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Kreator - 25/03/2026
dEUS - 19/03/2026

Julie Compagnon & Antoine Goudeseune

The Ballad Of J and A : The Beatles are Dead. Long live the Beatles !

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Reprendre les Beatles est probablement l’une des meilleures façons de se casser les dents sur scène. Tout le monde connaît les chansons, chacun possède sa version préférée et la moindre fausse bonne idée peut rapidement transformer l’hommage en karaoké nostalgique. The Ballad of J&A choisit heureusement une autre voie. Pas de vestes militaires bariolées, pas de coupe au bol, pas de faux accent de Liverpool ni de reconstitution maniaque d’Abbey Road. Au Zik-Zak d’Ittre, Julie Compagnon et Antoine Goudeseune débarquent avec presque rien : une voix, des guitares et un répertoire qui, lui, pèse quelques tonnes dans l’histoire de la musique populaire. Et cela suffit largement. Car plutôt que de vouloir « refaire » les Beatles, The Ballad of J&A préfère démonter leurs chansons pour en retrouver l’ossature. Une démarche qui peut sembler évidente mais qui demande une certaine audace quand on s’attaque à Lennon, McCartney, Harrison et Starr. Une fois les arrangements luxuriants retirés, une question demeure : les chansons tiennent-elles encore debout ? La réponse ne tarde pas. Deux personnes face à une montagne. Le décor du Zik-Zak est réduit à l’essentiel. Quelques lumières, des projections, deux artistes et cette proximité caractéristique de la salle d’Ittre où il est difficile de tricher avec le public. C’est précisément le terrain de jeu qu’il fallait à The Ballad of J&A. Sous une telle configuration, impossible de se réfugier derrière un mur de décibels ou une section rythmique. Chaque accord est exposé, chaque respiration devient audible et le silence lui-même participe aux arrangements. Dans ces conditions, les compositions des Beatles apparaissent sous un autre jour. Des mélodies entendues plusieurs milliers de fois retrouvent soudain quelque chose de presque fragile. Et c'est là que le duo commence véritablement à séduire.

Julie Compagnon, c’est surtout :  ne pas jouer à Lennon ou McCartney. La première bonne idée de Julie Compagnon consiste à ne jamais essayer de ressembler à quelqu’un d’autre. Cela semble basique. Ça ne l’est pas. Combien de formations consacrées aux Beatles finissent par transformer leurs chanteurs en imitateurs plus ou moins convaincants de Lennon ou McCartney ? Ici, rien de tout cela. Julie prend les chansons, les fait passer par sa propre sensibilité et leur impose naturellement une autre couleur. Sa voix peut se montrer délicate, chaleureuse, parfois plus ample, mais ne vient jamais écraser les morceaux. Sur les titres les plus dépouillés, l’effet devient particulièrement convaincant. Privées de leur habillage original, certaines mélodies semblent presque révéler leurs coutures. On entend mieux les harmonies, les changements d’accords, les petites trouvailles mélodiques qui ont permis à ces chansons de traverser les décennies sans véritablement vieillir. Julie possède également cette qualité indispensable pour une soirée de ce type : elle parle au public sans donner l’impression de réciter une fiche Wikipédia consacrée aux Beatles. Quelques anecdotes, quelques explications, quelques sourires. Rien de pesant. Le concert garde ainsi son mouvement et évite le piège de la conférence musicale entrecoupée de chansons.

Antoine Goudeseune fait le boulot de quatre musiciens. À quelques mètres de là, il possède une mission nettement moins confortable qu’elle n’en a l’air. Faire oublier l’absence d’une basse, d’une batterie, de plusieurs guitares, d’un piano et parfois même d’un orchestre avec seulement six cordes. Bonne chance. Mais Antoine connaît suffisamment bien l’univers des Beatles pour ne pas chercher à tout reproduire. Et c’est précisément ce qui fonctionne. Sa guitare ne copie pas les versions originales : elle les suggère. Quelques lignes mélodiques surgissent ici, une basse apparaît entre deux accords ailleurs, une rythmique prend momentanément possession du morceau avant que le fingerpicking ne vienne remplir l’espace. Il joue beaucoup. Mais surtout, il joue ce qu’il faut. Pas davantage. Dans un exercice acoustique, cette retenue vaut parfois beaucoup plus qu’une démonstration de virtuosité. Les morceaux respirent et, chose assez remarquable, ne semblent pratiquement jamais « vides ».

On en oublierait presque qu’il manque trois Beatles derrière eux. Heureusement, personne ne déguise personne. Le grand mérite de The Ballad of J&A réside finalement dans cette volonté permanente de rester à distance du tribute band traditionnel. Les Fab Four sont évidemment partout pendant la soirée. Mais leur fantôme ne vient jamais étouffer les deux artistes présents sur les planches. Le duo préfère célébrer l’écriture plutôt que l’iconographie. Ce qui change beaucoup de choses. Car les chansons de Lennon et McCartney, mais également celles de George Harrison, peuvent supporter presque toutes les transformations lorsqu’on ne touche pas à ce qui les rend essentielles. Une mélodie. Quelques accords. Et parfois trois minutes de pop quasiment parfaites. Cette approche permet également au projet d’élargir son horizon au-delà des seules années Beatles. Les carrières solos de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr viennent naturellement prolonger le voyage. Une excellente idée. Non seulement parce qu’elle permet de sortir des incontournables, mais aussi parce qu'elle raconte implicitement ce qui s'est passé après l'explosion du combo. Quatre musiciens qui avaient construit ensemble une machine pop presque parfaite avant de partir chacun de leur côté. The Ballad of J&A ne propose donc pas simplement une collection de « greatest hits ». Il dessine un parcours.

Un Zik-Zak transformé en salon. Au fil de la soirée, une autre composante devient progressivement essentielle : le public. Pour les Beatles, il suffit parfois de quelques secondes. Trois accords. Une mélodie familière. Et les souvenirs remontent. Certains spectateurs chantonnent. D’autres reprennent franchement les refrains. Quelques-uns ferment simplement les yeux. Le Zik-Zak prend alors des airs de gigantesque salon dans lequel chacun semble connaître les chansons depuis toujours. Cette proximité fonctionne d’autant mieux que Julie Compagnon et Antoine Goudeseune n’installent jamais cette frontière artificielle que certains concerts imposent entre scène et salle. Les regards circulent. Les sourires également. Quelques plaisanteries viennent détendre l’atmosphère et l'on sent surtout deux musiciens qui prennent du plaisir à jouer ensemble. Cela peut sembler secondaire. Ça ne l’est jamais. La complicité ne se programme pas sur une pédale d’effet. Et lorsqu’elle existe, le public la ressent immédiatement. Ce soir-là au Zik-Zak, pas besoin de traverser Abbey Road pieds nus, de ressortir les uniformes de Sgt. Pepper ou de demander où était Paul en 1966. Une voix. Une guitare. Des chansons. Et environ 60 ans après leur naissance, elles font toujours le boulot. The Beatles are Dead. Long live the Beatles.

(Organisation : Rock Nation + Zik-Zak)

Phil Campbell’s Bastard Sons

La flamme Campbell continue de brûler…

Écrit par

Phil Campbell’s Bastard Sons et Rödder au Zik-Zak : la flamme continue de brûler. Cette soirée estivale s’annonce chargée d’émotion. Quelques mois après la disparition de Phil Campbell, guitariste historique de Motörhead, ses trois fils retrouvent les planches sous le nom de Phil Campbell’s Bastard Sons, aux côtés du chanteur Julian Jenkins. Cette tournée permet à la famille Campbell de poursuivre l’aventure et de perpétuer l’héritage rock’n’roll de leur père.

Depuis la disparition de Lemmy et la fin de Motörhead, Phil Campbell n’était pourtant pas resté inactif. Après avoir sillonné les routes sous le nom de Phil Campbell’s All-Stars et figuré à l’affiche de nombreux festivals, la formation était rapidement devenue Phil Campbell and the Bastard Sons. Elle réunissait ses fils Todd à la guitare, Dane à la batterie et Tyla à la basse, ainsi que Neil Starr, un ami de la famille, au chant. Le combo avait publié son premier opus, « The Age of Absurdity », en 2018, puis entrepris une tournée intensive. Campbell avait ensuite sorti le disque solo « Old Lions Still Roar » en 2019, entouré de nombreux invités. En 2020, pendant la pandémie, les Bastard Sons avaient proposé un deuxième long playing, « We’re The Bastards ».

Phil Campbell est décédé le 13 mars 2026, à l’âge de 64 ans, des suites de complications consécutives à une lourde opération.

Rödder chauffe rapidement la salle. À 20 heures, le combo ouvre la soirée par une prestation brève et efficace d’environ trente minutes. Il entre immédiatement dans le vif du sujet et livre un rock énergique, soutenu par des guitares incisives et une attitude en accord avec le programme.

Face à une foule principalement venue retrouver l’énergie brute associée à Motörhead et à la famille Campbell, Rödder remplit sa mission. La formation fait monter la température et prépare le terrain sans ralentir le rythme. Cette première partie directe, dépourvue de longue introduction ou d’artifices, plonge aussitôt la salle dans une atmosphère rock (page ‘Artistes’ ici). 

Vers 21 heures, Phil Campbell’s Bastard Sons investit les planches. Dès les premières mesures de « We’re the Bastards », le ton est donné : guitares puissantes, basse lourde et batterie d’une précision redoutable. Todd Campbell assure les parties de guitare, Tyla Campbell tient la basse et Dane Campbell propulse l’ensemble derrière ses fûts. Au chant, Julian Jenkins trouve naturellement sa place dans cette nouvelle configuration.

L’absence de Phil Campbell reste perceptible, mais le band ne transforme jamais la soirée en cérémonie funèbre. L’hommage s’exprime par la musique, le volume et la volonté de continuer. La manière la plus fidèle de célébrer un homme qui a consacré plus de trente ans à Motörhead consiste sans doute à jouer du rock’n’roll aussi fort que possible.

La setlist associe les compositions des Bastard Sons à plusieurs classiques liés à Phil Campbell. Des titres tels que « High Rule », « Spiders », « Dark Days », « Strike the Match » ou « Maniac » rappellent que la formation possède sa propre identité et ne se réduit pas à un tribute band.

Lorsque retentissent les premières notes de « Going to Brazil », « Rock Out » ou « R.A.M.O.N.E.S. », l’ombre de Motörhead plane sur le Zik-Zak. L’auditoire retrouve une formule éprouvée : riffs simples et ravageurs, rythmique lancée à pleine vitesse et refrains repris en chœur. « Ace of Spades », placé au milieu du concert plutôt qu’en conclusion, provoque l’un des temps forts de la soirée. Le quatuor ne cherche pas à reproduire Motörhead à l’identique ; il conserve l’urgence et l’agressivité qui ont élevé ce titre au rang de classique du rock.

La suite ne faiblit pas : « Born to Raise Hell » précède « Maniac », qui clôt la première partie. À ce stade, le combo concilie le respect de son héritage familial et l’affirmation d’une personnalité musicale plus actuelle.

Le rappel s’ouvre sur « Heroes » de David Bowie. Dans le contexte de cette tournée, le titre acquiert une résonance particulière. Après la déferlante de guitares et de décibels, cette parenthèse mélodique ménage un moment d’émotion et de respiration sans rompre l’intensité de la soirée.

La formation repart ensuite sur « Ringleader », puis assène un dernier coup par « Killed by Death ». La soirée s’achève sur « Motorhead », morceau initialement enregistré par Hawkwind et devenu l’acte fondateur du band de Lemmy. La conclusion ne pouvait guère être plus symbolique : les fils de Phil Campbell terminent leur concert à la source de l’histoire dont ils assurent désormais la continuité.

La relève est assurée. Dans le cadre intimiste du Zik-Zak, la proximité entre les musiciens et la fosse accentue la puissance de la prestation. Réputée pour son acoustique et la faible distance qui sépare les artistes des spectateurs, la salle d’Ittre convient parfaitement à ce rock direct et physique.

Phil Campbell’s Bastard Sons ne cherche ni à remplacer Phil Campbell ni à recréer artificiellement Motörhead. Le combo prolonge plutôt une histoire familiale tout en bâtissant son propre avenir. Todd, Tyla et Dane Campbell poursuivent leur route aux côtés de Julian Jenkins, animés par une détermination évidente.

Au terme de la soirée, une impression domine : la disparition de Phil Campbell laisse un vide immense, mais n’éteint pas la flamme. Ses fils montrent qu’elle brûle encore, nourrie par le respect de son héritage et par une solide dose de décibels.

Verdict : une soirée puissante et émouvante, où l’héritage de Motörhead rencontre l’avenir des Bastard Sons.

(Organisation : Zik-Zak) 

 

 

Burning Spear

Malgré ses 81 balais, Burning Spear rallume la flamme du reggae/roots à l’Ancienne Belgique.

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La Ballroom de l’Ancienne Belgique célèbre le reggae roots ce soir. Burning Spear, figure majeure du genre et disciple revendiqué de l’héritage jamaïcain, revient à Bruxelles à 81 ans, toujours alerte, entouré de neuf musiciens parfaitement soudés. La salle affiche complet et rassemble un auditoire multigénérationnel, où les rastas se mêlent aux amateurs de longue date comme aux curieux venus découvrir une légende vivante.

Winston Rodney, alias Burning Spear, débute sa carrière dans les années 1960 en Jamaïque, sur les conseils de Bob Marley, avant d’enregistrer son premier single, « Door Peep », en 1969 sur le label Studio One. Profondément ancré dans la foi rastafari et les idéaux panafricains de Marcus Garvey, il forge un reggae hypnotique et militant, traversé de rythmiques puissantes, de cuivres et de percussions. Son opus « Marcus Garvey » (1975), devenu un classique du genre, a célébré son cinquantième anniversaire en 2025. Burning Spear compte deux Grammy Awards, remportés pour « Calling Rastafari » (2000) et « Jah Is Real » (2009), ainsi que plus de douze nominations. Son dernier disque studio, « No Destroyer », sorti en 2023, a été nommé aux Grammy Awards 2024 dans la catégorie Best Reggae Album.

L’influence de Burning Spear sur le reggae reste considérable. Son héritage musical rappelle l’autonomie et l’autodétermination de la diaspora africaine. Après plus de six décennies de carrière, son message conserve toute sa force et son chant garde cette intensité immédiatement reconnaissable. Winston Rodney attribue le lancement de son parcours musical à une rencontre décisive auprès de Bob Marley. Tous deux vivaient dans la paroisse de St. Ann, en Jamaïque. Comme le raconte Burning Spear : ‘Bob se rendait à sa ferme. Il avançait auprès d’un âne, quelques seaux, une fourche, une machette et des plantes. Nous avons simplement discuté d’homme à homme, et je lui ai dit que j’aimerais me lancer dans le monde de la musique. Bob m’a répondu : “D’accord, passe au Studio One.” ‘. C’est là que Burning Spear enregistre ses deux premiers elpees cultes, « Burning Spear » et « Rocking Time ».

Son retour constitue donc un événement pour le reggae en Belgique. Sa dernière prestation à l’AB remontait à 1992 : trente-quatre ans d’attente avant de revoir cette voix majeure, dont les chansons continuent de défendre la paix, la justice et l’amour.

La première partie revient aux Roots Warriors, formation liégeoise active depuis 1983.

Le combo réunit B Dread aux drums, Ioanis au chant, Raph au mix, Sarahyan et Hugo aux claviers, Seb à la basse, Sam au saxophone et Serge à la trompette. Dès les premières mesures, les Liégeois installent un climat roots solide, nourri de riddims jamaïcains, de lignes de basse rondes et d’une pulsation souple qui met rapidement la fosse en mouvement. Les claviers dessinent un tapis chaleureux, les cuivres répondent par touches nettes et le mix injecte de discrètes secousses dub sans brouiller l’ensemble. Ioanis guide le set d’une voix posée, efficace, qui privilégie la ferveur collective plutôt que l’effet facile. Les reprises de classiques jamaïcains trouvent leur place auprès de compositions originales plus engagées, et le band évite l’exercice de style nostalgique : il joue sur l’intensité, respire ensemble et garde le tempo vivant. Les dreads se balancent, les premiers rangs répondent, les refrains circulent, tandis que la section rythmique prépare idéalement l’arrivée de Burning Spear. Cette entrée en matière ne cherche pas à voler la lumière ; elle chauffe patiemment la salle, rappelle l’ancrage liégeois du roots en Belgique et offre un set généreux, cohérent, traversé de vibrations dub profondes.

Votre serviteur découvrait cette formation et la surprise s’avère heureuse : une première partie solide, chaleureuse et parfaitement calibrée pour ouvrir la soirée (page ‘Artistes’ ici).

Setlist : « Promise Land-Satta », « True Rasta », « Slave Driver », « Jogging », « Police And Thieves », « Fade Away », « Caution », « Fisherman », « Israelites », « Jehosaphat », « Melt Away », « Johnny Big Mouth ».

Place ensuite à Burning Spear et à son backing group. 

Les huit musiciens prennent place sur les planches. À gauche, un solide trio de cuivres — trompette, trombone à coulisse et saxophone — s’installe en fond de plateau. Au centre, le claviériste se poste derrière ses instruments, tandis qu’à droite, un impressionnant batteur domine l’estrade. Devant lui, le bassiste, parfaitement synchronisé auprès de son complice de la section rythmique, s’aligne près du guitariste rythmique. À leurs côtés, le second guitariste, Cecil Ordonez, impose rapidement une ambiance brûlante et fait monter la température au fil des morceaux. Burning Spear arrive en dernier. Il court, danse, bondit et traverse l’espace d’un pas incroyablement vif, comme si les années n’avaient pas prise sur lui. Dès les premières notes, Winston Rodney embrase la Ballroom et galvanise la foule, qui se lève et vibre au rythme de sa musique. Sa voix puissante, alliée à un jeu de percussions inspiré, touche l’auditoire et déclenche une ovation après chaque morceau.

La formation impressionne par sa cohésion. Cecil Ordonez s’impose toutefois comme l’un des grands favoris de la salle : ses pas de danse nerveux et son énergie communicative électrisent le concert du début à la fin.

La section de cuivres, emmenée par le tromboniste Micah Robinson, le saxophoniste Clyde Cummings et le trompettiste James Smith, entretient un groove irrésistible et révèle son aisance lors de solos précis.

Face à une Ballroom comble et vibrante, le chanteur jamaïcain livre une performance spirituelle et militante, soutenue par des cuivres efficaces et des rythmiques hypnotiques. Il célèbre plus de six décennies de carrière sans relâcher l’intensité.

Ce concert s’inscrit dans le cadre du ‘Continuation Of The Marcus Garvey Self Reliance Tourr’, et confirme qu’à près de 81 ans, sa voix, sa présence sur le podium et son message d’autodétermination demeurent bien vivants.

La setlist accorde naturellement une large place aux classiques, tout en intégrant plusieurs titres issus de son projet collaboratif « Call On Me » (Burning Spear and Friends), paru au printemps 2026. Les fans saluent une véritable communion auprès de l’artiste, notamment pendant les morceaux emblématiques qui nourrissent sa légende depuis les grandes heures du mythique Studio One.

Le concert restera comme un moment fort pour l’un des derniers grands témoins vivants du reggae roots. L’ambiance circule entre les musiciens, la star jamaïcaine et une foule conquise. Burning Spear tient 96 minutes sans faiblir : respect pour l’artiste et pour ses musicos, solides jusqu’au bout.

Setlist : « Happy Day », « She's Mine », « Columbus », « Tumble Down », « Driver », « Identity », « Great Men », « The Youth », « Nyah Keith », « The Sun », « Old Marcus », « Garvey », « Man In The Hills ».

(Organisation : GreenHouse Talent)

 

 

George Thorogood & The Destroyers

Thorogood rallume la machine à riffs…

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Plus de cinquante ans de carrière, plus de 8 000 concerts et 15 millions de disques vendus : George Thorogood & The Destroyers se produisaient à l’Ancienne Belgique ce 21 juin 2026, dans le cadre du ‘The Baddest Show on Earth Tour ». Un combo resté fidèle à son rock’n’roll roots, taillé pour les planches et nourri de blues.

La soirée s’annonce torride, au propre comme au figuré. Thorogood vient aussi de publier « The Baddest Show On Earth : Greatest Hits Live », un long playing de onze titres paru le 12 juin, qui immortalise des prestations enregistrées entre 1978 et 2024.

La première partie est assurée par Jared James Nichols, guitariste blues-rock réputé pour son jeu musclé et son sens du riff. Découvert ici en 2024 en ouverture de Mr. Big, l’artiste revient défendre son quatrième elpee, « Louder Than Life ».

Nichols impose d’emblée sa présence. Sa musique mêle l’impact du hard rock et une veine blues plus habitée, sans céder à la démonstration gratuite. Produit par Jay Ruston, « Louder Than Life » aligne des titres solides, souvent construits autour de riffs chargés de tension. « Way Back », par exemple, regarde vers le hard rock des années 70 sans tomber dans la simple révérence.

Sur les planches, Jared James Nichols présente de larges extraits de ce nouvel opus. Armé de sa guitare électrique, il occupe l’espace sans relâche, soutenu par un batteur, un second guitariste et un bassiste qui avancent souvent en front de scène. Les musiciens se répondent dans de véritables joutes instrumentales, d’une précision rare pour une première partie. Les enchaînements restent tendus ; Nichols ne coupe le rythme que pour annoncer le morceau suivant. Plus nuancé, « Bending or Breaking » prend la forme d’une ballade rock mélodique, au cours de laquelle la voix est maîtrisée et le solo chargé de feeling. Le titre évoque l’incertitude d’une relation sans forcer le pathos. En fin de set, le guitariste invite la salle à le rejoindre au merchandising pour partager une bière et discuter. Le geste confirme une proximité simple auprès de l’auditoire, qui répond chaleureusement. Une ouverture solide, trop brève, mais parfaitement dispensée (page ‘Artistes’ ici). 

À 21 h précises, George Thorogood & The Destroyers attaquent le gros morceau de la soirée. Le chanteur-guitariste prend place au centre, guitare en main. Derrière lui, Ryan Rice se réserve la batterie depuis une estrade ; à sa gauche, le saxophoniste occupe une large part du son, tandis que Brian Weaver assure la basse. Le light show reste fourni sans détourner l’attention de l’essentiel : un rock roots direct, nerveux, souvent dynamité par le saxophone. La setlist compte onze titres, dont plusieurs reprises charpentées. « Rock Party » ouvre le set avant la cover du « Who Do You Love ? » de Bo Diddley, qui installe d’emblée le ton : riff acéré, refrain fédérateur, chœurs efficaces et cadence implacable. Thorogood écorche ses cordes sans relâche, mais garde le contrôle. « One Bourbon, One Scotch, One Beer » s’étire sans perdre sa force ; l’interprétation tient par son groove, ses relances et l’assurance brute du band. « Get A Haircut » ajoute une dose d’humour et offre l’un des meilleurs moments vocaux du set. Dans la fosse, les réactions grimpent encore d’un cran pendant « Bad To The Bone » et « I Drink Alone », deux classiques repris en chœur. Les riffs, devenus familiers, gagnent ici en rugosité, tandis que les solos de saxophone apportent davantage d’épaisseur aux compos. « Gloria », emprunté à Them, mène le concert vers sa dernière ligne droite, puis « Born To Be Bad » clôt la prestation sur une note franche et efficace.

Thorogood conserve une présence scénique évidente. Il échange souvent avec la foule, plaisante, sourit et semble savourer chaque minute. Sa voix tient la distance, son jeu de guitare reste tranchant, et la formation est soudée. Le concert rappelle pourquoi ce répertoire continue de fonctionner : des titres simples, solides, interprétés devant un auditoire conquis.

Setlist : « Rock Party », « Who Do You Love ? » (Bo Diddley cover), « Mama Talk To Your Daughter » (J.B. Lenoir cover), « I Drink Alone », « One Bourbon, One Scotch, One Beer » (Amos Milburn cover), « Get A Haircut », « Bad To The Bone », « Gloria » (Them cover), « Move It On Over » (Hank Williams With His Drifting Cowboys cover), « Born To Be Bad ».

(Organisation : Live Nation)

 

Humbe

Humbe, maître de son ciel à l’Ancienne Belgique

Écrit par

Humbe, de son vrai nom Humberto Rodríguez Terrazas, s’impose comme l’une des figures marquantes de la pop mexicaine contemporaine. Alors que la musique régionale mexicaine domine encore le paysage grand public, l’artiste façonne discrètement un univers singulier, entre R&B en espagnol et pop mélodique. Il affine un son intime, ample, nostalgique et moderne, nourri par une écriture où la vulnérabilité devient force.

L’ascension de Humbe ne relève pas du hasard. De sa nomination aux Latin Grammy Awards dans la catégorie Meilleur nouvel artiste lors de la 22e cérémonie annuelle à son statut actuel, il a bâti sa carrière sur l’authenticité et la constance. Des disques comme « Aurora » et « Esencia » consolident sa place dans le paysage musical, tandis que son projet indépendant « Armagedón » prouve qu’il peut progresser sans grande maison de disques. En 2025, plus de 2,14 millions d’unités équivalent album certifiées par « AMPROFON » confirment l’ampleur de son audience.

Son nouveau projet, « DUEÑO DEL CIELO », prend la forme d’un double opus de 22 titres, enregistré en Islande. L’œuvre se présente comme une expérience cinématographique, entre paysages sonores éthérés, passages plus intenses et moments de vulnérabilité, reflet d’un processus de réinvention personnelle et artistique. Ce long playing clôt la trilogie conceptuelle amorcée par « ESENCIA » (2023) et prolongée par « ARMAGEDÓN » (2024), récit symbolique autour de la vie, de l’amour, de la perte et de la reconstruction. Dans « DUEÑO DEL CIELO », Humbe transmet un message d’espoir : lorsque tout s’effondre, le ciel demeure un espace où recommencer.

Au vu de l’affluence et de la forte demande de tickets — 450 places —, le concert quitte l’AB Club pour la grande salle, configurée en AB Box. La soirée démarre quinze minutes plus tard que prévu. Pas de setlist visible, pas de première partie, pas de musiciens : seulement Humbe, un danseur et une danseuse. Dans la salle, une foule multiculturelle et intergénérationnelle, majoritairement composée de jeunes adolescentes et de spectateurs latinos, se presse sur le dance floor. Le concert se déroule dans la langue de Cervantes. Sur les planches, un tapis d’ouate recouvre l’espace, tandis que d’immenses rideaux blancs en satin plissé descendent du plafond et installent un décor vaporeux.

La salle se transforme peu à peu en décor presque céleste, comme si l’artiste invitait la foule dans un paysage onirique conçu à son image. Lorsqu’il rejoint le podium, entouré de ses danseurs, puis lance « ASTROS », la réaction éclate aussitôt. Les cris remplissent l’AB Box, mais derrière l’intensité sonore se dessine surtout une connexion réelle.

Cette relation se mesure à la manière dont l’auditoire connaît chaque parole. Des morceaux comme « Fantasmas » — devenu viral sur TikTok et souvent associé aux thèmes de la perte et de l’identité — résonnent particulièrement en live. On l’entend dans les voix qui se fragilisent au milieu des refrains, dans l’attention accordée à chaque phrase, comme si chacune trouvait un écho intime. Les titres plébiscités par les fans suivent : « Morfina », « Vegas », « 50mm » et « HIMNO » modifient tour à tour l’atmosphère de la salle. Le set progresse comme un récit, entre tristesse, espoir et amour, sans rupture inutile.

Côté production, le spectacle privilégie la simplicité et laisse respirer l’essentiel. La voix de Humbe, brute et expressive, occupe le centre, tandis que des visuels immersifs dessinent un arrière-plan aux tons doux. Les danseurs insufflent du mouvement et de la texture sans détourner l’attention ; ils renforcent l’atmosphère plutôt qu’ils ne la dominent. Chaque élément semble pensé pour soutenir l’émotion. Reste un bémol : les instruments sont reproduits sur bandes, peut-être par souci d’économie, et le volume s’avère parfois trop élevé. L’ensemble conserve toutefois l’énergie d’un concert dansant, latino et bon enfant.

(Organisation : Gracia Live)

Emmy d’Arc

Intense, précis et chargé d’émotion…

Écrit par

Initialement annoncé à l’AB Club, le concert d’Emmy D’Arc a finalement rejoint la Grande Salle de l’Ancienne Belgique, face à une demande de billets bien supérieure aux prévisions. Résultat : une soirée à guichets fermés, où l’artiste confirme l’élan né de son premier disque et d’une visibilité récemment accrue.

Emmy D’Arc possède-t-elle une voix remarquable ? Oui. Son premier opus, Braving Fears, paru l’an dernier, tient-il ses promesses ? Sans hésitation. Mérite-t-elle le déplacement en concert ? Certainement : forte de plus de 500 prestations, elle affiche déjà une solide expérience. Cependant, il y a pourtant fort à parier qu’une partie du grand public l’a surtout découverte après son passage dans l’émission Ik Vraag Het Aan, diffusée sur la VRT.

La soirée s’annonce dense et habitée. Ce n’est pas la première fois que votre serviteur assiste à un concert d’Emmy, et cette nouvelle rencontre confirme l’impression laissée par les précédentes.

Teun Truijen assure la première partie avec élégance : sa voix aérienne capte rapidement l’attention de l’assemblée. Cette autrice-compositrice-interprète et danseuse belgo-néerlandaise, originaire de Maastricht et installée à Anvers, poursuit une trajectoire prometteuse. Ancienne danseuse professionnelle, elle a notamment accompagné Eefje de Visser en tournée avant de se consacrer pleinement à son projet musical. Médaillée d’argent au Humo’s Rock Rally en 2024, Teun confirme les qualités déjà entrevues. Les titres de son premier EP, Home Is Growing On Me, récemment paru, dessinent un univers où une pop indie rêveuse rejoint des émotions directes. Son passé de danseuse nourrit une présence sur les planches à la fois souple, précise et naturelle. L’auditoire de l’AB se laisse gagner par ce registre personnel, partagé entre élans lumineux et mélancolie délicate. Sa musique associe profondeur soul et climat vaporeux, dans un son brut mais ouvert. Nourri par l’honnêteté et l’émotion vive, l’art de Teun s’ancre dans la narration et offre un aperçu sans filtre de ses pensées, de ses sentiments et de ses luttes (Page ‘Artistes' ici, photos Kristof Acke ). 

La tenture s’ouvre ; un spot éclaire le centre du podium. Emmy apparaît, guitare semi-acoustique en main. Chemise blanche à damiers, pantalon de cuir noir : elle occupe seule l’espace, épaulée par ses loop machines et un clavier placé à sa gauche. Aucun musicien ne l’accompagne. Elle affronte une foule déjà acquise, qui applaudit dès les premières paroles. Elle lance White Flag en acoustique, crie « Come on », et la salle reprend le refrain. L’instant fonctionne immédiatement. Le son est impeccable, comme souvent dans ce temple bruxellois de la musique. Les lumières s’éteignent ; Emmy change de guitare à chaque chanson. Elle enchaîne ensuite I’m Alright. À la fin du titre, elle remercie l’auditoire et explique qu’elle va remplir la Grande Salle en solo grâce à sa loop machine : elle capte les sons frappés sur le bord de sa guitare, puis les superpose en couches successives. Pour Hit Me, elle tapote l’instrument, enregistre la boucle et rejoint aussitôt le piano. Les ivoires résonnent, la fosse applaudit, la température grimpe au fil du set. Le jeu de lumière souligne efficacement sa présence : six puissants projecteurs l’entourent sur une estrade posée à mi-hauteur, tandis que les spots du plafond baignent tour à tour l’artiste et la salle.

La suite démontre surtout sa maîtrise : captiver une grande salle en solo ne s’improvise pas. Emmy D’Arc n’a pas besoin d’une formation imposante. Guitare acoustique, harmonica, piano, voix aérienne et loop station lui suffisent pour construire en direct des arrangements denses et mobiles. Le set trouve son équilibre entre titres appréciés du répertoire et morceaux issus de son premier opus. Words, Hit Me, The Day, Wish I’d Never Met You et le poignant Frontline sont repris en chœur par l’auditoire. Entre ces repères, Emmy dévoile aussi quelques compositions inédites. Elles révèlent un univers plus ample, des structures plus travaillées et des thèmes qui gagnent en maturité. L’un des moments forts survient lorsqu’Admiral Freebee rejoint les planches, armé d’une guitare semi-acoustique et d’un harmonica à la main. Tous deux livrent une version habitée de son classique Rag’n’Run, Emmy assurant les chœurs, tandis qu’un violoncelle ajoute une teinte mélancolique. Elle se montre également convaincante à l’harmonica, qu’elle marie aux ivoires. Votre serviteur a probablement assisté à l’un des concerts les plus marquants de son année 2026 : intense, précis et chargé d’émotion (photos Kristof Acke ici).

Setlist : « White Flag », « I’m Alright », « Ghosts », « Hit Me », « The Day », « Frontline », « November », « What’s On Your Mind ? », « Just Say ’Bye’ », « Rag’n’ Run », « The Consequence », « Words », « Back To You », « In The Shadow ».

Rappel : « Troy » (cover Sinéad O’Connor)

(Organisation : Ancienne Belgique)

16 Horsepower

Un retour en grâce, avec la bénédiction de la voix divine de David Eugene Edwards...

Après plus de vingt ans de silence, 16 Horsepower est enfin de retour, et revient sur scène auréolé d'une image presque mystique. Grâce à son univers sombre et envoûtant mêlant rock, folk et alt-country, le groupe américain légendaire a marqué toute une génération.

Les musiciens originaux, David Eugene Edwards, Jean-Yves Tola et Pascal Humbert, sont accompagnés par Chuck French (Wovenhand) à la guitare. Bien que basée à Denver, dans le Colorado, la formation compte deux musiciens français dans son line up : singulier ! Pour la petite histoire, auparavant, ils militaient tous deux au sein de Passion Fodder. Il y a deux ans, Edwards avait déjà prouvé, en solo, dans cette même salle, sa capacité à toucher le public au plus profond de son âme. Rien d'étonnant, dès lors, que les tickets des deux dates du 31 mai et du 1er juin aient été vendues en un temps record.

Pour être bref : ce concert restera gravé dans les mémoires. L’atmosphère est lourde, presque suffocante. On se croirait dans le désert du Great Sand Dunes. Sur l’écran, le logo du groupe et un message de bienvenue s’affichent sobrement. Dès les premières notes de « I Seen What I Saw », l’ambiance s'installe : celle d’une Amérique crépusculaire, où Edwards se bat contre ses démons intérieurs et invoque le Tout-Puissant. On le sait, ses concerts sont beaucoup plus que des concerts, ce sont des rituels. Une voix unique, incantatoire, aux accents quasi mystiques. ‘The Voice of God’, serait-on tenté de dire. Sa musique est tribale, teintée de sonorités amérindiennes. Pas étonnant, puisque du sang cherokee coule dans ses veines. Assis sur son tabouret, coiffé de son inséparable chapeau Fedora, il semble habité. « Brimstone Rock » et « Straw Foot » prennent une dimension encore plus inquiétante en live, soutenus par la contrebasse de Pascal Humbert. Sur l’écran, des images de serpents, de chevaux et d’oiseaux blancs défilent, comme des apparitions dans un rêve chamanique.

La formation alterne les instruments avec une précision chirurgicale, passant de la 'lap steel' à l’accordéon, du banjo à la guitare 'solid body'. Les paysages sonores créés sont aussi beaux qu'ensorcelants. Les classiques « American Wheeze », « Black Soul Choir », « Haw », « Heel On The Shovel » et surtout « Splinters », font vibrer la salle. On est frappé par le son. Il est énorme, puissant et d'une clarté éblouissante. Par moments, Edwards chante des intros mêlant anglais et langues amérindiennes. Il captive totalement l’attention du public, qui semble envoûté par ses gestes et sa voix.

Les rappels, « Hutterite Mile » et « Blessed Persistence », maintiennent cette tension gothique jusqu’au coup de grâce final, asséné par « For Heaven’s Sake ».

Vingt ans plus tard, 16 Horsepower reste un phénomène unique. On aura à nouveau vécu un moment inoubliable, comme une cérémonie lumineuse, chargée d’une rare intensité...

(Photos ici)

 

Setlist :

I Seen What I Saw

Haw

Dead Run

Brimstone Rock

Straw Foot

Splinters

American Wheeze

Heel on the Shovel

Horse Head

South Pennsylvania Waltz

Sac of Religion

Strong Man

Black Soul Choir

Black Bush

Phyllis Ruth

Harm’s Way

Clogger

Poor Mouth

Rappel :

Hutterite Mile

Blessed Persistence

For Heaven’s Sake

 

Organisation :  De Roma

Steve Hackett

L’élégance et la classe progressive en deux actes...

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La dernière apparition de Steve Hackett à l’Ancienne Belgique remonte à deux ans. À 76 ans, le guitariste affiche toujours une belle prestance et conserve intacte sa maîtrise de la guitare. Au programme : de longs développements sur cet instrument. Quelques places restent libres dans un Cirque Royal presque comble. Sans première partie, la soirée se divise en deux actes séparés par un entracte de quinze minutes, puis se prolonge par un rappel de deux titres. Le premier volet explore la carrière solo de Steve Hackett ; le second revient sur son passage décisif chez Genesis. C’est évidemment cette séquence qu’attendent les admirateurs de la première heure. La tournée s’intitule ‘Best Of Genesis & Solo Gems Tour 2026’ : l’intitulé correspond bien au programme, même si l’ordre annoncé est inversé. Inutile d’entretenir le suspense : la seconde partie constitue l’aimant principal de la soirée.

À 19 h 45, la formation entre en scène. Un son de cloche ouvre le set et lance « The Devil's Cathedral ». D’emblée, les regards convergent vers la six-cordes de Steve. Son jeu impressionne par la richesse de ses arrangements. Au terme du morceau, il présente en français les musicos qui l’entourent depuis des années : à sa gauche, Rob Townsend, au saxophone, à la clarinette, à la flûte et aux claviers ; juste derrière, sur une longue estrade, Lalle Larsson, aux claviers et à l’orgue Hammond ; au centre, le chanteur Nad Sylvan, chargé de se substituer à Peter Gabriel ; enfin, à droite, le batteur Felix Lehrmann.

Au premier rang campent Rob, légèrement de biais, Steve au centre, puis le bassiste Jonas Reingold à droite, juste devant Felix Lehrmann. Nad Sylvan s’installe en retrait derrière Steve : une disposition nouvelle, puisqu’il occupait jusqu’alors le flanc droit du guitariste, sur la même ligne. Sur « Every Day », tandis que Steve mène les développements à la guitare et assure le chant, les autres musiciens renforcent les chœurs. Comme souvent dans le rock progressif, le titre gagne peu à peu en intensité avant de s’achever sur un passage instrumental très étiré. Steve dévoile ensuite « The Sea Inside », destiné à figurer sur son prochain opus, presque achevé. Si le reste du disque tient ce niveau, l’ensemble s’annonce solide. Le morceau déploie un souffle épique : nappes d’orgue, solos de guitare et percussions métronomiques à la couleur tribale s’y relaient. Retour ensuite à un classique, « Ace of Wands », écrit juste avant le départ de Hackett de Genesis et l’ouverture de sa carrière solo. Les tintements de cloches proviennent ici des pédales actionnées par Rob.

« The Steppes » s’ouvre sur un solo de saxophone soprano de Rob, multi-instrumentiste particulièrement inspiré, tandis que la basse prend des accents de contrebasse grâce à son jeu de pédales. « Camino Royale » embraie. Ili permet encore à Steve de mettre en valeur son toucher, notamment à la slide guitare, avant une longue séquence instrumentale sur « Shadow Of The Hierophant », point final de cette première partie.

Steve annonce une pause de quinze minutes, puis précise que la seconde partie puisera dans le répertoire de Genesis entre 1971 et 1978, soit la période qu’il traverse aux côtés de Peter Gabriel, Phil Collins, Mike Rutherford et Tony Banks. Les applaudissements et les cris ne tardent pas. C’est clairement le moment attendu par la majorité des aficionados.

La seconde partie débute à 21 h 00 par « Watcher of the Skies ». Nad Sylvan y occupe davantage l’avant-plan et restitue les lignes vocales de Peter Gabriel presque à l’identique. Les admirateurs de Genesis y trouvent aussitôt leur compte et la salle monte en température. Sur « The Cinema Show », Jonas saisit une double manche, basse en bas, guitare douze cordes au-dessus. Steve invite la foule à reprendre les paroles, connues d’une bonne partie de l’auditoire. Derrière votre serviteur, un voisin s’y emploie d’ailleurs sans faiblir. L’exercice prend toute son ampleur durant les plus de vingt minutes de « Supper's Ready ». Les titres issus du répertoire de Genesis passent ici par le prisme Hackett, dans des versions réinterprétées qui tiennent bien la route.

Le final, « Firth of Fifth », s’ouvre sur une longue introduction aux claviers signée Lalle, relayée par un ample solo de Rob à la flûte traversière puis au saxophone soprano. Chaque musicien bénéficie ensuite de son moment de mise en avant, soutenu par un jeu de lumières ciblé qui souligne efficacement les interventions.

Le rappel réunit deux titres. « Dance on a Volcano » relance la machine sous les fumigènes et laisse place à un long solo de batterie signé Felix Lehrmann. Le groupe enchaîne ensuite sur « Los Endos », bifurque vers « Slogans », puis revient une dernière fois à « Los Endos » pour conclure.

Steve Hackett a livré un concert d’une grande classe, focalisé sur quelques pièces marquantes de son parcours solo et de parcours accompli au sein de Genesis. Le guitariste conserve une technique remarquable, sans en remettre une couche, et s’impose, par moments, une forme de concentration presque contemplative. Une prestation solide, servie par un répertoire éprouvé.

Setlist :

Partie 1 : « The Devil's Cathedral », « Every Day », « The Sea Inside », « Ace of Wands », « The Steppes », « Camino Royale », « Shadow Of The Hierophant ».

Partie 2 : « Watcher of the Skies » (Genesis song), « The Cinema Show » (Genesis song), « Aisle Of Plenty » (Genesis song), « Supper's Ready » (Genesis song), « Firth Of Fifth » (Genesis song).

Rappel : « Dance On A Volcano » (Genesis song), « Los Endos, Slogans, Los Endos » (Genesis song).

Organisation : (Live Nation)

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