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Jean-Claude Mondo

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samedi, 31 décembre 2005 01:00

Hot tongue and cold shoulder

Excellent harmoniciste, Jim Liban force le respect auprès de ses pairs. Il est d’ailleurs un des favoris de l’ami Français, Benoît Blue Boy. Peu connu de ce côté de l'Atlantique, il avait entamé sa carrière pendant les années 60, dans l’A.B Skhy. Au cours des 70’s et des 80’s, il dirige Short Stuff ; un ensemble absolument inconnu chez nous. Une formation responsable d’un collector intitulé "What time is it?". Jim vit toujours à Milwaukee, dans le Wisconsin. Il sort rarement de sa tanière. Ses trop rares albums ont été chroniqués par votre serviteur. "All corned up" est un instrumental qui évolue constamment sur un tempo lent. Jim y démontre toute la puissance naturelle de son souffle, tout son feeling, toute l'émotion qui se dégage de son jeu apparemment fort simple mais combien efficace.
 
Le guitariste Perry Weber a composé "Hot tongue and cold shoulder". Très syncopé et bien soutenu par les percussions de Jimi Schutte, le titre maître est introduit par sa guitare réverbérée. Chicago Southside blues alangui, "I've got a job" évolue dans un style proche de Jimmy Rodgers voire d’Eddie Taylor. Jim chante en soulignant à chaque fois ses vocaux d'une petite phrase qui tue, à l'harmonica. Curieux, assez spartiate, le backing est limité à la guitare et aux drums. Pas de basse. Mais le plus impressionnant reste le son qu’il communique à l'harmo. Un peu comme si l'instrument s'acquittait du chant! Liban a écrit "Maxwell street", en pensant certainement à Jimmy Reed. Il chante dans le micro astatique en donnant une certaine distance à sa voix. Il souffle comme un possédé dans l'instrument à bouche. L'effet rythmique est garanti. "I say what I mean" persévère selon le même schéma. Une compo qui frétille. Un peu comme si vous aviez des fourmis dans les jambes. La ligne rythmique est toujours minimale, simple, même lorsqu’elle est échafaudée par la guitare. L'harmonica décolle quand et où il veut. La sobriété et l'efficacité régissent "Someday baby". L'harmonica est joué sans filet, si proche de nous. Perry Weber revient chanter son "Big fat woman". La ligne rythmique est plus consistante. A cause sans doute d’une guitare barytone actionnée par Jim Liban. Les recettes simples sont souvent les meilleures. Tout au long de l’onctueux "If you think", Jim jouxte les climats poisseux des swamps louisianais. Il faut l'entendre vivre son instrument. Au cours de cet exercice, il y offre tout son corps, toute son âme. A l’instar d’un homme orchestre des années 50, "I'm a selfish man" ne bénéficie que d’un accompagnement squelettique. Une énergie débordante habite Jim lors de l’interprétation de "You can't hurt me anymore". Il exprime ainsi son bonheur de chanter tout en dispensant ces courtes phrases accrocheuses. L'harmo bave, dévore. Une technique développée depuis Sonny Boy Williamson 2. Trop court, cet opus s’achève comme il a commencé : par un instrumental paisible intitulé "145 blues". Un morceau d'une efficacité rare, qui laisse encore Liban montrer les dents en exécutant son jeu.
samedi, 31 décembre 2005 01:00

John & The Sisters

Cet album est fruit de la rencontre insolite entre le chanteur John Dickie et le groupe canadien The Sisters Euclid. Une formation drivée par le chanteur/guitariste Kevin Breitt qui implique Ian Desouza à la basse, Gary Taylor aux percussions et Rob Gusevs aux claviers. Mais pourquoi insolite ? En fait, nous sommes ici dans le domaine de l’expérimentation que le label qualifie de blues cosmique voire issu d'une autre planète. Je n’irai pas jusque là ; mais une chose est sûre ce blues contemporain est vraiment singulier !
 
Kevin a forgé sa réputation en accompagnant Cassandra Wilson et surtout Norah Jones. Il avait déjà commis un album l'an dernier en compagnie de Harry Manx : "Jubilee", un disque également paru chez Northern Blues Music. Une voix d'enfant clame "Il était une fois". Un piano apparaît timidement. Puis soudain, c’est le choc : "Too damn big". John éructe ses vocaux d’un timbre puissant, graveleux, furieux ; comme s’ils sortaient d'outre-tombe. Impressionnant ! Le son est extraordinaire. Et la production très réaliste de Kevin Brett n’y est pas pour rien. Le son des cordes entretient un cycle infernal, dérangeant. Les voix fusionnent pour pénétrer la jungle instrumentale. Difficile d’assimiler cette fresque sonore. La section rythmique, et en particulier sa basse saturée, plombe littéralement "Only one". John continue à cracher son venin. Mais il est bientôt rejoint par Suzie Vinnick. Quel contraste ! Son timbre tout en beauté est un véritable havre de paix. Et il évolue au beau milieu de cette fureur impitoyable qui reprend bientôt le dessus. Impassible, le piano de Gusevs épouse un profil très rythmique. Blues lent, "Big bomb" reflète une longue épopée. Une plage étrange. Les arrangements sont complexes. Des cuivres et des cordes s'entrechoquent. Nous ne sommes plus très loin de l’univers de Zappa. Rien n'est facile, mais rien n'est laissé au hasard. Le son est passé à la moulinette avant d’être habilement reconstitué. Nonobstant son titre, "Gun" se révèle plus calme, plus paisible. Pas de stress, même si Breitt arrache de ses cordes des sonorités incroyables et bouleversantes. Tout au long de l’hypnotique "L.A", les percussions soutiennent le rythme auquel les instruments s'accrochent. Et en particulier l'harmonica de Dickie. Les vocaux sont ici repris en chœur, accentuant encore une fois cette atmosphère perturbante et claustrophobique. John interprète "Pralene" d'une voix incroyable. Il est d’abord uniquement soutenu par un, avant que le rythme n’éclate dans un rock'n'roll sidéral. L’orgue atmosphérique cède sa place à slide aventureuse. Elle s'évade, divague, préludant la célébration d’un délire sonore intégral. "Faithful" bénéficie d’un vocal plus paisible, proche du gospel. L'orgue se mue en harmonium. A cet instant précis, nous ne sommes plus très loin d'Harlem. Mais n’imaginez surtout pas que l’aventure des Sisters est terminée… "A better way" renoue avec le blues. Un blues tellement complexe. Pourtant, une guitare très humaine vient se projeter au sein de cet univers sonique. Le timbre de John s’est lové dans la douceur pour aborder la sage complainte de "Money changes everything". "Penguin walk" marque un retour au rythme échevelé. Un delta blues à la sauce Sisters. Une slide particulièrement solide écrase tout sur son passage. Probablement un des meilleurs fragments de l’opus. Mystérieux et menaçant à la fois, "Love to stay, gotta go" achève l’elpee. Les accords plaqués sur la guitare sont lourds. L'harmonica accentue la sensation de mal-être. Le Howlin' Wolf du 21ème siècle vient peut-être de naître. Cet opus éponyme est une oeuvre conceptuelle. Blues sans doute. Avant-gardiste, sans aucun doute. Une véritable découverte. Mais que les puristes n'apprécieront probablement pas.
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Ride and roll

De son véritable nom Johnny Max, John McAneney est canadien. D’origine écossaise, il s’est installé à Toronto, dans Ontario. Ce chanteur est déjà considéré comme un vétéran de la scène blues locale. Il la partage souvent en compagnie d’artistes du coin comme Downchild, Jeff Healey, Jack Dekeyzer, Fathead ou David Rotundo. Il anime également le "Sunday Night Soul", un radioshow pour lequel il peut compter sur Chuck Jackson, le chanteur du Downchild Blues Band, comme partenaire.
 
A ce jour, il avait commis deux elpees : "Long gone train" en 2000 et "In the doghouse….again!" en 2002. Pour ce dernier opus, il avait reçu le concours de Kenny ‘Blues Boss’ Wayne au piano. Johnny a conservé le même guitariste depuis plus de 25 ans : Kevin ‘Hurricane’ Higgins. Il est cependant épaulé aujourd’hui par le drummer Duncan McBain, le bassiste Uli Bohnet et le claviériste Martin Aucoin.
 
L'album s'ouvre royalement par un shuffle puissant et entraînant : "Please don't go". Un parangon du groupe. Toute la force de frappe nous laisse bouche bée. La section rythmique est bien soudée. Le piano semble libéré et la guitare manifeste beaucoup de vécu. La formation produit déjà un max de groove. "Brown's line" persévère dans le rythme. La voix de Max affiche une aisance et une force tranquille qui impressionnent l'auditoire. Le tempo s'accélère brutalement et vire au rock’n roll pour attaquer le titre maître, une reprise de Brownie McGhee. Higgins s'en donne à cœur joie sur sa Fender Telecaster tandis que Duncan imprime une rythmique de type chemin de fer. Direction Memphis lors de la reprise du "Angel of Mercy" d'Albert King. L’orgue Hammond opère son entrée sur ce blues lent. Kevin dispense un solo étincelant, assez proche du style pratiqué par Magic Sam Maghett. Ballades blues/soul, "Watcha gonna do" et "Long gone train" séduisent par leur ligne mélodique. "Walking in Jerusalem" constitue la plage la plus roots. Une adaptation d'un morceau traditionnel caractérisée par la voix conquérante, la slide acoustique et quelques percussions tribales. "I heard a rumour" repose sur le riff classique de Howlin' Wolf. L'effet est imprimé très sereinement par les accords de Kevin. Il restitue bien l'ambiance du blues urbain de Chicago des années 50. Martin ajoute ses chapelets de notes de piano en arrière-plan. Tel un shouter issu de Kansas City, Johnny attaque "Mad at me". Sa voix chaude et puissante fait merveille tout au long de ce titre qui swingue. Toujours en retrait, le fidèle Higgins abat un travail considérable. Constantes, ses cordes affichent une présence rassurante derrière le chanteur. La version du "Shake 'em on down" de Bukka White est une synthèse parfaite du style adopté par JMB. Tel un Chicago shuffle imprimé sur un tempo modéré, il affiche une puissance et une efficacité rythmiques impressionnantes. A cause, bien entendu, de la la Fender de Higgins. Derrière ses ivoires, Aucoin semble heureux. Très downhome, la sortie de Kevin est un petit bijou. En outre, elle exhale des humeurs parfumées par le Delta. "Mimico" bus" s’approche du Memphis blues. La voix de Johnny domine naturellement ce décor sonore traversé par l'orgue Hammond B3 de Martin. "Junko partner" constitue un autre excellent moment de cet elpee. Particulièrement imprégné du sud, proche des bayous, il est investi par la slide paresseuse, un piano syncopé et des percussions ancrées à la Nouvelle Orléans. Et la voix de Mac accentue davantage cet aspect nonchalant. Le bonheur ! Cet opus de bonne facture s’achève par "I like women", un funky R&B chanté d’un timbre nasillard, proche de Dr John. Mais la surprise ultime procède du chant gospel de Mr Max, des vocaux qu’il accomplit a capella. Alternant judicieusement compositions personnelles et covers, cette œuvre nous permet de voyager au sein de différentes sphères du blues ; un périple opéré avec intelligence et feeling... Un opus enregistré et produit par Alec Fraser (NDR : il est actuellement bassiste chez le Jimmy Bowskill Band), au sein de son studio Liquid.

samedi, 31 décembre 2005 01:00

Bittersweet

Al Jones vit en Allemagne depuis plus de 25 ans. Un chanteur/guitariste de couleur noire qui s'est forgé une solide réputation dans les milieux du blues, du R&B et du funk. Faut dire qu’il a tourné et tourne encore beaucoup à travers l’Europe. Il lui est ainsi déjà arrivé de partager les planches de Champion Jack Dupree, Willie Mabon, Louisiana Red ou encore Sonny Rhodes. Et compte parmi ses idoles Sonny Rollins, Jimmy Reed et Ray Charles. Il a commis une flopée d’elpees ; ses plus récents répondant aux patronymes de "Payin' our dues", "Movin' 'n' groovin", "Hot & heavy", "Watch this!" et "Sharper than a track". Pour enregistrer cet opus, il a reçu le concours de son band, au sein duquel on retrouve Thifo Kreitmeier au sax ténor, Thomas Bauser à l'orgue Hammond, Peter Kraus aux drums et Dr Will aux percussions.
 
Découpée en 12 fragments, cette nouvelle plaque est équitablement partagée entre compositions personnelles et reprises. Bien rythmée, une guitare ouvre "Too long". Une compo qui glisse rapidement à une relecture du registre d’Albert King. Impliquant orgue et cuivres. Robuste, alerte et convainquant, ce R&B est dominé par la guitare. Dommage que la voix d'Al ne parvienne pas à émerger de ce volume sonore produit par ses musiciens. Sa voix n’est pas assez puissante. Ce qui ne l’empêche pas de poursuivre par le funky "Got to be tough". Assez Memphis sound, très dansant, le Hammond B3 reflète une forme certaine d’enthousiasme. Constituée de Kraus aux drums, de Dr Will aux percussions et d’Al Morris à la basse, la section rythmique est solide. Les percus restent à l'avant-plan pour propulser une version surprenante du "You don't love me" de Willie Cobb, une plage quasi tribale caractérisée par une prise de son très originale du chant, des cuivres et de l'orgue. Pour la circonstance, le sax ténor de Thilo est à la fête! Toujours sous l’emprise des percussions, le "Give me all your lovin'" de Kim Wilson se mue en shuffle torride. Al y opère un excellent solo sur les cordes face à la basse métronomique de Uwe Knüppel et le Fender Rhoades (NDR : un piano électrique !) de Thomas. Mr Jones est hanté par Albert King lorsqu’il exécute le titre maître. Une plage très funky illuminée par une savante utilisation de la section rythmique. Al file enfin à Chicago pour accomplir une version très musclée et speedée du "I need you so bad" de Magic Sam. Et c’est très réussi ! Le "Nobody wanna die" de Don Nix a été traduit en slow blues fin de soirée. Indolent, le ton volontiers dramatique, il conjugue orgue chaleureux et guitare bien sentie. Instrumental, "Felusome luck" manœuvre dans un style propre (NDR : qui a dit général ?) au Al Jones Band. Al rend enfin hommage à son maître, son presque homonyme Albert King, sur "Won't be hangin' round", un autre excellent blues lent. Plus que probablement une des meilleures plages de l’opus. La cover très rapide du "Checkin' on my baby" de Sonny Boy Williamson met le feu à la scène. Les musiciens chantent en chœur. L'orgue Hammond s'emballe. Il devient même impressionnant tout au long de "Demands", un fragment qui bénéficie d’arrangements rythmiques particulièrement imposants. "Relax" achève cet elpee. L’atmosphère est étrange, exotique. Tino Kreitmeier est passé à la clarinette. L'harmonica de Fred Selichter déchire l’univers sonore. La machine R&B d’Al Jones Band est tellement bien huilée qu’elle doit faire un véritable malheur sur les planches. Plus qu’une impression, c’est une conviction…
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Gotta look up

Steve Baker est né au sud de Londres. En 1953. Dès la fin des sixties, il se met à jouer de l'harmonica, en s’inspirant essentiellement de Paul Butterfield et de l'anglais Duster Bennett. Il s’intéresse ensuite au folk et au country blues. En 1975, il rejoint les harmonicistes Henry Heggen et Rory Mc Leod auprès de Have Mercy (Jug Band). Véhiculant une étiquette de ‘rocking harmonica blues band’, la formation a l’opportunité de se produire en Allemagne. Et notamment à Aix-la-Chapelle et à Hambourg.
 
En 77, Have Mercy commet son premier opus : "Boodlam". Après avoir partagé un duo en compagnie de Tom Shaka, il décide de suivre Franz Joseph Degenhard, un chanteur politique allemand. Une aventure qui va durer près de 12 ans. La suivante subsistera une bonne décennie. Avec Tony Sheridan pour partenaire. A cette époque, Hohner (NDR : manufacture d'harmonicas) l’engage pour promouvoir l’utilisation de l'instrument diatonique. Un contrat qui débouchera par la sortie d’un Harp Handbook, en 1990. Trois ans plus tard, il relance Have Mercy pour concocter un nouvel elpee. Il sera éponyme et paraîtra chez Crosscut. Les expériences suivantes vont le conduire à prendre pour coéquipier, un guitariste. Et notamment l'Allemand Abi Wallenstein ainsi que Chris Jones. En compagnie de ce dernier cité, il grave quelques opus : "Slow roll" en 95, "Everybody's crying mercy" en 98 et enfin "Smoke & Noise" en 2002. Tous les trois chez Acoustic Music.
 
Chris Jones est né en 1958. A Reno, dans le Nevada. En 1976, il entre à l’US Army et est envoyé en Allemagne. A Wiesbaden très exactement, où il est caserné. Depuis, il n'a plus guère quitté ce pays. Excellent guitariste, il est surtout réputé pour sa technique du picking sur l'instrument acoustique. A ce jour, il est responsable de cinq albums solos, dont le dernier, "Roadhouses Automobiles", remonte à 2003.
 
« Gotta look up » a été enregistré en juillet dernier à Hambourg. Chris chante et se réserve toutes les guitares. Steve se consacre à l'harmonica et Martin Röttger (un invité !) les percussions. La plaque s’ouvre par "Damn good run", une ballade atmosphérique et relaxante. Nonobstant sa conception particulièrement folk, "Elena's smile" maintient ce climat intimiste. Plus rythmé, "U get what U pay" lorgne davantage vers le blues. Baker en est le principal responsable. Il joue ici une partie fort intéressante, à partir de quelques phrases de base… "One word" marque un retour à l’ambiance cool. Une nouvelle ballade empreinte d’une grande tristesse. "Coal tatoo" se révèle bien plus intéressant. De timides percussions commencent à balayer cette indolence sonore. La mélodie est excellente. Le climat entretenu par le trio nous entraîne sur les pistes poussiéreuses du Sud des Etats-Unis. Une plage très roots signée Billy Ed Wheeler. L’harmonica communique ici un tel sentiment de nostalgie, qu’il en approche la notion du beau. Et ce n’est pas accident de parcours, car l’instrumental "Doublecrossed" suscite une sensation semblable : à en pleurer! Le scénario se reproduit lors de la cover du "Vigilante man" de Woody Guthrie, un fragment empreint d’une grande sensibilité. Ballade country roots, "Goin' down that road feelin' bad" opère un retour dans le Sud. Cet opus ne rencontre guère d’éclats ni de grandes prouesses techniques, mais il en émane quelque chose de troublant qui ne peut laisser indifférent…
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Live

Johnny ‘Tutu’ Jones Jr nous vient du Texas. De Dallas très exactement. Un bluesman, ma foi, encore fort jeune, puisqu’il n’a pas encore quarante ans. Un personnage qui s’est déjà forgé une solide réputation dans l’univers du blues ; il était d’ailleurs à l’affiche de l’édition 2005 du festival Spring Blues d'Ecaussinnes. Dès sa tendre jeunesse, il baignait déjà dans le blues. Faut dire qu’au sein de son milieu familial, son oncle jouait du piano, son père de la guitare et sa mère de la batterie. Et lorsque le clan organisait des jams à la maison, il n’était pas rare de retrouver parmi les invités Little Joe Blue ou encore Freddie King Jr (NDR : le fils du géant !) Et puis son père, Johnny B Jones, avait sévi dans le backing band de Freddie King.
 
Tutu débute sa carrière comme drummer. Il accompagne alors des stars du R&B comme Z.Z Hill ou Johnnie Taylor ; mais également Al T.N.T Braggs et même RL Burnside. Il passe progressivement à la guitare et au chant. C'est John Stedman, du label JSP, qui lui permet de concocter son premier elpee : "I'm for real". En 1994. Son deuxième paraît chez Bullseye : "Blue Texas soul". En 96. Et le suivant, en 1998 : "Staying power". Nous attendions donc impatiemment son nouvel opus. Qui vient de sortir sur le label d'Austin, Doc Blues records. Et c'est un live ! Une manière idéale de savourer le blues de Tutu Jones. Il est soutenu par son band : Don Landry aux drums, Wes Stephenson à la basse et Ronnie Bramhall à l’orgue. Et si Tutu est encore un jeune bluesman, il faut lui reconnaître des talents de vieux routier, car si une bonne partie de son répertoire est empruntée aux maîtres du style, il parvient à s’approprier leurs compos, tant il vit ses chansons. Il les vit en y mettant tout son cœur, toute son âme, tout son corps. Il les transpire par tous les pores.
 
Son set s’ouvre par un blues lent qu'il affectionne tout particulièrement : le "Sunday morning love" de Bobby Bland. Sa voix puissante possède déjà pas mal de vécu. Elle est idéale pour cet exercice de style. Sa guitare produit des phrases qui épousent parfaitement le chant. Déjà à la recherche de son dieu Freddie, il reprend un de ses classiques : le fameux "Goin' down" de Don Nix, bien sûr. La section rythmique libère tout le groove nécessaire et indispensable pour communiquer les vibrations de la scène. Il s'attaque alors au célèbre "Have you ever loved a woman" qu'il avait déjà mis en boîte pour l'album "Blue Texas Soul". L’adaptation est superbe. L'orgue Hammond bien présent. La voix dominatrice. Tutu laisse éclater tout son feeling sur les cordes, la supplication d'amour dans la voix. "Sweet woman" ouvrait son premier elpee. Une plage tout en rythme, funky, saturée de R&B. Mr Jones replonge aussitôt au cœur du blues. A travers "The milkman game (NDR : issu de "Staying power") ; un slow blues brûlant, envoûtant, empreint de désir et de sensibilité. Dans un style qui évoque parfois un Buddy Guy au sommet de son art. Sans le moindre artifice : juste ce qui émane du plus profond de lui-même. Un ‘smoking blues’ au cours duquel l’intervention de Ronnie Bramhall à l’orgue particulièrement brillante. Tutu adore le R&B. Le vrai : celui de Memphis, époque Stax. Et tout d’abord Otis Redding. Sa version de "My girl" en est la plus belle illustration. Il enfile alors le manteau de Freddie King pour exécuter "Shake what your Mama gave you", un instrumental qu’il interprète avec puissance et détermination. Il vit tellement son blues, que sa voix peut éclater en sanglots. A l’instar de "Little blue bird". Un slow blues à vous flanquer des frissons partout. A cet instant, sa guitare libère un maximum d’émotion. Passion et douceur font même ici bon ménage. En fin de concert, Tutu donne un bon coup de manivelle et insuffle le maximum de rythme au "Teenie Weenie" de Little Milton. Cet opus nous propose, en bonus track, une reprise de "The sky is crying" commise lors d’un précédent show. Pour la circonstance, Tutu est entouré d’autres musiciens ; mais la prise de son est incontestablement de moins bonne qualité. Nonobstant ce titre dispensable, je vous recommande chaudement cet opus…
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Heart full of blues

Michael Heyman est originaire du Texas. De Galveston très exactement. Il a passé la majorité de sa vie à Houston. Il est né dans un milieu musical au sien duquel il apprend d'abord le violon. Très vite, il s’intéresse au rock'n'roll ; et en particulier à Elvis Presley, Buddy Holly et les Rolling Stones. Mais c'est en découvrant l’elpee "Fresh Cream" d’Eric Clapton qu’il détermine son orientation. Il se met à écouter de plus en plus le blues ; et principalement BB et Freddie King, T Bone Walker, Buddy Guy et puis surtout ses maîtres anglais, Eric Clapton et Mick Taylor. Fin des 70s, il monte Blues Union, en compagnie de son ami bassiste Calvin Hall. La formation commet un album chez Lunar. Dès 1983, il se forge une réputation dans les milieux rock et blues locaux à travers son trio. A cette époque, il a l’opportunité de côtoyer Joe ‘Guitar’ Hughes ainsi que deux anciens Small Faces : Ronnie Lane et Ian McLagan. Il participe ensuite à l’aventure d’un groupe de blues rock dynamique : Nick Young and the Powerhouse. Il se produit également en Europe ; mais lorsqu’il revient aux States (NDR : en 88 !), c’est pour entamer des études de droit. Il abandonne alors la musique pour travailler dans une étude à Nashville. En 2003, il revient chez lui au Texas et reprend ses activités musicales. Il se met à composer et décide d'entrer en studio pour enregistrer ce premier album! Un disque pour lequel il bénéficie du concours de Michael Stone aux claviers, Roger Tausz aux drums et Bob Armour à la basse.
 
Aucun doute n’est permis, les premières notes de "Set me free" sont clairement empruntées au Cream ; et en particulier à "White room". Proche d'Eric Clapton, le style Heyman est clairement affiché : un blues rock sans la moindre aspérité quoique un tantinet aventureux dans la sonorité des cordes. En toile de fond, on distingue les répliques vocales de la reine du soul à Houston : Miss Trudy Lynn. "Everyday I cry for you" lorgne de nouveau vers Clapton, mais de l’époque Derek & the Dominoes, lorsqu’Eric s'attaquait à "Everyday I have the blues". Tout en velours, son jeu manifeste une bonne dose d'assurance et de conviction. Heyman se révèle bon guitariste. Sa voix est certes limitée, mais il l'utilise à bon escient. Dès qu’il en a l’occasion, il libère ses cordes. Elles demeurent cependant toujours très mélodiques, dénuée de la moindre agressivité. Elles coulent naturellement de son manche. Il parvient même à changer de tempo avec un certain swing. La section rythmique est discrète. Seul le piano montre le bout du nez. L'homme est habile dans le domaine du blues. Il le démontre tout au long de "When it came to loving you", un slow blues sans surprise mais très bien ficelé. Toujours discrète, la guitare conjugue énormément de feeling et d'adresse. Michael passe à la slide, marque le tempo et s'embarque dans "Love against the wall". Le rythme est plus ‘stonien’. Trudy Lynn et Tommy Lee Bradley participent aux chœurs. Lors du rock'n'roll "Loving you a long time", Stone se libère au piano et Michael se révèle très adroit, proche du style musical très coulé que Mick Taylor cultivait chez les Rolling Stones. "Please let me love you again" est un blues lent somptueux. Heyman joue comme le jeune Clapton le faisait du temps des Bluesbreakers de John Mayall ; mais j'y trouve également l’empreinte d’un musicien de la même époque : Peter Green. A cause de la réverbération qu'il injecte à sa Gibson Les Paul. Sans doute conforté par la présence de Trudy Lynn, il chante avec plus d'assurance tout au long de cette plage qui peut être considérée comme la meilleure de l’opus. On y ressent même une réelle intensité dramatique dans le jeu! Toujours adepte du Clapton des débuts, il s’attaque brillamment à l’instrumental notoire "Steppin out". Et puis à un autre slow blues : le "Three hours past midnight" de Johnny "Guitar" Watson. La guitare voyage sur un fond d'orgue Hammond B3. L’adaptation est superbe ! Un must pour les amateurs de bon british blues. Il joue ici avec aisance comme Mick Taylor dans ses meilleures années ou Buddy Guy quand il ne veut pas trop en faire. Un régal! Les amateurs de blues électrique adoreront cet album. "If you see my baby" constitue la plage la plus explosive de cet elpee. Nous la devons à la prestation d’un excellent harmoniciste local qui fait tout doucement son chemin : Sonny Boy Terry (NDR : il est responsable de deux albums chez Doc Blues Records). Cette plaque s’achève par un duo accompli entre Heyman et Stone aux claviers lors de la cover du "My sweet little honey dripper" de Jimmy T-99 Nelson ; un version qui rappelle certains échanges opérés jadis entre Clapton et Mayall.
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Soul sanctuary

Jadis célèbre sous le patronyme Hollywood Fats Band, les Hollywood Blue Flames perpétuent la flamme du west coast jump blues. Il y aura bientôt vingt ans que Michael ‘Hollywood Fats’ Mann nous a quittés. Les quatre autres musiciens (Al Blake au chant, à l’harmonica et à la guitare, Richard Innes au drums, Fred Kaplan au piano et Larry Taylor à la basse) n'étaient pas des manchots. Ils ont donc décidé de poursuivre l’aventure sous la bannière des Flames, embauchant au passage le jeune prodige noir californien Kirk Fletcher, pour succéder dignement à Fats. A ce jour, ils ont commis trois elpees : tout d’abord "Doctor Blake's Pop-X Magic Soul Elixir" (NDR : Il vous sera présenté prochainement, puisqu’il a été réédité en 2004). Ensuite "Est A long time ago", paru en 2003. Les deux opus chez Soul Sanctuary. Et enfin, avec la complicité de la très dynamique équipe de Delta Groove, le judicieusement baptisé "Soul sanctuary". Très sollicité, Kirk Fletcher semble avoir le don d'ubiquité. Car les Hollywood Blue Flames se produisent souvent en compagnie du guitariste Nathan James. Au cours des 90’s, Big Al Blake avait fondé son label Blue Collar. Une écurie responsable de la sortie de quelques plaques impliquant les anciens du Fats Band : Jr Watson et Kid Ramos se partageaient les guitares sur "Mr Blakes blues", Fred Kaplan avait concocté "Signifyin" et Kim Wilson, "My blues".
 
L'album s’ouvre par "Flambed", un instrumental qui ne manque pas de panache. Kirk Fletcher est immédiatement placé sous les feux de la rampe. Son west coast jump est tellement coloré qu'il nous fait immédiatement penser à Hollywood Fats. Le tempo monte encore d'un ton pour le "Nit wit" de LC McKinley. Un cuivre tapisse le décor sonore. Rien ne semble pouvoir arrêter les cordes de Fletcher. Elles baignent dans une ivresse que partage les ivoires de Fred Kaplan. Le rythme se fait bien paresseux lorsque Al Blake se met à chanter le blues lent très dépouillé "The land of Calieo". Signé St Louis Jimmy Oden, "Soon forgotten" se maintient au cœur de ce climat relaxant. De son timbre légèrement fausset, Al Blake chante distinctement. L'instrumentation légère ne laisse filtrer que les notes qui s’échappent des ivoires de Kaplan, avant que Kirk ne parachève le travail par un solo tout en retenue. "He's a bluesman" est à peine plus rythmé. Plus proche de la Nouvelle Orléans sans doute, grâce au jeu de percussions de Innes et du piano syncopé de Fred, Blake s’y réserve un subtil solo d'harmonica. Une plage qui se poursuit par un échange funky entre les percussions et le piano devenu jazzyfiant. Tramé par le piano que double l'orgue Hammond, "Jo Angelyn" est un merveilleux instrumental. Un mambo au cours duquel Fletcher dispense un solo très inspiré et délicatement construit. A cet instant il est très proche d'un Otis Rush des grands jours du Chicago Westside. Le traitement réservé à "I'm a lucky lucky man" est remarquable. Tout au long de ce Chicago shuffle, Kirk se montre aussi brillant que le Jimmy Rogers contemporain, tandis que Fred tapote son piano comme Otis Spann. Autre blues rythmé, "Black cat bone" permet à tous les acteurs de se présenter sous leur meilleur jour. Un fragment toujours très Chicago au cours duquel Blake souffle comme Sonny Boy2. Pour le titre maître, H.B.F. a choisi un instrumental gracile. Jazz blues bien swinguant, "My national inquerer baby" met en exergue le saxophone et bien sûr la basse acoustique de Larry Taylor. Blues lent très fin de soirée, "Coco puffin" exhale des relents de tabac. Al Blake souffle avec délectation et chante correctement ce type de répertoire. Fred est à l'orgue Hammond. Kirk opère un solo personnel, explosif même ; sans doute le meilleur de l'album. L’opus nous réserve deux bonus tracks. Tout d’abord l’instrumental "Big foot's boogie", un boogie woogie taillé sur mesure pour Fred Kaplan, maître dans le style. Ensuite le "You're sweet" de Jimmy Rogers. Interprété tout en feeling par le duo Al Blake/Kim Wilson. Le premier à la guitare acoustique et au chant. Le second à l'harmonica. Un régal! Pas étonnant que cet opus soit d’excellente facture, quand on assiste à une réunion d’autant de musiciens talentueux…
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Second time around

Originaire de Dallas, Edwin Holt a passé sa jeunesse à New London dans l'Est du Texas. Agé aujourd’hui de trente-huit ans, ce chanteur blanc roule sa bosse depuis une bonne quinzaine d’années. Ce qui lui a déjà permis de partager la scène avec Bobby Bland et Johnnie Taylor. Mais c’est surtout dans les bars et les juke joints de Memphis qu’il s’est forgé sa réputation ; et notamment en compagnie de James ‘Son’ Thomas et de Willie Foster. Aujourd’hui, il vit à nouveau au Texas, mais à Dallas, où il drive son Conspiracy Band, une formation qui réunit douze musiciens dont certains vétérans du backing band de feu Johnnie Taylor.
 
« Second time around » constitue enfin son premier album. Edwin possède une superbe voix et il affiche ses dispositions vocales dès "I don't think I'm going to make it". Une composition d'Al TNT Braggs tramée sur quelques notes immaculées de dobro dispensées par David Brashier, avant qu’un big band ne prenne le relais pour tapisser ce joyau sonore. Modulée et expressive, sa voix consomme de la soul à l'état pur. Tendre ballade, "Second time around" est soulignée de chœurs qui épousent délicatement l’organe de l'artiste. Holt est également un harmoniciste accompli. Il souffle sur "Red Clay back road mama" ; certainement la meilleure plage blues de tout l'album. Il y pousse quelque peu ses cordes vocales ; et le résultat est excellent résultat. Pam Williams au piano et Brashier à la guitare nourrissent cette compo inspirée par Jennifer, l'épouse d'Edwin… Signé Percy Mayfield et immortalisé par Ray Charles, "You're in for a big surprise" campe un soul blues lent idéal pour mettre en valeur les cordes vocales d'Edwin. Soul funk très vocal "Black line" est alimenté par un piano électrique ; mais il passe un peu à travers. "Somebody's gettin' it" évolue dans le même registre. Mais manifeste davantage de séduction. A cause de la guitare et des arrangements de cuivres conduits par le trompettiste Big Jack Williams. Les arrangements vocaux et l'orgue de Red Young dominent "Jack about nothin", une plage soul/funk assez nerveuse qui accroche immédiatement l’oreille. Ballade R&B alanguie, entretenue par les cuivres, la guitare et l'orgue, "I want to walk you home" évolue dans un registre proche du son Stax. Holt souffle dans son harmonica pour la deuxième fois lors de "Down to the bone", un excellent bues basique enrichi par cette voix rageuse et lumineuse. Et il est bien dommage que ses interventions sur l’instrument chromatique soient aussi rares, car il s’y montre très talentueux. "The right reverend for the blues" rend hommage au bluesman R.L Griffin, le propriétaire d'un célèbre club de South Dallas : le Blues Palace n°2. Un orgue d’église ouvre cette plage, qui vire progressivement au R&B dansant et contagieux. Un fragment aux accents ‘live’ très prononcés. Holt chante le "Higher's ground" de Stevie Wonder à la manière de… Stevie Wonder. Un titre de soul/funk dont l’interprétation est aussi nerveuse que celle de son auteur. Reprise d'un morceau traditionnel, "One more river to cross" conjugue une multitude de voix, un exercice de style presque gospel opéré face aux claviers et dédié à la mémoire de Ralph Stockes Jr. De bonne facture, cet opus s’adresse cependant à un public averti ; et en particulier aux souls lovers!
samedi, 31 décembre 2005 01:00

Godson of soul

Ellis est né à Bayminette, en Alabama. Il est le treizième enfant d'une famille qui en comptait seize. A l’âge de 15 ans, il quitte sa famille et part à l’aventure. Il sillonne les USA et se produit dans la rue où il chante en s’accompagnant à la guitare acoustique. Diana Ross le remarque un peu par hasard. Alors qu’il joue au Central Park de New York. Mais Ellis est trop jeune et ne saisit pas l'opportunité d'enregistrer aux studios de Central Station. Il traverse alors l'Atlantique pour changer un peu de décor, animant les rues et sorties de métro des grandes villes européennes. De retour à New York, il tape dans l’oreille du producteur Jon Tiven. Ce qui lui permet de commettre son premier opus : "Undeniable". En 2002. Sur le label Zane, qui lui colle le sticker de jeune Wilson Pickett. Il retourne en Europe en compagnie des Stax Pistols, une formation au sein de laquelle milite un certain Glen Matlock… ex-Sex Pistol!!! L’année suivante, paraît "Up your mind" (NDR : chez Evidence) un disque taxé de ‘southern soul and blues’. Puis en 2004, "Uncomplicated" (pour Artemis) que Hooks estime relever de l'Americana soul (NDLR : bonjour les étiquettes !).
 
A trente ans à peine, Ellis vient donc de concocter son quatrième elpee. Toujours chez Evidence. Les sessions d’enregistrement ont été opérées à Nashville sous la houlette de l’incontournable Jon Tiven, un personnage à qui l’artiste doit beaucoup. Ellis possède un excellent organe vocal. Puissant en plus.
 
"Five times" ouvre l’opus. Une superbe ballade soul, illuminée par cette voix lumineuse. La mise en forme de Tiven est impeccable. Tout est parfaitement en place. Les vocaux dominent l’instrumentation. Tramé sur une bien jolie mélodie, "Black nights, blue moon" est sculpté dans le même moule. La voix d'Ellis scintille comme un joyau dans un écrin de soul ; une voix extraordinaire que souligne Jon, de son piano électrique. Presque toutes les plages (NDR : 14 !) sont signées Jon Tiven ou Hooks/Tiven. Véritable homme orchestre, Jon joue de la guitare, du piano, de l'orgue Hammond, du saxophone, de l'harmonica et de la batterie. Sally Tiven (NDR : sa femme) de la basse, Billy Block ou Chester Thompson des percussions. Peu de changement de tempo pour "High Roller", un fragment cependant plus funky. Le R&B est souverain. Tiven extirpe de ses six cordes des phrases très bluesy. Le tempo s'envole pour "Little bitta lovin". Un R&B dynamique. Le timbre d’Ellis est ici très proche de celui de James Brown. La guitare s'évade à coups d'arpèges devant les cuivres de Tiven et de Wayne Jackson des Memphis Horns. L’ombre de Brown hante de nouveau "Show me your love". Signé Tiven/Hooks/Steve Cropper, "Was it something I said?" est un blues bien enlevé. La rythmique est chargée de groove. Cropper, le maître de Memphis, se réserve la guitare, pendant que Bobby Womack donne la réplique au téléphone. Autre ballade, "Chainsaw" est taillée sur mesure pour la puissance de feu de Hooks. Pour la circonstance, il partage le chant avec la vedette country honky tonk, Marty Brown. "Honeysukle" est un R&B très bluesy, une plage au cours de laquelle des chœurs féminins soutiennent les vocaux d’Ellis. Ballade, "You changed my life" aurait pu relever du répertoire de l'Irlandais Van Morrison. Et la fin de l’album offre encore d’excellentes surprises. A l’instar du funky "Go for it". Ellis force un peu la voix comme l'Anglais Steve Marriott pouvait si bien le faire. Lors du titre final, Ellis joue de la slide acoustique et Mason Casey se réserve l'harmonica. Un autre brûlot intitulé "Rock my stone". Nonobstant son jeune âge, Hooks fait déjà partie des grands. Non seulement il est régulièrement comparé à Wilson Pickett, mais il est parvenu à puiser la quintessence des meilleurs du blues (Don Covay, BB King), de la soul (Marvin Gaye, James Brown) ou encore du jazz (Ray Charles).