La terre fissurée de Daffo

À seulement 20 ans, Daffo, artiste indie-rock basée à Brooklyn, transforme le tumulte intérieur en chansons brutes et poétiques, d’une étrange beauté. Entre l’énergie DIY et des arrangements délicats, sa musique oscille entre fragilité et intensité. Révélée…

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Ozark Henry connaît la musique Parker…

C'est vrai, l'attente a été terriblement longue ! « Us », son dernier album studio, date de 2017. Dans le monde éphémère de la musique pop, où les stars vont et viennent, c'est une éternité ! Mais il faut parfois savoir être patient, et en livrant « Light »,…

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Kreator - 25/03/2026
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Wilco

Le rock n’est pas mort ! La preuve par Wilco…

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Après avoir accordé un remarquable concert, dans le cadre du dernier Cactus, à Bruges, Wilco était de retour à l’Ancienne Belgique, ces 27 et 28 octobre. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les deux dates étaient sold out. En deux jours, la formation chicagoan a donc attiré 4 000 spectateurs. Et il faut avouer qu’à l’intérieur, c’était blindé de chez blindé. Mais –et il faut le souligner– la foule était constituée d’un public multigénérationnel. Le rock n’est pas mort ! La preuve par Wilco…

Wilco a gravé deux albums en 2016. Le plus électrique « Star Wars », en juillet et le plus acoustique « Schmilco » en septembre. Deux disques épatants qui s’inscrivent pourtant dans des styles diamétralement différents. Ce qui avait donc poussé votre serviteur à aller revoir la formation en ‘live’. Plus étonnant encore, la set list du 27 est différente de celle du 28 octobre ; et c’est ainsi tout au long de sa tournée. De quoi encore démontrer que le groupe cherche constamment à se renouveler…

Le décor est superbe. Une forêt enchantée à multicouches est disposée sur le podium. Et le light show va plonger la scène au sein d’un éventail de climats différents. Derrière, sur la droite, il y a même un morceau de ciel. Il laisse apparaître divers tableaux : un arc en ciel, des nuages qui défilent, etc.

Le set s’ouvre par trois morceaux du dernier opus. Des chansons qui trempent dans l’americana, mais suffisamment électrifiés pour ne pas être taxées de folk. Le son est vraiment nickel ! Toujours barbu, Jeff Tweedy est coiffé de son inséparable chapeau blanc/beige. Au bout d’une dizaine de minutes, les compos commencent à prendre de l’intensité. Et notamment dès « I am trying to break your heart ». Nels Cline, le guitariste soliste, se met à bidouiller les boutons d’un pupitre et la fin de parcours se révèle complètement déstructurée. Dans la foulée, amorcé par des bruitages électro et imprimé sur un tempo krautrock, l’excellent « Art of almost » lance véritablement le show. La set list est cependant bien équilibrée, les titres les plus acoustiques servant de césure entre les plus percutants. Ainsi on retrouve Nels, assis, la gratte sur les genoux, pour jouer de la pedal steel, alors que Pat Sansone, préposé aux synthés ou à la troisième gratte, se sert d’un dobro, sur « Misunderstood ». La ligne de basse caoutchouteuse de John Stirratt et les interventions au piano électrique de Mikael Jorgensen trament « Somenone to lose », une chanson dont le tempo offensif évoque manifestement les Beatles circa « Abbey Road ». Et « We are’nt the world (Safety girl) » adopte un même profil. Pensez un peu à l’époque où Billy Preston siégeait derrière l’orgue, comme cinquième membre non déclaré. J’ignore pourquoi, mais les mélodies –parfois même en multicouches– me rappellent souvent celles des Fab Four. Sans doute à cause de ces refrains contagieux ; même si les timbres sont différents. D’ailleurs quand les voix se conjuguent en harmonie, c’est plutôt aux Byrds qu’on se met à penser (« Heavy metal drummer »). Mais comme celle de Jeff campe un hybride entre John Lennon et Mark Oliver Everett, il n’est finalement pas étonnant que le spectre des quatre de Liverpool plane régulièrement.

Autre moment fort du show, « Impossible Germany ». Imprimée sur un mid tempo, bringuebalante, cette compo permet à Nels d’étaler toute sa virtuosité sur sa six cordes. Ce qui va lui valoir une monstrueuse ovation. Derrière ses fûts, Glenn Kotche est particulièrement inventif. Se servant de baguettes différentes, suivant les morceaux, il lui arrive de secouer une maraca en même temps. Trois grattes alimentent les morceaux les plus électriques. A l’instar de « I’m the man who loves you », morceau qui finit par tourner carrément à la jam. Nels a sorti sa belle guitare blanche, à deux manches, pour l’excellent « Dawned on me ». Il en frotte même les cordes à l’aide d’un bottleneck. Jeff plaisante régulièrement entre les morceaux. Ce qui a le don de faire rire l’auditoire. Et le set s’achève au bout d’une heure trente par le contagieux « The last greats ».

Enfin pas tout à fait, car deux rappels sont prévus. Le premier s’ouvre par « Jesus etc. » ; un titre plus r&b, rogné par les claviers. Cet ‘encore’ va inclure 6 morceaux, dont le plus syncopé « Random name generator ». Généreux, Wilco va clore le spectacle par un autre morceau sculpté dans le krautrock, « Spiders (Kidsmoke) », auquel votre serviteur ne pourra assister, car son train n’attend pas. Les transports en commun ne tiennent plus aucun compte de la fin des spectacles à Bruxelles. On doit impérativement se déplacer en voiture pour se rendre dans la capitale. Sauf que pour l’instant, y circuler, c’est la galère. Et la situation n’est pas prête à évoluer. Même le soir. Et surtout en début de week-end. Les problèmes de mobilité risquent encore de s’accentuer, si les transports en commun ne tablent plus que sur la rentabilité. Et c’est encore une fois le public provincial qui va en faire les frais…

N’empêche, quelle belle soirée ; et puis quel beau pied de nez à ceux qui colportent que le rock est mort. Un bémol ? Il y avait peut être un peu trop de monde. Ce qui nuit bien évidemment au confort d’un tel spectacle. Mais c’est sans doute la rançon d’une future gloire qui s’annonce irrépressible…

Set list

1. Normal American Kids
2. If I Ever Was a Child
3. Cry All Day
4. I Am Trying to Break Your Heart
5. Art of Almost
6. Pickled Ginger
7. Radio Cure
8. Company in My Back
9. The Joke Explained
10. Misunderstood
11. Someone to Lose
12. Reservations
13. Impossible Germany
14. Happiness
15. We Aren't the World (Safety Girl)
16. Locator
17. Heavy Metal Drummer
18. I'm the Man Who Loves You
19. Dawned on Me
20. Hummingbird
21. The Late Greats

Encore

22. Jesus, Etc.
23. Random Name Generator
24. Red-Eyed and Blue
25. I Got You (At the End of the Century)
26. Outtasite (Outta Mind)
27. I'm a Wheel

Encore 2:

28. Spiders (Kidsmoke)

(Organisation : Live Nation)

 

Passenger (UK)

Un ange de lumière qui transparaît au cœur de la nuit…

Écrit par

Passenger est né en 2003. Michael ‘Mike’ David Rosenberg et son ami Andrew Philips en sont les fondateurs. Mais le groupe a splitté en 2009, malgré la réalisation d’un premier elpee. Mike décide alors de poursuivre l’aventure en solitaire, en conservant le patronyme. Il choisit l’Australie comme pays d’adoption, et se produit alors régulièrement dans la rue, seul, armé de sa sèche. Ce qui va lui permettre de décrocher régulièrement des premières parties. Il enregistre même trois albums, avant de connaître un méga hit, en 2012, « Let Her Go ». A ce jour, le titre affiche plus d’un milliard de vues sur YouTube. Depuis, Passenger est de nouveau un groupe, puisque Michael a engagé des musiciens pour l’épauler. Un quatuor réunissant un bassiste, un guitariste, un claviériste et un drummer.

Ce soir, le Cirque Royal est sold out. A 18 heures, il y a déjà une file d’attente d’une cinquantaine de mètres, avant de pouvoir pénétrer dans la salle. La tournée se déroule d’ailleurs ‘à guichets fermés’, presque partout où elle passe.

Grégory Alan Isakov assure la première partie. Comme tout au long du périple de Rosenberg. Né à Johannesburg (Afrique du Sud), ce singer-songwriter a cependant émigré à Philadelphie, en Pennsylvanie. Coiffé d’un chapeau de cow-boy, cet artiste se sert d’une gratte semi-acoustique et d’une loop machine comme percus. Et elles sont bien tranchantes. Sa voix me rappelle quelque part celle d’Angus Stone. Quand à la musique, bien que trempée dans l’americana, elle est particulièrement vitaminée…

La set list de Passenger va réserver une large place aux titres de son dernier opus, « Young As The Morning Old As The Sea ». Tous les musicos disposent d’une estrade. Seul Mike, flanqué de sa gratte semi-acoustique s’installe en avant-scène. A l’arrière, on remarque la présence d’un énorme dispositif de jeux de lumières.

« Somebody's Love » ouvre le set. Un extrait du dernier LP. Empreint de douceur et de mélancolie, cette chanson nous entraîne au cœur d’un monde féerique et onirique. Les ivoires et la guitare solo y sont bien mis en exergue. Mais c’est surtout sa voix particulière qui fascine, une sorte d’hybride entre James Blunt, James Bay et Damian Rice. Dès la chanson achevée, il salue le public. Véritable perle, « Life's For the Living » permet à la gratte de Mike de s’envoler. Il introduit humoristiquement « If You Go », un nouveau morceau. Il lui arrive d’ailleurs de plaisanter longuement entre chaque titre. Projetés depuis l’arrière, les lumières sont capables d’inonder tant la scène que les premiers rangs. Impressionnant ! Pendant « 27 » (« Whispers I »), Mike incite la foule à frapper dans les mains. Moralité, on n’entend pratiquement plus les autres musicos, surtout que le son de la six cordes du leader a gagné en puissance. Mike brille autant en solo que soutenu par son groupe. Nonobstant son humilité, il parvient à transcender l’auditoire. Un geste de la main et il réagit au quart de tour. Le reprise de « The Sound Of Silence » de Simon & Garfunkel constitue le premier moment de recueillement. Le light show devient carrément aveuglant et on a l’impression qu’un ange de lumière transparaît au cœur de la nuit.

Des lumières qui passent au rouge pour « I Hate » (« All the Little Lights »). En fin de parcours, le refrain est repris en chœur par la foule, littéralement chauffée à blanc. Il attaque « Young As The Morning Old As The Sea » en solitaire et y vide ses tripes. Il n’oublie pas d’interpréter l’inévitable « Let her go ». Ce sera un autre grand moment du show. L’adaptation du « Graceland » est superbe ! Et c’est « Scare Away the Dark » (« Whispers I ») qui clôt le show. Mike est ses musicos vident les lieux. Mais le public continue de scander le refrain en attendant leur retour. Rappel que le band accordera en l’entamant par « Home », et le terminant par « Holes ».

(Organisation : Live Nation + Botanique)

 

Jean-Michel Jarre

Le jardin sidéral de Jean-Michel…

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Pas mal de monde et de mouvement près de la Plaine du Heysel. Normal, Jean-Michel Jarre s’y produit ce soir. Ce qui provoque de nombreux embouteillages avant d’arriver à destination. Il devient de plus en plus pénible de rejoindre la capitale et même d’y circuler, en voiture, même un dimanche… Avoir recours aux transports en commun ? OK ! Et comment fait-on pour rentrer chez soi, après un spectacle, quand les derniers trains sont programmés bien avant 23 heures ?

Un concert de Jean-Michel constitue toujours une expérience riche en sensations au cours de laquelle les synthés sont associés aux techniques –numériques et visuelles– les plus révolutionnaires. Grâce à ses spectacles hors norme, Jean-Michel Jarre a explosé tous les records. Le 14 juillet 1979, il a ainsi réuni un million de spectateurs sur la place de la Concorde. Et il a fait encore mieux lors des concerts anniversaires à Houston (1,5 million en 1986), Paris (2,5 millions en 1990) et Moscou (3,5 millions en 1997). En 2011, il a accordé un concert dans le cadre du mariage princier, à Monaco, concert qui a été retransmis dans le monde entier. Enfin, Jean-Michel Jarre a déjà écoulé plus de 80 millions d’albums…

Tout comme Pierre Henry, son complice au sein du GRM (Groupe des Recherches Musicales), Pierre Schaeffer, sans oublier, bien sûr, les musiciens de Kraftwerk, de Can et même de Telex, il est considéré comme un pionnier de la musique électronique. Il y a plus de 40 ans qu’il s’y est investi ; tout en tirant parti, en ‘live’, des techniques de light show les plus pointues, que ce soit en se servant des lasers et plus récemment, de la la 3 D.

Agé de 68 ans, l’artiste français est venu défendre ses deux derniers projets, « Electronica Vol 1: The Time Machine » et « Electronica Vol 2: The Heart Of Noise », parus respectivement en 2015 et 2016. Quelques artistes prestigieux ont apporté leur concours à ces œuvres, dont Pet Shop Boys, David Lynch, Moby, Jeff Mills, Rone, Massive Attack, Primal Scream, Peaches, Yello, The Orb, Sebastien Tellier, Gary Numan, Cyndi Lauper, Hans Zimmer ainsi que Laurie Anderson. Pour célébrer le 40ème anniversaire de sa sortie, il publiera bientôt un troisième volume de la saga « Oxygène ».

La tournée a été baptisée ‘Electronica World Tour’. Et elle transite donc par Bruxelles, pour un spectacle unique en salle, qui réunit l’énergie d’un méga show et la profondeur émotionnelle d’une prestation en club.

La première partie est assurée par un DJ. Seul sur scène, derrière sa table et ses machines, il balance de la techno pendant un peu plus de 30 minutes. Il ne cherche pas à créer la moindre interactivité avec le public ; se contentant d’un seul signe de la main, en fin de parcours…

Ce soir, Jarre est flanqué de deux musiciens, en l’occurrence Claud Samaud et Stéphane Gervais. Le premier est préposé aux claviers, le second à la batterie électronique. Le show démarre à 20h50 par « Intro (Waiting For Cousteau) », une entrée en matière plutôt paisible. D’immenses tentures circulant sur un rail dissimulent les trois musicos. En fait, ces rideaux servent d’écrans. Lors de ce prologue, se dessinent des formes géométriques en 3 D. Rayonnant, Jean Michel fait son apparition. A l’issue des deux premiers morceaux, « The Heart Of Noise », ‘Part 1 et 2’, il vient saluer le public et présenter le spectacle. La set list ne néglige bien évidemment les classiques « Oxygène 2 », « Oxygène 4 » et « Glory / Equinoxe 4 ». Il nous présente une composition qui lui tient à coeur, « Souvenir De Chine », écrite à bord d’un avion, lors d’un périple accompli au sein de cette république populaire. On remarque la présence d’une majorité de quinquas dans la salle, mais également de nombreux jeunes. Perspicace, le Lyonnais cherche à se tourner vers l’avenir en proposant également de l’électro plus contemporaine ; à l’instar de « Brick England », opus auquel The Pet Shop Boys avait collaboré. Mais également l’avant-gardiste « The Architect » qui renvoie la techno américaine de Détroit à la cave.

Le public jeune a la bougeotte et se lève pour danser ; soit au niveau de la table de mixage ou devant la scène, entre les rangées de chaises. La sécurité renvoie rapidement tout ce petit monde devant les tables de mixage.

Son engagement politique, Jean-Michel Jarre le rappelle à travers « Exit », une plage co-écrite en compagnie du lanceur d'alerte Edward Snowden. Un combat traduit par des images vidéo du personnage délivrant son message. Ce seront les seules images personnalisées. Lors du final, « The Time Machine », après avoir enfilé des gants –ce qui peut toujours paraître surprenant– il exploite sa fameuse harpe laser. Il ne grattera sa guitare électrique, qu’à une seule reprise. En rappel, il va nous réserver « Oxygène 17 » et « Stardust ». Un set plutôt court, mais impressionnant, surtout pour la perfection de la mise en scène et la qualité des différents instrumentistes.

(Organisation : Greenhouse Talent)

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Mustii

Une chorégraphie bien personnelle…

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En septembre 2015, Mustii se produisait en supporting act de Nicola Testa, à l’Alhambra de Mons. Quels chemins parcourus par ces deux artistes depuis ! Ce soir, Thomas Mustin, aka Mustii, est en tête d’affiche au Cirque Royal. Et le concert est presque sold out.

C’est en 2015 que Mustii signe sur le label de Kid Noize, Black Gizah. Il y publie d’abord les singles « The Golden Age » et « Feed Me ». Depuis, il a gravé un Ep, « The Darknest Night », en février dernier ; et son premier elpee devrait paraître début de l’an prochain. Tout en émargeant à l’électro/pop, cet artiste est un véritable showman. Car sur les planches, il exécute une véritable chorégraphie. Et il l’avait démontré, huit mois plus tôt, lors de sa release party, organisée au Botanique. Faut dire qu’il est également comédien, rôle qu’il assume tant au théâtre que pour des séries télévisées…

La première partie est assurée par le trio bruxellois Hydrogen Sea. Comme en novembre de l’an dernier, lors du concert de Selah Sue. Le duo de base réunit la chanteuse Birsen Uçar et le multi-instrumentiste (guitare, claviers) PJ Seaux. A son actif un Ep (« Court The Dark ») et un nouvel album (« In dreams », paru en septembre) ; mais surtout ses deux singles, « Only Oleanders » et « Wear Out ». Régulièrement diffusés sur les ondes radiophoniques, ils ont permis au tandem de se faire connaître. Mais aussi de jouer à New York. Depuis, un drummer a étoffé le line up.

Sur l’estrade la formation est constituée en triangle, sans doute pour manifester sa cohésion. Mais paradoxalement, la figure est inversée, car la pointe, assurée par la vocaliste, est en retrait. Tiens elle a changé la couleur de ses cheveux. Ils ne sont plus blonds mais de couleur jais. Tout comme ses fringues.

Le set s’ouvre par un extrait du dernier elpee, « Another Skin ». Les percus sont sauvages, les beats electro, agressifs. Birsen joint le geste à la parole. Ce qu’on appelle aussi le langage des mains. Sa voix est tour à tour entêtante, susurrée, fragile, mystérieuse, limpide, atmosphérique ou puissante ; et elle colle parfaitement à l’electronica/pop visionnaire et envoûtante dispensée par la formation.

Une expression sonore qui doit autant à Massive Attack, Beach House que Little Dragon. Lorsque le claviériste empoigne sa gratte, c’est pour insérer une boucle dans sa loop machine, afin de pouvoir continuer à balancer ses beats électro. « Murky Waters » est un morceau plus dansant alors que balisé par les ivoires, « Before I Go » est un titre plus pop, sucré, accessible. Quant à « Worry », il est davantage sculpté dans le rock. Une reprise : le « Wandering Star » de Portishead. Le jeu de lumière passe alors au rouge. Bien que très personnelle, la version est superbe. PJ brandit son iPhone. En quelques secondes la foule l’imite ; et une multitude de lueurs brille dans l’auditoire. Et le set de s’achever par l’inévitable hit, « Wear Out ». Manifestement, Hydrogen Sea maîtrise de mieux en mieux son sujet…

Des rumeurs avaient circulées toute la journée, concernant une éventuelle annulation du spectacle. Mustii serait grippé. Des racontars infondés, car il va nous réserver un show de 150 minutes…

L’auditoire est chaud boulette avant la montée sur les planches du Bruxellois. Deux petites estrades sont disposées sur le podium. Une à gauche pour le claviériste/bidouilleur. Une à droite pour le drummer (NDR : c’est lui qui est grippé ; mais il est bien au poste). Thomas fait face à un véritable mur de lumières pour attaquer « Intro-21 Century Boy ». Il dissimule ses yeux sous un masque noir ajouré, créé par le modiste Elvis Pompilio. Et porte un survêtement en toile de lin au-dessus de ses vêtements en cuir. Le tout de couleur noire. Son spectacle est rythmé par sa chorégraphie. Il interpelle les spectateurs par sa gestuelle, du doigt ou du bras ; ou alors leur adresse directement la parole. Il prend régulièrement des bains de foule, serre des mains tout en arborant un large sourire. On le sent heureux c’être là ; et le public féminin semble sous son charme. Mustii aurait pu naître d’un croisement entre David Bowie et Dave Gahan, mais un Gahan qui aurait chopé le grain de folie de Jimmy Somerville. Puissante, chaude, la voix est capable de monter aussi bien dans les graves que les aigus. Il adapte le « Heroes » de Bowie », comme s’il cherchait à ressusciter The Duke, période berlinoise. Outre les 5 perles de son Ep, il nous réserve également quelques jolies ballades ténébreuses. Et il clôt magistralement son show par « Where Do I Belong », de la même manière qu’il l’avait entamé ; soit face au mur de lumières, et affublé du masque ajouré. Un spectacle royal accordé au Cirque… quoi de plus naturel…

Setlist : « Intro-21 Century Boy », « I Would Love To Save The World », « Did You Try », « The Cave », « The Darkest Night », « The Bride », « Witness », « Heroes », « People Are Running  Streets », « The Golden Age », « Aching », « Roadtrip In The Dark », « Safety Zone », « You Own Cathedral », « Feed Me », « Where Do I Belong ».

(Organisation : Botanique + Stlive)

Ben Harper

Aux innocents les mains pleines

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Votre serviteur avait assisté, pour la première fois, à un concert de Ben Harper, en 1998. C’était à Torhout (NDR : dans le cadre du festival jumelé Torhout/Werchter). Etonnant que près de 20 ans plus tard, il soit toujours dans le circuit en compagnie de ses vieux comparses, The Innocent Criminals. En 2015, la troupe s’était à nouveau produite à Werchter ; et cette année, elle est repartie en tournée mondiale, un périple baptisé « Call It What It Is », soit le titre du nouvel opus. Il transitait donc par les Hauts-de-France, et plus précisément le Zénith de Lille, ce jeudi 20 octobre. Retour sur un concert très très bien ‘roadé’…

The Jack Moves est prévu en supporting act. Malheureusement, malgré un départ de plus de 2h30 avant le début de sa prestation, je ne suis parvenu à assister qu’aux remerciements adressés par Zee Desmondes et Teddy Powell, à la foule. ‘What a pity !’ Il faut cependant souligner que le concert de Ben Harper a suscité un énorme engouement dans le Nord de la France. Ce qui explique la véritable cohue, autour du Zénith Arena. Le parking est blindé, la fosse pleine à craquer, et les gradins se remplissent à une vitesse vertigineuse.

21h05 les lumières s’éteignent. Le show peut commencer. La foule est déjà survoltée. Les premiers rangs sont carrément compressés contre les barrières. Le personnel de la sécurité est particulièrement à cran. La nervosité, vraiment palpable.

Représentée par une immense cible, le décor est inspiré de l’artwork du long playing « Speak Out-A Bluegrass Tribute ». Un oiseau en bois surplombe un petit meuble ; et un tissu coloré à motifs psychédéliques pend négligemment le long du clavier.

Chapeau vissé sur le crâne, Ben Harper grimpe sur l’estrade. Il est accompagné de ses Innocents Criminals. Il y a une telle ferveur dans les acclamations qu’elles en deviennent impressionnantes. Issu de « Fight For Your Mind », « Oppression », ouvre les hostilités. De quoi ravir l’auditoire. Le concert va alterner les genres, depuis la soul au blues en passant par le rock et le folk, sans oublier le reggae.

Aux percus, Leon Mobley affiche une maîtrise stupéfiante. D’abord sur le plus reggae « Finding Our Way ». Puis lorsqu’il s’autorise un solo en avant-scène pour « Burn One Down ». Mais encore lors d’un trio qu’il partage en compagnie du bassiste Juan Nelson et du gratteur Michael Ward, sur « Don’t Take That Attitude To Your Grave ». Mais en général, ce dernier semble quelque peu absent. Quant à Jason Yates, malgré son look de vieux corsaire, il se révèle plutôt discret. Le musicien qui brille vraiment de mille feux, c’est Juan Nelson. Il épate par sa technique et sa capacité à suivre (ou précéder) Ben Harper. Pendant « Fight For Your Mind/Them Changes », lui et Ben exécutent un long passage instrumental. Aussi, fascinée, la foule l’ovationne pour l’encourager. Après ce morceau, Haper va même plaisanter en déclarant : ‘Je ne peux pas le suivre !’.

Ben Harper est un excellent communicateur. Que ce soit vis-à-vis de ses musiciens que de l’auditoire, qu’il remercie à maintes reprises, parfois la main sur le coeur, comme s’il était submergé par une certaine émotion.

Il tend aussi le micro vers la foule pour l’inviter à chanter sur « Finding Our Way », l’incite à frapper dans les mains en rythme ou à les lever « With My Own Two Hands ». Sous les lumières du Zenith Arena rallumées pour la circonstance, tout le monde s’exécute, des premiers rangs aux derniers gradins du fond de la salle, pour ce long moment de communion.

Outre sa technique remarquable affichée, notamment lorsqu’il se sert de la slide, le Californien Ben Harper possède une excellente voix. Et son interprétation a capella et sans micro d’une partie de « Morning Yearning » a de quoi clouer le public sur place. La performance subjugue, et l’assemblée l’écoute religieusement avant de l’applaudir longuement.

Ben Harper rappellera aussi The Jack Moves sur l’estrade pour interpréter « Under Pressure », en hommage à Freddy Mercury et David Bowie, avant de terminer ces deux heures de concert par un solo acoustique sur « Waiting On An Angel ». Il est alors seul sur les planches face à un auditoire ébahi…

Donc le concert était génial. Pour être honnête, il ne m’a pas totalement convaincu. Pourtant, le son était nickel. Et la technique des musicos, irréprochable. Je vais encore me faire des amis, mais soit… En fait, j’ai eu l’impression d’assister au spectacle d’une véritable machine de guerre. Tous les rouages étaient parfaitement huilés. C’était même digne d’un show permanent à Las Vegas. A aucun moment, je n’ai ressenti une réelle émotion dans ses propos ou ses gestes ; que ce soit le poing levé ou la main sur le cœur. Tout semblait calculé comme dans une production hollywoodienne. Aucune place n’a été laissée à la spontanéité. Même le rappel et les reprises étaient savamment arrangés. Il y a fort à parier que si vous assistez à deux shows de cette tournée, vous retrouverez la même selist, les mêmes clins d’œil adressés au public, les mêmes attitudes censées communiquer des émotions… finalement, il ne changerait peut-être, que de t-shirt…

Quel dommage de voir un tel artiste se laisser bouffer par le système –et il n’est pas le seul– dans l’unique objectif de privilégier la rentabilité ; alors qu’il a le talent pour improviser à travers des jams mémorables… qui le rendraient célèbre… C’est un choix !

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(Org: FLP + Divan Production)

 

Jamie Lidell

Jamie Le Bienheureux

Écrit par

Actif sur une multitude de fronts depuis ses débuts (NDR : en 2000), dans des univers louvoyant entre soul, électro et funk, l’Anglais Jamie Lidell s’est taillé peu à peu une place à part dans l’univers musical actuel. Un véritable OVNI naviguant au sein d’une galaxie particulière : trop expérimentale pour le haut des charts (malgré le récent revival soul dont il aurait pu bénéficier…) mais toujours un brin trop pop pour les auditeurs les plus audacieux. L’anguille Jamie bénéfice toutefois d’un succès d’estime et critique mérité malgré quelques albums pas particulièrement faciles d’accès (« Compass », produit par Beck) sauvés par d’évidentes qualités de composition et une voix en or.

Afin de défendre « Building A Beginning », son dernier et plus accessible opus, le soulman anglais venait saluer la capitale de la Belgique ; tout particulièrement au sein de sa toujours impeccable salle de l’Ancienne Belgique. Un public assez conséquent accueille le musicien, aujourd’hui établi à Nashville, accompagné d’un impressionnant backing-band du cru, The Royal Pharaohs, constitué de 8 musiciens au groove véritablement imparable. Toujours souriant, Jamie Lidell débute son set pied au plancher par le single « Multiply » après une intro d’une belle coolitude offerte par ses pharaons. Le son, au début un peu faiblard, s’améliorera au fur et à mesure du show mais sa voix du crooner est, elle, dès la première note, d’une infinie justesse… et très rapidement le spectacle se transforme en véritable ‘feelgood concert’ grâce à des morceaux évoluant entre funk endiablé et soul quasiment guimauve ; même si les morceaux énergiques se taillent la part du lion. Seul bémol, comme sur disque, les compositions de Sir Lidell manquent parfois d’accroches mélodiques et tendent à se confondre si on excepte les singles « A Little Bit More », « Another Day » ou le plus récent « Walk Right Back ». Toutefois l’homme et son groupe élargi s’avèrent être de véritables showmen et la maîtrise des musiciens permet au show de monter en puissance tout en communiquant à chaque spectateur une mini banane… et définitivement de quoi passer un agréable vendredi en pensée.

Impossible en effet de sortir d’un concert de Jamie Lidell avec des idées noires tant la positivité des émotions et la justesse de sa voix combinées en font des moments de liesse collective. Merci Jamie donc…

(Organisation : Ancienne Belgique + Live Nation)

Ben Harper

A l’aise dans tous les styles…

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La dernière fois que votre serviteur avait assisté à un concert de Ben Harper, c’était en 2014. Au Cirque Royal. L’artiste était accompagné par l’harmoniciste Charlie Musselwhite. Un set qui s’était enfoncé au plus profond du Bayou. Ce soir, le Californien est programmé au Club de Forest National ; la capacité de la salle est donc réduite à plus ou moins 4 000 personnes. Et elle est sold out, car le deuxième balcon a été condamné ; une tenture noire séparant d’ailleurs le poulailler du reste de l’hémicycle.

The Jack Moves assure le supporting act. Comme pour toute la tournée européenne ; un périple baptisé ‘Call It What It Is Tour’. Le premier elpee (NDR: il est éponyme) de ce duo originaire du New Jersey est paru en décembre dernier. Prévu pour 20 heures, le set démarre un quart d’heure plus tôt. Cheveux longs, pantalons à pattes d’éph’ et chaussures à hauts talons, Zee Desmondes s’installe à l’avant du podium. Il se consacre au chant et à la guitare. Il est soutenu par le drummer/producteur Teddy Powell. Mais en ‘live’, le tandem est épaulé par un bassiste (bonnet enfoncé sur le crâne) et un claviériste.

Bien funky/r&b, « Doublin' Down » ouvre le set. La voix de Zee est particulièrement soul. La frappe de Teddy est métronomique. Les interventions des claviers sont discrètes mais efficaces. On se croirait revenu au beau milieu des années 60. Et tout particulièrement au cœur de l’âge d’or de la Motown. Zee se distingue à la gratte tout au long du magistral « All My Love », une compo hantée par Nile Rodgers. Sa voix est alors empreinte d’une grande tendresse. La cover du « A Fool For You » est excellente. Pendant le langoureux « Make Love », des sonorités de clochettes s’élèvent des synthés. De quoi faire tomber en pâmoison le public féminin. Une autre reprise, le « Heavy Love Affair » de Marvin Gaye. Revue et corrigée par la formation, cette version est épatante. Et « We'Re Here Now » clôt cette excellente prestation, un morceau dominé par les synthés, que ce soit à travers les sonorités d’ivoires ou même de cuivres, reproduites par cet instrument. Dommage que le band ne soit pas un peu plus interactif…

Agé aujourd’hui de 47 ans, Ben(jamin Chase) Harper a donc décidé de remonter son premier groupe : The Innocent Criminals. Vingt-cinq ans quand même que le guitariste californien roule sa bosse. Sa musique mêle rock, folk, blues, roots, gospel, funk et reggae. Outre ce combo liminaire, il a également drivé The Blind Boys Of Alabama et Relentless Seven. Ce soir, il a donc décidé d’en revenir aux sources pour défendre son quinzième album, « Call It What It Is ». Son backing group implique le percussionniste Leon Mobley, le claviériste Jason Yates, le bassiste Juan Nelson, le drummer Olivier Charles et enfin le second gratteur Jason Mozersky, qui remplace Michael Ward depuis mai dernier

Les lumières s’éteignent vers 20h50. En arrière-plan, une toile, sur laquelle est représenté le sigle du dernier opus (NDR : une cible de tir au couleurs verte, orange et brune) de Ben Harper & The Innocent Criminals, est tendue. Deux estrades sont érigées sur le podium. L’une est destinée à Leone et l’autre à Olivier. Harper s’installe au centre, face à son micro. Soit debout. Ou assis, quand il y pose sa guitare sur les genoux. Il est coiffé d’un chapeau mou de couleur blanche. « Oppression » (« Fight For Your Mind  ») ouvre le set. La voix est douce, hantée, mais bien maîtrisée. Yates, bandana bleu lui enserrant le front, et le drummer assurent les backing vocals.

Dès « Don't Take That Attitude to Your Grave » (« Welcome to the Cruel World », 1994), Ben passe à la guitare électrique. Le public applaudit chaleureusement. Régulièrement, la main sur le cœur, il remercie la foule. Il signale que c'est un réel plaisir de jouer ce soir devant un tel public. Qui reprend les refrains en chœur. La température grimpe graduellement. Il revient à la semi-acoustique pour « Finding Our Way », un premier extrait du nouvel opus. Si la set list va puiser au sein des 15 long playings de Harper, elle va quand même privilégier le dernier en date. Pendant « In the Colors » (« Lifeline »), des lumières blanches balayent les premiers rangs de la fosse. Et Ben accorde un solo magistral de percus, en fin de parcours. Il cale sa gratte sur les genoux pour attaquer « Shine ». Il transpire de plus en plus. Aussi, il glisse un essuie éponge de couleur noire sous son couvre-chef, avant d’empoigner le micro pour aborder « Morning Yearning » (« Both Sides of the Gun », 2006). La basse compte cinq cordes. Ce n'est pas courant. Tour à tour, Ben caresse ou martyrise les siennes. Les interventions du percussionniste et du bassiste sont impressionnantes. C’est d’ailleurs en compagnie de ce dernier que Ben va opérer un duel de plus de 15 minutes. Son partenaire au banjo. Harper, à la gratte, posée sur les genoux. Une joute endiablée et terriblement excitante, démontrant ainsi que Ben est à l’aise dans tous les styles. Et le concert de s’achever par « How Dark Is Gone ».

« Burn One Down » et « Where Could I Go » sont interprétés lors du premier rappel. Mais également « Under Pressure ». Pour cette cover signée Queen/Bowie, The Jack Moves débarque, au grand complet, sur les planches. Un très grand moment au cours duquel les artistes vont littéralement vider leurs tripes.

Lors du second encore, Ben revient seul. Il s’accompagne à la sèche électrifiée pour nous réserver son « Waiting On An Angel ».

Ce soir, flanqué de ses Innocent Criminals, Ben Harper a accordé un show exceptionnel. De plus de 150 minutes. Aussi, le public a le droit d’être satisfait. Il semble même comblé. Et dans la tête de votre serviteur, résonne l’un ou l’autre refrain, qu’il fredonne secrètement, le cœur empli de joie… et il n’est pas le seul…

(Organisation : Live Nation)

Voir aussi le reportage photos consacré au concert accordé par Ben Harper & The Innocent Criminals, à Lille, ce 20 octobre, ici.

 

 

 

Wild Beasts

Heureusement, il y avait un chouette light show…

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Quatuor londonien, Wild Beats a publié son cinquième opus, « Boy King », en août dernier. C’est d’ailleurs l’image de la pochette qui figure sur une toile tendue, en arrière-plan, quand on entre au sein du Grand Mix. Mais ce nouvel opus a pris une tournure résolument électro. Déjà que le précédent, « Present Tense », en consommait généreusement ; mais là, le ver est dans le fruit. Evidemment, en ‘live’, les morceaux prennent, en général, une forme plus organique, plus authentique. Enfin c’est ce qu’on espère en son for intérieur. Surtout que les prémices dream pop avaient permis au band de publier quelques singles d’excellente facture…

Avant de monter sur l’estrade, « Song to the siren » de This Mortal Coil retentit dans les haut-parleurs. Puis de très désagréables vibrations sonores ébranlent l’édifice. Pas très bon signe. Enfin, les musicos débarquent. En retrait, le batteur trône derrière un kit de fûts bien achalandé. Et pourtant son drumming est cool. Le guitariste et le bassiste (ou second guitariste, suivant les morceaux) se font face, derrière un synthé. Ce dernier partage également les vocaux avec Hayden Thorpe, qui se charge circonstanciellement de la basse et également d’un synthé. Les voix –falsetto pour Thorpe et baryton chez Flemming– sont complémentaires et se conjuguent régulièrement en harmonie. En outre, les musiciens affichent tous une excellente technique. Et le light show est superbe ; six colonnes de spots à leds rectangulaires dessinant même des formes géométriques. Mais le problème procède de cette déferlante électronique –nappes de claviers et beats programmés– qui non seulement asphyxie les compos, mais les rend bien trop lisses. Même les anciens morceaux sont ‘synthétisés’. Et le gratteur soliste a beau se servir d’un archet pour frotter ses cordes, on n’entend pas la différence. Seules quelques lignes claires émanent sporadiquement de sa gratte, comme pour rappeler que le band est bien britannique. Finalement, Wild Beasts incarne exactement cette forme d’électro que votre serviteur déteste. La musique électronique a ses lettres de noblesse ; mais abordée sous cet angle stéréotypé –pour être dans l’air du temps, sans doute– elle en devient toxique. Il ne manquait plus que les voix vocodées et la coupe était pleine. Heureusement, on a quand même vu un superbe light show ! (Pour les photos, c'est ici)

Et finalement, la bonne surprise nous est venue de Douglas Dare. Il assurait le supporting act. Ce fils de pianiste a également étudié cet instrument à l’‘Institute for Perfomance Arts’ de Liverpool. Son second album est sorti officiellement ce 14 octobre. Et il s’intitule « Aforger ». Il fait suite à « Whelm », paru en 2014. Physiquement, Douglas ressemble un peu à Howard Jones. A cause de ses cheveux blonds coupés au bol. Derrière son clavier, il est plutôt balaise. Il est soutenu par une claviériste/guitariste, également préposée aux backing vocaux. Qu’on pourrait qualifier d’atmosphériques, voire d’éthérés. Mais surtout par son fidèle batteur, Fabian Prym. Ce dernier est assis sur un tabouret bas et ses fûts sont disposés à la même hauteur. Etonnant ! Mais son drumming est impressionnant de dynamisme. Parfois, il vient ajouter quelques bidouillages électroniques ou alors agite un maracas en forme de sablier. Mais c’est la voix de Dare qui fait vraiment la différence. Certains medias la comparent à celle de Nils Frahm. Mélancolique, profonde, elle campe plutôt un hybride entre celle d’Antony Hegarty (Anohni, si vous préférez) et de Gavin Friday. Elle colle à merveille à une forme de trip hop introspective, élégante, capable de soubresauts rythmiques ; les arpèges dispensés par le Londonien d’adoption (NDR : il est originaire de Bridport, dans le sud-ouest de l’Angleterre) glissant comme des vagues tour à tour aventureuses ou chargées d’émotion. Douglas nous réserve un « Caroline » de toute beauté. En solitaire. On a alors l’impression qu’il caresse ses touches d’ivoire pour mettre en exergue sa voix exceptionnelle… Au bout de 30 minutes, le trio tire sa révérence et est chaleureusement applaudi. C’est amplement mérité. Cet artiste est manifestement à suivre de très près…

(Organisation : Le Grand Mix)

Steel Panther

De l’humour parodique, humoristique et quand même libertin…

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Ce soir, l’AB accueille Steel Panther, un groupe qui perpétue l’héritage du ‘Sex, drugs and rock’n’roll’. En avril de l’an dernier, il se produisait au même endroit. Et son concert était sold out. Rebelote pour ce mercredi 12 octobre.

Avant le set, votre serviteur assiste à une conférence de presse/interview réalisée par Johnny Jailbait et Pete Da Bomber. Au Huis 123. Le chanteur Michael Starr et le bassiste Lexxi Foxxx ont accepté de répondre aux questions des deux spécialistes du style. Michael porte un t-shirt au nom de son band ; un bandana mauve lui enserre les cheveux. Lexxi se pâme derrière un miroir de couleur lilas. Au cours de cet entretien d’une trentaine de minutes, la paire va se distinguer par son humour décalé. Faut dire que leur heavy rock pullule de clichés cocasses et sexistes inspirés des eighties. Parmi leurs expressions favorites, en ‘live’, figure un certain ‘Hey girl's, put your titten’. Ils adorent la drague et, ne vont pas tarder à le démontrer, en faisant la cour à une jolie dame, assise aux premiers rangs. Incorrigibles ! 

Après avoir retiré son précieux sésame, votre serviteur file au balcon pour se réserver une place de choix.

Inglorious assure le supporting act. Il est 19h30. Cette formation insulaire est née en 2014. Objectif ? Faire revivre un passé glorieux incarné par Whitesnake, Deep Purple, Def Leppard, Led Zep, Bad Compagny, Judast Priest et consorts.

La voix de Nathan James est aussi puissante que celle de Richard Halfort. Outre le chanteur, le line up implique le bassiste Colin Parkinson, le drummer Phil Beaver ainsi que les guitaristes Andreas Eriksson à Wil Taylor. Le premier à la lead, le second à la rythmique. Début août, le combo avait servi d’opening act lors de la journée métal, dans le cadre des Lokerse Feesten. Son nouvel elpee est attendu pour 2017 ; cependant, la set list va essentiellement puiser au sein du premier opus (NDR : il est éponyme).

En intro, les haut-parleurs diffusent le célèbre « Won't get fooled again » du Who (NDR : c’est également le générique de la série télévisée 'Les Experts : Miami'). Les musicos en profitent pour s’installer. Les six cordes sont bien grasses et huileuses. Incisives aussi. Tout en dégoulinant de testostérone. Les percus sont puissantes. On se demande même si le drummer ne va pas finir par trouer les peaux de ses fûts. Tout au long de la cover du « I Surrender » de Rainbow, le spectre de Ritchie Blackmore se met à planer. Faut dire que la voix de Nathan est alors très proche de celle de son maître. Une deuxième reprise, le « Fool For You Loving » de Whitesnake. Et ici, c’est plutôt celle de Coverdale qui commence à rôder. Au bout de 45 minutes, le constat est implacable : du sang ‘deeppurpelien’ coule dans les veines d’Inglorious (pour les photos, c’est ici)

Les roadies évacuent le matos sis à l’avant-scène. Le rideau rouge se ferme. Un fait devenu plutôt rare à l’AB. Le concert de Steel Panther est prévu pour 20h45. Il débute pile à l’heure. La tenture se lève. Et le set s’ouvre par le « I Love It Loud » de Kiss. Le bulldozer américain est en marche. Et il risque bien d’écraser une foule venue en masse. Les musicos affichent des looks bien ‘glam’ : bandanas de couleurs dans les cheveux et pantalons en latex : mauve pour Lexxi, noir et argenté pour Michael, noir et orange pour Satchel. Ce dernier pète la forme. Il se balade de gauche à droite en exhibant sa Gibson de couleur verte et noire. Lexxi a pris soin de déposer sa trousse de maquillage sur sa gauche, afin de pouvoir se refaire une beauté. Ses cheveux ondulent, grâce à un ventilateur placé devant lui. Michael ressemble étrangement à David Lee Roth. Il déménage littéralement sur l’estrade. A travers ses gestes, sa chorégraphie est bien calculée. Il est partout. Constamment en interactivité avec les premiers rangs, il se focalise quand même sur les meufs. Satchel libère des riffs huileux de sa Gibson rutilante tout au long de « Eyes Of A Panther » (« Feel The Steel »). Alors que la voix de Michaël décolle dans les aigus, Satchel et Lexxi assurent des chœurs de luxe. 

Tout au long du mélodieux « Just Like Tiger Woods » (« Balls Out »), Michael invite le public à balancer les bras ; un mouvement qu’il accompagne à l’aide de son pied de micro. Satchel lève régulièrement la jambe pour appuyer son riff. Lors du brûlot « Party Like Tomorrow Is The End Of The World » (« All You Can't Eat »), une communion totale s’établit entre le public et les artistes. Les lumières se rallument. Avant la question existentielle (NDR : ou qui tue, selon) destinée aux nanas : ‘Hey girl's, put your titten’ (Trad : hé les filles montrez vos seins !’). Dans la fosse, quelques unes grimpent sur des épaules de mecs et s'exécutent. Un petit grain de folie qui permet au set de repartir de plus belle sur « Asian Hooker ». Et si dans la salle les spectateurs remuent, ils ne se lancent pas dans des pogos. Faut dire que la musique des Californiens ne s’y prête pas tellement.

Seul sur le podium, Satchel se réfugie derrière les fûts ; et pendant 10 minutes, il va faire son show en interprétant les plus grands standards du rock, à la guitare. Une forme de medley épinglant tour à tour « Smoke On The Water », « The Trooper », « Iron Man », « Sweet Child O' Mine », « Breaking The Law » et « Master Of Puppets ». Satchel a tout compris de la technique des Slash, Steve Vai, Joe Satriani, Eric Clapton et Eddie Van Halen. Et à l’issue de son exercice de style, il sera longuement applaudi. Les 3 autres loustics reviennent sur les planches pour « I won't suck itself ». Digne de Van Halen ! Michael s'époumone sans pourtant altérer sa voix. Il descend dans la fosse et serre de nombreuses mains.

Satchel troque sa Gibson pour une bonne vieille gratte semi acoustique afin d’attaquer « She On The Rag ». Et le résultat est probant. Michael s’installe sur un siège haut. Stix descend de son estrade, empoigne un IPhone et commence à y jouer des claviers. Lexxi en profite pour se refaire une beauté. Avant « Girl From Oklaoma », une jeune fille est invitée à monter sur les planches pour participer au chant. Elle s’appelle Liesbeth. Et quoique intimidée, elle ne s’en sort pas mal du tout derrière le micro. Puis une vingtaine de gonzesses sont conviées à faire la fête, sur l’estrade, pendant « 17 Girls In A Row ». Très rock’n’roll ! Et plutôt hot. Car à l’issue de cet épisode, Satchel noue plusieurs soutiens-gorge laissés sur le sol par quelques unes d’entre elles, autour du manche de sa 6 cordes.

Un set de près de 120 minutes, y compris le rappel de deux titres. Un spectacle impressionnant, particulièrement au point et à l’humour parodique, humoristique et quand même libertin. C’est ce que le public souhaitait (pour les photos, c’est ).

(Organisation : Ancienne Belgique + Live Nation)

The Delano Orchestra

Parfum d’Auvergne au Botanique…

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Le Botanique (Bruxelles) et la Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand) s’étaient donc associés pour nous proposer une soirée 100% auvergnate. A l’affiche Youth Disorder, Matt Low et The Delano Orchestra. Fait plutôt rare, l’Orangerie est en configuration assise ; mais c’est souvent sous cette forme que votre serviteur y a assisté aux meilleurs spectacles…

Il n’y a pas plus de 50 personnes pour accueillir Youth Disorder. Les musicos sont à peine âgés de 20 printemps. Un quatuor qui va nous réserver set rafraîchissant et plutôt dynamique, dans un style qu’on pourrait décrire à la croisée des chemins d'Artic Monkeys, de Queens Of The Stone Age et de Joy Division. Vraiment sympa !

Place ensuite à Matt Low. Lui affiche déjà 34 balais. Il milite chez Garciaphone et The Delano Orchestra, mais respectivement comme guitariste et bassiste. Il vient de publier un clip en noir et blanc sur la toile. Intitulé « Blow », il est issu d’un deuxième Ep, baptisé « Hangar Nuit » (NDR : il fait suite à un premier, « Banzai », publié en octobre 2015), dont les textes ont été écrits par Jean-Louis Murat. Un disque qui sortira ce 13 novembre. Pas étonnant que les paroles soient exprimées dans la langue de Voltaire. Dans un registre qu’on pourrait situer quelque part entre Benjamin Biolay et Vincent Delerm, même si on peut définir sa musique comme pop/rock. Alexandre Delano vient lui filer un coup de main, pendant le concert, au violoncelle. Pas de setlist. Matt se consacre aux vocaux, bien sûr, et à la guitare. L’artiste va nous réserver des extraits des deux Eps, dont le fameux « Blow » ainsi que le superbe morceau atmosphérique, « L'Aventure ».

Le line up de The Delano Orchestra réunit six musiciens. La formation rencontre un succès certain en Grande-Bretagne, dans l’univers du rock alternatif. A ce jour, elle a gravé six elpees ; en outre, elle a apporté son concours à Jean-Louis Murat pour enregistrer son LP, « Babel ». Le line up implique donc le chanteur/guitariste Alexandre Delano (NDR : c’est le leader !), le bassiste Matthieu Lopez (aka Matt Low), le trompettiste/claviériste Julien Quinet (il se charge également des machines) et le drummer Christophe Pie. Le sextuor a sorti son dernier long playing, « Nibtu », au cours de ce mois d’octobre.

La set list va d’ailleurs réserver une place prépondérante aux titres de cet opus. La trompette et le violoncelle apportent une jolie touche d’originalité à la musique du band français. Et en alimentant un climat romantique et atmosphérique, ces interventions vous transpercent l’âme…

Le set s’ouvre par le tendre instrumental « Amman ». Les ivoires s’immiscent discrètement. Les percus sont classieuses. Un peu dans l’esprit d'Archive. Caractérisé par ses guitares rageuses, « Everything » (« Eitsoyam ») est sculpté dans une forme de post-rock onirique. Il y a des vocaux, mais ils sont contenus, afin de mettre en exergue une instrumentation parfaitement exécutée. « Seawater » (« Now That You Are Free My Beloved Love ») traite d’une rupture amoureuse. L’orchestration est de plus en plus riche. Il en émane une langueur, un spleen, susceptibles de torturer l’esprit ; alors que volcaniques, à l’instar des collines qui traversent l’Auvergne, l’expression sonore devient tumultueuse, comme si on assistait à une rencontre improbable entre les Pixies et Girls In Hawaii. Et « Trouble » lorgne carrément vers la bande à Antoine Wielemans. « Paloma » est une superbe composition. La voix est vaporeuse. Et le violoncelle accentue encore davantage cette impression de mélancolie.

Alexandre signale que dans 'leur pays', ils sont peu sollicités pour se produire en concert. Ce qui les pousse à jouer dans des maisons de retraites. Il ajoute que les vieux ont besoin de se toucher. Il invite donc le public à venir s'enlacer et occuper le dancefloor. Un slow langoureux défile donc devant nos yeux.

« November », c’est le mois des couleurs chatoyantes peintes par l'automne. Mais également de la chute des feuilles. C'est l'été indien qui précède les premiers assauts de l’hiver, là-bas, vigoureux. Et après avoir interprété « Olga », le voyage s’achève par « Outro ». En rappel, The Delano Orchestra va nous réserver « The Escape », un titre qui parle de lui-même, avant le retour de la troupe au cœur du Massif Central…

(Organisation Le Botanique et la Coopérative de Mai)

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