La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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Bénabar les regarde danser…

Bénabar est de retour et nous propose un nouveau single intitulé « Elles dansent », un titre fondamentalement pop, joyeux et émouvant, qui raconte une histoire de famille ou d’amis dans laquelle chacun pourrait se reconnaître : un moment de joie et de liberté…

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Kreator - 25/03/2026
Gavin Friday - Het Depot
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Mountain Bike

Une fin d’étape bien arrosée…

Moutain Bike se produisait ce samedi 8 avril 2017 au Salon, à Silly. Il avait mis le grand braquet pour présenter son second excellent opus, « Too Sorry For Any Sorrow ». Et pas lors d’une balade réservée aux cyclotouristes, mais bien pour grimper sur le podium, et si possible sur la première marche. Faut dire que les cyclistes en ont sous la pédale et comptent plus de 200 épreuves à leur actif… Une centaine de spectateurs sont venus applaudir ces grands sportifs… 

Joy As A Toy assure le supporting act. Ce quatuor bruxellois réunit le drummer Jean Philipe De Gheest (Creature With The Atom Brain, Mark Lanegan band, Cheresse), Gilles Mortio (basse, chant, clavinette) ainsi que deux nouveaux, David Picard (Applause, Orchestre du Belgistan, Vismets) et Lola Bonfante. A ce jour, le combo a publié trois elpees : « Valparaiso », « Dead As A Dodo » et « Mourning Mountains ». Coproduit par l’ex-Metal Molly Pascal Deweze et Gil Mortio, ce troisième LP est paru en décembre dernier. Et ce soir, la formation va nous en réserver de larges extraits.

La formation est disposée en carré. Les deux synthés se font face. Le drummer, au bassiste. Une bonne manière de renforcer la cohésion. En début de set, le son est bien trop puissant. Et s’ouvre par deux anciens morceaux, « Action Love» et « Zombie Safari », dont le bal des vampire sert plutôt à rassurer les fans. Les claviers sont trop envahissants. Il faut attendre « Cowboy Mode » pour que la six cordes sont bien distincte, lors d’une envolée prog rock exaltante, ponctuée de voix atmosphériques. Les claviers reprennent le pouvoir tout au long de « Misbehave ». Mais sous une forme expérimentale. « Ghost Train » nous entraîne dans l’univers du jazz/rock. Les accords de gratte et les sonorités d’orgue Hammond (?!?!) s’y imposent naturellement. Instrumental et cérébral (NDR : ça rime !), « Hispsters Of The Apocalypse » prend littéralement son envol, grâce notamment aux harmonies vocales aériennes. « Subway To Your Brain » (« Dead As A Dodo ») s’enfonce dans le délire psychédélique. Et le show de s’achever par « Vidéo Game » et « Home », deux compos –apparemment– inédites…

Place ensuite aux cyclistes. Qui refusent de servir de porteurs d’eau. Donc, réclament du jus de houblon au bar. Mais le patron doit mettre un frein à leurs revendications. Le contrôle anti-dopage guette…

Fondé en 2012, le line up de Mountain Bike implique Kinkle (chant, guitare), June Moan (guitare, chant), Billie Joe (basse et chant) ainsi que Nerveux (batterie). Le ‘lead vocalist’ ne roule plus en slip kangourou ; il a tout simplement enfilé un jeans. Et ne porte plus sa vareuse jaune ou orange.

Le quartet puise manifestement son inspiration chez Strokes, Ty Segall, Beck, Deerhunter et Grandaddy. Son rock garage nerveux et déjanté, mais parfaitement maîtrisé, est impeccablement illustré par les morceaux de ses deux premiers opus. Eponyme, le premier avait été boosté par le single « I Lost My Hopes In Paradise ». Et le deuxième, « Too Sorry For Any Sorrow », suit un même parcours. Sans changement de plateau. La set list va enchaîner les titres de ces deux long playings. Les cordes de guitares peuvent se révéler atmosphériques. Les percus vous pénètrent insidieusement. Le lead vocal est à la fois mordant et métallique. Les cyclistes brillent sur la route. Ils mouillent leur maillot. Il y libèrent une fameuse dose d’énergie communicative. Et pas de coup de pompe ! Faut dire que les pistes sont chargées de testostérone. Ce qui remue les tripes de l’auditoire. Parfois l’expression sonore se teinte de nuances hawaïennes. Ou lorgne vers la pop. Lors du rappel, le band va nous réserver un percutant « Got Power ».

Mais la course n’est pas finie. Elle va s’achever au bar. Où les vedettes vont se désaltérer. Au sein d’une ambiance particulièrement conviviale. Manifestement, ils ont une fameuse descente. Même que l’organisateur de l’épreuve va devoir faire appel à ‘Bob’ pour ramener les coureurs et leur staff, à bon port…

(Organisation : Silly concerts ASBL)

An Pierlé

An Pierlé vaut bien mieux qu’une messe…

Magique, sublime et mystique ! Les superlatifs ne manquent pas pour décrire « Arches », le dernier opus d'An Pierlé, paru chez PiaS. La chanteuse gantoise l'a enregistré dans une église ; c'est donc tout naturellement au sein d’édifices religieux qu'elle a choisi d’accorder les concerts de sa tournée. Non seulement l'atmosphère y est propice mais surtout, elle peut se servir des grandes orgues, omniprésentes dans ses dernières compositions. A Mons, comme d’habitude, le podium a été dressé à l'arrière du bâtiment, en dessous de ces orgues.

A 20 heures précises, An Pierlé apparaît au jubé. Il fait encore jour et sa silhouette gracile se détache devant les vitraux qui scintillent de milles couleurs. Elle entame « I Feel For The Child », le titre qui ouvre « Arches ». Quelques claquements de doigts et le son des orgues ainsi que la voix nous transportent d'emblée dans une dimension mystique. L'artiste se tient devant la balustrade. Elle est habillée d'une cape noire recouverte d'étoiles scintillantes. Le break incrusté au milieu de la chanson est d'une intensité et d'une puissance incroyables. ‘And you drown yourself in silence...’ Enfin, la chanson se termine comme elle a commencée, en douceur, a capella.

S'ensuit un tonnerre d'applaudissements. Le public, qui occupe complètement la nef centrale, est déjà conquis. Dans la foulée, An Pierlé entame « Road To Nowhere », un inédit de « Cluster », le mini album qui formera la seconde partie du diptyque « Arches/Cluster ». Au moment du final instrumental, elle descend pour rejoindre son groupe. On y reconnaît son partenaire à la scène comme à la ville, Koen Gisen (guitare, saxophone, percussions). Les deux chanteuses, Aline Goffin (qui remplace temporairement Loesje Maieu) et Kaat Hellings, sont plantées de part et d'autre d'An Pierlé ; elles créent des harmonies vocales d'une extraordinaire délicatesse tout en se consacrant aux claviers et aux percussions. Autre pièce maîtresse du band, bien sûr, l’organiste, Karel De Wilde.

La setlist est principalement constituée de titres issus d'« Arches », notamment « Certain Days », « Vibra » et « There Is No Time », mais l’artiste flamande nous replonge un peu dans son passé pour revisiter de superbe manière « How Does It Feel ». Si les chansons invitent à la mélancolie, voire à l'introspection, les intermèdes sont, eux, carrément hilarants. Elle multiplie les blagues, comme si elle voulait détendre l'atmosphère. Et son humour fait mouche. Dans un français presque parfait, elle présente ainsi Koen Gisen comme ‘la femme à barbe’. Plus tard, elle demande si quelqu'un ne souhaite pas profiter du cadre solennel pour faire sa demande en mariage. Et que dire de ce moment où elle propose aux photographes de la rejoindre sur scène pour photographier un public qu'elle invite à poser, debout dans une extase religieuse. On se souvient qu’au cours d'un autre concert, lors d'une interruption causée par un problème technique, elle avait chanté « Petit Papa Noël », a capella. Selon ses propres mots : ‘Voilà, maintenant, vous connaissez la véritable nature de l'artiste’. Génial !

Mais le moment le plus marquant du concert est atteint lors de « Birds Love Wires », le morceau phare du nouvel elpee. La mélodie est captivante et séduit dès la première écoute. Une ambiance romantique, médiévale, enveloppe la compo, qui chaloupe... sensuellement. Quand les orgues viennent souligner la partie plus 'dark', en milieu de parcours, des frissons nous parcourent l'échine et notre gorge se serre. Nous sommes tétanisés, comme crucifiés par une telle beauté. An Pierlé frappe sur son synthé/piano et quand elle a les yeux fixés vers le haut, sa posture est quasi christique.

On épinglera également les superbes jeux de lumière qui exploitent à merveille l'architecture de l'église. Les faisceaux viennent jouer sur les voûtes et l'effet est féerique. Au fil des harmonies gothiques, on peut apercevoir l'ombre de Lisa Gerrard qui ondule dans les travées…

Les deux autres inédits, « Sovereign » et « Bedroom Dust », sont superbes et empruntent une direction un peu plus expérimentale, plus brute. Enfin, l'épique « Changing Tides », issu d'« Arches », clôture en force le spectacle. Un tambour martial emmène la composition dans une farandole enivrante, qui débouche sur une harmonie finale époustouflante à trois voix. Le public, qui avait jusqu'alors écouté respectueusement, voire religieusement', se lève et les applaudissements fusent de toutes parts.

Pour le premier rappel, les trois chanteuses montent sur la tribune des orgues pour attaquer « Cold Song », une reprise de Klaus Nomi qui, lui, s'était inspiré du « What Power Art Thou » de Purcell. An Pierlé redescend ensuite sur le podium et, fidèle à son caractère fantasque, improvise alors un chant religieux en s'accompagnant à l'orgue mais surprise, elle adapte les paroles comme suit : ‘Si vous avez aimé le concert, vous pouvez nous emmener avec vous, sous la forme d'un... CD !’

Elle prend enfin congé sur une reprise époustouflante de « Such A Shame », le classique de Talk Talk. Il ne faut pas oublier que ce groupe anglais est une de ses références majeures ! L’approche est ici minimaliste : juste quelques notes de piano et les voix. La grande classe.

En conclusion : An Pierlé a de nouveau réussi à séduire un public nouveau, manifestement peu féru de concerts rock. C'est ce qui est remarquable dans la démarche de cette tournée « Arches » : elle introduit un public disons 'classique' à une musique indie 'dark', presque 'gothique'. En incorporant dans sa pop une dimension mystique, notamment grâce aux orgues, l'artiste a visiblement touché une corde universelle...

Rendez-vous le 23 mai à l'Eglise de Laeken, dans le cadre des Nuits Botanique, où l'artiste dévoilera son nouveau disque, « Cluster ».

Pour lire l'interview d'An Pierlé, c'est ici

Pour écouter l'émission spéciale WAVES consacrée à « An Pierlé », c'est

Setlist:

Feel for the Child
Road To Nowhere
Vibra
How does it feels
Birds Love Wires
The Road Is Burning
There Is No Time
Sovereign
Bedroom Dust
Dragon JM
Changing Tides

Encore:

The Cold Song
Such a Shame (Talk Talk cover)

Photo 'live' : Gregory Lécrivain

(Organisation : Mars - Mons Arts de la Scène)  

Lisa Hannigan

Beau, atmosphérique et intimiste à la fois

Écrit par

Votre serviteur avait eu le bonheur de découvrir Lisa Hannigan sur ses terres (NDR : au Vieux-Moulin d’Ecaussinnes), en supporting act d’Oscar And The Wolf, quatre ans plus tôt. Et il attendait impatiemment son retour. Aussi, quel bonheur de savoir que la belle Irlandaise allait accorder un set intimiste au Botanique, pour défendre son dernier opus, qu’elle vient de sortir…

La première partie est assurée par Saint Sister (NDR : comme tout au long de la tournée de Lisa). Fondé en 2014, ce duo féminin ne réunit pas, malgré le patronyme, des frangines, mais Gemma Doherty (harpe celtique, chant) et Morgan MacIntyre (claviers, synthés, machines et vocaux). Plutôt jolies, il faut le préciser. Son style ? Un mélange de folk atmosphérique et d’électronica qui intègre à la fois des références sixties tout en se distinguant par des harmonies vocales gaëliques. Et que qualifie les filles, d’atmosfolk.

Gemma dispose de deux micros. Elle se sert d’un looper. Afin de mettre des vocaux en couches. Mais aussi pour dupliquer des bruitages. Ceux d’une harpe tapotée, par exemple. Comme tout au long de « Castles ». Mais ce sont les sonorités de ses cordes qui caressent les tympans et vous flanquent des frissons partout. En fermant les yeux, on a l’impression de traverser le Comté de Cork sis entre la mer et les montagnes. Le set recèle également des titres plus électro. A l’instar de « Cold feet ». Et les voix se subliment sur le titre maître de l’Ep, « Madrid ». Un duo de charme à suivre de très près…

Cinq ans après avoir publié l’elpee « Passenger », Lisa Hannigan (NDR : elle a milité au sein du backing goup de Damien Rice, jusqu’en 20017) nous propose son nouvel LP. Intitulé « At Swim », il a reçu le concours Aaron Dessner (The National), à la mise en forme. La plupart des sessions se sont déroulées au sein d’une église, transformée en studio. Un disque qui s’éloigne du format purement acoustique, pour embrasser un profil instrumental plus riche, tout en bénéficiant d’arrangements soignés.

A 21heures, le backing group monte sur les planches. Un claviériste, un drummer, un contrebassiste/bassiste et un guitariste (acoustique ou électrique) également chargé d’accorder les instruments de Lisa. Vêtue d’une robe et de bottillons de couleur noire, elle se plante au milieu du podium, derrière son micro et à côté d’un accordéon plutôt insolite, posé à plat sur une table… 

Pendant « Ora », extrait de l’album « At Swim », Lisa se dandine, les bras le long du corps. Elle se concentre sur son chant avant de se diriger vers son drôle d’accordéon. Le drummer caresse ses cymbales. La contrebasse reste judicieusement en retrait. A l’issue du morceau, une véritable ovation s’élève dans du public. Lisa sourit et le salue dans la langue de Voltaire. Vaporeuse, sa voix plane tout au long de « Pistachio » (« Sea Sew »). Elle balance les bras à la manière de Joe Cocker, alors que la basse se met à vrombir. Pendant la jolie ballade éthérée « Prayer For The Daying », au cours de laquelle Lisa frappe une maraca contre son corps, on n’entend pas une mouche voler. Elle empoigne une gratte semi-acoustique pour attaquer « O Sleep », un morceau contagieux dynamisé par les percus. Et une mandoline pendant « Undertow ». Elle aborde les thèmes de la solitude sur « Tender », « Fall » et « Snow ». Les sonorités du violon émanent du synthé. Dominé par les ivoires, « Funeral Suit » adopte un profil davantage symphonique, une compo au cours de laquelle la voix de Lisa se fait cristalline. Des orchestrations cuivrées alimentent « We, The Drowned », un instrumental à la fois fiévreux et brumeux. Et c’est « Knots » qui clôt le concert.

Avant le rappel, au cours duquel les filles de Saint Sister viennent soutenir Lisa. Pour « Anahorish », une reprise a capella d'un poème stellaire de Seamus Heaney. Parfaite, la conjugaison des trois voix nous réserve un moment magique. Les musicos de Lisa reviennent sur l’estrade. Tout le monde est en rang, Lisa empoigne sa gratte semi-acoustique ; et sans électricité, ils interprètent « Barton » et « A Sail ». Beau, atmosphérique et intimiste à la fois ! 

(Organisation : Le Botanique)

Olivia Ruiz

Une créature féerique qui serait à la fois ange et sorcière…

Tiens, très étonnant ; le rédac’ chef assiste à un concert d’Olivia Ruiz. Oui, celle qui a participé à la Star’Ac, il y a maintenant quinze ans, et décroché un énorme tube intitulé « La femme chocolat », en 2005. De la chanson française quoi ! Bonne, mais chanson française quand même. Quoique. C’est en regardant, dernièrement, la rediffusion d’une émission de ‘Taratata’ que le regard de votre serviteur a changé. Elle y avait alors interprété « London Calling » du Clash en compagnie de Cali. Une prestation très énergique qui dévoilait une autre facette de cette artiste, dont j’ignorais l’existence, jusqu’à ce moment-là. Même si l’écoute de son dernier elpee, « A nos corps-aimants » n’a pas vraiment de quoi faire flasher tout amateur de pop/rock…

En cherchant sur la toile, on apprend qu’originaire de Carcassonne, la belle Olivia Ruiz est de descendance espagnole. Et qu’en outre, elle a fait un break de quatre années, suite à la naissance à son premier enfant. Entre-temps, elle a quand même collaboré à un spectacle chorégraphique en compagnie de Jean-Claude Gallotta, baptisé ‘Volver’. Son thème central ? La situation des enfants de la famille d’immigrés, riches de deux cultures, mais considérés trop souvent étrangers, d’un côté, comme de l’autre. On y reviendra…

Le supporting act est assuré par Annika & The Forest, un duo féminin réunissant une violoncelliste et une bassiste. La seconde assure le lead vocal, la première le backing. Parfois, elles conjuguent leurs voix en harmonie ; et franchement, à cet instant, c’est vraiment superbe. Le seul problème procède des bandes préenregistrées, et notamment de cette boîte à rythme (NDR : sans ‘s’, il faut le préciser) aux beats bien trop répétitifs. Un(e) violoniste, l’acquisition d’un ‘controller’ et surtout le recours aux boucles pourraient ainsi apporter davantage de relief aux compos. Enfin, ce n’est qu’un avis personnel…

La salle n’est pas sold out, mais presque. D’ailleurs, les balcons sont ouverts. Un rideau rose sépare la scène des musicos, dont on voit les silhouettes se déplacer. Puis la tenture se lève laissant apparaître une énorme structure triangulaire qui encadre la formation, structure sur laquelle est posé un light show qui va également jouer sur les ombres, pour y varier les ambiances. Olivia est vêtue d’une robe noire et coiffée en chignon. Elle est soutenue par un guitariste (y compris ukulélé), un contrebassiste/bassiste, un drummer, un claviériste/trompettiste (également préposé aux machines) et un multi-instrumentiste qui se sert aussi bien d’instruments issus de la technologie moderne (theremin, sequencer) que séculaires, et tout particulièrement à cordes (NDR : sans oublier la gratte et la guimbarde). Passé le titre d’intro, Olivia dénoue son chignon et enlève une première couche, pour laisser apparaître une robe de couleur gris/noir au large décolleté qui épouse parfaitement ses formes. Elle est sexy, quoi. Et quand elle se met à danser, cette robe virevolte comme celle d’une danseuse de flamenco. ‘Belle de jour, je m’habille, la nuit, les loups me font danser’. Un peu comme une créature féerique qui serait à la fois ange et sorcière… Dynamique, interactive, féminine, elle ne tient pas en place et sa voix est à la fois rauque et sensuelle. Très à l’aise sur les planches, elle frappe des mains et incite l’auditoire à la suivre. En outre, elle peut compter sur un backing group solide et talentueux. Elle les appelle ‘mes chéris’ (NDR : clin d’œil adressé à Cyril Hanouna ?) Les trahit en dénonçant les couleurs de deux d’entre eux, dans l’univers du football hexagonal. Des supporters de l’Olympique de Marseille ! Mais ceux du L.O.S.C. sont manifestement moins fanatiques que les partisans du P.S.G. ! Elle charrie le claviériste qui rate une intro. Mais le plus intéressant procède de sa capacité à adapter les compos en ‘live’. Plusieurs titres de son dernier opus sont bien plus percutants et changent judicieusement de tempo. Il y en a même qui prennent une forme plus rock. Comme « Les crêpes aux champignons ». Elle chante aussi dans la langue de Cervantès. Notamment la ritournelle « Nino mi niño », en parlant de son premier enfant, qui lui manque quand elle s’absente en tournée. A son invitation, la foule reprend le refrain en chœur. Moment d’émotion ! Sans quoi, quand elle chante dans cet idiome, qu’elle mêle parfois au français, c’est souvent lors des morceaux les plus flamboyants. Dans le style du tango ou du paso doble. Comme « Quijote » ou « L’éternité ». Elle évoque Dali dans sa résidence à Figueras. Ses racines. Ses chansons parlent souvent d’amour. De cœur, mais aussi d’amour physique. De baise (« Mon corps, mon amour ») ! Elle s’adresse à l’auditoire en lui indiquant que suivant les réponses formulées sur les réseaux sociaux, elle interprètera 4 chansons de son choix. Et que sa robe portée ce soir, a également été plébiscitée par ces internautes. Un des sommets du concert sera, bien entendu, « La femme chocolat ». ‘Une chanson pour réveilleur les morts !’ précise-t-elle. Une version très latino, mais aussi très électrique, à cause de ces deux grattes qui entrent carrément en fusion…

Lors du premier rappel, la scène est plongée dans la pénombre et le mystère. Et Olivia interprète « Le blanc du plafond », dont les textes ont été écrits par Annika & the Forest. Elle le signale, par ailleurs. Et elle se barre, avant même la fin de la compo, laissant alors les musicos achever le morceau en beauté…

L’attente est plus longue, lors du second encore. Normal, Olivia Ruiz s’est changée et a enfilé une robe blanche plutôt excentrique, digne de Lady Gaga. Elle a emporté des baguettes et chante, en anglais, le rock bien pêchu « Tokyo eyes ». Et ponctue son show par « J’traîne les pieds », partiellement en espagnol, incluant un passage a capella, avant de repartir en rythme, sous les stroboscopes. Puis c’est sous un hymne traditionnel hispanique, diffusé par les haut-parleurs, que le sextuor, bras dessous, bras dessus, salue la foule, sous un tonnerre d’applaudissements.

(Organisation : Aéronef)

Grandaddy

Se replonger dans le passé, tout en s’accrochant au présent…

Écrit par

Nombreux sont les fans qui se sont réjouis de la reformation du Grandaddy, en 2012. Qui a publié un excellent nouvel album, intitulé « Last Place », début de cette année. Pas étonnant, dès lors, que l’AB soit sold out, ce mercredi 5 avril, pour accueillir la formation californienne. Et que le public réunisse une majorité de quadragénaires…
Le surmenage ainsi que l’addiction à l’alcool et aux substances illicites seraient les principales causes de la séparation du band, en 2006. Dont les musicos se sont ensuite lancés dans différents projets. Jason Lytle, sa tête pensante, gravant deux elpees solos et un au sein du groupe Admiral Radley. Pour gouverne, on rappellera également, qu’en 2015, Jason a apporté sa collaboration à Troy Von Balthazar, afin de rendre hommage à Elliott Smith, lors d’un concert exceptionnel.

Grandaddy a sans doute écrit (et devrait encore écrire) certaines des plus belles pages de l’indie rock. On avait donc hâte d’écouter les pépites qui jalonnent la discographie du band...

A 21 heures pile, les lumières s’éteignent. En arrière-plan, un film est projeté sur un écran. Y défileront des images tournées aux Etats-Unis qui ne cesseront qu’en fin de show. Des paysages champêtres, mais également des montagnes, des sites industriels, des trains de marchandises, etc. Vu l’engagement écologique de Lytle (il a fui Modesto, trop pollué à son goût, pour se réfugier dans le Montana), il doit mal vivre le virage opéré par l’administration Trump dans le domaine de la politique environnementale. Au bout de 2 minutes, sous le sample d’« Under the Western Freeway », apparaît sur l’écran les lettres ‘GRANDADDY’. Et en gras ! Il n’en faut pas plus pour déclencher une ovation au sein d’un public… déjà conquis. C’est sous les applaudissements que Jason Lytle, suivi des autres membres du combo, grimpe sur l’estrade. Suivant la tradition, il est vêtu d’une chemise à carreaux et coiffé d’une casquette. A presque 50 ans, l’homme n’a pas pris une ride. A sa gauche, on retrouve le bassiste Kevin Garcia. Derrière lui Aaron Burtch à la batterie. Sur sa droite, Tim Dryden se consacre aux claviers. Et… un illustre inconnu a dû remplacer Jim Fairchild, au pied levé.

Dès le premier morceau, on reconnaît le son si caractéristique de Grandaddy. Et puis ce sens mélodique d’une redoutable efficacité, né d’un subtil cocktail entre feeling mélancolique et envolées électriques. Veloutée, la voix de Lytle est intacte. Elle n’a pas changé d’un iota en 20 longues années. Parfois, elle évoque même celle de Jonathan Donahue (Mercury Rev). Et on s’en délecte… 

La set list va puiser au sein de l’ensemble du répertoire de Grandaddy. Mais certains titres –désormais cultes– vont recueillir davantage les faveurs de l’auditoire. A l’instar de « A.M.180 » ou encore « Now it’s On ». Avant de quitter le podium, Grandaddy s’attaque à « He’s Simple De’s Dumb De’s the Pilot ». D’abord reprise en chœur par une bonne partie de la foule, cette compo va ensuite glisser vers un long et superbe exercice de style instrumental, digne de Pink Floyd…

Le groupe remonte sur les planches, quelques instants plus tard. Lytle déclare (NDR : ce sont probablement les seules paroles qu’il a prononcées au cours du set, hormis celles de ses chansons) qu’il va nous réserver encore deux morceaux. Un nouveau et un plus ancien. Soit « The Boat is in the Barn », un extrait du dernier opus, avant de conclure par le plus énergique, « Summer Here Kids ».

Le public quitte la salle vers 22h30, le sourire aux lèvres. Pendant plus d’une heure, Grandaddy nous a replongés dans le passé, tout en se raccrochant au présent. Un retour gagnant !

(Organisation : Live Nation + Ancienne Belgique)

M.A.T.

Il y a encore du pain sur la planche…

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Restauré avec raffinement, la Cense de Rigaux est un vieux corps de ferme sis à mi-distance entre Ath et de Tournai. C’est-à-dire à Frasnes-lez-Anvaing. C’est également là que se déroulent les ‘Jeudis Oui’, des soirées inspirées des afterworks qui se déroulent une fois par mois, mais dont l’horaire est inversement proportionnel à celui adopté par les clubs. Soit entre 18 et 1 heure du matin. Imaginé seulement il y a quelques années, ce concept séduit de plus en plus car il permet de se délasser quelques heures directement après la journée de travail ; pas de perte de temps donc et nul besoin de passer chez soi pour se changer.
Ce jeudi 30 mars, s’y produisait donc M.A.T., le nouveau projet solo de Mathieu Dupire, un concert suivi par le DJ set de Nicola Testa.
Le soleil est particulièrement généreux pour un 30 mars. Les filles laissent entrevoir leurs genoux et les dos nus écarquillent les yeux des mâles. Les mange debout fleurissent autour du site et les ‘open bars’ intelligemment disposés à l’extérieur permettent de siroter tout en douceur champagne, mojito ou l’un ou l’autre de ces cocktails dont les vertus aphrodisiaques font mouche chez certains consommateurs. Ce qui donne un petit air de vacances. Manque plus que le sable et la mer…

Il est un peu plus de 21 heures lorsque Mathieu Dupire monte sur les planches devant plusieurs centaines de badauds. Son fer de lance, c’est l’électro ! Ce soir, il est flanqué d’un batteur et de deux préposés aux synthés et se produit sous le patronyme de M.A.T.

Ces quatre musicos sont loin d’être des inconnus dans le milieu. D’ailleurs, ils militent au sein de Zénith, un cover band très actif dans le Tournaisis.

Autant y aller tout de go ! Objectivement, le show d’une petite dizaine de titres recèle ci et là de bonnes idées. Intéressantes même !

Mais, dans l’ensemble, il ne parvient pas à convaincre et à soulever l’enthousiasme. Les raisons ? Plurielles et in(ter)dépendantes !

A commencer par les sonorités des claviers. Un rien vintage, elles sont linéaires et sans consistance. Parfois trop présentes. Bruitistes aussi. Elles desservent souvent les compositions alors qu’elles devraient au contraire apporter davantage de relief. Le rapport à la voix est difficile et il faut vraiment tendre l’oreille pour comprendre la narration du texte. Suivant l’adage, trop point n’en faut…

La rythmique est quasi-identique du début à la fin. La césure entre chacun des morceaux est pratiquement imperceptible à ce niveau. On s’ennuie ferme ! Il faudrait sans doute miser sur la prise de risques et un recours plus subtil aux fûts. La créativité est un art majeur dans le domaine de la compo !

L’ambiance ensuite ! Hormis les quatre ou cinq fans séculaires se trémoussant le popotin devant l’estrade, le public n’est pas parvenu à sortir de sa léthargie post-hivernale…

Ce n’est que lorsque Nicola Testa himself a empoigné au passage un second micro le temps d’un titre que la température a monté d’un petit degré. Seulement ! Pour aussi vite redescendre, sous le zéro…

La motivation enfin ! Hormis celle du leader (charismatique), on avait franchement l’impression que ses comparses s’emmerdaient à mourir. Timidité excessive ?

C’est dommage et triste à la fois parce derrière cet échec cuisant se cache un potentiel qui mérite d’être exploité à sa juste valeur…

Un set mieux rôdé, des sons maîtrisés et la conception d’un concert comme spectacle devraient constituent des principes de base pour cette formation, si elle souhaite se professionnaliser. Bref, il y a encore du pain sur la planche…

Nicola Testa prend maintenant possession de l’espace scénique. Si le chanteur de « Rainbow » a écumé les festivals cet été, armé d’un micro, c’est derrière les platines qu’il exultera ce soir.

Il y prend manifestement autant de plaisir. Les sourires s’affichent et les pas de danse se multiplient. Un vrai gamin content d’asséner un florilège de mix…

On ressent cette filiation onirique, presque théâtrale. Un régal !

(Organisation : Les Jeudis Oui)

 

Anderson, Rabin & Wakeman

Dites Yes, mais surtout ne le répétez à personne…

C'est un véritable évènement auquel nous assistons, ce soir, au Cirque Royal : le retour de Yes, la formation légendaire de rock progressif, dans un line up inédit, puisqu’il réunit Jon Anderson, le chanteur et fondateur, Rick Wakeman, le claviériste le plus important dans l'histoire du groupe ainsi que Trevor Rabin, le guitariste du combo, de 82 à 94. Pour de sombres raisons de droits, le trio ne peut pas utiliser le nom de 'Yes' ; donc il se produit sous l’appellation ‘Anderson, Rabin & Wakeman (ARW)'. Cette 'trinité' est complétée par Lee Pomeroy, à la basse (Archive, It Bites), et Louis Molino III, à la batterie.

En lever de rideau, les musiciens interprètent « Cinema », un instrumental tiré de « 90125 », l'elpee référence paru en 1983, au sein duquel figure l'énorme hit, « Owner of A Lonely Heart ». Vers la fin du morceau, la frêle et petite silhouette de Jon Anderson apparaît. Ce qui déclenche une véritable ovation, au sein de la foule. A 72 ans, le chanteur porte le poids de son âge sur les épaules mais son visage est toujours aussi lumineux et souriant. 'One, two, three, four !', balance-t-il, avant que la formation n’attaque « Perpetual Change », un titre remontant à 1971.

Dès le départ, on constate que, non seulement le groupe est au point ; mais, plus important encore, Jon Anderson est tout simplement parfait au chant. Sa voix n'a rien perdu de sa précision et de sa clarté, même lorsqu’elle monte dans les octaves.

La setlist parcourt toutes les périodes de la carrière de Yes et l'âme de Chris Squire plane au-dessus de ses anciens partenaires. Le bassiste, également membre fondateur, est décédé en 2015. Jon Anderson dédie donc « Long Distance Runaround » et « Fish (Schindleria Praematurus) » à cette figure tutélaire du rock progressif. 'Je suis heureux d'avoir travaillé pendant toutes ces années avec Chris', avoue-t-il. 'Il était un peu fou, mais c'était un gars très rock'n’roll ! Et son morceau s'appelle « Fish » parce né sous le signe du Poisson, il aimait s’attarder pendant des heures dans son bain !' Lee Pomeroy s'acquitte d'ailleurs impeccablement du légendaire solo de basse exécuté, comme il se doit, sur une Rickenbacker.

Quant à Trevor Rabin, particulièrement radieux, il a l'air en pleine forme. Il a mis sa carrière de compositeur de musiques de films entre parenthèses afin de pouvoir participer à cette tournée. Il a avoué, via Facebook, que ce choix n’a pas été simple pour lui. Et pour cause, pas évident de se replonger dans les complexités musicales de Yes, après 20 années d’absence. Au cours du set, il va d’ailleurs commettre quelques petites imperfections. Pendant « Changes », il se perd même entre ses pédales d'effets de guitare (il a perdu les pédales, en somme), au point de devoir s'arrêter en s'excusant : 'Give me one second'. Une petite erreur vite pardonnée, au vu de la prestation de ce virtuose, de ce surdoué à la guitare…

En parlant de virtuosité, on en vient tout naturellement au Maître des claviers, Rick Wakeman, probablement le plus grand claviériste de l'histoire du Rock. Tout comme il y a 30 ans, il a revêtu sa cape de velours et se dresse derrière une forêt de claviers disposés en arc de cercle. Seul son ventre, plus arrondi, le trahit –il affiche quand même 67 ans au compteur ! Aussi à l'aise dans les classiques comme « Heart of the Sunrise » que les extraits de « 90125 », auquel il n'a pourtant pas participé, il va connaître son plus grand moment de gloire sur « Awaken », un des nombreux 'magnum opus' de Yes, un extrait du chef-d'oeuvre « Going For The One » (1977). L'intro au piano est époustouflante mais ce sont surtout les sonorités d'orgue qui vous flanquent la chair de poule. Pendant le long passage plus 'ambient', au milieu de la compo, on n'entend pas une mouche voler. Jon Anderson joue quelques notes à la harpe et prélude une lente valse médiévale, rappelant Dead Can Dance. La chanson s'envole ensuite à travers une progression hallucinante de voix et d'harmonies pour retomber doucement et venir mourir sur le tapis diaphane de la voix d'Anderson. Parfait !

Pour clôturer le concert, comme prévu, rien de tel que le plus grand hit de Yes : « Owner of A Lonely Heart ». Ici, aussi, l'interprétation est brillante ; en outre, ARW nous réserve deux surprises. D'abord, Rick Wakeman enfile son clavier portable. Lui et Rabin descendent d’abord dans la fosse, puis accèdent aux gradins, afin d’y jouer leur partition ; et ce pour le plus grand bonheur des spectateurs. Ils reviennent ensuite sur le podium, moment choisi par le band pour adresser, au cours du morceau, un clin d'oeil au « Sunshine of Your Love » de Cream. Le final est paroxystique et suivi d'une très longue acclamation.

En rappel, « Roundabout » est dispensé dans une ambiance très électrique ; de nombreux spectateurs ont d’ailleurs quitté leur siège pour s’approcher du podium. Quand les cinq musiciens saluent et quittent les planches, ils ont la banane aux lèvres et sont visiblement très heureux d'avoir partagé ce moment en compagnie de leurs fans. Pour ces derniers, comme pour votre serviteur, cette expérience, chargée d'émotions fortes, restera inoubliable. Le trio travaille, semble-t-il, sur de nouvelles compos et laisse entrevoir la publication d'un nouvel opus. Et pourquoi ne pas reformer un Yes (quasi) au complet en rejoignant Alan White et Steve Howe? Une perspective que nous appelons de nos voeux !

Setlist :

Cinema
Perpetual Change
Hold On
I've Seen All Good People
Drum Solo
Lift Me Up
And You and I
Rhythm of Love
Heart of the Sunrise
Changes
Long Distance Runaround
The Fish (Schindleria Praematurus)
Awaken
Owner of a Lonely Heart
(with Cream's 'Sunshine of Your Love')

Encore:

Roundabout

(Organisation: Gracia Live)

 

 

Danakil

Figé, comme dans la pierre…

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La salle de l’AB était à moitié pleine (ou vide, selon) pour accueillir Danakil, ce samedi 25 mars. Une soirée qui va alterner découvertes et déconvenues. Agréable surprise, cependant, de croiser un public extrêmement éclectique. Surprise ? Enfin, plus vraiment, car cette diversité est devenue une constante, lors de chaque spectacle qui se déroule à l’Ancienne Belgique. Mais lorsqu’on joue aux explorateurs musicaux, il arrive parfois de s’égarer, de ne pas être à sa place dans le monde qui vous entoure. Sensation étrange vécue à ce moment-là. Provoquée sans doute par ce qui relève davantage du cliché qui colle au concert reggae que de la créativité scénique.

Durant cette soirée, le collectif français est resté figé dans son genre. Comme si le reggae ne connaissait qu’une seule route, comme s’il n’existait qu’une seule manière de le pratiquer. D’autres artistes optent pour davantage d’accessibilité afin de séduire le mélomane lambda, pas nécessairement fan du style, mais qui aime la découverte. Mais ici, il ne s’agissait que d’un langage codé, un jargon venu d’ailleurs. Compréhensible par ceux qui l’avaient étudié. Une compréhension déjà altérée par l’articulation du chanteur qui laissait à désirer, débitant à grande vitesse ses paroles sans laisser l’oreille en percevoir la moitié. Etait-ce également dû à l’atmosphère du soir qui ne sensibilisait que ceux prêts à se laisser englober ? C’était en tout cas un problème majeur si on considère que Danakil puise sa force dans ses textes aiguisés. Une fois que les paroles s’envolent, il ne restait donc plus que la musicalité… qui est donc restée figée. Comme dans la pierre. Une impression lassante accentuée par des morceaux qui se sont succédés, sans pratiquement aucune interruption. Tout semblait respecter une ligne de conduite toute tracée. Droite. Uniforme. Alors qu’un set ‘live’ prend toute sa dimension lorsqu’il nous emmène sur les montagnes russes, où on monte très haut, avant d’être lâché dans le vide, la tête à l’envers. Pas de grandes embardées, pas de moment de douceur ni de recréation. L’expédition prend l’eau. Mais personne ne se perd pour mieux se retrouver. Si le public bruxellois demeure relativement attentif et enthousiasmé, l’ambiance ne parvient pas à décoller, la sauce peine à prendre. Danakil ne réussit pas à fédérer cette assistance. Chacun profite du concert de son côté. Mais la division ne permet pas de mieux régner entre les murs de l’Ancienne Belgique. Et logiquement, la fin de spectacle est beaucoup trop désordonnée. D’ailleurs avant de prendre congé de l’assistance, le band est rejoint par des copains pour attaquer le dernier morceau. Dans ces conditions, comment espérer vivre une osmose entre les différents musicos sur les planches. Mais également entre la foule et le combo.

Quand on va à la rencontre des autres, ce qui imprègne fortement et durablement, ce sont les premières et les dernières impressions. Danakil ne s’est pas montré particulièrement habile pour appliquer ce concept. Et il n’est pas davantage parvenu à transcender son auditoire. Leurs forces sont indéniables, mais en cette soirée, on a surtout remarqué leurs faiblesses. En prenant un certain recul, il faut admettre que Danakil est plutôt un groupe sympa à écouter lors d’un festival. Enfin, si on se limite à quelques morceaux. Mais sur la longueur, il ne tient pas encore la route. Ce soir, c’était flagrant…

(Organisation : Skinfama )

Une vague puissante et glaciale

Quasi un an jour pour jour après leur dernier concert en nos contrées, And Also The Trees est de retour pour un concert exceptionnel au Magasin 4, à Bruxelles. Emmenée par deux frères, Simon Hugh et Justin Jones, la formation anglaise a débuté sa carrière en 1979. Elle bénéficia d'un petit coup de pouce de The Cure, qui leur permit de jouer en première partie de leurs concerts et qui produisit leurs premiers disques. Le lien avec la bande de Robert Smith est également musical, les deux projets naviguant dans les eaux glacées de la cold-wave.

Au fil des ans, And Also The Trees est parvenu à se constituer une 'fan base' très fidèle et ce, dans le monde entier. Sans jamais atteindre un succès commercial important, ils sont devenus un 'cult band', que l'on est toujours heureux de revoir, au gré de leurs nouvelles parutions.

Ce soir, dans un Magasin 4 aux trois-quart complet, l'atmosphère est unique. Dès l'entame du concert, le public, majoritairement 'du mauvais côté de la quarantaine', comme on dit en Angleterre, est bercé par la voix ensorcelante de Simon Hugh Jones et les arabesques guitaristiques de Justin Jones.

Les titres extraits du dernier elpee, « Born Into The Waves », sorti l'an dernier (voir la chronique ici), fonctionnent à la perfection sur les planches. « Your Guess », « Winter Sea » et « Hawksmoor & the Savage » sonnent déjà comme des classiques du groupe.

Mais ce qui frappe surtout, par rapport aux autres concerts que nous avons pu voir de cette formation, c'est la puissance de feu du batteur, Paul Hill. On est loin de la relative 'mollesse' dont était accusé AATT il y a quelques années. La pulsation est forte et Hill entraîne ses acolytes vers des moments de frénésie très post-punk voire même 'noisy', comme, par exemple, à la fin de « Rive Droite ». Autre élément frappant : l'apport technique et musical des deux petits nouveaux arrivés en 2016 : Grant Gordon, absolument brillant à la basse et Colin Ozanne, multi-instrumentiste de talent (clarinette, saxophone, guitares, claviers). Ce sont surtout les claviers qui m'avaient manqué dans les précédentes itérations du groupe : ils donnent une tout autre dimension et ajoutent de superbes couleurs.

Quant aux deux frères Jones, le temps semble n'avoir aucune prise sur eux. Après 35 ans de carrière, Justin a toujours sa frimousse d'adolescent, les cheveux gominés coiffés en arrière et une impeccable tenue noire. Il maîtrise toujours la guitare avec une maestria exceptionnelle, alternant les délicates arpèges et ce staccato de mandoline qui est sa marque de fabrique. Et Simon Hugh est toujours aussi élégant et ténébreux. Le visage fermé, il est toujours aussi tourmenté, torturé par la poésie qui anime les compositions.

Si l'on se fie aux réactions du public, ce sont les classiques qui ont bien entendu récolté le plus franc succès : « Prince Rupert », joué en premier rappel et « Slow Pulse Boy », offert en second rappel, le tout dernier titre du concert.

Visiblement heureux d'être de retour en Belgique, Simon Hugh Jones déclare même, dans un français presque parfait : « C'est toujours un plaisir d'être ici ». Et il rajoute, faisant sans doute allusion au Brexit : « We will always be Europeans».

Seul bémol dans la prestation de ce soir, l'absence de titres extraits de « Green Is The Sea », mon album préféré du groupe. Nous aurions aussi aimé entendre le sépulcral « Mermen of The Lea ». En conclusion : après une période plus jazzy et un intermède acoustique, And Also The Trees est de retour et a retrouvé sa nature originelle, une cold-wave romantique et ensorcelante. Un excellent concert, intimiste mais puissant ; sombre mais illuminé par une indéfectible foi en la musique...

Setlist :

Domed

Shaletown
Dialogue
Your Guess
Hawksmoor & the Savage
The Sleepers
The Legend of Mucklow
Virus Meadow
Winter Sea
Angel, Devil, Man and Beast
The Suffering of the Stream
Bridges
Brother Fear
The Skeins Of Love

Rappel:

Prince Rupert
Wallpaper Dying
 Rive Droite

Rappel 2:

Slow Pulse Boy
 
Pour regarder un extrait du concert (« Virus Meadow »): cliquer ici.
 
Pour lire l'interview de Simon Hugh Jones, réalisée par Musiczine: voir ici.
 
Organisation : Intersection Booking Agency

Chinese Man

Zen…

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Une fois n’est pas coutume, mais il a fallu troquer son appareil photo contre une plume lors du concert de Chinese Man, à l’AB, qui s’est déroulé ce vendredi 24 mars. Et surtout faire revivre un set dont la puissante ascension s’est déroulée en communion avec ce collectif. Qui n’est pas chinois, comme son patronyme l’indique, mais français. Originaire d’Aix-en-Provence, plus précisément. Et il est de retour après 5 ans de réflexion et de création passés entre Bombay, Marseille, l’Ardèche et le Japon (par l’esprit). Une période au cours de laquelle Sly, Mateo et High Ku ont renouvelé leur inspiration, acquis une nouvelle maturité, avant de reprendre le chemin des concerts en toute sérénité, afin de défendre un huitième opus qui va à la rencontre de la zénitude. Et pour cause, le « Shikantaza » est la posture de méditation utilisée dans le bouddhisme zen, par les disciples de l’école Sōtō au pays du soleil levant. Ce terme se traduit d’ailleurs par ‘Etre assis sans rien faire’. Une forme de philosophie qui transparaît tout au long de cet elpee. Que ce soit sur les 10 morceaux instrumentaux ou les six autres impliquant des featurings. Bien sûr, on retrouve sur « Miss Chang », « The Groove Session », « I’ve got that tune » des scratches, du dub et sur le dernier, du hip hop ; mais on ressent bien cette aspiration profonde à la sagesse spirituelle…

 Pas de souci cependant pour les inconditionnels de la bonne vibe ; si la zénitude est intérieure, donc propice au calme, permettant aux esprits une ascension vers la trans-spiritualité, extérieurement, les ondes sonores vont retentir au quatre coins de la salle, crachées par les SoundBoxes. Des ondes sonores positives, douces mais intenses. Elles vont déferler tout au long de ce spectacle qui va également inviter fumigènes et light show. Mais le fil conducteur, c’est bien « Shikantaza ». Au rythme des percus, les chants mantra nous guident et nous enveloppent d’une énergie irréfragable. « Maläd » est judicieusement parsemé d’accents orientaux. Samplés. Le voyage se poursuit.

De décor, le visuel devient un élément indissociable du spectacle. « Escape » est propice à l’évasion. Qui doit nous conduire vers l’astre sis au firmament. La mélodie tramée par l’orgue et le crescendo de scratches nous incitent à le rejoindre incessamment. « New Crown » sonne le réveil. Un rap bien yankee au cours duquel les MCs tirent leur épingle du jeu. Avant d’embrayer par un morceau plus groovy, plus jazzy, réminiscent du précédent long playing. A cet instant, la foule se montre davantage participative.  

Retour à la quiétude pour « Anvoyé ». Bien envoyé ! De quoi calmer quelque peu les esprits et s’abandonner au gré des sonorités du sitar et des percussions… Avant de repartir en force ; « Step Back » valsant aux grondements des basses qui impriment la mesure du rythme en trois temps… Et puis retour à la sérénité grâce aux voix sensuelles et réconfortantes de Kendra Morris et Dillon Cooper qui ne font plus qu’un avec la musique.

Après un interlude hip hop favorisant l’échange entre les MCs et le public, « Warrior » se ressource à nouveau au sitar sur un tempo dansant de plus en plus saccadé, un tempo imprimé par des percus progressivement contaminés par le dub… 

L’auditoire est en liesse. Youstar et ASM en profitent pour communier auprès de leurs fans sur des airs de dance hall et de ragga…

Mais « Golden Age » nous rappelle qu’après avoir bien libéré son âme, il est temps d’en revenir à l’essentiel en se laissant guider par la voix qui vous entraîne au sein d’un monde parallèle plus froid, plus métallique, afin d’y accomplir un voyage intérieur. A la rencontre du moi. Et de sortir de cet univers glacial, tel un « Wolf », alors que les accords au piano s’allient à la voix des hommes.

Secouons-nous alors au cri de « Blah » qui pénètre au plus profond de notre être ; c’est sans doute « What You need », mais en langage rap, formulé par Youstar et ASM. Sans la présence physique de R.A. the Rugged Man, son timbre épouse les accès de piano frénétiques, puis la ligne de basse, afin de se convertir au hip hop tel un « Modern Slave ».

Nous sommes proches de l’apothéose de notre méditation, et Chinese Man nous remercie de ce partage en nous offrant l’incontournable « Miss Chang », notoire pour ses nombreux featurings.

Au son des cors et des trompettes, toute la clique de Chinese Man joint ses mains et nous salue : « Namasté »…

(Organisation : Ancienne Belgique)

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