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mardi, 29 août 2006 03:00

The best of – 17 miracles

Rainer Ptacek est né en 1951. En Allemagne de l'Est. Il n'a que 6 ans lorsque sa famille s'installe aux Etats-Unis. Au cours des années 70, il se fixe définitivement à Tucson, dans l'Arizona. Déjà, il est passionné de musique et de blues en particulier. Guitariste, il se spécialise avec bonheur dans le domaine de la slide. Qu’il exerce au sein de groupes électriques : son trio Das Combo ou encore Giant Worm. Mais c'est surtout en solitaire que Rainer démontre toute l’étendue de son talent. Que ce soit armé de son dobro ou de sa National steel, il se révèle éblouissant. Son répertoire est partagé entre ses propres compositions et reprises, notamment de son bluesman favori : JB Lenoir. Malheureusement, Rainer n'est plus de ce monde. Il nous a quittés en novembre 1997, victime d'une tumeur au cerveau. Il n'avait que 46 ans. Le label allemand Glitterhouse a réédité toute sa discographie. Tout d'abord, celle qu’il a commise chez Das Combo. Et notamment "Barefoot rock with", un elpee paru à l'origine en 1986, et produit par son ami Howe Gelb, le leader de Giant Sand. Ainsi que "The Texas tapes". En 1993. Pour la circonstance, il avait reçu le concours de musiciens de ZZ Top. Sous son patronyme, ensuite : "Worried spirits" et "Nocturnes". Sans oublier la trilogie éditée à titre posthume : "Alpaca lips", "Live at the Performance Center" et "The farm", concoctée quelques mois avant sa mort. Son label vient donc d’avoir l’idée lumineuse de lui consacrer ce "Best of", un recueil qui réunit des plages issues de ses albums commis en solitaire, enrichi de deux inédits, en fin de parcours.

"17 miracles" est partagé, vous vous en doutez, en 17 morceaux! Peu de titres issus de ses opus antérieurs. Un seul de son tout premier, en compagnie de Rainer and Das Combo : le merveilleux et très électrique "Life is fine". Une compo dont l’intensité rappelle étrangement le meilleur de Neil Young, lorsqu’il est flanqué de son Crazy Horse. Donc lorsqu’il est le plus déjanté et le plus viscéral. Deux fragments relèvent de son premier elpee solo, "Worried spirits" : "Losing ground" (NDR : très inspiré du country blues) et "River of real time". Opus instrumental, "Nocturnes" a été réalisé au sein d’une chapelle perdue dans le désert. Le choix s’est porté sur "Within you without you", une plage à la beauté immaculée empreinte d’une extrême fragilité. Cinq fragments ont été extraits d'Alpaca lips". Et notamment "Rudy with a flashlight", la plage d'ouverture caractérisée par la sonorité étrange, limpide du dobro ; "The good book" une compo dont il émane un certain mysticisme des cordes, et que balaie discrètement une section rythmique veloutée ; ou encore un "Rude world" parcouru de vibrations surréalistes. Quatre morceaux du "Live", immortalisé en juin 1997 lors d’une prestation en solitaire, figurent sur cette plaque. Dont le très intimiste "One man crusade", "The farm", illuminé par un vocal bouleversant ; et puis surtout "One wrong turn", une chanson tellement proche du blues simple et pur du prestigieux Ry Cooder. Deux titres relèvent de "The farm" : "Junkpile", dont la fusion entre acoustique et cordes amplifiées suscitent une sensation de mal être, et le paisible "Oasis". Reste donc les deux inédits. Tout d’abord "Love buys love". Interprété sous une formule électrique, il est investi par une mélodie quasi pop et sublimé par ce merveilleux timbre d'archange. Et enfin, "Miss the Mississippi" qui achève la plaque. Une chanson raffinée par un piano léger, les cordes et cette voix divine. Et pour que votre information soit complète, sachez que Patti Keating, son épouse, a rédigé les notes de pochette. Son objectif : essayer de maintenir vivant, le souvenir de Rainer.

lundi, 27 février 2006 02:00

Souls alike

35 ans après la sortie de son tout premier opus, Bonnie Raitt vient de commettre son 18ème album! Un disque pour lequel elle est toujours armée de sa slide. Née à la fin des 40s, la rouquine a passé sa jeunesse à Los Angeles. Fin des 60s, elle déménage vers Cambridge, dans le Massachusetts. Elle y étudie les relations sociales à l'université de Harvard. Activiste, elle milite alors pour les mouvements civils et sociaux. Et déjà, écoute beaucoup de blues et de folk. Très vite, elle choisit la vie d'artiste et ouvre les concerts de légendes comme Mississippi McDowell, Son House, Muddy Waters ou John Lee Hooker. En 1971, paraît son tout premier album. Chez Warner. Et il est éponyme. Depuis, elle a pas mal bourlingué sur les routes, à travers le monde. Elle a également enregistré de nombreux albums, dont certains seront primés ; à l’instar de "Nick of time" en 90, "Luck of the draw" en 91, "Longing in their hearts" en 94 et le double live "Road tested" en 95. Une première, Bonnie produit ce "Souls alike". Elle a bien sûr reçu le concours de ses musiciens : Jon Cleary aux claviers, James Hutchinson à la basse, Ricky Fataar aux drums et George Marinelli aux guitares. Sans oublier Mitchell Froom aux claviers (synthétiques et classiques), John Capek, David Batteau et une brochette de vocalistes dont Maia Sharp (NDR : elle signe par ailleurs trois titres de cet elpee). Elle n'y interprète pas ses propres compos, mais reprend des chansons d'artistes peu connus.

Elle ouvre l’œuvre par "I will not be broken", une ballade roots rock aux accents R&B. Elle y met déjà en exergue sa superbe voix. Le "God was in the water" de Randall Bramblett est une plage de très bonne facture et bien plus aventureuse. L'instrumentation est bien en place et la première intervention de la slide ne se fait pas attendre, libérant un son étrange, blafard et bien épais. Ces sonorités travaillées, torturées, évoluent devant le riff hypnotique des cordes de Marinelli. L'environnement est entretenu par des notes découpées sur le fil du rasoir. "Love on one condition" est manifestement sculpté dans le funk. Nous ne sommes ici plus tellement loin de la démarche d’un Little Feat. La solution sonore est riche, très riche. Le décor complexe. Divers instruments s’y rencontrent et s'entrechoquent : slide, piano, guitare rythmique et percussions. Etonnant! "Unnecessarary mercenary" est également issu de la plume de Cleary. Un rock très New Orleans. Le piano du même Cleary roule. Bonnie conduit autoritairement et avec beaucoup d’assurance cette plage qui déménage. Ballades, "So close" et "I don't want anything to change" constituent des classiques dans le répertoire de Bonnie. La voix sensuelle et douce se promène au cœur d’une quiétude touchante et rassurante. Funky blues, "Trinkets" offre une belle occasion à notre chanteuse de manifester davantage d’agressivité dans la voix. La slide demeure oppressante, chargée d'une émotion contenue. Le backing band est homogène, sans la moindre faille. Miss Raitt maîtrise son bottleneck à la perfection, mais ses interventions, devant le piano électrique et les cordes, sont parcimonieuses. A contrario, "Crooked crown" détonne dans le paysage. On y rencontre une certaine dissonance délibérée, mais aussi des boucles électroniques injectées par Froom. Le travail sur les voix et les instruments est vraiment surprenant, quoique finalement convaincant. "Deep water" est une autre plage déconcertante. Elle est le fruit d’expériences électroniques opérées par John Capek. Signé Lee Clayton et Pat McLaughlin, "Two lights in the nighttime" concède une dernière incursion dans le rock louisianais où la slide est reine. Cet opus attachant s’achève par "The bed I made", une ballade fragile, particulièrement dépouillée, marquée par la tonalité jazz des ivoires de Cleary…

mardi, 26 septembre 2006 03:00

Big bee

Rev Raven est issu du South Side de Chicago. C’est après avoir assisté à un concert de Freddie King qu’il se décide à jouer le blues. Il y a déjà 35 ans. Avant de se fixer définitivement dans le Milwaukee, il a servi dans la Marine. Pendant 15 ans. Son 1er album, "Slow burn", date déjà de 1998. A cette époque, le Révérend drivait déjà son groupe : les Chain Smokin' Alter Boys. D’excellente facture, "Live at Blues on Grand" précédait "Big bee". Ce nouvel opus a été enregistré dans les studios El Rancho de Milwaukee. Pour la circonstance Raven est soutenu par P.T Pederson à la basse, Spencer Podash au drums et Benny Rickun à l'harmonica. Cet autre soliste est également un protégé du remarquable souffleur Jim Liban. Un concitoyen du Révérend, aussi. Ce dernier apprécie tout particulièrement la collaboration des harmonicistes talentueux. Il a ainsi bénéficié, en son temps, du concours de Cadillac Pete, puis de Madison Slim (NDR : un ami de longue date de Raven, mais surtout l’ex harmoniciste de Jimmy Rogers). Depuis, Rickun a repris le rôle avec beaucoup de talent. Hormis deux fragments (NDR : signés respectivement par Jim Liban et Benny Rickun - un instrumental !) Raven a composé toutes les plages. Et pour notre plus grand plaisir, son blues est toujours aussi imprégné de Chicago Blues urbain…

L'album s’ouvre par "My life". Un blues imprimé sur un tempo vif qui s’inspire du riff notoire d'Elmore James, mais sans slide. Dès le départ Rickun tire la couverture de son côté. Son solo est spectaculaire. Il libère tout ce qu’il a dans les poumons. Les cordes du Révérend le suivent à la trace. "Big bee" est manifestement contaminé par le célèbre "I'm a king bee" de Slim Harpo (NDR : un de ses maîtres). La guitare en profite pour prendre un billet de sortie. Aventureuse et nerveuse elle reste cependant bien dans le tempo. "Once the woman start talkin'" épouse un rythme plus syncopé. Une nouvelle fois proche de celui d’un Slim Harpo. Une occasion rêvée pour Benny de s'éclater. "Someday when I'm dead and gone" rappelle "Tee na nee na nu". Une compo qui baigne dans l'ambiance suffocante des swamps louisianais. La section rythmique est bien mise en évidence. Rickun se déchaîne. Quel panache ! Ce jeune musicien vit réellement son blues. Signé Jim Liban, "You ain't no friend of mine" opère un retour vers le South Side blues, cher à Muddy Waters. Un slow blues classique, simple, mais efficace. La voix de Raven n'est pas exceptionnelle, mais le message passe bien. Le tempo s'affole et la machine rythmique se met à swinguer tout au long de "Two times fine". La bande à Raven exécute un west coast jump blues de qualité. Les deux solistes sont soumis à rude épreuve. "Bad little girls" poursuit dans le même style. Benny est passé sur l'instrument chromatique. Autre compo signée Jim Liban, le solide "I don't want to know" permet à Rickun d’afficher toute l’étendue de son talent. "Here comes my baby" et "I wanna love you" replongent au cœur des swamps. Raven et ses musiciens trempent dans leur milieu naturel. L’instrumental "Benny's bounce" est issu de la plume de Rickun. Une parfaite synthèse du savoir-faire de cet homme, à l’harmonica! Raven sort enfin de sa réserve lors du tonique "Don't get on the wrong side of my baby". Il y accorde manifestement sa meilleure partie aux cordes. Très affirmé, autoritaire même, rien ne semble plus pouvoir l'arrêter. De bonne facture, cet opus s’achève par "She's movin' on". Le band y montre un concentré de ce qu’il fait de mieux : du rythme, de l’énergie, de la passion ; et puis les interventions survoltées de l'harmoniciste et du guitariste. Et pour que votre info soit complète, sachez que Jimmy Schwarz et Paul Stilin des Blues Disciples assurent brillamment la production de cet elpee.

lundi, 09 janvier 2006 02:00

Misty´s joint

Etabli dans l’état de Washington, au nord de la Côte Ouest, ce chanteur/guitariste compte déjà quelques années d'expérience à son actif. Il a côtoyé maint artistes notoires ; et en particulier Too Slim (des Taildraggers), Little Bill Engelhart (des Blue Notes), DK Stewart et les Seattle Women. En 2003, il a enregistré et produit "Confessions of a mad man" de Mark Riley, un disque qui a été plébiscité meilleur album blues de la Washington Blues Society. En 2001, il milite au sien d’un tribute band de blues à Seattle : la Blues Power Revue. Une sorte de réplique aux Blues Brothers. De passage à Portland, il se mue en directeur musical pour la chanteuse Margo Tufo, tout en lui apportant son concours à la guitare. Mais Dean drive également sa propre formation. Une équipe qui vient donc de commettre « Misty´s joint », un opus dont la musique est le fruit d’un savant mélange de blues, de R&B, de funk, de rock et de soul. Il est soutenu par une brochette d’excellents musiciens locaux, dont une majorité sévissaient déjà chez la Blues Power Revue. Il signe dix des onze plages, a opéré toutes les prises de son et assuré la production de cet elpee.

L'album s’ouvre par une compo funk : "One way". La section rythmique est solide. Le piano et l'orgue de Ric Ulsky épousent aisément ce rythme. Les cordes de Dean s’autorisent déjà un solo aérien de très bonne facture. "Something I said" est une superbe ballade digne de la quintessence de Steely Dan. Les arrangements rythmiques complexes font mouche. La ligne mélodique imperturbable. Blues lent, "Cold love" évolue dans un style proche du Memphis blues. Rick Ulsky se charge de l'orgue Hammond. Son ami Mark Riley lui donne la réplique aux vocaux. Les parties de guitare sont élégantes, parcimonieuses, mais efficaces. Le titre maître est sculpté dans le soul funk. Une ballade au cours de laquelle Steve Peterson imprime de ses drums, des rythmes probablement calqués sur ceux de Little Feat. Inspiré, Reichert exécute un solo très original, à la saveur jazz, face à une section de cuivres dont le concours enrichit le spectre de cette plage! Excellent ballade funky/blues/rock, "Movin" trace des lignes de guitares fort originales, tantôt sous la forme de courtes phrases à la Albert King, tantôt en amplifiant judicieusement certains passages. Probablement le meilleur morceau de l’opus ! Dean affiche un profil plus classique, tout en conservant sa singularité, pour attaquer "Let the groove". L'orgue Hammond de l'excellent Buck England se dégage de l'ensemble avant de céder le relais à un Reichert très en verve sur ce titre proche d’un BB King en rythme. Empreint de mélancolie et de tristesse, "Bad day" reflète un sentiment que tous les humains connaissent lorsqu’ils sont atteints par le spleen. Superbe et puissant, le chant de Reichert est ici bien mis en évidence face à l'orgue de Buck. "Opportunity" marque un retour au funk, un funk cuivré par le sax ténor de Keith Klawitter et la trompette d’Andy Omdah. Une seule reprise : "Body & Fender man", une compo signée Doc Pomus/Duke Robillard. England est aux claviers et Dean reste aussi enchanteur tout au long de cette version blues/funk aux accents jazzyfiants. De bonne facture, cet opus se referme comme il avait commencé. Dans un registre funk. Lors d’une compo qui s’intitule "Just won't stop"…

lundi, 23 janvier 2006 02:00

Voodoo lovin´

Originaire d'Eugene dans l'Oregon, Bill Rhoades est un pilier de la scène blues du Nord Ouest américain. Il en est même considéré comme le ‘parrain’. A l’instar d’une multitude de ses contemporains, il s’est intéressé au blues au cours des années 60, à l'écoute de groupes issus du British Blues Boom. Il fonde sa première formation début des 70’s : les Rhythm Kings. Très actif, il monte son radioshow : "Blues Power", sur KLCC. A la même époque, il met sur pied l'Oregon Blues Society. Il fonde alors son Bill Rhoades Blues Band, un combo dont le patronyme se muera finalement en Party Kings. Concitoyen, le jeune Robert Cray va même régulièrement enrichir le line up sur les planches. Au cours des 80’s, il s’établit à Portland. Et dès son arrivée, il est invité à présenter un nouveau radioshow. Sur KBOO : "Blue Monday", une émission qu’il anime toujours aujourd'hui. Dans la foulée, il crée la Cascade Blues Society. Depuis quinze ans, les Party Kings cumulent les distinctions sur la scène blues locale. Une scène très active, il faut le souligner. Au sein des Party Kings figure Michael Osborn. Un excellent guitariste qui avait fondé le Charles Ford Band en 1970. En compagnie des frères Ford, bien sûr. En 1981, Michaël atterrit au sein du John Lee Hooker Band et en devient même le leader musical. Il y restera 13 années. Il a commis plusieurs elpees sur le label Blues Rock It dont "Cold hearted girl" en 88 (NDR : chez Crosscut), "A case for the blues" en 93, "A background in the blues" en 96 et son tout dernier, "Touch tone" en 2005. La section rythmique est constituée du bassiste Tommy Szell et du batteur Johnny Moore. Au cours des dernières années, Bill Rhoades ne s’est pas croisé les bras. En 1998, il a enregistré un album en compagnie d’Alan Hager : "Runnin' & ramblin". Un opus au cours duquel le duo se consacre exclusivement aux grattes acoustiques. Et en 2002, "Don't lose your Kool", flanqué des Party Kings.

L'album s’ouvre par des interventions très tranchées de l'harmonica. Bill possède une bonne voix. Il plaque des phrases aussitôt entrecoupées par des incursions percutantes de son instrument. Michael n'est pas en reste et sa première sortie est déjà déterminante. Les Party Kings virent au West Coast blues pour affronter la reprise du "She walks right in" de Charles Brown. Préposés à la section rythmique, les deux vétérans possèdent suffisamment de métier pour assurer le swing indispensable et nécessaire destiné à propulser Osborn dans un solo brillant et irrésistible. Une situation propice à communiquer un souffle réparateur à Bill qui explose dans le jump harp. En composant "I'm trying", Bill pensait certainement au fameux riff de Bo Diddley. Ce tempo nerveux inspire le leader, responsable d’une nouvelle évasion à l'harmonica. Et son jeu est à la fois brillant et musclé ! A cet instant, on se rend compte que la source d'inspiration majeure de notre homme émane du Chicago blues des fifties. Le disque recèle quelques excellentes covers. Et tout d’abord le "Now she's gone" de J.B Hutto. Dans un registre plus proche de Jimmy Rogers. Tout au long de cette compo, Bill semble être devenu un adepte très attentionné du style de Little Walter. Un excellent blues basique auquel participe Vince Carlysle (NDR : il a milité chez les Switchmasters de Jimmy Lloyd Rea), invité pour la circonstance. Dans l’univers des souffleurs, Bill apprécie tout particulièrement les deux Sonny Boy Williamson. Tout au long de "Temperature 110", non seulement il reste fidèle au jeu de Rice Miller, mais il s’acquitte de sa tâche avec une aisance déconcertante. Une prestation qu’il va reproduire, dans l’esprit de John Lee Williamson, lors de son "Early in the morning". Le "She moves me" de Muddy Waters a subi un traitement plus classique. Autre concitoyen, ami et producteur de cet album, Terry Robb s’y réserve la slide. Mr Rhoades signe également ici quelques compos. A l’instar de "Hurt again", un fragment qui macère dans le swamp blues de Baton Rouge. Nous ne sommes alors plus tellement loin des Slim Harpo, Lightnin' Slim ou encore Lazy Lester! L’attaque d’Osborn y est très personnelle, très rythmique, toute en sensibilité, presque indélébile… Boogie léger, "Voodoo lovin" est imprimé sur un tempo contagieux. Idéal pour lancer les solistes sur orbite. Michael d'abord. Bill ensuite. La section rythmique libère énormément de groove pour soutenir l'effort solitaire opéré par Osborn sur "Cindy Ann". Un solo habilement ficelé, en progression continue. Du bien bel ouvrage ! La version du "Kidney stew" d'Eddie Vinson épouse un profil très West Coast. Bref instrumental, "Sixes and sevens" est partagé en duo avec la shruti box de Dave Lange. Enfin, l’adaptation du notoire "Don't you lie to me" de Tampa Red est un véritable tour de force. Et on voudrait tellement que cette machine ne s'arrête jamais…

mardi, 27 juin 2006 03:00

Guitar man Live

Sherman est originaire de Beaux Bridge, un patelin sis non loin de Lafayette, en Louisiane. Il a passé sa jeunesse à Houston, au Texas. Contaminé par le virus du blues, il tâte très tôt de la guitare et se retrouve, dès la fin des 60s, derrière Bobby "Blue" Bland et Junior Parker. Il monte alors son groupe : le Crosstown Blues Band, en compagnie duquel il commet deux albums pour le label Lunar. Quelque temps plus tard, on le retrouve au sein du backing band de Clifton Chenier, le roi du zydeco, à la guitare. Cette aventure durera cinq ans. Une aventure au cours de laquelle il tournera inlassablement en Europe et aux Etats-Unis. Paul Simon en personne l'invite pour participer à la confection de son album "Graceland". En 1986. Le célèbre producteur britannique, Mike Vernon, le repère et le pousse à enregistrer son premier elpee sur son label Code Blue : "I'm the man". En 1993. Trois ans plus tard, il concocte "Here and now", toujours chez le même label, désormais distribué par Atlantic. En 98, il édite "Going back home", chez Audioquest. Il s’agit de son dernier elpee studio à ce jour. Un opus pour lequel il avait reçu le concours de deux musiciens de Little Feat : le pianiste Bill Payne et le batteur Richie Haywayd. Depuis, il n’a pratiquement plus jamais quitté la route. Et n’a donc plus beaucoup de temps à passer en studio. Ultime solution : immortaliser ses prestations ‘live’. L’occasion s’est présentée en mai 2005, aux Pays-Bas. Lors du Kwadendamme Blues Festival cher à Pete Kempe des Juke Joints. "Guitar man Live" vient donc de paraître chez Crosscut. Pour la circonstance, il a reçu le concours du Blues Move, soit Julian Grudgings aux claviers, John Moloney à la basse et Mike Hellier aux drums. Cette équipe nous sert un cocktail subtil et personnel dérivé du cajun louisianais et du blues groove texan, baptisé "Loutex".

Le concert s’ouvre dans le pur R&B par "Out of sight out of mind", une composition signée Chris Youlden qui figurait sur son album solo "Mattico", un disque paru en 1993. Longtemps chanteur de Savoy Brown, ce musicien demeure un des fleurons du british blues boom des sixties. La voix de Sherman est chaleureuse, puissante, taillée pour ce genre de répertoire. Il la pousse avec une facilité déconcertante. L’orgue Korg de Julian occupe une place prépondérante dans le décor sonore. Sherman passe à la vitesse supérieure en attaquant son "Long way from home". Canalisé par les courtes phrases de la Fender Stratocaster, ce blues rock galope. Les vocaux de Sherman éclatent avant que les cordes sortent d'une réserve à peine contenue. Plus rien ne peut désormais l'arrêter. Albert Collins hante son esprit ; tout en ayant le souci de ne pas tomber dans le fac-similé. Shouter affûté, il implore "Shake rattle, roll". La puissance de feu est constante. Elle dévaste tout sur son passage. Survolté, Sherman fait suer tout les Blues Move en imprimant un tempo funky sur son "Guitar man". Plus personne dans l'assistance zélandaise ne tient en place. C'est le moment choisi pour détendre l'atmosphère et concéder du smokin' blues bien texan, même si la version ralentie du "Dust my broom" de Robert Johnson est pratiquement méconnaissable! Le musicien est possédé par sa musique. Il ne fait plus qu’un avec sa guitare. La voix et les cordes ne peuvent plus de détacher. Il libère nerveusement des flots de notes bien senties. Toute la sensibilité de l'artiste imprègne ce blues chaleureux. Le rythme refait surface pour le "Home of the blues" de Colin James. Tout au long de ce R&B assez funky, Sherman racle les mots au fond de sa gorge. Il n’est pas loin d'un Robert Cray, mais la voix est plus grave, moins lisse. Il manifeste énormément de vécu dans sa démarche. Robertson semble possédé pour exécuter la version du "Linda Lu" de Ray Sharpe, à la manière du maître de la Telecaster, Albert Collins. Une cover qui vire rapidement à une orgie de guitare. Slow blues, "Make it rain" constitue uns des meilleurs morceaux du concert. La voix de Robertson est à la fois bouleversante, puissante et poignante. Il se consacre exclusivement au chant, délaissant délibérément ses cordes. L'orgue Hammond assure la partie instrumentale. Le concert s’achève par une très longue version de "Tin pan alley", une compo imprimée sur un mid tempo. Il s’y fait encore une fois shouter, répondant à coups de phrases acérées.

mardi, 02 septembre 2008 20:59

Today

Delta Groove est probablement le label blues le plus branché actuellement. Admirablement structurée, il bénéficie d’un site web particulièrement attractif. Les sorties sont régulières et au cours des derniers mois, il s’est doté d’un label satellite : Electro Groove. Davantage ouvert à l’univers rock, il a signé Ana Popovic, puis Jason Ricci. C’est au tour de Mike Zito de rejoindre la boîte. Issu de Saint Louis, ce jeune chanteur/guitariste/compositeur voue une admiration pour des gratteurs notoires. En l’occurrence Hendrix, Clapton, Stevie Ray Vaughan et… Van Halen! Et en matière de chant et d’écriture, il apprécie Neil Young, Mick Jagger, Johnny Cash et John Hiatt. A ce jour, il comptait quatre albums personnels à son actif : "Blue room" en 1996, "America's most wanted" en 99, "Slow it down" en 2004 et "Superman" en 2006. « Today » constitue donc son cinquième.

Randy Chortkoff a ouvert toutes grandes les portes des studios FX à Los Angeles. Il a confié la production à David Z et lui a collé un adjoint : Tony Braunagel. L’ex-musicien de Taj Mahal et du Phantom Blues Band se charge, en outre, des drums. Hutch Hutchinson, musicien de Bonnie Raitt, se réserve la basse et Benmont Tench (NDR : il a fondé les Heartbreakers en compagnie de Mike Campbell et Tom Petty), les claviers.

Dès les premiers accords du morceau d’ouverture, "Love like this", on se prend au jeu de Zito. Il possède une superbe voix. Très personnelle aussi. Cette plage passe bien la rampe. Un service gagnant, puissant et très rythmé susceptible de rappeler Bruce Springsteen. Notamment à cause des répliques féminines formulées par Teresa James et Ce Bullard. "Superman" évolue au sein d’une atmosphère plus blues. Les arrangements pop/funk lorgnent vers Clapton. Cependant, voix et mélodie affichent un charme indéniable. L'opus est homogène. Ce qui s’explique surtout par le style très caractéristique de Zito. La qualité instrumentale est également au rendez-vous. « Holding out for love » en est une belle illustration. Le monde de Mike est également empreint de douceur. Cette douceur peut même se révéler d’une simplicité désarmante. Mais aussi d’une beauté incomparable. A l’instar de "Little Red Corvette", une compo signée Prince, que Zito susurre d’une voix soul blues très expressive. "Universe" s’inspire davantage de Hendrix. Mais un Hendrix visionnaire. Une invitation au voyage, au cours duquel on assiste à une superbe partie de cordes… Le blues est plus présent sur les morceaux suivants. Et tout d’abord sur "Blinded", une plage abordée dans un style laidback raffiné ; quoique paradoxalement proche de Carlos Santana, vu le style de percussions proposé par Braunagel. Et la même recette est reproduite pour "No big city". Blues lent, presque classique, "Slow it down" est sculpté par les accords dramatiques de la guitare. Contaminé par le funk, "Deep down in love" est balisé par un riff rythmique. Ce qui n’empêche pas la guitare de s’autoriser des dérapages contrôlés. Les lignes directrices de "Dirty things" sont tracées suivant un profil très Chicago Westside. Mitch Kashmar est venu renforcer l’équipe à l’harmonica. Faut dire qu’il relève de l'écurie Delta Groove. Autre plage funkysante, "Hollywood" est cuivrée par les excellentes interventions de Joe Sublett et Darrell Leonard, alors que la six cordes emprunte les accents de Stevie Ray Vaughan. Enfin, la voix de Zito crache ses dernières cartouches sur la ballade indolente, "Time to go home".

 

mardi, 02 septembre 2008 20:38

Grip of the blues

Erja est de nationalité finlandaise. Elle compose, écrit des contes, chante et joue de la slide guitare. Inséré dans un bottleneck (goulot de bouteille), son doigt glisse le long du manche de son instrument. Elle est née dans la petite ville de Kuopio. Elle avait déjà sorti quelques disques sur le plan local. Une discographie entamée au début de ce siècle. Depuis, elle a signé chez le label allemand Ruf. Elle avait participé au projet "Pilgrimage – Mississippi to Memphis", un elpee paru en 2005. Elle y partageait l’affiche en compagnie de deux artistes anglais : Aynsley Lister et Ian Parker. Deux musiciens qui ont également participé à la confection du Dvd, "Blues Caravan". En 2006. Et elle y était également impliquée. Son premier opus personnel pour le label Ruf est atterri dans les bacs, la même année : "Dreamland blues". Un album pour lequel, elle avait reçu la collaboration de David et Kinney, deux fils du regretté Junior Kimbrough.

Pour concocter ce nouvel elpee, elle a bénéficié du concours de ses propres musiciens ; et notamment Davide Floreno, préposé à la guitare rythmique. Erja a écrit dix des douze plages. Dès les premières mesures nous sommes séduits par la sonorité dispensée par sa slide. Son jeu n'a rien de conventionnel. Il est par conséquent très personnel. Sur l’instrumental "Broadcast", elle laisse libre cours à son inspiration. Le son est très métallique. Les collaborateurs manifestent une parfaite cohésion. Elle interprète d’un timbre chaleureux "Everything's fine", un shuffle guère puissant, caractérisé par le côté légèrement fausset de la voix, proche de celle d’une Sue Foley. Une nouvelle fois, la touche personnelle est indéniable. Après quelques couplets, elle s'évade sur son manche. Et le résultat est tout à fait remarquable. Elle troque sa slide contre une guitare classique tout au long de "Grip of the blues", une agréable ballade bluesy au cours de laquelle elle parvient à trafiquer les sonorités en tirant parti de ses pédales. Elle adapte le "Steamy windows" de Tony Joe White. Un des ses maîtres ! La cover de ce chant des swamps est très soignée. La voix d'Erjja se prête bien à ce type de compo. L’atmosphère est suffocante. Le riff rythmique est lourd et hypnotique ; mais il colle parfaitement au contexte. La slide inoculée tout au long d'"Inner beauty" est plus légère et aérienne, proche des tonalités dispensées par Dickey Betts (ex-Allman Brothers Band). Une ballade agréable au cours de laquelle elle parvient cependant à apporter sa propre coloration. Plus musclé, "Let it shine" relève de l’univers rock. Les changements de rythme sont balisés par la slide gouailleuse. Gourmande, aventureuse, elle est poussée dans le dos par la guitare rythmique de Floreno! Ballade majestueuse, plutôt mélodieuse, "Wish I had you" baigne au sein d’une ambiance psychédélique. La voix est éthérée. Un climat entretenu également sur "Unteachable". Nouveau conte musical, "Voyager's tale" évolue sur un tempo particulièrement lent. Une très belle chanson plantée au cœur d’un décor musical dépouillé, réminiscent dans ses sonorités du célèbre "Albatross" de Fleetwood Mac… Miss Lyytinen renoue avec un style plus classique –du Mississippi blues musclé et très électrique– sur la reprise de "Rollin' & tumblin'". Son "Wanna get closer" la replonge dans le climat funky et répétitif des swamps. Cet album de bonne facture s’achève par "Dissatisfaction". La colère métallique se manifeste à travers les derniers éclairs déclenchés par la slide de notre rouquine finnoise.

mardi, 25 avril 2006 03:00

Sugar

Ruben est néerlandais. Il est surtout le fils d'une figure légendaire du blues et du boogie batave, le pianiste Rob Hoeke. Préposé à guitare, le fiston a manifestement hérité du goût de son père pour le blues. Il est encore très jeune lorsqu’il sévit déjà au sein de Blues on the Road, puis de Pepping Express. En 96, il se rend aux States. Un périple qui va durer 6 semaines. Il visite le pays de l’oncle Sam, mais surtout se produit en live. Notamment à Chicago et dans le Sud profond. Lorsqu’il revient c’est pour militer chez The Hurricane Blues Band et Stone Freak. Il a fondé son propre groupe début 2004. Un quartet qui implique le vocaliste Frank Van Pardo, le bassiste Dave Besse et le drummer Remco Van der Sluis.

"Backdoor blues" ouvre le feu. Une plage bien rythmée. Le blues de Ruben Hoeke évolue dans un registre assez pub rock. Dans le style, la voix de Frank passe bien la rampe. Solistes, Van Pardo à l'harmonica et Ruben à la guitare, obtiennent déjà leur billet de sortie. Cette plage aurait pu figurer au répertoire de Dr Feelgood. La guitare emprunte des accents à John Lee Hooker pour attaquer entamer "Swamp" ; mais la suite tourne à un festival de guitares, au cours duquel on assiste à un tournoi entre Ruben et son invité, David Hollestelle Jr (NDR : il a milité de nombreuses années au sein du Wild Romance d'Herman Brood). L'ouverture de "Enough of that stuff" est royale. Très BB King, ce titre bénéficie de la participation de Tineke Schoemaker (la chanteuse de Barrelhouse), du pianiste Gergren Deves (en compagnie duquel il a animé une émission radio pendant quatre ans) et de l'un des plus célèbres gratteurs des Pays-Bas, l’ex Brainbox et Focus : Jan Akkerman. Un excellent morceau au cours duquel les cordes sonnent comme le Peter Green des bons jours. Blues lent, "Midnight prayer" ne suscite guère d’intérêt, mais la voix de Frank ne manque pas de charme ; alors que Ruben se réserve un solo bien senti, pas très blues mais bourré de feeling. Nos doigts de pieds se mettent à frétiller pour le boogie "Dirty little women". Toue l’équipe du RHB y libère un maximum d'énergie. Le "Cherry Red" d'Ivory Joe Hunter est un nouvel exercice du blues lent. Wouter Planteidt (leader du trio Sjako!) chante cette version très dépouillée tout en se réservant la seconde guitare. Jan Peter Bast siège derrière les claviers. Mais pour la circonstance, Ruben se montre très avare de ses notes ; il ne concède d’ailleurs que l'essentiel. Excellent ! Et le reste de l’opus ne manque pas d’allure. Très tonique, "Soul on fire" me rappelle un ancien groupe du British blues boom qui impliquait Mick Clarke à la guitare : Killing Floor. Plus atmosphérique, "Misty morning" est caractérisé par ses changements de rythme. Et ne passons pas sous silence le titre maître, une compo particulièrement puissante. Ballade empreinte d’une grande tristesse, "Drinking on my bed" nous plonge dans un univers glauque, proche de Tom Waits. Thé Lau (NDR : il a été pendant vingt ans le leader d'un groupe particulièrement populaire chez nos voisins du Nord, The Scene) s’y réserve les vocaux. Kaz Lux (ex-Brainbox) chante admirablement "Lord I feel tired", une autre ballade tendre. Elle est soutenue par les cordes de Ruben et l'harmonica de Hans Mulder. De bonne facture, cet opus s’achève par le "Rip this joint" des Rolling Stones. Une solide dose de rock'n'roll primaire entretenue par le piano de Deves et le saxophone hurlant de Boris Vander Lek…

 

 

mardi, 28 novembre 2006 02:00

Out of the shadows

Le Phantom Blues Band est surtout connu comme backing band de Taj Mahal depuis 1993 ; c’est à dire depuis la sortie de l'album "Dancin' the blues". Leur premier elpee, "Limited edition", était paru en 2003. Les musiciens sont tous des vétérans du blues. Pour la plupart issus de la scène texane. Deux figures de proue : Johnny Lee Schell et Mike Finnigan. Ils se partagent le chant. Le premier est guitariste. Le second claviériste. Figurez-vous qu’ils avaient participé à l’enregistrement du célèbre album "Electric Ladyland" de Jimi Hendrix, mais aussi apporté leur collaboration à Crosby, Stills and Nash, Dr John et Carlos Santana. Le lin up du groupe implique Denny Freeman, un guitariste d’origine texane (NDR : il a sévi chez les Cobras en compagnie de Stevie Ray Vaughan), Larry Fulcher à la basse et Tony Braunagel aux drums (NDR : une assise rythmique particulièrement soudée), ainsi que d’une section de cuivres (NDR : plusieurs WC Handy Awards leur ont été décernés !) au sein de laquelle figurent le saxophoniste Joe Sublett et le trompettiste Darrell Leonard. Leur musique gravite autour du blues, du R&B, du jazz, du funk et de la soul, un melting-pot qui emprunte autant à New-Orléans, Memphis qu’à la West Coast.

"Do the dirt" ouvre les hostilités sur un mode funky. La section rythmique y démontre toute sa solidité. Soutenu par les chœurs de Mike et Larry Johnny, Lee chante de sa voix puissante. L’orgue hammond se fond parfaitement dans l’ensemble. Le "My aching back" de Lowell Fulsom est un blues saignant proche de BB King. Piano et orgue se superposent. Les cuivres entrent dans la danse. Les vocalistes semblent s'amuser! Marqué par la voix surpuissante de Finnigan, le tempo s'élève. Les deux cuivres ont le champ libre et participent aux échanges jazzyfiants entretenus par le piano, la section rythmique et les percussions de Lenny Castro. Taj Mahal (NDR : c’est le boss !) ne résiste pas à l’aubaine et vient souffler dans son harmo sur "I only have love", une plage très Memphis R&B. La production de John Porter est excellente. Les vocaux sont souvent mis en exergue. Et en particulier sur les magnifiques ballades "Rain down tears" et surtout "Let them talk", proche d’un Ray Charles. Ou encore de "I'm looking for a miracle", souligné d’arrangements gospel. Les rythmes spécifiques de la Nouvelle Orléans envahissent "Big boy Pete". L’exotisme jamaïcain parfume "Book of rules". Un traitement très latin a été administré au "Havana Moon" de Chuck Berry. Le "Think" de Jimmy McCracklin brille par sa simplicité et son instantanéité. Le "Mary Ann" de Ray Charles a subi un traitement dansant. Slow blues brûlant, "Part time love" est un plaisir pour les oreilles. D’autant plus que le gratteur Johnny Lee sort de sa réserve avec beaucoup de tact et de feeling. Il remet le couvert lors du bonus track. Un blues lancinant intitulé "Baby doll". Album captivant et varié, "Out of the shadows" mérite vraiment une écoute attentive. Une condition indispensable pour apprécier cet opus à sa juste valeur.