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Grégory Escouflaire

Grégory Escouflaire

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Microminiature Love

Attention : voici du garage certifié d'époque, empreint d'une rugosité et d'une violence inouïes, trente-cinq ans après son enregistrement ! Michael Yonkers a pondu cette galette démente en plein psychédélisme, tandis que des types se pâmaient dans les champs de coton en fumant la moquette, proclamant que ‘ tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil’. Yonkers n'était pas vraiment beau, et à écouter ce disque, pas vraiment gentil non plus. Trente-cinq ans ! Et voilà que vos certitudes rock'n'roll vacillent, une fois de plus. The Electric Prunes, The Sonics, Jefferson Airplane,… Du pipeau. Qu'ils aillent braire chez leur mère, parce que cette chose, ce bruit qui tue, ce punk-rock avant l'heure, aurait dû rentrer dans l'histoire, laisser des traces dans le cerveau bousillé des fils à papa sous acide. Mais non, justement : cet album n'est jamais sorti. Trop dur, trop brut, trop précurseur. Sans doute qu'il faisait peur à toute cette frange de hippies shootés au bonheur béat fleurant le patchouli de chez Airwick. Et merde : à cause de tout ça, Yonkers a fini par péter un câble, genre Syd Barrett en plein trip nauséabond, ayant trop vite franchi le point de non-retour. Heureusement, un type a retrouvé les bandes, et s'est fendu comme mission de redonner vie à ce chef-d'œuvre depuis trop longtemps en péril. 2003 : ce " Microminiature Love " donne l'air d'avoir été enregistré hier, aux studios Toe Rag de Londres, là où les Kills et les White Stripes ont enfanté leurs dernières tueries. Michael, lui, n'a que faire de cette mode garage-punk déclinée aujourd'hui à toutes les sauces : 35 ans qu'il est dans l'œil du cyclone, sans le savoir. A l'époque, il avait même inventé un appareil pour donner aux distorsions de sa guitare une puissance démoniaque, pour décupler la force de frappe de ses riffs déjà monstrueux : le ‘Fuzzin Bark’, une machine ahurissante que les mecs artys de la No Wave auraient bien rachetée en brocante. Ca s'entend sur certains titres, et ça donne froid dans le dos, comme si Elvis ricanait de l'enfer en faisant claquer son pelvis squelettique. Yonkers ose même la ballade gothique avec " Returning ", une chanson d'amour mais qui se termine dans un bain de sang, façon Tobe Hooper version Nuggets. C'est énorme. Durant les seventies, Yonkers a encore sorti quelques disques en solo. Vu l'état du bonhomme en 68, gageons qu'ils doivent être encore plus terrifiants. En sa mémoire (dérangée), prions qu'ils soient eux aussi réédités, parce qu'il nous tarde de connaître, trente ans plus tard, la suite.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

One Down, One Up

Crammed Discs est en fête : après la réédition de douze de ses albums mythiques (de Tuxedomoon à Colin Newman), le label bruxellois sort une compile de live et de remixes de Zuco 103, leur plus beau fleuron en matière de world, d'électro et de nu jazz. Au programme : 6 morceaux enregistrés chez nous (5 à l'Ancienne Belgique, 1 à Werchter), 8 à Amsterdam en " unplugged ", plus trois remixes (deux plutôt lounge-house, et un davantage hip hop). La réputation live du groupe hollandais n'est plus à démontrer : ceux qui les ont déjà vus sur scène en ont encore des fourmis dans les jambes. On retrouve sur cette compile un bel échantillon de leur discographie, et toute cette chaleur humaine qui fait de Zuco 103 l'une des formations " nu-world " les plus exaltantes du moment. Mention spéciale à " To Life ", onze minutes de transe bossa-tech-house au cours desquelles Stefan Schmid (claviers), Stefan Kruger (batterie, percus) et surtout l'irrésistible Lilian Vieira (d'origine brésilienne, rappelons-le) s'en donnent à cœur joie, et nous avec. On s'y croirait presque, ce qui témoigne de l'excellence de la prestation, et de sa captation. Du beau boulot, en attendant la suite.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Zoot Woman

Sorti au début de la vague du eighties revival, leur premier album, était plutôt passé inaperçu. Enfin, excepté ce " Living in a Magazine ", un joli tube régressif, fiévreux et vintage pour les fans de Visage, Yazoo et des Buggles. Pour ce deuxième album, les frères Blake et Stuart Price (alias Jacques Lu Cont des Rythmes Digitales) semblent, à force d'avoir écumé les dance-floors et gobé trop d'Ecstas, s'être réveillés d'une mauvaise gueule de bois. Résultat : " Zoot Woman " sonne comme un lendemain qui chante, se la joue profil bas, abandonne toute excentricité, le souffle au cœur et les oreilles bourdonnantes. Il fait gris au pays des beats sudatoires (sédatifs ?) et des refrains qui claironnent : " Grey Day " ouvre ainsi l'album sur une pointe d'amertume, carburant davantage à l'essence qu'aux hallucinogènes… La boule à facettes s'est brisée sur le macadam, et Zoot Woman se cherche une nouvelle jeunesse, moins frivole, plus mature. " Grey Day " donne donc le ton, plus mélancolique, mais n'en est pas moins fantastique : lors d'une écoute distraite, on croirait presque que Queens of the Stone Age s'est invitée en backing band. Ca roule à vive allure, comme si l'électro pop du trio anglais défilait à du 120 sur une autoroute déserte… Le son est, de fait, bien huilé : sur " Taken It All ", les beats, plus downtempo, rappellent ainsi les productions Crydamoure (le label de Daft Punk), voire le " Sometimes " des… Rythmes Digitales, avec Nik Kershaw au chant. " Gem " se veut plus ‘catchy’, une basse à la Peter Hook conduisant la manœuvre avec classe et fierté. " Hope in the Mirror " (ses nappes élégiaques, ses bleeps certifiés d'époque et cette beatbox métronomique) finit par nous convaincre : Zoot Woman a changé, en mieux. Confirmation par " Snow White " et sa guitare folk moulée dans un bain d'amiante : une jolie preuve qu'à l'ère du tout digital, certains savent encore composer de belles ballades. La mélodie un peu couillonne de " Woman Wonder " nous ferait presque sourire si la fin de l'album ne distillait pas un sentiment toujours plus sombre et nostalgique, dépouillé de toute envie festive. Sur " Half Full of Hapiness ", des violons synthétiques à la Carpenter annoncent ainsi le prochain tournant d'une électro dont les Zoot Woman étaient devenus les plus fervents apôtres : une électro de plus en plus adulte, davantage basée sur le songwriting, qui délaisserait un temps le dance-floor pour réfléchir à son avenir.

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Zongamin

Susumu Mukai est né au Japon, mais il y a longtemps qu'il séjourne à Londres. C'est au Royal College of Art qu'il rencontre Mike Silver, alias Sonovac. Signé sur Output, le label de Trevor Jackson, Mike encourage Susumu à se lancer dans l'aventure musicale… lui qui bidouille dans sa chambre, entre deux couv' pour Sleazenation et Confused (Susumu est aussi illustrateur). Chance : Mike fonde son propre label, Flesh Records. Susumu pourra enfin graver ses galettes. Très vite, le buzz enfle : c'est que Susumu, rebaptisé Zongamin, aime le rock et la dance, qu'il mélange avec doigté dans ses premiers vinyles pressés à quelques exemplaires. Ca tombe à pic : on est en pleine résurgence punk-funk, de The Rapture à Out Hud. De fil en aiguille, Susumu se retrouve sur toutes les compiles branchées du moment : le 2 Many DJ's, le DJ Kicks de Playgroup et le Colette n°4. " Serious Trouble " et " Tunnel Music " deviennent rapidement des nouveaux classiques du dance-floor. Ce qui plaît chez Zongamin, c'est clairement ce mix explosif de guitares et de beats. La basse omnipotente, la batterie vitupérante et les synthés qui grincent et grondent donnent des fourmis dans les jambes, et des crampes dans le ventre. Entre Mr Oizo, DFA, ZTT, le disco et la surf music, la musique non identifiée de Zongamin pète une durite et ignore les bonnes manières. Ici, au diable les préjugés, les bruits de chapelles : big beat kung fu (" Whiplash "), électro-Morricone (" J. Shivers Theme "), Pierre et le Loup version dance-floor (" Tunnel Music ", plein de hautbois, de percus et de samples), postpunk mécanique (" Painless "),… Zongamin mange à tous les râteliers du rock, de la techno, du punk et de la new wave. Parfait comme antidote sudatoire, et surtout méchamment jubilatoire, cet album est une vraie bombe. Chaud devant !

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Torch Division

Le onzième morceau du troisième album des Wisdom of Harry s'intitule " Cuckoo ". Or, le coucou, très à la mode ces derniers mois (cfr I Am Kloot et Robert Wyatt), est un oiseau qui squatte le nid des autres plumitifs pour pondre ses œufs. Profiteur et malappris, le coucou n'a pas que des amis, et c'est bien mérité. Pete Astor, lui, ne squatte rien du tout, puisque sa musique est unique : à peine ouvre-t-il son album sur une reprise d'Ann Briggs, folksinger dont la discographie, comme celle d'Astor, ne dépassera sans doute jamais le petit cercle des amateurs éclairés. Pete Astor, donc, ne copie personne, encore moins ne s'installe-t-il grossièrement dans la tanière de ses voisins de label (Yo La Tengo, Cornelius, Guided By Voices,…) ou de palier. Certes, la voix d'Astor ressemble, de temps en temps, à celle de Matt Johnson (The The). Et cette faculté (nouvelle) à écrire des mélodies limpides nous fait penser, le cœur serré, à Elliott Smith (paix à son âme)…

L'électro lo-fi des deux premiers albums n'a cependant pas disparue : sur " The Capsule ", on retrouve ce vieux Harry un peu las et solitaire, sorte de Loup des Steppes indie-rock qui n'aime toujours pas frayer avec ses semblables. Mais Astor, toujours épaulé par le fidèle David Sheppard, se présente quand même aujourd'hui à l'auditeur sous son plus beau ramage : à part la cagoule (cfr pochette), notre ami semble vouloir faire un effort, jusqu'à balancer de gros riffs (" Great Inventor ") et même un tube, le sympathique " Beercan Crown ". A la fin, Astor voudrait qu'on le laisse tranquille en tentant l'apitoiement (‘Ladies and gentlemen, I've lied to you, I'm done’, etc.) Pas de chance, parce que dès maintenant, on suivra sa carrière de plus près : faudrait pas qu'il termine poignardé dans sa cuisine, gisant dans son sang comme un pauvre type incompris et malade.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Transfiguration of Vincent

Des cigales entonnent leur chant estival sur un instrumental country-folk limite mariachi, genre Calexico dans le Sud de la France. Puis un piano déboule sans crier gare (" Sad, Sad Song "), comme si Ed Harcourt avait pris le maquis, le temps d'une pause rafraîchissante en compagnie d'une Chan Marshall (les chœurs) toujours aussi timide. Pourtant, on n'est ni en pleine fournaise pyrénéenne, ni chez l'Anglais dandy fan de Brian Wilson : on est en Oregon, pays de cocagne de Matt Ward, songwriter encore mésestimé dont ce " Transfiguration… " est le troisième album, après " Duet For Guitars #2 " (1999) et " End of Amnesia " (2001). Sans forcer (une guitare, un piano, une batterie et un harmonica), Matt Ward écrit quelques-unes des plus belles pages du folk américain, mais un folk réservé, rongé par le doute, dénué de tout oripeau trop voyant. De l'anti-folk, diront certains, si ce n'est que Matt Ward sait chanter, d'une voix paisible et sereine, qui contraste joliment avec la tristesse de ses textes. Epaulé d'une belle brochette de musiciens aguerris (d'Howe Gelb à Deeana Varagona de Lambchop), Matt Ward convainc avec tact et finesse, là où d'autres ne susciteraient qu'ennui et bâillements polis. Du jazzy " Poor Boy, Minor Key " à la cover anémique du " Let's Dance " de Bowie, Matt Ward ne cesse de nous surprendre et de nous émouvoir. Une véritable transfiguration, comme il dit. Menée de mains de maître.

mardi, 01 avril 2003 03:00

Elephant

Devant pareil disque, tout le monde s'incline. Du moins ceux qui croient encore que le rock n'est pas moribond. Parce que la bête ronronne encore, prête à vous sauter à la gorge à tout moment, alors que tout le monde prédisait sa fin imminente. Non : le rock n'est pas mort, puisqu'il y a les White Stripes. Oubliez les Strokes, les Hives, les BRMC, tous ces fossoyeurs qui remuent la terre sans la fertiliser. Parce que le rock'n'roll, cette furie infidèle et rebelle qui finissait par se mordre la queue, a trouvé en Meg et Jack White ses plus ardents symboles, de valeureux défenseurs que rien n'arrête, pas même 1 million de " White Blood Cells " vendus aux quatre coins du monde. Ce n'est pas demain la veille que Meg et Jack (Frère et sœur ? Mari et femme ? Qu'importe !) vendront leur âme au music business en échange d'un album de gangsta rap ou de techno luna park. Parce que les White Stripes sont le rock'n'roll, point barre. Ils n'ont que faire des modes. Les White Stripes incarnent à la fois le renouveau du rock et son antithèse, en utilisant des éléments du passé pour inventer une musique qui paraît pourtant vierge de toute Histoire. " C'est dans les vieilles casseroles qu'on fait les meilleures soupes ", comme on dit. A la différence que Meg et Jack, eux, y rajoutent un bon bouillon Knorr fait maison, dont la recette miracle tient en trois mots : simplicité, sincérité, félicité. On entend chez eux du blues des années trente, du folk des années soixante, du glam des années septante et du hard des années quatre-vingts, mais complètement dégraissés, ramenés à leur plus simple apparat, pour plus d'efficacité. Les White Stripes, ce serait donc un mix bio de toutes ces musiques, dont on ne garde que l'essentiel : l'essence. Une batterie, une guitare, une (parfois deux) voix : c'est tout. Mais c'est suffisant pour traduire au plus près ce que doit être le rock : une sensation primitive qui vous fait sursauter, qui vous prend aux tripes sans artifices. Juste de la rage et de la passion. Le strict minimum pour un rendement (et une claque !) maximum : une règle de plus en plus suivie par les groupes de rock d'aujourd'hui (The Kills, The Black Keys,…), où la basse n'est même plus de la fête. " Elephant ", pourtant, commence avec une ligne de basse, hénaurme, tribale, jouissive… " I'm gonna fight them off / A seven nation army couldn't hold me back " : le message est clair… Cet album, en quelques secondes, écrase déjà la concurrence. Avec un sacré pied de nez aux rockeurs poids lourds qui envahissent les ondes et les écrans, puisqu'il s'agit bien, en fin de compte, d'une guitare, mais accordée en octave ! Sacré Jack : un instant, on pensait qu'il allait sortir la grosse artillerie, et perdre ainsi de cette virginité perpétuelle qui fait le charme de sa musique… " Black Math " accélère un peu le tempo dans un style punk-garage absolument tubesque, tandis que " There's No Home For You Here " présente un Jack démultiplié, comme si le blues de Son House s'était vu corrigé par le " Bohemian Rhapsody " de Queen. Dix Jack pour le prix d'un, pourquoi faire la fine bouche ? Et ces riffs, monstrueux, qui ne cessent de déchirer l'air alors qu'on croyait guetter un semblant d'accalmie… Le repos du guerrier, heureusement, ne se fait point attendre, avec cette reprise d'un vieux standard de Burt Bacharach chanté à l'époque par Dusty Springfield : " I Just Don't Know What To Do With Myself ", aussi fort que le " Jolene " du premier album. Un classique célébré ici comme il se doit, avec humilité, mais sans s'y coller comme à l'école. " The Cold Cold Night " continue dans cette lancée pleine de sang-froid, après la violence des trois premiers morceaux… Mais cette fois c'est Meg qui chante, en petite-fille mutine de Moe Tucker. Sa voix, comme son jeu de baguettes, est approximatif. C'est à ce moment qu'on se demande avec étonnement pourquoi on accroche tant, alors que cette nonchalance extrême devrait passer pour de l'indigence. Pourtant, ça passe. Plutôt bien, même… Comme les deux morceaux suivants, " I Wanna Be The Boy " et " You've Got Her In Your Pocket ", des ballades romantiques, la première au piano, la deuxième sans Meg, qui clôturent en beauté la partie douce mais dense de cet album éléphantesque. Retour au blues rocailleux, à la guitare qui raille et au chant écorché avec " Ball and Biscuit ", sept minutes de sexe et de colère entre les Stooges et Muddy Waters ; puis ce piano, à nouveau, introduit par un prêche de bigot bientôt atomisé par de gros riffs heavy pleins de distorsions, direction les feux de l'enfer (" Little Acorns "). Suit " Hypnotise ", deuxième chanson punk-garage de l'album, dégainée plus vite que Lucky Luke : à peine deux minutes. Un titre classique, à la White Stripes, qui ressemble étrangement à " Fell In Love With A Girl "… Idem pour " Girl, You Have No Faith In Medicine ", tout aussi accrocheur et rieur, supposé d'ailleurs se retrouver sur l'album précédent. Entre les deux, un morceau plus étonnant (" The Air Near My Fingers "), avec orgues, pont à la Led Zep' et paroles gratinées, en un mot : épique. La cerise sur la gâteau s'appelle " It's True That We Love One Another ", une sympathique ritournelle country chantonnée avec Holly Golightly des Headcoatee, écrite en une demi-heure et enregistrée en vingt minutes. Terminer ainsi sur une note d'humour, presque infantile, témoigne encore une fois du vent de fraîcheur et de liberté que les White Stripes font souffler sur le rock depuis maintenant deux ans. Sans se soucier des tendances dernier cri (l'album a été réalisé en dix jours au studio " vintage " Toe Rag à Londres, avec du matos d'avant 63… Si ça c'est pas rock'n'roll), Jack et Meg White viennent tout simplement, avec cet " Elephant " gargantuesque, d'accoucher d'un chef-d'œuvre intemporel. Et d'entrer dans l'Histoire !

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Jorma Whittaker

Déjà qu'avec Marmoset, ce n'était pas l'ambiance… Pourtant Jorma Whittaker, le leader du groupe, a décidé de creuser un peu plus encore, à mille lieues sous la terre, là où la lumière n'a plus du tout droit de passage. Ce piano lourd accompagné d'un synthé lugubre et d'une batterie traînante, et cette voix suffocante : sur " Clocks In The Sun ", Whittaker ferait presque passer le Robert Smith de " Pornography " pour un comique. Après un instrumental à la John Fahey, le songwriter d'Indianapolis lâche pourtant un peu la bride, le temps d'une chanson pop-folk d'une beauté maligne, malgré son titre (" If It's Over "). Mais l'orage gronde (le rock de " Molly Melancholy "), et le spleen revient vite à la charge (" Favorite "), contaminant tout espoir de revoir un jour le soleil. A force, on s'habitue à cette obscurité, y ménageant même un petit coin cosy, pour dormir plus tranquille : c'est alors qu'on se surprend à chantonner sur " Walk/Throw " et " Man With Money ", une reprise des Everly Brothers. De Jacob Golden à Maximilian Hecker, le pathos a toujours fait bonne école. Jorma Whittaker n'est certes pas le plus drôle de ces ménestrels au teint pâle, mais sa sincérité le sauve du ridicule. Et quand il s'entiche des Pixies (" Fall In Love ") ou de la cold wave (" Birds Are Falling Through The Sky "), c'est toujours avec classe et bon goût. Dans le noir, on peut parfois avoir les jetons. Grâce à Jorma, on ose y siffloter sans crainte.

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Don´t

Depuis quelques sorties (Scan X, Agoria, les trois mixes de Garnier), F Com nous surprend par une qualité constante, et ce n'est pas le mini-album de Vista Le Vie qui nous fera écrire le contraire. Ce qui plaît cette fois-ci est à chercher du côté des ambiances : pas de BPMs qui tapent ni de gros filtres bien frenchy, mais de l'electronica rêveuse, tantôt bucolique (" Refuse Resist " et ses riffs étirés) tantôt mélancolique (" A Curse She Cannot Win "). Si Vista Le Vie a bien assimilé les leçons synthétiques de ses pairs anglophones (en particulier l'écurie Warp), il parvient sans souci à distiller une ambiance qui lui est propre, fort suggestive sans être évasive. La force de cet album réside ainsi dans les paysages qu'il dessine, au léger pinceau et sans forcer le trait : des paysages plutôt nocturnes, aux contours nets mais perdus dans la brume, où résonnent au loin une contrebasse (" Back In The Pit ", sur lequel plane l'ombre de Red Snapper), des échos dub (" Drunken Master "), une voix sourde (Sébastien Tellier ?), étouffée par la rosée (" Kids With Gloves ")… Au petit matin reste le souvenir d'une nuit tranquille et réconfortante, sans bruits nocifs ni visiteurs intempestifs. Une belle journée commence.

 

mercredi, 31 décembre 2003 01:00

Nuit Blanche

Els Pynoo et Danny Mommens (dEUS) forment le couple le plus sexy de la scène belge. Leur musique, une amusante relecture elektroklash des tubes kitsch-pop des années quatre-vingts, s'en ressent-elle aussi : quand Els susurre " Bangbang Boogieboogie Bangbang " (" Mon Dieu "), on envierait presque Danny d'avoir cette délurée comme femme au foyer. Vive La Fête existe maintenant depuis cinq/six ans, bref bien avant le revival eighties. Qu'on ne les taxe donc pas d'opportunisme : les synthés Bontempi et les refrains idiots récités lascivement dans la langue de Molière, ils connaissent. A la limite, ils pourraient même en revendiquer l'idée, en citant à la va-vite quelques influences (Gainsbourg, Taxi Girl, Lio,…..) pour faire plaisir aux journalistes. Qu'on ne vienne donc pas les ennuyer avec cette mode : avant que Karl Lagerfeld ne les engage pour mettre en musique ses défilés, Vive La Fête foulait déjà les planches du Beach Rock, à 10 heures du matin devant un parterre interloqué. Que ceux qui n'ont jamais profité d'une hype leur jette la première pierre… Parce qu'avec ce troisième album, on peut dire que Vive La Fête tombe enfin à pic : l'elektroklash cartonne, du label Output aux compiles de chez Colette, et le maquillage à la Klaus Nomi (" Maquillage ! ") connaît un nouvel engouement (voir la pochette). D'accord, Els chante faux. Et la musique est simplette. Mais derrière le décorum se devine une vraie sincérité, détectable d'entrée de jeu avec ce " Nuit Blanche " moins bête qu'en apparence. " Je dis 'Vive la fête' pour être héroïque ", chante Els sur une basse à la Simon Gallup (Cure) : à force d'être comparés à des " wannabe " pique-assiette reluqués (relookés ?) chez Chanel, Els et Danny se sont réveillés avec une gueule de bois… . Sous les paillettes se terre donc l'angoisse de ne pas être pris au sérieux, d'être toujours considérés comme des m'as-tu-vu décervelés … Voilà la surprise de ce nouvel album : Vive La Fête tente de calmer le jeu, en misant cette fois non plus sur l'image, le look, le strass (" Le maquillage, c'est camouflage "), mais davantage sur les émotions. Els, certes toujours aussi nulle en français (mais n'est-ce pas là tout son charme ?), se fait plus posée (le new-wave " Joyeux ", qu'elle a écrit elle-même), sauf cas extrêmes (" Noir Désir ", où elle devient hystérique). Quant à Danny, il l'accompagne le plus souvent aux chœurs, lâchant de-ci de-là quelques commentaires timides, préférant se concentrer sur sa basse. Il y en aura toujours pour dire que c'est nul : à ces gens pas drôles, Els répond qu'ils sont " Jaloux ". Car à l'écoute de tubes sexy comme " Touche pas ", " Maquillage ", " KL " (très Jimi Tenor) et " AC " (très " Midnight Express "), comment résister ? Vive la Fête vient de signer son meilleur album, le plus festif (forcément…) mais aussi le plus intime. Sur ce, qu'est-ce qu'on dit ? " Vive Vive La Fête ! ! ! ", trois fois d'affilée, les bras en l'air et un grand sourire aux lèvres.

 

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