Initialement publié en 2002 sous l’égide du label ‘Touch’, ce premier album solo de Johann Johannsson a, rapidement, acquis le statut ultime d’œuvre culte. Et qui dit culte dit précieux. Et qui dit précieux dit introuvable –ou presque. Désormais réédité, vous pourrez à nouveau vous délecter de ces grandes orchestrations nostalgiques. Composés pour les besoins d’une pièce de théâtre, les morceaux d’« Englabörn » découlent des expérimentations érudites de son auteur. Mélangées, retravaillées et superposées, ces pièces sonores ont, finalement, trouvé leur propre identité. Les harmonies avant-gardistes de Johannsson sont d’une profondeur abyssale. Noires et sépulcrales, elles traversent les brumes pour nous toucher en plein cœur. Pourtant, « Englabörn » n’est pas un album facile. Mais l’exigence nécessaire à l’appréhender lui confère une dimension mystérieuse, presque mystique : un monde onirique où les éléments entrent en fusion pour répandre une musique résolument moderne.
Il convient donc de s’impliquer et d’écouter ce quatuor à cordes étaler ses (bonnes) vibrations sur un écrin électronique, de se réjouir de l’impact du piano, de l’orgue, du glockenspiel et des percussions. Assez proche de Steve Reich par son travail de composition, Johannsson signe-là un édifiant point de départ discographique. « Englabörn » reste, avant tout, l’album d’un peintre sonore qui n’hésite pas à poser son pinceau sur une immense toile atmosphérique pour y immortaliser ses plus belles compositions. Johann Johannsson est un véritable paysagiste. Et ses vues sont tellement imprenables qu’on n’y revient toujours, fascinés par la pureté des traits et des émotions véhiculés à travers ces esquisses sonores. Du grand art, donc.