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Chroniques

Ian Sweet

Crush Crusher

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De son véritable nom Jilian Medford, Ian Sweet est une chanteuse, guitariste et compositrice. Etablie à Los Angeles, elle avait publié un premier elpee, en 2016. Intitulé “Shapeshifter” ce disque était paru sur le label (fondé par Sub Pop) Hardly Art (Protomartyr, La Luz, etc.) Après avoir notamment assuré la première partie de Frankie Cosmos, elle a décidé de se débarrasser de ses deux acolytes, et puis d’enregistrer un nouvel opus. Bien qu’elle signe l’intégralité de son répertoire, pour concocter « Crush crusher », elle a quand même reçu le concours du producteur Gabe Wax (Deerhunter, War on Drugs, ...)

“Crush Crusher” recèle dix plages forgées dans un indie-rock qui semble débarquer en droite ligne des 90’s. Ce n’est pas dans l’air du temps, mais l’Américaine n’incorpore aucun clavier ou rythmes électroniques (hormis le morceau maître) dans son expression sonore. Au menu : une guitare, une basse et une batterie. Et puis sa voix, dont la singularité émane de la reverb, une technique qui inocule à l’ensemble des accents dream-pop. A l’instar de son elpee précédent, elle nous délivre ses états d’âme sans prendre de pincettes. D’une voix haut perchée, elle nous communique ses émotions et tout particulièrement lorsqu’elle hausse le ton, comme sur l’excellent “Falling Fruit”.

Grâce à des morceaux parfaitement ficelés, empreints de simplicité mais chargés de feeling, la songwritrice parvient à nous tenir en haleine de bout en bout…

Jerusalem in my Heart

Daqa’iq Tudaiq

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Jerusalem in my heart est le projet du Libano-Canadien Radwan Ghazi Moumeh, une figure de proue de la scène indie montréalaise. Aussi bien pour son job de producteur (Suuns, Ought), ses nombreuses coopérations que pour la création (réalisée en compagnie d’autres membres issus de formations hébergées par le label Constellation) du studio devenu mythique ‘Hotel2Tango’. Chez cet artiste, l’aspect visuel n’est jamais négligé ; ainsi l’artwork de la pochette a été imaginé par Charles-André Coderre, un réalisateur de films et de clips qui participe à également à ce projet.

Jerusalem in my heart compte déjà plusieurs albums à son actif, mais également issus de multiples collaborations. Notamment, lorsque Radwan et Suuns ont enregistré ensemble, en 2015, un LP sobrement baptisé “Jerusalem in my heart and Suuns”.

“Dada’iq Tudaiq” s’inscrit dans la lignée des précédents opus. Le musicien prend un malin plaisir à mélanger les ambiances, en se servant aussi bien de l’instrumentation occidentale qu’orientale, brisant ainsi les frontières entre ces différentes cultures…

Un LP partagé en deux parties de quatre pistes. D’une durée de vingt minutes, la première est consacrée à une adaptation de « Ya Garat Al Wadi », un classique de la musique arabe signé par l’Egyptien Mohammed Abdel Wahad (décédé en 1991). Pour la circonstance, il est allé à Beyrouth pour enregistrer ‘live’, ce titre, entouré d’une quinzaine de musiciens locaux.

Sur la seconde il opère un retour dans l’expérimentation, à travers une expression sonore dense qui mêle électronique et musique ‘arabisante’, un style que l’on avait déjà eu l’occasion d’appréhender sur ses anciens long playings.

Jerusalem in my Heart se produira en concert le 4 juin, à l’Ancienne Belgique.

Dan Mangan

More or Less

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Au fil des albums, ce Canadien s’est forgé une certaine popularité. Et pour cause, il a décroché différents prix et partagé l’affiche avec de nombreux groupes, dont Father John Misty, Broken Social Scene ou encore Great Lake Swimmers. Sur le Vieux Continent, par contre, sa notoriété est plutôt confidentielle.  

Faut dire qu’après avoir sillonné les routes et à s’investir dans la musique, il a décidé de se consacrer davantage à lui et à sa famille. A présent père de deux enfants, il était normal que cette paternité se reflète –et elle est omniprésente– tout au long de son cinquième opus intitulé “More or Less”.

Si sur son précédent album, un disque fondamentalement plus rock, le songwriter avait reçu le concours du groupe Blacksmith. Tout au long de ce dernier, il privilégie une formule indie-folk qui sent bon les espaces verts (NDR : c’est dans l’air du temps). Et on pense tout particulièrement à “Just Fear”, sculpté dans un folk old school ou encore au minimaliste “Fool for Waiting”, dominé par les ivoires. D’ailleurs, la guitare acoustique et le piano servent, le plus souvent, de structure aux morceaux. Ce qui n’empêche pas Mangan d’enrichir certains titres d’éléments électroniques, à l’instar de la plage d’ouverture, “Lynchpin” ou encore, mais de manière plus subtile, de l’excellent “Peaks & Valleys. Exception qui confirme la règle, “Troubled Mind”, une piste énergique qui trouble la sérénité du paysage sonore…

Enfin, les changements de rythmes ainsi que la délicatesse des arrangements confèrent à cet LP une richesse et un charme dont vous ne soupçonneriez pas l’existence… A conseiller vivement ! 

Cullen Omori

The Diet

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Il y a cinq ans, le groupe chicagoan Smith Westerns splittait, laissant en héritage trois superbes albums. Depuis, les différents membres ont poursuivi leur petit bonhomme de chemin à travers des projets qui ont connu plus ou moins de succès. Ainsi, si Whitney est parvenu à tirer son épingle du jeu, Cullen Omori est resté curieusement dans l’ombre…

Deux ans après avoir publié un premier elpee de bonne facture, ce dernier nous propose son second essai, “The Diet”. Sur ce nouvel LP, l’Américain, désormais établi à Los Angeles, revient à ses fondamentaux ; c’est-à-dire à une forme de psyché/pop ensoleillée et rafraîchissante qui a fait le succès (relatif) de Smith Westerns. Caractérisés par leurs mélodies efficaces, les onze morceaux tissent une texture cristalline de cordes acoustiques et électriques que brode une voix éthérée. Une expression sonore qui lorgne vers des formations telles que MGMT, Unknown Mortal Orchestra ou encore Foxygen.

Au vu de la qualité de ce second opus, on est en droit d’espérer que Cullen Omori puisse atteindre une juste reconnaissance, et pourquoi pas semblable à celle acquise par ses ex-acolytes de Whitney. Une chose est sûre, pas besoin de se mettre au régime pour savourer “The Diet”…

Tahiti 80

The Sunshine Beat Vol. 1

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Plus grand monde ne semble se soucier des élégantes et régulières sorties de Tahiti 80 sous nos latitudes… pourtant les Français ont toujours le même talent pour composer des hits aux mélodies imparables. Et ils le démontrent, une nouvelle fois, tout au long de « The Sunshine Beat Vol.1 », un album présenté comme une collection de chansons nées de la rencontre entre la quintessence de la sunshine pop chère aux Beach Boys et du power beat de Big Star.

Depuis ses débuts (NDR : en 25 ans, le combo a gravé 7 elpees) la bande à Xavier Boyer, à l’instar de leurs compatriotes Phoenix, défend une certaine idée de la pop. Considéré comme un groupe culte au Japon, comme ses acolytes le sont aux States, Tahiti 80 tisse des mélodies ultra ‘catchy’, alimentées par une voix claire, une ligne de basse caoutchouteuse et des mélodies réellement imparables (« Natural Reaction »). La corrélation entre le band versaillais et rouennais est d’ailleurs évidente sur des titres comme « Hurts » ou « Wonderboy ». Que de bonnes ondes pop ensoleillées sous les tropiques de Tahiti 80 !

Kel Assouf

Black Tenerre

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Après le succès de son album « Tikounen » (NDR : The Guardian l’a qualifié de ‘bond en avant dans le son touareg moderne, vraiment radical’), Kel Assouf vient d’enregistrer un nouvel opus. Intitulé « Black Tenere », il a été produit par le claviériste du groupe, Sofyann Ben Youssef, le cerveau qui drive AMMAR 808.

Première constatation, cet elpee se recentre sur une formule trio boostée par l’énergie du leader nigérien Anana Ag Haroun. Né et élevé au Niger, ce guitariste et auteur-compositeur-interprète a émigré, il y a 11 ans à Bruxelles, pour y vivre avec sa femme. Il reconnaît qu’il existe une dualité dans sa vision du monde : ‘Mes trois filles sont nées en Belgique, donc ce pays est devenu une part de mon identité. Aujourd’hui je suis belge au Niger et nigérien en Belgique’. Et le line up est complété par le Belge Olivier Penu, un jeune batteur de jazz.

Kel Assouf a d’abord emprunté un parcours musical tracé par des pionniers du rock du désert comme Ishumar ou Tinariwen, qu’Haroun a rencontrés alors qu’il était un jeune musicien au Niger. Cet horizon s’est ensuite élargi au rock classique, institué par Led Zeppelin, Black Sabbath, Queens of the Stone Age, mais également au beat-club ainsi qu’à l’électro. Sur « Black Tenere », le groupe pousse ces différentes influences et textures dans leurs derniers retranchements.

Les messages véhiculés par les lyrics sont puissants et tragiques. La lutte des apatrides Kel Tamashek (qu’ils préfèrent au surnom colonial ‘Touaregs’) pour conserver le contrôle de leurs terres ancestrales ainsi que leur mode de vie nomade et leur dignité ne sont entrés que récemment dans les consciences occidentales. Pour immortaliser ces paysages sonores sous tension, le trio a bossé au sein du studio Stureparken, à Stockholm.

Kel Assouf est né à l’intersection d’un triangle d’influences, d’expressions culturelles et d’identités complexes. Ag Haroun conclut : ‘La musique est une arme de guerre sans violence. C’est une revendication de justice et l’âme de l’humanité. Elle rassemble des êtres humains de différents pays. Si nous investissions davantage dans la culture aujourd’hui et moins dans les armes, le monde serait différent. La musique est la paix pour nos âmes’. 

Pour découvrir le single « Fransa » qui figure bien sûr sur cet LP, c’est ici  

Fufanu

The Dialogue Series

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Malgré un patronyme cartoonesque qui prête presque à sourire, cette formation islandaise est responsable d’une musique plutôt sombre qui mêle techno et post-punk… Ciselées, les cordes de guitares et les programmations électroniques entrent en osmose tout au long de « The Dialogue Series », un 3ème album colligeant toute une série d’Eps touchant chacun à un style différent : des loops kraut-rock et trip-hop côtoient des salves plus rock, post-punk ou cold-wave. Un beau et inspiré dialogue de genres venu du froid…

 

Finn Andrews

One piece at a time

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Premier album en solitaire pour Finn Andrews, le leader de The Veils, un groupe dont le line up a souvent été chamboulé. Enfin, pas tout à fait en solitaire, car lors des sessions, il a reçu le concours de quatre musiciens ainsi que d’une section de cordes (violons, violoncelle), un disque coproduit par Tom He. En fait, suite à la fin d’une relation amoureuse, Finn est reparti en Nouvelle-Zélande. Puis il a fouillé au sein d’un livre au sein duquel il a retrouvé des tas de chansons, qu’il avait accumulées depuis 5 ans, sans trop savoir qu’en faire. Il a commencé à en faire le tri, puis a alors décidé de les consacrer à cet opus solo, estimant qu’elles ne correspondaient pas à son groupe. Des compositions profondes, en général autobiographiques, dominées par la voix fragile d’Andrews, qui traitent de la mort, de la fin des relations et des vicissitudes de la vie, mais aussi de la déchéance des stars du cinéma (« Al Pacino – Rise &Fall », « Hollywood forever »). En résulte donc ce « One piece at a time », une œuvre qui montre une nouvelle facette de cet artiste talentueux, mais dont le climat mélancolique au sein duquel elle baigne, n’est pas de nature à vous filer du peps si vous avez chopé le bourdon…

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