Benjamin Chase Harper est né en Californie. A Claremont. En 1969. Au fil du temps, ce chanteur guitariste a acquis une notoriété en développant un style très personnel et original, où se mêlent blues, folk, gospel, funk, rock et reggae. Il est parvenu à s'inspirer intelligemment de monstres sacrés tels que Robert Johnson, Jimi Hendrix et Bob Marley, pour n'en citer que trois. Très jeune, ce prodige s’exerce à la guitare acoustique dans l'atelier musical de ses parents. Il dispose alors notamment d’une Weissenborn (NDR : du nom du luthier allemand qui la créa). Il commet son premier album en 1992. En compagnie de Tom Freund : "Pleasure and pain". Un opus qui recèle pas mal de blues dont les classiques "Dust my broom" et "Sweet home Chicago". Lors d'un concert, il impressionne Taj Mahal qui l’invite à tourner quelque temps en sa compagnie. L'année suivante, il fonde les Innocent Criminals. Sous ce line up, paraît un premier elpee en 94, "Welcome to the cruel world", puis "Fight for your mind" en 95, "The will to live" en 97 et "Burn to shine" en 99, une oeuvre entièrement composée par Harper. Il embraie ensuite par un album enregistré en public : "Live from Mars". En 2001. Puis encore par "Diamonds in the inside" en 2003, "There will be a light" en 2004, pour lequel il reçoit le concours des Five Blind Boys of Alabama, un ensemble gospel qui participera encore à la confection d’un autre long playing immortalisé en public : "Live at the Apollo". A Harlem. En 2005.
Double CD, "Both sides of the gun" rencontre en une bonne heure de musique, les deux facettes du personnage : Ben le doux et Ben le dur. Ce qui explique la présence de deux disques différents. Le premier elpee expose la face tendre et délicate de l’artiste. Il s’ouvre par le brillant "Morning yearning". Le ton est à la musique de chambre. A cause de la présence d’un ensemble de cordes, nonobstant le chant de Ben. Ballade précieuse, contagieuse, "Waiting for you" communique sans ambiguïté un message d'amour. Dès que la mélodie pénètre dans votre oreille, elle ne la quitte plus. Posé dans le même écrin, "Picture in a frame" illumine l’œuvre de sa beauté immaculée. Pour la circonstance, les Innocent Criminals sont au grand complet (Michael Ward à la guitare, Jason Yates aux claviers, Juan D. Nelson à la basse, Francis Charles à la batterie et Leon Mobley aux percussions), communiquant à la texture sonore une dimension plus compacte et électrique. La voix de Harper est incontestablement le plus bel instrument de l'ensemble. Expressive, unique en son genre, elle est davantage mise en évidence lorsque l'environnement est dépouillé à l'extrême. A l’instar de "Never leave lonely alone", limité à Ben et la basse de Matt Cory ; ou encore "More than sorry", une compo saturée d’émotion, nonobstant la présence Danny Kalb à la guitare. Ben revient flanqué de son ensemble de cordes pour évoquer l’histoire d’un amour difficile : "Reason to mourn". Il chante divinement cette plage. Son vague à l'âme lui permet d’inoculer une sensation de désespoir à sa guitare amplifiée. Le premier disque s'achève sans jamais perdre de son intérêt.
Dit ‘dur’ ( ?!?!?), le second disque s’ouvre dans un registre totalement différent. On a même parfois l’impression de remonter le temps. Pour y revivre l'époque du "Sgt Pepper" des Beatles. Et « Better way » en est le plus parfait exemple. Un parfum d’Asie méridionale flotte dans l’atmosphère. Les sonorités riches, élégantes, complexes, entretenues par sitar et tablas, nous plongent dans une certaine sérénité. Tout au long de ce morceau, la voix de Harper est réverbérée à l'infini. Elle finit même par se déchaîner pour hurler sa quête du droit chemin. Le tamboura de David Lindley (Kaleidoscope) alimente la fête des percussions. Greg Kurstin s’assied derrière son orgue Hammond B3 pour seconder un Ben soudain passé au funk. Il semble hanté par le diable, lorsqu’il chante le titre maître. La tension est omniprésente. Le ton monte. Les fourmillements commencent à envahir nos doigts de pieds. Harper pousse le volume de son ampli. Les cordes s’alourdissent et épousent un riff plus ‘rollingstonien’ que nature pour célébrer "Engraved invitation". Responsable de toute l’instrumentation et de toutes les parties vocales, l’artiste est à la fête. On s'attend même à voir débouler Mick Jagger au micro! Et nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Notamment lorsqu’il se risque à l’exercice du disco riche et épais sur "Black rain", à la manière d'un Stevie Wonder des bons jours. Ballade roots, ma foi fort classique à première écoute, "Gather 'round the stone" s’ouvre sous la forme d’une parenthèse. Mais peu à peu, le climat se trouble. La voix semble véhiculer une forme de malédiction. Et la guitare de déferler en emportant tout sur son passage! Harper se mue en rocker lorsqu'il est rejoint par un second gratteur : Jason Mozersky. "Please don't talk about murder while I'm eating" libère une fameuse dose d’agressivité. Les vibrations électriques persistent et signent tout au long de "Get it like you like it". Le riff est dur et épais. Les cordes électriques de Michael Ward et de Mark Ford des Black Crowes crèvent l'écran! Ben saisit sa guitare slide pour nous rassurer. Il n’a pas oublié son blues. Et le démontre à travers "The way you found me". Face à la sobriété de l’accompagnement tout en swing, son bottleneck dévoile une facette sauvage de son jeu. Avant de nous quitter, Harper rappelle Mozersky. L’occasion rêvée de mêler les deux facettes : riff pur et dur, très sudiste, dans sa réalisation et allégresse acoustique, limpidité du toucher en contre-pied. Un superbe album pour cet artiste majeur!