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Concerts

Antoine Chance

Une belle brochette d’invités…

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C'est la dernière représentation d'Antoine Chance. Un point final mis au bout d’une centaine de dates qui l’ont entraîné de la Belgique à l’Egypte, en passant par la France, la Suisse et le Canada. Où il a défendu son premier album « Fou », paru l’an dernier. Pour la circonstance, il a invité du beau monde et surtout ses potes dont Ours (aka Charles Souchon), Ziggy (drummer chez Puggy), Jawhar, Craig Walker (ex-chanteur d'Archive) et enfin Nicolas Michaux.

Il y a du peuple, mais la salle n’est pas comble. D’ailleurs, les rideaux sont tirés à hauteur de la table de mixing. Bonne nouvelle, Benoît et Alex Leroy sont aux manettes, c’est-à-dire les ingénieurs du son de Puggy.

Antoine se consacre à la gratte (acoustique ou électrique) et parfois au synthés. Ce soir, il est soutenu par le bassiste Geoffrey Hautvas, le drummer Yannick Dupont et un quatrième musico préposé aux synthés et circonstanciellement à la trompette. Sans oublier deux autres cuivres, un saxophoniste et un tromboniste. C’est le line up de base.

Pas de supporting act. En toile de fond le nom de l’artiste est mentionné en lettres blanches. Antoine s’installe à l’extrémité droite du podium. Il empoigne sa guitare électrique et aborde « Rejoins Moi », une compo empreinte de tendresse. Puis embraie par « Elle danse ». Ces deux morceaux sont rituellement ceux qui entament ses concerts. Des filles brandissent des papiers sur lesquels on peut lire des messages comme ‘Merci’ ou ‘Ce soir, on donne tout !’  Tout au long d’« Elle danse », Antoine siège derrière le piano. Une nouvelle compo : « Qu'est ce qu'il nous faut ». Il reprend sa guitare et demande au public féminin de répéter les mots du refrain. Pas terrible ! Et lorsqu’il s’adresse au masculin, ce n’est guère plus brillant. Le deuxième essai est enfin concluant. Au milieu de la chanson, Geoffrey fait signe à l’auditoire, qui peut alors s’époumoner sur ce fameux refrain.

Charles Souchon aka Ours est le premier invité. Le duo va interpréter un titre du grizzly, « Le Cafard Des Fanfares », épaulé par un trio de cuivres. Ce qui rend l’atmosphère du morceau particulièrement chaleureuse.

Ziggy remplace Yannick aux fûts tout au long de « Rate d'un rien ». Manifestement, le batteur de Puggy a faim de concerts et sa frappe est musclée.

Place ensuite à Jawhar. Il est coiffé d'un fez (NDR : toque rouge en feutre). Le tandem se partage le chant –et en arabe– pour une des plus belles ballades de cet artiste, « Allemni ». Et Antoine ne se débrouille pas mal dans la langue…  

Ziggy et Julien participent aux percus (caisses claire) tout au long de « Sur L'Asphalte ».

Le temps d'accorder sa guitare, Antoine demande à Geoffrey de raconter l’une ou l’autre histoire drôle. Il est doué, car ses blagues déclenchent un fou rire général. Yannick cède ses baguettes à Julien Pascal, le batteur de substitution, pour « Bye Bye ».

Autre invité, Craig Walker. L’ex-chanteur d’Archive prête sa superbe voix à « Day Or Night ». Antoine nous signale que Craig débarque tout spécialement de Berlin où il réside. Chance siège derrière les ivoires et les cuivres sont à nouveau de la partie.

Nicola Michaux se réserve le micro sur « A La Vie A La Mort », alors que Geoffrey s’est installé derrière les claviers. Les cordes d’Antoine affrontent celles de Geoffrey (6 contre 4) ; et notamment sur « King's Shilling », un rock'n'roll pur et dur signé Hautvas, le leader d’Electric Chateau.

Le set s’achève par « Fou », le titre maître de l’elpee. Ce sont les cuivres qui amorcent ce brûlot.

« Qui Sait » ouvre le rappel. La foule réclame « Parader En Enfer ». Mais humoristiquement, Antoine signale que ce titre n’est pas prévu sur la set list ; et que de toutes manières, c’est lui qui décide. Fou rire général ! Il entame cette chanson aux ivoires. Le public commence par la reprendre en choeur. Attentif, Mr Chance indique que c’est parfait et embraie, dans un climat cuivré. Le titre achevé, Antoine informe discrètement ses musiciens qu’il est temps de tirer sa révérence.

Mais l’équipe revient pour un second encore. Au cours duquel on aura droit à une nouvelle compo, « Trouble ». Une chanson interprétée au bord de la scène. Geoffrey s’accompagne à la sèche. Yannick se consacre au glockenspiel. La trompette s’immisce dans l’ensemble, avant que le trombone ne finisse par s’imposer. Les ‘hou hou’ fusent. Le public est ravi. Une belle soirée au cours de laquelle Antoine, ses musicos et la belle brochette d’invités sont parvenus à tenir l’auditoire en haleine, tout en réussissant à le captiver.

Au cours des prochains mois, Antoine Chance va prendre un peu de repos, mais surtout composer les chansons de son deuxième long playing. L’artiste carbure au diesel ; donc il faudra lui laisser du temps. En espérant quand même ne plus devoir attendre 10 ans avant de voir une suite à son premier long playing…

(Organisation : Botanique et Ubu Concerts)

The Dø

Bienvenue sur la planète ‘dance’!

Écrit par

En 2014, The Dø avait accordé un concert exceptionnel à l’Aéronef de Lille. Après une tournée mondiale, qui a transité par les plus grands festivals européens, le duo parisien revenait dans la métropole nordiste Et bien, sûr, c’est à nouveau sold out ; l’auditoire réunissant un public de toutes les générations.

Fondé en 2005, The Dø réunit deux excellents musiciens. Tout d’abord la chanteuse franco-finlandaise Olivia Merilahti et le compositeur de musiques de films, Dan Levy. Il se sont rencontrés en bossant sur la B.O du film « L'Empire Des Loups », réalisé par Chris Nahon. A leur actif trois elpees. Publié en 2008, « A Mouthful » a atteint, dès sa sortie, la première place des ventes en France. Le deuxième, « Both Ways Open Jaws », est paru en 2011. Enfin sorti l’an dernier, « Shake Shoot Shaken » a été récompensé en 2015, par une Victoire de la Musique, dans la catégorie ‘album rock de l'année’. C'est cet opus qui va constituer le plat de résistance de la set list. 

Las Aves assure le supporting act. Un quatuor issu de Toulouse, chargé d’assurer la première partie lors du périple hexagonal de The Dø. En fait, il s’agit tout simplement de The Dodoz, qui a changé de patronyme. Le combo a publié un premier Ep, baptisé « L.A. », qui a reçu le concours de Dan Levy de The Dø, à la mise en forme.

Le line up réunit la chanteuse Géraldine, le claviériste/guitariste Jules, le second gratteur Vincent et le batteur Adrien. Ils sont vêtus de blanc, y compris la casquette retournée que coiffe la tête chevelue de Vincent. Jules siège derrière la table, placée en retrait et sur laquelle est mentionné le nom du band en lettres lumineuses.

Des sonorités majoritairement électro alimentent le premier morceau, « First Aid Blanked ». Les cordes de guitares sont funkysantes. Géraldine se balance dans tous les sens. Et les deux autres gratteurs déménagent tout autant. Seul le drummer, coincé au sein de son espace réduit, ne peut libérer son énergie qu’à travers la frappe sur ses peaux. Et cette énergie, le band la communique à l’auditoire. Jules rencontre un petit problème technique lors du second titre, « Die In Shanghai ». Très vite résolu. Un moment au cours duquel Géraldine meuble la pause forcée, en plaisantant avec les spectateurs. Las Aves qualifie sa musique d'Acid Pop. Une pop énergique, rafraîchissante, aux refrains entêtants qu’illustre des titres comme « Perfect Mess », « Leo » ou « Lioness »…

En ‘live’, The Dø est accompagné par trois musicos. Marielle Chatain, Pierre Belleville et Bastien Burger. Ils se partagent claviers, guitare, basse, drums et on en passe, suivant les morceaux. Multi-instrumentiste également, Dan prête parfois sa voix aux chœurs. Sur le podium sont érigées quatre estrades : deux de biais et deux autres contiguës, sur lesquelles vont s’installer les musiciens de tournée. Les synthés et différentes machines sont placées sur des tables aux pieds rouges. Un néon de couleur est planté devant chacune d’entre elles. Faut dire que le light show est impressionnant et multiplie ses sources, même du plafond. Il y a des rampes amovibles de spots leds, de plus petits standards, des lasers et des stroboscopes. De quoi nous en mettre plein la vue. 

Olivia campe au milieu, devant une machine. Face à Dan, qui siège derrière un piano/synthétiseur. Elle ne regarde pas le public. Hormis les manches parées de rouge, elle est toute vêture de blanc, longue robe et baskets y compris.

« A Mess Like This » (« Shake Shoot Shaken ») ouvre le set. Une berceuse balisée par les ivoires de Dan. Bien soutenue par les backing vocaux de Marielle, la voix d'Olivia est claire, parfois enfantine mais puissante. Elle me fait parfois penser à celle Björk. Ce n’est qu’à l’issue de ce morceau qu’elle se tourne vers la foule, en souriant. Et c’est sur elle que se focalisent tous les regards. Que ce soit derrière son piano et ses machines (NDR : deux roadies viennent les débarrasser ou les réinstaller, selon le répertoire), mais surtout quand elle arpente le podium de long en large. Où tantôt elle excite les premiers rangs en se dandinant. Tantôt elle se déplace comme une marionnette désarticulée sortant directement d'un théâtre Nô japonais. Une chorégraphie, magnifiée par les jeux de lumières. A l’instar d’« Anita No! », morceau au cours duquel on discerne les ombres chinoises dessinées par la danse d’Olivia. Et de danse (ou de dance, selon) il en sera question toute la soirée. 

Parfois, elle s’immobilise pour prendre une pose de karatéka. Régulièrement, elle tend son micro vers le public, pour qu’il reprenne le refrain.

Mais si nous ne voyons qu’elle sur scène, il faut reconnaître que les musicos assurent parfaitement leur job. Même Dan, qui tout en remuant, demeure appliqué derrière son matos.

The Dø pratique une forme de synth/pop hypnotique. Des titres comme « Opposite Ways » et « Miracles (Back in Time) » en sont certainement les plus belles illustrations.

Olivia n’oublie pas de présenter et de remercier son équipe, –sur fond de musique religieuse– sans qui –dit-elle–elle ne pourrait se produire en ‘live’.

Lorsque Olivia et Dan quittent le podium, c’est pour permettre aux trois autres musicos d’attaquer l’instrumental « Both Ways Open Jaws ». Une compo électro-tribale stimulée par les percus et susceptible de plonger l’atmosphère dans une forme de transe. Et « Keep Your Lips Sealed » en est encore un autre exemple. La communion est alors totale et les premiers rangs se mettent à jumper.

Le couple revient sur l’estrade, un essuie blanc sur la tête. Et commence à faire le pitre avant de balancer ces serviettes dans la foule. Pour le dernier titre, « Despair, Hangover And Ecstasy », Olivia a empoigné deux bâtons rouges lumineux.  

Le combo revient rapidement pour le rappel, un encore au cours duquel il va nous réserver un chant de Noël avant la date, « Nature Will Remain ».

Lors du second retour sur les planches, The Dø va nous accorder « Quake, Mountain, Quake », en formule trio : Dan au piano, Olivia au chant et Bastien à la basse, et puis une chanson romantique, pour définitivement clore le set. Ce soir, The  Dø a entraîné l'Aéronef sur la planète 'Dance'.

(Organisation : Aéronef + Uni-T)

 

 

Dotan

C’est Dotan plus beau a cappella…

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Dotan Harpenau est né le 26 octobre 1986, à Jérusalem. Il a cependant passé sa jeunesse à Amsterdam. Il est d’ailleurs de nationalité néerlandaise. Mieux connu sous son prénom, ce chanteur/compositeur/multi-instrumentiste a publié son deuxième elpee, « 7 Layers », l’an dernier. S’il est venu défendre les compos de cet opus à l’AB, il a également inclus dans sa set list, des titres de son prochain essai. La soirée promet d’être à la hauteur des attentes de l’auditoire.

La salle est bondée. Le démarrage est chargé. Le tambour est très présent tout au long de « Sound of love », « Black Storms » ou « Tonight ». Le refrain de son tube « Home » figure déjà en début de parcours. Et on imagine aisément que l’intégralité de son opus sera consommée à la fin de la session musicale.

Entre des reprises marquées par des instruments à percussion, se loge une ligne mélodique à la guitare acoustique dans des compositions telles que « Let the river in », « Waves » et « 7 Layers ». Ce dernier titre est chanté en chœur avec les aficionados, dont les voix féminines résonnent dans cet amphithéâtre à l’acoustique totalement maîtrisée.

Ces différents morceaux sont entrecoupés par des chansons plus rock qu’indie. Les instruments comme le synthé ou le tambourin s’insèrent judicieusement dans « Shadow Wind » et « Diamond in our bones ».

L’artiste aime jouer de sa gratte. Ses arpèges ne laissent personne indifférent. Tout comme ses mélodies. A l’instar de « Fall » et « Hungry ». Cette dernière compo est chantée à l’unisson en compagnie de la foule.

Lorsqu’on assiste à un concert, on découvre parfois quelques surprises. Les musicos, ravis d’être ici, se produisent ‘unplugged’. Ils s’installent dans la fosse. Le chanteur demande au public de s’asseoir. Puis le band attaque une version a capella de « Swim to you ». Au milieu de deux mille personnes, le silence qui règne dans l’AB est sidérant. On ose à peine y croire. Et pourtant, les voix traversent toute la salle. On comprend mieux la raison pour laquelle cet endroit est un lieu privilégié pour les mélomanes. On regrette, cependant, que la troupe ne se limite qu’à une seule chanson.

De retour sur l’estrade, et comme on pouvait s’y attendre, les musiciens entament leur titre phare « Home », cette fois-ci dans son entièreté.

Dotan et sa bande ont vécu un moment intense. Le public a été très réceptif. Et tout particulièrement féminin, manifestement séduit par cette prestation. La générosité partagée entre le chanteur et ses instrumentistes fait plaisir à voir et à entendre. On ne doute pas une seule seconde que le prochain LP sera du même acabit. Dommage que le leader parle autant entre les différentes chansons…

(Organisation : AB + Live Nation)

Voir aussi notre section photos ici

 

 

Benjamin Clementine

Une voix hypnotique, envoûtante même...

Écrit par

Benjamin Clementine est né en 1988, à Crystal Palace. Auteur/compositeur/interprète il est d’origine ghanéenne. A 22 ans, il émigre à Paris, et vit dans la rue, sans un sou en poche, où il se produit dans le métro. C’est là qu’il est repéré. Et que sa carrière commence. Et lorsqu’il retourne à Londres, c’est pour marquer les esprits, lors de l'émission diffusée par la BBC, ‘Later With Jools Holland’. Sur la scène britannique, il est depuis un peu considéré comme un extra-terrestre. A cause de sa voix et de son physique. Et puis de l’univers sonore énigmatique qu’il parvient à créer, en puisant aussi bien dans le blues, le jazz, la soul que la folk. Un peu dans la grande tradition de Randy Newman ou Gil Scott-Heron. Un univers qui reflète un itinéraire artistique difficile. Première consécration en 2015 : il reçoit une récompense aux 'Victoires de la Musique', dans la catégorie Révélation Scène.

Il n'y a pas de première partie. La salle déborde de monde. Un piano à queue est placé de biais à gauche. Sur la façade on remarque une inscription de couleur jaune 'Lov Rovic', laissant apparaître une rangée d'ivoires descendant vers le bas. En face, une batterie est disposée sur une estrade.

A 20h30, Benjamin et son fidèle drummer Alexis Bossart montent sur le podium. Ils sont pieds nus. De manière à ressentir parfaitement les vibrations de la musique. De grande taille, Clementine est vêtu d’un pantalon sombre et d’une gabardine bleue défraîchie. Il sourit, mais son regard perçant fige son visage effilé. De son siège haut, il domine la situation. Pas de Barbara Le Liepvre au violoncelle ni d' Emmanuel Sauvage aux claviers. Un seul spot blanc mais puissant est projeté depuis l’arrière-scène, pour mettre les musicos en exergue.

« Gone » ouvre le show. La voix de crooner de Clementine est hypnotique, envoûtante même. Lorsqu’une dame, depuis le balcon, clame plutôt à contretemps : ‘J'ai mes places assises’, des  'chut' fusent instantanément dans le public. Si Benjamin continue de jouer, il réagit au quart de tour, mais non sans humour : ‘Que dis-tu ? Je joue du piano et je chante. Merci’. Fou rire général dans l’auditoire. Le moindre ‘clic’ –même discret d’un appareil photo– est susceptible de le décontenancer. Tout au long de « Condoleance », ivoires et fûts sont en parfaite osmose, alors que la voix de Benjamin s’emballe. Ses mimiques amusent les premiers rangs. Il est à la fois détendu et concentré. Et entretient un climat intimiste et mystérieux. Sa capacité à franchir les octaves est impressionnante. On dirait qu’il a plusieurs voix. Ses doigts parcourent instinctivement les ivoires. Et le public écoute dans une forme de recueillement.

Il balance quelques mots en français : ‘Ca, c'est bordel ! Bonjour. On continue, ce n'est pas encore fini’. Sans le violoncelle, le mélancolique « The People And I » perd un peu de son charme. On oublierait presque de le signaler, mais Alexis est un fabuleux batteur. Lors des compos les plus puissantes, il affiche un punch impressionnant. Et lorsque Benjamin joue seul, il reste au pied de son estrade, comme s’il entrait en méditation.

Au bout de 60 minutes, Benjamin referme le couvercle sur les ivoires –sans se coincer les doigts– et retourne vers les loges, suivi d'Alexis.

Le public siffle, crie, applaudit. Et un long rappel sera accordé. Un encore au cours duquel Benjamin Clementine va nous réserver le très attendu « London », en sollicitant –enfin– la participation du public. A cet instant, la communion est totale. Et « Nemesis » clôt ce spectacle fascinant, au bout duquel les artistes seront longuement et chaleureusement applaudis.

(Organisation : Ancienne Belgique et Progress Booking)

 

Citizens!

Un antidote à la morosité ambiante du quotidien…

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Pour se rendre à Lille, vu le plan ‘Vigipirate’, il faut s’armer de patience, avant de franchir la frontière. Ce lundi 7 décembre, une bonne heure sera nécessaire pour débarquer outre-Quiévrain. Votre serviteur arrive à l’Aéronef vers 18h45. La salle est en mode club. Ce soir la tête d’affiche est assurée par Citizens ! Le groupe s’était produit en première partie de Mika, le 23 septembre dernier. Et la formation insulaire avait affiché un tel potentiel, qu’il semblait normal d’aller vérifier, lors d’un show ‘full’, si la première impression méritait d’être confirmée.  

Wet Decision est chargé du supporting act. Il y a déjà pas mal de monde pour accueillir le trio nordiste réunissant Amandine Cherie (Paprika Kinski), Diederdas et Poyos (Okay Today). La chanteuse est également préposée aux synthés, et circonstanciellement à la flûte. Les deux autres musicos se consacrent, l’un au synthés et machines, l’autre, casquette vissée sur la tête, aux drums

Féline, Amandine se contorsionne voluptueusement sur les planches. Sa voix est tantôt sensuelle et éthérée, tantôt faite de cris ou de gémissements. Une voix vocodée qui glisse sur des beats électro. La formation semble prendre son pied sur l’estrade et communique sa bonne humeur au public. Ce qui l’incite à danser. Une bonne entrée en matière.

Citizens ! est un quintet londonien réunissant Tom Burke, Lawrence Diamond, Mike Evans, Martyn Richmond et Thom Rhoades. Fondé en 2012, le groupe a été repéré par Alex Kapranos, le leader charismatique de Franz Ferdinand. Il tombe sous le charme de sa musique et décide de produire son album, « Here We Are », qui paraît en mai de la même année.

L’estrade est un peu plus réduite qu'à Forest National. Le band adopte une même configuration, en serrant quelque peu les rangs, vu l’espace restreint qui lui est réservé. Derrière les manettes, on retrouve Laurent D'Herbecourt, responsable de la mise en forme du dernier opus de Phoenix.

Tom est vêtu d’une veste en cuir noir, au dos de laquelle est mentionné le titre du nouvel elpee, « European Soul », paru en avril 2015. Une veste qu’il laissera rapidement tomber, vu la température ambiante. Qu’on pourrait même qualifier d’animale. Au sein de l’Aéronef, on dénombre plus ou moins 300 personnes, totalement acquises à la cause du combo londonien.

Tom salue la foule, dans la langue de Voltaire, idiome qu’il pratique plutôt bien. Il évoque la ville de Lille qu’il a visitée au cours de la journée et nous rappelle, que pour l’instant, il tourne en France.

Dès le départ, le climat est propice à la danse. Amorcé par des percus tranchantes, « It's Was Idiots » ouvre ainsi le bal. Et dans l’esprit de Franz Ferdinand voire d’Arctic Monkeys. De judicieux beats électro stimulent « My Kind Of Girl », un morceau sculpté par deux grattes funkysantes. A deux reprises, il y en aura même trois ; Tom complétant le trio de sixcordistes. Régulièrement, il demande à la foule de lever les bras ou d’applaudir. Pas la peine de le répéter deux fois, l’auditoire est réceptif au quart de tour. Et notamment les filles. Ainsi, lorsque Tom signale que « Waiting For Your Lover » leur est adressé, elle réagissent bruyamment. Faut dire que Burke est un beau gosse. Il s’agenouille même pour « Caroline ». Tom est un fameux entertainer. Il invite un spectateur à monter sur l’estrade pour participer aux percus.

Soignées, les mélodies sont sucrées, accrocheuses, beatlenesques même. Paru en single, « Lighten Up » est une plage plus électro, destinée aux radios ; mais constitue en même temps une nouvelle invitation au dancefloor. Autre single, « Xmas Japan » est aussi coloré que sa pochette. « Trouble » est plus que troublant, il est tout simplement envoûtant…

Tom nous annonce une surprise. En l’occurrence une cover d’« Andy » des Rita Mitsuko. Il n’hésite pas à prendre l’un ou l’autre bain de foule. Ce qui accentue le sentiment de complicité entre le band et le public.

« AreYou Ready » clôt le show. Le band accorde un rappel de trois morceaux, au cours duquel, Tom replonge dans la fosse.

Véritable antidote à la morosité ambiante du quotidien, ce set de Citizens ! a permis de passer un bon moment tout en se vidant l’esprit. C’est déjà pas si mal !

(Organisation : L'Aéronef)

 

 

 

Selah Sue

Pro jusqu’au bout des ongles…

Écrit par

C’est au moins la quinzième fois que votre serviteur assiste à un concert de Selah Sue. Depuis ses débuts. La dernière, c’était fin 2014, au Cirque Royal. Juste avant la sortie de son second long playing. Aujourd’hui, dans le cadre de sa nouvelle tournée, destinée à défendre cet opus, elle se produit à Forest National. Les tentures sont tirées à hauteur du deuxième balcon. Ce qui permet d’évaluer la foule, à 6 000 âmes. Sous cette forme club, c’est donc sold out. Cinq militaires, de nombreux policiers et un malinois rock'n'roll (NDR : il porte un collier fluo) veillent sur notre sécurité, à l’entrée de la salle.

Hydrogen Sea assure le supporting act. Un tandem bruxellois réunissant Birsen Uçar et PJ Seaux. La première se charge des vocaux. Le deuxième est multi-instrumentiste. Le duo planche actuellement sur la suite à donner au premier Ep, baptisé « Court The Dark ». Et ses singles, « Only Oleanders » ainsi que « Wear Out », ont énormément été diffusés sur les ondes radiophoniques. Ce qui lui a sans doute permis de jouer à New York et puis sans doute d’assurer la première partie du nouveau périple de Selah.

Des lumières blues, puis blanches, inondent l’estrade, en début de show ; soit lorsque le trio attaque « In Dreams ». Car c’est sous ce line up que le band se produit sur les planches. Où il forme un triangle, afin d’affirmer sa cohésion. Et c’est la vocaliste –grande, blonde et sexy– qui occupe la pointe de cette figure, le drummer se plantant à droite et le préposé aux synthés et aux machines, à gauche, une gratte électrique à ses pieds.

Tantôt Birsen susurre ses mots d’une manière fragile et mystérieuse, tantôt sa voix devient limpide et puissante, une voix qui colle parfaitement à l’electronica/pop visionnaire et envoûtante dispensée par la formation. Une expression sonore qui doit autant à Massive Attack, Beach House que Little Dragon.

Lorsque le claviériste empoigne sa gratte, c’est pour insérer une boucle dans sa loop machine, afin de pouvoir continuer à balancer ses beats électro. Plus pop, contagieux et sucré, « Before I Go » est balisé par des ivoires. Une cover ? Le « Wandering Star » de Portishead. Et baignant dans un light show de couleur rouge, la version est superbe. PJ brandit son iPhone. En quelques secondes la foule l’imite, l’auditoire s’illuminant d’une multitude de loupiotes. Et l’inévitable tube « Weat Out » clôt le set. Un groupe intéressant à suivre et de très près.

Setlist: « In Dreams », « Murky Waters », « Our Life », « Worry », « Before I Go », « Wandering Star » (cover de Portishead), « Weat Out ».

Gravé en 2011, le premier long playing de Selah Sue est éponyme. Il s'est écoulé à 120 000 exemplaires en Belgique, 1 000 000 à travers le monde, et a décroché 6 disques de platine. Paru cette année, « Reason » a bénéficié du concours de deux producteurs notoires, en l’occurrence le Danois Robin Hannibal (Little Dragon, Kendrick Lamar) et le Suédois Ludwig Göransson, connu pour son travail opéré auprès du trio pop HAIM ou encore du rappeur américain Childish Gambino. Les sessions se sont déroulées au sein de différents studios. D’abord en Belgique, mais également en Angleterre (Londres), en Jamaïque et aux States (Los Angeles).

Coiffée de son emblématique chignon, vêtue d’un chemisier blanc et d’un pantalon en cuir noir, elle monte sur l’estrade précédée de ses musiciens et de deux choristes. Qui ont un fameux coffre ! Et c’est parti pour un show à l’américaine… A cause du light show, bien sûr. Particulièrement soigné, il est truffé de spots, de lasers et de leds susceptibles de vous en mettre plein la vue. Mais il est destiné à mettre en exergue les artistes sur le podium.

« Alive » ouvre le set. Selah n’a pas encore empoigné sa gratte. Elle s’exprime également à l’aide de ses mains. Ses déhanchés sont sensuels mais étudiés et s’adaptent langoureusement à la musique. « Reason » s'étire sur plus de 10 minutes. De quoi permettre à chaque musicien de se réserver son solo. Puis chaque couche va se superposer afin de s’achever par un bel ensemble, au bout duquel les choristes vont s’associer, avant que Selah ne le ponctue, d’une voix autoritaire. La musique est tour à tour couverte de nappes électro/soul, parsemée de langueurs trip hop ou stimulée par des cascades de beat house…

Pendant « Black Part Love » et « This World », les musicos se dandinent. Pas de cuivres cependant, mais une plus large plage laissée aux chœurs. En toile de fond, l’image de la voie lactée est projetée. Salah Sue présente sa cover du « Blame » de Calvin Harris, en trois langues. Une version quasi-acoustique au cours de laquelle elle avance les mains, un peu comme feu Joe Cocker. L’intro de « Falling Out » est percussive. Selah en profite pour se désaltérer, puis reprend le micro en empruntant un timbre soul, bien soutenue par ses deux choristes. La toile sise en arrière plan ondule, et laisse apparaître l’image de Mrs Sue, jusqu'au plafond.

Hormis le concours discret de son guitariste, « Time » est interprété ‘unplugged’. La température commence à grimper. Les spectateurs jumpent, applaudissent, chantent et allument régulièrement leurs portables. Une belle interactivité s’installe entre l’artiste et son public tout au long d’« Alone » et de « Raggamuffin ». Selah lui tend le micro qui reprend en chœur le refrain. Après le plus drum&bass « Together », le set nous entraîne vers les plages de Kingston, un trip illustré à travers un « Crazy Sufferin' Style » d'anthologie.

Lors du rappel, un quatuor à cordes (3 violonistes et un violoncelleliste) vient rejoindre la troupe. Qui participe activement au ténébreux « Fear Nothing ». Et le spectacle de s’achever par « Right Where I Want You », les mélomanes regagnant leurs pénates, des mélodies contagieuses plein la tête…

On sent qu’au fil du temps, Selah a acquis de l’expérience. Elle est de plus en plus à l’aise avec ses fans. Et parvient à dompter ses émotions. Faut dire que depuis ses débuts, elle a accordé plus de 600 concerts. Elle est devenue une professionnelle jusqu’au bout des ongles. Ce qui explique aussi pourquoi, elle est aujourd’hui capable de remplir des salles d’une capacité semblable à celle de Forest National…

(Organisation : Live Nation)

Do or Die

Une tornade de décibels !

Écrit par

Ce soir, l'Alhambra va vibrer. Dans la cité du Doudou, il y a du lourd et du très lourd qui se prépare. L’un des plus vieux groupes de punk/hardcore belge (17 ans d'existence) se prépare à monter sur les planches pour la ‘release party’ de son nouvel album, « Crows ». C’est son septième. Des elpees que la formation publie tous les deux ans. A une cadence métronomique. Il y a déjà pas mal de monde à l’intérieur, mais également devant la salle, pour accueillir le band montois. Et dès le début du spectacle, l’Alhambra est blindée. Faut dire que le Borinage est un terreau fertile pour cultiver le métal…

Stand For Truth assure le supporting act. Il réunit d’anciens membres de Do or Die et des musicos tournaisiens. Un des gratteurs affiche de magnifiques tatouages sur les jambes. Les autres, sur les bras. Leur seul album, « The Game Is Over », est paru en 2013. Le line up implique un chanteur (Angelo), deux guitaristes (Etienne et Délo), un bassiste (Goran) et un drummer (Guillaume). Le style ? Du metalcore orienté 90’s.

Passé l’intro, SFT attaque une nouvelle compo, « Fear Is A Liar. Le chanteur invite la foule à s’approcher du podium. Et à force d’insister, il est exaucé. L’auditoire est partagé entre jeunes et moins jeunes. Souvent superbement tatoués. On croise quelques motards vêtus de cuir, également.

Les deux guitaristes et le bassiste sont montés sur des ressorts. Ils sautent sur l’estrade, de long en large, comme de kangourous. Et le vocaliste n’est pas en reste. Des ‘round circles’ se forment déjà au sein de la salle.

Le son est puissant. Un peu trop au goût de votre serviteur. Qui, bouchons bien fixés dans les oreilles, bat en retraite jusqu’au fond de la fosse. Quoique hurlé, le chant est mélodieux. « Survivors », un extrait du premier Ep, est attaqué sur les chapeaux de roues par le drummer, poursuivi par les riffs dévastateurs, dignes du thrash metal, des sixcordistes. Deux nouvelles compos : « I Can't Breathe » et « Hopeless ». « The Game Is Over » est un titre particulièrement nerveux alors qu’« Injustice For All », extrait de l'Ep, lorgne vers Machine Head.

Une première partie qui a bien rempli son rôle et a chauffé le public, juste à point, pour accueillir Dor Or Die.

Setlist : « Intro », « Fear Is A Liar », « Survivors », « I'll Make You Pay », « No Guts No Glory », « Engraved », « The Game Is Over », « Hopeless », « I Can't Breathe », « Carrion Feeders », « Injustice For All ».

Reconnaissant pour influences majeures Machine Head, Sepultura, Slayer, Pantera, Metallica, Madball et Cannibal Corpse, Do Or Die est un sextuor réunissant les vocalistes Chris Michez et Stéphane Frocheur, les gratteurs Greg Chiarenza ainsi qu’Arnold Cornu, le bassiste Filipe Dos Santos Mendes et enfin le drummer Jonathan Chianrenza. « Crows », son dernier LP, a reçu le concours de Mike Doley (Channel Zero) à la mise en forme.

Chris est un fameux showman. Chaussé d’espadrilles noires –pour ne pas chopper de cor aux pieds– est un autre homme sur les planches (NDR : il bosse dans l’équipe de l'Alhambra). Viril, son chant est hurlé, alors que Stéphane va plus loin dans les graves. Ils sont donc deux à s’époumoner, mais dans des registres différents. Do or Die, est une véritable machine de guerre. Un carnage ! Le sol tremble. Au bord de la rupture, le volume sonore est constamment dans le rouge. Une tornade de décibels ! Même que Prodigy est un cran en dessous. Les guitares libèrent des sonorités graisseuses et écrasantes. Le batteur tape sur ses peaux comme un malade. Les ‘round circles’ éclatent à nouveau, mais bien plus intensément. Avant d’attaquer « Bunker Hill Blues », un blues qui arrache, Chris demande aux premiers rangs de les resserrer. Il doit y avoir 300 spectateurs dans l’Alhambra.

Bref, votre serviteur est à nouveau renvoyé au fond de la classe. Là, c’est supportable. « Crows », titre maître du dernier elpee, s’ouvre par des cris de corbeaux. Il n’y pourtant ni corvidés ni âme gothique dans la fosse. Et pour terminer le show, Chris parvient encore à faire monter la pression d’un palier. En invitant pas mal d’aficionados sur les planches. De quoi terminer le set en beauté. Classique du band, « Bella Famiglia », n’a pas été oublié, juste avant une superbe cover du « Roots Bloody roots » de Sepultura. Car finalement, toutes les nouvelles compos du septième long playing ont été interprétées, ce soir, devant un auditoire, manifestement ravi. Hormis un fou furieux qui s’est sans doute brisé un membre, dans l’assistance. Il sera d’ailleurs évacué en ambulance…

Setlist : « Off With Their Heads », « Bella Famiglia Soldiers », « Bunker Hill Blues », « True Blood », « You Fucked As Once We Gonna Kill You Twice », « Breathe At Last », « Blood On The Grass », « Revenge Is Justice », « Breakthrough », « Pray For Them », « Crows », «  Sunday Warriors », « One Life One Crew », « Bella Famiglia Soldiers », « The Meaning Of Honor », « Roots Bloody Roots ».

(Organisation : Alhambra)

Omar Souleyman

Bien loin de la guerre civile en Syrie… quoique…

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En arrivant à l’Ancienne Belgique, on remarque immédiatement la présence de 5 militaires et de 10 policiers. Sécurité oblige ! Après la fouille de circonstance, votre serviteur débarque dans l’AB, réduite en mode Box. Il est arrivé le premier, et se retrouve seul dans la salle. Ce soir l’affiche propose Gerd De Wilde ainsi que Kirsten Lemaire et Linde Merckpoel comme supporting act. Omar Souleyman constituant la tête d’affiche. Il a gravé un nouvel opus, intitulé « Bahdeni Nami », en juillet 2015, un disque pour lequel il a reçu, notamment, le concours de Four Tet, Gilles Peterson, et Modeselektor4.

Barbu et chaussé de lunettes, Gert De Wilde fait face à une immense table, devant ses platines. Tout en mixant, il se restaure discrètement. La musique dispensée baigne dans une électro, ma foi fort classique ; quoique de temps à autre, il glisse un morceau plus arabisant. Bonne idée, un morceau, c’est ce dont votre serviteur a besoin. Aussi après un quart d’heure, il s’éclipse momentanément pour aller casser la croûte…

‘Les Plaisirs d'Hiver’ sont ouverts. Piétonnier oblige. C’est à deux pas de La Bourse. L’endroit est propice pour manger et boire un coup sur le pouce. Une petite tartiflette et un vin chaud plus tard, retour à l'AB.

Changement de Dj's, deux filles sont derrière les manettes. Il s’agit de Kirsten Lemaire et Linde Merckpoel. Et s’y trémoussent. Il y a maintenant une dizaine de personnes dans la salle. Il faudra d’ailleurs attendre 21 heures, avant qu’elle ne soit sold out ; horaire prévu pour le début de set d’Omar Souleyman.

Geert récupère les platines et commence à faire monter la pression en diffusant une musique élctro davantage orientaliste. Les spectateurs commencent enfin à réagir…

Omar Souleyman est né en 1966, à Tel Amir, un village situé dans le nord-ouest de la Syrie. Il entame sa carrière dès 1994, en animant les mariages de sa région, accompagné par de nombreux musiciens. Par tradition, ses prestations sont enregistrées, offertes aux mariés et ensuite revendues localement. Omar aurait donc réalisé entre 500 et 700 cassettes. Sa notoriété commence à dépasser les frontières de son pays, en 2004. Lors d'un voyage opéré en Syrie, Mark Gergis, un musicien californien, découvre sa production, et publie en 2007 une compilation baptisée « Highway To Hassake », sur son label Sublime Frequencies. C'est alors le début du succès international pour Omar. Depuis le début de la guerre civile, il a émigré en Turquie.

Omar propose une version moderne de la Dabka traditionnelle. Il est accompagné d’un seul musicien, Rizan Said, d'origine turque. Deux synthés sont plantés au milieu du podium. Toutes les sonorités, même celles de l’oud, du bendi (clarinette arabe) et de tambourin ont été synthétisées.

Pendant la petite intro, des filles commencent à s’égosiller. On entend aussi Omar qui chante déjà, depuis les loges. Le préambule terminé, il monte sur l’estrade vêtu d’une djellaba brune et coiffé d'un keffieh à damiers rouges. Il est chaussé de grosses lunettes fumées (qu'il ne quittera jamais) et porte la moustache. Il tient son micro à la main. Il déambule de gauche à droite et incite l’auditoire, à l’aide de gestes, à applaudir et à danser. A gauche du podium, on remarque la présence d’un jeune homme de grande taille, qu’Omar semble bien connaître. Et pour cause, avant le show, les deux personnages se sont entretenus. Il l’invite à le rejoindre sur les planches. Ce grand garçon a empoigné sa croix et sa chaîne en or avant d’entamer quelques pas de danse endiablées. A deux reprises quelques grappes de spectateurs vont également grimper sur la scène. Avec la bénédiction du service de sécurité. Sourire aux lèvres, Omar semble apprécier. Il s’autorise même quelques selfies auprès de ces danseurs improvisés. La pression monte de minute en minute. Elle va s’achever par une véritable hystérie. Même que votre serviteur s’y est associé.

Parmi les titres les plus notoires, on épinglera « Warni Warni », « Bahdeni Nami », « Salamat Galbi Bidek», « Wenu Wenu », « Leh Jani », des compos qui vont très souvent jouer les prolongations pour le plus grand bonheur d'un public multiculturel et multiracial. Pas mal de néerlandophones assistaient au concert ; et manifestement, ils semblaient apprécier la musique sucrée, jouissive et colorée de Souleyman. Lors du dernier titre de ce spectacle, 3 groupes de spectateurs sont à nouveau parvenus à envahir le podium. Pour y danser. Un moment de feu qu’Omar a boosté à coups de 'Yalla' (Trad : ‘allez !’), dans une ambiance digne de la farandole…

Malgré le chant en langue arabe –auquel votre serviteur ne comprend strictement rien– on a assisté à une belle communion entre le public et l’artiste. Il y a d’ailleurs longtemps que je n’avais plus assisté à de tels envahissements de scène. Cinquante minutes de set. C’est court, mais excellent. Et sans la moindre baisse de régime. Mais en même temps, j’ai l’impression d’avoir découvert une Syrie chaleureuse, souriante, dansante, aimant la joie de vivre. Qui sait faire la fête à la musique et aux être humains. Ce peuple ne mérite pas une telle guerre civile…

(Organisation : Ancienne Belgique)

Texas

Partage de musique en famille…

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Texas fête ses 25 années d’existence en 2015. Il en a d’ailleurs profité pour publier un nouvel album, en février dernier. Il s’intitule tout simplement « Texas 25 ». Sa nouvelle tournée européenne transitait donc par le Lotto Arena d’Anvers, pour un show de plus de 140 minutes. La salle n’est pas sold out, mais bien remplie quand même. Les portes s’ouvrent vers 18h30. Pas de supporting act.

Prévu pour 20h30, le concert accuse 10 minutes de retard. Impatiente, la foule crie, applaudit ou siffle. La star se fait attendre… Les lumières s'éteignent enfin, et Miss Spiteri débarque sur l’estrade armée d’une gratte semi-acoustique de teinte noire. Comme ses cheveux, aux reflets de jais. Mais aussi sa veste, qui recouvre un pull marin à rayures horizontales de couleur rouge. La star focalise déjà tous les regards. Normale, car elle est alors seule sur l’estrade. Le set s’ouvre par « Start A Family ». Intimiste, délicate et empreinte de douceur, cette nouvelle compo figure sur le dernier opus.

La chanson terminée, les autres musicos grimpent à leur tour sur les planches. Il y a deux drummers, dont Neil Payne. Le mari de Sharleen, Johnny McElhome (NDR : c’est également le compositeur) se charge de la basse. Michael Bannister est préposé au piano et aux backing vocaux. Ces trois derniers, et tout particulièrement le dernier, se consacrent aussi aux claviers. Un line up complété par deux gratteurs, Ally McErlaine et Tony McGovern.

Pendant « Halo » (« White On Blonde »), Sharleen arpente le podium de long en large. Elle amorce quelques pas de danse. Souriante, elle nous ouvre les bras. Entre chaque chanson elle s’adresse au public, d’un savoureux accent écossais. Elle l’incite à s’investir et tout particulièrement, celui installé au balcon. « The Conversation » est un titre de circonstance. Sharleen a des bouffées de chaleur. Et nous aussi. Elle laisse discrètement tomber sa veste, au pied des fûts.

Lorsque le band attaque « Thrill Has Gone » et « Everyday Now », deux plages issues de l’elpee « Southside » (Trad : côté sud !), un disque paru en 1989, on se remémore que le groupe a toujours été fasciné par le Sud des States. D’ailleurs son patronyme s’inspire du film ‘Paris, Texas’, de Wim Wenders. Trois grattes –deux électriques et l’acoustique pour Sharleen– alimentent « Thrill Has Gone ». Sharleen aborde ensuite une autre compo, derrière le piano, soutenue par le Hammond.

Elle a empoigné une sixcordes de couleur noire (NDR : of course !) lors de « Detroit City » (« The Conversation »). Pas de cuivres, cependant. Dommage ! Cependant ravi, l’auditoire applaudit.

Tendre, « In Demand » est un morceau plus acoustique. Elle invite le public à reprendre le refrain en chœur. Et ça marche ! Chauffé à blanc, le band entame une série de hits : « Southside », « I Don't Want A Lover », « When We Are Together », « In Our Lifetime » et « Insane ». 120 minutes viennent de passer comme une lettre chez Bpost. L'âme de Gainsbourg hante « Guitar Song ». Un bel hommage…

Sharleen déclare qu'il est temps de retourner chez soi. Le public n'est pas content. Elle demande alors s’il en veut encore. Vous connaissez la réponse. La formation aligne alors « Summer Son », « Black Eyed Boy » et « Say What You Want », moment choisi par l’auditoire pour souhaiter un ‘happy birthday’ à Texas, tout en l’ovationnant chaleureusement, pendant de très longues minutes.

Un rappel ? Bien sûr. Au cours duquel le combo nous réserve « Inner Smile », un autre brûlot qui relance la machine. Et l’apothéose sera atteinte par « Suspicious Minds  », une compo signée Mark James, qu’Elvis Presley avait traduite en tube. Pour ce soir, votre serviteur avait entraîné son fiston. Il a quand même 18 ans ; mais à la fin du show, il m’a confessé : ‘Papa, génial, j'ai passé un bon moment ; et puis la chanteuse est top et sexy’ (NDR : elle pourrait être sa mère). Une bonne manière de partager la musique en famille…  

(Organisation : Live Nation)

Voir aussi notre section photos ici 

Mass Hysteria

Une messe hérétique responsable d'une hystérie collective…

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Bravant héroïquement le niveau trois d’alerte terroriste, le public belge s’est déchaîné corps et âme, suite à l’appel des furieux Mass Hysteria. Leur « Matière Noire » sous le bras (NDR : 8ème LP studio fraîchement sorti le 23 octobre dernier), les Français n’ont pas failli à leur réputation : ils ont mis le feu. Retour sur cette soirée liégeoise haute en sueur, décibels et autres moshpits.

Initialement programmé le samedi au Centre Culturel de Chênée, mais reporté le lendemain suite à des problèmes d’infrastructure, c’est finalement en plein cœur de Liège que s’est déroulé le show. Un changement de date qui a malheureusement évincé les Stoners de Deep Show, de l’affiche. Dommage ! C’est par ailleurs un choix cornélien qu’ont dû poser les Metalleux de Belgique en cette soirée pluvieuse : Sylosis/Children of Bodom à Courtrai ou Libertas Gentes/Mass Hysteria à Liège ? Quoi qu’il en soit, dans le Nord du pays, bon nombre d’aficionados ont visiblement bravé le crachin national afin de remplir comme il se doit la petite salle du Reflektor. En témoignent le niveau de chaleur et le taux d’humidité rapidement atteints entre ces quatre murs ; d’ailleurs on n’était pas très loin du sold out. Autre constat : en vingt-deux années d’existence, Mass Hysteria a pu toucher quelques générations, rameutant désormais autant de tempes grises que des plus jeunes en crise. Autant dire un public aux tranches d’âge variées, les old school de l’époque du « Bien-être et la Paix » rejoignant les nouvelles recrues fraîchement contaminées par la « Matière Noire ».

Tout brasier nécessitant toujours une étincelle, c’est aux Liégeois de Libertas Gentes qu’est confiée la lourde tâche de l’allumer. Un pari audacieux, vu le style proposé, soit un Hip-Hop doublé d’une carapace de Rock dur au sein duquel militent les musiciens. Outre quelques inconditionnels acquis à leur cause et donc réceptifs dès les premiers riffs, les spectateurs, d’abord perplexes et sur la défensive, vont se laisser progressivement emporter par le flow enivrant du quintet. Affichant un certain charisme, le duo vocal formé par Mangouste et Alihyene va même réussir à arracher à la fosse quelques pogos et levées de bras au rythme de leurs morceaux. Une bonne entrée en matière, pourtant pas gagnée d’avance.

A peine le temps d’aller se rafraîchir qu’un grand backdrop (de la largeur de la salle !) est déplié à l’arrière de la stage. Le logo de Mass Hysteria envahit désormais cet espace, seul et unique artifice visuel du groupe. Après quelques vérifications usuelles des instruments, les lumières s’éteignent enfin. L’auditoire commence à vociférer. Le thermomètre grimpe encore de quelques degrés. Sans doute stressé par le bruit d’un incessant tic-tac, l’assistance, impatiente, finit par applaudir. Baguettes en l’air, Raphaël Mercier, acclamé par la foule, prend place derrière son kit de batterie. Yann Heurtaux, guitariste des premiers jours, déboule à son tour sur l’estrade, son impressionnante carrure dominant le panorama, suivi de près par Vince Mercier à la basse et Frédéric Duquesne à la seconde gratte. L’occasion pour ce dernier de se présenter (NDR : il remplace Nicolas Sarrouy, qui a quitté le combo cet été). Une présentation cependant toute relative, car Frédéric est loin d’être un inconnu de la scène Rock/Metal, puisqu’il sévit encore chez Bukowski, après s’être forgé une belle expérience chez Watcha et Empyr.

Deuxième salve de clameurs lorsque déboule finalement Mouss Kelai, frontman charismatique du band, agrippant le pied de son micro et le brandissant vers la fosse, procurant aux badauds l’opportunité d’expulser vocalement la tension contenue jusqu’alors. ‘Bonsoir Liège ! Oufti !’ braille-t-il sous les hurlements et les premiers riffs de « Tout doit disparaître ». La course folle est lancée, il n’en faut pas moins pour faire jumper le peuple, déjà acquis à sa cause avant même qu’une note n’ait pu résonner.

On peut résumer la prestation de ce soir à une heure et demie de folie. Il faut dire aussi que la setlist était explosive : « World on Fire », « P4 », « Pulsion » ou encore « Une somme de détails », autant de titres qui ne peuvent que communiquer la fièvre au sein du public local. Confiant en coulisse qu’il se sentait un peu grippé, Mouss paraît néanmoins en belle forme ce dimanche, peut-être revigoré par ces quelques verres de vin chaud avalés juste avant sur la place de la Cité Ardente... Fidèle à lui-même –y compris quelques cafouillages concédés de temps à autre dans les paroles– le frontman est parvenu à maintenir cette tension frénétique tout au long des vingt titres du set. Le public, déchaîné, ne cesse de se lancer dans des pogos ou de monter sur le podium afin de se relancer aussitôt dans la foule. Problème : il n’y a qu’une cinquantaine de centimètres entre les barrières Nadar et la scène. Impossible de s’en rendre compte dans l’obscurité. Conclusion, les acrobaties provoquent rapidement de multiples éraflures et/ou chutes. Sans compter les quelques stage divings ratés, finissant dès lors tête la première sur un sol maculé de bière. ‘Oh mec, ça va ?’ lance Mouss à un fan fraîchement tombé. ‘Ah merde, tu saignes de la tête ! Y a des secours ici ?’, poursuit-il, précédé de Vince, le bassiste, ôtant son t-shirt afin d’en faire un bandage de premier secours. Mais plus de peur que de mal, et l’alcool aidant peut-être, l’éclopé semble plutôt bien s’en sortir. Ambiance, je vous le disais.

Cette soirée constitue également l’occasion de découvrir quelques nouvelles cartouches issues de « Matière Noire ». En veux-tu, en voilà : plus d’un tiers du show lui sera consacré. Et quel bonheur ! Ces dernières compositions, interprétées en live, dévoilent dès lors tout leur potentiel de puissance. « Chiens de la casse », morceau d’ouverture du dernier album, explose littéralement, stimulé par une batterie se muant pour l’occasion en un rouleau compresseur corrosif. Vous avez survécu ? Tant mieux, vous reprendrez donc bien une ou deux bonnes claques. Elles seront assénées par « Vae Soli » et « Vector Equilibrium » ! Une soirée forte en émotions, où l’exutoire et le déchaînement ont néanmoins fait place nette au recueillement après quelques morceaux. ‘Nous dédions ce morceau à toutes les victimes du vendredi 13. A Paris, à tous nos amis qui s’en sont sortis ainsi qu’aux autres…’, confie Mouss, la voix chargée d’émotion. Il repose son micro sur son pied et agrippe fermement ce dernier tout au long de « L’enfer des Dieux ». Yann semble vivre chaque note qu’il tire de ses cordes de guitare  Les visages des artistes sont durs, fermés et visiblement marqués par les évènements. C’est le point levé qu’ils achèvent le morceau, ponctué d’applaudissements retenus et empreints de respect.

Après deux décennies de carrière, le band hexagonal peut se targuer d’un répertoire plutôt large. C’est par l’option old school qu’il a ce soir décidé de finaliser sa prestation. ‘On va vous jouer un morceau du siècle dernier... retour en ’99 !’ clame le chanteur avant de balancer « Contraddiciton ». Un retour dans le passé qui parvient à faire monter la température d’un nouveau cran, tout au long de « Donnez-vous la peine » et « Respect to the Dancefloor », deux plages issues du premier LP, gravé en 97, un disque composé et enregistré à Liège. Le clin d’œil méritait donc d’être souligné… Après l’hymne consacré à l’honneur des mélodies au triton, « Plus que du Metal », c’est par le sacro-saint « Furia » que Mass Hysteria met fin à sa messe hérétique. Les derniers survivants finissent à genoux. Quelle que soit l’énergie initiale, tout le monde finit lessivé par la tornade française. On vous avait prévenu : les Furieux sont des bêtes de scène et ont la fâcheuse réputation de mettre un beau boxon. Ce soir, à Liège, ils en sont sortis vainqueurs. Une fois de plus.

Setlist : Tout doit disparaître - World on Fire - Chiens de la casse - Notre complot - Une somme de détails - Babylone - L'Enfer des Dieux - Vector equilibrium - P4 - Failles - L'Archipel des pensées - Vae Soli - Tout est poison - Pulsion - Positif à bloc // Rappel : Contraddiction - Donnez-vous la peine - Respect to the Dance Floor - Plus que du métal – Furia

(Organisation : Les Fruits de la Passion - Concert Promotion ASBL)

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