La nation fantôme de The Besnard Lakes…

Le septième opus de Besnard Lakes, « The Besnard Lakes Are the Ghost Nation », paraîtra ce 10 octobre, confirmant ainsi son statut de l'un des groupes les plus constants de ces 20 dernières années, dont la vision et la qualité sont difficilement égalables…

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Farfouiller dans la Pure Carrière…

Après des années de chaos et de réinvention, Pure Carrière revient avec « Farfouiller », une ode brute, étouffante mais libératrice à l'ennui, au chaos et à la mort. Née des racines du slacker punk, cette pièce marque un nouveau départ et un retour en force.…

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Saul Williams

Saul Williams

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L'acteur, le poète et le musicien s'incarnent dans le corps de Saul Williams. Chanteur engagé et enragé, Saul Williams signe aujourd'hui un deuxième album fulgurant. Près de quatre longues années se sont pourtant écoulées depuis la sortie d'"Amethyst Rockstar", premier disque de cet inclassable artiste. Nous pouvions craindre qu'il ne retourne sa veste, qu'il ne tombe dans de pâles niaiseries prescrites par l'industrie musicale Il n'en n'est rien. Au contraire, nous retrouvons un Saul Williams moderne, fidèle à lui-même et à ses convictions. Prince du spoken words, comète du rock'n'roll et ange gardien d'un hip-hop resté intègre, Saul Williams incarne à lui seul la fusion abandonnée par Rage Against The Machine. Aussi, personne ne s'étonne de retrouver Zach De La Rocha sur la liste des invités. Les deux protestataires s'en donnent d'ailleurs à cœur joie le temps d'un "Act III scene 2 (Shakespeare)" porteur de virulentes revendications. Les mots pleuvent sur Georges Bush comme les bombes sur les Irakiens. Rien n'arrête Saul Williams. Ces requêtes sont urgentes, dansantes. "List of demands (reparations)" pourrait même lancer les premiers feux d'une révolution ragga sur le dance-floor. Quelques notes plus tard, notre homme se penche sur les ségrégations ("Black Stacey" – bientôt remixée par NAS) et entame les premiers pas d'une danse tribale sur les plus sombres moments de l'histoire américaine. Souvent comparé à Jimmy Hendrix pour son charisme et sa dextérité à jouer les mots comme Hendrix triturait ses six cordes, Saul Williams est en passe de devenir une star. Mais si Hendrix mettait le feu à sa guitare, espérons que la verve de Saul Williams ne partira jamais en fumée…

Ron Williams

Gotta do the right thing

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Présentateur TV de couleur noire, Ron Williams est originaire d'Oakland, en Californie. Devenu GI, il est parachuté ( ?!?!?) en Allemagne. Ce qui, vu la fonction, n’est pas vraiment une surprise. Ron s’est également forgé une certaine réputation comme acteur ; mais est également considéré comme un très bon chanteur de blues. Une voix qu’il mettait en exergue, à ses heures perdues. Il a donc rencontré le Greg Hilden's Blues Band. Gregor Hilden est sans aucun doute un des guitaristes les plus doués outre-Rhin. L’an dernier, il avait commis l’excellent album "Blue hour", un disque sur lequel il s'essayait, avec le même bonheur, à différents styles.
 
Le rideau s'ouvre sur les musiciens de Bluesnight. Entrée swing, "Greg's bop" présente les solistes : le saxophoniste Tommy Schneller que suit l'organiste Horst Bergmeyer laissent ensuite l'espace libre au redoutable guitariste teuton Hilden et au drummer Frank Boestfleisch. "Gotta do the right thing" amorce un funk. Ron entre en scène pour chanter ce R&B contagieux. Les musiciens sont talentueux. Et en particulier Tommy et Gregor. Hilden égrène quelques notes pour ouvrir la ballade R&B "Witness for my love". Williams est très à l’aise sur ce tempo. Une voix grave, puissante et chaleureuse soutient cette plage de bonne facture. "Diggin' for diamonds" baigne au sein d’une ambiance feutrée, jazzyfiante, cabaret, jazz. Constituée de Boestfleisch à la batterie et d’Olli Gee à la basse, la section rythmique brille par sa légèreté, pendant que Scheneller et Bergmeyer au piano s’autorisent chacun une sortie en solo. Horst double piano et orgue sur "You turn my world", un slow blues bien torché au cours duquel Gregor distille les notes nécessaires et suffisantes pour accompagner la voix conquérante de Ron. Lorsqu'il joue en solo, il se montre tout aussi parcimonieux qu’efficace, dans un style qui rappelle son idole - mais également son compagnon qu’il a côtoyé de longues années - Peter Green (NDR : de la grande époque, bien sûr !) . Schneller manifeste un grand enthousiasme sur son sax ténor, tandis que le chant imparable de Williams lorgne manifestement du côté de l'Anglais Chris Farlowe. Instrumental très Memphis R&B, "Salami jump" évolue dans un registre proche de Booker T. A cause, vous vous en doutez, de la sonorité de l'orgue Hammond. Ce qui n’empêche pas les autres musiciens de tirer également leur épingle du jeu. Imprimé sur un tempo lent, "Lay around" s’inspire largement du blues urbain de Chicago des années 50. Lors de ce thème classique, tous les musiciens sont bien en place. Bien dans son élément, le vocaliste dissèque littéralement son texte. Et il se montre tout aussi convaincant tout au long du traditionnel "Will the circle be unbroken". Une version grandiose caractérisée par ce chant alangui qui sur la fin se mue en véritable galop. Les deux dernières plages ont été enregistrées en public. Deux classiques du blues. Tout d'abord une version swing d’"Everyday I have the blues" de Memphis Slim au cours de laquelle Gregor accorde un solo très jazzyfiant. Probablement le meilleur morceau de l'opus ! Le show s’achève par la cover du très notoire "The thrill is gone" de BB King. Hilden est très sollicité. Et en particulier lorsque les musiciens d’outre-atlantique se produisent sur le vieux continent. Pour l’instant, il travaille en compagnie du californien Red Holloway, un saxophoniste noir ; un agenda bien rempli, puisqu’il a été invité par Mz Dee, une chanteuse issue d'Oakland (NDR : naguère elle fut la chanteuse du Johnny Otis Band) et puis par Tavis Haddix et Larry Garner…

Wildcards

On fire!

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Auteurs de deux excellents albums, "Feelin' good" en 1997 et "Rollercoaster" en 99, les Nightporters étaient considérés comme un des meilleurs groupes anglais de blues et de rockabilly. Ils se sont malheureusement séparés en 2002. Quelque temps plus tard, le guitariste Martin Vowles et le batteur Kevin Crowe décident de tenter une nouvelle aventure musicale. Ils rencontrent le chanteur/guitariste Vince Lee et le convainquent de rejoindre les Wildcards, entraînant pour la circonstance un autre musicien du Big Combo, le bassiste Al Wallis.
 
Le fruit de cette rencontre entre musiciens du Sud Ouest anglais vient d’accoucher d’un elpee tout bonnement impressionnant. Un bon coup de griffe électrique administré aux cordes oriente les Wildcards sur le chemin musical du rockabilly largement amplifié de "Look what you've done to me". Les guitares manifestent toute leur puissance. La rythmique se dessine parfaitement à l'avant-plan. Signé Jeff Turmes (NDR : un ex James Harman Band),"Happy hour" épouse un style largement emprunté à la West Coast. Un mérite à notifier sur la carte de visite des Wildcards. La section rythmique libère un fameux groove. Les deux guitares se complètent. J’ignore qui est le soliste, mais il se débrouille plutôt bien. Dans un style proche de Little Charlie Baty et de Kid Ramos. Qu’il est capable d'emballer sans pour autant se départir d’une certaine ligne de conduite. Sans oublier la présence du vocal de Vince Lee, toujours coloré de rock'n'roll. Vince chante avec autorité "A little mixed up", un blues très rythmé signé Willie Dixon. Les guitares s’élèvent, l’une après l’autre, puis éclatent dans leur envol, au sein d’une folle ambiance ‘live’. Brève coupure d’électricité pour permettre à l’à l'ukulélé d'introduire "Can't keep from doing wrong". Un fragment qui se mue rapidement en un Mississippi blues. Bien gras, lourd et extrêmement amplifié, le son baigne au sein d’une atmosphère ténébreuse qui autorise cependant une évasion insatiable de cordes. Le "How do you feel" de Percy Mayfield ne manque pas de conviction. Il évolue dans un registre proche du Canned Heat, époque Bob "The Bear" Hite. Blues lent, doux, très fin de soirée, le "Change your way of loving" de Pee Wee Crayton est soutenu par une section rythmique veloutée. La guitare s'échappe en accords voluptueux. Célèbre instrumental, le "Caravan" de Duke Elligton est imprimé sur un rythme échevelé. Denses et sauvages, les guitares galopent littéralement. Issu de la plume de Little Walter, "I'm in a lowdown chariot" libère beaucoup de swing. La voix de Vince demeure sereine. Excellent ! Les Cards s'en donnent à coeur joie tout au long de l’interminable boogie "Deep six boogie". Vince Lee vomit littéralement ses vocaux. La guitare participe à cette orgie sonore qui dégénère progressivement. Les cordes crachent le feu, dans un style qui rappelle Link Wray et ses relents trash. Des Wildcards durs, sauvages et cruels… Autre country blues explosif et déjanté, l’adaptation du "Terra Mae" de Dr Ross est hanté par le chant trafiqué, semblant sortir d'outre-tombe. Démoniaque, il dérange, se fait invocateur. Cette fin d'opus nous plonge vraiment dans un autre monde. Rendue libre à la nature, la musique des Cards est totalement débridée. Une situation qu’ils semblent apprécier. Et le titre de la dernière plage traduit parfaitement cet état d’esprit : "I'm on fire!". Impressionnant et à écouter sans réserve, même si à la fin de l’elpee vous êtes sur les genoux !

Willy Willy

Hellzapoppin

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Le Voodoo Band est né en 1999. Une formation fondée par un certain Willy Lambregts. Un Ostendais, mieux connu pour avoir été le guitariste de Vaya Con Dios et des Scabs. Responsable d’un premier album en 2003 ("Willy Willy and the Voodoo Band"), ce band belge taillé pour le white trash rock'n'roll nous propose son deuxième opus. Pour la circonstance, le grand Willy a privilégié ses propres compositions. Et le résultat est, bien entendu, plus original et surtout personnel.
 
L’ouverture est idéale. Un superbe rock'n'roll digne d’Eddie Cochran, Gene Vincent et consorts. Pourtant l’ombre du Velvet Underground est également présente. Elle nous replonge dans cet univers très singulier au cœur duquel Lou Reed (NDR : ce timbre et ces inflexions !) menait ses troupes à coup de rock'n'roll. La comparaison est troublante. Le Bo Diddley beat imprime "Ro day". Eclaboussée derechef par des jets de rock'n'roll, la trame rythmique est nerveuse. La section rythmique est efficace ; et en particulier les martèlements de Marty De Wagter aux drums. La sonorité des guitares produit son effet. Opérée par Patrick Riguelle, la mise en forme est impeccable. Signé Leiber et Stoller, "Bazoom!" est une ballade amusante, une sorte de blues/pop/rock, qui met en exergue le travail des voix. Particulièrement amplifiée et incisive la guitare est bien mise en évidence. "Birdlime boogie" est un boogie bien saignant. Les vocaux de Willy sont ici paresseux et nasillards, mais surtout soignés. "2nd hand love" est taillé dans le funky R&B par le Voodoo Band. Une compo rehaussée par la présence de la voix spécifique et tellement musicale de Miss Beverley Jo Scott. Une démarche musicale plutôt originale, accentuée par une certaine recherche dans la tonalité des cordes. Franchement blues rock, "Lonesome to be true" évolue sur un tempo lent. Les cordes de guitare se multiplient. Elles occupent une place prépondérante ; d’autant plus que Patrick Riguelle en rajoute une couche. Le white trash rock'n'roll (NDR : on y est !) de "No place 4 U here" est percutant. La version acoustique du traditionnel "Nobody's fault" de Blind Willie Johnson est enrichie par les voix de Beverly Joe, de Willy, Patrick, Wigbert (NDR : qui double à la mandoline), Daringmen, et de Hans Quaghebeur (NDR : préposé au hurdy gurdy!) Un moment très agréable. "Hammerin' blues" est sculpté dans le blues rock. Tout comme le titre maître. Le rock'n'roll y est souverain. Les guitares toujours à l'avant et la voix bien nonchalante. Trop court, cet elpee s’achève par "Gravel road", une ballade country légère, balayée par la lap steel de Riguelle. Ce nouvel opus est à peine sorti que le Voodoo Band a changé de line up. Aux dernières nouvelles Willy est soutenu par Pip Vreede (ex Wolfbanes) à la guitare rythmique, Paul Brusseel (ex Mudgang et Revelaires) à la batterie et Marnix Catsyn (ex Soapstone, Revelaires) à la basse. A suivre! Le Voodoo Band occupe une place bien à lui sur la scène rock nationale. En outre Willy sévit également chez Stoned, en compagnie de Wigbert Van Lierde et de Jan Hautekiet, une formation qui se consacre aux covers des Rolling Stones!

Danny George Wilson

The Famous Mad Mile

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C’est l’histoire d’un gars qui est né en Australie, s’installe très tôt en Angleterre et rêve d’Amérique. Ainsi, alors que la Britpop règne en maître, Danny George Wilson crée avec son frère Julian le groupe Grand Drive (nom d’un bout de route à la périphérie du Surrey), véhicule de leur amour de la country et du psychédélisme de la côte ouest. Suivront quatre albums marqués par une approche personnelle de l'Americana (où les chagrins d’amour trustent les premiers rôles), issue paradoxalement du sud de Londres. Enregistré avec son ami Simon Alpin (Willard Grant Conspiracy), The Famous Mad Mile est porté par des mélodies simples, accompagnées par une guitare acoustique, quelques cordes et de trop discrets coups de batterie. Bref rien de nouveau sous le soleil américain ou sous la bruine anglaise. D’où un certain ennui, tant l’ami Wilson se complaît dans cette nostalgie romantique à coup de complaintes traînantes et parfois soporifiques.

Thomas Winter Et Bogue

Sur la colline

Écrit par
En littérature ou en musique, pour parler d’amours déchus, d’heureuses amourettes ou de solitudes éperdues, les mots de la langue française gomment la concurrence linguistique à grands coups d’effaceurs. Conscientes de leur fonction romantique, les lettres s’amusent et se promènent sur le tableau noir de nos deux professeurs au cœur brisé : Thomas Winter et (Nicolas) Bogue. "Sur la Colline", il pleut toujours. Mes yeux sont secs, mon cœur déprime. L’improbable duo excelle dans l’art contagieux de troquer une triste réalité contre une tendre dose épicée d’existentialisme romantique. Amateurs confidentiels de textes crus et d’infaillibles mélodies, Winter et Bogue maîtrisent la chanson française, la légèreté narrative, le poids des mots. A travers des paysages érotiques où ne subsistent que haine et rancune, les deux garçons chantent et confessent nos plus sombres pensées. "Sur la colline", deuxième album confondant, élève sans mièvrerie nos animosités les plus acérées vers des sommets pacifiques, des panoramas de mélancolie poétique.

Stéphane Wagenheim

Rêve d´altitude

Écrit par
Stéphane Wagenheim nous propose six plages essentiellement acoustiques, dont une seule chantée en français, plus trois reprises (Coldplay et K's Choice - il y a pire comme choix) et la seconde version, acoustique, d'une composition originale. On retrouve souvent Stéphane seul à la guitare classique et au chant. Le recours simultané à la basse, la batterie et la guitare électrique est plus rare. C'est pourtant le cas sur 'Hey Joe', blues rock sympathique, et 'It was on the Rocks', rock garage beaucoup plus décoiffant. Les reprises, sans être ridicules, n'apportent rien aux originaux. Par contre, les compositions personnelles révèlent souvent d’intéressants atouts. Refusant la facilité, elles prennent des chemins de traverse dans des ambiances mélancoliques. La voix est plaisante et les quatre musiciens n'ont vraiment pas l'air manchots. Reste que, souvent, le chant ne semble pas assez impliqué. La production est plate, voire très approximative dès que les quatre musiciens interviennent. A sa décharge, on a quand même l’impression que la mise en forme sent l’artisanat volontaire mais fauché. Elle mérite donc un peu d'indulgence. Dommage, car il est clair que certaines plages ('Angels blue Eyes', par exemple), auraient pris une autre dimension si on leur avait offert une belle profondeur. Bref, plutôt la maquette d’artistes en quête de partenaires. S’ils trouvent, le résultat ne manquera sûrement pas d'intérêt.

Martha Wainwright

Martha Wainwright

Écrit par
Enfin ! Après trois sorties miniatures, quelques EP introuvables échoués dans les bacs des disquaires les plus confinés de Londres, Martha Wainwright se décide à suivre la destinée familiale. Sur les traces de ses parents, Loudon Wainwright et Kate McGarrigle, et du frangin Rufus, Martha Wainwright part à la rencontre du public par l’entremise d’un album gravé de son nom illustre. Sur ce disque, Martha fait vaciller son intimité, transforme ses pleurnichages en de précieuses complaintes. Poignantes, intenses, les compositions suivent un long chemin lacrymal où les sanglots errent entre joie et désespérance. Mais déclarer que ce disque est un sans faute relèverait d’un conscient mensonge, d’une vile intention. Toujours penchées au dessus d’une brèche attristée, les chansons de Martha peuvent se révéler agaçantes, verser dans un côté abrasif propre à Kate Bush, Sarah McLachlan ou Tori Amos. Pourtant, le timbre cristallin de Martha ne plonge jamais dans les tréfonds du genre. Au contraire, chaque étape de ce disque révèle une Martha profondément impliquée dans ses textes. Et ses sombres formules empathiques trouvent toujours format à leur taille : ni trop court, ni trop long. Martha Wainwright calibre parfaitement son sujet sans jamais se fourvoyer. Pour célébrer l’avènement de sa soeurette, Rufus vient même déposer quelques mots sur « Bring My Heart ». Bilingue parfaite, Martha s’autorise quelques sorties en français. Lors du très beau « This Life » et par un hommage vibrant à l’immense talent de Barbara sur « Dis, quand reviendras-tu ? »

The Warlocks

Surgery

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Comment passer du psychédélisme à la noisy? C’est un peu le challenge que vient de réussir la formation californienne The Warlocks. Et pourtant, plusieurs écoutes sont nécessaires avant de pouvoir commencer à apprécier ce nouvel album. Le premier fragment, « Come save us » s’enfonce immédiatement dans la noisy ténébreuse et agitée de Jesus & Mary Chain voire de Black Rebel Motorcycle Club. Mais sur un tempo aussi fracassant que les compos du précédent opus « Phoenix ». Passée cette entrée en matière la musique entre littéralement dans une sorte de léthargie envoûtante, grinçante, languissante, propice aux contes modernes de vie et de mort de Hecksher ; les turbulences de sa propre existence lui servant de fil conducteur. Les couches pures, soniques, de feedback et de distorsion se superposent, et ne tiennent ensemble que par la grâce des décibels. Un feedback qui tombe même goutte à goutte lors des 12’12 de « Suicide note », un final au cours duquel Hecksher semble réciter une prière dans un univers sonore aux tonalités floues, la ligne d’orgue éthéré accentuant cette impression. Mais le titre qui m’a fait le plus flasher est sans conteste « Thurday’s radiation ». Une tempête sonore cinglante, grésillante, qui se lève lentement, forcit progressivement, avant d’atteindre son groove hypnotique. Un ouragan de plus de 7’30 qui doit peupler les cauchemars de Thurston Moore, le leader de Sonic Youth. Et le reste de l’album mérite également qu’on s’y attarde. Produit par Tom Rothrock (Beck, Elliott Smith, Foo Fighters, Badly Drawn Boy, Coldplay), il conjugue élégamment arrangements ‘spectoreques’, mélodies visionnaires, hallucinogènes, vocaux flottants parfois reverb et intensité électrique. Paradoxalement sous la forme d’une valse, sur le torturé « Angels in heaven, Angels in hell », sur un tempo lent, cold wave, presque ‘curesque’, tout au long de « Abobe earth » ; et puis en abordant la forme du minimalisme chez « The tangent » que balaie un clavier intriguant, hanté par le spectre de Terry Riley. Que dire de plus ? Un must !

We vs. Death / Green Concorde

9-Songs Split

Le verre à moitié vide : ‘Les split cd c’est pelant, et puis comment tu les ranges dans ta discothèque, à W ou à G ?’. Le verre à moitié plein : ‘C’est bien, tu découvres deux groupes en même temps, pour le prix d’un seul !’. Pourquoi le split cd ? Ces deux groupes se connaissent-ils ? Ont-ils des gosses ensemble ? Alors pourquoi ne pas avoir collaboré directement, en synergie (exemple : la collection « In The Fishtank ») ? Peu importe la schizophrénie, parlons plutôt musique : 1/ We vs. Death baigne dans le post-rock conventionnel, tension-rétension, cyclothymie des sentiments, rythmiques contradictoires, et du piano pour faire joli. 2/ Green Concorde, plus EMO voire noisy, entre Girls Against Boys et Sonic Youth, voire McLusky (R.I.P.) et les Pixies (‘2:26’). Qu’est-ce qui les unit ? Une certaine mélancolie, un pouvoir de séduction, si on aime les ambiances crépusculaires. Entre les deux (l’interstice), on ignore ce qui se trame : dans cet espace-temps microscopique (deux-trois secondes) on passe de l’un à l’autre. Un basculement étrange, digne d’un scénario ‘lynchien’. Mais qui donc a tué Dick Laurent ?

Ben Weaver

Blueslivinghollerin’

Écrit par
Les errances musicales de ce jeune américain de 25 ans l’ont amené à (re)découvrir son patrimoine historique. Quelques vinyles et une platine pour seuls compagnons de voyage, Ben Weaver a psychiquement traversé l’histoire de la bannière étoilée. Et pour Ben, les plus belles étoiles étaient musicales. Depuis sa plus tendre enfance, il lorgne ainsi du côté de la country music sans jamais se défaire de l’âme salie des esclaves noirs. Alors, il entretient le mythe du blues la voix rauque de l’homme hanté par d’innommables atrocités. Certes, Ben Weaver est jeune ; mais il semble sillonné par toute les misères de son pays. « Blueslivinghollerin’ » vient ainsi nous présenter la personnalité sensible d’un garçon amoureux de musiques traditionnelles. Entre folk, blues et country, Ben nous propose dix-huit titres, issus de ses trois premiers albums autoproduits (« El Camino Blues », « Living The Ground », « Hollerin’ at a Woodpecker »). Et pour les mélomanes non avertis, l’Américain glisse trois chansons tirées de son petit dernier : « Stories Under Nails ». De fait, ce disque constitue une sorte de pelletée furtive dans sa maigre discographie. Pourtant, la sélection opérée vaut bien un grand verre de whisky et une boîte de tabac. Au rang des plus belles réussites, nous soulignerons le désenchantement de « Sara », où l’harmonica vient épauler le timbre rauque et désespéré de Weaver. Une chanson de l’envergure de « Sometimes » nous apporte, ensuite, la certitude que Tom Waits a déniché un digne héritier en la personne de Ben Weaver. Sa nonchalance suave virevolte sur les routes caillouteuses de la veille Amérique : celle des querelles entre cow-boys et indiens, celle des braquages de saloons, celle des prisonniers traînant leur boulet aux abords des chemins de fer. Pour l’occasion, Ben Weaver s’offre également une reprise de « Ballad Of a Thin Man » de ce bon vieux Zimmerman. L’oncle de Ben Weaver se nomme Sam et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne s’en cache pas. L’histoire est ainsi faite…

The Wedding Present

Take fountain

Écrit par
Après avoir mis huit longues années entre parenthèseq, David Gedge a décidé de reformer Wedding Present. Et dans le même temps de mettre fin à l’aventure Cinerama. Flash-back ! En 1997, David dissout W.P. et fonde Cinerama en compagnie de sa copine, Sally Murrell. Une formation qui sortira quelques disques plutôt confidentiels. En 2004, le couple se sépare. Et Gedge de remonter ‘le cadeau de mariage’ (sic). Hormis Simon Cleave (NDR : et encore il a manqué les premiers épisodes de l’histoire), David est le seul membre originel du groupe. Vous me direz : ‘normal, puisqu’il en est et en était également le chanteur/compositeur et guitariste’. Fatalement, l’opus du come-back navigue quelque part entre la musique de Cinerama et de W.P. Un disque qui a reçu le concours de Fisk à la production, personnage qui s’est surtout illustré lors de l’explosion du grunge en mettant en forme des elpees de Nirvana, Screaming Trees ou encore Soundgarden. Certaines compositions renouent avec le style fougueux qui en avait fait une véritable légende de la pop britannique. Et notamment ce phrasé de guitare gratté, rapide et chatoyant qui alimente une instantanéité pop rafraîchissante. Et je pense tout particulièrement aux excellentes 8 minutes d’« Interstate 5 » qui s’achèvent dans un climat filmique digne d’un western spaghetti d’Enio Morricone (NDR : ces cuivres mariachi !). Ou encore la nouvelle version d’un single de Cinerama intitulée « Don’t touch that dial (pacific nothwest version) ». Sans oublier les traditionnels « Ringway to seatac » et « It’s for you ». Ses lyrics s’inspirent de ses relations sentimentales, même s’ils sont abordés au second degré. Faut dire que vu les circonstances, il avait de quoi raconter. Des textes mélancoliques qu’il chante d’une voix claire et tellement poignante. Le reste de l’opus se révèle plus éclectique. Romantique aussi. Impliquant tantôt orchestrations de cordes, de cuivres et même du mellotron sur le final somptueux « Perfect blue » ; une composition comme « Mars sparkles down on me » rappelant même la mélancolie douce de Luna. Un chouette album !

Ween

Shinola vol.1

Écrit par
A bien y regarder, « Shinola » n’est pas un nouvel album de Ween, mais bien une compilation de morceaux n’ayant jamais trouvés leur place sur les albums du groupe. Concept difficile à saisir tant leurs disques sont un si intense fourre-tout qu’on les imaginait mal méticuleusement élire tel ou tel morceau. Toujours aussi inclassables, les frangins nous offrent une nouvelle démonstration de ce qu’ils ont toujours fait de mieux : un joyeux bordel organisé ou tout explose en tous sens. De la jam droguée « Tastes good on the bum » au rêveur « Someday », rien ne se tient, rien ne se contient. Au rayon je suis cinglé mais je me soigne, « Boys club » et ses interventions de Charlie Oleg sous acides rivalise avec « Big fat fuck » sur lequel on croirait entendre l’ami Josh Homme (qui a invité Dean sur ses Desert Sessions) déposer quelques notes. « Monique the freak », doigts humides et drap tachés, constitue l’habituel hommage au nain de Minneapolis. Mais cette plaque contient surtout deux très grandes chansons, « I fell in love today » et « Did you see me » vaporeuses et charnelles à la fois et qui, à elles seules feront trépigner même les plus téméraires jusqu’au volume 2.

Weezer

Make Believe

Écrit par
Weezer fait de la new-wave comme on disait juste après la première vague punk au début des années 80, c'est-à-dire une musique faite à la guitare et au synthé, pop, assez simple mais rentre-dedans. Leur précédent album ("Maladroit") avait caracolé en tête des charts US. Leur 5e est parti pour la même trajectoire. D'autant que les chansons semblent plus profondes. Bien sûr à la première écoute, elles paraissent joyeuses et insouciantes, comme d'habitude, mais à y regarder de plus près, le propos est quasi dépressif. Explication: Rivers Cuomo, le leader de Weezer est en pleine crise. Il a rejeté sa vie de rockstar pour désormais vivre seul, sans copine, sans voiture, ni télé, ni même une chaîne stéréo! Cuomo a repris des études abandonnées en 1995 et il avoue à présent être devenu adepte de la méditation silencieuse, ce qui, on s'en doute, n'a pas manqué de perturber les trois autres membres de son groupe! Il paraît que c'est presque un miracle si le nouvel album a vu le jour... Un sophrologue a même été appelé au chevet du band pour l'empêcher de partir en sucette. Cuomo aujourd'hui, évoque même un abandon pur et simple de la musique. Est-ce lui le nouveau Brian Wilson?

Weird War

Illuminated by the Light

Écrit par
Neil Hagerty (ex-Royal Trux) ayant quitté le groupe après un premier elpee enthousiaste mais brouillon, Weird War est maintenant devenu la propriété de Ian Svenonius et Michelle Mae (ex- The Make-Up). Après l’album “If You Can't Beat 'Em, Bite 'Em”, paru en 2004, le nouvel opus “Illuminated by Light” illustre à merveille le bouillon de culture musical proposé par Svenonius et sa bande, à savoir un rock US teinté d’éléments de Krautrock et de rock psychédélique. Les titres “Illuminated” et “See About Me” confirment aussi le son résolument seventies adopté par Weird War, caractérisé notamment par un traitement des rythmiques un peu kitchs. On retrouve avec plaisir mais parfois aussi avec un certain agacement cette guitare qui se la joue cavalier solitaire tout le long de chacun des 11 titres de cet album. Il y a à boire et à manger dans cette plaque, mais une chose que l’on ne peut reprocher à Weird War, c’est leur coeur généreux à l’ouvrage rock’n’roll.

Paul Weller

As is now

Écrit par
Depuis la sortie d’« Illumination », en 2002, Paul Weller ne nous avait plus proposé de nouvelles compositions. Paru l’an dernier, « Studio 150 » se consacrait uniquement à des reprises. C’est chose faite avec cet « As is now », une œuvre enregistrée en deux semaines, dans les studios « Wheeler end » d’Oasis. Si l’influence de Jam est toujours bien présente (NDR : guitare en avant, rythme soutenu) - et en particulier sur les trois premières plages de l’opus - Weller n’oublie pas de rendre un hommage à ses pères musicaux : les Beatles. Et puis, le disque recèle quelques agréables ballades folk, sans oublier l’une ou l’autre plage bien r’n’b dont il a le secret. L’opus s’achève par une véritable apothéose : « The pebble and the boy ». Un titre empreint de mélancolie et de gravité. Somptueux ! Tout au long des 14 fragments réunis sur cette plaque, Paul est encore parvenu à étaler son immense talent. Et puis, avec l’âge, sa voix me semble de plus en plus mélodieuse et surtout plus précise. Un véritable bonheur pour les aficionados de celui qui est considéré comme le parrain du punk britannique. Un regret, sa tournée ne passera pas par la Belgique…

White Hassle

Your Language

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Dans quelle colonne ranger White Hassle ? Folk ? Non, trop rock. La mise en scène inclut même une sorte de DJ campé sur des samples basiques, à faire fuir les souris et les hommes. Essayons donc de le classer à l’extrême : anti-folk. Alors là, non : trop structuré. Marcellus Hall, le chanteur/guitariste est un féru guindé qui sait parfaitement où et comment conduire ses chansons. « Your Language » suit ainsi une ligne de mire courtisée par le rock, où s’immisce une flopée de sons balisés. S’agirait-il de pop ? Peut-être… sur un titre : « You’d Be Surprised », sur lequel la jolie Ambrosia Parsley (Shivaree) vient prêter son doux timbre de princesse. Mais où range-t-on cet album à la fin ? Nulle part. Sur la longueur, ce disque demeure ennuyeux, esthétiquement vide et empli d’une incompréhensible volonté de bien faire. Seule consolation pour nos discothèques : une place de libre pour un nouveau pensionnaire…

The White Stripes

Get behind me satan

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Si vous vous attendiez à une nouvelle décharge d’électricité et de feedback dispensée sur des rythmes tribaux, vous en serez pour vos frais. Hormis pour trois voire quatre titres, la guitare a cédé sa place au piano sur le cinquième album des White Stripes. Un piano martelé, plutôt que joué, dans l’esprit de Nicky Hopkins. Un choix qui démontre une nouvelle fois l’imprévisibilité du duo infernal de Detroit. Du piano, mais également du marimba (le latino « The nurse »), de la basse (« The denial twist ») et même de la guitare acoustique. Entre country et folk. A l’instar du très roots « Little ghost », du funkysant « My doorbell » (Prince ?) ou du très british « Take, take, take », fruit d’une rencontre hypothétique entre Ray Davies des Kinks et feu Marc Bolan époque Tyrannosaurus Rex. Un opus minimaliste mais en même temps lo fi. Et c’est sans doute ici que le bât blesse. Car si l’ensemble ne manque pas d’allure, on a l’impression que certaines compos on été (in)volontairement bâclées. Evidemment en se limitant à 10 jours en studio, difficile de faire des miracles. Le son brut et crade ne me dérange pas trop, pourvu qu’il dépasse la qualité d’une démo. C’est même tout à fait regrettable, car certaines chansons méritaient franchement un tout autre traitement. Tom Waits y parvient. Pourquoi pas Jack White ? Car finalement ce sont les morceaux qui s’inscrivent le plus dans la lignée d’ « Elephant » qui passent le mieux la rampe. Tout d’abord le garage « Blue orchid ». Et puis trois tracks consacrés au blues. Deux fragments de blues rural, sombre, angoissé et brutal qui trempent dans le Delta du Mississippi : « Instinct blues » et « Red Rain », même si ce dernier évoquera davantage, pour le commun des mortels, le Led Zeppelin. Et pour les vétérans du blues, constituera une sorte d’hommage à Robert Johnson. Dont la légende veut qu’il ait vendu son âme au diable. Ce qui explique également le titre de cet elpee : « Eloigne-toi de moi satan ». Et les tas de remerciements adressés à quelques saints qui leur seraient venus en aide. Enfin, autre blues, « I’m lonely (but I ain’t that lonely yet) » clôture le disque sur des accents empruntés à Janis Joplin. Et en particulier la voix. Une voix toujours aussi versatile, dont le timbre me fait parfois penser à feu Kevin Coyne ou encore à Robert Plant.

Keith Fullerton Whitman

Multiples

Le drone s’empare du cortex. Il lui torture les synapses dans un râle synthétique. Ca fait mal aux tympans ? C’est pour mieux les nettoyer de toute crasse environnante. L’acouphène, ici, devient musique. Pas de mélodies ni de canevas ‘couplet/refrain’ : Keith Fullerton Whitman (alias Hrvatski) préfère annihiler la mélodie, ouvrager dans le bruit le plus symptomatique. On pratique son anamnèse : Fluxus, Steve Reich, Fennesz,… Du ‘maxi-minimalisme’, à base de guitares électriques, d’Hewlett Packard Modèle 236 et d’oscillateurs de fréquences (c’est marqué dans les titres). La drill’n’bass se noie dans les interférences : ne subsiste qu’une aigreur chaotique, un semblant d’humanité. Le domaine excitant de la recherche ! On a mal au début, mais après on s’habitue… ‘His most accessible work to date’ ? Il faudrait écouter le reste, mais on craint pour notre hygiène de vie. N’ayons pas peur des mots : ce disque fait froid dans le dos. C’est déjà ça de gagné.

Laura Veirs

Laura Veirs

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Laura Veirs, singer/songwriter des faubourgs de Seattle, signe déjà son cinquième album. En moins de cinq ans, sa production frise le stakhanovisme. Pourtant, cet improbable rythme de croisière ne porte guère préjudice à l’œuvre de l’artiste qui parvient, une fois encore, à faire valoir un disque d’un intérêt sans cesse renouvelé. Son regard perdu à l’horizon, ses lorgnettes vissées sur le nez, Laura aurait pu revendiquer un rôle dans le « Ghost World » de Terry Zwigoff, film retraçant les aventures de deux adolescentes américaines paumées dans un univers en carton. Mais bien vite, Laura s’écarte des clichés et, après les excellents « Carbon Glacier » et « Triumphs & Travails of Orphan Mae », elle s’autorise un doux voyage géologique : « Year of Meteors ». En compagnie de son groupe, les Tortured Soul, et de Tucker Martin, son ami producteur, Laura Veirs esquisse un album succulent, véritable poussière d’étoile, chancelant entre la sérénité de l’americana et l’hardiesse du rock. Le timbre de la jeune fille emprunte d’impressionnants passages vocaux, heurtant la poésie et la mélancolie, sans jamais perdre de son intensité. Les grands moments n’ont pas manqué leur rendez-vous : « Cool water », « Galaxies » ou « Parisian Dream ». Sans oublier l’introduction soufflante méticuleusement déposée par « Fire Snakes ». Pour tous ceux qui feignaient encore de l’ignorer, cette année est bien celle des météores.

Velvetone

Switch back ride

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Formation allemande, Velvetone pratique du roots rock'n'roll largement imbibé de rockabilly. Ray Devaryo s'est forgé une voix en fréquentant des combos punk et rockabilly. Guitariste (NDR : il joue sur une Gibson Flying V), Tammo Lüers a sévi chez le Tav Falco's Panther Burns. Andy Merck à la basse et Lars Köster à la batterie complètent le line up. La discographie du Velvetone est déjà bien étoffée : depuis leur premier disque éponyme (NDR : un vinyle de 25 cm, commis en 1996, sur le label Bear Family) à "Dark blossom" (NDR : paru en 2001 déjà chez Crosscut) en passant par "Vari-O-Sonic" (NDR : en 1998, pour le label One Million Dollars).
 
L’elpee s’ouvre par "Leave me cryin'", dans un style tellement proche du Dr Feelgood de la grande époque, lorsque Lee Brillaux se réservait le microphone. Toute en rythme, la guitare est à l'attaque. Manifestement, ce quartet déborde d’énergie. La guitare ne s’accorde pas la moindre pause. Une intensité qui contamine également un "What the hell" soutenu par une section rythmique en acier inoxydable. Guère le temps de souffler, et cette danse folle envahit "Cursed (my senses)". Les deux six cordes n’y sont pas pour rien ! Velvetone évoque également les premiers bands anglais de R&B qui sévissaient il y a déjà 40 ans. Lorsque le tempo se calme, c’est pour nous plonger dans une atmosphère lourde, réminiscente des Cramps. A l’instar du "Just to satisfy you" de Waylon Jennings qu’alimente une guitare toute en réverbération. Franchement rockabilly, "What did I do?" conserve une large part d'écho dans le son de la guitare. Libérant une fameuse dose d'énergie dans l’attaque des couplets, "Rosalee" semble sculpté dans le même moule. Le Bo Diddley riff introduit le mystérieux "Voodoo love". Ray susurre ses vocaux au bord de la transe pendant que Lars martèle ses peaux. Transportés par les quatre cordes d'Andy, nous sommes proches du "Who do you love". Revu et corrigé à la sauce Velvetone, le son est volontairement sale. Ce "Voodoo love" s'étend à l'infini lorsque les trois instrumentistes se mettent à jammer sur ce riff comme pouvait le faire naguère et dans un autre style, le Quicksilver Messenger Service. "It's worth anything" trahit un petit côté pop très séduisant. Les doigts de pieds se mettent à fourmiller et on se surprend à reprendre le refrain en choeur avec l'ensemble des musiciens. Imprimé sur le rythme du chemin de fer, le vivifiant "Number nine train" nous donne l’envie de partir à l’aventure. Et à cet instant, je ne puis m’empêcher de penser à Sir Douglas Quintet, le premier groupe d'Augie Myers fondé au cours des sixties. Changement de cap et retour dans le monde étrange du voodoo. Les percussions de Köster martèlent le rythme pour nous transporter dans cet univers noir et sautillant de "Welcome to the pleasuredome" tourmenté par un chant qui rappelle parfois … Bono. "Git to gittin' baby" consomme du pur rock'n'roll. Ray chante tout en raclant le fond de sa gorge. Il donne tout ce qu'il a dans le corps pour interpréter ce véritable brûlot pendant que ses trois partenaires s'éclatent. Dave Gonzales des Paladins doit prendre son pied à l'écoute de cette plage. Nos Teutons peuvent également s’aventurer dans la musique country music ; une country personnelle, inspirée par Johnny Cash et tellement proche des Blasters. Et "Shiva's little brother" en est la plus belle démonstration. Ballade ténébreuse, désespérée, engluée dans le monde dépressif de Nick Cave, "Strange times" est limitée à un accompagnement minimaliste, mais suffisant pour éveiller cette torpeur ambiante! Coup de génie : cet opus quasi psychotique s’achève par une célébration de la joie débordante des cajuns louisianais. Car le flamboyant "Allons à Lafayette" nous invite à la fête au village. D’excellente facture, cet elpee est hanté par des artistes ou des groupes aussi différents que Robert Gordon, Link Wray, les Cramps ou les Paladins. Mais je serais curieux de les découvrir ‘live’…