Originaire d'Eugene dans l'Oregon, Bill Rhoades est un pilier de la scène blues du Nord Ouest américain. Il en est même considéré comme le ‘parrain’. A l’instar d’une multitude de ses contemporains, il s’est intéressé au blues au cours des années 60, à l'écoute de groupes issus du British Blues Boom. Il fonde sa première formation début des 70’s : les Rhythm Kings. Très actif, il monte son radioshow : "Blues Power", sur KLCC. A la même époque, il met sur pied l'Oregon Blues Society. Il fonde alors son Bill Rhoades Blues Band, un combo dont le patronyme se muera finalement en Party Kings. Concitoyen, le jeune Robert Cray va même régulièrement enrichir le line up sur les planches. Au cours des 80’s, il s’établit à Portland. Et dès son arrivée, il est invité à présenter un nouveau radioshow. Sur KBOO : "Blue Monday", une émission qu’il anime toujours aujourd'hui. Dans la foulée, il crée la Cascade Blues Society. Depuis quinze ans, les Party Kings cumulent les distinctions sur la scène blues locale. Une scène très active, il faut le souligner. Au sein des Party Kings figure Michael Osborn. Un excellent guitariste qui avait fondé le Charles Ford Band en 1970. En compagnie des frères Ford, bien sûr. En 1981, Michaël atterrit au sein du John Lee Hooker Band et en devient même le leader musical. Il y restera 13 années. Il a commis plusieurs elpees sur le label Blues Rock It dont "Cold hearted girl" en 88 (NDR : chez Crosscut), "A case for the blues" en 93, "A background in the blues" en 96 et son tout dernier, "Touch tone" en 2005. La section rythmique est constituée du bassiste Tommy Szell et du batteur Johnny Moore. Au cours des dernières années, Bill Rhoades ne s’est pas croisé les bras. En 1998, il a enregistré un album en compagnie d’Alan Hager : "Runnin' & ramblin". Un opus au cours duquel le duo se consacre exclusivement aux grattes acoustiques. Et en 2002, "Don't lose your Kool", flanqué des Party Kings.
L'album s’ouvre par des interventions très tranchées de l'harmonica. Bill possède une bonne voix. Il plaque des phrases aussitôt entrecoupées par des incursions percutantes de son instrument. Michael n'est pas en reste et sa première sortie est déjà déterminante. Les Party Kings virent au West Coast blues pour affronter la reprise du "She walks right in" de Charles Brown. Préposés à la section rythmique, les deux vétérans possèdent suffisamment de métier pour assurer le swing indispensable et nécessaire destiné à propulser Osborn dans un solo brillant et irrésistible. Une situation propice à communiquer un souffle réparateur à Bill qui explose dans le jump harp. En composant "I'm trying", Bill pensait certainement au fameux riff de Bo Diddley. Ce tempo nerveux inspire le leader, responsable d’une nouvelle évasion à l'harmonica. Et son jeu est à la fois brillant et musclé ! A cet instant, on se rend compte que la source d'inspiration majeure de notre homme émane du Chicago blues des fifties. Le disque recèle quelques excellentes covers. Et tout d’abord le "Now she's gone" de J.B Hutto. Dans un registre plus proche de Jimmy Rogers. Tout au long de cette compo, Bill semble être devenu un adepte très attentionné du style de Little Walter. Un excellent blues basique auquel participe Vince Carlysle (NDR : il a milité chez les Switchmasters de Jimmy Lloyd Rea), invité pour la circonstance. Dans l’univers des souffleurs, Bill apprécie tout particulièrement les deux Sonny Boy Williamson. Tout au long de "Temperature 110", non seulement il reste fidèle au jeu de Rice Miller, mais il s’acquitte de sa tâche avec une aisance déconcertante. Une prestation qu’il va reproduire, dans l’esprit de John Lee Williamson, lors de son "Early in the morning". Le "She moves me" de Muddy Waters a subi un traitement plus classique. Autre concitoyen, ami et producteur de cet album, Terry Robb s’y réserve la slide. Mr Rhoades signe également ici quelques compos. A l’instar de "Hurt again", un fragment qui macère dans le swamp blues de Baton Rouge. Nous ne sommes alors plus tellement loin des Slim Harpo, Lightnin' Slim ou encore Lazy Lester! L’attaque d’Osborn y est très personnelle, très rythmique, toute en sensibilité, presque indélébile… Boogie léger, "Voodoo lovin" est imprimé sur un tempo contagieux. Idéal pour lancer les solistes sur orbite. Michael d'abord. Bill ensuite. La section rythmique libère énormément de groove pour soutenir l'effort solitaire opéré par Osborn sur "Cindy Ann". Un solo habilement ficelé, en progression continue. Du bien bel ouvrage ! La version du "Kidney stew" d'Eddie Vinson épouse un profil très West Coast. Bref instrumental, "Sixes and sevens" est partagé en duo avec la shruti box de Dave Lange. Enfin, l’adaptation du notoire "Don't you lie to me" de Tampa Red est un véritable tour de force. Et on voudrait tellement que cette machine ne s'arrête jamais…