Light Asylum lève le voile sur un nouvel album

Peu de groupes peuvent se targuer d'avoir le statut de 'groupe culte', mais c'est clairement le cas pour Light Asylum. Emmené par la voix énigmatique de Sharon Funchess, le projet basé à Portland, dans l'Oregon, a secoué le petit monde de la musique…

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Chroniques

Seefeel

Seefeel

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Ces pionniers d'un son unique sortent de leur tanière après dix-sept années d'absence. Le pari est audacieux ; car que reste-t-il au final de la pertinence des débuts, de cette époque dorée où Seefeel défrichait les à-priori musicaux et osait plus qu'aucun autre groupe le brassage des genres? Première signature de Warp tolérant la présence de guitares, le groupe faisait alors référence en matière d'innovation. Trois albums épatants plus tard (« Quique » en 1993, « Succour » en 1995 et « CH-VOX » en 1996), le groupe décide de poser ses balises. S'engouffrant alors dans la brèche, pléiade de formations ont alors emprunté ces chemins sis entre Rock Indie et Techno minimaliste, pour le meilleur et parfois le pire.

A l'occasion du vingtième anniversaire du label devenu légende, Mark Clifford et Sarah Peacock, les membres fondateurs, se sont laisser convaincre de procéder à une éphémère réunion. S'adjoignant les services d'Iida Kazuhisa et de Shigeru Ishihara, respectivement batteur et bassiste au sein des ex-fêlés de Boredoms, Seefeel renaissait de ses cendres. L'alchimie se révélant et l'engouement lui emboîtant le pas, l'idée de reprendre les choses là où elles s'étaient arrêtées a donc germé dans l'esprit de ce petit monde. Ce qui explique la sortie de « Faults », un Ep dont le titre générique a été incorporé dans cette dernière production éponyme. Alors, si les choses n'ont pas fondamentalement changé au sein de Seefeel, si on navigue en paysages connus (ces loops de guitares qui se fondent sur des beats hoquetant, la voix éthérée de Miss Peacock, les vagues successives de parasites ondulatoires), s'ils n'ont peut être plus l'avantage du terrain, ces architectes sonores ont encore le génie nécessaire pour élaborer une plaque d'excellente facture. Du bruit industriel maté par les fragmentations synthétisées de « O-One One » au déboîté entêtant du beat hypnotique de « Dead Guitars », de l'intrigant « Faults » au fantasmagorique « Making », du faussement linéaire « Stepdown » aux larsens sous traitement distillés sur « Aug30 », Seefeel (s') offre un voyage onirique déconcertant qui se termine en boucle sur « Sway », morceau cyclique qui résume à lui seul le travail entrepris à l'aube des années nonante.

Prisme aux multiples facettes et renvoyant chacune le reflet d'un monde différent, cet opus est à l'image de cette musique inclassable et contradictoire. Avatar (au sens premier du terme, qui signifie changement) d'un style hybride qu'il aura lui-même contribué à engendrer. Mais nul besoin d'être un alien pour saisir toute l'étendue d'un Art majeur décliné sur un monde meilleur.

 

Phantom Buffalo

Cement Postcard With Owl Colours

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On ne peut pas dire que les membres de Phantom Buffalo soient vernis. Le sort et la malchance semble d’ailleurs vouloir s’acharner sur le groupe. Et pour cause. Jusqu’en 2004, le combo répondait au patronyme de The Ponys. Mais le quintet issu de Portland (NDR : c’est dans le Maine, à ne pas confondre avec la grande ville située dans l’Oregon) doit changer de nom, car une formation de garage rock issu de la région de Chicago le revendique également. Après avoir publié plusieurs albums, bien accueillis par la presse spécialisée, le band se rebaptise donc Phantom Buffalo. C’est encore sous l’appellation The Ponys que le groupe avait sorti, ce qui reste à ce jour, leur meilleur album : « ShiShiMuMu ». Chez Rough Trade, en 2002. Malgré les excellents échos recueillis, le succès n’est pas au rendez-vous et l’écurie anglaise remercie la formation. Celle-ci publie encore quelques elpees sur différents labels, mais le public reste insensible aux charmes, pourtant évidents, des Américains.

« Cement Postcard With Owl Colours » constitue donc le dernier-né du quintet. Et pour la circonstance, difficile de tomber plus bas, car ce long playing n’est même pas sorti aux States, et ne doit sa publication qu’à un label européen, qui croit encore en leur étoile.

Quoique ne bénéficiant pas d’une production haut-de-gamme, « Cement Postcard With Owl Colours » tient la route. Sculptées dans la pop lo-fi, les compos sont excellentes, de petites pépites qui auraient pu naître d’une hypothétique rencontre entre Pavement et les Byrds, même si la voix du chanteur rappelle plutôt celle de Stuart Murdoch (Belle & Sebastian). Esthétiques, émouvantes, elles font mouche à chaque fois. Un coup de cœur ? « Bad Disease », une compo qui devrait mettre tout le monde d’accord.

Si Phantom Buffalo ne jouit guère de la reconnaissance, il a le mérite de ne pas laisser tomber les bras. Et cette persévérance est tout à son honneur. D’autant plus que cet album est de toute bonne facture. Qu’on se le dise !

 

Various Artists

Sofrito : Tropical Discotheque

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Sous le soleil des tropiques on dégagerait bien à coup de pompes l’ignoble Gilbert Montagné pour faire place à Sofrito, duo londonien qui réchauffe à l’heure actuelle tous les cœurs en manque de chaleur de la capitale anglaise. Depuis quelques années, les DJ’s Hugo Mendez et Frankie Francis sont les deux instigateurs des soirées enflammées de l’East London appelées Tropical Warehouse. Là-bas, on y danse sous les sonorités de cumbia ou de soukous. Ambiance carnavalesque donc, et la notoriété de ces soirées a permis aux organisateurs d’inviter quelques pointures de la musique tropicale dont l’excellent Manu Dibango ou encore la révélation 2010, Souljazz Orchestra.

Toujours à l’affût, l’écurie Strut a décidé de rendre hommage aux deux lascars en leur permettant, à l’instar d’un Horse Meat Disco, de partager auprès des oreilles les plus aiguisées, une série de tracks qui fait l’ouverture de la première compilation (d’une longue série ?) baptisée « Sofrito : Tropical Discotheque ». L’illustration signée Lewis Heriz, membre à part entière des soirées Sofrito rend l’ensemble chaud et coloré. Mais les 15 pépites aux grooves diaboliques nous emmènent dans un pays où l’hiver n’existe pas. Ca balance en cumbia, bassline calypso et même l’inédit « Ohue », paraphé Victor Uwaifo, nous plonge dans un univers disco tropical qui prend, par sa rythmique et son groove, une énorme place dans l’univers des boules à facettes. Des titres world certes, mais surtout des titres furieusement dansants qui méritent une attention toute particulière !

 

The Tallest Man On Earth

Sometimes the Blues is just a Passing Bird (Ep)

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Quelques mois à peine après avoir publié « The Wild Hunt », le barde suédois nous propose un nouvel Ep parfaitement complémentaire à son second opus. Découpé en 5 plages, « Sometimes the Blues is Just a Passing Bird » devrait ravir les nombreux fans du ‘Plus Grand Homme au Monde’. De sa voix nasillarde, il interprète en effet des ballades bouleversantes et d’une grande simplicité, dans son style ‘dyalnesque », si caractéristique. J’accorderai néanmoins une mention spéciale au légèrement électrifié « The Dreamer » et à « Little River ». Sculptée dans de magnifiques arpèges, cette compo va droit au cœur. Elle s’inscrit même parfaitement dans l’esprit de l’elpee paru l’an dernier.

Probablement écrit sur la route, cet Ep narre de modestes histoires toutes cabossées. Et si l’emballage est classique, les mélodies sont finement ciselées et saturées d’émotion. Jean Kristian Mattson devrait faire des ravages lors de son passage aux Nuits du Botanique, le 20 mai prochain. Un grand songwriter est définitivement né !

Stranded Horse

Humbling Tides

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Lorsqu’on possède un nom de famille tel que Tambour, il n’est pas étonnant que l’on soit contaminé par le virus de la musique. Yann est français, et il serait quand même urgent que l’Hexagone se rende compte qu’elle possède en son sein, un artiste exceptionnel et unique en son genre. Mieux connu sous le pseudo d’Encre, il mène un projet parallèle, davantage orienté vers le format acoustique. Un projet qu’il avait baptisé à l’origine Thee, Stranded Horse, avant de le réduire en Stranded Horses.

« Humbling Tides » constitue le quatrième opus de ce curieux cheval. Un disque qui fait suite à un opus commis en compagnie du musicien malien Ballake Sissoko, long playing qui privilégiait le recours à la Kora, sorte de ‘harpe-luth’ africaine.

Tout au long de son dernier elpee, Yann sculpte de longues plages acoustiques propices à l’évasion. Les mélodies sont douces. Intemporelles, atmosphériques, belles et étranges, les compos puisent leurs références, à la fois dans le folklore médiéval, africain et insulaire. Tout un programme ! La voix de Tambour est fragile et très caractéristique. Carla Palone (Mansfield. TYA) y pose des accords de violon ou de violoncelle. Parfois, le spectre de Joanna Newsom se met à planer. Et le climat devient même carrément surnaturel, lorsque Tambour décide de chanter dans la langue de Molière (« Les Axes Déréglés » ou « Le Bleu et l’Ether »). Probablement les titres les plus singuliers de la plaque. Dommage que certaines plages tirent parfois en longueur, mais ne boudons pas notre plaisir et retenons essentiellement ce qui fait la quintessence de cette œuvre…

Murder

Gospel of Man

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Certains artistes ou groupes prennent un malin plaisir à placer des obstacles sur le parcours de leur carrière sensée mener à un improbable succès commercial. Ces héros de la cause rock désirent probablement s’assurer que seuls les plus curieux des mélomanes pousseront le vice jusqu’à découvrir leur musique. Dans le genre, le duo danois de Murder fait plutôt fort. D’abord, il ya leur patronyme morbide et glacial, digne d’un combo de Death-Metal. Puis la pochette de leur album. Affreuse. Illustrée par une pomme hideusement dessinée. Un véritable épouvantail. Et pourtant, j’aurais commis une belle erreur en ne me penchant pas au chevet de leur magnifique second elpee !

Murder réunit donc un duo d’assassins musicaux au talent indéniable. Jacob Bellens, le chanteur, est probablement un des vocalistes les plus doués de sa génération, au pays d’Andersen ! Après avoir enfanté Efterklang, Cody et The Kissaway Trail, le Danemark démontre, une nouvelle fois, qu’il est devenu une nouvelle terre promise pour les néo-folkrockers qui rêvent des Etats-Unis. Stuart Staples a récemment avoué qu’il admirait ce groupe. Et après avoir écouté ce « Gospel of Man », sa réaction n’est pas tellement étonnante. Car manifestement, les Tindersticks ont influencé Gospel of Man. Red House Painters aussi. Et puis surtout Johnny Cash et Nick Drake. Intenses, les compos aux lyrics mélancoliques baignent pourtant dans une ambiance chaleureuse. Profonde, la voix de Bellens est magistralement balisée par la guitare acoustique d’Anders Mathiasen. Dans la plus pure tradition de l’Americana, les deux troubadours nordiques sont soutenus par un violoncelle, un banjo ou un glockenspiel. Ce folk sombre et solennel est de toute beauté !

MGR

22nd of May

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Trois ans après la projection du film belge, ‘Ex drummer’, Koen Mortier nous revient pour un nouveau long-métrage tout autant déjanté. « 22nd of May » raconte l’histoire d’un agent de sécurité embarqué dans une affaire de terrorisme. Les sentiments de peur, d’impuissance et de culpabilité ont apparemment la part belle tout au long de ce thriller sous haute tension. Et pour maintenir la pression, le Belge a sollicité Mike Gallagher, le guitariste de feu Isis, afin de composer la bande originale. Et encore une fois, le réalisateur a tapé dans le mille, puisque le six-cordiste est parvenu à sonoriser (NDR : du post metal !) l’atmosphère de ce film. Entièrement instrumentale, cette œuvre est découpée en huit fragments. Le spectre d’Isis est omniprésent. On y retrouve d’ailleurs ces crescendos caractéristiques. Malheureusement, on attend vainement la moindre étincelle susceptible de provoquer une explosion. Et après quelques titres, lassé d’attendre cette rupture qui ne se produit jamais, on finit par désespérer. Résultat des courses, sans son support, cette B.O. perd toute sa raison d’être. Evidement, si on peut être ravi de retrouver le gratteur d’Isis, on aspire surtout à le retrouver lors d’un projet bien plus conséquent…  

 

Marcellus Hall

The First Line

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Artiste complet, Marcus Hall est surtout connu pour son travail d’illustrateur pour la presse ; et en particulier pour le Times, The Wall Street et The New-Yorker. Mais les plus perspicaces d’entre vous ont peut-être aussi remarqué son investissement dans l’univers musical. Et pour cause, le New-yorkais a sévi chez les Railroad Jerk et White Hassle.

Il a cependant délaissé le bues et le r&b électrique pour s’investir dans le folk traditionnel et authentique. En solitaire. Son potentiel a quand même convaincu Isaac Brock de Modest Mouse de le signer sur son propre label, Glacial Pace. « The First Line » propose toute une série d’histoires  vécues par un éternel loser issu d’une Grosse Pomme qui rythme sa vie (« It’s My Life »). Si les compos sont essentiellement acoustiques, elles sont parfois soulignées d’un harmonica ou soutenues de cuivres (« Back Where I Started »). Manifestement, pour concocter son premier opus, Marcellus Hall a choisi Bob Dylan comme référence absolue. Faut dire aussi que le Zim est son idole de toujours (le bouleversant « Neon, Not the Light »). Bref, si nous sommes en présence de ses ‘First Line(s)’ tracées en solitaire, elles se révèlent d’emblée, des plus inspirées ! Et pour couronner le tout, l’elpee est enrichi d’un booklet recelant toute une série de ses très belles illustrations…

 

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