Tout est fini pour Sprints…

Le groupe de Dublin, Sprints, sortira son deuxième album, « All That Is Over », le 26 septembre. Bien reçu par la critique, son premier long playing, « Letter To Self » (2024), a marqué le groupe comme une force majeure dans le paysage alternatif et a été…

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Bienvenue dans le monde civilisé de Ghostwoman…

Ghostwoman est un duo réunissant Evan Uschenko et Ille van Dessel. Il est canadien et elle est belge. La paire s'apprête à sortir son nouvel album, "Welcome to the Civilized World", le 5 septembre et partage aujourd'hui son nouveau single, "Alive". Evan…

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Eels

Il était temps pour Eels…

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Le 15ème elpee studio d’Eels, « Eels Time ! » sortira ce 7 juin 2024.

Enregistré entre Los Feliz, en Californie, et Dublin, en Irlande, « Eels Time ! » a bénéficié du concours de quelques invités, dont Koool G Murder, The Chet, Tyson Ritter, Sean Coleman et bien d'autres.

Projet en constante évolution du chanteur/compositeur principal E (Mark Oliver Everett), Eels a sorti 14 albums studio depuis son premier paru en 1996, « Beautiful Freak ». En 2008, E a publié son livre très remarqué ‘Things theGrandchildren Should Know’ et a joué dans le documentaire primé ‘Parallel Worlds, Parallel Lives’ sur la recherche de la compréhension de son père, Hugh Everett III, physicien quantique.

Eels a partagé le titre d'ouverture acoustique « Time », résultat de sa première session d'enregistrement en solo, depuis le début de la pandémie. Et il est en écoute,

 

The Rambling Wheels

150 minutes, sans chichis…

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Le Moulin Fantôme se situe près des étangs du Coeurq. Cet endroit transpire le rock'n'roll. Pas pour rien que la signature de Paul McCartney figure dans le livre d’or, un livre d’or que le proprio, Phil, est très fier de vous montrer. Ce soir, une soirée très particulière va s’y dérouler. Elle est proposée par un groupe suisse répondant au nom de The Rambling Wheels. Fondé en 2003, il est issu de Neufchâtel. Le dernier artiste helvète qui y a foulé les planches n’est autre que LiA ; et il avait fait un véritable tabac…  

L’auditoire est constitué de mélomanes avertis. Mais le concert démarre avec 45 minutes de retard sur l’horaire prévu. Faut dire que le public ici n’est guère ponctuel. D’ailleurs, en début de set, il est plutôt clairsemé ; cependant, il finira par bien remplir la salle. Les musicos sont vêtus de Levi’s retenus par des bretelles et ont enfilé des chemises de couleur noire. Seul le drummer est coiffé d’une casquette bien yankee. Il ne leur manque que les chapeaux pour ressembler à des cow-boys. Quoi qu’il en soit, leur attitude est particulièrement cool. Les pseudos choisis par les musiciens sont cocasses. Jugez plutôt : Wheels au chant et à la guitare, Mr Jonfox à la basse, Mister I. aux claviers et Fuzzy O'Bron aux drums. La scène n'est pas très large, mais chacun y trouve sa place. Trois albums à l’actif du quatuor, dont le dernier est paru l’an dernier. Et un single gravé en juin 2016, qui fait l’objet d’un clip vidéo, « Stories Upon Your Lips » (voir ici

La set list va puiser au sein de l’ensemble de la discographie du band, soit « The Thirteen Woman Of Ill Repute » (2014), « The 300'000 Cats Of Bubastis » (2011) et « Furry Tales » (2009).

« Giving All The Gold » ouvre les hostilités. Très old school, le morceau puise ses sources à la fois chez Led Zep et The Killers, alors que la voix évoque Steven Tylor, le chanteur d’Aerosmith.

Le son est léché et précis. Une véritable horlogerie suisse. Le café concert est de mieux en mieux garni. Mais dehors, la température est estivale, et une partie de la foule préfère savourer la musique extra-muros, car le cadre y est magnifique.

Psychédélique, l’intro de « Somewhere To Go » est rogné par les claviers. Le spectre de Ray Manzarek (The Doors) se met à planer ; mais progressivement, le morceau prend de l’épaisseur et se charge d’électricité, les riffs de Wheels se chargeant d’entretenir ce climat électrique. Plus pop, « Runing After Time » est amorcé par les ivoires, un titre dont les sonorités nous replongent dans les eighties. Le chanteur/gratteur invite la foule à se rapprocher de l’estrade. Au fil du concert, ses interventions aux cordes sont de plus en plus présentes. Et tout particulièrement sur « Shadows we've Become ». « Interstellar Riot », est interprété en mode guitare/voix ; et la compo passe bien la rampe, d’autant plus qu’en fin de parcours, percus, piano et gratte s’emballent dans un bel ensemble. Et la prestation de s’achever, après 75 minutes, par « Wake Up ». C'est la fin. Enfin pas tout à fait, car à l’issue de ce spectacle, tout le monde se retrouve dans le jardin.

C’est le moment propice pour se désaltérer, autour d’un brasero ; moment choisi par Wheels pour s’illustrer sur un ukulélé. Mais manifestement, les musicos de The Rambling Wheels n’ont pas envie d’aller roupiller. Aussi, ils décident de revenir dans la salle pour accorder un rappel de plus d’une heure quart. L’horloge indique 2 heures, lorsque ce deuxième concert s’achève. Finalement, le combo aura accordé 150 minutes de prestation. Sans chichis !

Organisation Julien Farinella (Art-I) + Le Moulin Fantôme

Eels

End Times

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A sa sortie en 1996, le premier disque d’Eels, « Beautiful Freak », ressemblait à une tornade audacieuse dans le monde du rock, mêlant aux sons crasseux et à la voix rauque de E des instruments improbables. Deux ans plus tard sortait « Electro-Shock Blues », un elpee sombre et dépressif, dont les extes racontaient les drames personnels traversés par E, le leader et chanteur du groupe. Le suicide de sa sœur schizophrène, le cancer galopant de sa mère… Un disque au parfum d’hôpital, mais ne sombrant jamais dans le pathétique, résonnant même ça et là de mélodies entraînantes et de second degré. Une ambivalence surprenante, caractérisée par des morceaux complexes et partagée entre ambiances bouleversantes, graves et légères, se baladant entre guitares saturées et candides carillons.

En 2000, Eels surprend ses ouailles, en gravant « Daisies Of The Galaxy», disque enjoué, sur lequel interviennent une fanfare, des chœurs venus d’un autre monde, des sifflements d’oiseaux… et de lentes mélopées mélancoliques.

C’est comme si Eels marchait sur un fil tendu, équilibriste malhabile balançant entre bonheur et désespoir, se rattrapant toujours grâce à sa perche musicale. Cette sorte de psychothérapie publique et sonore se poursuit régulièrement, par la sortie de nouveaux disques, en 2002, 2003, 2005 et 2009.

« End Times » huitième album du groupe, (si l’on exclut les cinq autres projets drivés par E) est publié sept mois après « El hombre Lobo ». Il semble ne pas avoir bénéficié du temps de gestation nécessaire. E, qui apparaît sur la pochette du disque sous les traits d’un vieil homme déprimé, grande barbe et cheveux longs, casquette et anorak défraîchis, regarde vaguement une quelconque banlieue déserte. Le disque déverse sa tonalité triste et désespérée. Introspectif, ce dernier album nous parle du divorce et du vieillissement. Il ne manque pas totalement d’audace tant il prend le parti de ne pas enjoliver la réalité. « A Line In The Dirt » est une chanson d’amour qui commence par ‘Elle s’est encore enfermée dans la salle de bain, alors je pisse dans le jardin’. On dirait qu’il s’agit d’une fin de soirée. E se lève pour danser en espérant que l’énergie va revenir mais replonge vite au fond du canapé. Il est fatigué, il chante du bout des lèvres sans forcer sa voix graveleuse. « Gone Man » et « Paradise Blues » dont le chant éraillé émane d’un vieux juke-box, sont les titres les plus rock’n’roll. Ils se dégagent du lot, mais ne font pas illusion ; la mélancolie est définitivement installée.

« End Times » est, si l’on en croit son nom, une sortie de scène. Et c’est peut-être mieux ainsi.

 

Eels

Hombre Lobo

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Tiens, Mark Olivier Everett a rejoint la confrérie des barbus. Même qu’il est occupé de faire concurrence à celles portées par les membres de ZZ Top (NDR : ils ne l’ont pas rasée ?) D’ailleurs lors du premier titre de ce septième opus d’Eels, « Prizefighter », il nous propose un blues bien enlevé, bien électrique, en insistant sur l’aspect rauque de sa voix. Et récidive sur le sauvage « Tremendous dynamite », un peu dans l’esprit des Doors. Car si le nouvel opus recèle plusieurs ballades, dont certaines sont vraiment superbes (NDR : le single « That look you give that guy », le tendre et voluptueux « In my dreams », « The longing » interprété dans l’esprit d’« Electro-Shock Blues » et le bouleversant « All the beautiful things »), il propose des compos bien nerveuses (NDR : le déchaîné « Lilac breeze » ainsi que le plus électro « Fresh blood » –l’autre single– plage ténébreuse, introspective, dont le groove rappelle le meilleur de Beck, sans oublier l’abrasif « What’s a fella gotta do », attaqué dans l’esprit d’un Sebadoh) sans pourtant jamais se départir de son sens mélodique contagieux. Tout n’est pas parfait, mais dans l’ensemble, cet album tient bien la route. Côté lyrics, Mark soulève une réflexion sur le désir, un dessein susceptible d’emprisonner les âmes et de les détruire. Décidemment, il est toujours aussi inspiré par les questions existentielles…

 

Eels

Meet the Eels – Essential Eels – Vol 1 – 1996 - 2006

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Cette compile est consacrée aux dix premières années d’existence d’Eels. Enfin, la quintessence de son œuvre réalisée entre 1996 et 2006. C'est-à-dire sélectionnée parmi ses six albums. Tous les hits sont bien présents, mais aussi les compos les plus incontournables. Vingt-quatre en tout. « Novocaine for the soul », « Last stop : This town », « Mr. E’s beautiful blues”, “Flyswatter”, le bouleversant « I like birds », “It’s a morher#|!@r”, etc. Le tout enrichi par la cover du “Ger ur freak on” de Missy Elliot” et le remix de “Climbing to the moon”, opéré par Jon Brion.

L’opus recèle également un Dvd réunissant dix clips on ne peut plus classiques, dont le « Cancer for the cure », non inclus sur la partie audio, et un enregistrement live de « Dirty girl » opéré au Town Hall de New York, en compagnie d’un quatuor à cordes.

Bref, un recueil qu’on conseillera surtout à toutes celles et tous ceux qui souhaitent découvrir le talent de l’auteur/compositeur/interprète et multi-instrumentiste Mark Olivier Everett alias « E ». Un deuxième volume intitulé « Eels Useless Trinkets : Bsides, soundtracks, rarities and Unreleased 1996-2006 » devrait suivre. Il épinglera inévitablement des raretés et des flips side et puis un Dvd partagé en six clips immortalisés lors du festival Lollapalooza, en 2006. A suivre donc. Il serait peut-être aussi judicieux, qu’un jour, un label se penche sur la période pré-Eels d’Everett. En l’occurrence ses deux elpees parus en 1992 et 1993, « A man called (E) » et « Broken toy shop ». Histoire de mieux comprendre le parcours de ce talentueux artiste, qui n’a pas été épargné par les épreuves de la vie ; épreuves dont il s’est cependant servi comme inspiration…

Eels

Blinking lights and other revelations

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Il n’y a aucune hésitation à avoir : le nouveau (double) CD des Eels est le plus important de la carrière de Mark Everett alias Mark E., celui qui se cache derrière ce nom de groupe mais qui est bien tout seul à la barre, au moins cette fois-ci. Pourquoi ‘important’ ? Parce que dans ce copieux album de 33 chansons très autobiographiques, cet Américain, natif de Virginie, a choisi d’aborder de front les démons de sa vie familiale. Et il y a de quoi ! Son père (le physicien quantique Hugh Everett III) est mort alcoolique en 1982, sa sœur Elizabeth s’est suicidée en 96 et sa mère, dépressive, a fini par mourir d’un cancer en 98… Forcément, ça laisse des traces. Et Mark, seul survivant familial, estime que c’est son amour de la musique qui lui a permis d’éviter une fin comme celle de sa soeur. ‘C’est pour ça, dit-il simplement, que je prends la musique autant au sérieux…’ Dans son salon, avec l’aide de quelques-uns parfois (comme Tom Waits, Peter Buck de REM ou John Sebastian des Lovin’ Spoonful), Mark E. a pris le risque d’évoquer ses tragédies privées dans un style minimal, beaucoup plus aride mais aussi beaucoup plus profond que celui qui avait fait son succès à l’époque de « Beautiful Freak » en 1996. Le show-biz ne l’a évidemment pas trop bien pris : soudain, Mark était considéré comme un emmerdeur, un artiste ‘difficile’. ‘Les firmes de disques, répond-il, n’ont plus la moindre vision artistique…’ Aujourd’hui, les Eels ne sont donc plus chez Geffen. Cela se comprend à l’écoute de ce disque qui, çà et là, pâtit, c’est vrai, de l’absence d’un vrai groupe pour accompagner la voix plaintive et endormie de Mark E. C’est à peu près le seul reproche à faire à ce magnifique album, puisque, dans un univers clairement dépressif, Mark E. parvient à allumer les lueurs d’espoir les plus revigorantes qui soient. Si, si la vie est belle, s’empresse-on de penser après l’avoir écouté. C’est là qu’on situe son exploit !

Steels

Brainspotting

Du néant surgit un écho lointain, insupportable, comme si le Monolithe noir du " 2001 " de Kubrick entrait en résonance avec notre esprit. Déjà tourmentés, nos tympans appréhendent la suite. Puis tout d'un coup, comme frappés par la foudre, une décharge pesante de riffs métalliques nous cloue face contre terre, les mains sur les oreilles. De ces guitares en furie, de cette batterie pesante, nos sens en déroute goûtent la violence, sournoise mais libératrice. Des cris se font rapidement entendre (" Drunk Dragon "), étouffés par une chape ‘bruitiste’ à la limite de l'audible. La structure rythmique se fait presque wagnérienne, c'est dire… Le trouillomètre à zéro, on se demande qui se cache derrière cette musique de l'Apocalypse, et tout le tremblement. Mogwai ? La petite bête est surprise la queue entre les jambes. Neurosis ? Sûr que nos nerfs sont en pelote. Mais l'orage qui grondait au-dessus de nos têtes finit par s'estomper (" Missing "), jusqu'à l'apparition miracle d'une voix câline (" Free Head "). Pas pour longtemps. De cette accalmie, on n'aura profité que quelques instants, comme d'une éclaircie cachant la tempête : à la fin de " Free Head ", puis sur " Dirty Old Mine ", ça repart en trombe, de bruit et de fureur. Les Walkyries qu'on vous disait : justement, sur " 9 Club (zéro X) ", une chanteuse d'opéra mime le Jugement Dernier. Un synthé cold wave sauve la mélodie d'un aller simple au purgatoire. Coincés en ce bas monde, il ne nous reste plus qu'à subir cette musique terrifiante, comme un " brainstorming " sans appel. Steels, qu'ils s'appellent. Les instigateurs de cette débauche sonore dont on ressort complètement lessivé. Un nom à retenir, et une musique coriace qui fait du bien par où ça passe. Croix de bois croix de fer, si je mens je vais en enfer.

 

Eels

Shootenanny !

Écrit par

Mark Oliver Everett va mieux. Enfin, le sort semble un peu plus clément à son égard. Faut dire que dans le passé, il a payé un lourd tribut au destin. Destin qu'il répercutait à travers ses chansons. Des chansons autobiographiques qui lui servaient, en quelque sorte, de thérapie. Il lui reste, bien sûr, encore quelques séquelles. Et nous le rappelle à travers le meilleur fragment de cet opus, " Agony ", un rythm'n blues lancinant, réminiscent d'" I put a spell on you " de Screamin' Jay Hawkins ". Pas que le reste soit de mauvaise facture, mais en général, hormis le beatlenesque " Somebody loves you " et le très incisif " Saturday morning ", l'audace est rarement au rendez-vous. La voix rauque, éraillée, d'E est toujours aussi chargée d'émotion. Elle s'aventure même, sur l'un ou l'autre fragment dans le falsetto. Ses lyrics, tantôt ironiques, parfois drôles mais jamais joyeux, ont le pouvoir d'interpeller. Les mélodies, le plus souvent contagieuses, sont même susceptibles d'épouser un profil hymnique (" Wrong about boby "). La production de John Parish, musicien mieux connu pour son travail en compagnie de PJ harvey, irréprochable. Alors, où le bât blesse-t-il ? Nulle part ! Et c'est justement là le problème…

Cuban Heels

Morphine Mama

Écrit par

Ce quintette originaire de l'Est des Pays-Bas se réclame du garage blues band ; un peu comme sa principale source d'inspiration : les Californiens du regretté Lester Butler et de ses Red Devils. Les Cuban Heels sont également des inconditionnels de Kim Wilson et des Fabulous Thunderbirds de la seconde moitié des seventies. Si les Heels tournent beaucoup dans leur pays, ils passent régulièrement par la Belgique. Ils avaient déjà commis un elpee chez Cool Buzz en 2001 : "Sweet and lowdown".

Le line up du combo est constitué de Jan Hidding au chant, d'Ernst Ferkenius à harmonica, de Rico Gerfen à la guitare, d'Arnoud Vanden Berg à la basse et de Chiel ten Vaarwerk aux drums. La première plage, "I need love (Let's get down on the floor)", nous plonge immédiatement au sein de l'univers de Lester Butler. Assez lourde et diffuse, la section rythmique supporte le poids des partenaires qui s'agitent en front de scène. Statique face à son micro, Jan chante. Ernst souffle dans son harmonica poussiéreux, pendant que la guitare se fraie progressivement son chemin, avant de se mettre en exergue. Signé Bas Flesseman de Sugarcane, "Deal goes south" pousse encore plus loin cette introspection au cœur de cette atmosphère blafarde. Une atmosphère qui trahit le mal vivre d'une génération. La section rythmique soutient l'ensemble. La voix monocorde, fantomatique transparaît. Particulièrement réverbérée, ténébreuse, la guitare entre en convulsion et entretient un son franchement pourri. Ce ton volontairement primaire contamine la plage suivante : "Let me ride with you". Le rythme est très en avant. Les solistes se querellent pour tirer leur épingle du jeu. Pour la circonstance, c'est Rico Gerfen qui se libère avant les autres. Après un faux départ, les Heels foncent tête baissée pour interpréter "I want you (Love song)". Imperturbable, Jan récite son texte ; et ce nonobstant l'arrivée en quasi dérapage contrôlé d'Ernst et de la fureur de la section rythmique qui se trame en toile de fond. La présence de Hidding devient parfois hypnotique. Il embrasse le micro comme pouvait le faire Jim Morrison, au sommet de son art. C'est tellement vrai sur l'effrayant "Another man's done gone". Rico alourdit volontairement son jeu. Les cordes sortent progressivement de cette torpeur, mêlant rythmique et rivalité en compagnie de son compatriote Mischa den Haring, gratteur chez T-99. Hidding récite a cappella "No more trouble", à l'instar d'une bête maintenue en cage. Les Cuban Heels entretiennent ce climat de transe qui les ravit. Jan chante toujours comme s'il était au bout du rouleau. La voix s'étire paresseusement devant l'outil rythmique, très soudé derrière lui. Cette formule est reproduite à la perfection sur "Craving you". L'adaptation hypnotique du "Stranger blues" d'Elmore James est déterminante. La voix s'évade de l'au-delà face au travail sourd et percutant de la basse et des percussions. L'harmonica se détache de cet enchaînement avec une souplesse inaccoutumée. Impressionnant ! Cet opus s'achève par "Gonna move". Un shuffle d'enfer à la rythmique de plomb, au cours duquel Ferkenius prend plaisir à imprimer ses notes sur l'harmo, et que Gerfen déchire, lacère les sons de ses cordes, avant de tirer une salve finale. Incontournable !

 

Eels

Souljacker

Écrit par

Pour enregistrer son quatrième opus, Eels a reçu le concours de John Parish, le fidèle collaborateur de Polly Jean Harvey. A la guitare et à la production. Résultat des courses, hormis les tendres, mélancoliques " Woman driving, man sleeping " et " Bus stop boxer ", ainsi que " Fresh feeling ", fragment imprimé sur un tempo baggy et enrobé d'orchestrations symphoniques, le reste de l'opus est nettement plus électrique. Depuis le tribal " Dog faced boy ", dont le groove presque grunge est allégé par des cordes de guitare bringuebalantes, à " Jungle telegraph ", caractérisé par un rush frénétique, dispensé sur un rythme hypnotique réminsicent d'Alan Vega, en passant par la bossa nova déglinguée dans l'esprit de Beck, " That's not really funnny ", le vivifiant sauvage et hantant " Souljacker part I ", et " Teenage witch ", au cours duquel le jazz jungle disjoncte à la manière de Squarepusher. Un album très réussi, dont les lyrics sont toujours aussi ténébreux voire dramatiques, à défaut d'être sinistres et déprimants, comme sur les deux précédents opus…

 

Eels

Daisies of the galaxy

Tout comme lors de l'enregistrement de son précédent album, Eels a reçu le concours de Peter Buck (REM) et de Grant Lee (de Buffalo). De Butch également, le très inventif drummer du groupe. Mais si " Electro shock blues " correspondait à une méditation intimiste et poignante de son leader E, suite au suicide de sa sœur et la disparition de sa mère, décédée d'un cancer, " Daisies of the galaxy " veut embrasser la vie après la tragédie. Bien sûr, on y ressent encore une profonde mélancolie, stigmate de l'épisode douloureux qu'il a traversé à la fin des nineties. Mais, il épanche ce flux d'émotion avec humilité, quiétude et surtout une bonne dose d'humour. Qui se manifeste dès l'intro dans une sorte de parodie de marche funèbre, abordée dans un style bien New Orleans. Tout au long de cette œuvre, E se révèle aussi habile que talentueux, dans ses mélanges de styles, cependant opérés sur un seul dénominateur commun : la pop mélodique. Enrichie d'arrangements particulièrement soignés ou de petits effets sonores du plus bel effet. Bref, un chouette album qui nous promène dans un univers fait d'assemblages aussi insaisissables que cotonneux, au sein duquel la voix chaude et légèrement nasillante d'E baigne dans l'ensemble, sans jamais s'y noyer...

 

Eels

Electro-shock blues

"Electro-shock blues " constitue le quatrième album de Mark Olivier Everett, et non son deuxième. Il est vrai que l’Europe ne l’avait découvert qu’en 1996, lors de la sortie du remarquable " Beautiful freak ", ponctué par le succès de son single " Novocaine for the soul ". Depuis deux ans, Everett n’a vraiment pas eu le temps de rigoler. Sa mère s’est éteinte à la suite d’un cancer, après avoir vécu une phase terminale assez pénible. Sa sœur s’est suicidée. Et plusieurs de ses amis sont décédés prématurément. Pour s’en sortir, E s’est mis à écrire les chansons de ce deuxième album. Une forme d’exorcisme qu’il a répercuté sur les seize compositions de ce morceau de plastique. En racontant simplement le cours des événements tragiques qu’il a dû éprouver. Et pourtant, cet album est loin d’être déprimant. En fait, E cherche à transformer sa situation négative en conjonction positive. A l’instar du single " Last stop : this town ", et surtout de " P.S. you rock my world ", où il estime qu’il est peut-être temps de vivre… Pas de hit de la trempe de " Novocaine for the soul " sur cet elpee, mais de superbes chansons empreintes d’une inévitable mélancolie, un blues cependant le plus souvent apaisant, enveloppé d’électro-groove lisses, tapissé de tintements de boîte à musique, voire même cuivré de subtiles touches de jazz, sous Morphine, comme sur le titre maître. Ce qui n’empêche pas Everett de se montrer également plus incisif, surtout lorsqu’il laisse épancher son courroux. Alors, c’est à Tom Waits que l’on pense ou alors à Grant Lee Philipps du Grant Lee Buffalo, lorsque l’électricité se fait enfin plus présente. Superbe !

 

Eels

Beautiful freak

Vous avez peut-être déjà eu l'occasion d'entendre le single " Novocaine from the soul ", sur l'une ou l'autre station de radio. Et vous vous êtes probablement demandé si cette composition ne relevait pas du répertoire de dEUS, et en particulier de son dernier album, " In a bar, under the sea ". Détrompez-vous. Car si la musique d'Eels est également baroque, elle ne présente - hormis le single incriminé - que très peu d'affinités avec celle du groupe anversois. A la rigueur le timbre vocal d'E, aussi intimiste, écorché et laconique que celui de Tom Barman. Mais pour le reste, ce " Beautiful freak " affiche une sensibilité mélodique fort proche de New Musik, baigne dans un climat aussi tendu, torturé et instable que chez les formations de lo fi, telles que Sebadoh et Swell, abonde de rythmes et surtout de percussions ethniques, mais également insolites, tout en laissant filtrer des accès de jazz moderne aussi fluides qu'à la belle époque où Caravan était le fleuron de la Canterbury School...