Qu’il ait l’air d’une geisha octogénaire fardée jusqu’aux orteils n’a pas d’importance. Qu’il se lamente de vouloir devenir une fille, non plus. Car la voix d’Antony est de celle qui vous colle à la peau, à la chair (de poule), et puis ne vous lâche plus. Cette voix, à la limite de l’emphase théâtrale mais sans aucun pathos, est notre amie, notre aimable confidente. On souffre aussi pour elle, puisque l’homme qui la porte est un artiste sensible, au bord de la rupture (d’identité, de sexe, de mue), qui combat ses démons en restant toujours digne. A ses côtés, Rufus Wainwright, Devendra Banhart, Lou Reed et Boy George lui donnent parfois le change : on compatit en douce, on se mouche dans la dentelle. Car ce disque, le troisième du pianiste (si on compte l’EP « The Lake »), sonne comme le glas du médiocre et du bruit qui nous tanne : il est beau à pleurer, du début à la fin. Bryan Ferry, Nina Simone, David Sylvian, Martin Gore, Hedwig,… Les grandes voix de ce monde ont souvent des secrets à cacher : celui d’Antony n’est pas lourd à porter, puisqu’il vole. Aucune gravité, donc, dans les chansons de ce grand romantique : juste un trop-plein d’empathie, pour le reste du monde. L’amour, c’est de ça qu’il s’agit. Il est temps d’avaler un petit peu de morphine.