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lundi, 03 avril 2006 03:00

Powerhouse blues

Etabli à Richmond, en Virginie, le Phifer Marshall Band est né en 2001. Un quatuor qui implique la chanteuse/guitariste/harmoniciste Miss Mattie Phifer, le guitariste Rick Marshall, le bassiste Greg Willard et le drummer Dave McNeed. L’an dernier, il a remporté le concours blues organisé par la River City Blues Society de Richmond. Ce qui lui a permis, au cours de ce mois de février, de participer au Memphis International Blues Challenge… qu’il n’a pas enlevé. Le PMB avait déjà commis une démo 5 titres : "In your face goodtime blues".

"Powerhouse blues" constitue donc son premier album officiel. Paradoxalement, cette jeune formation est conduite par des vétérans : Mattie (NDR : qui reconnaît comme influence majeure Big Mama Thornton) se produit sur scène depuis 1967 et Rick depuis 1965! L'opus est découpé en huit morceaux originaux. Dans un style manifestement taillé dans le blues rock ou le rockin' blues. Un style plutôt mélodique, bien électrique, sans jamais tomber dans le hard ou le métal.

Mattie ouvre en rythmique "Don't do that no mo". Rick distille quelques notes d'introduction avant que Miss Mattie n’intervienne au chant. Son timbre est direct. Elle racle le fond de sa gorge pour en sortir tout ce qu'elle possède dans le ventre. Le tempo est assez vif, dynamique, très cadencé. Ce petit bout de femme sort alors un harmonica de sa poche et se met à vider ses poumons. Primaires mais efficaces, les riffs qui ouvrent "Please call daddy" sont saturés d'électricité. La section rythmique impose un tempo assez lourd. Elle soutient le soliste qui peut alors sortir de sa réserve, sans fioriture ; mais Marshall s’en tire plutôt bien. Mattie chante énergiquement et autoritairement tout en soupirant une nouvelle fois, avec acharnement, dans sa musique à bouche. "Mill Hill midge" manifeste davantage de légèreté et de souplesse. Le calme vocal règne. Rick joue dans un style pondéré. Sa voix ne passe pas trop mal la rampe. D’un timbre un tantinet nasillard, il interprète très facilement "You don't know what I want" et "All alone" ; mais lors de ce dernier fragment, en injectant une certaine tension dans l'accompagnement. Le climat s’élève jusqu'à la libération des cordes. L’exercice de style est très rock mais bien ficelé. Nous ne sommes ici pas très loin d’un Wishbone Ash! Cette sonorité imaginée par guitariste anglais Andy Powell introduit l’excellent "I got it bad". L'intensité monte. L'environnement se fait dramatique. La voix dévastée de Mattie est balayée de ces cordes insatiables. L'effet est très réussi. Rick a trouvé la bonne formule. Il s'évade à tout instant, ne laissant aucun répit à sa vocaliste. Tous les musiciens sont chauffés à blanc. Plus rien ne peut les retenir pour attaquer le nerveux "Sold my soul". Marshall écrase ses pédales de tout son poids afin d’en extraire une solution sonore torturée. L'album s’achève en douceur par "After the party", une plage caractérisée par un nouveau solo rock tailladé au rasoir, histoire de nous pousser vers la porte de sortie…

 

 

lundi, 13 mars 2006 02:00

Demo

OC Blues est un quatuor français qui monte. Une formation niçoise fondée par José, Dominique et Tony Cosoleto, respectivement chanteur/guitariste, bassiste et drummer. Trois frangins qui vont rapidement être rejoints par Renaud Cugny, au piano et à l’orgue Hammond. Le line up est régulièrement renforcé par une section de cuivres : Fabrice Vaure au saxophone ainsi que Georges de Martino et Joan Vincent Lanzillotti aux trompettes. En novembre 2005, ils sont devenus lauréats du tremplin organisé par le festival Blues sur Seine, dans la catégorie électrique. La sortie de leur premier album officiel est prévue pour ce printemps 2006. Il sera composé de titres originaux. En outre, les lyrics sont issus de la plume du romancier Philip Leroy. Partagée en trois chapitres, cette démo a été concoctée en 2005. Le premier a été immortalisé par le quartet de base dans les studios Nobuzz de Nice. Six plages qui nous démontrent les aptitudes du combo à jouer le blues. Un blues urbain, ma foi fort classique. Puissante et souple, la voix de José Coseloto accroche instantanément. Et puis elle s’adapte facilement à tous les styles : blues, R&B et soul.

OCB ouvre les hostilités par le "Livin' my neighbourhood" de Buster Benton. La guitare est bien aiguisée. L'orgue Hammond de Renaud tapisse la toile sonore. Une compo qui tient bien la route. Blues/gospel lent "Same old blues" est une cover savoureuse d’un standard de Don Nix. L'ami Cugny est passé au piano avant de reprendre l'orgue. Le chant de José est hanté par Ray Charles. "Baby won't you please come home" opère dans le même registre. Autre classique, le "You don't have to go" de Jimmy Reed a subi un traitement speedé. José empoigne la slide pour aborder un autre canon du blues : le "Long distance call" de Muddy Waters. Plus surprenant, il achève cette séquence par "Police dog blues", une adaptation de Ted Bogan et Howard Armstrong (NDR : à moins que ce ne soit de Blind Arthur Blake) sculptée dans le prewar blues acoustique. Le deuxième volet nous emmène à Villefranche sur Mer. En live. Le quartet y concède deux reprises de T-Bone Walker. Tout d’abord "Shufflin' the blues", une version caractérisée par une excellente intervention au piano boogie de Renaud et les sorties successives du trio de frères. Ensuite l'inévitable "Stormy Monday", une cover bien ficelée, hydratée par l’orgue Hammond majestueux et illuminée par le jeu de cordes à l’approche jazzyfiante. Le dernier acte avait élu domicile au Château de Mouans-Sartoux. Neuf plages à mettre à l’actif du septuor. Une bonne quarantaine de minutes d'un show bien huilé. Les inévitables cuivres alimentent le "Caldonia" de Louis Jordan, un R&B réminiscent des années 40. J’apprécie tout particulièrement "As the years go passing by", un slow blues empreint d’une grande sensibilité. Un fragment que tant de bluesmen ont interprété. Dont Albert King. A qui OC Blues rend hommage à travers "I'll play the blues for you" et "Overall junction". Freddie King n’a pas été oublié. Le band reprend, pour la circonstance, "The stumble" et "Ain't nobody's business". Mais comment ne pas craquer en écoutant la voix tellement expressive de José reprendre "I"ve been loving you" et "Try a little tenderness", la quintessence du slow R&B d'Otis Redding. Des adaptations excellentes au cours desquelles l'émotion est à fleur de peau. Je suis impatient de vous présenter le premier véritable opus OC Blues. Et c'est pour très bientôt!

lundi, 30 janvier 2006 02:00

Back down South

James est né en 1941. A West Nashville, dans le Tennessee. Ses parents étaient musiciens. Le paternel jouait du piano et de l'harmonica. Sa mère était également pianiste et chantait. Le fiston hérite d’ailleurs des dons de vocaliste de sa maman et se met au gospel à l’âge de 20 ans, avant de se lancer dans l'opéra au cours des années 50. Ce qui ne l’empêche pas de s’intéresser à la basse puis à la guitare. Un attrait qui va le conduire à rejoindre King James and the Scepters, puis NTS Limited (au sein duquel milite alors un certain Billy Cox à la basse), et plus tard encore le Band of Gypsies de Jimi Hendrix. Il retrouve même Cox chez les New Imperials, dans les années 70. Ses débuts discographiques ne datent que de 1985 : un single produit par Charlie Daniels. Fin des 90’s il a commis deux albums gospel. Sous son patronyme. Toujours à Nashville. "Me, myself and the Lord" en 97 et "Stand up" en 99. Son premier opus de blues ne date que de 2002 : "No end to the blues". Un elpee mis en forme par Fred James et paru sur le label hollandais Black Magic Records. James reconnaît pour influences vocales majeures Sam Cooke, Lou Rawls et Johnny Taylor. Il a composé les 14 plages de « Back down South », un nouvel album de blues. Il chante, joue de la guitare, parfois de la basse et de l'harmonica. Il s’est chargé des prises de son et a assuré la production, au sein de son propre studio.

Le disque s’ouvre par le titre maître, un bon downhome blues qui démontre immédiatement que sa voix est taillée pour chanter le blues. Jéremy Nixon s’y réserve le piano. Cette voix illumine l’intégralité de cette œuvre, une voix très soul, soul/blues même digne des vocalistes de la Music City. Un orgue discret berce "Baby just be you". Superbe ballade soul, très mélodique, proche du chant gospel, "Don't let love walk out the door" excelle dans le style. Face à la douceur émouvante du piano, il hausse le timbre qui parvient, sans forcer, à atteindre une hauteur inouïe. Plus proche du Memphis Blues, "How to sing the blues" élève le tempo. L'orgue de Kenny Zander est doublé du piano tout au long de ce R&B boogie très alerte. R&B très prononcé, "Snake in the grass" inaugure une première sortie des cordes amplifiées de Mr Nixon. Le son est particulièrement perçant, sauvage mais contenu. Autre ballade soul attachante, "Numbers man" consacre une mélodie à la fois belle et fragile. Des cordes perçantes introduisent "I'm so in love with you", un titre légèrement funky qui bénéficie d’une bonne assise rythmique. Malheureusement, les claviers synthétiques font un peu tâche d’huile dans l’ensemble. James y dispense un solo au cours duquel chaque note comptée est empreinte d’une grande sensibilité. "Try love on for size" renoue avec le funk. James et Shannon Williford (NDR : issu de Baton Rouge, mais établi Nashville, il anime régulièrement des ateliers musicaux en compagnie de Nixon) co-signent "Close to you", une plage blues tonique. Shannon a emporté son harmonica. Il injecte un coup de fraîcheur au style primaire de James. Blues délicat nappé d’orgue et de piano, "Please never ever leave me again" met en exergue sa superbe voix. Et il accorde sans doute sa meilleure intervention sur les cordes lors de l’indolent "Baby just read my mind". A l’instar de Roscoe Shelton, Earl Gaines ou encore Charles Walker, James Nixon est une des valeurs sûres de Nashville…

mardi, 26 août 2008 23:02

Overnight sensation

« Overnight sensation » est le fruit de la réunion entre le vocaliste Jackie Payne et le guitariste Steve Edmonson. Ils nous y proposent un excellent cocktail de blues, soul et rythm & blues. Jackie s’est longtemps illustré au sein du Johnny Otis Show. Comme chanteur. Edmonson cite volontiers Jimmie Vaughan, Duke Robillard et Ronnie Earl, comme influences majeures. Il a régulièrement soutenu Syl Johnson, James Cotton et Luther Tucker. La section rythmique jouit d’une solide expérience. Le bassiste, Bill Singletary, a côtoyé Jackie et Steve au sein des Dynatones. Le drummer, Nick Otis, n’est autre que le fil de l’illustre Johnny Otis. Le line up est épaulé par les Sweet Meet Horns. En l’occurrence Carl Green aux saxophones et Lech Wierszynski à la trompette.

Jackie et Steve ont opéré leurs débuts discographiques chez Burnside. En 2003. Pour l’elpee "Partners in the blues". Un disque réunissant des reprises d'Albert et de Freddie King, ainsi que de Johnny Copeland, Little Milton et Willie Dixon. Cet opus leur avait permis de décrocher un contrat auprès du label Delta Groove. Et "Masters of the grame", paru en 2006, ouvrait la voie à cette écurie chargée de promesses dans l’univers du funk et du R&B. « Overnight sensation » se consacre essentiellement à des compos signées par le duo. David Z en a assuré la mise en forme. Et puis, parmi les invités, on relève la présence de Gail Deadrick aux claviers, Mitch Kashmer à l'harmonica et Jeff Turmes au sax baryton.

Le titre maître ouvre les hostilités. Une solide plage funky R&B. Le timbre vocal de Payne est ample. Une voix de soul shouter respectant la tradition des meilleurs du genre. Pensez à Wilson Pickett. Edmonson dispense ses notes parcimonieusement, à la manière d'Albert King. Nous ne sommes pas loin des productions immortalisées par le label Stax, à Memphis. "Can I hit it again" glisse vers le pur funk bien rythmique. L'orgue de Deadrick enrichit le décor sonore. Les cuivres sortent de leur réserve : Carl ‘Maestro’ Green sur son sax ténor et Lech à la trompette. Le blues pur est également au menu. Jackie chante magistralement et d’un timbre particulièrement expressif le "Mother in law blues" de Gene Barge. Superbe compo, "Take a chance on me" lorgne vers la quintessence d'Otis Redding. Notre shouter est idéalement appuyé par le piano électrique, les cuivres sobres mais efficaces et des chœurs féminins. Une formule judicieuse reconduite sur "Midnight friend". Le blues du big band est susceptible de s’inspirer du Chicago des fifties. A l’instar d’"I got a mind to go to Chicago". Une plage dont les références oscillent de Muddy Waters à Howlin' Wolf en passant par Buddy Guy. Mitch Kashmar est à l’harmo. Il est dans son fief. Ses interventions sont remarquables. Dans le style, Edmonson se sent comme un poisson dans l’eau. Kashmar participe également au nerveux "No money, no honey", un morceau qui respecte toujours l'axe Chicago Memphis. L’opus continue d’expérimenter les styles. "Uptown woman downtown man" nous plonge dans un univers jazz et swing. La voix de Payne est toujours aussi envoûtante. "Bringin' me right back" baigne au sein d’un climat jazz. Les cuivres s'animent pendant que l'orgue Hammond de Gail tapisse le décor sonore. Signé Jackie Isaac Hayes/David Porter, "Your good thing" est bouleversant d’émotion. Mais le meilleur reste encore à venir. Notamment lors de "Bag full of doorknobs", au cours duquel Edmonson s’autorise une sortie à haut niveau, dans ce registre tant inspiré par Albert King qu'il maîtrise parfaitement! Medley, "She's looking good/I’ve never found a girl" démontre que Payne a parfaitement assimilé le style Stax R&B. On a même parfois l’impression qu’il réincarne Eddie Floyd. D’excellente facture, cet elpee s’achève par une merveilleuse cover du "I feel like going home" de Charlie Rich. L’émotion est à nouveau à son paroxysme. Jackie Payne chante comme un dieu. L'ombre d'Otis Redding se met à planer. Un frisson nous parcourt l’échine…

mardi, 26 août 2008 22:59

Los Fabulocos

Los Fabulocos sont des Chicanos. Des Mexicains établis du côté de Los Angeles. Ils chantent tantôt en anglais ou en espagnol. Leur Cali-Mex n’est franchement pas tellement éloigné du tex-mex. Faut dire que le Texas n’est pas loin de la frontière mexicaine. A la base, Los Fabulocos est un trio. Une formation drivée par le chanteur/accordéoniste Jesus Cuevas. Mike Molina siège derrière la batterie et James Barrios se réserve la basse. Pour concocter leur premier opus, le combo nous a réservé une surprise de taille. Il a reçu la collaboration du guitariste notoire Kid Ramos. Et le groupe est tellement ravi de sa participation, qu’il n’a pas hésité à mentionner sur la pochette ‘Featuring Kid Ramos’. Jesus et Mile ont milité chez les Blazers, un latino roots rock band originaire de l'est de L.A. Mais le timbre de Jesus ainsi que l'ambiance joyeuse et festive qui règne tout au long de l’opus évoquent immédiatement d'autres Chicanos issus de L.A. Tout d’abord le Los Lobos des débuts ; mais aussi les Texas Tornados et Doug Sahm.

L'entrée en matière ne manque pas de punch. Une compo issue de la plume de Huey Piano Smith. En l’occurrence "Educated fool". Elle évoque la musique zydeco issue de Louisiane. Richard ‘El Paton’ Innes (NDR : oui, oui celui du Hollywood Fats Band) assure le tempo. Un véritable maître des percussions. Il a participé à l’enregistrement de la moitié des titres. Kid Ramos essaime déjà des phrases flamboyantes sur ses cordes. Jesus chante son "If you know". L’expression sonore est largement inspirée du folklore mexicain. A cause des interventions à l’accordéon. Mais Ramos la personnalise par ses échanges. Excellent blues, "Crazy blues" est imprimé sur un tempo lent. Réminiscente d’Eddie King, cette compo macère dans les swamps louisianais. Un morceau composé par les frères Dorsey et Johnny Burnette. Ramos en profite pour explorer les chemins qu’il apprécie le plus. Les accents de sa gratte sont reverb. L'accordéon entretient ce climat relaxant. Une recette reproduite sur "Just because". Un morceau concocté par Lloyd Price. En 1958. Le Kid injecte une fameuse dose d’écho dans ses cordes. "Lonesome tears in my eyes" opère un changement de style. Plus latino. Voire ibérique. Kid Ramos se charge des vocaux. On a parfois l’impression de revivre un épisode de la vie d’Elvis Presley, à Hawaii. Il se réserve également la guitare. Acoustique. Dont les sonorités sentent bon le soleil de l’Espagne. Et vibrent face aux percussions des invités, Ron Felton et Eddie Baytos. L'ambiance allègre très caractéristique du Mexique est susceptible de nous rattraper à tout instant. Même au détour du chemin. L'accordéon en bandoulière, Jesus chante le "Un mojado sin licencia" de Santiago Jimenez, la finale "Mexico Americano", mais aussi "Como un perro", une douce ballade à la mélodie bien affûtée. Et cet elpee recèle d’autres bons moments. A l’instar de "Day after day", un chicano boogie bien nerveux, emporté par l'accordéon et les cordes déjantées. On a cependant droit à deux interventions musclées dans le répertoire zydeco. Tout d’abord le "You ain't nothing but fine" de Rockin' Sidney et ses Dopsies. Cuevas y est intenable au piano à bretelles. Et puis le "All night long" de Clifton Chenier. Tout au long de ce zydeco blues participatif, on assiste, sans doute, aux plus beaux échanges de cet album ; le tout ponctué par les chœurs. ‘All night long’ est ainsi répété inlassablement pour soutenir la voix de Jesus. Et sur "You keep drinkin'", Jesus réussit sans la moindre difficulté à faire rocker son accordéon. "Burnin' the chicken" est une plage instrumentale signée Dave ‘Kid’ Ramos. Une tranche de cali-mex surf très métallique. Un excellent premier opus pour ces Chicanos !

 

mardi, 29 août 2006 03:00

Delta hardware

Charlie Musselwhite est né en 1944 à Kosciusko, dans le Mississippi. Cette légende vivante du blues est un des rares musiciens blancs à jouir d’une reconnaissance incontestable au sein de la communauté artistique de couleur noire. Son parcours y est sans doute pour quelque chose. En effet, à l’instar des bluesmen les plus célèbres, il a émigré vers les villes du nord. Il s’est ainsi arrêté à Memphis. Suffisamment longtemps pour hériter du surnom de Memphis Charlie. Il emprunte ensuite la Highway 51 pour se rendre à Chicago. Il y fréquente très vite le Southside ; quartier si dense en blues urbain qu’il en devient, tout comme Paul Butterfield et Mike Bloomfield, un des artisans du renouveau du blues. Il part ensuite vers la côte Ouest. A San Francisco, très exactement, la capitale de la contre-culture. Il vit toujours aujourd'hui en Californie. Il a commis une quantité impressionnante d'albums. Son premier, "Stand back", remonte ainsi à 1967! Au cours de son existence, il a traversé des moments difficiles. Notamment à cause de sa dépendance à l’alcool. Un démon qu’il est finalement parvenu à vaincre, il y a quand même bien longtemps. Il bénéficie aujourd'hui d'une notoriété exemplaire. Musicien d’exception, Charlie est un homme attachant qui se remet sans cesse en question. Tous ses derniers albums sont, en effet, fort différents! Sa moisson de nominations est impressionnante. Et tout particulièrement les WC Handy Awards. Il vient d’ailleurs de décrocher son19ème prix comme meilleur harmoniciste blues pour l’année 2006!

Lors de l’enregistrement de "Delta hardware", il a reçu le concours de sa toute jeune équipe de scène : le prodigieux guitariste norvégien Chris "Kid" Andersen, le bassiste Randy Bermudes basse et le drummer June Core. L'inspiration de Charlie nous propulse dans le Delta du Mississippi ; et tout naturellement du côté d'Oxford, dans les collines, là où se forge le son Fat Possum. Cependant, sa muse principale demeure le Chicago blues urbain. Et pour la circonstance, il est fort électrique. Charlie semble avoir opéré un retour dans le passé. A l'époque de ses débuts discographiques. Dans les années 60. Largement amplifié, son rock est largement teinté de tonalités rock. Faut dire qu’il dispose de musiciens rêvés pour y parvenir : une section rythmique sans faille et surtout un guitariste qui peut tout se permettre. Et toujours avec le même bonheur. Kid Andersen peut ainsi s’attaquer, sans jamais faiblir, au west coast jump en compagnie du maître du genre, Junior Watson. Ou encore se frotter au blues conventionnel. Quelle que soit la nature de la solution sonore, pourvu qu’elle soit blues, il se sent comme un poisson dans l'eau. Et en sa présence, le vieux Charlie brille de mille feux!

"Church is out" ouvre l’opus. Andersen plaque sèchement des riffs sur la guitare. L’entrée en matière est très rock, surprenante, mais très bien construite. La voix de Charlie occupe le devant de la scène ; mais son harmonica ne tarde pas à décoller pour atteindre, déjà, le sommet de son art. La slide du Kid se révèle très primaire tout au long du "One of these mornings" de Little Walter. Elle fixe cependant la ligne de conduite. Nous ne sommes guère loin des sonorités austères issues des juke joints poussiéreux du Mississippi. June Core imprime son tempo sur le rythme du chemin de fer. Blues bien amplifié, "Sundown" me rappelle "Rock me baby". Les musiciens libèrent un groove puissant qui a le don d'allumer l'harmonica du patron. "Black water" est un cri de désespoir et de colère face à l'étendue des dégâts causé par l'ouragan Katrina à la Nouvelle Orléans. Mais c'est surtout un discours de révolte dénonçant l'inaptitude des autorités politiques lors de ce désastre. Une atmosphère lourde envahit cette plage. Andersen accomplit une sortie brillante en reverb. Cette technique avait fait la renommée de Peter Green, à sa grande époque. Plus près de nous, Ronnie Earl l’avait adoptée. Charlie se met alors à souffler dans son harmonica comme lui seul sait le faire. L’émotion est à peine contenue, la douleur permanente. "Invisible ones" remet les mêmes questions sur le tapis! Confrontées aux percussions de June, les cordes balancent de petits riffs acérés pour marquer l'empreinte du boogie sur "Clarksdale boogie". Charlie chante cette plage de son timbre monocorde tout en répondant à ses propres vocaux de son instrument à bouche, pendant que Kid emprunte de petites phrases à feu John Lee Hooker, l’ami fidèle de Musselwhite! Pour la circonstance - et ce sera la seule entorse - il a recours aux samplers et aux loops pour accentuer le climat hypnotique entretenu par la section rythmique. En outre, des voix ‘live’ sont extraites du Red's Juke Joint de Clarksdale. Charlie attaque alors "Just a feeling", un classique écrit par Little Walter. Mais on reconnaît à peine sa version. Semblable à une manifestation de fureur, cette musique ressemble étrangement à celle du Cream, 40 ans plus tôt. Un peu comme si Charlie se mettait à souffler aux côtés d'un Clapton encore juvénile. Quoique très dynamique, sa reprise du "Gone too long" de Billy Boy Arnold est plus conventionnelle. Une opportunité rêvée pour briller à l'harmonica. Charlie a empoigné la guitare électrique pour exécuter "Town to town", un downhome blues assez rudimentaire. Le climat est cependant saturé de feeling et d'émotion. Ce superbe album s’achève par "Blues for yesterday", un Chicago shuffle. Ou si vous préférez un blues pour la route. Tout est parfaitement en place. Parfaitement soudés, les musiciens s'envolent, une dernière fois, vers les sommets…

 

 

lundi, 20 février 2006 02:00

A new day

Quoique d’origine espagnole, Miguel Moreno est né en Champagne. Il y a 33 ans. Ce chanteur/guitariste a fondé le Miguel M & the Brachay's Blues Band, en 1993. Dans la Haute-Marne. Miguel possède une voix particulièrement ample, taillée pour la soul et le funk blues. Il a assuré le supporting act pour de nombreux artistes confirmés tels que Lucky Peterson, Mighty Mo Rogers ou Trudi Lynn. En 99, le groupe a remporté l’"Open Days" du Chesterfield Café, une victoire qui lui a permis d'enregistrer un album live dans ce même club. Un disque paru en 2000. Depuis 2002, il a décidé de jouer et d’enregistrer sous son propre patronyme, même s’il est toujours soutenu par un backing band. A cette époque, il avait commis une démo cinq titres.

"A new day " constitue donc officiellement son premier opus. Un disque partagé entre reprises et compos personnelles, même si les textes sont le plus souvent issus de la plume de sa compagne, Ouacila. Miguel est soutenu par Fred Souche à la guitare, Abder Benachour à la basse, Patrick Machenaud à la batterie, Johan Dalgaard aux claviers une section de cuivres. L'album s'ouvre par le "Bad condition", de Lucky Peterson. Le chant funk respecte celui de la version traditionnelle. Au service du rythme, tous les musiciens libèrent un groove puissant. Cependant, l'orgue de Johan s'évade rapidement et dessine un superbe solo, tout en préservant l’esprit de Mr Peterson! Les cordes acoustiques ouvrent "My little home". Une ballade qui se métamorphose, s’emballe et finit même par s’embraser lorsque les autres instruments font leur apparition : la guitare électrique de Fred Souche, l'orgue, l’imparable section rythmique et enfin les cuivres. Le R&B coule dans leurs veines. Jean-Claude Thyes souffle dans son saxophone avec beaucoup d’originalité. Son solo est remarquable! Très dansant et particulièrement électrique, "Young man" trempe dans le funk le plus pur. La section rythmique veille au grain et soutient parfaitement la sortie de l'orgue. Largement amplifiée, la guitare s'enflamme enfin. "My father" constitue -vous l'aurez deviné- un solide hommage à son père. Il ne verse par autant dans l’émotion. D’ailleurs le rythme est ici omniprésent, sans faille, sculpté dans le R&B. Lorsqu'on dispose d’une machine de guerre aussi percutante, toutes les audaces sont permises ; et Miguel M ne s’en prive pas, en adaptant le "We will rock you" de Queen. Une version assez étonnante, il faut l’avouer. Imprimé par les percussions et les cordes amplifiées, le rythme est offensif. Ce qui permet d’introduire idéalement les chœurs et la trompette feutrée de Stéphane Garaffi. Une cover qui doit faire un malheur sur les planches. Retour au calme pour une ballade qui plonge ses racines jusqu’au berceau des origines de Miguel : "Spain". Il la chante d’un timbre très grave. Les cordes sont lumineuses. L’orgue mélodieux. Le M Band prend à nouveau des risques en opérant une adaptation funk d’un classique : le "I'm ready" de Willie Dixon. Poussé dans le dos par le front de cuivres, le public monte sur la piste. Nous ne sommes ici plus tellement loin d'un Bernard Allison. La cover est excellente. Pas un espace libre n’est toléré, tant la densité rythmique est intense. La guitare de l'ami Fred Chapellier déverse des flots de notes fulgurantes. Changement de paysage sonore et direction la Jamaïque pour cuisiner le fameux "Get up, stand up" de Bob Marley à la sauce M. Rien de bien révolutionnaire ici, mais un niveau musical qui frise la perfection. L’orgue donne toujours de l'épaisseur au décor et les guitares se libèrent. Proche de la colère, la voix devient de plus en plus grave pour attaquer "Indiana blues". La plage adopte un tempo tribal pour rappeler les souffrances des Indiens, toujours en quête de liberté. Le rythme s'élève et vous envoûte. La slide participe à ce rite. Miguel gratte nerveusement sa guitare acoustique tout au long de "A new day". Impeccable, son timbre ne manque pas de relief. Seules les percussions discrètes du derbuka de Pat Grimaud talonnent le chant et les cordes. Et le souci de la liberté le ronge toujours lorsqu’après quatre bonnes minutes, il se met à chanter "The purist", d’une voix éraillée, taillée au couteau, à la sensibilité exacerbée. Un blues très personnel qui rend hommage à "Mr Blues", John Lee Hooker. Le son métallique du bottleneck marche sur les traces de son vocal jusqu'à extinction… Excellent !

mardi, 07 mars 2006 02:00

w.o.m.a.n

Cette formation a été fondée en 2001 par Véronique Sauriat, une chanteuse qui a longtemps sévi au sein du Difference Gospel Choir. Elle a ainsi partagé les planches avec le Golden Gate Quartet et Carole Fredericks. A l’instar de la plupart des autres vocalistes contemporaines, elle cite volontiers Big Mama Thornton, Sister Rosetta Tharpe, Aretha Franklin et Etta James comme influences majeures. Pour interpréter son blues teinté de jazz, de soul et de R&B, elle s’est entourée de musiciens talentueux et compétents. Et en particulier les Tortilleurs de Benoit Blue Boy, le guitariste Stan Noubard Pacha et le bassiste Thibaut Chopin, considérés -au cours de ces dernières années - comme les meilleurs instrumentistes français. Cependant, il y a quelques mois, le dernier Tortilleur (NDR : en l’occurrence le batteur Fabrice Millerioux) a été remplacé par Simon Boyer. Sans oublier un des trésors cachés de la scène hexagonale : le jeune pianiste Julien Brunetaud. Vu le cv de ces musiciens, il n'est guère difficile d’imaginer cette équipe s’attaquer aux exercices de style les plus délicats. Mama's Biscuits avait déjà commis "Strange things are happening" en 2003.

L’opus s’ouvre par le "Can't no grave hold my body down" de Rosetta Sharpe. Et c’est une excellente idée ! La voix sensuelle mène le débat sur un rythme qui emprunte au blues, au jazz et au gospel ; un aperçu de ce qui nous attend par la suite. "Good rocking daddy" ajoute un soupçon de jump à son swing. La section rythmique est veloutée. Le saxophoniste Ruud De Vries est venu prêter main forte à l’ensemble. "Let me down easy" baigne au sein d’un climat intimiste. La voix de Vero affiche bien l'étendue de son registre. Elle est également capable d’y accumuler une grande sensibilité, avant de la déverser lorsqu’elle déborde, face à ses accompagnateurs qui manifestent une grande modération, tout en demeurant sûrs d'eux-mêmes. Le titre maître est une synthèse de ce qui se fait de mieux dans le blues. Nous sommes alors quelque part entre les scènes de Chicago, de Memphis et de Kansas City. Pacha dispense de petites grappes de notes inspirées par BB King pour introduire "Hello baby". Il est rapidement rejoint par les ivoires de Brunetaud. On se croirait presque au sein d’un juke joint bien enfumé des années 50s. Le timbre de Véronique peut se révéler plus agressif. A l’instar de « Hello baby », un délicat slow blues issu de la plume du regretté Texan Jimmy Hughes. Un moment très fort de l'elpee ! La chanteuse puise alors dans son passé de choriste de gospel pour reprendre le "Something's got a hold on me" d'Etta James. La cover du "Because it's love" de Slim Harpo est un autre grand moment. L’émotion est à son comble lorsque les Biscuits virent vers Baton Rouge. Thibaut Chopin souffle dans l'harmonica devant une section rythmique bien homogène. Seul le piano vivace de Julien parvient à s’y extraire. L'inspiration s'évade une nouvelle fois pour embrasser les rythmes syncopés et exotiques des Caraïbes tout au long d’"Ocean of tears". La pause est de courte durée, car nous repartons du côté des swamps lors de l’indolent "Shake a hand" de Joe Morris. Miss Sauriat vit passionnément cette plage. Pacha est bien dans son élément au cœur de cette Louisiane qui a toujours inspiré Benoit Blue Boy! Une grande complicité lie Chopin et sa patronne lorsqu’ils chantent "I wanna know" de Sugar Pie Desanto, une plage ensoleillée, illuminée par le jeu de Julien. Les solistes sont une nouvelle fois en verve pour interpréter "I don't believe". Stan se fait et nous fait plaisir lors de ce bon Chicago shuffle. L'œuvre ne souffre d’aucune faiblesse. Sémillant, le "Please Mr Jailer" de Wynonie Carr constitue le blues fin de soirée. D’un timbre félin et suave, Véronique susurre les lyrics de "Cold cold feeling". Elle est pourtant face au public. Pacha semble inspiré par le grand T-Bone. De connivence, le piano prend progressivement l’ascendant. Le tempo accélère et se métamorphose en boogie rock léger pour exécuter le "I want to do more", écrit par la paire Leiber/Stoller. Thibaut et Véro se partagent "If Ican't have you", la finale de cet excellent opus. Si vous appréciez ce style musical, je vous invite à découvrir la formation de Julien Brunetaud : le JB Boogie ; et en particulier l'album "Cocktail Bues and Boogie". On y retrouve Thierry Chopin, mais également le guitariste Anthony Stelmaszack.

mardi, 01 août 2006 03:00

The black album

Considérés comme les dignes successeurs des Red Devils, depuis la disparition de Lester Butler, les Mama's Boys constituent certainement aujourd’hui le blues band le plus percutant de Los Angeles. Le groupe s'est formé en 1993, dans le plus vieux club de blues de L.A : le ‘Babe's & Ricky's Inn’ ; un club dont la propriétaire, ‘Mama’’ Laura Mae Gross, leur a inspiré le patronyme. Les Mama's Boys ont été fondés par le chanteur/harmoniciste Johnny Mastro. Né dans l'état de New York, cet ancien membre du Max Bangwell Band avoue pour influences majeures Hound Dog Taylor, Sonny Boy Williamson, William Clarke et … Lester Butler. Dave Melton est son fidèle guitariste. Ils font d’ailleurs équipe depuis des lustres. Dans le passé, il a enregistré en compagnie de Robert Lucas et Barry Levenson (NDR : ces deux derniers ont participé à la dernière tournée de Canned Heat). Jeff Henry est préposé à la basse. Issu de Fresno, il est proche des artistes du label local Fedora. Jimmy Goodall se réserve la batterie ; et enfin, pour l’enregistrement de cet opus, Denny Freeman assure la guitare rythmique. Le groupe joue dans un style qui emprunte beaucoup au Southside de Chicago ; et en particulier chez Hound Dog Taylor (NDR : of course !), Elmore James, Little Walter et Junior Wells. Cet elpee a été concocté en une seule prise. Pas d’artifices de studio ! Et cela s'entend ! Tous les précédents opus des Boys ont été chroniqués dans nos colonnes. Celui-ci semble avoir été réalisé en 2004.

L'album noir s’ouvre dans la pure tradition des Mama's Boys. Passé l’introduction à l'harmonica de Mastro, les cordes poisseuses de Melton entrent en scène. La voix nasillarde parcourt "Slave" sur un tempo vif. Dispensant de nombreuses notes, la guitare est bien amplifiée, manifestant un côté démonstratif que ne renierait pas Buddy Guy ! Insatiable, Melton marque des points tout au long de "Loverman". Ses interventions nerveuses sont constantes, mais il les met au service de la collectivité. "Cry for me" nous entraîne dans l'univers de Slim Harpo ; mais inoculé par cette dose de férocité et d'audace qui est la marque des Boys. Déchaînées, les cordes hurlent face à la section rythmique. Lancée sur les rails, la machine s’emballe. Le décor sonore s’enflamme. Soutenue par les six cordes de Freeman, l’infatigable rythmique décolle sur le détonant "Middle of the night". C’est le moment choisi par Mastro pour libérer toute une série de phrases inspirées par Sonny Boy Williamson II. Une intervention qui respecte cependant le code de conduite du maître. L'incendie continue à se propager. Le "Think twice before you go" de John Lee Hooker pousse Mastro au délire. A croire qu’il est possédé par son harmo. Nous empruntons la route qui relie Chicago à Los Angeles. Celle choisie, il y a bien longtemps, par le remarquable Georges Smith, lorsqu’il quitta le Muddy Waters Band pour s'installer en Californie. Signé Champion Jack Dupree, "Can't kick the habit" est un blues lent brûlant. Inspiré par Smith (NDR : à l’instar de Rod Piazza et William Clarke!), Mastro est passé à l'instrument chromatique. Melton ne tient toujours pas en place. Buddy Guy lui murmure à l'oreille des phrases écorchées à vif. Ca c'est du blues! Halluciné par sa musique, Mastro se met à souffler dans les aigus. La machine à rythme s’installe. D’une redoutable efficacité, elle ne fait pas dans la dentelle (NDR : Aaaaah ce Jeff "Slick Daddy" Henry et ses quatre cordes). "Sleeping in the ground" (NDR : un classique issu de la plume de Sam Myers) impressionne par sa simplicité. Melton empoigne son bottleneck pour interpréter "Flat down on my back". Une compo torride au cours de laquelle il joue d’une slide bien métallique, au bord de la fusion. Le son est aussi primaire que celui de Hound Dog Taylor ! Le bassiste black pèse de tout son poids. Il appelle à la rescousse Freeman, pour perpétuer l'esprit de Taylor. La slide se met au service du rythme pour lancer Mastro dans un solo délirant. La température augmente encore de quelques degrés afin de mettre le feu au "Chariot". Le tempo ralentit pour "Done something wrong" ; mais toujours amplifiée au maximum de son volume, la slide évolue à la limite de la saturation. Dans un registre proche d'Elmore James, le porteur de cordes se met à chanter ; mais le son est beaucoup plus sale. Regorgeant de compos implacables, cet elpee s’achève par "Billy Boy" (Arnold?), un excellent exercice de style instrumental. Dans leur style, les Mama's Boys sont devenus de véritables leaders. En ‘live’ leur set embrasse un blues vivant et terriblement efficace. Aujourd'hui, ils se produisent régulièrement au Blue Café de Long Beach, à L.A.

 

 

mardi, 19 décembre 2006 02:00

Under suspicion

Matt Walsh est chanteur/harmoniciste/compositeur. Il s'exprime par la voie du blues depuis quarante ans déjà. D’origine irlandaise, il s’est établi depuis longtemps à Münster, en Allemagne. Dès 1978, il fonde l'Electric Blues Band en compagnie du guitariste Erhard Hirt. Un patronyme qu’il va transformer par la suite, et très modestement, en Matt Walsh Blues Band. En 1999, il rejoint Janni Pestos (NDR : préposé aux cordes) chez Master Charge à Stuttgart. Puis Reloaded. Il a aussi partagé un duo en compagnie de l'excellent gratteur teuton, Gregor Hilden. Agé aujourd'hui âgé de 60 ans, il a monté son Acoustic Quartet en recrutant des musiciens locaux : le percussionniste Markus Passlick, Matthias Fleige aux guitares acoustiques et le bassiste Jürgen Knautz.

Le Quartet signe les douze plages de ce premier opus. La qualité musicale est au rendez-vous. La prise de son des instruments acoustiques est impeccable. La production est soignée. Un ensemble de caractéristiques rencontrés dès le morceau d’ouverture, "Techno blues". L’éclectisme est également de rigueur. A l’instar de "Top heavy", couvert d’accents hispaniques. Markus frappe son djembé, ses bongos et secoue un shaker. Matthias aligne des notes bien élégantes, dans un registre proche de Paco de Lucia. Il y manifeste énormément de lucidité et de panache. Ce n'est certainement pas un accident, car la même recette est reproduite lors du brillant "Since my baby's gone" ainsi que pour "Me and mine". Dépouillé à l'extrême "Checking out" baigne au sein d’une ambiance feutrée. Matt chante de sa voix grave ce blues d’excellente facture. Il souffle de courtes phrases inspirées par Sonny Boy Williamson II, pendant que la basse acoustique de Jürgen plante le décor. Le titre éponyme est sans doute le meilleur morceau de l’elpee. Encore une fois un blues sobre. Chaque sonorité est importante. Parfois on pense au climat entretenu par Santana à une certaine époque. A cause des bruitages empruntés à « Caravanserai ». La basse de Jürgen est divine. Mais le climat devient franchement magique lorsque Walsh dispense un solo digne de Toots Thielemans. Le quartet est manifestement très à l’aise lorsqu’il s’enfonce au sein de la musique intimiste. Dans ce registre, il est capable de sortir les meilleurs effets. A l’instar de la finale "Always, always". L’opus recèle cependant quelques plages rythmées. Et je pense tout particulièrement à "The land of the blues", compo au cours de laquelle Matt se met à rêver debout. Il souffle dans son harmo, en imaginant être entouré de BB, Elvis, Stevie Ray, Willie Dixon et autres légendes. "Working stiff" est un superbe blues balayé par la brise de la cité des vents. Celle de Chicago, bien sûr. Tous les instruments sont bien en place. Une certitude : si on branchait l’amplification à ce moment précis, le résultat serait sans aucun doute très consistant! Une constatation qui vaut également pour "Joleen", même si le tempo est plus enlevé.