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La fresque de Vincent Delerm

Six ans après « Panorama », le chanteur cinéaste au cœur battant Vincent Delerm élargit encore son travelling sentimental en gravant « La Fresque ». Un huitième album dont la chanson-titre parlée, sur un arrangement tout en palpitations électroniques et…

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dEUS - 19/03/2026
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Jean-Claude Mondo

Jean-Claude Mondo

samedi, 20 octobre 2012 00:10

Sing the Delta

Chanteuse/compositrice, Miss Iris Dement s’est forgé une notoriété dans l’univers du folk et de la country. Bien qu’originaire de l'Arkansas, sa famille a rapidement émigré vers Los Angeles. Sa première œuvre, "Infamous angel", date déjà de 1992. Depuis, elle a publié trois autres albums, dont le dernier était consacré à des chants gospels. Elle opère son retour après une longue absence de huit années. « Sing the Delta » réunit douze compositions personnelles. Les premières depuis seize ans! Issue d'une famille de 14 enfants, dont elle est la cadette, Iris a toujours fréquenté l'Eglise de la Pentecôte ; sa foi inspire donc beaucoup ses chansons.

Sans surprise, "Sing the delta" a été enregistré à Nashville. Il a bénéficié de la collaboration de quelques excellents musiciens dont Al Perkins à la pedal steel et Reese Wynans à l'orgue Hammond.

"Go on ahead and go home" ouvre l’elpee. Une superbe compo introduite par le piano de notre dame. Jolie, un rien chevrotante, sa voix est taillée pour chanter la musique country. Subtile, l’instrumentation met en exergue l'orgue de Reese. Les mélodies sont particulièrement riches. A l’instar des tendres ballades "Before the colors fade" et "If that ain't love", deux compos balayées par la pedal steel. En écoutant, "The kingdom has already gone", on ressent bien l'emprise gospel sur la voix cristalline de la chanteuse. "The night I learned how not to pray" est d’inspiration religieuse. Le titre maître et "Livin' on the inside" sont d’élégantes ballades discrètement traversées de cuivres. "Mama was always tellin' her truth" est un cri d’amour adressé à sa mère qui l'a tant marquée. Purement country, ce disque s’achève par l’intimiste "Out of the fire".

 

samedi, 20 octobre 2012 00:07

Sunday run me over

Holly est anglaise. Chanteuse, guitariste et compositrice, elle a milité au sein d’un garage band féminin, Thee Headcoatees ; mais cette spécialiste du rhythm & blues et du rockabilly a entamé dès 1995 une carrière en solitaire, une aventure ponctuée de pas moins de 13 albums. Depuis 2007, son nom est associé aux Brokeoffs. En réalité, il s’agit de son compagnon, Lawyer Dave qui forme un duo avec elle. Ensemble, ils vivent dans une ferme baptisée Camp Esco, quelque part en Georgie, au milieu des oies, canards, poules, chèvres, chiens et chevaux ; et ils y ont aménagé un studio dans lequel a été réalisée cette collection de douze chansons personnelles.

Et dès le départ, la musique rocke, même si la touche de Delta blues est profonde. Les voix se conjuguent à l'unisson. Elles nous entraînent dans ce "Goddan Holy roll", dynamisé par de fort bonnes guitares aux accents métalliques. Les harmonies vocales de Holly et Dave sont parfaites face à cette instrumentation qui fleure le climat poisseux du Sud, celui du Mississippi. Le bottleneck glisse au sein de ce décor d'une autre époque. Quoiqu’adoptant le même style, "Tank" accélère le rythme. Et ce sont les percussions presque tribales qui l’alimentent. Ballade roots country, "I forgot more" est une adaptation d’un hit des Davis Sisters, décroché en 1953. Nous sommes ici plus proches de Nashville. "One of the road" poursuit son parcours dans l’Americana. Banjo et slide alimentent cette valse allègre. Parfois le timbre de Holly devient nasillard et emprunte celui d’une fillette ; à l’instar de "Turn around", une autre plage particulièrement country au cours de laquelle Dave est passé à la pedal steel. "A whole lot more" est tiré d'un chant gospel de Wayne Raney. Il date de 1960. Vu le recours au dobro et au violon, cette version est encore plus proche des racines. "Hand in hand" opère un retour au blues. Les accents sont dramatiques. Les voix échangées par le couple sont superbes et bouleversantes. Cordes acoustiques et interventions de slide électrique aux sonorités primaires entretiennent un climat très singulier tout au long de "The future's here". Une forme d’euphorie envahit le "Hard to be humble" de Mac Davis, une valse colorée de blues primaire. "Goodnight" est un autre blues à la sauce Golightly. Sa voix nasillarde fait le ménage face aux grattes de plus en plus menaçantes. "This shit is gold" accomplit un dernier détour par le Delta. Une finale imprimée sur un tempo âpre, rappelant que dans le passé, Miss Holly a déjà apporté sa collaboration aux White Stripes et à Mudhoney.

 

samedi, 20 octobre 2012 00:03

Live in Holland

Pokey Lafarge et ses musicos nous viennent de St Louis, dans le Missouri. Ils pratiquent ce que l'on appelle de l'americana, une musique qui reflète les diverses traditions de ce grand pays tout en rencontrant à la fois country, blues, ragtime, jazz et western swing. De son véritable nom Drew Heissler, Pokey ne se contente pas d’adapter le répertoire de ses ancêtres. Il privilégie même ses propres compositions. La musique est exclusivement acoustique. Pokey confesse pour influences majeures Jimmy Rogers, Blind Boy Fuller et Bob Wills.

Son premier album remonte à 2007. Il s’intitule "Marmalade". L’année suivante, il grave "Beat, move & shake". Deux œuvres commises en solitaire. C’est en 2009 qu’il décide de s’adjoindre un groupe. En l’occurrence le South City Three. Soit trois musiciens locaux. C’est-à-dire le guitariste Adam Hoskins, le contrebassiste Joey Glynn et l’harmoniciste/percussionniste Ryan Koenig. La formation se produit dans de nombreux festivals, dont le Newport Folk Music, mais également un peu partout en Europe. En 2010, le groupe publie "Riverboat soul" et "Middle of everywhere" en 2011.

Il était temps que le quartet immortalise une prestation ‘live’. Et pour concrétiser ce dessein, le combo a choisi les Pays-Bas. En avril 2012, il a donc décidé d’investir une partie du complexe aménagé au célèbre Paradiso à Amsterdam, pour se produire face à une assemblée acquise à sa cause. Entraînante et bien rythmée, la musique de Pokey et ses potes baigne dans un climat de bonne humeur. Certains la compareront volontiers à celle des gitans. Si vous appréciez Django Reinhardt, vous devriez facilement succomber aux jeux de cordes subtils, manouches, dispensés par le leader et Adam. Ryan a également droit au chapitre et souffle toute sa ferveur dans son harmonica. Fort bien d'ailleurs. Notamment sur "Can't be satisfied" et "Fan it". Il y étale toute sa maîtrise. Western swing, "Brick thieves" ne manque pas de charme. On y revoit les images de ces chemins poussiéreux empruntés jadis par les cow-boys sur leurs montures au galop. Un petit coup de mirliton vient égayer "Claude Jones". La présence d’un violon ou d’un un piano barrelhouse aurait certainement été judicieuse. Surtout pour pénétrer dans l’univers du western swing. Néanmoins, cet opus est de toute bonne facture. Finale particulièrement country blues, "La La Blues" en est une autre démonstration.

 

samedi, 20 octobre 2012 00:00

Rubatong

The Ex est un groupe hollandais fondé en 1979. C’est-à-dire en pleine apogée du mouvement punk. Plus de trente ans plus tard, The Ex a toujours bon pied bon œil. Néanmoins, le line up a connu de nombreux changements. Y ont ainsi milité Han Buhrs et Luc Ex. Et ce sont ces deux musicos qu’on retrouve chez Rubatong. Han chante, suivant l'humeur du moment, tantôt en anglais, néerlandais, français voire en patois allemand. Luc se charge de la basse acoustique. René Van Barneveld (Urban Dance Squad) est préposé à la guitare. Un gratteur qui aime mêler funk, rock et rap. Enfin, Miss Tatiana Koleva, issue du monde de la musique contemporaine, se réserve le vibraphone et les percussions. Toute l’équipe est responsable de l’écriture des dix chansons de cet opus. La musique est totalement expérimentale, étrange, parfois proche du free jazz, même si on y décèle des traces de blues contemporaines.

Dès "In a haze" on est frappé par la voix peu conventionnelle, possédée, mais très claire de Han. Minimaliste, la section rythmique imprime un tempo hypnotique. Bien intégrée, la slide colle parfaitement aux basques de Mr Buhrs. Soudain, c’est le calme. Puis une impro. Une exploration sonore dirigée par la basse et le vibraphone de Tatiana. Un vibraphone qui balise "Future hung around". La ‘quatre cordes’ y rejoint la percussion lugubre. La voix de Han hante ce climat inquiétant, chargé de torpeur. Elle se mue en instrument pour dialoguer avec ses partenaires. Ces échanges étranges me rappellent ceux qu’entretenaient Damo Suzuki et les membres de Can, groupe phare du krautrock. C’était il y a bien longtemps… La folie instrumentale déborde sur "G-Spot democracy". Les cordes de Van Barneveld décapent et délirent, tel un Zappa se tortillant au cœur de ses ‘mères des inventions’. Débridé, décoiffant, "Protilanenmensch" est un blues de l'impossible. Telle une âme damnée, Buhrs évacue de son corps tous les maléfices qui l'avaient envahi, face aux cordes à l'agonie. Enfin, la douceur contenue de "Finger prints" apporte un peu de réconfort. La guitare de René découpe "Dirty lil' kiss". Les interventions de la slide sont lacérées au rasoir, comme un blues chirurgical qui aurait échappé aux canons du style! "F voor af" adopte un profil blues plus traditionnel. On imagine un John Lee Hooker désorienté revenu sur notre planète pour exprimer tous les mots débutant par la lettre F! Deux plages sont chantées en français. Tout arrive. D’abord, "Il-y-a des choses", un exercice de style ludique et rythmique, ciselé soigneusement par les percussions de Tatiana. Ensuite, "A ce moment", une autre piste empreinte de douceur et d’intimisme. Très particulière, cette œuvre est indéniablement originale. Elle se referme par "Riga", un bref accès de colère slave…

 

mercredi, 26 septembre 2012 20:15

Blues on fire

Pat Travers est un vétéran du hard rockin 'blues. Depuis 40 longues années, ce Canadien poursuit inexorablement son chemin sur les planches du monde entier. Non seulement il a fidélisé un public, mais au fil des décennies, il est parvenu à le renouveler. Agé de 58 balais, Pat s’est plongé au plus profond des archives du blues, pour concocter ce nouvel opus. Et pour cause, "Blues en Feu" se réfère à des noms mythiques, pour la plupart oubliés ; en l’occurrence, les aventuriers aveugles des années 20 : Blind Willie Johnson, Blind Blake, Blind Lemon Jefferson, Blind Boy Fuller et bien d'autres gloires d'un passé qui remonte à l'avant grande guerre. Travers a mis tout son cœur et toute son âme pour réaliser ce disque. Il se réserve le chant, la guitare, la basse ainsi que la production, et n'a toléré à ses côtés que le claviériste Carl Cleaver et le drummer Sean Shannon.

Particulièrement bien mis en forme, “Black dog” ouvre le long playing. Les cordes sont largement amplifiées, la voix est volontairement grave, dure et agressive. Effet garanti ! Pat est un pro. Il est impressionnant en matière de production. N’empêche, ce bon vieux Blind Blake a dû se réveiller dans sa tombe! Pat sait comment se servir d’un bottleneck. Et sa technique a de quoi surprendre sur “Nobody’s fault but mine”, un traditionnel signé Blind Willie Johnson, repris par une multitude d’artistes depuis 1927 ! (NDR : Led Zeppelin en a probablement réalisé la cover la plus populaire). Issu du répertoire de Bessie Smith, “Backwater blues” opère cette savante conjugaison entre cordes électriques et acoustiques ; mais la version de ce canon du blues est très contemporaine. Via sa production, Pat cherche constamment à mettre une claque au mélomane. Mais aussi en plaçant l’instrumentation bien en avant et en prenant soin de réserver à sa voix une férocité permanente. Le “Meat shakin’ woman” de Blind Boy Fuller et l’“Easy rider blues” de Blind Lemon Jefferson, véritable coup de bélier enfoncé par l’orgue en sont de belles illustrations. “Nobody knows when you’re down and out” est un autre classique du prewar blues, une compo adaptée en son temps par le chanteur de variétés françaises, Joe Dassin. “Bulldozer blues”, Travers ne pouvait l’éviter. Un titre de circonstance ; et pourtant ce morceau est celui qui avait inspiré le Canned Heat pour composer son “Going up the country”. Chanté à l’époque (1969) par Al Wilson, il était devenu un des hymnes du festival et du film consacrés au festival de Woodstock. L’intensité et la densité des pistes confèrent à cet opus une belle homogénéité. Le “Dark night” de Blind Willie Johnson manifeste un sens évident du drame et de la tragédie. Superbe ! Sur “Jailhouse blues”, la slide vient une dernière fois tout fracasser sur son passage. Moment d’émotion pur la finale, lorsque Travers a recours aux mêmes armes que les bluesmen originels, pour exécuter le “Death letter” de Son House. Ce long playing est une véritable référence dans l’univers du hard rockin’ blues! 

 

mercredi, 26 septembre 2012 20:13

Election Special

Agé de 62 ans, ce Californien affiche déjà une bien longue carrière, derrière lui. Co-fondateur des Risins Sons, en 1964, en compagnie du mythique Taj Mahal, cet adepte du folk/blues était devenu un coopérateur inspiré des Rolling Stones, à la charnière des années 70. Depuis, il a mené une carrière exemplaire ponctuée d’une quinzaine d’albums personnels ainsi qu’opéré une multitude de collaborations, notamment auprès d’Ali Farka Touré, des Chieftains, du Buena Vista Social Club ou plus simplement est apparu auprès de Neil Young ou Eric Clapton, comme invité…

Sa dernière galette, “Pull up some dust and sit down”, est parue en 2011. A cette époque, on le présentait déjà comme un artiste engagé, n’hésitant à afficher un regard critique sur le monde politique. Et aujourd’hui, il a pris pour cible, la prochaine élection présidentielle qui se déroulera aux State, en novembre prochain. Le titre de son elpee, “Election special”, est d’ailleurs significatif. Cooder n’est ni conservateur ni traditionnel. Le parti républicain et son candidat, ce n’est pas sa tasse de thé! Il a déclaré qu’Omney était un home cruel, dangereux ; un rapace capitaliste. Pour concocter ce nouvel opus, Ry s’est replongé dans l’univers de son influence majeure folk : Mr Woodie Guthrie. Cet opus est néanmoins une affaire exclusivement familiale. Cooder signe toutes les compositions. Il se réserve le chant, assure la production et joue de tous les instruments, sauf la batterie et les percussions dévolues à son fils Joachim.

Ry démarre en force par “Mutt Romney blues”. Tout au long de cette ballade roots, il se met dans la peau du chien qui appartient au candidat républicain, désespéré de se voir transporté dans une cage sur le toit de la voiture. Ce grief mordant a fait l’objet d’une vidéo ‘cartoonesque’ ; elle met en scène un canidé qui chante et gratte les cordes. Introduit par une mandoline, “Brother is gone” est une réplique au “Crossroads” de 1936. Pour la circonstance, ce n’est plus le bluesman légendaire qui vend son âme au diable, en échange de la maîtrise de l’instrument, mais deux frères qui vendent la leur pour obtenir la toute puissance. En fait, il évoque ici les frères Koch, héritiers de l’une des plus grandes fortunes industrielles des USA, notoires pour leur comportement très conservateur. Les parties instrumentales sont excellentes. Blues bien rythmé, “The Wann street Part of town” est une autre réflexion –et elle est implacable– sur la part accordée au monde des finances. Et dans le style, les critiques pleuvent. A l’instar de “Guantanamo”. De “Going to Tampa”, plage au cours de laquelle il règle ses compte avec les féministes de droite comme Sarah Palin. De “Kool-Aid”, un superbe blues, traversé par une excellente intervention à la slide. Et enfin “The 90 and the 9”, un titre qui condamne l’action des agents recruteurs de l’armée dans les lycées. Jim Crow en prend aussi pour son grade. Très anciennes, les lois baptisées “John Craw” entretenaient la ségrégation sociale et raciale dans la plus grande démocratie de ce monde! “Cold cold feeling” constitue certainement la plus belle plage du long playing. Un blues lent majestueux  au cours duquel Ry prend publiquement la défense de l’actuel président Obama. Et la présence de la slide est un vrai bonheur. Avant de se retirer, Mr Cooder pousse un dernier cri de colère pour le respect des droits civiques, contre le viol de la Constitution: “Take you hands off it”. Martin Luther King proclamait ‘Do something if you can’ (Trad : ‘Faites quelque chose si vous le pouvez’. C’est chose faite pour Ry Cooder!

 

mercredi, 26 septembre 2012 20:11

Mystic Pinball

John Hiatt est un des artistes majeurs de la scène roots américaine. Et il vient de fêter ses 60 balais. Bien qu’il compte 40 années de carrière personnelle et qu’il jouisse d’une reconnaissance unanime auprès de ses pairs, il n’a jamais rencontré de succès probant. John est cependant comme un vieux bourbon. Au fil du temps, il s’améliore ; et les dernières œuvres publiées chez New New West en sont la plus belle démonstration.

Aventureux, "We're alright now" est un blues d'excellente facture. La voix de Hiatt est puissante et autoritaire ; et pourtant on a parfois l’impression qu’il en garde sous la pédale. La mélodie accroche facilement. Le refrain est même contagieux. Si bien qu’en fin de parcours, on se surprend à le reprendre en compagnie des musiciens. "Bite marks" mord et laisse une empreinte. Le riff est incisif, comme coupé à l’aide d’une lame de rasoir. Une plage qui déménage tout en se révélant captivante. Le backing group est solide. Réunissant Patrick O'Hearn à la basse et Kenneth Blevins à la batterie, la section rythmique est particulièrement soudée et résiste à toute épreuve. Hiatt imprime la rythmique pendant que le soliste Doug Lancia tire son épingle du jeu en dispensant des motifs d’une grande simplicité mais très efficaces. Pour enregistrer cet elpee, John est soutenu par les mêmes collaborateurs qui avaient participé à la confection du précédent opus, "Dirty jeans & Mudslide hymns", un disque paru en 2011. Excellente ballade roots trempée dans l’americana, "It all comes back someday" rappelle le Dylan de la grande époque ; néanmoins, l’intensité y est plus soutenue. Une intensité qui monte encore d’un cran sur une autre ballade intitulée "Wood chipper". On se demande quand même ce que John a mangé avant d’entrer en studio ; mais il mord dans sa musique à belles dents. "My business" est toujours aussi offensif. Bluesy, le riff s’accélère, à la manière des ‘garage’ bands de naguère. Pour la circonstance, c’est la slide qui passe à l’avant-plan. Agressive, elle se révèle même déterminée. Le climat de ce long playing serait-il hanté par Howlin’ Wolf ? Nouvelle ballade, "I just don't know what to say" est une compo somptueuse. John chante d’une voix dylanesque post "Nashville Skyline". Le son de cette plage est d’une profondeur incroyable. Faut dire que la production est assurée par Kevin ‘Caveman’ Shirley (Silverchair, Aerosmith, Joe Bonamassa) ; et elle est impeccable. La guitare slide est lumineuse. Limpides, les arpèges de mandoline tapissent la toile de fond. Countryfiante, "I know how to lose you" est une chanson empreinte de beauté et de sérénité. Instruments acoustiques et amplifiés se conjuguent à la perfection. Hiatt a également un petit faible pour les riffs ‘stoniens’. A l’instar de "You're all the reason I need". Marqués au fer rouge par Lancia, gratteur d'envergure, ils entretiennent l’attaque rythmique. Blues urbain bien enlevé, "One of them damn days" est souligné par des cuivres efficients, une piste au cours de laquelle Doug écrase quelque peu ses pédales, pour s’autoriser une envolée. Délicates, envoûtantes, les six cordes acoustiques du maître dessinent "No wicked grin", une autre ballade sculptée dans le folk. “Give it up" baigne au sein du country rock, une plage traversée par une pedal steel qui s’impose. D’excellente facture, cette œuvre s’achève par "Blues can't even find", une dernière ballade manifestement roots. A cause de ces sonorités acoustiques et métalliques du dobro. Limpides, elles ondoient face à une ligne de basse bien marquée. Probablement le meilleur album commis à ce jour par Mr John Hiatt…  

 

mercredi, 26 septembre 2012 20:08

Let that right hand go…

Joe Kubek est né en Pennsylvanie, mais a passé toute sa jeunesse au Texas, à Irving. Très jeune, il est contaminé par le blues. Il a milité au sein du backing band de l'un des géants du blues texan, le grand guitariste Freddie King. Il a également épaulé des chanteurs de blues issus de sa région, comme Al TNT Bragg et Little Joe Blue.

Inédite, cette collection a été soigneusement concoctée par ce petit label texan. Elle réunit des enregistrements réalisés par Mr Kubek, l'un des plus prestigieux gratteurs de blues locaux ; des archives qui remontent à 1984 (NDR : soit à ses débuts) et nous conduisent jusque l'an 2000.

"How many more years" ouvre l’elpee. Une plage royale signée par le géant Howlin' Wolf. Cette version arrache. L'intervention aux cordes est audacieuse. Keith Ferguson et Doyle Bramhall constituent la section rythmique. Darrell Nulisch se réserve le chant. "It ain't no use" est un blues sans le moindre artifice, comme je l’apprécie. Surprenant, il touche directement sa cible. Le jeu de Kubek est d'une sauvagerie rare. Lou Bovis malmène ses ivoires. La partie vocale est remarquable. Rocailleuse, très proche de celle de Stevie Ray Vaughan, elle est probablement assurée par Doyle Bramhall (NDR : il nous a quittés en novembre 2011). Brut de décoffrage, "King's thang" est un boogie instrumental. Les guitares sont à l'unisson. L'harmonica de Nulisch tente de se réserver un espace face à ce mur de cordes. Blues lent de facture, ma foi, fort classique, "The other side of love" évolue dans un registre très proche du texas blues de Freddie King. Et la voix passionnée accentue cette impression. Charly Wirz est préposé à la guitare rythmique. Notoire, cet artisan possédait son ‘guitar shop’ à Dallas où les célébrités se bousculaient. Et en quelque sorte, cet elpee rend également hommage à ce personnage brillant, aujourd’hui disparu. Rockin' blues, "She's gone" est un morceau qui ne manque pas d’envergure. Au cœur des guitares texanes s’y enfonce une slide meurtrière. Interlude, "Tempted" trempe dans la soul ; une piste caractérisée par la présence de l'orgue et enrichie par les très belles voix de Darrell Nulisch et Miss Benita Aterberry. L’adaptation du "That's alright" de Jimmy Rogers est attachante, un classique illuminé par la voix pure et soul du regretté Al Braggs. Marc Benno figure également sur cet opus. Au cours des 70’s, il avait fondé les Nightcrawlers en compagnie de Stevie Ray Vaughan et Doyle Bramhall. Que le monde est petit ! Blues lent, “Black snake craxlin’ on the floor” est empreint d’une grande sensibilité”. Le long playing s’achève par “Driving sideways”, un instrumental dédié à Freddie Kinf.

Excellent, ce disque a été produit par Clint Ray Budwell, boss du label Bird. Depuis 1989, après s’être rencontrés dans un club de Dallas, Kubek partage une aventure musicale en compagnie de son ami et acolyte noir, Bnois King. Et en 2012, le duo a justement publié un nouvel elpee sur le prestigieux label californien Delta Groove, un opus acoustique baptisé "Close to the bone".

 

mercredi, 26 septembre 2012 19:58

Almost always never

Joanne Shaw Taylor est une jeune Anglaise âgée de 23 ans. Elle chante et joue de la guitare. Son univers ? Le blues. A 16 printemps, Dave Stewart, alors leader des Eurythmics est impressionné par son talent et l’intègre dans son groupe. Elle est également actrice. Et a notamment figuré dans “Deep blues”, un film tourné au Mississippi, en compagnie de légendes vivantes comme RL Burnside et Jessie Mae Hemphill. Lorsqu’elle est signée par Ruf, le label allemand l’invite à se rendre à Memphis pour mettre en boîte son premier opus, “White sugar”, un disque qui bénéficie alors de la production du redoutable Jim Gaines et, de collaborateurs notoires, en l’occurrence Steve Potts et Dave Smith, des anciens musiciens de Luther Allison. Ce disque paraît en 2009. Et l’année suivante, elle grave un second elpee, intitulé “Diamonds in the dirt”.

Pour concocter “Almost always never” Miss Taylor s’est rendue au Texas, à Austin très exactement, une œuvre qu’elle a enregistrée sous la houlette de Mike McCarthy, dont la carte de visite mentionne la mise en forme d’albums de Spoon et Patty Griffin. Pour la circonstance, elle a reçu le concours du claviériste David Garza (ex-Blues Traveler), du bassiste Billy White et du drummer J.J. Johnson. Enfin, elle signe la quasi-totalité de son répertoire.

"Soul station" ouvre le long playing. De la pure dynamite ! Très nerveuse, cette compo permet déjà à Joanne Shaw de s’autoriser des sorties audacieuses, recherchées, sur ses six cordes et puis de libérer ses cordes vocales. Elle passe ainsi du soupir aux larmes pour exploser enfin dans la joie et la jouissance. Sa voix est terriblement expressive tout au long de la ballade mélancolique "Beautifully broken". Son solo de gratte est superbe, simple mais diablement efficace. Les interventions d’orgue sont discrètes mais tout aussi judicieuses. Semi-acoustique, "You should stay, I should go" est une petite perle dont le potentiel commercial est indéniable. Ballade ‘hendrixienne’, "Peace of the sky" nous réserve un solo majestueux en dérapage parfaitement contrôlé. Signée Frankie Miller, "Jealousy" s’ouvre comme une ballade fragile dessinant une jolie mélodie. Mais finement ciselées, les cordes sont rapidement rejointes par l’orgue, avant de monter en puissance. Une puissance parfaitement maîtrisée qui permet à Joanne de susurrer sa jalousie et même de consentir un sanglot. Une même douceur baigne le titre maître. Les notes dispensées par Miss Taylor sont créatives, mais également sensuelles. "Tied & bound" est une compo vibrante. Ce blues rock se met au service de la voix qui oscille constamment entre tendresse discrète et colère contenue. Une situation propice à l’éclosion d’un solo déjanté enrichi par les interventions d’orgue de David. Et l'envol final est tellement dense qu’il finit par embrasser les clichés du heavy rock. Rockin' blues nerveux, "Standing in love" sert de prétexte à une exploration instrumentale réminiscente des 70’s ; et pour cause, suivant l’inspiration, les plages sont généreusement allongées. Imprimé sur un tempo funky et couvert d’accents jazzyfiants déversés par le piano électrique, "Maybe tomorrow" est hanté par des tas de bruitages insolites. La guitare se dédouble et s’autorise une aventure proche de la jam improvisée. Le long playing s’achève par "Love myself to loving you", une plage qui rivalise de charme et de tendresse. Probablement l’œuvre la plus personnelle de Joanne Shaw Taylor

 

mercredi, 12 septembre 2012 18:19

Mercy!

Scott ‘Scottyboy’ Daniel est un vétéran du blues. Il roule d’ailleurs sa bosse sur les routes depuis de nombreuses années. Il est cependant basé à Kansas City, dans le Missouri. Son backing group réunit le guitariste Joe Mika, le bassiste Matt Browning et le drummer Jerry Riccardi. Scott chante et joue de l'harmonica. Sa musique baigne essentiellement dans le blues chicagolais ou issu de la West Coast.

Scottyboy comptait déjà un premier album à son actif. Paru en 2008, il s’intitule "Flip the switch". "Mercy!" rend un vibrant et émouvant hommage à l'une des plus grandes figures du blues contemporain, l’harmoniciste William Clarke, disparu trop tôt en 1996 alors qu'il n'avait que 45 ans. Lors des sessions d’enregistrement, il a reçu le concours d’un guitariste qui avait souvent joué en compagnie de Clarke, John ‘Marx’ Markowski, un musicien issu de Los Angeles. Et Mr Daniel a reçu la bénédiction de la veuve de Clarke, Miss Jeannette Lodovici, pour réaliser son projet ! Invité, Shinetop Jr, de son véritable nom Mike Sedovic (Blues Notions, Steve Gerrard & The National Debonaires) se charge des parties de piano. Pour concocter cet opus, Scott a puisé l’essentiel du répertoire parmi trois des 4 albums de Clarke parus sur le label Alligator dans les années 90 et chez "Tip of the Top", publié en 1987.

Les trois premières plages sont extraites de "Blowin' like hell" (gravé en 1990). Probablement la meilleure œuvre de William. La plage éponyme ouvre le long playing. Force est de reconnaître que Scottyboy a parfaitement assimilé le style du maître : le punch, la puissance de souffle et la technique. Tout y est. Après cette mise en bouche (?!?!?), "Lonesome bedroom" est le blues lent par excellence. Un frisson nous parcourt l’échine. Même la voix évoque Clarke. En outre, il injecte énormément d'émotion dans le jeu d'harmonica. "Lookin' to the future" est un shuffle énergique inspiré par le Chicago blues. Tout est parfaitement huilé. Les collaborateurs commencent à mettre le nez à la fenêtre. D'abord Shinetop Jr sur ses 88 touches d'ivoire. Puis Scott en personne. Et il est intenable. "A good girl is hard to find" nous transporte sur la Côte Ouest. Cet instrumental flirte avec le swing et le jazz. Le leader a empoigné l'instrument chromatique. Tout au long de cet exercice de style, Shinetop et John Marx sont comme des poissons dans l'eau. Marx est libéré. Plein de verve, il en devient même éblouissant sur les jumps californiens "Drinkin' beer" et "Your love is real". Incontestablement, c’est un des meilleurs gratteurs mondiaux dans ce style. Retour à Chicago pour le boogie blues "Love you, yes I do". Shinetop Jr brille au piano barrelhouse. Pas de moment faible. Scott est un élève hyperdoué. Sa version de "Steady" est chargée de nuances. Il s’attaque ensuite à trois plages issues de "Serious intentions", un LP sorti en 1992. Soit le saignant "Educated fool", "Feel like jumpin", caractérisé par une intervention remarquable de Shinetop et "Trying to stretch my money". "Lollipop mama" est de la pure dynamite. Mr Daniel y vide une dernière fois ses poumons. Lent et majestueux, "Tribute to William Clarke" est un long hommage exécuté sur l'harmonica chromatique. En fait, ce morceau est tout simplement la réplique du "Tribute to George Smith" que William Clarke jouait sur "Tip of the Top". 

 

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