‘Ils n’ont peur de personne et ils vont vous botter le cul’ : un sacré titre d’album (le douzième), qui prêterait à sourire si le trio d’Hoboken ne venait pas de pondre un des disques de l’année, peut-être leur meilleur. 78 minutes, 15 morceaux, rien à jeter : à l’heure de la culture-kleenex un tel constat ne peut qu’imposer le respect, surtout quand on sait qu’Ira Kaplan, Georgia Hubley et James McNew ne sont pas nés de la dernière pluie. Il y a vingt ans que ça dure, et voilà qu’ils signent un disque d’une qualité, et d’une variété (NDR : !) exceptionnelles. Tout le spectre pop-rock y est passé en revue, comme si l’on assistait en direct à une leçon de musique, sans les clichés et les rodomontades trop souvent en vigueur. « Pass the Hatchet, I Think I’m Goodkind » inaugure le disque en misant sur le psychédélisme : gros son, voix calcinée, schéma répétitif. On se rappelle alors que le trio s’est amusé par le passé à reprendre du Sun Ra, et là tout devient limpide. Par contraste, « Beanbag Chair » louvoie du côté pur de la pop sautillante : rondouillards, les cuivres jouent à saute-mouton avec la basse, pour le coup bien mutine. On dirait du Ben Folds Five sans le côté collège : une pop-song comme on en rêve la nuit, et c’est pareil pour le titre suivant, « I Feel Like Going Home ». Georgia s’y réserve le chant. On my mind ? On lui dédicacerait nos nuits, et tout le reste, mais déjà le soleil pointe ses dards, ça groove (« Mr. Tough », soul à mort), c’est l’extase kinksienne (« Black Flowers »). Après le vaporeux « The Race Is On Again » (« For the Prize » ?), le Rhodes se chamaille aux percus, pour un trip sous acide entre Stereolab et les Silver Apples (« The Room Got Heavy »). « Sometimes I Don’t Get You » est une autre pop-song parfaite (ce falsetto rieur !), avant l’instru « Daphnia », une ode bucolique qui sonne comme du Rothko joué par Virginia Astley. Aaaargh ! Pas la peine de vous frotter les oreilles en signe d’hébétude : oui, ce disque est un sans-faute. Du garage-rock qui trépigne, du rock’n’roll à la Trashmen ? « I Should Have Known Better » et « Watch Out for Me Ronnie », jouissifs. A la fin, Yo La Tengo boucle la boucle, retourne au kosmische rock (« The Story of Yo La Tango ») et nous envoie pour de bon en orbite. Maximum bamboule !