Un dixième album studio pour Idlewild

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Le parfum de vie de Goudi

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Savana Funk

Ghibli

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On avait fait la connaissance de ce trio réunissant des musiciens issus d’horizons divers lors de la sortie de son second opus, « Tindouf », en 2021. Sur ce nouvel elpee, intitulé « Ghibli », les Bolognais d’adoption remettent le couvert en proposant un cocktail toujours aussi addictif de musique africaine, de funk, de blues et de jazz.

Aldo Betto, Blake C.S.Franchetto et Youssef Ait Bouazza publient une ode aux voyages et révèlent les richesses musicales de la Méditerranée. On pense à des versions instrumentales de Tinariwen ou Imarhan mais pas seulement, car la formation parvient à alterner morceaux énergiques, tel que l’ouverture « Agadir » (qui annonce les couleurs de l’album) et les plages plus mélancoliques et apaisantes, dont « Ghibli » ou « Ifri ». Le jeu de guitare est délicat. Les notes se déversent avec une facilité déconcertante. La basse et la rythmique libèrent le groove nécessaire. Bref, il est difficile de résister à cette musique mélodieuse et prenante…

Scott Mickelson

Known to be Unknown

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Scott Mickelson évolue dans la vaste catégorie du rock dit ‘classique’. Mais il s’agit ici, d’un rock, peut-être classique, mais qui véhicule un message politique très clair !

L’artiste de la Bay Area déploie ses ailes depuis sa base arrière de San Francisco sur son 4ème elpee, « Known to be Unknown ». Explorant aussi bien le rock, le psyché, le jazz que la country et se distinguant par sa riche instrumentation (mandoline, banjo, cordes et cuivres sont au programme), ses compos, qu’il interprète d’une voix rappelant de façon évidente celle devenue patinée avec l’âge d’Eddie Vedder, aborde des sujets assez sérieux comme le ‘trumpisme’ ou la pandémie tout en conservant, dans l’expression sonore, un esprit résolument 60’s (« Die Trying »). Et si les plages adoptent un profil classique, elles se révèlent souvent hymniques (« UNarmed American » nous plonge dans un bain définitivement americana) et libèrent une bonne dose d’énergie (l’instrumental « Blur in the Memory »).

And Also The Trees

La création, c'est comme un état méditatif, un moment hors du temps...

Au sein de la rédaction de Musiczine, un groupe fait la quasi-unanimité : And Also The Trees. Fondée en 1979, cette formation issue de la campagne anglaise produit, avec une constance remarquable, une musique inclassable, enracinée dans le post-punk et fertilisée par le folk, l'ambient, le jazz et la musique classique. Un ‘crossover’ singulier, qui fraternise avec Nick Cave, Dead Can Dance et Leonard Cohen tout autant que les Doors, le Velvet Underground et Joy Division.

Le chanteur, Simon Huw Jones, a imposé sa voix envoûtante, qui oscille entre chant et déclamation et elle est animée par un véritable souffle romantique. Ses paroles vont puiser dans un 'stream of consciousness' subtil et solennel, pénétré par la puissance de la nature et l'illumination du moment présent.

Parallèlement à son band, Simon aime s’investir dans des projets en compagnie d'autres artistes. Il partage ainsi celui de November auprès de Bernard Trontin, des Young Gods. Il y a quelques jours, il a débarqué à Bruxelles pour participer au nouveau projet de la violoniste et compositrice belge Catherine Graindorge : ‘Songs For The Dead’. L'avant-première s'est déroulée à Bozar, dans le cadre de la soirée d'ouverture de l’édition 2023 des Nuits Botanique. Musiczine a pu rencontrer le chanteur avant le concert et lui proposer une interview assez inédite, sous la forme d'un ‘Florilège de Citations’. Vu que c'est un homme féru de mots et de littérature, nous lui avons proposé de lire à haute voix ces citations préparées spécialement pour lui. Un objectif ? Que Simon partage avec nous ce qu’elles évoquent en son for intérieur.

Musiczine - Merci pour cette interview ! Je te propose de lire la première citation.

‘The boy walked round the jagged rocks
Caught between ideals and desires
He sinks into oblivion’

(‘Le garçon marchait autour des rochers déchiquetés
Pris entre les idéaux et les désirs
Il sombre dans l'oubli.’)

Simon Huw Jones - Oui, bien sûr, je la reconnais ! Elle figure sur l'une de nos toutes premières chansons, écrite à l'âge de 19 ans. Et les autres membres du groupe étaient encore plus jeunes que moi. En fait, c'est à ce moment-là que j'ai commencé à m'intéresser à la littérature. Alors que nous travaillions sur nos premières compos dans le Worcestershire, au sein de la chambre de mon frangin, je me creusais les méninges pour trouver des paroles. Alors, je suis allé dans un placard, en haut de l'escalier, et j'ai prélevé un livre, qui appartenait à mon frère aîné. C'était ‘Time Must Have a Stop’ d'Aldous Huxley. La chanson qui est directement inspirée de cet ouvrage s’intitule “There Were No Bounds”. Et cette citation en est également inspirée. J'ai repris au hasard des extraits du bouquin et j'ai comblé les espaces en ajoutant des textes personnels. Je ne sais pas si on peut parler de plagiat... (rires)

M - C'est “So This is Silence”. Il est extrait du premier elpee, “From Under The Hill”, paru en 1982.

SHJ - Oui, en fait, c'était notre première cassette. Elle contient les enregistrements que nous avons réalisés sous la direction de Robert Smith et Mike Hedges, à Londres. Ensuite, nous avons travaillé sous la houlette de Lol Tolhurst pour enregistrer notre premier long playing.

M - L'album éponyme : “And Also The Trees”.

SHJ - Exactement.

M - ‘Éponyme’, quel mot merveilleux !

SHJ - En effet (rires) !

‘Brainwaves transmitted from my mind
Of a magnetic kind
I don't know what to do
If I can't get through to you’

(‘Les ondes cérébrales transmises par mon esprit
Ont quelque chose de magnétique
Je ne saurai pas quoi faire
Si je ne réussis pas à te rejoindre’)

SHJ - Je ne vois pas.

M - C'est “ESP”, des Buzzcocks.

SHJ - Ah oui, maintenant que tu l’indiques, j'entends la chanson dans ma tête !

M - Sais-tu pourquoi je l'ai choisie ?

SHJ - Sans doute parce que, quand Justin, mon frère, a commencé à apprendre à jouer de la guitare, sur une acoustique bon marché, il jouait le riff de ce morceau sur une seule corde (Simon chante la mélodie du riff). Et il reprenait aussi un morceau de Pink Floyd.

M - Oui ! “Interstellar Overdrive” ! Mais j'ai dû choisir “ESP”, car la compo de Pink Floyd est instrumentale...

SHJ - Justin n'avait que 14 ans à ce moment-là.

M - C'est incroyable. Quand on regarde les photos, il a l'air si jeune.

SHJ - C'est ainsi que tout a commencé.

M - Était-ce à Inkberrow ?

SHJ - C'était à Morton Underhill, un hameau sis près d'Inkberrow.

M - Qu’écoutiez-vous d’autre, comme musique ?

SHJ - Nous écoutions ce que mon grand frère ramenait à la maison, surtout des albums des Beatles et des Beach Boys.

M - Te souviens-tu d'un morceau ou d'une chanson en particulier qui a provoqué en toi un flash, une sorte de prise de conscience ?

SHJ - Probablement “A Day In The Life”, des Beatles. J'étais fasciné par cette chanson. Il y a une telle mélancolie, une telle profondeur, et les paroles sont surréalistes et très visuelles. Elle est parfaite pour moi. Je l'adore encore aujourd'hui.

M - En t'écoutant parler, j’imagine que la façon dont tu écris évoque peut-être le style précis et réaliste de la chanson des Beatles. ‘I read the news today oh Boy’. Je discerne un lien avec l'approche 'stream of consciousness' qui est ta signature.

SHJ - Je n'y avais jamais pensé auparavant. Mais ta réflexion ne me surprend pas trop. Car la plupart de nos créations sont influencées, de manière subliminale, par ce qu'on a vu ou entendu, sans que nous nous en rendions compte.

M - En même temps, les Beatles ont quasiment tout inventé dans le domaine de la musique pop, non ? Ils étaient les premiers à écrire des paroles aussi originales.

SHJ - Oui, c'est vrai.

M - Comment trouves-tu l'inspiration pour écrire tes textes ?

SHJ - Autrefois, lorsque j'écrivais, je passais des heures et des heures assis devant une feuille blanche en cherchant le souffle créateur. Et finalement, il se manifestait. J’ignore d'où il venait, mais j'étais très satisfait du résultat. Au point qu'en me relisant, je me demandais si c'était bien moi qui avais rédigé ces mots. En fait, la création, c'est presque comme un état méditatif, un moment hors du temps.

M - C'est le moment où tu es dans les limbes, entre le rêve et la réalité. Ça prend quelques fractions de secondes et puis, tu reviens et il y a quelque chose sur le papier. C'est un peu comme une hypnose, ne crois-tu pas ?

SHJ - Oui, je pense que c'est le cas. C'est impressionnant, comme processus. Parfois, le résultat est moins bon mais à chaque fois, je suis surpris.

M - La prochaine citation est très facile...

‘I tried to laugh about it
Cover it all up with lies
I tried to laugh about it
Hiding the tears in my eyes’

(‘J'ai essayé d'en rire
De tout couvrir tout avec des mensonges
J'ai essayé d'en rire
En cachant les larmes dans mes yeux’)

SHJ - ...because Boys Don't Cry (rires) !

M - Dans le mille ! Parlons un peu de The Cure, ces merveilleuses personnes qui ont été si importantes dans la vie de votre groupe.

SHJ - La première fois que j'ai entendu The Cure, c'était dans la voiture de mon père, et “10:15 Saturday Night” passait à la radio. Le lendemain, j'ai acheté le single et, ensuite, j'ai découvert leur premier album.

M - Et c'est au groupe que vous avez envoyé votre première 'démo'.

SHJ - Oui. Ils avaient publié une annonce car ils cherchaient un band pour assurer leur première partie.

M - Et vous avez joué en supporting act à l'université de Loughborough. Et plus tard, vous avez enregistré la première cassette sous la direction de Robert Smith. J'ai entendu parler d'une anecdote concernant “Charlotte Sometimes”...

SHJ - Oui. Nous étions en studio et Robert nous a permis d’écouter un nouveau morceau de The Cure, “Charlotte Sometimes”, qui était fabuleux. On le félicite évidemment et il nous répond : ‘But it's not as good as any of your stuff of course !” (“Mais ce n'est pas aussi bien que tout ce que vous faites, bien sûr !’) (rires).

M - Crois-tu qu'il parlait sincèrement ou était-ce du second degré ? Perso, je crois qu'il vous aimait vraiment beaucoup, à ce moment-là.

SHJ - Robert était quelqu'un de très modeste. Ce qu'il appréciait surtout chez nous, à cette époque, c'était notre naïveté, notre simplicité et l'originalité de notre musique. Je pense que lorsque nous avons mieux maîtrisé nos instruments et sommes devenus ce que nous sommes aujourd'hui, il nous a appréciés d'une manière différente.

M - Et puis, un jour Siouxsie a débarqué dans le studio...

SHJ - Oh oui ! Un grand moment, car nous étions tous d'énormes fans de Siouxsie, avant même qu'elle n'ait rejoint une maison de disques. Nous connaissions sa musique grâce aux sessions de John Peel. A cet instant, elle n'avait pas encore signé de contrat. Il existait même des badges sur lesquels on pouvait lire ‘Siouxsie, don't sign !’ (rires). Nous ne voulions pas qu'elle intègre le business musical parce que c'était tellement cool qu'elle soit indépendante du système. C'était très 'punk'. Et en effet, un jour, elle a débarqué dans le studio où nous étions.

M - Un véritable choc, je suppose ?

SHJ - Oh oui ! Nous étions bouche bée, comme tétanisés. On ne savait que dire ou faire. Un des plus grands moments de ma vie.

M - On continue...

‘The jasmine grows
In through the walls
Into the fruit room
Its perfume blows...’

(‘Le jasmin pousse
Au travers des murs
Dans la pièce aux fruits
Son parfum souffle…’)

SHJ - C'est “The Fruit Room”...

M - Je ne sais pas qui a écrit ce texte, mais il est magnifique (rires) ! En fait, il s’agit de ma chanson préférée d'And Also The Trees. Extraite de “Green Is The Sea”, mon album favori.

SHJ - A Morton Underhill, nous vivions dans une ancienne ferme et dans la pièce où j'écrivais, et où nous nous retrouvions pour boire, fumer et écouter de la musique, il y avait du jasmin. La plante avait traversé les murs et poussé dans la pièce. C'est dans ce contexte que j'ai écrit ces paroles.

M - C'est incroyable ! Tu sais, cet opus a quelque chose de spécial pour moi tant au niveau musical que dans ma vie personnelle. C'est probablement celui d'AATT dont les arrangements sont les plus audacieux. Sans doute en raison de la présence des claviers.

SHJ - Oui, c'est vrai. Pour être franc, je n'avais plus écouté “Green Is The Sea” depuis longtemps et un jour, il y a peu, je me suis replongé dans l'album. J'ai vraiment été surpris. Je m'étais habitué aux versions dépouillées, que nous interprétions sur scène et j'avais oublié toute la complexité du disque. Il se passe énormément de choses au niveau musical. Une fois ce moment d'étonnement passé, j'ai pris énormément de plaisir à le réécouter.

M - C'est un véritable kaléidoscope musical. En général, j'aime beaucoup les musiques 'crossover', qui combinent toutes sortes de courants, comme le pratiquent Radiohead et Nine Inch Nails. On ne peut pas dire qu'il s'agisse d'un style de musique bien précis.

SHJ - Oui, exactement.

‘Half a gramme for a half-holiday,
A gramme for a weekend,
Two grammes for a trip to the gorgeous East,
Three for a dark eternity on the moon.’

(‘Un demi-gramme pour des demi-vacances,
Un gramme pour un week-end,
Deux grammes pour un voyage dans le magnifique Orient,
Trois pour une sombre éternité sur la lune.’)

SHJ - C'est “Brave New World”, d'Aldous Huxley !

M - Bien vu ! Il y parle d'une drogue, appelée ‘Soma’. Ce qui me permet de poser une question, à laquelle tu n'es pas obligé de répondre : as-tu déjà pris des substances psychédéliques ?

SHJ – Oui.

M - T’ont-elles ouvert des portes comme le dit Aldous Huxley dans ‘The Doors of Perception’ ?

SHJ - Oui. C'est un sujet intéressant. J'y ai beaucoup réfléchi récemment, en écrivant la biographie du groupe pour notre site internet. Je me suis dit qu’il serait bien de consacrer une publication sur les 'substances' et de la traiter de manière honnête et intelligente. Parce qu'il existe évidemment le problème des excès et des dangers inhérents à cette consommation. Mais, il est indéniable qu’elles ouvrent des portes. Elles te permettent de voir les choses différemment.

M - On en parlera 'off the record', après l'interview car le sujet mérite des développements, surtout quand on aborde les substances psychoactives, comme l'ayahuasca. Mais pour revenir à Huxley, sais-tu qu'il s'était inspiré de William Blake ?

SHJ - Ah non !

M - Le concept des portes de la perception vient du livre ‘The Marriage of Heaven and Hell’. Blake y écrit : ‘If the doors of perception were cleansed, everything would appear as it is, infinite...’ (‘Si les portes de la perception étaient nettoyées, toutes les choses apparaîtraient comme elles sont, infinies...’)

SHJ – Wow !

M - Passons à la citation suivante, car elle nous permettra de parler de la Belgique.

‘My death waits there among the leaves
In magicians' mysterious sleeves
Rabbits and dogs and the passing time
My death waits there among the flowers
Where the blackest shadow, blackest shadow cowers
Let's pick lilacs for the passing time...’

(‘Ma mort attend là parmi les feuilles
Dans les manches mystérieuses des magiciens
Les lapins et les chiens et le temps qui passe.
Ma mort attend là parmi les fleurs
Où l'ombre la plus noire, la plus noire, se tapit
Cueillons des lilas pour le temps qui passe…’)

SHJ - Jacques Brel ! C'est à l'origine une chanson de Jacques Brel, “La Mort” ! Et ici, c'est un des rares cas où la reprise en anglais (NDR : “My Death”) est en fait meilleure que la version originale ! J'adore aussi bien celle de Scott Walker que de David Bowie. Elles sont toutes deux absolument brillantes.

M - La traduction a été effectuée par Mort Shuman, un chanteur assez connu en France, en Belgique et en Suisse, surtout grâce à son hit : “Le Lac Majeur”.

SHJ - Non, je ne le connais pas. C'est étrange parce que ma femme est précisément originaire d'une ville qui borde le Lac Majeur.

‘In a bed of leaves
In a bed of lace
In a bed of fire
In a bed of leaves
She's calling me, calling me…’

(‘Dans un lit de feuilles
Dans un lit de dentelle
Dans un lit de feu
Dans un lit de feuilles
Elle m'appelle, m'appelle…’)

SHJ - Facile, c'est “In Bed In Yugoslavia”, extrait de notre dernier album, “The Bone Carver”.

M - Et la dernière citation...

‘So long ago,
It must have been in another life
The trees were gods
And fires could sing until the morning dawned
An eagle, flyin' high to guide our way
The path was bright and led up there into the Sun...’

(‘Il y a si longtemps,
C'était sans doute dans une autre vie
Les arbres étaient des dieux
Et les feux chantaient jusqu'aux aurores.
Un aigle, volant haut pour nous guider
Le chemin était lumineux et nous menait vers le Soleil…’)

SHJ - Je ne vois pas...

M - Tu ne trouveras pas, parce que c'est extrait... d'une de mes propres chansons (rires) !

SHJ - D'accord ! Je me demandais si ce n'était pas une chanson de Pink Floyd...

M - Ah, c'est une très belle référence ! J'achète (rires) !

Simon, bonne chance pour le concert de ce soir et pour tes prochains projets ! Peut-on espérer un prochain album d'AATT ?

SHJ - Oui, nous travaillons sur de nouvelles compositions pour l'instant.

M - J'ai une suggestion pour le titre du prochain album : “Blue Is The Sky”...

SHJ - Nous n'avons pas encore de titre. Mais oui, je vois ce que tu veux dire ! Tu fais référence aux paroles que j'avais écrites tout au début, au moment où nous avons choisi le nom du groupe. J'avais rédigé ce petit poème qui, finalement, n'a pas débouché sur un morceau précis mais a inspiré beaucoup de choses. C'était :

‘Green Is The Sea,
And Also The Trees,
Blue is the Sky,
And Blue were your Eyes...’

(‘Verte est la mer,
Et aussi les arbres,
Bleu est le ciel,
Et bleus étaient tes yeux...')

M - Merci beaucoup pour cette interview, Simon !

SHJ - Merci à toi !

Pour écouter et acheter les albums d'And Also The Trees, c'est ici

Pour écouter l'interview audio dans l'émission WAVES, c'est ici

Pour lire la chronique du concert de Catherine Graindorge + Guests, c'est

Merci à Simon Huw Jones, à Catherine Graindorge, à Bozar et au Botanique.

 

 

 

Shapeshifted

Bon groupe de rock’n’roll old school cherche concerts…

Lorsqu’on écoute la musique de Shapeshifted, on pense à un vieux groupe de groupe de rock'n'roll sale dont le blues coule dans ses veines (NDLR : aux Rolling Stones, l’évidence saute aux oreilles !). Il a déjà publié plusieurs elpees et ses prestations ‘live’ sont solides. Son dernier opus, ”Gimme me Rock'n'roll” est paru en mars dernier. Dans le cadre de cette sortie, Musiczine s’est entretenu avec le chanteur/guitariste Marc Van der Eecken. Une belle occasion, également, de parler de ses futurs projets...

La dernière interview accordée au website remonte à 2020, alors que vous étiez occupés de bosser sur cet album. Entretemps, la COVID, la guerre en Ukraine et la crise économique ont brisé votre bel élan. D’un point de vue humain, quel impact ces événements ont-ils exercé sur le groupe ?  

Depuis 2019, nous sommes de retour sous le line-up original, c’est-à-dire celui qui existait au cours des quatre premières années d’existence du band. L’enthousiasme est aussi de retour, car les teams qui se sont succédé s’étaient un peu essoufflés. En 2020, le Coronavirus a débarqué au moment où nous venions de graver un nouveau single. En 2021, nous n'avons joué qu'un seul concert. Alors que 2022 annonçait la reprise, nous avons été confrontés à l’indisponibilité de deux musiciens. En fait, notre bassiste et notre batteur étaient extrêmement occupés sur d'autres projets au sein des desquels ils étaient impliqués. Et donc, ils n’avaient plus beaucoup de temps libre pour Shapeshifted. La conséquence la plus dommageable pour la formation, c’est que maintenant qu'elle est terminée, nous n'avons pratiquement plus d'opportunités pour nous produire en concert. J'ai transmis plus de 400 courriels et nous n'avons pratiquement reçu aucune réponse. Les groupes de reprises ou d'hommages ont repris le fil des tournées, mais pour un band de rock pur et dur comme le nôtre qui interprète ses propres compos, il n’y a guère de proposition. En outre, nous n'avons pas pu nous produire pendant près de trois ans. Et puis on est vite oubliés. C'est ce que nous rapportent de nombreux collègues. Nous devons pratiquement repartir de zéro. C'est l'impact majeur causé par cette pandémie. Les (petits) organisateurs préfèrent ne pas prendre de risques et réserver ces cover bands, car ils savent qu'ils sont sûrs d'attirer le public.

C’est une situation que je constate et que je déplore aussi. Il est donc plus difficile pour des formations comme la vôtre de revenir dans le parcours, si j'ai bien compris ?

En effet, c'est beaucoup plus difficile. De plus, nous avions l'habitude d’avoir des retours de la part des radios, mais maintenant nous n'entendons plus rien ou très peu, de leur part, alors qu’elles ont diffusé des morceaux des deux premiers cédés. Mais sur le nouveau, on n’a pas relevé de réaction de leur part. Ce qui est très frappant. Pourtant, nous sommes maintenant au sommet de notre art. Nous avons récemment accordé quelques concerts et le public était réceptif et même enthousiaste. Nous n’y comprenons plus rien. Bien sûr, l’éventail des musiques actuelles s’est élargi et tout le monde a évidemment attendu la fin de cette période de confinement pour sortir ses disques. Son seul avantage est que nous avons eu énormément de temps pour écrire de nouvelles chansons ; j’en ai écrites environ 35, dont 12 figurent sur l'album. 

Quelles ont été les premières réactions des médias et du public après avoir écouté le dernier LP ?

Très bonnes. Même les critiques issues de la presse étrangère. Dans un article, j’ai même lu que l’album rappelait "My Generation" du Who. Notre intention était de réaliser un bon et solide disque de rock'n'roll old school, et nous y sommes parvenus.

Il n’est cependant pas facile de faire revivre ce savoureux rock'n'roll old school, sans qu’il ne sonne ‘daté’. C'est un changement par rapport aux long playings précédents, n'est-ce pas ? D'après vous, où se situe la différence ?

Le premier a été enregistré très rapidement, en trois sessions. Le deuxième qui, tout comme le premier, a été très bien accueilli, nous lui avons consacré davantage de temps et il ne propose pas que du rock and roll pur et dur. En outre, si vous écoutez attentivement, vous discernerez qu’il existe, comme sur un vinyle, une face A et une B. La première est ‘full steam ahead’ sans regarder en l'air, et sur la seconde on ressent davantage les influences des Stones. En fait, les deux côtés sont différents, mais se complètent.

Ce qui me frappe aussi, c'est qu'il s'agit d'une musique qui, à mon avis, ne prend tout son sens que sur une scène. Mais on peut sentir ces uppercuts qui vous frappent en pleine face. Ce qui rend votre musique unique en son genre. Avez-vous une méthode particulière pour parvenir à reproduire ces coups de maître ?

C'était vraiment un choix conscient. On a enregistré l'album en jouant après avoir appuyé sur un bouton, tout simplement. On n’a pas dû prendre plusieurs prises. C’était du ‘live’ ! On voulait reproduire cette sensation dans le salon. C'est aussi ce que tu entends. La méthode a bien marché pour le premier long format. Un peu moins sur le deuxième. Mais sur celui-ci, cette impression de direct constitue absolument le fil conducteur...

Ce disque pourrait-il devenir celui qui vous permettra de percer ? Quel espoir entretenez-vous ? Quel public comptez-vous atteindre ?

Je le répète, mais nous avons écrit à tout le monde, à tous les magazines habituels, aux radios et autres, et nous n'avons pratiquement pas eu de retour. C’est une situation malheureuse, mais je crains qu’elle soit inextricable. Cependant, nous sommes restés enthousiastes à l'idée de nous produire en concert. Après tout, c'est notre point fort.

Il existe également une sorte de mur entre la Wallonie et la Flandre. Si je ne me trompe, à une certaine époque, le groupe était pourtant plus populaire de l'autre côté de la frontière linguistique. Ce mur s’est-il à nouveau reconstitué ?

Grâce aux animateurs de la RTBF, et notamment Walter de Paduwa, Laurent Debeuf, Francis Delvaux et Etienne Dombret, nous avons pu tourner en Wallonie. Nous sommes ainsi parvenus à nous y créer une base de fans. Et elle existe toujours. D’ailleurs, nous recevons régulièrement des messages de leur part pour venir nous produire dans cette région. Cependant, les organisateurs disposent de moins de budget qu’auparavant. En Flandre, les gens attendent de voir. Si vous les faites monter à bord, le toit s'écroulera, c’est sûr. En Wallonie, le public est moins critique et semble plus ouvert au rock que nous pratiquons. Nous devons y faire moins d'efforts. Enfin, c’est mon impression. Et puis, il y a toujours ce mur qui se dresse entre les deux communautés. Il y a peu d’échanges entre ces deux parties du pays. D’ailleurs, il n’y a pas que nous qui en faisons les frais. Il y a de très bons groupes là-bas. En mai, nous assurerons la première partie de The Bombsite Kids. Il est totalement inconnu ici, mais il est responsable d’un punk rock très solide. C’est incompréhensible que de telles formations ne soient pas connues de ce côté de la frontière linguistique.

Après la pandémie, les réseaux sociaux sont devenus encore plus importants. Même l'écoute de la musique se fait malheureusement de plus en plus par voie numérique. Alors pourquoi continuer à sortir un disque au lieu de tout balancer sur Spotify et poster une vidéo sur Tik Tok, par exemple ?

Nous ne disposons pas de compte sur Tik Tok. Lors des sessions d’enregistrement, nous nous sommes demandé s’il était encore judicieux de sortir un disque physique à notre époque. En fait, nous vendons nos cédés lors des concerts. Ce qui explique aussi pourquoi nous espérons nous produire plus souvent en live. Il y a toujours une demande, dans le milieu. La tranche d’âge de notre public est très large, et oscille de 16 à plus de 60 ans. Dans d'autres styles, c'est peut-être différent, mais pas le nôtre...

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, depuis vos débuts. Vous deviez célébrer votre dixième anniversaire d’existence en 2021. Mais la corona n’a pas permis de l’organiser. Envisagez-vous, quand même, de réserver une surprise pour marquer le coup ?

Au début, nous pensions que le ressort était cassé et que cette célébration n’avait plus d’intérêt, puisque la date était passée. Mais finalement nous avons décidé d'organiser quelque chose cet automne. Je ne peux pas encore en dévoiler davantage, mais si nous parvenons à le goupiller, ce sera une belle fête d'anniversaire…

Quels sont vont projets pour 2023 ? Des concerts et/ou des festivals sont-ils prévus à l'étranger ?

Dans un premier temps, nous nous produirons autant que possible en Belgique. Mais en raison de problèmes budgétaires au sein des petits clubs, on ne nous offre que peu d’opportunités. On en a déjà parlé. J’ai entamé l’envoi d’un mailing pour l’Allemagne, afin d’y décrocher des concerts. Et on a des retours, y compris dans les clubs de jazz. En Wallonie, en France, en Italie et en Espagne, nous en avons également. Beaucoup moins en Flandre. Même dans les clubs de blues nous ne sommes pas programmés, alors que des fans veulent nous voir en concert. Manifestement, la Flandre est un problème…

Et pourtant, vu la qualité de votre musique, si vous étiez un groupe anglais ou américain, vous vous produiriez sur les grandes scènes des festivals. Est-il si difficile de réussir, en Belgique ?

En Wallonie, nous ne sommes pas parvenus à nous imposer, alors qu’à une certaine époque, nous avons eu une ouverture, en Italie. Ainsi, nous avons décroché un petit succès avec "Spit it out". De fin mai à octobre, nous avons été dans le top 20 de Virgin Radio, là-bas. Nous avons même figuré dans le top 10 de la revue annuelle de Rolling Stone Italie. A la neuvième place, ce qui n'est pas rien. D'ailleurs, ce premier single et le suivant, "Tonight", y sont encore régulièrement diffusés. "Spit it out" figure également sur une compilation de Virgin (Universal) aux côtés de compos signées Kasabian, Placebo, Franz Ferdinand et quelques autres. Mais en Belgique, l’accueil de cette compile a été quasiment nul, même si nous avions mentionné sa sortie dans notre communiqué de presse, pour en faire la promotion. C'est très regrettable. Mais nous restons fiers de notre aventure italienne.

Lors de nos interviews précédentes, nous avions évoqué vos ambitions, à plusieurs reprises. Vu la tournure des événements, ont-elles changé ? Et quelles sont-elles, aujourd’hui ?

Se produire dans des clubs comme l'AB, le Trix, le Depot, etc., c’est notre ambition. Avoir la chance de se faire un nom dans ce circuit. C’est possible, quand même ! Ou fouler les planches de festivals comme le Blues Peer ou du style. En Wallonie, nous avons joué dans un certain nombre de petits festivals, mais très sympas et bien fréquentés : Acosse, Pepinster, Nandrin, DLB on Stage, pour n'en citer que quelques-uns. En Italie, nous serions ravis de nous produire à nouveau.

Merci pour cette agréable conversation, si vous avez quelque chose à ajouter, n'hésitez pas.

Nous avons sorti un bon cédé, et nous espérons toujours avoir plus de retours et de diffusion. Nous n'abandonnerons pas, nous restons ambitieux.

J'espère que vos souhaits seront exaucés, et si cette interview peut vous aider quelque peu, tant mieux ! Cependant, suivant la métaphore sylvestre, ne seriez-vous pas l’arbre qui cache la forêt ? En d’autres termes, le manque de reconnaissance de votre musique n’est-elle pas due au style que vous pratiquez ?

Il est vrai qu'on pourrait penser que nous sommes l’arbre qui cache la forêt. Mais ce n’est pas la raison pour laquelle nous n'avons pas de concerts. Le public est là, j'en suis sûr.  Et nous comptons beaucoup d'adeptes sur les médias sociaux. Ce n'est donc pas le motif. Mais quel est-il alors ? Je ne veux pas le dire (clin d'œil).

En espérant que ça marchera. On vous soutient dans vos démarches…

DMA’s

Des kangourous qui boxeront bientôt sur le ring des grands !

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La dernière fois que votre serviteur avait assisté à un concert de DMA’s, c’était au Cirque Royal, en première partie de Kasabian. Il est de retour à l’Ancienne Belgique, mais au club, ce dimanche 23 mai 2023. Fondé en 2012, à Sydney, ce trio est considéré comme la formation la plus anglaise d’Australie. Et pour cause, elle pratique… de la britpop. A son actif, quatre elpees, dont le dernier, "How Many Dreams ?", est paru en mars dernier. Un disque ambitieux partagé entre chansons sur lesquelles s'extasier et d’autres belles à pleurer...

Le supporting act est assuré par Demob Happy, un autre band, mais insulaire. Issu de Newcastle, il s’est cependant établi à Brighton. Quatuor à l’origine, son line up a été réduit à un trio depuis le départ du guitariste Mathew Renforth. Il implique aujourd’hui le bassiste/chanteur Matthew Marcantonio, le drummer Thomas Armstrong et le sixcordiste Adam Godfrey.

Il pratique un power/punk/rock classique mais rebelle et très électrique. A coups de riffs aussi tranchants que déjantés, il a décidé de lutter contre ‘la médiocrité culturelle et la complaisance politique’ qui gangrène son pays. Ses influences musicales oscillent de Nirvana à Queens Of The Stone Age, en passant par Royal Blood et The Melvins.

La prestation va se révéler autant acide, féroce, chargée d’adrénaline qu’audacieuse, surtout à travers « Succubus » (NDR : dans la mythologie, un succubus est un démon qui apparaît dans les rêves, prenant la forme d'une femme pour séduire les hommes ; et le malin est ici incarné par les médias télévisuels qui nous plongent en état de léthargie), un titre au cours duquel le band va donner toute la mesure de son talent…

Le set s’ouvre par "Voodoo Science", le premier single extrait du futur opus. Le batteur imprime un tempo métronomique. Les accords de guitares sont insidieux et sauvageons. Le spectre de Josh Homme se met même déjà à planer.

Les musicos affichent un look retro (pantalons à pattes d’eph) voire glam. Nouveau single, "Run Baby Run" (le clip est disponible ici) se révèle à la fois instinctif, redoutable, huileux et addictif. Un morceau radiophonique qui provoque de l’enthousiasme au sein de la foule. D’autant plus que le son est nickel. Fameuse différence par rapport à celui qu’Inhaler nous a infligé deux jours plus tôt. Si "Hades Baby" nous emporte dans une vague qui déferle à la manière de Nirvana, la voix aérienne et vocodée de Marcantonio lorgne plutôt vers Royal Blood. "Be Your Man" termine un set bien senti, mais trop court. On épinglera, bien sûr, des harmonies vocales ultra pop (NDR : les musicos sont fans des Beatles, non ?), des gimmicks psychédéliques, des relances bien rock, des élans frénétiques punk, un son granuleux plutôt désertique et une distorsion fuzz bien calibrée. A revoir absolument !

Setlist : "Voodoo Science", "Succubus", "Run Baby Run", "Are You Thinking", " Hades, Baby", "Fake Satan", "Less Is More", "Be Your Man"

Ex-The Dirty MA’s, DMA's est à la base, un trio. Soit le chanteur Tommy O’Dell ainsi que Matt Mason et Johnny Took aux guitares. Le premier à l’électrique, le second à la semi-acoustique. Mais en tournée, le combo est renforcé par Joel Flyger à la gratte rythmique, Jonathan Skourletos à la basse et Liam Hoskins aux drums.

Avant que le sextuor ne grimpe sur le podium, les haut-parleurs crachent le « Stupid girl » de Garbage. Les musiciens en profitent pour s’installer sur les planches. La foule les accueille sous un tonnerre d’applaudissements. Le drummer se plante au milieu et en arrière-plan (NDR : la scène n'est pas très grande).

Casquette noire vissée sur le crâne, Tommy possède une voix qui ressemble terriblement à celle de Yungblud, aka Dominic Harrison. Johnny, le blondinet, ne tient pas place. Il porte un même type de couvre-chef, mais de camouflage, et déambule de long en large sur les planches, tout en triturant voire en martyrisant ses cordes. Par intermittence, Joel Flyger, se charge des claviers. Le combo est manifestement en pleine forme. La setlist va nous proposer 6 plages du dernier elpee. Dont le titre maître du long playing, qui ouvre le show. Les autres morceaux sont extraits du reste de sa discographie. L’ensemble des instrus s’éclate dans un mouvement de dance indie (NDR : pensez à Fat Boy Slim ou The Chemical Brothers). Une manière fantastique d’ouvrir les hostilités. "Olympia" navigue sur des guitares saturées assises sous la voix d'O’Dell. Sourire aux lèvres, ce dernier regarde peu le public. Il lui tourne même régulièrement le dos pour fixer le batteur qui imprime un tempo d'enfer.

Sympathique et particulièrement interactif, Johnny quitte rarement sa gratte semi-acoustique. Dont les sonorités s’avèrent savoureusement limpides tout au long de "The Glow". Les chœurs sont riches. Si les influences oscillent de Bruce Springsteen à Bob Dylan, en passant par Sonic Youth, New Order, The Music et Dinosaur Jr, l’ambiance et les orchestrations rappellent surtout les Irlandais de The Academic mais qui auraient hérité du charisme d’Imagine Dragons. Le combo n’en oublie pas son hit, "Hello Girlfriend", un titre qui fait manifestement craquer le public féminin. A la fin du morceau, le second sixcordiste s'y reprend cependant à 7 reprises pour relancer le refrain. Inutile d’écrire que le public est conquis. Non seulement les musicos sont de fameux instrumentistes, mais O’Dell est un excellent chanteur. Et la qualité des compos est au rendez-vous. Bref, des kangourous qui boxeront bientôt sur le ring des grands !

Alors que « Play It Out » s’enfonce dans un psychédélisme réminiscent du Floyd, le light show se focalise sur l’auditoire, accentuant cette impression de voyage sous acide. "Lay Down" achève cette prestation tout en puissance et de toute bonne facture.

Pas d’interruption avant le rappel. La formation s’y colle immédiatement, comme si elle était pressée par le temps.

Stellaire et passionné, "Feels Like 37" est chanté en chœur par les musicos. Tout comme l’exceptionnel "Silver".

Enfin, le remarquable "Everybody's Saying Thursday's The Weekend" clôt définitivement la prestation, un morceau aux paroles significatives ; les lyrics invitant à abandonner ce qui nous pèse pour embrasser l'avenir avec optimisme…

Setlist : "How Many Dreams ?", "Olympia", "The Glow", "Timeless", "Silver", "Something We Are Overcoming", "Tape Deck Sick", "Fading Like A Picture", "Hello Girlfriend", "Forever", "Delete", "Play It Out", "Lay Down".

Rappel : "Blown Away", "Feels Like 37", "Everybody’s Saying Thursday’s The Weekend".

(Organisation : Ancienne Belgique)

Inhaler

Dommage que l’ingé-son ne soit pas à la hauteur…

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Inhaler se produisait donc deux jours de suite à l’AB, soit les 21 et 22 avril. Votre serviteur assiste au set du vendredi. Son second elpee, « Cuts & Bruises », est paru en février dernier et dans la foulée, le groupe est parti en tournée.

Originaire de Dublin, ce quatuor réunit des membres qui se connaissent depuis 2012, soit lorsqu’ils fréquentaient le collège. Le line up réunit le chanteur/guitariste Elijah Hewson (c’est le fils du chanteur de U2, Bono), le bassiste Robert Keating, le guitariste Josh Jenkinson et le batteur Ryan McMahon. Sur la route, le combo est soutenu par le claviériste Louis Lambert.

Le supporting act est assuré par Blondes, une jeune formation indie issue de Nottingham. A son actif, plusieurs singles, dont « Coming Of Age », devenu viral sur Tik Tok et trois Eps, « Minimum Wage », « Streetfight » et « Out The Neighbourhood ». Le band implique deux guitaristes, un bassiste, un batteur et un chanteur qui se consacre parfois à la six cordes. Et sous cette formule, le résultat est plutôt percutant.

Le set débute s’ouvre par « Street Fight ». Plutôt calme, le morceau est canalisé par la gratte semi-acoustique. Nouvelle compo, « Love In The Afternoon » baigne dans une forme d’indie rock plutôt énergique mais bien radiophonique. La voix s’élève dans l’éther tout au long de « Out The Neighbourhood », une compo au cours de laquelle les guitares s’emballent. Et la prestation, chaudement acclamée, de s’achever par « Basement » …

Setlist : « Street Fight », « Minimum Wage », « Coming Of Age », « Love In The Afternoon », « Out The Neighbourhood », « The Basement » 

Place ensuite à Inhaler. La scénographie est simple : une toile de fond noire sur laquelle le mot ‘Inhaler’ a été peint en blanc. Il changera de couleur en fonction de l’éclairage. Une estrade haute à gauche, pour accueillir le claviériste, et une autre à droite, sur laquelle sera perché le drummer. La face avant de sa grosse caisse se signale également par le logotype du band. Et puis sur les planches, on remarque encore la présence de quelques microphones sur pied. C’est tout !

Pendant que la formation grimpe sur le podium, une musique de film est diffusée dans les haut-parleurs, alors que le light show, entre lumières rouges et stroboscopes blancs aveuglent l’auditoire. Le groupe irlandais ouvre le set par son hymne optimiste à l'esprit libre, « These Are The Days ». Caractérisé par son clavier très eighties et cette petite ligne de guitare répétitive, cette compo évoque The Killers. Impassibles, les 3 gratteurs sont en ligne et ne quitteront quasi-jamais leur zone de confort. Les musicos ont des cheveux en désordre et ont enfilé des chemises à col déboutonné et des jeans.

La voix d’Elijah rappelle celle de son paternel. Elle est à la fois puissante, un brin nasillarde et claire. Et particulièrement tout au long du single, « My Honest Face ». Au sein des premiers rangs (NDR : c’est surtout là que l’ambiance est la plus enflammée), on comprend peut-être les paroles, mais plus on se rapproche de la table de mixage, au moins on les décode. En fait, le volume sonore est trop élevé et les balances ne sont pas vraiment au point.  

Le public est multigénérationnel. Et s'il n'y avait pas les centaines de téléphones brandis par les aficionados (surtout de nombreuses jeunes filles dans la fosse), essayant de capturer plusieurs moments du concert pour les poster sur les réseaux sociaux, on pourrait croire assister au concert d’un un jeune groupe de garage rock qui débute.

En milieu de show, étonné, le public observe le bassiste Robert Keating et le guitariste Josh Jenkinson se diriger vers le batteur Ryan McMahon et échanger avec désinvolture quelques mots au milieu de certains morceaux. Une nonchalante accentuée par les intermèdes continuels affichés par Hewson.

L’entrée en matière de la basse en slap/tap de « Who's Your Money On ? (Plastic House) » est parfaitement en phase avec le drumming. Une section rythmique qui évolue à la limite du funk.

Les guitares ont tout le loisir de s’exprimer, au travers de riffs et mêmes de solos entrelacés, rappelant par moment les heures de gloire de Bloc Party, à l’instar de « Cheer Up Baby » ou encore « My Honest Face », qui adresse de solides clins d’œil à Editors. Un morceau comme « Totally » penche même vers le rock sensuel d’INXS alors que tout au long de « Dublin in ecstasy », le travail des cordes se fond dans les synthés à coloration eighties.   

« Just to Keep You Satisfied » flotte sur un thérémine au son étrange et envoûtant. Des sonorités de sixcordes distordues éclosent à mi-parcours dans l’esprit du « Stupid Girl » de Garbage. « Love Will Get You There » aurait pu naître de la rencontre entre The Cure et Billy Joel, notamment lors du refrain, la ligne de basse mélodique se chargeant d’arrimer la chanson. Britpop, « Valentine » se distingue par ses guitares entraînantes et carillonnantes, comme Johnny Marr à la belle époque des Smiths, son rythme de batterie direct et quelques notes de synthé qui s’insinuent furtivement.

Dommage que l’ingé-son n’était pas à la hauteur…

Setlist : « These Are The Days », « My Honest Face », « Totally », « Dublin In Ecstasy », « The Things I Do », « When It Breaks », « My King Will Be Kind », « Now You Got Me », « Just To Keep You Satisfied », « Who's Your Money On ? (Plastic House) », « Valentine », « Love Will Get You There », « Cheer Up Baby ».

Rappel : « If You're Gonna Break My Heart », « It Won't Always Be Like This ».

(Organisation : Ancienne Belgique et Live Nation)

Les Nuits Botanique 2023 : dimanche 23 avril

Ce soir, c'est l’ouverture des Nuits Botanique 2023 ! Pour la circonstance, le Botanique et Bozar se sont associés pour présenter deux spectacles exceptionnels, qui se déroulent à Bozar. Avant le trio Merope, Catherine Graindorge a l'honneur de fouler les planches de la salle Henry Le Boeuf.

Cette violoniste et compositrice bruxelloise est active depuis 2012, date à laquelle elle a sorti son premier album solo, “The Secret of Us All”. Depuis lors, elle a multiplié les collaborations en compagnie d’artistes tels que John Parish, Hugo Race, Pascal Humbert et Bertrand Cantat (Detroit), Warren Ellis et Nick Cave (Jeffrey Lee Pierce Project) et, plus récemment l’iconique Iggy Pop pour un Ep baptisé “The Dictator”. Elle a également composé pour le théâtre et le cinéma, décrochant une nomination aux Magritte du Cinéma pour la bande originale du film dramatique, “Chant des Hommes”.

Ce soir, elle propose une création en avant-première, ‘Songs From The Dead’. Au moment où elle prend place au milieu de la scène, entourée de ses violons, de ses multiples pédales d'effets et de son harmonium portable, sa chevelure blonde rayonne et sa tenue, 100% noire, s'accorde à la thématique de son nouveau projet. A ses côtés, on reconnaît Pascal Humbert (16Horsepower, Lilium) à la basse et aux percussions, et Simon Ho aux claviers. Après une introduction musicale empreinte d'une douceur et d'une profondeur toute mystique, une silhouette se détache de l'ombre pour prendre place devant le micro : c'est Simon Huw Jones, le chanteur bien connu du groupe anglais And Also the Trees.

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Fidèle à son style unique, Simon pose sa voix envoûtante, alternant chant et déclamation dans un souffle romantique. Le violon de Catherine Graindorge vient mêler ses volutes sonores, tantôt chatoyantes, tantôt stridentes, à l'expression littéraire du Britannique. Le tout nous plonge au sein d’un univers cinématographique totalement hypnotique. En écho lointain aux envolées d'un Max Richter ou aux harmonies écorchées d'un Warren Ellis, la musique du quatuor voyage hors du temps, dans un espace onirique vibrant.

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Le point de départ de la création de Catherine Graindorge + Guests est un poème intitulé ‘A Dream Record’. Mexico, le 6 septembre 1951. Sous l’emprise de la drogue et de l’alcool, William Burroughs tue accidentellement sa femme Joan d’un coup de revolver en voulant imiter Guillaume Tell. En 1955, Allen Ginsberg écrit ce poème, dans lequel il raconte un rêve lié à l'événement. Il est à Mexico, Joan Burroughs est assise sur une chaise. Ils discutent et soudain Ginsberg, réalisant que ce n’est qu’un rêve, lui demande : ‘Joan, quelle sorte de savoir a-t-on lorsqu’on est mort ? Peux-tu encore aimer tes connaissances mortelles ? Quel souvenir gardes-tu de nous ?’ Inspirées par ce poème et par le mythe grec d'Orphée et Eurydice, les compositions du quatuor interrogent donc les défunts, ceux qui ont compté dans la vie de la violoniste belge, qu’ils soient intimes ou lointains. Les paroles de Simon Jones évoluent, c'est usuel pour lui, dans un 'stream of consciousness' subtil et solennel, pénétré par la puissance de la nature et l'illumination du moment présent.

Plus tard, deux choristes, Lula et Ilona Rabinovitch, les deux filles de Catherine, rejoignent le quatuor pour prêter leurs voix diaphanes à une composition tout simplement sublime, rythmée par les arpèges du piano, les envolées du violon et la poésie hallucinante de Simon Jones. “Silent Is The Day...”.

A l'issue de ce périple magique, quasi chamanique, on se dit qu'on aimerait pouvoir repartir chez soi avec, en ses mains, la musique de ce moment unique. Bonne nouvelle : le concert a été enregistré et filmé et fera l'objet d'un documentaire. A suivre !

Après une courte pause, le moment est venu de passer au spectacle du trio international Merope, qui a invité le chœur Jauna Muzika, de Vilnius, pour la première mondiale de son nouvel opus, “Salos”. Au milieu de la scène, on découvre la chanteuse lituanienne Indrė Jurgelevičiūtė, flanquée, à sa droite du Français Jean-Christophe Bonnafous à la flûte indienne (bansurî) et, à sa gauche, du Belge Bert Cools, à la guitare, aux claviers et aux effets électroniques. Placé sur la droite de la scène, le chœur Jauna Muzika réunit une quinzaine de chanteuses et de chanteurs, dirigés par Vaclovas Augustinas.

Au fil des premières compositions, on découvre une musique largement centrée sur le chant folklorique lituanien et le “kanklės”, un instrument à cordes pincées traditionnel, joué par Indrė, mais ces éléments sont combinés à des sons tantôt expérimentaux tantôt carrément électroniques.

Le chœur Jauna Muzika apporte à la l’expression sonore une touche majestueuse, inspirée de la musique sacrée. On se sent à nouveau transporté dans un autre monde, tout aussi mystique que celui de Catherine Graindorge. Dans une démarche totalement originale, le trio se saisit de la tradition folk pour la transformer en un laboratoire sonore inspiré par la modernité. On pense parfois à Björk ou à Wardruna et le côté 'ambient' électronique évoque Ben Frost. C'est comme une recherche rétrofuturiste des liens entre l'homme et la nature, au travers d'une méditation musicale pleine de virtuosité et de sensibilité.

Au moment de quitter Bozar après ces deux superbes spectacles, on se dit que les Nuits Botanique commencent de la meilleure façon, dans une aura lumineuse. Venues de Lituanie, les aurores boréales ont gagné nos régions et elles éclairent notre conscience de leur éblouissant éclat...

Merci au Botanique, à Bozar et à Sabam For Culture. Merci à Simon Hugh Jones pour l'interview qu'il nous a accordée avant le concert et qui sera publiée dans votre webzine favori !

Trio Merope + Catherine Graindorge

(Organisation : Botanique et Bozar)

Crédit photos : Axel Tihon (merci à Branchés Culture)

 

Telex

Travailler avec Mute Records sur ce coffret, c'est comme un rêve qui se réalise...

Peu de groupes belges sont connus mondialement. On cite souvent dEUS, Front 242, Soulwax et 2ManyDJs ; mais le plus célèbre demeure, sans doute, Telex. Fondé en 1978 par Dan Lacksman, Michel Moers et le regretté Marc Moulin, le trio a créé une musique singulière, mélangeant l'esthétique du disco, le ‘Do-It-Yourself’ punk et les expérimentations ‘kraftwerkiennes’ de la musique électronique ; le tout saupoudré d'un sens du surréalisme typiquement belge. On se souvient de son passage à l'Eurovision et de sa reprise minimaliste de "Twist à Saint-Tropez", mais surtout de "Moskow Diskow". Cette compo figure sur le premier elpee du groupe, "Looking For St. Tropez", sorti en 1979, et a rencontré un franc succès, y compris à l'étranger. Au point de devenir un ‘must’ dans les playlists des DJ orientés 'wave' et/ou 'electronic'.

Aujourd'hui, plus de 44 ans après la naissance du trio, les deux membres de Telex éditent un nouveau coffret de 6 albums en format vinyle et CD. Publié chez Mute Records et distribué par [PIAS], il réunit les six opus du groupe, qui ont été remixés et remastérisés.

Musiczine a assisté à la présentation officielle du coffret, qui se déroulait récemment chez [PIAS], à Bruxelles, en présence de Dan Lacksman, Michel Moers et Daniel Miller, le fondateur de Mute Records. L'animation était assurée par Olivier Monssens, présentateur à la RTBF (Radio Caroline).

On a ainsi appris que, lorsque l'idée du coffret a été lancée, Telex n'envisageait que de remastériser les disques. ‘Mais nous n'étions pas satisfaits du résultat’, explique Dan Lacksman. ‘Particulièrement en ce qui concerne le 3ème, « Sex ». Nous ne parvenions pas à reconstituer le potentiel des morceaux uniquement par le biais du mastering. Et donc, nous avons entrepris de remixer deux ou trois titres de l'album, puis tous les tracks et finalement, comme nous étions très heureux du résultat et que nous prenions du plaisir à réaliser ce travail, nous avons décidé de revisiter l’intégralité. Et il s'est avéré que le potentiel d'amélioration était important pour, en moyenne, la moitié des pistes. Finalement, nous avons remixé 65 tracks.’ Il faut dire que l’opération s’est déroulée en pleine pandémie, donc les deux musiciens disposaient de tout le temps nécessaire pour accomplir ces travaux d'Hercule.

‘Mais le défi suivant était, lui aussi, de taille’, se souvient Michel Moers. ‘Il fallait remastériser le tout et faire en sorte que le coup de peinture final corresponde au rendu des morceaux originaux. Mais je crois que nous y sommes parvenus vu que, dans de nombreux cas, il est très difficile de distinguer les versions remixées des originales...’

Au moment de choisir une compagnie de disque pour ses rééditions, Telex bénéficiait d’un fameux atout : disposer de tous les droits sur ses chansons. ‘Nous avons d'abord reçu une proposition de Gilbert Lederman (NDR : d'Universal Belgique), aujourd'hui disparu. Nous avons refusé car nous ne voulions plus travailler avec une 'major'. Gilbert a été très 'fair-play' car il nous a suggéré : 'Pourquoi ne pas essayer Mute Records ?' Le conseil de Gilbert a agi comme un déclencheur et on a tenté le coup en envoyant un e-mail au label... Et, à notre plus grande surprise, nous avons reçu une réponse de Daniel dès le lendemain. Travailler avec Mute Records sur ce coffret, c'est comme un rêve qui se réalise...’

Il faut dire que Daniel Miller, le fondateur et boss de Mute Records, était déjà un fan de Telex, ce qui a grandement facilité les choses. ‘J'ai découvert Telex dès ses débuts’, se souvient Miller. ‘J'ai entendu « Twist à St Tropez », probablement dans l'émission de John Peel, car, à cette époque, c'est là que je traquais toutes les nouveautés intéressantes. Ma première impression ? Par rapport à ce que je créais, par exemple au sein de Silicon Teens, c’était très 'pro'. Le son était puissant et clair. Mais ce qui m'a surtout frappé, c'était ce sens de l'humour. La musique affichait un côté très sérieux, mais ce décalage, ce côté 'pince-sans-rire', me plaisait beaucoup. La plupart des gens avec lesquels je travaille ont ce sens de l'humour. Donc, j'étais impressionné et très désireux de travailler avec eux.’

En Belgique, le trio a tout d'abord été signé par RKM (Roland Kluger Music) et Daniel Miller est passé à côté d'un deal pour l'international. Pourquoi ? ‘La raison est très simple’, se souvient Miller. ‘C'est parce que le regretté Seymour Stein, de Sire Records, a été plus rapide que moi pour le signer ! Seymour était un véritable visionnaire et je tiens à lui rendre hommage aujourd'hui.’

On se souvient aussi qu'en 1979, Telex avait fait une apparition remarquée dans ‘Top of The Pops’, l'émission culte de la BBC, pour y interpréter "Rock Around The Clock". ‘A l'époque’, se rappelle Michel Moers, ‘La BBC exigeait que les artistes enregistrent une version spécifique de leur chanson dans les studios de la télévision et c'est cette mouture qui devait être jouée au moment du 'live'. Comme la plupart des autres artistes, nous avons un peu triché et enregistré la 'version BBC' à l'avance, dans nos propres studios et, une fois sur place, nous avons usé de stratagèmes pour simuler l’enregistrement ; et, au moment où les responsables de la BBC quittaient le studio pour aller boire un café, on a inséré subrepticement nos versions pré-enregistrées dans le processus’. ‘Tout le monde était obligé de tricher’, confirme Dan Lacksman. ‘Il est en effet impossible de restituer en un seul jour la qualité d'un enregistrement studio qui a nécessité des semaines pour être peaufiné.’

Visuellement, la prestation de Telex à ToTP était particulièrement originale. ‘Nous avons pris les autres artistes à contre-pied’, précise Michel Moers. ‘J'étais juste assis, occupé de lire le journal et de boire un verre d'eau, tandis que mes deux acolytes jouaient du synthé de façon statique. Nous avions une attitude volontairement ennuyée, voire ennuyeuse, un peu comme Buster Keaton, le comique qui ne souriait jamais.’ Et Daniel Miller de souligner, d’un humour typiquement anglais : ‘C'était du 'performance art (rires) !’...

Daniel Miller se souvient de l'impact que Telex a eu, à l'époque, en Angleterre. ‘En 1979, la presse était très critique face aux formations ou artistes électroniques. Ils considéraient qu'ils étaient 'fake'. Pour elle, un groupe devait compter un batteur, un bassiste et un guitariste. Pourtant, le titre de Telex a rencontré pas mal de succès dans les charts.’ En effet, "Rock Around The Clock" s’est hissé à une honorable 34ème place dans le classement officiel anglais. C'était en juillet 1979, quelques semaines seulement après la 1ère place décrochée par Gary Numan (Tubeway Army) pour « Are friends electric, ». La musique électronique était clairement occupée de creuser son sillon...

De nombreux experts estiment que les musiciens de Telex sont, d'une certaine manière, des précurseurs de la techno et de la house. Daniel Miller est de cet avis : ‘Absolument ! Les artistes ‘techno’ de Detroit écoutaient et jouaient du Telex. Mais souvent à une autre vitesse ; ils changeaient le bpm (NDR : beats per minutes). Par exemple, ils interprétaient "Rock Around The Clock" en l'accélérant un peu. Et le remix de "Moskow Diskow" imaginé par Carl Craig est devenu un classique !’ Sans oublier, bien sûr, la new-beat, qui est née en Belgique. Elle s’était également inspirée de la 'wave' électronique. ‘La new-beat, elle, ralentissait les tracks’, précise Dan Lacksman. ‘Typiquement, ils passaient un 45 tours en 33 tours sur la platine vinyle en réglant le 'varispeed' à '+8'.’ C'est en effet en appliquant cette technique au morceau "Flesh" de A Split Second qu'est née la new-beat, si l'on en croit la légende, bien sûr... ‘Mais nous, nous ne nous souciions pas du bpm’, poursuit Lacksman. ‘On disposait de machines analogiques. Donc on réglait les boutons 'au feeling', sans disposer de repères chiffrés. Que "Moskow Diskow" soit rivé à 130bpm était un pur hasard. Evidemment, quand les boîtes à rythmes et les ordinateurs sont arrivés, tout le monde a commencé à se caler sur les mêmes tempos.’

Avant de clôturer ce compte-rendu, mentionnons quelques anecdotes croustillantes qui ont été évoquées au cours de la présentation :

- Daniel Miller possède un vocoder original qui a appartenu à Kraftwerk, mais il ne fonctionne plus ;

- Daniel Miller confirme que les démos du premier disque de Fad Gadget ont été enregistrées dans une garde-robe (!) ;

- Michel Moers chante différemment sur l'album "Sex" que sur les autres long playings de Telex parce que Russel Mael, des Sparks, qui avait écrit les paroles des chansons en compagnie de son frère Ron, se trouvait dans le studio ; et donc, comme Michel voulait l'impressionner, il s'est improvisé chanteur de rock ;

- Le titre de l'album "Sex" a été censuré aux Etats-Unis ; là-bas, il est commercialisé sous le titre "Birds and Bees" ;

- Daniel Miller est un passionné de techno ; il a monté un projet en compagnie de Gareth Jones baptisé Sunroof.

Pour écouter et commander le nouveau coffret de Telex, c'est ici.

Pour écouter l'interview audio, diffusé dans l'émission de radio WAVES, c'est ici.

Merci à Telex, Daniel Miller, Mute Records, [PIAS], Olivier Monssens et l'émission de radio WAVES (Radio Vibration).
 
 
 

 

 

FACS

Still life in decay

Écrit par

A l’issue de l’enregistrement de ce « Still life in decay », la bassiste, Alianna Kalaba, a cordialement pris congé du groupe. Elle laisse la place à Jonathan van Herik, membre fondateur, de retour au sein du line up. En espérant que cette ligne de basse fuzzée très caractéristique soit préservée. Car tout au long de « Still life in decay », le cinquième elpee de Facs, c’est elle qui donne la coloration à l’expression sonore.

Découpé en 7 pistes, cet opus s’ouvre par « Constellation ». Fantomatiques, les sonorités de guitare apparaissent puis disparaissent au sein d’un climat angoissant. Ces sonorités oscillent entre le cosmique et la noisy venimeuse sur « When you say ». Et sont dispensées en boucle tout au long de « Slogan », alors que le vocal de Brian Case devient incantatoire.

Légèrement indus et menaçant, s’achevant dans une forme d’ambient, « Class spectre » est imprimé sur un tempo implacable, martial. Une structure que l’on retrouve sur le morceau final « New flag », une plage de 10’ déchirée épisodiquement de stridulations émises par la six cordes. Plus lent et méthodique, le titre maître s’achève également dans l’ambient…

Côté lyrics, Case aborde les thèmes de la démission, du cynisme, de la lutte des classes (NDR : dont le marxisme), la recherche d’identité et la perception d’une société devenue décadente…

En Attendant Ana

Principia

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Troisième long playing pour cette formation parisienne au sein de laquelle l’ancien ingénieur du son, Vincent Hivert, est passé à la basse, depuis 2020, remplaçant ainsi Antoine Vaugelade. Et il faut avouer que ses interventions se révèlent particulièrement judicieuses, quelquefois caoutchouteuses, apportant très souvent un contrepoint aux mélodies des compos. 

Tout au long des 11 plages de cet opus, les arrangements sont soignés, parfois subtilement cuivrés. Hormis sur « Same old story » au cours de laquelle ils virent carrément mais élégamment au free jazz. Une piste aux harmonies vocales féminines qui s’entrecroisent en français et en anglais. Un régal ! Alors que « To the crush » adopte le profil d’une valse, « Wonder » est imprimé sur un tempo krautrock enlevé.

On en oublierait presque la voix de Margaux Bouchaudon (NDR : c’est aussi la compositrice) toujours aussi pure, sorte d’hybride entre celle de Laetitia Sadier (Stereolab) et de Verity Susman (Electralane), dont les groupes constituent des références majeures pour En Attendant Ana. Et si les sonorités des guitares sont toujours aussi cristallines, elle se fondent davantage dans un ensemble bien moins shoegaze que sur les albums précédents…

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