La nation fantôme de The Besnard Lakes…

Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

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La Divine Comédie de Lora Gabriel

Lora Gabriel a trouvé sa voie en oscillant constamment entre les polarités pour mieux les réconcilier. Cette quête débute dès son enfance, lorsqu'un professeur de flûte traversière, au conservatoire, lui propose de chanter les notes qu'elle joue. Son premier…

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lundi, 16 janvier 2006 02:00

Cherry Stone park

Ce trio amstellodamois talentueux est parvenu à tracer un chemin musical très personnel en mêlant habilement tout un éventail de paramètres, parmi lesquels on retrouve le blues traditionnel, le desert rock, le boogie poussiéreux et la roots music. Ce qui ne l’empêche pas de concéder l’une ou l’autre ballade dépouillée, d’avoir recours aux artifices psychédéliques ou de mettre son expression sonore à la sauce contemporaine. Les trois musiciens se partagent une foultitude d'instruments. Mischa den Haring se réserve le chant, la guitare électrique et acoustique, le piano électrique ainsi que la mandoline. Martin de Ruiter le vocaux, les drums, les percus et le piano. Enfin, Donné la Fontaine, la basse, le banjo et l’ukulélé. A ce jour la formation comptait deux albums à son actif : "Coo-coo" en 2001 et "Strange things happen" en 2004. Partiellement enregistré à Tucson, en Arizona, cet opus qui a les avait véritablement révélés. La pochette de « Cherry Stone park » est de couleur rouge sombre. A l’intérieur du booklet, le trio pose, la mine sévère. Et pour cause, ils sont vêtus comme des croque-morts. Martin porte des fleurs déjà fanées. Cette photo accentue le côté ténébreux de leur univers.

"Yo-yo-yo" baigne au sein d’une atmosphère terrifiante et suffocante : celle des bayous lointains de la Louisiane. Une entrée en matière étrange pour le trio batave. La guitare de Mischa se repaît voracement des échos réverbérés face à la section rythmique plus solide et solidaire que jamais. Le vent souffle. Il provoque des remous à la surface des marais. Pour "8-ball in the side pocket", T-99 reste bien ancré dans le Sud profond des USA, non loin des digues déstructurées du Mississippi. Mais la démarche est minimaliste. Evert Kaatee secoue la cloche pour ponctuer les percussions de Martin. Mischa chante en s’accompagnant rythmiquement d’une sèche. L'environnement demeure lugubre, même en ouverture de "Cold rolled steel". La batterie évolue à l'avant-plan. La voix de Martin rejoint celle de Mischa avant que ne surgissent les cordes amplifiées, gourmandes, menaçantes. Le timbre distant d'Evert est passé au scanner. Martin chante la ballade folk "Hayfever". Donné double sa basse acoustique d'un bienveillant ukulélé. Interlude instrumental, "Regalo para donna" amorce un tango très rigoureux et classique, qui aurait pu servir de toile de fond à un film de Tarantino, avant de changer radicalement de tempo. Beaucoup plus vif, il vire rapidement à une sorte de surf music frivole et éclatante. "Twine" ne déride toujours pas le climat. Presque funéraire il se mue subitement en rouleau compresseur manœuvré par Mischa. Au loin, la voix distante de Martin contemple. "Tonkin" nous embarque dans un de ces vieux trains fantômes du Far West ; un convoi traqué par une horde d'indiens menaçants. A cheval. Au galop. Le combat est inéluctable! Mischa revient au micro susurrer "When the wagon comes", dans un silence glacial. Sans esquisser le moindre sourire, Martin et Donné soufflent dans un mouth trombone. Il sont même soutenus par le tuba de Harm Bredero, un banjo, un ukulélé et la guitare lumineuse de Mr Den Haring. Le rythme se déforme, puis devient syncopé pour aborder "Shake it!", un blues/rock que la plupart des autres artistes se contenteraient de dispenser le plus classiquement du monde. Sans y ajouter la moindre once d’originalité. Cependant, T-99 a le bon goût de tout décomposer, de tout déchiqueter, avant de tout reconstruire. Habilement ! La guitare s’y autorise même une sortie audacieuse, franche et enthousiasmante. "When I'm gone" s’ébroue comme une petite complainte country & western bien inoffensive avant de bénéficier d’un solide coup d'accélérateur, et de redémarrer sur les chapeaux de roues. Le train ralentit. Il arrive en gare. Les percussions envahissent les quais. Un chant incantatoire s’élève. Martin le surplombe pour driver cette complainte contagieuse. "White wedding" consacre ce mariage dans un monde de croque-morts. Un sacrement qui lie la guitare acoustique du producteur Teddy Morgan et les cordes enfin sereines de Mischa, dans un univers sonore au sein duquel riment pureté, beauté et sérénité. Vraiment un opus qui brille par son originalité et sa créativité !

mardi, 18 juillet 2006 03:00

Smoke my blues

Issu de Besançon, Jean-Cyrille Masson joue de la basse. Ses goûts musicaux sont partagés entre le blues et le trip-hop. Il est soutenu par le T, c'est-à-dire le Team, une formation responsable d'un album confidentiel en 2004 ! Un backing band au sein duquel milite le chanteur/guitariste Jean Rigo (NDR : ex Infidèles), Fred Maisier à la batterie et aux samples ainsi que l’harmoniciste/guitariste Amaury Faivre.

L'album s’ouvre par l’excellent "Boogie Moogie". Quelques bruitages et samplings nous invitent à nous plonger au sein de l'atmosphère suffocante et poisseuse du Delta du Mississippi. Les instruments pénètrent successivement au cœur de l’espace sonore : la guitare acoustique, la voix profonde ; puis la guitare s'amplifie avant que l'harmonica ne se mette à pousser des cris jouissifs. Manifestement cette plage qui mêle blues basique et électronique atteint son objectif. Ce n’est finalement guère différent de ce qu’on rencontre dans les collines du Nord du Mississippi ; du côté d'Oxford, dans le fief de Fat Possum. Le décor se fond dans "Do you believe". Les samplers font apparaître, disparaître, réapparaître des voix fort différentes. Même un timbre féminin frétillant. Une constante : le vocal grave. Il presque omniprésent. La machine à percussions prend de la puissance et de la force. De l’épaisseur aussi. Les claviers vont et viennent par boucles successives. "Little big train" conjugue jazz et rythme. L'orgue Hammond se réserve le devant de la scène, même si ni les cordes acoustiques ou l'harmonica ne désertent pas pour autant l’espace sonore. La voix demeure volontairement en retrait, avant qu’une slide électrifiée aux accents gouailleurs ne décide de se libérer. A l’issue d’une écoute plus attentive, on a pourtant la nette impression d’être face à un collage. Une technique finalement néfaste à l’homogénéité de l’ensemble. "My baby is gone" s’écarte du blues pour nous transporter vers des îles dont les parfums rafraîchissants, volontiers exotiques, embaument les cordes aux accents hispaniques, quoique toujours bien rythmiques. "Lord have mercy" nous abandonne aussitôt sur les vieilles routes cahoteuses du Mississippi rural. Un bottleneck volontiers métallique passe en revue toute la galerie des instruments déjà rencontrés auparavant. Il manque cependant ici un soupçon d'audace susceptible de communiquer les émotions propres au blues. Les bruitages urbains se densifient tout au long de "Voodoo lounge". Le tempo vire au jazz. Les cordes électriques, les claviers et les percussions opèrent une synthèse réminiscente d’un Carlos Santana. Les bruits de machines envahissent "Across the Delta" et nous rappellent les conditions de travail difficiles des esclaves exploités dans les champs de coton. Des conditions de travail rythmées au son de lourdes percussions. Le chant volontiers plaintif semble implorer la participation de l'ensemble. Soutenu par une instrumentation délicieusement jazzyfiante, "Standing in the shadow of love" met en exergue un vocal féminin. A contrario, c’est la voix très grave du chanteur qui investit "Moving on". Une intervention précédée par les rythmes familiers du Bo Didley beat. Si à premier abord, cette idée semble judicieuse, son application suscite la controverse. En fait, dépouillée, elle aurait pu facilement atteindre sa cible. Mais grevée de multiples arrangements, cette compo finit par perdre le fil conducteur. Ce qui explique pourquoi l’intérêt de cet opus est plus que limité. Parce que le blues n’est pas uniquement une histoire d’imagination, mais surtout d’émotion et de sensibilité. Tout au long de cet elpee, plane l’ombre de John Lee Hooker. Parfois même un peu trop souvent. A un tel point qu’on finit par douter que ce spectre soit accidentel. Surtout à travers des thèmes qu’il a développé sur ses derniers enregistrements. Y compris la présence de Carlos Santana. Le recours à une voix d’outre-tombe sur "Til the sun goes down" en est la plus parfaite démonstration. La fusion entre le blues et l'électronique voire la dance n’est pas un exercice de style fondamentalement nouveau. Mais en général, ce mariage est souvent vu d’un mauvais œil par les adeptes du blues. Pourtant, il est peut-être un terrain propice à l’ouverture de nouveaux horizons sonores ; et surtout la conquête d’un public nouveau…

mardi, 07 mars 2006 02:00

Hope and desire

Susan Tedeschi est née dans les faubourgs de Boston (Massachusetts). Elle est aujourd'hui âgée de 35 balais. A 15 ans, elle chantait dans le gospel choir du Collège de musique de Berklee. Elle fonde son band en 1994. Fin 95, elle sort son 1er album "Better days", un disque qui ne bénéficiera que d’une distribution confidentielle. Elle signe chez Tone-Cool Records en 98 et commet "Just won't burn", un opus qui la fera connaître. En 2000, elle enregistre deux plages pour l'album "Been a long time" de Double Trouble (la section rythmique de Stevie Ray Vaughan). En 2001, elle épouse Derek Trucks, préposé à la slide au sein de l'Allman Brothers Band et leader de sa propre formation. Fin 2001, elle grave "Wait for me", une plaque produite par Tom Dowd. Et en 2004, "Live from Austin TX" sur New West.

« Hope and desire » constitue déjà son cinquième elpee ; une œuvre consacrée aux reprises, l’album soul qu’elle avait toujours rêvé concrétiser. Nonobstant sa réputation d’excellente compositrice, elle se concentre ici sur ses performances vocales. Faut dire qu’au cours des dernières années, elle a donné naissance à deux enfants : Charlie et Sophia. Normal dès lors, qu’elle ait négligé sa création. Le talentueux Doyle Bramhall II se réserve la guitare, tandis que son époux, Derek Trucks intervient à sa slide sur trois plages. Le bassiste Paul Bryan, le drummer Jay Bellerose ainsi que les claviéristes Jebin Bruni et David Palmer ont participé aux sessions d’enregistrement.

Ce nouvel elpee s’ouvre idéalement par une reprise poignante de "You got the silver" des Rolling Stones (NDR : cette compo figurait sur "Let it bleed", un album paru en 1969). Susan chante généreusement cette version country/folk/blues caractérisée par les interventions lumineuses de Derek Trucks à la slide. Les sonorités volontairement surannées du piano de David Palmer introduisent "Soul of a man" de Fontella Bass. Le timbre radieux de Susan y épanche toute sa sensibilité. Une remarquable relecture de cette plage soul. Ballade gospel folk signée Bob Dylan, "Lord protect my child" rencontre la beauté à l'état pur, le dénuement extrême au service de l'efficacité. Derek s’y réserve le dobro acoustique. Susan passe spontanément au registre soul lors de l’adaptation du "Tired of my tears" de Ray Charles. Elle est soutenue par les voix puissantes de Jean McClain et de Niki ; mais également, et pour la dernière fois, par la slide de son époux. Douce ballade, le "Share your love with me" d’Aretha Franklin est enrichi par l'orgue Hammond de Bruni. La voix légèrement rocailleuse de Susan sort de sa réserve sur l'excellent "Evidence". Du tout bon R&B au cours duquel l'orgue et le piano électrique conjuguent leurs efforts. Quel que soit le registre abordé, la voix de Susan est d'une réelle beauté. Et c’est encore le cas tout au long de la ballade country pop "Sweet forgiveness", du morceau soul pop "Loving you is sweeter that ever" ou encore du R&B dansant "Security", une plage au cours de laquelle son timbre évolue dans un registre proche d’Etta James voire d’Aretha Franklin. L’émotion est à son comble, lorsqu’elle s'entoure des merveilleuses voix des Blind Boys of Alabama pour attaquer le "Magnificent sanctuary band" de Donny Hathaway. Lors de la cover de "Follow", elle a le bon goût de respecter la majesté du chant d’époque de Richie Havens. L'album s’achève par "The danger zone", un blues lent particulièrement accrocheur. Des drums de Jay Bellerose à la guitare sensuelle de Doyle, l’interprétation y manifeste une grande sensibilité. Si cet elpee demeure de bonne facture, je dois avouer attendre impatiemment sa prochaine œuvre personnelle…

mardi, 01 août 2006 03:00

Devil is a gambler

Un harmonica alerte et vigoureux crache les premières flammes de cet incendie bouté par les chti blouseux de Croix, Tourcoing et environs. Signé Howlin' Wolf/Eddie Vinson, "Everybody's in the mood/Kidney stew" est un bon shuffle qui permet de cerner les différents intervenants : Gaby Ghesquière, le chanteur qui double au saxophone ténor, Anthony Masson à l’harmonica, Christophe Couder aux guitares, et la section rythmique composée d'Eric Carpentier à la basse et Patrick ‘Matthew’ Dallongeville aux percussions. Produisant immédiatement un excellent groove, cette plage augure une suite de toute bonne facture. Un signe déjà confirmé par "Six miles on the road". On navigue ici du côté de la West Coast. Le rythme est léger, swinguant. Anthony est passé à l'harmonica chromatique. Créative, la guitare de Mr Couder disserte en rythme. Manifestement, il n’y a plus guère de place pour la première mouture du Chicago blues-rock un rien lourdingue de la ‘maman de sucre’. Au contraire ! La perspective reflétée sur le pays du blues devient panoramique. Les centres d'intérêt se diversifient aux quatre coins des States. "Boogie doctor" adresse un clin d'œil convaincant, respectueux et très amical à notre prince belge de la ‘boogie music’, Walter De Paduwa alias Doctor Boogie. Une excellente initiative ! C'est dans ce registre que Gaby chante le mieux ; sa voix est directe, primaire et poisseuse. Le talent de l’harmoniciste est bien mis en exergue. Il révèle bien l’état d’esprit en présence. Le porteur de cordes y démontre ses aptitudes à varier les plans! Respectueux des aspirations manifestées par les musiciens, Jean-Loup Demeulemeester accomplit une mise en forme attentive et éclairée. L'ombre de l'inoubliable Magic Sam Maghett plane tout au long de "My baby loves me", un morceau qui nous transporte dans le Westside de Chicago. J’apprécie tout particulièrement les interventions successives du sax et de l'harmo. Les deux instruments à vent se croisent sans jamais se rencontrer… Plage acoustique, très roots, "I'm drifting" opte pour la direction plein sud. Vers le Delta. Christophe empoigne son dobro. Anthony souffle dans son instrument diatonique tandis que la voix de Gaby paresse à l'extrême. Le climat vire au country. L'harmo s'évade face au sax qui se dédouble. Et le résultat de cette réunion entre souffleurs est du meilleur effet. "Each time I see you" replonge dans la musique roots. Christophe a enfilé un bottleneck gouailleur. "Wang dang baby" emprunte un tempo fort proche du "Wang dang doodle" de Willie Dixon. Un divertissement swing au cours duquel tous les instruments bien en place se complètent.

A mi-parcours, l’elpee recèle une plage instrumentale qui met à nouveau bien en valeur les souffleurs. Dans ce registre, Anthony semble très à l’aise. Puisant ici son inspiration chez Kim Wilson et Paul Lamb, il constitue manifestement la révélation du Sugar Mama nouveau. Ghesquière n’est pas à l’aise dans tous les registres. Par contre, tout au long de l’excellent "No fish", il est dans son élément. Son timbre lascif soutient cette composition traversée de petits traits d'harmo et dynamisée par la jump guitare rythmique. Nous ne sommes pas très loin d'un bon James Harman. La voix du swing est celle qui se dégage de cet album. Un message symbolisé par "I've been a fool". Bien installé derrière ses fûts, Docteur Dallonge dirige toute la manœuvre rythmique. Il adresse un œil complice vers Eric Carpentier pour accorder le champ libre aux solistes. Acoustique le titre maître est un véritable délice. Il nous entraîne du côté d'un certain carrefour, non loin de Clarksdale. Le diable sort son carré d'as et tente de s'accaparer le don divin du gratteur (NDR : Christophe y excelle au bottleneck). Lucifer se rappelle le coup fourré réussi soixante-dix ans plus tôt avec le plus doué des élèves de l'époque : Mr Robert Johnson! Harmoniciste insatiable, Masson Jean-Loup porte sa griffe sur le superbe "How long", une compo qui met également bien en évidence l'art percussif et tribal du maître Dallonge. Ce dernier quitte une nouvelle fois sa loge pour emprunter le style éclairé de Sonny Terry sur "One monkey don't stop the show", un blues classique et bien ficelé. Une sensibilité extrême envahit Sugar Mama pour attaquer le dernier fragment de l’opus. L’harmo d’Anthony vibre comme celui du vieux Big Walter Horton. Les accents métalliques du dobro investissent la solution sonore. Judicieusement épaulé par deux choristes féminines, Gaby implore lors de cette excellente finale.

Totalement libéré, Sugar Mama vient donc de commettre un très bel album, une œuvre sans compromission dont ils n’ont pas à rougir. Au contraire ! Tout n'est pas encore parfait ; mais si la formation parvient à dépoussiérer davantage son expression sonore, le résultat risque d’être encore plus concluant. Les ingrédients sont déjà là. Alors, come on Sugar Mama!

 

lundi, 27 février 2006 02:00

Blue highway

Angela Strehli est une des reines du Texas blues. Depuis plus de trente ans, elle écume les clubs de la scène d'Austin! Elle est cependant originaire de Lubbock, plus au nord du Texas, une ville qui enfanta Buddy Holly, Waylon Jennnings et Joe Ely! Dès la fin des 60s, elle joue le blues ; mais l'étincelle se produira lorsque Clifford Antone ouvre son fameux ‘Antones’ club à Austin. En 1976. Un club que fréquente alors la crème des bluesmen comme Muddy Waters, Albert King, Albert Collins ou Otis Rush. Ce sera le début de l’âge d’or pour le blues texan, une période couronnée par le sacre de Fabulous Thunderbirds et Stevie Ray Vaughan. Angela est responsable d’une importante production discographique. Son premier album, "Soul shake", est paru chez Antones. En 1987. Pour le même label, elle a commis quelques elpees en compagnie de différentes artistes féminines. Avec Marcia Ball et Lou Ann Barton pour "Dreams come true", en 90. Avec Sue Foley pour "Antones women bringing you the best of blues", en 92. "Blonde and blue" paraît en 93, chez Rounder. Et "Déjà blue" en 98, sur House of Blues. Angela épouse alors Bob Brown, un restaurateur établi à Nicasio, dans le West Marin County, du côté de San Francisco ; et tout naturellement y élit domicile. En 2001, elle enregistre le méconnu "Angela Strehli Band Live from Rancho Nicasio", dans le resto roadhouse de son époux. Pour concocter ce « Blue highway », elle a reçu la collaboration de ses musiciens californiens, parmi lesquels figurent l'excellent guitariste Mighty Mike Schermer (ex-Soul Drivers), Gary Vogensen à la rythmique, le bassiste Steve Ehrmann, le drummer Paul Revelli, et en invité John Lee Sanders aux claviers et au saxophone.

Angela ouvre les hostilités par un hommage à l'homme si important pour le blues à Austin : Clifford Antone ; une chanson retenue pour la B.O. du film "Antone's : Home of the blues". Le tempo est rapide. Le piano et l'harmonica de Kaz Kazanoff sont omniprésents. Angela cite les noms des célébrités qui sont venues se produire au club! Le titre maître est une ballade blues indolente chantée en chœur par Angela et deux invitées de luxe : Marcia Ball (elle se réserve également le piano) et Maria Muldaur. Elles nous emmènent sur cette autoroute bleue, quelque part entre New York et New Orleans. "Hello my lover" a été écrit par Ernie K Doe. Angela échange un duo en compagnie de l’artiste Paul Thorn, un compositeur de roots rock. Paul possède une voix puissante qui sied bien à cette composition. Assis derrière ses ivoires, John Lee communique une ambiance très néo-orléanaise. Les paupières humides, Angela chante "SRV", une ballade chargée d'émotion qu'elle a écrite en hommage à son compagnon d’autrefois : le regretté Stevie Ray Vaughan. Mighty Mike y dispense une excellente intervention très texane. Le "Slipped, tripped and fell in love" d'Ann Pebbles prend les allures d'un R&B bien saignant. "I don't know why" est un très bon blues texan au cours duquel Miss Strehli est soutenue par les chœurs masculins de ses musiciens. Ballade gospel R&B, "Lord don't move the mountain" met en exergue voix, piano et orgue. L’interprétation de Tom Duarte à la guitare acoustique est exquise tout au long de "Headed south". Cette plage nous entraîne au Mexique. Nous n’en sommes d’ailleurs pas très loin. Excellent ! "Always love you" constitue, à mon humble avis, le meilleur moment de l'album. Angela chante superbement cette ballade blues pendant que Mr Schermer joue tout en délicatesse et sensibilité. Le dernier morceau de cet elpee nous replonge dans le passé. En 1985, très exactement. Au Carnegie Hall de New York. Angela chante "COD" flanquée de Stevie Ray Vaughan, Double Trouble et tous ses invités. Ce titre figurait déjà sur l'album "Live at Carnegie Hall"!

mercredi, 10 septembre 2008 00:14

Live 1978

Richard Chalk a pris une excellente initiative en nous restituant ce témoignage datant de trente donnes années. A cet égard, on peut le remercier. Bocce Boogie est au départ la réunion entre un des plus authentiques harmonicistes de blues, Big Walter, et du chanteur/guitariste John ‘Guitar Johnny’ Nicholas. Pour la circonstance, ils avaient reçu la collaboration de Sugar Ray & the Blue Tones, Sugar Ray Norcia, le drummer Ted Harvey, le bassiste Mudcat Ward et le pianiste Little Anthony Giarossi. Et surtout du guitariste Ronnie ‘Youngblood’ Earl. Alias Big Walter Horton, Walter ‘Shakey’ Horton était originaire du Mississippi. Né en 1917, il est disparu en 81. Un tout grand dont le jeu émouvant, poignant et plein de relief lui avait permis de jouer en compagnie de légendes comme Muddy Waters (il a remplacé Junior Wells, fin 1952), Willie Dixon, Jimmie Rogers, Otis Spann, Sunnyland Slim, Otis Rush, Buddy Guy, Johnny Shines, Tampa Red et Robert Nighthawk. Mais aussi des bluesmen blancs comme Charlie Musselwhite, Paul Butterfield, Johnny Winter ou des groupes tels que Fleetwood Mac, Chicken Shack, etc. Dès 1973, il se produit aux côtés de Johnny Nicholas ; notamment dans le cadre du festival ‘Ann Arbor Jazz & Blues’. Et en 1997/78, le tandem décide d’enregistrer pour le label Blind Pig.

Septembre 1978, nous sommes au Bocce Club, à Woonsocket (Rhode Island). Au menu du blues et du boogie. Et l’entrée en matière émarge déjà au boogie. Un "Everyday I have the blues" au cours duquel Sugar Ray et ses Blue Tones assurent. La voix de Ray Norcia est talonnée par les accords limpides et étincelants de Mr Earl. Pas étonnant qu’il allait ensuite remplacer Duke Robillard au sein des Roomful of Blues. Big Walter fait son entrée. Tout au long du très offensif "Walter's boogie", il brille de mille feux. Horton se charge des vocaux sur le lent et dépouillé "Trouble in mind" ainsi que le notoire "My babe", un morceau imprimé sur un tempo très soutenu. Guitar Johnny empoigne le micro pour attaquer "Cold chills", un shuffle très ‘Chicago’. Puis l’indolent "That's why I'm cryin'" de Magic Sam. Sugar Ray se consacre à l'harmonica chromatique. Un des meilleurs moments de cet opus. On a ensuite droit à deux plages instrumentales. Tout d’abord le très percutant titre maître. Et ensuite une nouvelle version du classique "La Cucaracha", proposée par Horton. Ma foi fort classique. Long blues lent, "Sweet back angel" est issu de la plume de Robert Nighthawk. Horton est au chant, Earl à la slide. Le vieil harmoniciste noir est la star du show. Il continue à chanter "Baby please don't go", son blues lent "Hard hearted woman" et un excellent "Little bitty girl", un autre blues mais imprimé sur un rythme plus enlevé ; une compo qui sonne le réveil de Little Anthony aux ivoires et accorde un billet de sortie à Ronnie Earl. Horton termine par "Don't get around much anymore" avant de laisser l’équipe achever le concert. Johnny Nicholas chante le remuant "Tell me why". Sortie instrumentale dominée par la guitare, "Breakin' with the Earl" met en exergue le talent de Ronnie Earl Horvath. La qualité du son n’est évidemment pas hi-fi, mais cette œuvre est un véritable document!

 

mardi, 09 septembre 2008 23:59

Big band bash!

Sous-titré "Live! From the heart of the Hill Country", cet album immortalise un concert qui s’est déroulé le 12 novembre 1994, à Fredericksburg, au Texas. Ces ‘Big band bash’ célèbrent des rencontres annuelles entre des musiciens qui habitent une même région, c'est-à-dire au sein d’un périmètre qui englobe les villes d'Austin et de San Antonio. Et lors de ces réunions, on y privilégie le swing et le tex mex R&B. Sur cet elpee, une pléiade d’artistes notoires sont venus soutenir le chanteur/guitariste Johnny Nicholas. En l’occurrence Jimmie Vaughan, Greg Piccolo, Stephen Burton, Joe ‘King’ Carrasco, Augie Meyers ainsi que les Texas Horns, sous la houlette de leur boss, ‘Kaz’ Kazanoff. Ce concert d’excellente facture épingle ici 16 compos dont quelques unes sont destinées à rendre hommage à quelques maîtres. L’opus à été mis en forme par Nicholas et Kazanoff.

Le set démarre sur les chapeaux de roues. Signé Nicholas, "Broke again" est sculpté dans le rock'n'roll. Les cuivres sont bien présents. Les premiers solistes sortent de leur réserve. Tout d’abord Danny Levin au violon. Ensuite, Johnny aux cordes. Et enfin, Floyd Domino (NDR : le claviériste d'Asleep at the Wheel) au piano boogie woogie. Le boogie et le swing conduisent le "Baby I'm gone" de Little Milton. Greg Piccolo est aux vocaux. Mais il souffle également comme un possédé dans son sax ténor. Un beau coup de chapeau rendu à la formation de Roy Brown. Instrumental, "The ironic twist" est issu de la plume de Jimmie Vaughan. Son intervention talentueuse illumine ce blues funk shuffle texan inspiré par Freddie King. Nicholas chante sa ballade "Down in the alley". Encore un ‘tribute’, mais à son ami Doug Sahm, dont le fantôme plane tout au long de cet opus. Johnny se montre très inspiré aux cordes lors de cette plage imprimée sur un tempo très lent. Tout cet aréopage peut naturellement s'acclimater aux sphères jazzyfiantes. A l’instar du "Don't mean a thing if it ain't got that swing" de Duke Ellington, un morceau caractérisé par les accès de violon extravertis de Levin. Ou lors du très cuivré "All blues" de Miles Davis. Sans oublier le "Somewhere over the rainbow", au cours duquel Piccolo adresse un vibrant hommage à Ben Webster. Ainsi que "Can't stop the crying", un fragment coloré par la trompette d'Al Gomez. Joe 'King' Carrasco chante sa polka tex-mex "Mescal road". L'orgue Vox d'Augie Meyers et l'accordéon de Joel Guzman y entretiennent un climat de bonne humeur. Le piano à bretelles balise la ballade "This old world needs love", un titre chanté par T.S Bruton. Soutenue par les sémillants Kaz Kazanoff et Floyd Domino, Augie Meyers se réserve les vocaux sur le "I'm in love again" de Fats Domino. Nicholas attaque une autre composition de Fats : "Before I grow too old". Un superbe blues opérant la jonction entre Sud Texas et les swamps louisianais. Piccolo nous refait le coup du grand souffleur sur "The Hammer", une autre révérence adressée à Red Prysok, autre mythe du sax ténor. La finale concède un moment de nostalgie. Et pour cause, cette cover du "Texas flood" de Larry Davis, figurait bien au répertoire de Stevie Ray Vaughan. Johnny chante en manifestant beaucoup de passion. Jimmie Vaughan ressuscite l’âme de son frère tout en préservant sa propre personnalité. Excellent !

 

mardi, 22 août 2006 03:00

Last Call

De son véritable nom Richard Duran, Lynwood Slim est aujourd’hui âgé de 53 ans. Lors de sa tendre jeunesse, il tombe sous le charme du blues et se met à jouer de la trompette et de l'harmonica. Au cours des années 70, il quitte la West Coast et débarque à Minneapolis. Dès son arrivée, il est appelé à remplacer, au sein d’un groupe local, un certain Kim Wilson parti à Austin, dans le Texas, pour fonder le Fabulous Thunderbirds. En 1984, il commet "Soul feet", un elpee qui sera réédité en 96, sur le label Atomic Theory. Richard a la bougeotte. Il revient quelque temps à Los Angeles ; mais en 1995, il émigre à Chicago. Avant de revenir vivre au sein de sa chère Californie où il y fonde, dès 1998, le label Pacific Blue Recording Company. En compagnie de Jerry Hall. Il grave alors quelques albums d’excellente facture. Et notamment "Lost in America", un elpee également réédité. Chez Atomic Theory. En 97. "Back to back", ensuite. En 1998. Chez Crosscut. En compagnie de Junior Watson. Et "World wide wood" en 99. Un opus pour lequel il bénéficie de la collaboration, entre autres, de Marc Thijs. Il a également participé aux sessions de studio de quelques potes notoires. Et en particulier des guitaristes Kid Ramos, Junior Watson et Alex Schultz. Enfin, il a également embrassé une carrière de producteur. Il a ainsi mis en forme un album des Electric Kings.

Slim aime le swing. Dès les premières mesures de "Well Alright, OK you win", il démontre cette passion. Il est soutenu par des musiciens efficaces pour affronter ce style : Kid Ramos aux cordes, John Bazz (NDR : des Blasters) à la basse et Ron Felton aux drums. Il en profite alors pour produire un petit bijou de solo sur son harmonica chromatique. "All night long" constitue déjà le sommet de cet opus. Une composition débordant de bonne humeur. Signée Clifton Chenier, elle se mue en West Coast zydeco. A cause de la participation aux vocaux de tous les acteurs, de la guitare de Kirk Fletcher et surtout, d'une merveilleuse mandoline, pincée par Rich Delgrosso, un disciple notoire de Yank Rachell. "West baby blues" manifeste un swing naturel et feutré. Richard Innes secoue ses balais avec beaucoup de retenue pour permettre à Kid Ramos de délivrer un solo d’une infinie délicatesse et d’une sensibilité extrême. La même équipe s’attaque au "I'm tired" de Mickey Baker. Le tempo est plus dynamique. Ron Dziubia souligne bien le rythme de son saxophone tandis que le Kid s'éclate aux cordes. La douceur de l’intimisme envahit le "Nothin' but the blues" de Duke Ellington. Une plage paisible que Slim chante sur un ton cool jazz, en agitant des bongos face à la section rythmique et le saxophone raffiné de Dziubia. Ce swing naturel force l’admiration lorsqu’il chante "You're a pain". Ramos aux cordes et le bouillant pianiste de boogie woogie anglais, Carl Sonny Leyland, y excellent. Changement de cap pour "Say it!". Un blues au tempérament assez soul, caressé de chœurs vocaux vaporeux. La guitare d'Armando Cortez (NDR : des Chicago Blues Angels) est largement amplifiée et le piano de Harunobu Tsushida (NDR : un musicien des Flip Tops de Nick Moss) trépide. Nick Moss se réserve d’ailleurs ici la basse ; et sa compagne Kate, la guitare rythmique. Slim chante alors "Me, myself & I", un hit immortalisé par Billie Holliday, sous une forme gypsy jazz plus Django Reinhardt que nature. Les guitares acoustiques de Jeff Ross (NDR : un ancien soliste de Candye Kane) et de l'Argentin Gonzalo Bergara s’y conjuguent à merveille. Lynwood Slim chante le blues et souffle à nouveau dans son harmonica tout au long d’"Across the sea". Un moment très roots que j’apprécie tout particulièrement. Un shuffle léger et remarquable au cours duquel Kid Ramos, John Bazz et Richard Innes sont là, en toute simplicité, pour assurer. Sous ce même line up, ils abordent "Not your clown", un morceau pétillant coécrit par Marc Thijs et Luc Alexander des Electric Kings. Jazz et swing y font toujours bon ménage. "I'm sorry" semble sortir tout droit d'un juke box de la fin des 50s. Une ballade soul légère, empreinte de douceur. D’excellente facture, cet opus s’achève par un jazz velouté, intimiste, au cours duquel Slim chante et joue de la flûte.

 

 

mardi, 04 juillet 2006 03:00

Hardest walk

Cette formation est née en 1998. Dans la bourgade de Maimee, du côté des faubourgs de Toledo, dans l'Ohio. Elle a été fondée par deux gars du coin : le chanteur/guitariste/harmoniciste Johnny Wirick (alias Walker) et le drummer Ben Smith (alias Swank). Ils sévissaient déjà au sein d’un blues band : Henry and June. La formation allait ensuite transformer son paronyme en Soledad Brothers. Faut-dire que l'album fétiche de Walker n’est autre que le "Live at Soledad" de John Lee Hooker! Ce groupe de dark blues punk a été rapidement intégré à la scène de Detroit, en compagnie des White Stripes et de Greenhorns. Le duo est entre-temps rejoint par un second guitariste : Oliver Henry qui double également au saxophone. Ils commettent un premier elpee éponyme en 2000. Et embraient en 2002 par "Steal your soul and dare your spirit to move", un "Live" en 2003 et "Voice of treason" en 2004. Lié au mouvement des Black Panthers, dont ils affichent fièrement le logo, le combo est engagé politiquement. John Sinclair (NDR : il fut jadis le manager du MC5, groupe révolutionnaire de Detroit dont le "Kick out the jams" est toujours considéré comme un classique de l’histoire du rock’n roll !) en devient rapidement un fan. Un soutien qui signifie beaucoup pour les Soledad.

Leur nouvel opus a été enregistré en France, du côté de Bordeaux. Un quatrième musicien a participé à la confection du disque : un certain Dechman. Un Français. Ce multi-instrumentiste y joue de l'orgue, des synthés, du sitar, de la basse, du banjo et toute une variété d’autres instruments ; de manière à ajouter davantage d’épaisseur au son des Brothers. Dès l’ouverture, les Soledad Brothers dispensent une folle énergie. En respectant l’esprit des libertés prises par les formations punk de la fin des années 70. La rythmique est implacable. Dans un style que pouvait emprunter l'énigmatique Wilko Johnson, le premier guitariste de Doctor Feelgood. Et en remontant dans le temps, je ne peux m’empêcher de penser aux premiers ensembles de R&B anglais du début des 60s : les Stones bien sûr ; mais aussi les Yardbirds, les Pretty Things ou encore Downliners Sect. Les Soledad pratiquent un R&B âpre, musclé, primaire. Le vocaliste pose sa voix sur une expression sonore à la musicalité approximative. Mais le groupe est très soudé ; et puis sa musique bien plus convaincante qu'elle n'y paraît à première écoute. A l’instar de "Truth of consequences" et "Dowtown paranoia blues" : de la pure dynamite. Nos oreilles sont à peine acclimatées que le décor change. Plage très lente, "Crying out loud" véhicule une tension cotonneuse presque insoutenable. Blafard, le timbre vocal se complait dans un style immortalisé par les bands anglais d'autrefois. La tonalité lugubre d’un harmonica hante le décor. Le tonitruant "Crooked Crown" marque un retour au climat trash. Le guitariste a sorti sa slide primaire et poisseuse. Les jaillissements de l’harmo attisent l’incendie. Les cordes ne quittent guère l'avant-scène. Les sonorités ne font pas dans la dentelle, comme si elles avaient été enregistrées dans un bon vieux garage. "Sweet & easy" observe une quiétude toute relative. Les sonorités acoustiques infiltrent les guitares indomptables, bien amplifiées. Ce rock blues est dispensé sans concession, même si on recèle en filigrane une volonté pop manifeste chez les Brothers. L'intro de "Dark horses" est divin. Les flots de guitare me remémorent l’ouverture majestueuse des Doors en quête de la fin. Cette ballade en apparence inoffensive évolue dans un climat oppressant. Une fresque sonore magnifique qui ne laissera personne indifférent… Bref interlude instrumental, "White jazz" véhicule une violence sous-jacente avant de céder le relais à "Good feeling", un rock implacable dont la rythmique est digne des Stones. Une compo qui laisse cependant libre cours à de nouveaux délires free ; et en particulier ceux produits par le saxo de Henry!! Les Soledad ont bien intégré leur instrumentation diversifiée. Leur frénésie devient psychédélique pour "Let me down", un délice lysergique, une aventure intense au cours de laquelle l'orgue s'évade vers les sphères cosmiques du Pink Floyd originel (NDR : quarante ans déjà!). Et ce périple peut même bifurquer vers l’époque "Their Satanic Majesties Request" des Stones. Lorsque Brian Jones était toujours de ce monde. "Mean ol' Toledo" en est la plus belle démonstration. "Loup Garou" entretient ce voyage acide ; mais de ce fragment émane une profonde douceur, entretenue par la présence d’un sitar bien en place. Après une dizaine de minutes de silence, les Soledad reviennent concéder un dernier fragment : un boogie instrumental, parfaitement marqué du sceau de Detroit. Et une nouvelle fois, le spectre de John Lee Hooker plane tout au long de cette plage. Véritable puzzle, cet opus est une ode au délire. Je vous conseillerai donc de le consommer sans modération mais en gardant l'esprit bien ouvert…

mardi, 10 octobre 2006 03:00

100 miles

Rusty Roots nous vient de Peer, une formation limbourgeoise née dans la capitale du blues belge. A cause de son Belgian R&B Festival organisé au cours du mois du juillet, depuis plus de vingt ans. Le groupe réunit le chanteur/guitariste Jan Bas (alias Mr Bee Jee), le guitariste Bob Smets, le saxophoniste Steven Scheelen, le contrebassiste Stefan Kelchtermans et le drummer Nico Vanhove. Aux dernières nouvelles le saxophoniste aurait été remplacé par Mr Maseroli! Leur musique est bercée par le swing et plus précisément le west coast swing. Un style inspiré notamment par T-Bone Walker, Lowell Fulsom et Big Joe Turner. L'album a bénéficié du concours d’un de leurs prestigieux voisins à la production : Mr Tee ! Une mise en forme synonyme de qualité. Et cela s’entend !

Le titre maître ouvre l’opus. Un swing très nerveux au cours duquel vous chopez rapidement des fourmis dans les jambes. Une composition personnelle affichant déjà le potentiel des différents protagonistes. Rusty Roots aborde ensuite le répertoire de ses maîtres. Et comme les musiciens sont doués, les versions nous permettent de vivre des moments fort agréables. En particulier lors des trois reprises de Lowell Fulsom. Mr Bob accorde un solo généreux sur "Check yourself" et "I still love you". Le "Compact baby" de Rob Robinson est à nouveau une plage frétillante. Leur "You put your heart in my soul" est très prometteur. Un blues bien rythmé au cours duquel le solo de Bob Smets sur les cordes se révèle parcimonieux et très précis. Un des grands moments de l’opus. D’ailleurs, Rusty Roots aurait tout avantage à écrire ses propres compos. Autre titre fort de l’elpee : le "Back breaking blues" de Big Joe Turner. Du Kansas City blues bourré de swing. Au sein de cette ambiance très fin de soirée, la présence du sax de Steven est très remarquée. On n’a guère le temps de s’ennuyer à l’écoute de ce disque, car les Roots puisent également leur inspiration dans le Chicago blues pour interpréter le notoire "Big Boss man" de Willie Dixon ; et surtout leur version empreinte d’une grande sensibilité du "Ah we baby" de Little Walter. L’adaptation du "She's so fine" de Syl Johnson est tout à fait épatante. La voix de Jan Bas y est au sommet de son art. Mais il faut reconnaître que la présence de Mark Thijs n’y est pas étrangère. Formation solide (NDR : et pas seulement à cause de la section rythmique !), Rusty Roots présente des solistes intéressants. Une chose est sûre : elle est à suivre de très près !