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Grégory Escouflaire

Grégory Escouflaire

mardi, 08 août 2006 03:00

First Nation

C’est sur Paw Tracks, le label-mère des ‘new weird free’ (?!) folkeux d’Animal Collective, que sort le premier album de First Nation. En fait trois New-yorkaises qui jouent de la flûte, des percus et de la guitare en hululant telles des nymphes de l’Escaut. Si Unica Zürn ne s’était pas défenestrée après avoir écrit « Sombre Printemps » et « L’Homme-Jasmin », sans doute écouterait-elle ce genre de « Campfire Songs » en sirotant à la paille du sirop de Codéine. Dans « Vacances à Maison Blanche », ses derniers écrits en clinique psychiatrique, on trouve une photo de l’Allemande : coiffée de plumes sur la tête, comme les deux filles de CocoRosie. Tout se tient, bordel ! Le folk, cette hydre qui ne cesse de ressusciter depuis que Bob Dylan a mis ses doigts dans une prise murale, est bel et bien vivant ! Et s’il a pété un câble, on ne va pas chialer en priant Saint Garfunkel pour qu’il revienne à la raison. D’accord : ce disque n’est pas une grosse claque à la Animal Collective, mais il dérive bien à l’ouest, là où se planquent les Indiens et leurs bedots de peyotl. Quand l’ambulance déboulera, faudra faire attention à n’oublier personne : les nordiques de Fonal Records (Kiila, Es, Islaya,…), Gang Gang Dance, voire Midaircondo. Plus on est (de) fous, plus on rit, et tant pis pour ceux qui croient être sains d’esprit.

C’est l’histoire d’une légende du rock : Larry ‘Wild Man’ Fischer, 'the Godfather of Outsider Music', étrange figure tutélaire des punks et de Daniel Johnston, maniaco-dépressif, paranoïaque et schizophréne, le seul vrai 'freak' de L.A. et du 'Summer of Love'… Si aujourd’hui peu de gens se souviennent de cet énergumène, c’est parce qu’il a disparu pour de bon de la circulation : 'He lost the pep', bref la folie l’a rongé jusqu’à l’os, et sans doute pagaie-t-il ces jours-ci en plein torrent mystique, "Derailroaded" comme l’indique le titre de ce documentaire réalisé par Josh et Jeremy Rubin… 'I’ve had been derailroaded by everybody !!!', gueule-t-il toute gorge déployée, le rictus figé dans un excès de barbituriques. Il l’aura connue, pourtant, son heure de gloire, avec l’album « An Evening With Wild Man Fischer », sorti en 68 sur Bizarre Records, le label de Frank Zappa… Mais l’entente cordiale ne durera pas longtemps entre le musicien hirsute et le forcené de la gouape a capella : trop fou, trop instable, 'bigger than life'. Après quelques séjours en hôpital psychiatrique, un concert au Rose Bowl en 69, partageant l’affiche avec Janis Joplin, The Everly Brothers, The Byrds et Joan Baez, Larry Fischer (il doit son patronyme d’‘homme sauvage' à Solomon Burke) manque de tuer le bébé de Zappa lors d’une rixe à propos de ses royalties… 'Did you know that Frank Zappa stole all of my money ?', confie-t-il aux frères Rubin lors du tournage de ce documentaire. C’est pourtant grâce à lui qu’il se sera fait un nom auprès des amateurs de bizarreries vocales, avant que le mythique label Rhino lui demande d’écrire un jingle pour leur fameux magasin de disques. « Go to Rhino Records », gravé en 1975, sera le premier 45 tours édité par le label indie. John Peel, à l’époque, le citera dans son top 50 de l’année, et Wild Man Fischer de devenir un personnage culte, admiré par des gens comme Mark Mothersbaugh (Devo) et l’internationale punk.

Après deux albums produits par Barnes & Barnes dans les eighties (« Pronounced Normal » et « Nothing Scary »), Fischer est de plus en plus la victime de ses propres démons. Persuadé qu’il est au centre d’une conspiration visant à le tuer (« Je veux rendre les gens heureux mais 'Ils' veulent ma mort !!! »), notre homme sombre peu à peu dans une folie incontrôlable (il refusera jusqu’il y a deux-trois ans à soigner sa pathologie par la médication). Les séquences filmées à cette époque (fin 90s/début 00s) dévoilent un vieil obèse complètement à l’ouest, persuadé qu’il est « le plus grand chanteur de rock de tous les temps »… Alors, Wild Man Fischer, bouffon psychotique ou génie incompris ? Les deux, assurément, et l’histoire ne nous contredira pas : ce sont les plus tarés d’entre les hommes qui enfantent souvent les plus intéressants chefs-d’œuvre. Ou qui, du moins, marquent les esprits. Il faut donc voir « Derailroaded » pour le croire, comme « Dig! », « Some Kind of Monster » et « The Devil and Daniel Johnston ». Un truc de ouf !

 

 

mardi, 29 août 2006 03:00

At War With The Mystics

Bush à la présidence des Etats-Unis, c’est bien de musique qu’il s’agit : de Peaches à Bruce Springsteen, des Pet Shop Boys à Morrissey, nombreux sont les artistes qui ont sorti ces derniers temps des disques cathartiques, en prise directe avec le monde qui les entoure. « At War With The Mystics », le dernier album des Flaming Lips, se révèle ainsi, dès son titre d’ouverture (« The Yeah Yeah Yeah Song »), une charge féroce contre l’impérialisme mystique de Bush et de sa confrérie. Mais cette question, même posée avec tant d’élégance et de puissance (ce disque est le plus rock des Flaming Lips), est-elle celle qu’on retiendra à l’écoute de ces 12 titres ? Comme d’habitude Wayne Coyne délire dans un coin de sa tête, invitant ses démons (la religion, le fanatisme, le cosmos) à une surprise party d’enfer, où tout le monde se défonce en sniffant de l’hélium. Résultat : c’est mieux qu’un épisode des Teletubbies, même si à la fin on se souvient à peine du trip qui vient de secouer notre colonne vertébrale.

Autant le dire tout de go : « At War With The Mystics » n’est pas le meilleur album des Flaming Lips… Mais ses meilleures chansons valent bien quelques buvards d’acide. « The Yeah Yeah Yeah Song » rappelle qu’on peut se fâcher tout rouge (contre le pouvoir en place, l’idiotie maîtresse du monde) tout en gardant le sourire. Le riff de « The W.A.N.D. » surprend par son acharnement (rock’n’roll !). « Pompeii Am Götterdämmerung » nous envoie en orbite, objectif lune (grande ballade psychédélique !) Et puis, on est certain d’une chose : même si Wayne Coyne et ses deux potes (qui reviennent de loin…) donnent l’impression que l’amour est la clé de tous nos problèmes, on sait bien qu’au fond d’eux-mêmes ils n’en sont pas si sûrs… C’est ce qui est touchant : écouter enfin une musique profondément humaine, faite par des types qui ont les mêmes peurs que nous. Des chics types, vraiment.

 

 

mardi, 09 mai 2006 03:00

Ghost Repeater

Ce sont les disques de Townes Van Zandt qui ont donné l’envie à Jeffrey Foucault de se lancer dans la musique. Son nouvel album, le troisième, est produit par Bo Ramsey, qui a déjà bossé en compagnie de Greg Brown et Lucinda Williams. Eric Heywood (Son Volt, Richard Buckner) tient la pedal steel, Dave Moore l’accordéon, et Kris Delmhorst, la femme de Foucault, chantonne sur « One For Sorrow ». Ils s’y tiennent la barbichette, parlent de mariage, d’union sacrée, bref, d’amour consommé en plein Massachusetts, du John Mellencamp dans le lecteur, ou bien ce bon vieux Bruce – country, blues, le mix tranquille pour une après-midi à se tourner les pouces. Il fait chaud, l’ambiance est légèrement pesante, du pollen circule au milieu des voitures, les filles éternuent en silence. Des images inspirées d’un sursaut d’amertume à chroniquer ce disque. Jolies chansons, mais il fait beau dehors. Tout ça pour dire qu’il manque à ce « Ghost Repeater » de vraies fulgurances mélodiques pour qu’on l’écoute en boucle. S’extirper du vortex sudiste, aller nager à la piscine, se promener sans but. Comme un fantôme, peut-être. Aaaaaah !

lundi, 20 février 2006 02:00

Aurora

Le post-rock, voire le néo-classique, tant de choses et tant d’autres dont le Canada, et Montréal en particulier, se sont faits le trépidant porte-étendard. Depuis Godspeed, une horde de groupes à géométrie variable se sont ainsi distingués dans l’éloge d’une certaine musique, romantique, envahissante, cyclothymique et suspendue. Des labels comme Constellation, Alien8, Arts & Crafts ou Intr_Version sont devenus les plateformes incandescentes de ces collectifs en jachère, aux contours flous mais aux idées larges. La suite, on la connaît… Esmerine est un duo composé de Bruce Cawdron et de Beckie Foon, deux électrons libres de la scène montréalaise, vus et entendus chez GY!BE, Set Fire to Flames et Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band. Tout de suite, il est facile d’imaginer la suite : 6 morceaux aux ambiances dostoïevskiennes, où le piano drague l’archet en pelotant le glockenspiel, même que le marimba et la guitare, ils matent du coin de la lorgnette. Et forcément, ça s’installe en douceur, ça murmure avant les grands éclats, l’orgasme, puis, à nouveau, d’autres préliminaires. A noter également la présence de Mike Moya, d’Harris Newman (Hrsta) et de Jessie Carrot (JOMF)… Elle est pas belle, la grande famille du post-rock à la québecquoise ?

jeudi, 29 novembre 2018 11:25

Espers

Trio de Philadelphie composé de Greg Weeks, Meg Baird et Brooke Sietinsons, Espers s’ajoute à la liste déjà longue des ‘revivalistes’ acid folk apparus à la suite de Banhart et de sa barbe en fleur. Ou comment nous faire croire que les clochettes, la flûte et le clavecin peuvent côtoyer dans un même élan les larsens et les drones… La suite ? Tout le monde s’en fiche, parce que tout le monde est défoncé. Ben Chasny (Six Organs of Admittance) est leur pote et le nôtre, il en connaît un bout question hypnose, mantras babas et fingerpicking. « Needle of Death », chantait Bert Jansch, et on ne parle pas de Robin Williamson, le génie fou d’Incredible String Band… Bref, ce disque sent la défonce, surtout quand l’acoustique se transforme en cerbère, et qu’il lance des éclairs de ses naseaux fumants. Des types portant des masques de grenouille s’incrustent dans le salon, la BO du « Wicker Man » en fond sonore. Ils insèrent le disque d’Espers dans le tiroir hi-fi. C’est la chenille qui redémarre, le Sacré Graal en forme de pipe à eau. On n’y comprend que pouic, mais à la droite du druide qui écoute Perhacs, on aperçoit un type qui lèche la moquette. ‘Yo mec ! Espers, ça te branche ?’ Avant de s’évanouir, les locataires crient ‘Oôôhm’. L’acid folk ? Un petit buvard et hop ! C’est comme en 69.

mardi, 19 septembre 2006 03:00

Espers II

L’immaculée perfection folk, entre traditionalisme païen et modernité marketing. Espers surfe sur la vague ‘new weird folk’, et ses complaintes boisées sonnent comme un retour aux sources : après le déluge, la fin du monde, le 11 septembre, chacun désire revenir aux plaisirs des choses simples. A l’instar de Pentangle, de l’Incredible String Band et de Fairport Convention, les six bardes d’Espers (Philadelphie) chipotent au violon, à la harpe, aux clochettes, à la flûte (de Pan ?), au synthé, à la guitare, aux percus, au doumbek, au dholak (etc.), en espérant raviver la flamme (la flemme ?) d’une musique ancestrale, parce que sans âges. Au milieu de cet amas fumant de prog-folk composté, les diamants sont éternels : ils garnissent la couronne d’un roi ou d’une reine, sans doute morts en plein tourment médiéval. De quoi parlent ces chansons à la psyché mélancolique ? De cyclopes, de dieux et de veuves éplorées, bref de légendes acculées qui s’avèrent le miroir de nos hantises profondes. Et quand les riffs de Weeks fendent l’atmosphère de ses crachins sanguins, mieux vaut prier le Saint-Sulpice pour le salut de notre âme. On a le temps de voir venir (sept minutes par titre, en moyenne), mais restons sur nos gardes : un coup de barbe peut rendre aveugle n’importe quel blaireau qui croit encore que Devendra Banhart a inventé l’eau chaude.

Michel Cloup, ton univers impitoyable… Après Diabologum, cette canaille de Toulousain avait fondé un nouveau clan, l’irascible Experience. Où le bonhomme se lâche et vitupère, contre cette société qui nous programme, nous ficelle et nous dévore tout crus, avant l’indigestion. Une expérience sans compromis, qui laisse des traces et même un mauvais goût, dans les oreilles et dans la bouche. Comme son pote Michniak à l’accent nonchalant, Michel Cloup régurgite son cerveau pour mieux clamer sa haine. De la bêtise, du confortable et de nos certitudes. Qu’il sorte un disque de reprises est étrange… Pour massacrer l’ennui ? Mais l’ennui est une chose saine, mes bons amis, et même l’une des marques de l’esprit sain, qui raisonne bien, amen, et tant que l’ennui existe, c’est qu’il reste des choses à faire, à côté. Comme jouer de la musique, et en écouter, et pourquoi pas s’amuser à jammer entre potes sur des reprises de Public Enemy (« Show ‘Em Watcha Got »), Shellac (« Prayer to God »), Q Ant Not U (« Collect the Diamonds »), Suprême NTM (« Qu’est-ce qu’on attend ? ») ou encore Bonnie « Prince » Billy (« Sombre », une belle adaptation, toute en tension EMO, du grandiose « I See a Darkness »)… En bonus, un DVD d’1h30 d’extraits de concerts, en France, en Espagne et ailleurs, de clips, d’images backstage, sur la route, en van, en avion, en métro russe, récoltée et montée par Widy le guitariste. Allez, un peu de karaoké à la sauce Experience n’a jamais fait de tort à personne.

lundi, 13 février 2006 02:00

Cinder

Même si les Dirty Three en sont déjà à leur septième album en l’espace de 14 ans, on a beau dire mais ‘non non rien n’a changé’, et tout continue, cahin-caha, sans grands bouleversements sonores : la seule grande nouveauté de ce disque, c’est Chan Marshall (Cat Power), qui pousse la chansonnette sur le joli « Great Waves ». C’est en effet la première fois qu’un album des Dirty Three n’est pas intégralement instrumental, mais à part ça, rien de nouveau dans la besace de Mick Turner (guitare), Jim White (batterie) et du Bad Seeds Warren Ellis (violon). Si les morceaux ont peut-être gagné en concision et en vigueur (« Doris », « The Zither Player »), ou s’approchent rythmiquement d’un jazz néo à la Chicago Underground Trio (« Rain On »), ce « Cinder » n’arrive cependant pas à éclipser la splendeur du fameux « Ocean Songs » sorti en 1998. Les Dirty Three, ancêtres du post-rock à la Constellation ? C’est la bio qui le dit, mais à vrai dire tout le monde s’en fiche. On bâille.

mardi, 15 août 2006 03:00

Dans ma bulle

Il y a deux ans au festival de Dour, de tristes sires à l’esprit étriqué gâchèrent la fête de Diam’s et de ses fans. Boîtes de conserve, bouteilles, détritus : autant de projectiles lancés à la figure d’une rappeuse qui ‘n’avait rien à faire là’, parce qu’elle vend des disques et passe en boucle sur NRJ. Bref, car elle incarne le commerce, les hit-parades FM et le rap midinette. Si ces abrutis avaient jeté ne serait-ce qu’une oreille aux disques de la Parisienne, ils auraient sans doute ravalé leur fierté de ‘baraquis’ et compris que Diam’s est loin d’incarner la varièt made in France. Cette France des Enfoirés, qui vote à droite et chante « Je te donne » alors qu’elle ne pense qu’à pomper notre pèze. Certes, « Dans ma bulle », le troisième album de Diam’s, cartonne (350.000 exemplaires déjà écoulés). Mais ce n’est que justice. Car Diam’s parle d’amour, de respect, de tolérance, à une époque où tout s’enflamme sur l’autel de l’individualisme et de la haine. Sa « France à elle » n’a rien à voir avec celle de Sarko, du beaujolpif, des Choristes et de Laurent Gerra. Au contraire elle emmerde Le Pen (« Marine »), comme en leurs temps les Bérus, Noir Désir et Suprême NTM… Autant dire qu’écouter ce petit ‘brut de femme’ s’avère d’utilité publique ; d’ailleurs ses disques se vendent par brouettes entières ? Tant mieux ! D’autant qu’au-delà du contexte, la forme reste centrée sur le groove (l’énorme « La Boulette », « Big Up », « Me Revoilà », « Cause à effet »), avec en point de mire le hip hop d’Eminem, de Suprême, d’IAM et d’Assassin. Si les ballades R’N’B s’avèrent un peu faiblardes (« Par Amour », « T.S » et son piano à la « You » de Ten Sharp), « Dans ma bulle » mérite son succès. Parce que Diam’s est une sacrée tchatcheuse, sensible, intelligente et combative, qui a toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l’indifférence. Anatole France. Aux armes la jeunesse !

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