow Children », une compo contagieuse au cours de laquelle la voix puissante de Brinsley Forde (Aswad) survole l’ensemble. Ou encore « Share The Flames », celle de Jazzmin Tutum, apportant une touche de féminité dans un univers dub où ce caractère est trop souvent  négligé.

Surprise, dès les premiers accords de « Tribute to Shura », on reconnait très vite le clin d’œil adressé au « Paint it Black » des Rolling Stones. Un pari osé pour le trio qui porte ses fruits et vous flanque la pêche.

Le band nous propose une autre facette de son style sur « Orgone Accumulation ». Un titre bien dynamique souligné de cuivres et balisé par une solide ligne de basse. A contrario, « Ari Hanta » se révèle bien plus paisible. C’est également la piste qui clôt l’opus. Traversé d’accords de violon aventureux, il nous incite au voyage spirituel (« State of Mind » ?) Mais c’est sur « The Divine Proportion » que cet instrument fait vraiment la différence ; et ce tout d’un bout à l’autre de la plage…

Les adeptes de Zion Train devraient apprécier ces exercices de style multiformes…

 

I Like Trains (iLiKETRAiNS)

He who saw the deep

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Ben oui, j’avais mentionné cet elpee dans mon Top 20 de l’année 2010. Un choix qui a certainement dû s’imposer à tout cadre de la SNCB…

A ce jour la formation insulaire (NDR : de Leeds, très exactement) a publié une poignée de singles, deux Eps et deux elpees. Le premier, « Elegies to lessons learnt » avait donné d’ailleurs donné lieu à une suite sous la forme d’un Dvd réalisé par Ashley Dean (NDR : voir notre chronique à ce sujet).

Première constatation ILiKETRAiNS a changé son patronyme en I Like Trains. Plus facile à écrire quand même. Guy Bannister est toujours bien présent. Et surtout sa voix de baryton. De quoi continuer à communiquer une ambiance caverneuse aux titres. Et à surfer sur la vague du succès des Editors, Interpol, The National, Get Well Soon et consorts. Pourtant, après avoir bien écouté cet opus, il faut reconnaître que le combo commence à se libérer progressivement du stéréotype et surtout à briser une certaine uniformité qui prévalait tout au long du premier long playing. Les poussées de riffs noisy se révèlent davantage atmosphériques. Des chœurs sortent de l’ombre. Bref, si le climat n’est pas nécessairement optimiste, il est néanmoins moins ténébreux et introspectif que sur le premier essai. De quoi se libérer d’une filiation revivaliste post-punk voire d’un héritage ‘joydivisonesque’, auxquels de nombreuses formations contemporaines sont toujours prisonniers. D’ailleurs certaines compos pourraient servir de BO de film. Cependant, le combo a eu le bon goût de ne pas gommer toutes les caractéristiques essentielles de son expression sonore. La voix, bien sûr. Sans trop en faire, quand même. La ligne de basse très 80’s. Et surtout le sens mélodique classieux et évanescent.

Chez un artiste ou un groupe, le second essai est souvent périlleux. En publiant ce « He who saw the deep », I Like Trains vient donc de réussir parfaitement cette épreuve. Tout en empruntant une nouvelle direction. Et c’est tout à leur honneur…

 

Hit By The Train

Masala Girl - Anylonger - Lover (EP)

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Finalement, même après avoir fouillé le net et la page qui leur est consacrée sur le site d’aka music, on ne connaît pas grand-chose de Hit By The Train. On sait qu’ils sont Belges, sont quatre, viennent d’horizons musicaux différents et ne sont probablement pas de jeunes premiers. C’est à peu près tout. Vous conviendrez que c’est un peu léger pour faire une chronique. Cette fouille du web nous aura quand même permis de découvrir ce site original qu’est : http://www.akamusic.com qui permet à de jeunes (et moins jeunes apparemment) artistes de se faire connaître et surtout produire par leurs fans. Suivant un principe de plus en plus répandu sur la toile, il est demandé à l’aficionado de délier le cordon de sa bourse pour contribuer au financement de l’album d’un artiste en qui il croit.

Il semblerait que Hit By The Train ait été assez convainquant pour que 169 producteurs internautes parviennent à réunir la somme de 15.000 Euros afin de lui permettre d’entrer en studio et d’enregistrer cet Ep. Il faut bien avouer que ces 169 as du paiement sécurisé ont eu énormément de flair, car les trois titres proposés sur cet EP par nos quatre Belges sont d’une qualité indéniable. Il n’est pas aisé de définir le style d’un groupe en trois titres seulement, mais, ‘Pop Rock Mature de Qualité’ est probablement une appellation qui se rapproche de la vérité.

« Massala Girl », le premier titre, est basé sur un riff de guitare assez lourd, presque hard rock. En outre, il est rehaussé de quelques touches de cithare qui collent bien aux lyrics. « Anylonger », le second morceau est un peu plus sombre où guitare, basse et vocaux mélancoliques vous amènent aux portes du désespoir. « Lover », comme son nom l’indique, est une chanson d’amour, lente et pleine d’émotion. Le plus grand atout de Hit By The Train est la voix chaude et envoûtante de Jim Nerip. Son timbre vocal, à des années lumières de ce qui se fait en pop/rock, donne une couleur tout à fait originale à la musique du combo.

Si comme moi, vous appréciez cette ‘bande annonce’, il ne vous reste plus qu’à surfer sur akamusic.com muni de votre carte de crédit pour aider Hit By The Train à financer le ‘long métrage’ qui est déjà en préparation. A découvrir d’urgence.

 

I Like Trains (iLiKETRAiNS)

Voyage en première classe

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Les premières parties suscitent rarement mon enthousiasme. Ce soir, ce n’est pas le cas. Il y a iLiKETRAiNS. Pour être honnête, j’ai longtemps hésité avant d’aller revoir Sisters Of Mercy ; mais la présence de ce supporting act m’a définitivement décidé.

Originaire de Leeds, iLiKETRAiNS pratique de la cold-wave proche d’Interpol. Tous les ingrédients sont bien réunis : le baryton mélancolique, la basse hypnotique et les accords de guitares chatoyants mais cinglants. Ce voyage en première classe transporte aussi bien les spectres de Joy Division, And Also The Trees et Nosferatu, parmi les influences 80’s, que de Swerverdriver, pour celles du début des  90’s (Swervedriver) ; et même de Silver Mt. Zion, pour les wagons post-rock. Cette formation est également responsable de textes soignés. Engagés aussi. Ainsi une compo comme « Beeching report » dénonce la décision prise par Richard Beeching, d’avoir restructuré (démantibulé ?) la British Railways. A l’époque des services peu rentables avaient été supprimés et des gares peu fréquentées fermées, à son initiative. Une décision impopulaire qu’il avait étayé à travers un rapport respectant aveuglément la philosophie libérale des States. Témoins de leur engagement, les membres d’iLiKETRAiNS déboulent en uniforme d’accompagnateurs de train. Le trajet est agréable. Les plages montent crescendo avant le déferlement final. Elles nous transportent, nous transcendent et nous libèrent spontanément, en nous incitant à pratiquer le headbanging. Très généreux, les cheminots britanniques nous gratifient d’un arrêt supplémentaire lors du titre « A divorce before marriage ». « A song we never played before » nous garantissent-ils. En l’espace de 6 ou 7 titres et d’une bonne demi-heure, cette première partie nous aura emballés, et les applaudissements nourris du public n’auront pas été usurpés.

Dur, dur par contre d’écrire une review enthousiaste après avoir assisté à la piètre prestation des Sisters of Mercy. Comme la grande majorité du public (NDR : des trentenaires et des quadragénaires), j’ai encore en tête les trois albums (« First, Last and Always », « Floodland » et « Vision Thing ») écoutés en boucle à l’âge de 15 ans. Et les images du concert du Royal Albert Hall, le seul filmé officiellement en 85. Or, on est bien loin de cette ambiance londonienne : le groupe ne ressemble plus à rien, mais on le savait déjà depuis longtemps. Surtout depuis que deux des pions majeurs, Craig Adams et Wayne Hussey, se sont barrés. Ce soir, il y a bien deux jeunes loups qui tentent même de nous les faire oublier. Ils ont beau être convaincus de leur mission, leur performance est médiocre. Si les deux gratteurs originaux étaient dans la salle, ils seraient morts de rire, en regardant et surtout en écoutant ces deux guitaristes de foire… Andrew Eldritch campe aujourd’hui un look bourrin. Suffit de contempler son tee-shirt. Mais on le savait aussi, depuis qu’il a voulu se démarquer du style gothique. Bref, le résultat proposé ce soir ne ressemble plus à rien. Un spectateur averti s’est même décidé à écrire sur le forum de l’AB, que la formation ne vaut pas plus qu’un cover band de ducasse ! Pourtant, les Sisters of Mercy appartiennent à la famille des Artistes dits ‘classiques’ du Rock. Et malgré l’absence de nouvel album, depuis près de 20 ans, ils parviennent à remplir la salle de l’AB, deux soirées de suite. Même au prix exorbitant de 35 Euros ! Car oui, malgré ce tarif, le public n’aura droit qu’à 1 heure 20 de set, rappels y compris. Bon allez, pour ne pas froisser les quelques fans conquis (NDR : on serait tenté d’écrire aveuglés ou endoctrinés), je vous communique quand même une idée de la setlist du concert de ce soir. Mais s’ils reviennent, ce sera sans moi. Car trop c’est trop et la coupe est pleine (NDR : ou vide, c’est comme vous voulez…)  

Organisation Live Nation

 

I Like Trains (iLiKETRAiNS)

Elegies to lessons learnt (Dvd)

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Transposition en Dvd du premier opus d’iLIKETRAiNS, « Elegies to lessons learnt » est le fruit du travail d’Ashley Dean, le responsable des projections chez la formation de Leeds, mais aussi le joueur de cornet. Il avait commencé ce film d’animation en novembre 2006 et l’a terminé en février de cette année. Il décrit les voyages dans le subconscient opérés par un homme tombé dans le coma, suite à un accident de la circulation. Inspiré par les réalisations cinématographiques de Jan Švankmajer, The Bothers Quay et Morph, cette création donne une nouvelle dimension à la musique du groupe insulaire. Toujours aussi ténébreuse, mais plus visionnaire qu’introspective…

Gravy Train!!!!

All The Sweet Stuff

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Le kitsh a des limites. Gravy Train!!!! les franchissent sans mal et sans gêne. Après « Hello Doctor » et « Are You Wigglin’ ? », deux albums relativement délirants, le quatuor revient en ressassant les mêmes chansons, les mêmes rythmes, les mêmes textes graveleux mais un peu plus de guitares qu’auparavant. Super… Bref, ils ne se seront pas creusé la cervelle très longtemps pour concocter ce « All The Sweet Stuff », drôle pendant dix minutes, lourdingue sur la longueur. Tant qu’à écouter de la pop queer, on jettera plutôt notre dévolu sur Le Tigre ou encore les excellents Hey Willpower qui, eux, ne se foutent pas de la gueule de leur clientèle.

Westbound Train

Transitions

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Issu de Boston, Westbound Train appartient à cette catégorie de groupes qui imitent à merveille le son jamaïcain des années 60, au moment où l’énergie du ska cédait le pas à l’élégance du rocksteady. Rien de bien original sur ce troisième album de la formation (ce n’est de toute façon pas le but) mais une copieuse collection de chansons destinée à ressusciter les fantômes des Skatalites, Prince Buster, Heptones, Ansel Collins, Pioneers, John Holt, Wailers et consorts qu'il serait fastidieux d’énumérer. Le son est moins brumeux que chez les artistes dont ils s’inspirent mais tout aussi 'vintage', au point que l’instrumental « The Test » aurait très bien pu être un inédit des Skatalites (en compagnie desquels les Westbound ont tourné). Le timbre vocal particulièrement soul du chanteur tromboniste Obi Fernandez illustre de chouettes compos décontractées dont les refrains réchaufferont nos cœurs déjà meurtris par cet hiver qui s’annonce sans pitié. Des jolies mélodies et un bon karma, que demande le peuple ?