La nation fantôme de The Besnard Lakes…

Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

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Wholes passe son chemin…

Wholes (ex-The Van Jets, Hypochristmutreefuzz, Pink Room, Elefant, etc.) a partagé une première chanson torride. Brute, non filtrée et chargée d’émotion. "Till We Don't Meet Again" est une collision de guitares tordues, de rythmes implacables et de voix qui…

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Zop Hopop

Interlude

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Troisième album pour Sasha Voorop, alias Zop Hopop ; un disque qui recèle neuf covers, deux inédits et une nouvelle version de " Western ". Sans oublier le clip de Bouli Lanners consacré à cette même chanson. Une adaptation dont l'aspect latino a été accentué, dans un style qui me rappelle les débuts de Vaya Con Dios (NDR : une différence, mais elle est de taille, la voix de Sasha est ample et légèrement éraillée). Tout comme sur " My wedding man ". Signé Dominique A, ce titre figurait sur le premier elpee de Françoiz Breut, la copine de Dominique. Ce morceau très rafraîchissant constitue, à mon humble avis, un des meilleurs fragments de l'opus. A l'instar du " Passion of lovers " de Bauhaus ou de l'inédit, " Poor Burt ", deux plages éclaboussées généreusement d'électricité vivifiante. Instrumental, le titre maître est également d'excellente facture. Une autre compo personnelle qui était destinée à Françoiz, mais qui n'est jamais parue. J'ai aussi beaucoup apprécié l'adaptation du " Sol sunset " des Virgin Prunes, une mélopée funèbre délavée par l'harmonium. Abordée dans l'esprit de Nico, elle emprunte progressivement une forme plus ensoleillée, et ses pépiements d'oiseaux frappent peut-être à la porte de l'Eden. " Ashes to ashes " (Bowie), " The power of love " (Franky Goes to Hollywood) et "Be my babe" on été traités sous une forme minimaliste très personnelle. L'épuration est telle, que l'aspect émotionnel de chacune des compositions est ici mis à nu et en devient même parfois difficilement soutenable. Enfin, il reprend Elvis (" It's now or never "), Petula Clark (" Cœur blessé ") et UB40 (" Kingstown town ") dans un registre très (trop) proche des bals populaires. Il n'y manque plus que l'odeur du jus de houblon tiède… C'est sans doute aussi une manière de démontrer l'éclectisme de ses goûts. Faudrait maintenant voir quelle tournure va prendre ces titres sur les planches. Car paraît-il, Zop Hopop s'y montre comme un poisson dans la bière, pardon dans l'eau. Et ce n'est pas un " Interlude "…

 

Zoot Woman

Zoot Woman

Sorti au début de la vague du eighties revival, leur premier album, était plutôt passé inaperçu. Enfin, excepté ce " Living in a Magazine ", un joli tube régressif, fiévreux et vintage pour les fans de Visage, Yazoo et des Buggles. Pour ce deuxième album, les frères Blake et Stuart Price (alias Jacques Lu Cont des Rythmes Digitales) semblent, à force d'avoir écumé les dance-floors et gobé trop d'Ecstas, s'être réveillés d'une mauvaise gueule de bois. Résultat : " Zoot Woman " sonne comme un lendemain qui chante, se la joue profil bas, abandonne toute excentricité, le souffle au cœur et les oreilles bourdonnantes. Il fait gris au pays des beats sudatoires (sédatifs ?) et des refrains qui claironnent : " Grey Day " ouvre ainsi l'album sur une pointe d'amertume, carburant davantage à l'essence qu'aux hallucinogènes… La boule à facettes s'est brisée sur le macadam, et Zoot Woman se cherche une nouvelle jeunesse, moins frivole, plus mature. " Grey Day " donne donc le ton, plus mélancolique, mais n'en est pas moins fantastique : lors d'une écoute distraite, on croirait presque que Queens of the Stone Age s'est invitée en backing band. Ca roule à vive allure, comme si l'électro pop du trio anglais défilait à du 120 sur une autoroute déserte… Le son est, de fait, bien huilé : sur " Taken It All ", les beats, plus downtempo, rappellent ainsi les productions Crydamoure (le label de Daft Punk), voire le " Sometimes " des… Rythmes Digitales, avec Nik Kershaw au chant. " Gem " se veut plus ‘catchy’, une basse à la Peter Hook conduisant la manœuvre avec classe et fierté. " Hope in the Mirror " (ses nappes élégiaques, ses bleeps certifiés d'époque et cette beatbox métronomique) finit par nous convaincre : Zoot Woman a changé, en mieux. Confirmation par " Snow White " et sa guitare folk moulée dans un bain d'amiante : une jolie preuve qu'à l'ère du tout digital, certains savent encore composer de belles ballades. La mélodie un peu couillonne de " Woman Wonder " nous ferait presque sourire si la fin de l'album ne distillait pas un sentiment toujours plus sombre et nostalgique, dépouillé de toute envie festive. Sur " Half Full of Hapiness ", des violons synthétiques à la Carpenter annoncent ainsi le prochain tournant d'une électro dont les Zoot Woman étaient devenus les plus fervents apôtres : une électro de plus en plus adulte, davantage basée sur le songwriting, qui délaisserait un temps le dance-floor pour réfléchir à son avenir.

 

Zongamin

Zongamin

Susumu Mukai est né au Japon, mais il y a longtemps qu'il séjourne à Londres. C'est au Royal College of Art qu'il rencontre Mike Silver, alias Sonovac. Signé sur Output, le label de Trevor Jackson, Mike encourage Susumu à se lancer dans l'aventure musicale… lui qui bidouille dans sa chambre, entre deux couv' pour Sleazenation et Confused (Susumu est aussi illustrateur). Chance : Mike fonde son propre label, Flesh Records. Susumu pourra enfin graver ses galettes. Très vite, le buzz enfle : c'est que Susumu, rebaptisé Zongamin, aime le rock et la dance, qu'il mélange avec doigté dans ses premiers vinyles pressés à quelques exemplaires. Ca tombe à pic : on est en pleine résurgence punk-funk, de The Rapture à Out Hud. De fil en aiguille, Susumu se retrouve sur toutes les compiles branchées du moment : le 2 Many DJ's, le DJ Kicks de Playgroup et le Colette n°4. " Serious Trouble " et " Tunnel Music " deviennent rapidement des nouveaux classiques du dance-floor. Ce qui plaît chez Zongamin, c'est clairement ce mix explosif de guitares et de beats. La basse omnipotente, la batterie vitupérante et les synthés qui grincent et grondent donnent des fourmis dans les jambes, et des crampes dans le ventre. Entre Mr Oizo, DFA, ZTT, le disco et la surf music, la musique non identifiée de Zongamin pète une durite et ignore les bonnes manières. Ici, au diable les préjugés, les bruits de chapelles : big beat kung fu (" Whiplash "), électro-Morricone (" J. Shivers Theme "), Pierre et le Loup version dance-floor (" Tunnel Music ", plein de hautbois, de percus et de samples), postpunk mécanique (" Painless "),… Zongamin mange à tous les râteliers du rock, de la techno, du punk et de la new wave. Parfait comme antidote sudatoire, et surtout méchamment jubilatoire, cet album est une vraie bombe. Chaud devant !

Zombie-Eaters

2

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Usons de notre perspicacité : "2" constitue inévitablement le deuxième album de cette formation. Usons à nouveau de cette perspicacité : "Zombie eaters" est un titre du premier album de Faith No More avec Mike Patton au chant (The Real Thing, donc). C'est dingue ce qu'on peut deviner sans avoir écouté une seule seconde de musique ! Trop fort !

Passons à l'écoute, maintenant. A l'époque de "Bruit(r)iste" paru en 2001, l'accueil de la presse spécialisée a semble-t-il été plutôt positif. Les bons papiers devraient être encore cette fois de la partie. Il est finalement assez malaisé de ranger cet album dans une catégorie précise ; ce qui peut être perçu comme un compliment. Clairement, chaque titre pourrait être isolé pour figurer dans des catégories musicales assez différentes. Des grandes lignes, mais surtout de grands noms se dégagent malgré tout : Deftones en tête, Faith No More (tiens, tiens !) de près et dans une moindre mesure Watcha et/ou Pleymo. Deftones pour toute cette tension et ce crescendo dans les compos; Faith No More pour tout le côté ‘branque’ dans les vocaux ou les breaks; Watcha/Pleymo pour l'aspect ‘message’. Finalement exemplaire, ‘Le parti des plus nombreux’ collaboration Zombie-Eaters/Les Hurlements d'Léo conforte l'impression que le groupe n'a vraiment peur de rien et est prêt à tout. Une impression vraiment positive, quoi !

Willard Grant Conspiracy

Regard the end

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A l'instar de Lambchop, Willard Grant Conspiracy pratique de la dark country. Mais davantage chargée de nuances. D'abord à cause de l'instrumentation qui implique, bien sûr la six cordes acoustiques ; mais également le piano, la mandoline, la trompette, les boucles et le violon. Un peu comme chez le South San Gabriel des débuts. Encore qu'au fil de l'elpee, on relève des traces de Calexico, d'Howe Gelb, de Triffids, d'American Music Club et même d'Ed Kuepper, lorsque le tempo devient plus allège. Et je pense tout particulièrement au contagieux " Soft hand ". Mais ce qui frappe immédiatement, c'est la voix envoûtante de Robert Fischer. Un baryton qui campe un hybride entre Léonard Cohen, Nick Cave et Johnny Cash. Mais en plus chaleureux. Et puis le violon gémissant mais si volatil de Josh Hillman. Sur les 11 fragments de cet opus, quatre sont des chansons traditionnelles que le groupe a enrichies de lyrics personnels. Des lyrics qui traitent le plus souvent de l'imperfection humaine, alors que la musique projette des images de paysages désolés, austères. Pour enregistrer cet opus, WGC a reçu le concours de toute une série de collaborateurs dont Kristin Hersh au chant pour le spectral " The ghost of the girl in the wall ". Et puis Chris Eckman des Walkabouts, Paul Austin ainsi que Jess Klein, parmi les plus notoires. Un superbe album dont " River in the pine " et " Rosalie " sont à mes yeux (NDR : mes oreilles ?) les plus beaux joyaux.

Willy Willy

Willy Willy & The Voodoo Band

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Willy Lambregt n'est autre que l'ancien guitariste des Scabs. Et de Vaya Con Dios aussi. Une formation qu'il avait montée en 1986 avec Dani Klein et Dirk Schoufs. Il vient de créer sa propre formation qui répond au nom de Willy Willy & The Voodoo Band. Martijn De Wagter aux drums et l'excellent René Stock (ex-Electric Kings et ex Last Call) à la basse constituent la section rythmique. Si Willy a un petit faible pour le rock'n'roll et le rockabilly, il privilégie le blues sur ce premier album. D'excellente facture, il faut le souligner. Signé Bobby Bland, "Mr Hot shot" met la machine en route. La basse de René impressionne par sa puissance. Les cuivres font une timide apparition. Mais la voix bien présente rappelle le bon temps des Carl Perkins et de Gene Vincent. L'adaptation du "Let's have a party" de Jessie Mae Robinson élève les débats sonores d'un cran. Indestructible, la rythmique d'acier imprime un tempo hallucinant. Le piano frénétique de Filip Ketels (NDR : du Joey's Boogie Band) libère une guitare insatiable. Il faut reconnaître que dans ce style, le Voodoo Band est vraiment à son affaire. Et il en fait une nouvelle démonstration tout au long de "Shake rattle & Roll" (NDR : une compo issue du répertoire de Joe Turner) ; ainsi que de "Miss Lucy" et de "Sincity". Classique R&B, le "Walking the dog de Rufus Thomas a bénéficié d'un arrangement sur mesure. "Why don't you love me" ouvre une parenthèse country. Patrick Riguelle ne figure pas dans la liste officielle des invités. Mais je suis convaincu qu'il y joue de la lap steel. Une chose est sûre, Beverly Joe Scott y partage bien les vocaux avec Willy. L'atmosphère devient lourde, oppressante. Elle semble émaner des swamps. Les silhouettes des alligators semblent se dessiner sur "Voodoo woman blues". Les cordes résonnent devant la chambre d'écho. Le son évolue dans un univers assez trash. L'harmonica hurle de douleur face à l'attaque lancinante de cette guitare. Le "Daddy Rolling Stone" d'Otis Blackwell reconduit cette rencontre entre le blues et le rock'n'roll. Le piano et l'harmonica se fondent bien dans l'ensemble. Pour sa reprise du "300 lbs of joy" de Willie Dixon, le Voodoo Band vire au R&B. Les cuivres y soulignent le rythme exotique des percussions. Le fameux "Shaking all over" est au programme. Ce n'est pas étonnant. Mais ici, on croirait entendre le fantôme de Johnny Kidd flanqué de ses Pirates. "Shot of R&B" s'ébroue sur un tempo modéré. La voix fausset de Willy se conjugue avec celle de son ancienne partenaire, Dani Klein. Blues lent, "Last call for alcohol" est une composition maison. Elle démontre que le cœur de rocker peut succomber à ce blues qu'on apprécie tant. Willy Willy est très conscient que le rock'n'roll ne peut renier ses origines. Muddy Waters, le dieu de Chicago l'avait compris bien avant lui. "The blues had a baby" est issu de sa plume. Et Willy l'a tout naturellement assimilé. Excellent et surprenant, cet opus est ponctué par "Sincity", un rock'n'roll d'enfer qui s'achève sur les chapeaux de roues. La Belgique vient d'hériter d'un nouveau grand groupe qui se démarque par son approche rock'n'roll et son côté percutant. Et à mon humble avis, sur les planches, le groupe doit déménager…

Kim Wilson

Lookin´ for trouble!

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Kim Wilson est incontestablement un des plus brillants et des plus populaires bluesmen contemporains. Jadis, il impressionna le légendaire Muddy Waters pour son extraordinaire talent à l'harmonica, alors qu'il débutait dans son groupe déjà mythique, les Fabulous Thunderbirds. Il est né en 1951. A Detroit, dans le Michigan. Il a grandi en Californie et a tout naturellement émigré au Texas, dans les années 70. A Austin, très exactement. Kim mène aussi aujourd'hui une carrière individuelle ; mais il prend toujours soin de s'entourer d'excellents musiciens, en compagnie desquels il a notamment commis "Tigerman", "That's life" et "My blues". Il a signé chez MC au début de ce nouveau siècle. Pour lequel il a enregistré le 'live' "Smokin' joint", "Memphis barbecue sessions" en compagnie de Big Jack Johnson, l'an dernier, et enfin, " Lookin' for trouble', son premier album studio en six ans.

La première plage laisse augurer une suite fort intéressante. Véritable brûlot, "Looking for trouble", nous plonge dans une ambiance boogie rock'n'roll. Un son pourri se dégage des cordes. Le piano de Mark Stevens (aujourd'hui impliqué au sein de Roomful of Blues) frétille. "Tortured" est un R&B cuivré, ficelé à la manière des shouters de Kansas City. La voix de Kim est autoritaire. Proche du style de Luther Tucker, la guitare de Troy Gonea réussit un parcours sur le fil du rasoir. L'harmonica est ici manifestement influencé par la West Coast. L'instrument chromatique évolue sur l'axe Chicago Los Angeles, à l'instar d'un George Smith des meilleurs jours. Swing et jump investissent "Hurt on me". Constitué de Jon Ross à la basse et du professeur Richard Innes à la batterie, la section rythmique étonne par sa légèreté. La section de cuivres est très efficace. Pas étonnant lorsqu'on sait qu'on y retrouve de fameux clients tels que "Sax" Gordon Beadle au sax ténor, Doug James au sax baryton et Scott Aruda à la trompette ; une armada que complète sans faille le jeu du maître à l'harmonica! Le solo dispensé à l'harmo est d'une classe indiscutable. Avec Kim, tout semble si facile! Direction Chicago et le South Side pour "Money marble and chalk" dont l'introduction sonne tellement proche du Muddy Waters Band. Il est vrai que ce fragment est issu de la plume de Jimmy Rogers. Le jeune Troy Gonea a parfaitement assimilé le jeu des vieux maîtres. Le son de l'harmo est particulièrement bien rendu. L'émotion et l'intensité qui se déversent peuvent nous rappeler le meilleur Big Walter Horton voire Junior Wells… entre autres. Toujours confiné dans la cité des vents, il reprend "Love my baby" de Willie Dixon, dans un style pur jump. Toute la machine est bien huilée. Le piano de Mark Stevens se fond dans la section rythmique. Gonea étale toute sa virtuosité devant les petits riffs de cuivres. Shuffle bien marqué, "Love attack" opère un changement de rythme. La section rythmique est d'acier, l'harmonica n'a plus qu'à s'envoler, et Monsieur Wilson ne se fait pas prier. Sur cet axe Chicago Austin, il manifeste sa parfaite intégration du meilleur Little Walter. Il embraie immédiatement par "F Fat", un instrumental à couper le souffle. Kim poursuit son voyage vers la Nouvelle Orleans. Sa palette est très diversifiée. Ses musiciens n'ont pas froid aux yeux. Ils s'attaquent au répertoire de Dave Bartholomew avec aisance, à l'instar de "Hook line and sinker". Gordon Beadle y est intenable sur son sax ténor. Cosigné par Wilson et Danny Kortchmar, "Hand to mouth" date sans doute de leur collaboration accordée, voici quelques années, aux Fabulous Thunderbirds. Cette longue épopée hypnotique est imprimée sur un rythme cher à Howlin' Wolf. Le climat de l'album continue à voler très haut tout au long de "Sometimes. Inspirée par le BB King des débuts ou encore par un Otis Rush au sommet de son art, la guitare de Gonea est très saignante. Ce blues très rythmé et nerveux fait très forte impression. Nous demeurons dans le Chicago de la grande époque pour le "Tried to ruin me" de Snooky Pryor. Le rythme force l'admiration. Mark Stevens pianote comme un des ténors des ivoires. Et je pense tout particulièrement à Sunnyland Slim. Heureux comme un gosse, Kim reprend la plage titulaire de l'album ; mais pour la circonstance comme un shuffle texan. Nous sommes ici très proche des T-Birds des débuts. Un véritable régal ! Kim souffle comme un dieu, avec puissance, profondeur, passion et plaisir. Le swing n'est pas abandonné. Il est omniprésent sur "Down with it" de L.C McKinley. Gonea y est impérial. Autre titre victorieux, le boogie "Highline" affiche un maximum de vigueur dans le jeu d'harmonica, pendant que les cuivres et le piano le suivent à la trace. Ce superbe album s'achève par un instrumental à la tonalité jazz. Stevens y va de son Jimmy Smith à l'orgue et Troy s'emballe une dernière fois dans le swing. Ce " Lokin' for trouble " figurera sûrement parmi les meilleurs albums de l'année 2003.

 

Ray Wilson

Change

Écrit par

Si le nom de Ray Wilson n'évoque peut-être pas grand chose pour le commun des mortels, il ne fait aucun doute que vous avez déjà entendu, au moins une fois dans votre vie, le superbe organe vocal de ce jeune Ecossais, souvent comparé à Bryan Adams. Souvenez-vous, il y a un peu moins de dix ans, son premier groupe Stiltskin avait fait un véritable tabac avec le hit "Inside", une chanson qui avait servi de support musical à un spot télé vantant une célèbre marque de jeans. Il avait également assuré le chant sur l'excellent "Calling all Stations" de Genesis. Et il faut avouer que sa prestation surpassait de loin, malgré le dédain des puristes, tout ce que le groupe a pu faire lorsque Phil Collins était responsable au chant. Plus proche de Peter Gabriel que du batteur reconverti en machine à hits, Ray Wilson avait réussi à redonner à Genesis une certaine crédibilité auprès des fans de rock, et apportait sa fraîcheur dans un combo en manque d'inspiration. L'album n'a pas connu le succès qu'il méritait, tout comme la tournée qui s'ensuivit. Depuis le split du géant du prog, on n'avait plus entendu parler de Ray Wilson. "Change", son premier effort solo vient de sortir chez Inside Out, la division prog metal du label allemand SPV. Mais de prog, il n'est nullement question ici. De metal encore moins ! Ray Wilson se cantonne désormais dans la ballade rock de luxe, évoquant au fil des treize titres de cet opus un peu faible les chansons sucrées de Bryan Adams, le folk ricain de Bob Dylan, et ça et là le hard FM d'un Honeymoon Suite. Idéal pour un dîner aux chandelles ou pour une virée en cabriolet avec Sharon Stone, "Change" ne séduira, malgré ses incontestables qualités mélodiques, ni les fans de Genesis, ni même les admiratrices de Bon Jovi.

 

The Wisdom Of Harry

Torch Division

Le onzième morceau du troisième album des Wisdom of Harry s'intitule " Cuckoo ". Or, le coucou, très à la mode ces derniers mois (cfr I Am Kloot et Robert Wyatt), est un oiseau qui squatte le nid des autres plumitifs pour pondre ses œufs. Profiteur et malappris, le coucou n'a pas que des amis, et c'est bien mérité. Pete Astor, lui, ne squatte rien du tout, puisque sa musique est unique : à peine ouvre-t-il son album sur une reprise d'Ann Briggs, folksinger dont la discographie, comme celle d'Astor, ne dépassera sans doute jamais le petit cercle des amateurs éclairés. Pete Astor, donc, ne copie personne, encore moins ne s'installe-t-il grossièrement dans la tanière de ses voisins de label (Yo La Tengo, Cornelius, Guided By Voices,…) ou de palier. Certes, la voix d'Astor ressemble, de temps en temps, à celle de Matt Johnson (The The). Et cette faculté (nouvelle) à écrire des mélodies limpides nous fait penser, le cœur serré, à Elliott Smith (paix à son âme)…

L'électro lo-fi des deux premiers albums n'a cependant pas disparue : sur " The Capsule ", on retrouve ce vieux Harry un peu las et solitaire, sorte de Loup des Steppes indie-rock qui n'aime toujours pas frayer avec ses semblables. Mais Astor, toujours épaulé par le fidèle David Sheppard, se présente quand même aujourd'hui à l'auditeur sous son plus beau ramage : à part la cagoule (cfr pochette), notre ami semble vouloir faire un effort, jusqu'à balancer de gros riffs (" Great Inventor ") et même un tube, le sympathique " Beercan Crown ". A la fin, Astor voudrait qu'on le laisse tranquille en tentant l'apitoiement (‘Ladies and gentlemen, I've lied to you, I'm done’, etc.) Pas de chance, parce que dès maintenant, on suivra sa carrière de plus près : faudrait pas qu'il termine poignardé dans sa cuisine, gisant dans son sang comme un pauvre type incompris et malade.

Don Wise

Genuine snake

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Cet album a été enregistré en 84. A Lubbock, au Texas. Il manifeste un éclectisme qui flatte instantanément l'oreille. Big Joe Maher chante "Lots of flame", une plage très swing, empreinte d'une sensibilité jazzy. Cet éminent spécialiste du style l'interprète… sans ses baguettes. Tous les instruments sont bien en place ; et en particulier le piano de Kevin McKendree, les solos de saxes accordés par Don Wise et ceux de flugelhorn dispensés par Terry Townson. Particulièrement dansant, "Deeper shade of blue" maintient le tempo. Tout au long de cette plage Teresa James chante d'une voix suave qui épouse bien la musique. Les vertus du rerecording permettent aux saxes de Don d'être omniprésents. Le jazz et le swing ne sont jamais loin du cœur de la musique. A l'instar de "Lonely island", chanté par le bassiste George Hawkins Jr. Les musiciens sont excellents. Et pour cause, au cours des dernières années, Hawkins et le guitariste Todd Sharp ont joué en compagnie de Delbert McClinton ; mais aussi apporté leur collaboration au Mick Fleetwood's Zoo, à Lindsay Buckingham ainsi qu'à Christine McVie de Fleetwood Mac. Teresa James revient chanter le très dépouillé "Louisiana moon". Nous sommes plongés dans les marais louisianais. L'environnement musical est très sobre. Il permet d'apprécier distinctement chaque instrument ; et en particulier la basse et les synthés de Terry Wilson ainsi que le sax du maître. La musique demeure très cool. Elle avance au pas sur la suite "Shoppin' for clothes". Un fragment que Don chante ; ou plus exactement récite, en s'appuyant sur Butter Phil Ayte, préposé au(x) chœur(s). La sonorité de la guitare qui introduit "He had the shoes" n'appartient pas à albert King, mais à Steve Williams. Elle tapisse l'ambiance rythmée et syncopée. "The new is me and you" s'ébroue par un riff de guitare signé Todd Sharp. Toujours cool, funky, la trame permet au sax de décoller ! Chanté avec talent par Gary Bunton, face aux solides chœurs masculins R&B, "You come first at last" se révèle dansant et accrocheur. L'orgue de Nick Connolly est solidement planté dans le décor. "Ride" adopte le même régime, nonobstant le passage de Steve Bassett au chant. Son superbe timbre mérite l'appellation 'blue eyed soul'! La plage titulaire conclut l'album. Un superbe instrumental qui me rappelle, à plus d'un titre, le fameux "Honky Tonk" de Bill Dogett. Une plage au cours de laquelle le sax atteint les sommets et le piano très boogie de Kevin McKendree fait merveille. Et pour ne pas rester sur sa faim, cet instrumental revient encore à deux reprises. Dans le même style. Sous la forme de bonus tracks. Excellent!

 

Howlin´ Wolf

The London Sessions

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Au début des années 70, le label Chess avait immortalisé une série d'enregistrements de ses artistes les plus prestigieux. A Londres. Pour y mêler le son original et authentique du blues à celui de la nouvelle génération. Celle qui avait tant fait pour le populariser, en ramenant à l'échelle universelle la connaissance de ses créateurs d'outre-Atlantique. Après le "BB King in London", paru chez Probe en 1971, Chess empruntait même chemin avec Chuck Berry, Bo Diddley, Muddy Waters et Howlin' Wolf. Epaulé par Eric Clapton, Steve Winwood, Bill Wyman, Charlie Watts, Ian Stewart et de son fidèle guitariste Hubert Sumlin, le vieux Chester Burnett concoctait donc cet album. Un elpee découpé en treize fragments et habillé d’une très belle pochette. En 2002, Chess a décidé de ressortir ces ‘London Sessions’ sous la forme d'un double CD. Richement illustré, ce box réunit ici 28 titres, au lieu des treize initiaux.

Le premier disque épingle l’intégralité de l’elpee original et trois bonus tracks issus des mêmes sessions d’enregistrement. Trois fragments qui figuraient sur "London revisited", édité en 76. Le second collige douze prises alternatives issues des sessions originales qui s’étaient déroulées entre le 2 et le 7 mai 1970. Mieux connu pour avoir réalisé le double "Fathers and sons" de Muddy Waters, en compagnie de Paul Butterfield et de Mike Bloomfield, Norman Dayron signe ici la production. A l’instar du long playing originel, la première plaque s’ouvre par "Rockin' daddy". Personnellement, ma plage préférée demeure "I ain't superstitious". Pas parce que la section rythmique est composée de Klaus Voorman et de Ringo Starr, mais à cause de la participation du groupe américain 43rd Street Snipers. Réputée pour ses cuivres, bien sûr, mais surtout pour le talent de l'harmoniciste Jeffrey Carp qui participait à toutes les sessions. Soutenu par un bon Clapton aux cordes, cet excellent instrumentiste tire son épingle du jeu sur "Sittin' on top of the world". Carp devait malheureusement décéder peu après, en se noyant dans la mer des Caraïbes. Accompagné par Lafayette Leake au piano, Wolf souffle sur "Worried about my baby". La voix particulière du Wolf est omniprésente. Face aux cuivres, elle se fait tranchante sur "Built for Comfort". Arc-bouté sur la section rythmique des Rolling Stones et l'orgue de Steve Winwood, "Who's been talking?" est peuplé de rythmes syncopés. L’interprétation y est excellente. Mais l’émotion atteint son paroxysme sur "The Red Rooster". Les musiciens anglais qui venaient de persuader Wolf de prendre son bottleneck, provoquent un faux départ. L'attaque abrupte opérée sur "Do the do" rend cette plage très contemporaine. Le "Highway 49" de Joe Williams est interprété de manière classique, moins primaire que la version de Hound Dog Taylor. Parmi les bonus tracks, "Goin' down slow" et "I want to have a word with you" ont été réalisés le premier jour des sessions. Ringo Starr est aux drums, mais il ne s’y montre guère brillant. Par contre, "Killing floor" est beaucoup plus saignant. Faut dire que Charlie Watts et Bill Wyman y sont très efficaces.

La deuxième plaque débute par une prise tout à fait intéressante et dépouillée de "Worried about my baby". Wolf est au chant et à l’harmonica. Clapton et Wyman l’accompagnent. Plusieurs plages ont été remixées, histoire de leur conférer un son plus actuel. C’est incontestable sur "What a woman", une plage bien plus longue que l'originale. Elle libère pas mal de groove et épingle un joli travail sur l'harmonica. "Who's been talking" est ici profilé sur un monologue de Wolf qui précise ce qu'il attend des divers intervenants, notamment dans la reproduction du rythme de la rumba. Un morceau fort intéressant. Clapton se réserve un solo sur la prise suivante. Il y est excellent, comme sur un autre titre très proche : le "All your love" d'Otis Rush. Pour restituer un son contemporain à "Worried about my baby", un travail minutieux a été opéré sur la nouvelle prise. Une réussite ! Surtout dans le chef de l'harmonica qui met en évidence le talent de Karp, alors qu’il passait inaperçu sur l’opus original. Faut dire qu’à l’époque, l’accent n’avait certainement pas été mis sur les évasions instrumentales. Et c’est encore le cas pour les nouvelles prises de "I ain't superstitious", "Highway 49" et de "Do the do", au cours desquelles le jeu de Clapton est très distinct. Les quatre dernières plages sont des versions alternatives des sessions originales, mais non remixées. Epaulée par une forte section de cuivres, "I ain't superstitious" constitue une excellente surprise. Il s’agit probablement de la meilleure version réalisée à ce jour. Répétitif, "What a woman" a subi un remodelage. Sous cette forme, il fait même penser à des productions bien actuelles. Chess a manifestement soigné cette édition dite Deluxe. Elle allie à la fois qualité et originalité, notamment à cause du second morceau de plastique, dont les fragments affichent une différence marquante.

Robert Wyatt

Cuckooland

Écrit par

A l'instar de " Schleep ", son précédent opus, " Cuckooland " été enregistré dans les studios de Phil Manzanera, à Londres. Si Philip Catherine n'est plus de la partie, la tromboniste Annie Whitehead ainsi que les deux ex Roxy Music, Brian Eno et Manzanera y apportent leur contribution. Tout comme Paul Weller, David Gilmour (le guitariste du Floyd) et surtout Karen Mantler. La fille de Michael et de Carla Bley chante (NDR : dans un registre tellement proche de sa maman), joue un peu de saxophone et se réserve l'harmonica. A l'instrument chromatique, elle affiche d'ailleurs avec une sensibilité digne de Toots Thielemans. Et elle nous en fait la plus belle démonstration sur " Life is sheep ", le meilleur fragment de l'opus. Un disque pour lequel Robert fait un retour au jazz et aux sujets politiques. Pour le jazz, ce n'est guère étonnant, puisqu'il le pratiquait déjà 30 ans plus tôt. Mais un jazz mâtiné de pop, un peu comme sur les chefs-d'œuvre " Rock bottom " et " Ruth is stranger than Richard ". Pour la politique, non plus, lorsqu'on connaît sa préférence pour la couleur rouge. Mais si à l'origine, son épouse se contentait du design des pochettes, depuis 3 albums (" Dondestan ", " Schleep " et ce " Cuckooland "), elle participe de plus en plus activement à la confection des textes. Et dans ce domaine, sa vision du monde contemporain est encore plus critique. En outre, elle commence également à écrire la musique. Et on ne s'en rend pas compte, tant le couple est devenu fusionnel. Si Robert joue davantage de cuivres, il se réserve, bien sûr, l'essentiel des parties vocales. Depuis qu'il est devenu paraplégique, il considère d'ailleurs sa voix comme son principal instrument. Faut dire que son falsetto est toujours aussi bouleversant. Bref, nonobstant ses 58 balais, Rober Wyatt vient encore de commettre un album intemporel et incontournable.

 

Steve Wynn

Static transmission

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Bien qu'installé à New-York, depuis maintenant 9 ans, Steve Wynn a décidé de retourner à Tucson, pour enregistrer son nouvel album. Au studio 'Wavelab'. Un studio situé au beau milieu du désert de l'Arizona, pour être plus précis. Un périple qu'il avait déjà effectué pour commettre son précédent opus, " Here come the miracle ". Et toujours sous la houlette de Craig Schmacher, devenu par la force des choses, un habitué des lieux ; puisque c'est également lui qui se charge, le plus souvent, de la mise en forme des elpees de Calexico et de Giant Sand. Steve a de nouveau reçu le concours de son pote et ex claviériste de Green On Red, Chris Cacavas ; et puis de son nouveau groupe The Miracle 3. Une formation au sein de laquelle on retrouve le bassiste Dave DeCastro et de la drummeuse Linda Pitmon, c'est à dire l'incontournable section rythmique qui l'accompagne lors de ses tournées ; mais aussi d'un second guitariste, Jason Victor, qui complète depuis quelque temps le line up du combo. Sans oublier un quatuor à cordes qui apporte une nouvelle dimension à ses compositions les plus mélancoliques. A l'instar de la très belle symphonie douce-amère " Maybe tomorrow ". Parce que si Steve n'a pas perdu son goût pour l'électricité la plus vivifiante, la plus décapante, il nous rappelle qu'il est aussi capable d'écrire des chansons plus pop, plus contagieuses. Et on en a ainsi la plus belle démonstration, tout au long du country/folk tempéré " What comes after ", du morceau caché dylanesque, de la ballade hymnique " Charcoal sunset " et même de l'élégant " The ambassador of soul ", imprimé sur un tempo new wave ( ?!?!?). En outre, l'électricité n'est pas toujours dispensée suivant un même processus. " Keep it clean " rôde ainsi au cœur d'un climat énigmatique, presque vaudou. " One less shining star " baigne au sein d'une forme de psychédélisme que ne renierait pas les Dandy Warhols. "Hollywood" libère un groove funk irrésistible. "A fond farewell" nous rappelle que le Velvet Underground constitue une des influences majeures de Wynn. Et puis le furieux et hallucinant " Candy machine " ainsi que l'implacable et le déchirant " Amphetamine ", qui déboule sur un rythme ferroviaire, évoluent dans le plus pur registre du Paisley Underground. La palpitation propulsive des drums, la fluidité de la basse, les lacérations du clavier, et les guitares de Steve et de Jason qui se querellent comme des faucons en plein ciel, y font merveille. Un régal ! Côté lyrics, si Steve partage les mêmes paysages mentaux que les fictions de Denis Johnson et de Thom Jones, la plupart des lyrics de cet opus projettent des images relatives à la mort, au regret, aux lendemains incertains, au soleil qui dépérit. Tout un programme !

 

The Walkabouts

Shimmers

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Concocter un "best of" des Walkabouts n'est pas une mince affaire. D'autant plus qu'ils ont commis une bonne quinzaine d'albums en presque deux décennies d'existence. Aussi, ne retenir que 13 chansons sur 9 albums me paraît fort réducteur. C'est pourtant ce que nous propose ce " Shimmers ", un disque qui épingle deux reprises incontournables (" Man from Reno " de Scott Walker et " Poor side of town " de Johnny Rivers), une version 'live' de " Findlay's motel " ; et puis les grands classiques " The light will stay on ", " Prayer for you ", etc. Bref, un opus à conseiller exclusivement à celles et ceux qui voudraient découvrir la country-folk orchestrale aux accents dramatiques de cette formation à géométrie variable ; mais toujours drivée par Carla Torgerson et Chris Eckman…

 

The Walkabouts

Slow days with Nina

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Les Walkabouts vouent une grande admiration à Nina Simone. A travers cet Ep cinq titres, cette formation américaine mythique n’a pourtant pas voulu rendre un hommage à la célèbre chanteuse de jazz et de rythm’n blues américaine, mais proposer des versions alternatives et élégiaques de son répertoire. Bien qu’elles y figurent, « The desperate ones » et « Lilac wine » ne sont d’ailleurs pas signés par Simone. Des exercices de style austères, méthodiques, intimistes, minimalises, parfois même légèrement psychédéliques, qui démontrent une nouvelle fois leur art à adapter le patrimoine d’autrui. « Cotton-eyed Joe » trempe même dans le pseudo cabaret, alors que l’interprétation spectrale, incantatoire, de « Lilac Wine » (NDR : une chanson écrite par James Shelton), nous entraîne, nonobstant la voix féminine de Carla Torgerson, dans un univers dramatique réminiscent d’un certain Peter Hammill…

Joe Louis Walker

She´s my money maker

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Joe Louis Walker est né à San Francisco, le jour de Noël 1949. Etabli aujourd'hui sur la West Coast des Etats-Unis, il est considéré comme un des grands noms du blues contemporain. Mais avant d'obtenir ce statut, il a connu un parcours particulièrement chaotique. Au cours des années 60, il partage un appartement avec Mike Bloomfield dans le quartier branché de Haight - Ashbury. C'est Mike qui met une slide dans les mains de Walker. Quelle heureuse idée a-t-il pu avoir ! Après avoir mené une existence assez perturbée, Joe Louis rejoint un groupe de gospel. Il ne reviendra au blues qu'en 1985, lorsqu'il fonde ses Bosstalkers.

Il commet son premier elpee, "Cold is the night", l'année suivante. Depuis, en alignant régulièrement ses albums, il est devenu une des valeurs sûres du blues. En 92, il signe sur le label major Verve, sur lequel se succèdent "Blues survivor", "Silvertone blues", "Blues of the month club", "Great guitars", "How blue can you get" et "Preacher and the President". Ce dernier en 98. Et puis, il disparaît de la circulation. Jusqu'en 2000, où on ne voit plus que lui. Il enregistre alors "Guitar brothers", en compagnie d'Otis Grand. Paru chez JSP, en mai 2002. JLW embraie ensuite par "Pasa tiempo", un disque sorti en octobre dernier sur Evidence, puis se mue en funky Joe pour "In the morning", édité en juillet 2002 chez Telarc. Il nous revient déjà avec ce nouvel elpee. Mis en boîte à Richmond (Californie) en novembre dernier et autoproduit, cet opus est sous-titré "The Slide guitar album". Le titre de l'album adresse sans aucun doute un clin d'œil à Elmore James, le roi de la slide des 50s qui avait composé "Shake your money maker".

Joe démarre par un "Slow down GTO" qui ne laisse aucune trace de ralentissement, vu l'ardeur au rythme. Encrassée et fort métallique, la slide est bien présente. Elle se met directement à rugir, à hurler. Mais est-ce de plaisir ou de douleur ? Robert Watson à la basse, Willy Jordan aux drums et le bouillant Geno Blacknell Jr aux claviers, complètent le line up. "Poor man blues" est un blues rocker au tempo sage. Joe Louis a calmé sa voix. Geno est passé à l'orgue. Dès que la slide se libère, elle ébauche de petites phrases, bavarde, avant de prendre de l'épaisseur et de l'ampleur. Le bottleneck frétille d'aise. "Borrowed time" est tramé dans le même moule ; mais après moins de 50", la slide ne peut plus se contenir et se met immédiatement en orbite. "Ghetto life" est abordé sur un thème funky ; ce qui n'empêche pas la slide de pétiller. L'homme ne joue certes pas de manière conventionnelle. Il dispense des sons extraterrestres ou reproduit des cris d'animaux qui n'existent pas ici bas. "No easy kind of loving" est un slow blues bien plus proche du Chicago blues. Celui d'Elmore James, en particulier. Mais la slide reste dévorante et bien personnelle. Une nouvelle leçon pour ceux qui voudraient se montrer les meilleurs élèves du style. Nouveau coup d'accélérateur sur "Slide her up and down", une compo dont la démarche et le rythme me rappellent le classique "Shake your moneymaker". Mais le plus étonnant procède de l'aisance avec laquelle Walker libère ses notes. Déconcertant ! Le très connu "Born in Chicago" constitue la seule reprise de l'album. Signée Gravenites, elle rend ici très certainement un hommage à son ami de jeunesse Mike Bloomfield. Un message de classe qu'il transmet à son protecteur de jadis. Dirigé vers le Delta, "My judgement day" est un travail plus roots. Si la slide reste électrique, Joe joue du bottleneck d'une manière plus traditionnelle. Il respecte ainsi le travail des anciens comme Fred McDowell. Il reste plus appliqué et modeste pour rendre un hommage à deux de ses maîtres, John Lee Hooker, mais aussi l'innovateur de son époque, Earl Hooker, tout au long de l'instrumental "Hooker's blues". Une démonstration ! En finale "Eight years of lovin" fait une entorse au programme. Un duo échangé entre le piano boogie de Geno Blacknell et Joe Louis Walker qui a abandonné sa slide au profit d'un harmonica. Il souffle dans les aigus à la manière de Jimmy Reed. Tout au long de cet opus, la voix de Walker est puissante, profonde, chargée d'émotion et de feeling. Excellent!

Wanana Blues Blasters

Bluesanthropie

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Les WBB nous viennent de la région de Lyon-St-Etienne. Un trio partagé entre le chanteur/guitariste Gaspard Ossikian, le bassiste Olivier Perez et le batteur Michel Rulliere. Le groupe comptait déjà deux albums à son actif, dont un "Live sessions" paru en 2002. Très soigné, ce nouvel opus ne recèle que trois compositions maison, privilégiant les nombreuses reprises.

Il s'ouvre par un titre de BB King, "I wonder why". La voix autoritaire, puissante, assez râpeuse de Gaspard est étonnante. La formation abat du bon boulot. Le leader joue de la slide, avec beaucoup de réserve, sans jamais en remettre une couche. Ce qui explique la réussite de sa première sortie en soliste. "Mat à dame" est une composition maison, funky, qui montre les limites de la langue française ("les morpions qui attendent les ébats!!"). La belle voix rugueuse s'adapte mieux à la langue de Shakespeare. A l'instar du classique "Just a little bit" caractérisé par ses changements de rythme, et d'"I feel good", de James Brown, un fragment qui bénéficie du renfort de Fred Brousse, à l'harmonica. Un multi-instrumentiste qui a de l'étoffe ! "I'm ready" constitue le premier grand moment. La version est swing. La voix très grave, travaillée comme un instrument. Son solo est assez créatif. "Ice cream" est un tout bon blues lent maison, une compo magnifiée par l'épaisseur du timbre vocal de maître Ossikian. Nonobstant les limites de la formule trio, les musiciens remplissent bien l'espace sonore. Les Blasters conservent le tempo modéré tout au long du "Don't say that no more" de Jimmy Reed. Il n'est pourtant pas interprété à la manière typique de Reed, mais plutôt comme les formations blues rock du british blues boom des sixties. A cause de cette aptitude à ne pas s'égarer dans des flots de notes et dans l'autosatisfaction. Les Wananas font une interprétation réussie de l'instrumental "Don't loose your cool". Une cover notoire du maître de la Telecaster, Albert Collins, au cours de laquelle le trio est rejoint une nouvelle fois par Fred Brousse. Et tout au long de cette adaptation, il faut reconnaître que la section rythmique libère un fameux groove. La fin de l'album demeure fort intéressante. Le "Magic Moutain" de Gaspard Ossikian marque un net changement de style, beaucoup plus personnel. Gaspard trafique sa voix qui semble venir d'outre-tombe. Une voix très expressive, dont les reliefs soulignent l'effet dramatique. Elle peut même rappeler celle du Captain Beefheart à son époque glorieuse ou de l'Anglais Edgar Broughton. Et les cordes accentuent les effets vocaux dans un dépouillement assez sinistre. Une slide plaintive introduit une version bien personnelle du hit de Nino Ferrer, "Le Sud". J'aime beaucoup la finale, le fameux "Third degree", un long blues lent poussé à l'extrême. Un titre signé par le pianiste de Chicago, Eddie Boyd. L'adaptation est à nouveau sculptée dans le British Blues. L'atmosphère est empreinte d'une tristesse infinie. L'introduction à la guitare est tout en sensibilité. Les notes parcimonieuses font mouche. La voix de Gaspard colle bien à ce climat. Personnellement, elle me rappelle la quintessence d'Aynsley Dunbar Retaliation. Et en particulier le chant de Victor Brox et la guitare de John Moorshead (NDR : un fervent adepte de Peter Green). Et c'est un compliment !

 

M. Ward (Matthew Stephen Ward)

Transfiguration of Vincent

Des cigales entonnent leur chant estival sur un instrumental country-folk limite mariachi, genre Calexico dans le Sud de la France. Puis un piano déboule sans crier gare (" Sad, Sad Song "), comme si Ed Harcourt avait pris le maquis, le temps d'une pause rafraîchissante en compagnie d'une Chan Marshall (les chœurs) toujours aussi timide. Pourtant, on n'est ni en pleine fournaise pyrénéenne, ni chez l'Anglais dandy fan de Brian Wilson : on est en Oregon, pays de cocagne de Matt Ward, songwriter encore mésestimé dont ce " Transfiguration… " est le troisième album, après " Duet For Guitars #2 " (1999) et " End of Amnesia " (2001). Sans forcer (une guitare, un piano, une batterie et un harmonica), Matt Ward écrit quelques-unes des plus belles pages du folk américain, mais un folk réservé, rongé par le doute, dénué de tout oripeau trop voyant. De l'anti-folk, diront certains, si ce n'est que Matt Ward sait chanter, d'une voix paisible et sereine, qui contraste joliment avec la tristesse de ses textes. Epaulé d'une belle brochette de musiciens aguerris (d'Howe Gelb à Deeana Varagona de Lambchop), Matt Ward convainc avec tact et finesse, là où d'autres ne susciteraient qu'ennui et bâillements polis. Du jazzy " Poor Boy, Minor Key " à la cover anémique du " Let's Dance " de Bowie, Matt Ward ne cesse de nous surprendre et de nous émouvoir. Une véritable transfiguration, comme il dit. Menée de mains de maître.

The Warlocks

Phoenix album

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Si on ne tient pas compte de leur premier mini elpee 6 titres, "Phoenix album" constitue déjà le deuxième album de cette formation issue de Los Angeles. Une formation dont le line up est assez impressionnant, puisqu'il implique deux drummers, un bassiste, un claviériste et la bagatelle de quatre guitaristes, parmi lesquels Bobby Hecksher (NDR : le leader/compositeur) se réserve, en outre, le chant et l'harmonica. Et parmi les invités, on retrouve le vétéran et ex Spacemen 3, Sonic Boom. Pour changer, à la guitare ! Spacemen 3, c'est d'ailleurs le premier nom auquel on pense en écoutant cet opus. A cause de leur musique fondamentalement psychédélique et très électrique. Mais au fil de l'écoute, on y croise une foule de spectres passés et présents. En autres, les Dandy Warhols, sur l'hymnique " Shake the dope out ", les Stones " tout au long de " Hurricane heart attack ", sorte de frère bâtard du célèbre " Street Fighting man ", quoique joué avec une lenteur titanesque et torturé par une voix démoniaque. Loop, chez le tribal et hypnotique, " Inside outside ", déchiré par un harmonica grinçant. Jesus & Mary Chain tout au long de " Stone hearts ", à cause des oscillations noisy qui canalisent le fragment. Quicksilver Messenger Service (West coast oblige !), sur le visionnaire et sinistre, mais très mélodique, " Baby blue ". Syd Barrett pour l'allègre " The dope feels good " et le Floyd sur le space rock ténébreux "Cosmic letdown". Luxuriant, évoluant sur un mid tempo, " Moving and shaking " lorgne plutôt vers Archive, alors que les 15' de " Oh shade " s'aventurent dans l'expérimentation krautrock d'un Faust, voir d'un Neu. Toutes ces références bien subjectives ne sont destinées qu'à vous donner une petite idée du climat qui règne tout au long de cet opus. D'ailleurs, si vous êtes un adepte du psychédélisme, vous ne pouvez passer à côté de cette plaque. Et après vous l'être procurée, un bon conseil : oubliez tout ce que je viens de raconter, et laissez-vous transporter l'univers tellement fluide, intense et coloré des Warlocks… vous ne le regretterez pas !

The Waterboys

Universal hall

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Saviez-vous que la naissance des Waterboys remonte à 1982 ? Un fameux bail pour un groupe dont le line up, il faut l'avouer, n'a jamais été très stable. Faut dire que son seul dénominateur commun, le compositeur/chanteur/guitariste/pianiste et bien sûr leader, est un type particulièrement tourmenté. Et pour cause, Mike Scott n'est jamais parvenu à faire le choix entre entreprendre une carrière solo ou poursuivre l'aventure des Waterboys ; mais aussi entre se consacrer à la big music ou à la formule acoustique (parfois même celtique). Déchiré entre ces quatre pôles, vous imaginez donc facilement les incessantes volte-face opérées depuis ses débuts. Pour enregistrer " Universal hall ", il a donc remonté les Waterboys. Aujourd'hui réduits à un trio. Au sein duquel on retrouve Steve Wickham, en compagnie duquel il travaille régulièrement, et en particulier depuis l'enregistrement de " Fisherman's blues ", en 1986. Et puis un certain Richard Naiff. Ex Catacoustics, ce claviériste avait déjà participé aux sessions d'enregistrement de " A Rock In The Weary Land ", en 2000. " Universal hall " est l'endroit au sein duquel Mike a enregistré son nouvel opus. Un théâtre sis à Findhorn, en Ecosse, où il a vécu pendant presque une décennie. Il y a trois ans, il y avait même accordé un concert devant 400 personnes. Une foule composée exclusivement de sa famille, de ses proches et de ses amis. Essentiellement acoustique, cet opus replace Mike dans la peau d'un troubadour des temps modernes. Des chansons tantôt intimistes, tantôt mystiques, rédemptrices même (" This light is for the world ", " The Christ in you "), mais toujours empreintes d'humanisme et de sagesse qui ne manquent jamais leur cible. Mais elles prennent une toute autre dimension lorsque le violon de Steve Wickham entre dans la danse. A l'instar du très beau et ondoyant " Peace of iona " ; ou encore du gaélique " The dance at the crossroads ". Exception qui confirme la règle, " Seek the light ". Un fragment dont les accents à la fois technoïdes et torturés sont plutôt surprenants et inusités dans le chef d'un Mike Scott. Serait-ce un indice de changement pour le futur des Waterboys ?

 

Wealthy Beggar

Selling the vibe (Ep)

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Weathy Beggar nous vient de Tilburg, aux Pays-Bas. Un quintet qui a bénéficié du concours de Michel Schoots (Urban Dance Squad) pour coproduire cet EP six titres. Dans ces conditions, vous imaginez peut-être que la formation pratique une forme de funk métal. C'est une erreur. De funk, il n'en est guère question ici. De métal, oui. Mais sur la moitié des compositions. Un métal épais, lourd, qui détonne avec leur sens mélodique particulièrement contagieux. Heureusement, les trois autres fragments révèlent une toute autre dimension. Superbe chanson hymnique, " Selling the vibe ", conjugue guitares funk (NDR : une exception qui confirme la règle !), boucles, boîtes à rythmes et de superbes harmonies vocales dignes de Tears For Fears. Un peu à la manière de Soulwax. Et lorsque le combo emprunte un format semi-acoustique, le sens mélodique se fait davantage britpop (Starsailor ?). A l'instar de la ballade mélancolique " Care " et puis du mid tempo " Keep on firing ".