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Chroniques

Andy T - Nick Nixon Band

Drink drank drunk

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Nick Nixon est originaire de Nashville, dans le Tennessee. C’est loin d’être un débutant, puisqu’au cours des sixties, il était un des piliers de la scène blues locale. A l’époque, il a bien connu le Band of Gypsies de Jimi Hendrix et Billy Cox. Dans les 70’s, il relevait de l’écurie Chess. Il a publié plusieurs elpees sous son propre nom. Dont "No end to the blues", en 2001, pour le label hollandais Black Magic et "Back down south", en 2005. Le présent opus a bénéficié du concours de l’Andy T Band, une formation drivée par le guitariste Andy ‘T’ Talamantez, un musicien d'origine californienne qui a beaucoup tourné en compagnie de Guitar Shorty et Smokey Wilson. Il avait collaboré à l’enregistrement de "Ready to roll", un elpee crédité à Smokey Wilson and The Andy T Band, publié en 2003.

La cover du "Midnight hour" de Clarence Gatemouth Brown baigne dans le Texas blues. La voix de Nick est puissante. Andy se révèle gratteur de grande classe. Ron Jones s’autorise une intervention au saxophone. Blues lent, "Don't touch me" est issu de la plume de Johnny Guitar Watson. Sous cette nouvelle version, Mr T ne dispense que les notes nécessaire devant le piano de Christian Dozzler (NDR : cet-ex Mojo Blues Band est de nationalité autrichienne). La voix est très expressive tout au long du titre maître, une compo signée Yom Hambridge et Gary Nicholson. "Have you seen my monkey" nous plonge dans le zydeco. L’accordéon de Dozzler s’impose, pendant qu’Andy se déchaîne sur ses cordes. Piste instrumentale, "Dos danos" est alimenté par des échanges de guitares entre Andy et le Texan Anson Funderburgh (NDR : il se charge également de la production). "No end to the blues" opère un retour dans le blues. Miss Markey et Nick se partagent les vocaux. Kevin McKendree siège derrière le piano. Et il y brille de mille feux ! Imprimé sur un mid tempo, "On my way to Texas" est une compo bouleversante. A cause des cordes d’Andy, inspirées de Freddie King. "Hi-heel sneakers" est un classique du blues signé Tommy Tucker. La voix de Nick est superbe. Anson Funderburgh assure la rythmique, dans l’esprit de Jimmy Reed. Dernier blues lent du long playing, "Life is too short" est chargé d'émotion. Mr T gratte parcimonieusement ses cordes. Anson se réserve encore la rythmique sur "You look so good", Hash Brown, l'harmonica. Une formule qui ressemble étrangement à la paire Funderburgh/Sam Myers, qui a sévi autrefois. De bonne facture, cet elpee s’achève par la cover du "I got a woman" de Ray Charles, une version dont la touche ‘tex mex’ est apportée par l'accordéon de Dozzler.

 

Soldout

More

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Retour gagnant pour Soldout, assurément.

Evitant l’écueil d’un enlisement prévu par certains, le duo se réinvente sur cet album en manifestant une verve synthétique mâtinée d’une sensualité à fleur de peau pour donner à ce « More », au nom plus que pertinent, une saveur bien particulière.

Entre hier et demain, sans même prendre la peine de se demander lequel choisir, Soldout choisit l’instant (« Right Now », en ouverture) et explose d’inventivité à chaque plage, nous offrant le plaisir de les (re)découvrir.

Qu’on ne s’y trompe ! Derrière chaque mélodie, au détour de chaque boucle, se dessine un travail ample et méticuleux contrebalancé par une spontanéité juvénile.

Et c’est sans doute là que réside le subtil équilibre qui régit le travail de notre duo.

Affichant une belle maturité et se drapant dans ses différentes ambiances aux nuances de gris, ce disque se déguste d’abord, puis se dévore ensuite avec bonheur.

Les yeux fermés, comme dans cet extatique moment d’orgasme que semble illustrer la pochette, se répétant à l’envi.

Arrivés à l’âge adultes, celui musical, Charlotte et David savent à présent doser parfaitement les différents ingrédients qui faisaient voici peu autant les défauts que les atouts majeurs de leur projet.

Intègres, ils s’investissent totalement dans leur travail et personne ne pourra leur reprocher de vouloir plaire à tout prix, à quiconque, même si au détour de cet elpee et des quelques dates de cette année, le succès devrait méritoirement leur ouvrir les bras, sur leur chemin.

C’est tout le mal qu’on leur souhaite!

 

Kevin Selfe

Long walk home

Écrit par

Kevin Selfe est un artiste méconnu. Et pourtant, ce Virginien a été signé par le label californien de blues notoire, Delta Groove. Il a décroché un diplôme en météorologie, à l'université de Raleigh, en 1995. Il décide cependant de tourner le dos aux prévisions climatiques, pour embrasser une carrière musicale, et tout particulièrement dans l’univers du blues et de la soul. En 97, il rejoint le groupe local Fat Daddy Band. Il y militera six ans et participera à l’enregistrement de trois elpees. Il passe alors chez Little Rodger & The Cheap Thrills. En 2005 enfin, il fonde son propre groupe, Kevin Selfe & The Tornadoes. Au cours de sa carrière, il a accompagné des légendes comme Eddie Clearwater ou Carey Bell.

La formation grave un premier opus en 2006, "Selfe-Contained". Il s’établit alors à Portland, dans l’Oregon et remonte ses Tornadoes. Le combo publie "Playing the game", en 2009. Kevin se réserve le chant, la guitare et l’harmonica. Il est soutenu par le drummer notoire Jim Bott (Mannish Boys, Mighty Flyers) et le bassiste Alan Markel (Insomniacs). Il signe les onze plages et assure la production du long playing.

"Duct tape on my soul" ouvre la plaque. Du west coast jump bien nerveux, cuivré et tout en swing. Le coup de balai de Bott se charge de rendre l’ensemble homogène. Selfe s’autorise déjà un envol largement inspiré par T-Bone Walker. "Mama didn't raise no fool" est une compo aussi rythmée. L'harmoniciste californien Mitch Kashmar se réserve également une sortie remarquable ; mais il est relayé par Kevin qui ne tient plus en place. Le spectre de T-Bone plane à nouveau sur "Moving day blues", un slow blues à la texane. Gene Taylor (Fabulous Thunderbirds/Blasters) siège derrière le piano. Une superbe piste, au cours de laquelle, talonnée par le front de cuivres, la guitare se débride et s'envole vers les sommets. Retour aux origines du Delta pour "Last crossroad". Un chouette boogie qui adopte un profil plus minimaliste, limité au bottleneck et à la section rythmique. Caractérisé par un riff cher au regretté Magic Sam, "Dancing girl" nous transporte dans le Westside de Chicago. Kashmar est au chant. Le solo de  Kevin est éblouissant. Une slide aux intonations métalliques contamine "Midnight creeper", un morceau de plus de 7’ qui baigne au sein d’un climat sombre et lugubre. Boogie woogie amusant, "Walking funny" est illuminé par la dextérité de Gene Taylor sur ses 88 touches en ivoire. "Too much voodoo" est sans doute la plage la plus contagieuse. La mélodie accroche facilement. L'orgue de Dover Weinberg y est sans doute pour quelque chose, mais également la guitare dont les sonorités semblent être empruntées, à Mark Knopfler au sommet de son art. "Second box on the left" baigne dans le swing et lorgne du côté de Guitar Watson sur une piste au cours de laquelle les saxophones se libèrent. "The blues is my home" opère un dernier saut dans le Delta avant de céder le relais à "Put me back in jail", un blues rocker galopant qui termine l'aventure, tel un Jimmy Reed hyper speedé …

 

Piano Club

Colore

Écrit par

Les Liégeois du guilleret Piano Club ne trompent pas leur monde en choisissant le titre de leur nouvel album ! « Colore » est en effet une parfaite synthèse de pop sucrée, joyeuse et soyeuse. Hyper-mélodiques mais pas faciles ni lisses, les 10 titres annoncent enfin les premiers rayons de soleil que nous avions quasiment oubliés. Cette lumière salvatrice, d’ailleurs incarnée par ces deux trompettistes sur la pochette, annonce des jours nouveaux… Anthony Sinatra (Hollywood Porn Stars) emmène sa bande sur les traces de Phoenix et de leur euphorisant « Litzomania », c’est-à-dire vers des hauteurs qui s’attaquent purement aux émotions positives à travers des tubes efficaces et pas racoleurs. Des claviers sautillant d’« On the Wagon », en passant par les réminiscences ‘Metronomiesques’ de « Wyelm », les rythmes frénétiques et joyeux de « Me & Myself », la bonne humeur communicative d’« Ain’t No Mountain High », en terminant par l’euphorisant « A Day Like a Year »… Chaque extrait de « Colore » finira de vous convaincre de l’efficacité de l’ensemble. Et puis difficile de résister à une bande de jeune garçons clamant leur amour pour la star des 80’s, Oliva Newton-John sur l’ultra efficace… « Olivia » ! « Colore » ou l’album pop belge de 2013 ?

Les scènes du Royaume n’ont en tout cas qu’à bien se tenir car les Liégeois se produiront le 12 avril au Nijdrop à Opwijk, le 20 avril au Belzik Festival à Herve, le 27 avril Au Cercle Saint Jeanne à Ferrières, le 29 avril au Café Vidéo à Gand et dans le cadre du festival Les Aralunaires, les 3 et 4 mai.

 

Pascal Pinon

Twosomeness

Écrit par

Comptabilisant à peine 319 575 habitants, l’Islande exporte en moyenne une trentaine de groupes, sur toutes les scènes mondiales, chaque année. Autour des gros moteurs tels que Bjök, Sigur Rós, múm, Emiliana Torini…, l’île du Nord du Monde satellise une multitude de formations moins connues, dont la touche particulière participe à la magie naturelle propre aux pays scandinaves. Spécificité singulière, qu’on aime ou pas, indice d’un talent indéniable. Une féérie et une poésie uniques inspirées des paysages majestueux du Nord. Pour l’anecdote, 40% de la population islandaise se plait à croire aux elfes et aux fées. Ensuite, la nature exceptionnelle, les couleurs inédites des paysages semblent composer elles-mêmes des mélodies et créent des atmosphères uniques. Une communauté d’artistes solidaires qui collaborent régulièrement ensemble autour du génial fédérateur Jón Þór Birgisson (leader de Sigur Rós).

Pascal Pinon est un de ces artistes talentueux, moins exposé médiatiquement. A l’instar de Sóley, Ólof Arnalds, Seabear, Sin Fang, Ampop, Dead Skeletones, Gus Gus, Bang Gang and many more.

Parfois, des mélodies se conjuguent aux humeurs, aux émotions éprouvées lors de moments difficiles de la vie, suscitant des raz-de-marée émotionnels inattendus qui vous submergent littéralement. Une combinaison qui vous plonge au cœur même des profondeurs et vous guide, vous entraîne à travers les turbulences de sentiments confus. C’est alors que « Twosomeness » devient thérapie douce. Un instant suspendu aux lèvres du mystère où l’âme rejoint l’essentiel ; un instant qui efface les matins glacials et lézarde d’ajourés le ciel bitumineux. Moment précis où le soleil enfin peut darder ses rayons pour éclairer le monde de mélodies magiques et tendres.

Les voix splendides des sœurs jumelles Jófríður et Ásthildur décochent leurs armes les plus délicieuses pour peindre une atmosphère folktronica déstructurée et apaisante. Les bruits maladroits et sourds des bandes des machines et le doux bourdonnement du background renforcent une ambiance captivante et claustrophobe. Effet tout particulièrement palpable sur le délicieux « Evgeny Kissin » appuyé de ses chœurs choraux.

« Twosomeness » : un plaisir rare et beau.

  

Orchestral Manœuvres in The Dark (OMD)

English Electric

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On sonne à la porte. Je regarde par la fenêtre.

Ah, zut ! Eux ?

J'enfile un ciré et chausse des bottes en caoutchouc.

Je vais ouvrir...

Je souris poliment à Andy McCluskey et Paul Humphreys.

- ‘Ah oui, on m'avait dit que vous alliez repasser. Quoi de neuf depuis votre naufrage en 2010 ?’

Et bing !

Je me reçois un gnon dans l'estomac.

Magistral de puissance. Un de ces coups de poing qui vous laisse haletant sur le carrelage.

D'ailleurs, c'est là, à même le sol, que je finis l'écoute d’« English Electric », le douzième opus d'OMD.

Et je ne suis pas prêt de me relever.

Je me suis fait avoir, en beauté.

L'effet de surprise a énormément joué, c'est sûr.

Comprenez ! Je ne m'y attendais pas. Absolument pas…

J'avais abandonné le groupe agonisant, il y a bientôt trois ans.

Un peu moqueur, j'avais nargué la bête blessée.

Faut dire que « History Of Modern » était une insulte définitive (ou semblait-elle définitive du moins) à la carrière de ce groupe aussi mythique que jadis authentique (ou l'inverse, je ne sais plus).

Nous en étions restés là, au bord d'un gouffre. Orchestral Manoeuvres complètement noyé dans le dark.

Bouffi, méconnaissable, la viande encore bien saignante, les plaies purulentes, les tripes à l'air, l'animal gisait presque mort. Un vrai carnage. La bête s’était dévorée elle-même.

Un exemple rare d'auto-cannibalisme avéré.

Pas beau à voir !

Un spectacle grisant d'horreur.

Le rictus facile, la morve exaltée par quelque vieux sentiment nostalgique, j'y étais allé personnellement de bon cœur à ruer de coups, ce corps flasque promis aux vers.

Ainsi, après l'effet d'étonnement suscité par son retour, je m'attendais à une nouvelle salve de vomi gluant et j'avais donc pris soin de m'équiper en conséquence.

Sans m'attendre le moins du monde au dénouement.

Pourtant, j'étais prévenu.

C'est écrit en blanc sur fond noir, sur l’arrière de la pochette : 1. ‘Please Remain Seated’

Pfff ! Faisant fi à cette sommation, j'avance le nez haut, la narine frétillante, cherchant à humer le parfum nauséeux de la barbac refroidie.

Et donc, je suis accueilli par cette fameuse estocade.

Les larmes vibrantes au bord des cils, un filet de bave scintillant à la commissure de mes lèvres ouvertes béatement dans un sourire médusé, je me recroqueville et me laisse emporter.

Les mélodies retrouvées, le sens aventureux, le regard fièrement jeté dans le rétroviseur, l'audace jetée sur les épaules comme un manteau d'humilité et non plus comme une peau de chagrin.

Ma vue est brouillée mais j'en suis certain.

Ces ombres qui se dessinent et ondoient nonchalamment au dessus de mon squelette ratatiné, forment à nouveau le corps de ce groupe auteur par le passé de ces succès dorés, tant de fois fredonnés, maintes fois dansés.

« Enola Gay », souviens-toi ! Oui, je me souviens. J'ai failli t'oublier. Depuis, je t'avais rangé dans les allées poussiéreuses de mes archives sacrées, de celles qu'on ne ressort qu'avec respect, tentant d'oublier le mal qui a été fait.

Bien sûr, j'aurais dû m'en douter !

‘Enola Gay, it shouldn't ever have to end this way’

Et donc, OMD est revenu. Revenu venger sa mémoire. Et rappeler ce qu'ils étaient. Ceux qu'ils étaient.

Inespéré !

Un frisson me parcours l'échine. En montant. En descendant. Une salvatrice dose d'« Electricity » qui surgit de ma mémoire.

Mais le bonheur est bel et bien présent.

Car là où tout foutait le camp sur leur dernier témoignage en date, des sons antidatés, périmés, vérolés, aux compositions branlantes, branleuses, biaisées, « EE » s'offre aujourd'hui une seconde jeunesse, un vrai retour aux sources.

OMD ne semble plus courir après le futur. D'ailleurs « The Future Will Be Silent ».

OMD embrasse à pleines lèvres son passé (« Kissing The Machine »), titre composé par McCluskey et Karl Bartos en nonante trois, après le départ de Kraftwerk et qui figure sur l'album « Esperanto » de ce dernier.

OMD revient et je ne veux plus le quitter (« Stay With Me »)

OMD est redevenu OMD

La belle esthétique enfin au service de la musique, tous deux enfin réconciliés, le graphisme comme support d'une musique retrouvée et non plus présent pour sauver les meubles dans un mouvement tangiblement fossile.

Alors, pendant que je m'épanche en sincères excuses, Andy et Paul me gratifient d'une « Final Song » qui jette une poignée de sel sur cette belle plaie sucrée ouverte sur mon cœur.

‘Vous partez déjà ? Et les gars, c'est quand que vous revenez ?’

En concert, le 20 mai 2013 à l'AB.

 

Night Beds

Country Sleep

Écrit par

Night Beds est un projet initié par Winston Yellen, citoyen de Rocky-Mountain à Nashville. L’homme fait honneur à ses origines en distillant sur « Country Sleep », son premier LP, une agréable procession de morceaux louvoyant entre Americana, Country et Folk. On retrouve sur cette galette une large palette d’influences, parfois un peu trop flagrantes, mais toujours usée avec justesse. Impossible, par exemple, de ne pas penser à Ryan Adams à l’écoute de « Ramona » ou « Borrowed Time », Eliott Smith pour « Cherry Blossoms » ou encore à Fleet Foxes sur « Even If We Try » et « 22 ».

Pour « Country Sleep », Yellen s’est évertué à composer dix morceaux d’une beauté fragile, parcourus d’une voix passionnée qui emporte instantanément l’auditeur vers des paysages autrefois arpentés par des Johnny Cash et June Carter. En 34 minutes à peine, Night Beds nous fait le tour du propriétaire mais il n’en faut pas plus de 10 pour succomber totalement et irréversiblement aux charmes de ce « Country Sleep » resplendissant. Hautement et chaudement recommandé.

Premier arrêt en Belgique pour Yellen et ses cinq musiciens ce 4 avril à l’ABClub en compagnie de Matthew E. White.

 

douBt

Mercy, pity, peace & love

Écrit par

Ce trio belge pratique une musique personnelle, ma foi, fort complexe et exclusivement instrumentale. Elle est le fruit d’un cocktail –en émulsion– de jazz (free, fusion), avant-garde, prog et hard. Le line up réunit Maguire, Michel Delville et Tony Bianco. Les deux premiers se réservent les claviers. Le deuxième les synthés et la guitare. Le troisième, les drums et tout ce qui touche à l’électronique. Avant de publier "Mercy pity peace & love", la formation avait déjà gravé "Never pet a burning dog". Richard Sinclair avait participé à l'enregistrement du premier opus, et manifestement, l'influence du bassiste de Caravan est encore significative aujourd'hui. Ce concept album est tiré de l'œuvre de William Blake, "Songs of innocence and experience"! L'enregistrement a été réalisé en deux séances, à six mois d'intervalle.

Alex Maguire est anglais. Il a été très marqué par l'école de Canterbury (Caravan, Soft Machine, Hatfield and the North), mais s’intéresse également à la musique avant-gardiste. Et tout particulièrement à John Cage ainsi que Howard Riley. Michel Delville est liégeois. Il milite au sein de Wrong Object, un groupe de jazz rock au sein duquel militent également Elton Dean et Harold Beckett. Tony Bianco est new-yorkais. Il est également fort impliqué dans ces milieux de jazz rock expérimental.

La lecture rapide du poème "There's a war goin' on" est accomplie devant un orgue aux sonorités enchanteresses. Néanmoins, on va droit vers une déclaration de guerre. De courts motifs de claviers tournent en boucle sur "Jalal", alors que la guitare réverbérée de Michel s'étire, avant de laisser libre cours aux interventions de piano électrique, puis de revenir enfin toute débridée, dans un style vraiment proche de l'école de Canterbury. La progression instrumentale rencontrée sur "No more quarrel with the devil" évoque King Crimson. Robert Fripp hante les cordes. "Rising upon clouds" trempe dans la musique classique d'avant-garde. Les accords de piano balayés de sonorités électroniques lorgnent vers Cage et Riley! Une reprise sur cet elpee ! Et elle est surprenante. En l’occurrence le "Purple haze" de Jimi Hendrix. Torturée, la guitare vagabonde. Psychotique voire démoniaque, le clavier s’immisce dans l’ensemble. La référence à Hendrix est aussi proche que lointaine… "The invitation" baigne au sein d’un climat dépouillé et empreint de douceur. Notamment à cause de la beauté naturelle des cordes de Delville, mais également des interventions d’orgue de Maguire. Très long, le titre maître s’ouvre dans un climat paisible. Mais après deux bonnes minutes, il est rompu par les roulements de batterie produits par Bianco. L’orgue progresse, il cherche sa voie avant d’émanciper les ivoires qui s’aventurent dans le free jazz, puis de céder le relais à une conjugaison entre claviers et guitare, gratte s’emballe lors de l’assaut final. Autre aventure intense, mais cosmique, "The human abstract" nous entraîne dans un périple imaginaire. De toute bonne facture, "Mercury" s’intègre parfaitement dans le style de l'école de Canterbury. Difficile d’accès, cet opus ne manque pas d’allure. Et il s’achève par "Goodbye my fellow soldier", une dernière longue piste caractérisée par un clavier sidéral, majestueux, et abordée dans l’esprit du krautrock des Tangerine Dream, Popol Vuh, Cluster et consorts…

 

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