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The Wolf Banes - De Casin...
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Jean-Claude Mondo

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mercredi, 20 mars 2013 19:49

Deal with it

Le label Ellersoul a eu le nez creux en demandant à quatre musiciens talentueux se réunir pour partager un même projet sous le patronyme des 4 Jacks. Les 4 As!

Anson Funderburgh est un guitariste texan. Chez ses contemporains, il est considéré comme un des meilleurs. Il a drivé, pendant trois décades The Rockets, une formation au sein de laquelle militait le chanteur/harmoniciste noir, Sam Myers. Cette véritable légende du blues est disparue en 2006.

Big Joe Maher est issu de Washington D.C. Batteur, chanteur et compositeur, c’est un maître du swing

Kevin McKendree est claviériste. Il a longtemps été chef d'orchestre de Delbert McClinton. Quant à la basse, elle est assurée par Steve Mackey.

Ils sont entrés dans le studio de McKendree, ‘The Rockhouse’ à Franklin (NDR : c’est dans le Tennessee) pour y enregistrer sous sa houlette.

Le titre maître ouvre le feu. Le son trempe dans le Memphis blues. Anson pince les cordes à la manière de Freddie King tandis que McKendree fait vibrer son orgue Hammond comme Booker T. Une excellente entrée en matière instrumentale. "Have ourselves a time" baigne dans le swing à l'état pur. Steve se démène sur sa basse acoustique. Kevin caresse ses ivoires sur le mode jazz. Big Joe dirige la manœuvre depuis ses fûts. Anson semble hanté par T-Bone Walker. La complicité musicale est manifeste. La cover du "I don't want to be president" de Percy Mayfield permet à Mr Funderburgh de faire la différence. Le niveau monte encore d'un cran sur "She ain't worth a dime", un Chicago shuffle au cours duquel McKendree fait exploser les 88 touches de son piano. Véritable joyau, "Love's like that" est issu de la plume de Maher. Anson est en toute grande forme. Son jeu est exceptionnel. Il évolue même dans le  registre d'un Otis Rush au sommet de son art. La voix de Big Joe est irréprochable. Elle est même limpide sur "Bobcat woman", un swing au cours duquel chaque instrument trouve sa place. Blues lent de circonstance, "You turn to cry" adopte un profil dramatique. Un exercice de style qui semble naturel pour ces artistes ; et qu’on retrouve sur "Bad news baby". Rien n’est à jeter sur ce long playing. Funderburgh s'éclate sur "Thunder and lightning". Il échange un duel avec McKendree, sur l'instrumental "Texas twister". Enfin, les quatre musicos se défoulent tout au long d’"Ansonmypants", un boogie ludique. Pour votre serviteur, il s’agit du meilleur album de blues, paru depuis le début de l’année 2013. Un projet à suivre de très près !

 

mercredi, 20 mars 2013 19:37

Get up!

Ben Harper a accompli du chemin, depuis qu’il a publié son premier opus, "Welcome to the cruel world", en 1994. Ce chanteur/auteur/compositeur/guitariste californien s’est ainsi forgé une belle notoriété. D’autant plus qu’il est capable, avec bonheur, de changer de style. Aussi bien le rock, le blues, le jazz, que le reggae ou le folk.

Enregistrée en compagnie de Relentless 7, sa dernière œuvre, "Give till it's gone", remontait à 2011. Pour enregistrer son douzième opus, il a reçu le concours du célèbre Charlie Musselwhite. A l’instar des bluesmen authentiques, ce dernier est issu du Mississippi. Né en 1944, il a passé son enfance et son adolescence à Memphis ; ce qui lui a valu le sobriquet de Memphis Charlie. Il y rencontre Elvis Presley et Jerry Lee Lewis. Mais sa passion, c'est le blues ; aussi il émigre à Chicago où les plus grands lui ouvrent les bras : Muddy Waters, Howlin' Wolf et John Lee Hooker, notamment. Fin des sixties, il s'établit en Californie où il vit d’ailleurs toujours aujourd'hui.

Charlie et Ben se connaissent fort bien depuis la fin des 90s ; mais ils n’avaient pas encore eu l’opportunité de concrétiser une collaboration. C’est chose faite. Pour concocter cet elpee passion, Ben est soutenu par ses musiciens de Relentless7, en l’occurrence le bassiste Jesse Ingalls, le guitariste Jason Mozersky et le drummer Jordan Richardson.

"Don't look twice" ouvre la plaque. Une compo acoustique particulièrement fragile. Ben chante d’un timbre très expressif, avant que Charlie ne vienne tapisser l’arrière-plan de ses interventions plaintives. Les autres musicos font leur apparition, à leur tour. Mais soudainement, Musselwhite déchire, lacère même, l’expression sonore. Un véritable coup de rasoir ! Le tempo s'emballe. Le ton monte, les percussions préludent "I'm in I'm out and I'm gone". Les lyrics ne prêtent pas à sourire. Le vieux souffleur brille de mille feux. Caractérisé par ses claquements de mains, "We can't end this way" baigne dans le gospel. A cause des chœurs qui répondent au chant de Ben. Il en profite pour libérer des sonorités écorchées de bottleneck. Une sacrée dose de rock est injectée à la compo "I don't believe a word you say". Proche de Beck à l’époque du Cream, la voix de Harper est puissante. Les riffs sont percutants. Jesse et Jordan triment à la section rythmique. Une formule reproduite sur "Blood side out". Un peu de quiétude envahit le dépouillé "You found another lover", une piste caractérisée par le chant plaintif, les cordes acoustiques et l’harmo discret. Superbe ballade roots blues, "I ride at down" disserte sur les méfaits causés par les guerres successives. La densité du climat est entretenue par la basse. Le chant est superbe. La slide s’infiltre délicatement, tout en douceur. Le titre maître campe un fort bon blues imprimé sur un mid tempo. Les interventions de basse sont remarquables. Charlie souffle parcimonieusement dans sa musique à bouche. Ben se réserve la slide. Ses incursions sont aussi peu démonstratives, mais empreintes d’une grande sensibilité et judicieuses. Eloquent et efficace, "She got kick" est un excellent blues. Une petite perle qui lorgne quelque peu vers Ike Turner. De toute bonne facture, cet elpee s’achève par le tendre et lumineux "All that matters now". Face au piano, à la guitare et à l’harmo de l'ami Charlie, la voix de Ben est divine. Cet opus est dédié à Solomon Burke et John Lee Hooker. 

 

mercredi, 20 mars 2013 19:35

People, hell and angels

Janie L Hendrix est la belle-sœur de feu Jimi ou plus exactement la fille adoptive du père du génie de la guitare, James Allen ‘Al’ Hendrix. C’est également la présidente de l’Experience Hendrix LLC, la société qui gère les droits d'auteur de Jimi, génératrice, vous vous en doutez, de revenus très confortables, même si la publication d’albums posthumes peuvent alimenter le souvenir et ravir les fans innombrables de plusieurs générations. Hendrix nous a quittés en septembre 1970 ; eh oui, il y a déjà plus de 42 ans. Il n'avait, de son vivant, gravé que quatre albums. Trois en studio chez Experience et un live pour Band of Gypsies.

Sorti en 2010, "Valleys of Neptunes" en 2010 se concentrait sur les derniers enregistrements studio. "People, hell and angels" nous restitue aussi des prises studio, mais produites et mixées par Eddie Kramer (et… Jimi lui-même). Pour rappel, Jimi cherchait à faire  évoluer sa musique, au contact d’autres musiciens que ceux de l'Experience.

L’elpee s’ouvre par "Earth blues". Une plage enregistrée en décembre 1969, sous la formule trio du Band Of Gypsies, impliquant le drummer Buddy Miles et le bassiste Billy Cox, très peu de temps avant que groupe n’immortalise son set au Fillmore East. "Somewhere" constitue un très grand moment. Nous sommes en mars 1968, lors de la première tournée américaine de l’Experience. Jimi entre pourtant en studio, flanqué de Buddy Miles et Stephen Stills, à la basse. L'envol sur les cordes est totalement déjanté. Il multiplie les effets de distorsion sur la pédale wah wah. Il existe plusieurs versions de "Hear my train a comin'", un blues extraordinaire, joué lors d’une première séance, au cours de laquelle il était soutenu par Miles et Cox. A l’époque, cette musique était inédite et expérimentale. Le même jour, il nous propose sa vision du classique d'Elmore James, "Bleeding heart". Ses interventions sur les cordes sont lumineuses, face à une section rythmique qui libère un groove incroyable. Il partage une impitoyable tranche de R&B en compagnie du saxophoniste/chanteur Lonnie Youngblood, qu’il avait rencontré deux ans plus tôt, sur "Let me move you". "Izabella" et "Easy blues" ont été immortalisés à New York, le lendemain du festival de Woodstock. Jimi est épaulé par le Gypsy Sun & Rainbows, incluant un gratteur rythmique et deux percussionnistes. Plus atmosphériques et complexes, ces pistes sont davantage teintées de jazz. Très funky, "Crash landing" a été enrichi de percus, une opération réalisée en 1975, par les membres de Cherry People. "Mojo man" trempe également dans le funk. Albert Allen assure les vocaux, James Booker (NDR : il est issu de la Nouvelle Orleans) les ivoires, Muscle Shoals la section rythmique. Jimi double guitare et basse sur l’instrumental "Inside out" ; et il se révèle un redoutable quatre-cordiste, face aux coups de boutoir de Mitch Mitchell! Blues assez court, "Hey gypsy boy" est à la fois étincelant et relativement dépouillé. Jimi y chante sereinement devant son ami Buddy Miles. "Villanova Junction blues" clôt l’opus, un autre instrumental au cours duquel Miles et Cox semblent particulièrement cool. Sur ce long playing figurent donc quelques excellentes plages, qui nous rappellent que Jimi Hendrix était vraiment un guitariste de génie, mais également des pistes plus expérimentales, indicatives de ce qui pouvait l'intéresser…

 

mercredi, 20 mars 2013 19:26

Namo Woman

Ce jeune guitariste/compositeur iranien vient à peine de fêter ses trente ans. Originaire de Téhéran, il pratique une musique qualifiée d’art-rock. Une expression sonore qui mêle rock, métal, prog ainsi que fusion jazz ; et au sein de laquelle on retrouve des traces de musique de chambre avant-gardiste. Il a milité chez Arashk, en compagnie duquel il a commis trois albums entre 2006 et 2008. Depuis, il a décidé d’embrasser une carrière individuelle et ce « Nano woman » constitue son troisième elpee personnel. Salim se charge de tout. Composition, production et instrumentation (NDR : guitare, basse, claviers et percussions). Les titres des neuf plages de cet elpee sont puisés dans les lettres du mot ‘Woman’.

"Namow" ouvre la plaque. La guitare est largement amplifiée. Un peu comme chez Jeff Beck. Interventions de basse, percus et cordes de violoncelle ainsi que de violon s’intègrent parfaitement à l’ensemble pour élaborer une musique de chambre expérimentale et complexe, riche en sonorités ésotériques. "Nam" embraie dans le même registre. Créative, sa musique se veut libre de toute contrainte, propice à l’improvisation, mais en même temps, et paradoxalement, respecte une structure bien établie. Les variations de cordes électriques prodiguées tout au long d’"Amo" semblent balisées par le reste de l’instrumentation. Une discipline élaborée, réminiscente des moments les plus exploratoires de Robert Fripp. Une rythmique rock s’invite sur "mow", avant de dériver vers l'Orient lointain, quelque part au cœur d’une médina cosmique. Les interventions de gratte sont partagées entre riffs denses et chapelets de notes libres. "Owo" défile lentement, subrepticement, telle une musique symphonique où les instruments prennent le relais sur fond de percussions. Réverbérés, aventureux, les accords de six cordes évoluent à la limite de la dissonance. "wom" baigne dans une forme de prog contemporaine. Les sonorités évoluent très lentement dans un climat dramatique. Ce tempo autorise un envol de cordes dans un style ‘beckien’. "oma" épouse d’abord un tempo aussi nonchalant que "wom", avant que la guitare métallique ne rugisse de fureur. Particulièrement dépouillé, "man" macère dans un climat orientaliste. La basse trace d’abord la voie, bien vite relayée par la guitare. Elle se fraie alors un chemin tortueux entre piano, cordes et percussions. Le spectre de Robert Fripp plane à nouveau. Cet étrange long playing s’achève par "Woman", fruit de la rencontre entre free jazz, rock âpre et world music. Une plage apparemment chaotique, mais parfaitement maîtrisée…

 

mercredi, 20 mars 2013 19:02

Songs of Townes Van Zandt

Dans l’univers du country/folk américain, Townes Van Zandt est un artiste légendaire. Il n’a réellement jamais été très populaire auprès du grand public. Il était, par contre, très apprécié de ses pairs. Notamment Willie Nelson, Merle Haggard, Emmylou Harris, Steve Earle, pour ne citer qu’eux. Il a eu une existence assez compliquée. Introverti, il était accro à l'alcool et aux drogues. Ses problèmes psy est ses démons intérieurs, il les reflétait à travers des textes sombres. Il était né en 1944, au Texas. Musicalement, il sera d'abord influencé par le bluesman noir Lightnin' Hopkins et par Bob Dylan. De son vivant, il a publié une dizaine d'albums. Il est décédé à 52 ans, des suites d'une fracture de la hanche.

Trois artistes à la tête du label Neurot ont tenu à rendre cet hommage à l'artiste disparu. Un choix surprenant quand on sait qu’ils trempent surtout dans le metal. Scott Kelly est chanteur et guitariste chez Neurosis, Tribes of Neurot et Shrinebuilder, Steve Von Till, au sein de Neurosis et Tribes of Neurot et Scott ‘Wino’ Weinrich, de Saint-Vitus ainsi que Shrinebuilder. Ils défendent également une carrière individuelle. Ces collaborations croisées expliquent sans doute le partage de ce projet. Sur ce ‘tribute’, ils interprètent, à tour de rôle, trois compos de Van Zandt. Un projet institué par leur ami Ansgar Glade, responsable du label My Proud Mountain (NDR : le titre d’une chanson de Townes), créé pour la circonstance.

Steve Von Till chante "If I needed you". Sa voix est grave. L’atmosphère est sombre. Les cordes acoustiques sont subtilement ponctuées par des notes amplifiées qui se fondent dans l’ensemble. Steve interprète "Black Crow blues", d’une voix saturée d’émotion. Un superbe poème empreint d’une tristesse intense. Il adapte "The snake song" sous une forme particulièrement dépouillée au sein d’un décor électronique morbide. La voix de Scott Kelly est davantage adaptée au folk. Probablement forgée par les excès, elle évolue dans le même registre pour attaquer "St John the Gambler", une compo au cours de laquelle la pedal steel de Jesse Baldwin entretient discrètement ce climat lugubre. La voix de Kelly est déclamatoire tout au long de "Lungs", un folk blues hypnotique au cours duquel le motif rythmique est inlassablement répété devant la puissance électrique, pourtant tapissée en arrière-plan. Tegumsek Valley" est loin de baigner dans la félicité. Wino se réserve "Rake" d’un timbre moins grave, qu’il souligne de cordes qui collent au texte. Il embraie par "Nothin' et "A song for", des folk song typiques. Les performances de Kelly et Von Till me semblent les plus intéressantes ; néanmoins, il est nécessaire de bien comprendre les subtilités de la langue de Shakespeare pour apprécier pleinement cette œuvre…

 

mercredi, 13 mars 2013 12:23

Fourth Corner

Agée de 25 ans, Trixie s’est établie à Brooklyn, à deux pas de la ‘Grosse Pomme’. C’est la fille du regretté Chris Whitley. Elle est née à Gand. Musicien, Chris pratiquait du folk/blues. Il jouait de la slide, dans un style acéré, inspiré par Johnny Winter. Il était venu tenter sa chance en Belgique et avait épousé Hélène Gevaert, sœur d'Alan, membre de dEUS. C'est de cette union qu'est née Trixie. Son père est malheureusement disparu en 2005, victime d'un cancer du poumon foudroyant. Il n'avait que 45 ans.

Trixie a été élevée au sein d’un milieu artistique, partageant son existence entre les States et la Belgique. Elle s’intéresse très tôt à la musique, à la poésie et à la danse. Elle tourne notamment en compagnie des "Ballets C de la B". Elle enregistre son premier Ep, "Strong blood" en 2005. Elle est remarquée par le célèbre producteur Daniel Lanois qui l'invite à entrer dans l'école de musique Berkeley, à Boston. Le projet donne naissance à un super groupe, Black Dub, responsable d’un opus éponyme en 2010. Elle publie alors deux Eps personnels, "The Engine" et "Live at the Rockwood Music Hall". En 2012, elle entre en studio pour réaliser sa première œuvre majeure, "Fourth Corner", un disque enregistré sous la houlette de Thomas Bartlett. Cette jeune femme est particulièrement douée. Sa voix est profonde, sensuelle et envoûtante. Dans ses lyrics, elle décrit les choses de la vie à travers ses expériences, épanche ses émotions, toujours avec une approche positive. Ses compos débordent de sensibilité. Son style est à la fois unique et éclectique. Et pour cause elle puise autant dans le folk, le rock, le blues que le classique, pour créer des compos à la dimension subtilement pop.  

Une atmosphère étrange prélude "Irene". Percussions et autres bruitages entretiennent une belle densité rythmique. Overdubbée, la voix de Trixie perce l’écran sonore. Plage minimaliste, "Pieces" bénéficie de superbes orchestrations de cordes. Sur "Need your love", la guitare amplifiée de Sam Cohen éclot au cœur des percussions, alors que la voix très rythmique est répercutée inlassablement. Le début de "Silent rebel Pt 2" baigne au sein d’un climat oriental. Et une forme de magie opère tout au long de ce blues d’un autre monde au cours duquel les arrangements de Stephen Barber sont au service de notre jeune héroïne… Limpide, son timbre atteint un sommet de solennité sur "Breathe you in my dreams", un cri d'amour répété à l'infini. Mais également une belle leçon d'efficacité destinée aux formations prog rock contemporaines. Un fracas de cordes amplifiées amorce "Hotel no name", une compo caractérisée par des sonorités rock plus âpres, mais toujours parfaitement maîtrisées. Autre très jolie ballade, le titre maître est parfumé d’arrangements délicats. Et les 4 bonus tracks sont tout aussi soignés, dont "Strongblood", une perle étincelante, palpitante même, qui bénéficie du concours du Black Dub, et tout particulièrement de Daniel Lanois à la guitare…

 

mercredi, 13 mars 2013 12:20

Blak and Blu

Autrefois, dans l’univers du blues, les ‘guitar heroes’ étaient légion. Souvenez-vous de Jimi Hendrix, Eric Clapton, Jimmy Page, Jeff Beck, Alvin Lee, Peter Green ou encore Rory Gallagher. Alors jeunes, ces musiciens ne manquaient ni de charisme ni de compétences ; mais ils donnaient surtout envie à leurs fans de s’identifier à ces idoles. Depuis, ce phénomène est devenu plus rare. On recense encore Stevie Ray Vaughan disparu trop tôt, et plus près de nous, sur la scène du blues rock, Joe Bonamassa ; mais en général, ces sont des musicos à la peau blanche.

Exception qui confirme la règle, Gary Clark Jr. Un black qui a pris manifestement la bonne direction. Et pour cause, il s’inspire directement du dieu Hendrix et de l'ange Vaughan. Gary n'a que 29 ans. Il a parfaitement intégré les courants de la musique américaine : blues, rock'n'roll, soul, jazz, country. Ce Texan nous vient d'Austin, comme les frères Vaughan, Stevie Ray et Jimmy. Encore gosse à Austin, il avait séduit le vieux Clifford Antone qui hébergeait le meilleur club de blues de la capitale texane, l’‘Antone's’. Au cours des dernières années, il est monté régulièrement sur les planches en la compagnie de grosses pointures, telles que BB King, Buddy Guy, Eric Clapton et même les Rolling Stones. Dès 2004, il enregistre ses premiers albums et quelques Eps, qu’il autoproduit. En 2011, il tape dans l'oreille du label major Warner. L’écurie lui permet de publier l’Ep "The Bright Lights", qui bénéficiera d’une version australienne plus conséquente, l'année suivante. Il vient de graver son nouvel elpee. Il est éponyme et bénéficie enfin d’une large distribution.

"Ain't messing around" ouvre le feu. Nous sommes au cœur de Memphis. Soutenu par une section de cuivres, ce southern soul ranime ces sonorités Stax si excitantes, qui ont marqué les années 60 et 70! La première sortie à la six cordes ne manque pas de gouaille, mais le rythme adopte celui du galop ! La voix ne libère pas toute sa puissance, elle caresse même "When my train pulls in", un blues rock imprimé sur un mid tempo irrigué par l'orgue Hammond B3 de Zac Rae. Gary entame timidement un envol sur les cordes avant se libérer totalement. Mais ce déferlement, accentué par les effets de la pédale wah wah, sont parfaitement maîtrisés. Une incursion dans le psychédélisme, tout à fait exceptionnelle ! Gary a assimilé l'essentiel du testament de Hendrix. Plage soul, le titre maître emprunte au "Pieces of a man" de Gill Scott-Heron. "As the years go passing by" lorgne vers Albert King. "Bright lights" est un blues rock efficace. Tourmentées, torturées à l’extrême, les sonorités trempent dans le fuzz. Sculpté dans le rock’n’roll, "Travis county" est propulsé par la machine à percussions de J J Johnson. Gary puise toute l'énergie d'un Thorogood pour nous réserver un solo d'une rare efficacité. Deux pistes se révèlent plus dispensables. Tout d’abord, "The life". Une ballade soul hip hop sans grande consistance. Puis "Glitter ain't gold", un power blues rock un peu lourd. "Numb" est véritablement hanté par Hendrix. Une compo puissante, bien ficelée, au cours de laquelle sa voix musicale est talonnée par la guitare triturée et gémissante de Clark. Il s’agit peut-être du "Voodoo Chile de notre Junior ? "Third stone from the sun" rend un long et brillant hommage au même James Marshall. Cette réplique vivante poursuit dans le même registre, en nous proposant un nouveau voyage atmosphérique propice à la transe psychédélique, "You saved me". De toute bonne facture, cet elpee s’achève par "Next door neighbor blues", un blues acoustique inspiré par les pionniers du Delta.

 

mercredi, 13 mars 2013 12:12

Death Letter Jubilee

Formation de roots étasunienne, The Delta Saints a été formé en 2007 par des étudiants qui fréquentaient un Collège de Nashville, dans le Tennessee. En l’occurrence le chanteur et joueur de dobro Ben Ringel, le guitariste Dylan Fitch, l’harmoniciste Greg Hommert, le bassiste David Supica et le drummer Ben Azzi. Avant de publier ce nouvel opus, ils avaient gravé deux Eps autoproduits, "Pray on" et "A bird called Angola". « Death Letter Jubilee » constitue donc leur œuvre la plus aboutie. Leurs lyrics traitent des amours difficiles, du manque de moralité et des vagabonds ; mais ils y intègrent des éléments de base comme la terre, l'air, le feu et l'eau! Leur style ? Un mélange de blues, de southern rock, de rock des bayous et de funk.

Des percussions syncopées et particulièrement néo-orléanaises ouvrent "Liar". Nous pénétrons dans l’univers des Delta Saints. Un univers sonore intense où chaque élément tient bien sa place. Très alerte, l'harmonica libère sa puissance et sa passion face aux cordes largement amplifiées. "Chicago" constitue un tribut à la Cité des Vents. Un blues imprimé sur un tempo lent. La voix de Ben est fervente et autoritaire. Tout au long de ce disque, elle impressionne, même. Très réverbérée, la guitare crée le lien qui mène au Delta lointain. Discrets, les arrangements de cuivres soulignent les interventions de musique à bouche. Sur ce rythme, Greg se sent comme un poisson dans l’eau. Caractérisé par les changements de tempo judicieux, "Death letter jubilee" identifie des chœurs a cappella. "Jezebel" s’ouvre comme une worksong authentique, avant que des cordes acoustiques ne viennent soutenir la voix. Des cordes rejointes par un harmonica pour le primaire "Out to sea", un folk blues au cours duquel le chant à l’agonie est saturé d’émotion. Une slide trépidante entame "Boogie" avant qu’elle ne s’enroule autour du timbre envoûtant de Ringel qui ne laisse finalement s'évader que l'instrument volatile de Greg. Une voix féminine atmosphérique épaule celle de Ben sur "Sing to me", précédant un déferlement instrumental. "Drink it slow" est balisé par les solides percussions de Ben Azzi. Mais au fur et à mesure que le ton monte, les cordes de Fitch saturent. "From the dirt" est certainement une des meilleures plages de l’elpee. Passionnée, impérieuse, la voix emprunte des accents tragiques. Les instruments resserrent les rangs pour mettre en exergue cet organe. Hommert prend son billet de sortie. Son registre est éloquent. Il aligne de nombreuses notes à la manière d'un Jon Popper chez Blues Traveler ou de Magic Dick au sein du J Geils Band. La résonance métallique du dobro envahit "The devil's creek", une compo puissante. "River" défile tel un holler. A cause de la propagation des voix et des répliques féminines, sur fond de percussions. "Old man" est une compo dépouillée, énigmatique, au cours de laquelle les cordes montent en crescendo. Un peu comme chez Neil Young. Et "Jericho" ponctue parfaitement ce superbe long playing. On a cependant encore droit à un morceau caché. Un jazz traditionnel issu de la Nouvelle Orléans exécuté par un Dixieland band…

 

jeudi, 31 août 1995 03:00

Payé en liquide…

Brendan Croker est un joyeux quadragénaire (il est né en 1953) qui poursuit une carrière en dehors de toute mode et de toute pression (plutôt genre country-blues dépouillé). Son dernier album (« Red neck tate of the art ») est aussi son meilleur à ce jour et aussi le plus électrique de sa carrière.

Ton premier groupe s’appelait les Five O'Clock Shadows?

En effet… oh non! Le premier, c'était Dynamite Twins. Nous étions trois. Il avait déjà été fondé, à Leeds, dans les 70s. Puis, au début des 80s, j’ai monté les 5 O'Clock Shadows.

Enfant des 60's

Que signifie ‘Ombres de 5 heures’?

Quand tu travailles et que 5 heures sonnent, ça y est, il est temps! La journée commence seulement. Alors tu pars en virée et tu bois beaucoup. Comme tu n'as pas eu le temps de te raser, il y a comme une ombre sur ton visage. C'est juste une expression. Et le 1er album du groupe était intitulé "A close shave" (rasé de près!)

Les premiers long playings que tu sors baignent dans des racines country-blues. Pourquoi?

J'étais un enfant des 60s. Ce que j'écoutais, c'étaient les Kinks, les Rolling Stones, les Beatles, des gens du style. A partir de là, spécialement les Rolling Stones, tu prends d'autres directions, c'était la grande période anglaise des pop-songs toutes simples et c'était très bon.

Sur le dernier album des 5 O’Clock Shadows, tu avais reçu le concours de Mark Knopfler, mais aussi d’Eric Clapton. Pourquoi Clapton chantait mais ne jouait pas de la guitare?

J'ai discuté avec le producteur de l'album John Porter. Nous avions besoin d'un 2ème chanteur pour "This kind of life". Il a déclaré que Clapton serait très bien. Et comme je l'ai rencontré la semaine suivante, je lui en ai parlé et il a chanté. Il n'avait pas besoin de sa guitare, il a une bonne voix, Clapton! Les gens ne se rendent pas toujours compte qu'il est un chanteur merveilleux. Hendrix aussi, était un de mes chanteurs favoris.

Ton groupe suivant, pourquoi l'as-tu appelé, Serious Offenders?

Une blague! J'avais joué en solo au festival de Gand et quelqu'un de complètement bourré m'a demandé d'aller jouer derrière les barreaux. J'ai répondu : ‘Pourquoi pas si tu l'organises?’ J'ai oublié cet épisode ; et puis, 2 ou 3 semaines plus tard, le gars me téléphone et me dit: ‘J'ai organisé une tournée des prisons’. Ma réaction? ‘Merde alors!’ J'ai recruté des musiciens, tous des Belges, des amis. Le nom de Serious Offenders (Serieux délinquants) était un choix évident.

La Belgique a de bons musiciens et de bonnes bières...

Et du bon chocolat, de la bonne mayonnaise et de la viande de cheval. Miam!

Ton petit dernier, c’est un album solo ou celui d'un groupe?

Au départ, c’était un projet solo. C'est devenu un album de groupe.

Les 5 O'Clock Shadows pratiquaient plutôt de la world music; les Serious Offenders, une musique plus européenne ; aujourd'hui tu parais assez américanisé.

Oui mais mon album "Great Indoors" l’était tout à fait. Il a été enregistré à Nashville en compagnie de musiciens locaux la production est américaine.

Où est-ce que tu joues le plus?

Dans ma tête. J’ai des tas d’idées qui y trottent. Nous n'avons pas joué depuis pas mal de temps. On a enregistré ce disque, on est allé à Nashville pour une série TV… Je joue encore parfois dans un petit club comme à mes débuts à Leeds : les gens se connaissent, aiment être ensemble et s'amusent. Quand j'ai commencé, j'avais une résidence dans un club, un bar, j'étais pas payé mais j'avais droit à mes bières. Oui, c'était bien à l'époque, on était bourré mais on jouait encore très bien. Aucune pression (il avait pourtant ses bières - MPSU), merveilleux!

On répondait folk

Quel est le public type de Brendan Croker?

Je ne peux pas le dire, de 9 à 90 ans? Je ne sais pas, aucune idée. Il existe un club à Manchester, le ‘Band on the Wall’, plutôt jazz & blues, on ne sait jamais qui va débarquer, si les gars vont venir de loin ou pas, quelles seront les tranches d'âge. Je n’ai pas de public type.

Appartiens-tu à la culture rock?

Oui bien sûr, mais aussi folk. Le rock est une extension du folk. Chez les Notting Hillbillies, on demandait souvent à Mark Knopfler, à Steve et à moi: ‘Quelle sorte de musiciens êtes-vous?’. On répondait ‘folk’ et on rigolait.

(Article paru dans le n°35 du magazine Mofo de juillet/août 1995)

 

Alvin Lee est donc décédé. Un choc pour votre serviteur qui manifestait beaucoup de respect pour ce musicien, ce véritable ‘guitar hero’!

Il était né en 1944 à Nottingham, en Angleterre. Son premier groupe répondait au patronyme des Jaybirds. Puis il a fondé Ten Years After, en 1967. J’avais eu le privilège, lors de mon premier séjour en Angleterre, d’aller applaudir TYA au Jazz & Blues Festival de Windsor, en août de cette année. C'était le ‘summer of love’ et j'avais pris une claque lors de la prestation de cette formation alors totalement inconnue. Surtout à cause de son chanteur/guitariste charismatique qui jouait sur une Gibson 335 rouge! Je me souviens encore de sa reprise du "Help me", un classique de Sonny Boy Williamson, moment qu’il avait choisi pour glisser un stick de batterie sur les cordes de sa gratte. Tout le public était debout. Son heure de gloire, il devait la vivre deux ans plus tard, sur la scène du festival de Woodstock. Il avait clôturé sa prestation, par une version époustouflante de son "I'm going home", un titre, m'a-t-il avoué beaucoup plus tard, qu'il avait composé un soir de 1967. Il avait alors épuisé tout son répertoire. Le public le réclamait encore. Il s’est alors lancé dans une improvisation de cette célèbre compo, car il avait tout simplement envie de rentrer chez lui et retrouver sa copine. Lors de cette adaptation, il avait intégré un medley de quelques classiques du rock'n'roll. Le film officiel du festival de Woodstock devait tout spécialement lui rendre justice. En octobre 1969, il s’était produit en Belgique, au fameux festival d'Amougies, sis au pied du Mont-de-l'Enclus.

Ten Years After deviendra une machine à succès jusqu’à sa première séparation, en 1975. Alvin a ensuite embrassé une carrière individuelle, au sein de son Alvin Lee Band qu’il va rebaptiser plus tard, Ten Years Later, réduit à une formule trio. Mais l'aventure Ten Years After allait renaître de ses cendres, en compagnie des musiciens originels, de 1983 à 1991. En 2002, il avait décliné la demande de reformer une nouvelle fois le TYA, préférant poursuivre ses aventures musicales, en compagnie d’un jeune guitariste répondant au nom de John Gooch. Alvin Lee avait publié son dernier album en 2012, "Still on the road to freedom".

Il est apparemment décédé ce 6 mars, en Espagne, victime de complications, suite à une banale intervention chirurgicale. Son véritable nom était Graham Alvin Barnes. Il avait 68 ans.

 

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