La clef de TOPS git 6 pieds sous terre…

TOPS sortira son nouvel elpee, "Bury the Key", ce 22 août. Le quatuor propose une musique intemporelle qui allie profondeur et immédiateté. Il s’agit de son premier album complet depuis 2020, un opus qui explore des tons plus sombres tout en restant maîtres…

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Ozark Henry connaît la musique Parker…

C'est vrai, l'attente a été terriblement longue ! « Us », son dernier album studio, date de 2017. Dans le monde éphémère de la musique pop, où les stars vont et viennent, c'est une éternité ! Mais il faut parfois savoir être patient, et en livrant « Light »,…

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Gitbox!

Songs for Shiftless Days

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Confidence pour confidence. Gitbox ! dévoile un magnifique trompe-l’œil, esquissé du nom de quatre musiciens. Pourtant, derrière les ornements de façade se cachent les idées de Roeland van Niele, manufacturier alternatif depuis 1994. Créé aux Pays-Bas, en cette annuité de douleur pour le rock – Kurt vient de se planter une dose de plomb dans le cortex – Gitbox ! amasse les miettes d’un genre voué aux arpenteurs de caves et autres clubs enfumés. Ce nouvel album s’infiltre ainsi dans les commissures d’illustres précurseurs pour lesquels le succès n’était qu’un vaste et vague concept. Le Velvet Underground, Big Star ou les Meat Puppets bordent les contours de ce « Songs for Shiftless Days ». Les compositions impulsées par Roeland van Niele brillent d’une évidente appétence mélodique. D’une humeur à l’autre, Gitbox ! pose ses 13 nouvelles chansons sur le chemin de la ritournelle pop. Intègre, conscient d’appartenir à une scène ignorée (inexplorée ?) des ondes radiophoniques, le groupe s’empresse néanmoins d’étaler quelques lumineuses touches mortifères. L’album devient alors l’apanage d’un auditoire restreint : collectionneurs de disques, rats des villes, fureteurs de concerts confidentiels. En Belgique (et ailleurs), Gitbox ! pourrait trouver une place de choix dans le cœur des aficionados de Venus ou dEUS. A moins de trouver refuge auprès de Zita Swoon, un véritable 'Band in a (Git)Box !'

Fruit Bats

Spelled In Bones

En 2003 sortait un bel album de pop altière, « Mouthfuls », et avec lui, de l’anonymat, Eric Johnson, songwriter émérite biberonné aux Beatles plus qu’aux Stones. Aujourd’hui secondé par Dan Strack et John Byce, Johnson réanime ses Fruit Bats, le temps d’un chouette album soft pop qui rappelle les Shins, Modest Mouse et les frères Nourallah. Pourtant, il paraît que Johnson voulait que ce disque sonne comme un beau chant du cygne – noir, le cygne : ‘I was going to write this dark bummer record with shades of optimism, but my life started getting better’… D’où ce disque, romantique, comme si Gram Parsons était fan de Ravel et mangeait tout le temps des pissenlits, mais pas par la racine. Et qui dit romantisme, dit nostalgie : les seventies, les sixties, rien de bien neuf mais rien à redire, d’ailleurs Johnson aime Tim Buckley, et Tim Buckley est un génie. Pour conclure cette critique, un titre, le dernier de l’album : ‘Everyday That We Wake Up It’s a Beautiful Day’. Si c’était vrai chaque matin, on proclamerait Fruit Bats « meilleur groupe du monde ». Ach, pas de chance : ce n’est vrai pour personne.

Dirty Three

Cinder

Même si les Dirty Three en sont déjà à leur septième album en l’espace de 14 ans, on a beau dire mais ‘non non rien n’a changé’, et tout continue, cahin-caha, sans grands bouleversements sonores : la seule grande nouveauté de ce disque, c’est Chan Marshall (Cat Power), qui pousse la chansonnette sur le joli « Great Waves ». C’est en effet la première fois qu’un album des Dirty Three n’est pas intégralement instrumental, mais à part ça, rien de nouveau dans la besace de Mick Turner (guitare), Jim White (batterie) et du Bad Seeds Warren Ellis (violon). Si les morceaux ont peut-être gagné en concision et en vigueur (« Doris », « The Zither Player »), ou s’approchent rythmiquement d’un jazz néo à la Chicago Underground Trio (« Rain On »), ce « Cinder » n’arrive cependant pas à éclipser la splendeur du fameux « Ocean Songs » sorti en 1998. Les Dirty Three, ancêtres du post-rock à la Constellation ? C’est la bio qui le dit, mais à vrai dire tout le monde s’en fiche. On bâille.

Double Stone Washed

Live

Écrit par

Fondé en 1991, Double Stone Washed est issu du Sud Ouest de la France. Des adeptes du rockin' blues ou plus exactement du pub rock des seventies ; un style magnifié autrefois par Dr Feelgood. La rencontre entre ce genre musical et le punk rock de la fin des 70s allait déboucher sur la naissance d'excellentes formations comme Eddie & the Hot Rods, Nine Below Zero, les Inmates ou encore Little Bob Story. Et il ne fait aucun doute que les D.S.W. se sont inspirés de ce courant. Réservé à des compositions maison et emballé sous une pochette en jean délavé, leur premier opus, "Take it", est paru en 1994. En 96, ils commettent leur deuxième elpee : "Live at the Bateau Ivre". Il faudra patienter jusqu’en 2001 pour retrouver la trace d’un enregistrement. Ce sera à l’occasion de leur participation à la collection "Tribute to Lee Brilleaux". Un an plus tard, ils éditent enfin un nouvel opus : "Don't stop washing". Un disque concocté sous le patronyme de Double Stone Washed Blues Band qui épingle de nombreux standards du blues. Enfin, en 2004, ils ont immortalisé leur set accordé en public, au Festival blues de Traverse. A Cléon, en Normandie. En supporting act de Ten Years After. Un brûlot gravé sur cette plaque.

Sur scène, le line up implique le chanteur/harmoniciste Lilian Descorps, les frères jumeaux Franck et Frédéric Villafagne, respectivement à la guitare et à la basse ainsi que le drummer Julien Bigey. Episodiquement, Laurent Chêne (NDR : le manager !) se fond dans les chœurs. Enfin, quand il le sent bien! Les Double Stone ne font pas dans la (fine) dentelle. Ils ont une pêche d’enfer. Leur rockin' blues est sans compromission.

Franck attaque nerveusement ses cordes sur le devant de la scène. Rivé derrière son micro Lilian éructe puissamment ses vocaux ; mais dès qu'il relâche l'attention, Franck se libère. Très rythmique, les deux compos d'ouverture, "Stammering days et "Come on in my house" (NDR : elles sont signées par le groupe !) plantent définitivement le décor. En effet, dès que Lilian souffle dans l'harmo, nous entrons de plein pied dans l’univers pub rock. Proche d'un Doctor Feelgood ; mais en plus puissant, en plus implacable. Plus intéressant encore, lorsque la machine imprime un tempo boogie, rien ne semble pouvoir l'arrêter. A l’instar de "Well I done got over it", une compo au cours de laquelle on a l’impression que tous les musiciens sont en surrégime. Fervents adeptes des Pirates du gratteur Mick King, ils attaquent le redoutable "Shakin' all over", un titre que jouait jadis (NDR : n°1 en 1960 !) King, lorsqu’il secondait le rocker Johnny Kidd. Fred se démène comme un beau diable, en injectant le maximum d'écho dans ses cordes. Le rythme file à toute allure pour la cover du "Hong Kong Money" de Dr Feelgood, époque Gypie Mayo. Les D.S.W. sont vraiment à leur affaire lorsqu'ils rockent et rollent. Et ils déménagent littéralement quand ils reprennent le "Travellin' band" du Creedence Clearwater Revival. Le Double Stone Washed me rappelle Count Bishops, un groupe anglais méconnu qui a sévi à de la fin des 70s. Leur line up impliquait deux guitaristes (Zenon De Fleur et Johnny Guitar) ainsi que le chanteur Dave Tice, dont la voix grave est fort semblable à celle de Descorps. Nos Sudistes ( ?!?!?) ont atteint leur (folle) vitesse de croisière. Lilian s'époumone sur son harmo pour balancer le "Parchman farm" de Mose Allison, une plage qui emprunte au détour le Bo Diddley beat. Frank se met dans la peau de Mick Green pour interpréter "Quit while you're behind", un morceau signé Will Birch et bien sûr enregistré par Dr Feelgood. Le combo ne desserre jamais l’étreinte, emportant tout sur son passage, dont le "Witch queen of New Orleans" de Redbone, une version super speedée du "Drinkin' wine spoo-dee-oo-dee" de Brownie McGhee et enfin une adaptation amusante du "The dog" de Rufus Thomas. Le rock'n'roll blues de Double Stone Washed est rude. Mais ce type de formation est nécessaire ; car il apporte le bonheur au public. Et puis il déploie une telle énergie et manifeste une telle volonté de faire partager sa passion et ses rythmes, qu’il en devient un garant de l’authenticité. Lors du rappel, le combo en profite pour adresser, à travers "Call the doctor", un clin d’œil à qui vous savez. Frank se secoue alors comme Wilko Johnson pouvait le faire trente ans plus tôt…

Various Artists

Blues Guitar Women

Écrit par

Thomas Ruf a concocté une collection très intéressante consacrée aux femmes impliquées dans le blues féminin ; et plus particulièrement aux chanteuses et guitaristes. Faut dire que dans son esprit, il a toujours le souvenir impérissable de Memphis Minnie, un véritable mythe qui a composé, chanté, joué et enregistré le blues pendant plus de 40 ans. Ce double CD est partagé entre deux styles de blues. Le premier disque s’intéresse au blues contemporain (NDR : le plus souvent électrique) et le second au blues traditionnel.

L’œuvre s’ouvre par une adaptation du "Can't quit the blues" de Buddy Guy opérée par le Lara Price Band. Une plage très électrique introduite par plus de deux minutes de guitare vagabonde avant que le chant de Miss Price n’entre en scène et puis s'impose. Mais on en retiendra surtout la dégaine versatile d’une certaine Laura Chavez, une fille de 22 ans préposée pour la circonstance au manche (NDLR : ça rime presque !). Dès les premiers accords de "Takin' it all to Vegas", on reconnaît sans peine la présence d’une autre Californienne : Debbie Davies. Après avoir fréquenté l'école d'Albert Collins, cette chanteuse/guitariste a acquis une expérience certaine et drive même ses propres troupes depuis un bon bout de temps. Une chose est sûre, son intervention est sans faille. Alice Stuart fait déjà figure de vétéran. Faut dire qu’il y a quarante ans, elle pratiquait déjà du folk blues ; et puis elle a milité chez les Mothers of Invention de Frank Zappa. Elle possède une bonne voix y et met toute sa conviction pour interpréter "The man's so good". En outre la formation affiche une excellente cohésion et ne s’égare pas dans les fioritures instrumentales. Sue Foley (NDR : cette Canadienne qui a forgé sa notoriété à Austin, au Texas, écrit actuellement un livre consacré aux ‘femmes guitaristes’) laisse échapper des grappes de notes hispaniques de ses cordes acoustiques, tout au long de l’instrumental "Mediterranean breakfast". Une compo chargée d’émotion et empreinte de charme, caractérisée par des percussions efficaces et un orgue discret. Cependant, lorsque Miss Foley décide de brancher l’amplification, nous pénétrons dans un univers sonore redoutable, proche du grand Peter Green. Un moment privilégié qui illumine cette collection! Deborah Coleman a commis quelques albums d’excellente facture, au cours de la dernière décennie. A un tel point que la fréquence de ses sorties nous est devenue familière. La féline se réserve ici un instrumental climatique : "The river wild". Joanna Connor amorce un "Livin' on the road" en douceur, avant d’y communiquer une étincelle électrique, virant alors vers un hard rockin' blues, expression sonore tonifiée par le vocal plutôt agressif et une slide opiniâtre. De nationalité serbe, Ana Popovic concède un autre instrumental : "Navajo moon", une plage cool, jazzyfiante, inspirée par Ronnie Earl et Stevie Ray Vaughan. Carolyn Wonderland n'est pas très connue. Elle compte pourtant quelques elpees à son actif. Elle chante, joue de la guitare, mais aussi de la trompette, de l'accordéon, de la mandoline et des claviers. Pour attaquer "Judgement day blues", elle a reçu la collaboration de Guy Forsyth à l'harmonica. Le tempo est bien enlevé tout au long de ce titre puissant et immédiat. En se dirigeant vers la Louisiane de Baton Rouge, le climat devient plus intimiste. Soutenue par ses Exiles, l’excellente Miss Eve Monsees (NDR : une inconnue également établie à Austin, au Texas) irradie le célèbre "Lonely lonely nights". Sa voix est un peu frêle mais la guitare manifeste une grande efficacité. Maria Muldaur et Bonnie Raitt se sont réunies pour interpréter "It's a blessing". Un moment de grande intensité alimenté par les deux voix très pures de ces artistes notoires. Elles chantent avec beaucoup de bonheur ce succulent fragment de country blues acoustique. Et le recours au bottleneck accentue cette sensation de fraîcheur. "Dreamland" durcit le ton. L'attaque est brute, primaire. La slide libère un son totalement pourri. La responsable ? Une Finlandaise ! Un bout de femme plutôt frêle qui répond au nom d’Erja Lyytinen. Elle devrait bientôt sortir un album chez Ruf. Une œuvre à laquelle il faudra se montrer attentif. Barbara Lynn épingle un autre instrumental : "Lynn's blues". Un morceau bien ficelé dynamisé par une section rythmique qui ne manque pas de groove. Nonobstant leur fragilité, les cordes atteignent facilement leur cible. A premier abord peu farouche, Tracy Conover affiche une fameuse santé. Jolie, blonde, cette Texane exécute le célèbre "Goin' down", jadis immortalisé par Freddie King, d’une manière très convaincante. Elle a déjà du métier et semble apprécier le jeu de Jimi Hendrix! La première plaque s’achève par Beverly "Guitar" Watkins et le gospel de Ruthie Foster.

Consacré à un blues plus traditionnel, le second morceau de plastique implique quelques artistes confirmés. Solide sexagénaire issue de la Georgie, Precious Bryant amorce ce disque par son "Fool me good". Elle milite au sein d’une organisation remarquable qui répond au patronyme de "Musicmaker Relief Fund". A l’instar de trois autres membres ici présentes : Algia Mae Hinton, Etta Baker et Rory Block. Agée de 76 ans, Algia Mae Hinton manifeste une grande habileté à la guitare sèche. En outre, elle possède une voix poignante, qui a du vécu… Issue de la Caroline du Nord, Etta Baker aura bientôt 93 balais. Tout au long de "One dime blues", elle fait preuve d’une grande clarté dans son jeu. Rory Block impressionne lors d’un enregistrement immortalisé en public : le "Fixin' to die" de Bukka White. Le premier elpee de Ellen McIlwaine (« Fear Itself ») remonte à 1969. Depuis, elle en a édité une flopée. Originaire de Nashville, elle affiche une grande habileté sur le manche sur "Dead end street". Les sonorités de sa six cordes résonnent comme celles d’un sitar ! Deux artistes impliqués sur le CD contemporain se produisent ici sous une forme ‘unplugged’ et y démontrent tout leur talent. Tout d’abord Sue Foley, dont la voix de fausset charme "Doggie treats" et puis Alice Stuart lors d’un "Rather be the devil" particulièrement réussi. Mais un des sommets de ce volume est atteint par Jessie Mae Hemphill, une artiste issue du Mississippi. Sont style très original est imprimé sur le rythme du chemin de fer. Gaye Adegbalola est (très) blonde, mais noire de peau. C’est également la guitariste de Saffire. Son timbre vocal est âpre. Rory Block l’accompagne tout au long de son "Nothing's changed". La fin de l’opus est hantée par quelques fantômes. De grandes voix du blues aujourd'hui disparues qui nous font encore vibrer. Tout d’abord la Britannique Jo Ann Kelly dont le timbre sublime et beau à pleurer magnifie "Ain't nothing in ramblin". Mattie Delaney, Elvie Thomas et Geeshie Wiley étaient issues du Mississippi. Elles ne sont guère connues. Et pour cause, leurs enregistrements remontent à 1930. Pourtant, leurs interprétations ne maquent pas de sensibilité. Pour clore cette œuvre, il était impossible de passer sous silence l'inspiratrice de cette collection : l'inoubliable Memphis Minnie, décédée en 1973, à l'âge de 76 ans. Thomas Ruf a choisi "In my girlish days". Une bien belle collection passée en compagnie de ces dames du blues…

 

Calla

Collisions

Écrit par

Encore un groupe issu de New York. Responsable de quatre albums à ce jour, il a connu toute une série de changements de line up depuis sa fondation, c'est-à-dire depuis 1997. Finalement, la formation est aujourd’hui réduite à un trio. « Collisions » constitue déjà son quatrième opus. Un disque pour lequel le groupe a reçu le concours de Chris Zane (Televised) à la production et surtout de Victor van Vught (Nick Cave, PJ Harvey) au mixing. Découpé en 11 titres, « Collisions » évolue au sein d’un univers sonore tout à tour cosmique, psychédélique ou noisy. Le spectre de My Bloody Valentine n’est jamais très loin, même si les mélodies pop prennent le plus souvent une forme hymnique. A l’instar du superbe « It dawned on me », plage balayée de cordes de guitare bringuebalantes, cristallines, et raffinée par des harmonies vocales limpides, qui aurait pu relever du répertoire des Byrds voire de Teenage Fan Club. Ou mélancolique. Une mélancolie douce, ténébreuse, infusée par les vocaux caressants d’Aurelio Valle, dont le timbre, sis quelque part entre celui de Conor Oberst et d’Elliott Smith, semble chuchoter au creux de votre oreille. Ce qui n’empêche pas le band d’explorer d’autres formes musicales. Et je pense tout particulièrement à l’atmosphérique, presque trip hop, « Pulverized », au cinématique « Stumble », ou au final « Oveshadowed », profilé sur un crescendo épique. Mais la quintessence de cette œuvre est atteinte sur les morceaux qui libèrent l’adrénaline la plus pure, la plus sauvage. « Swagger » en est probablement le plus bel exemple ; mais également le tribal « Testify » ou encore le capricieux et luxuriant « So far, so what ». Un bien bel album !

 

 

Nickel Creek

Why Should the Fire Die?

Écrit par

Le lieu de naissance d’un individu demeure le meilleur prétexte de sa vision de la vie, de son interprétation du monde. Dieu, la guerre, la culture. Tout, en définitive, semble déterminé par un point géographique arbitraire, choix d’une mère nature énigmatique. Aux Etats-Unis, par exemple, la morale et la religion s’unissent contre l’axe du mal, la musique et la country se fondent dans une même industrie, formatée pour rythmer la conception américaine d’un univers américain. En Californie, sous le soleil de San Diego, Nickel Creek n’a pas échappé à la règle. Le quatuor perpétue ainsi les traditions ancestrales de ses ancêtres musiciens. La voix douce, aimable et plaintive de Sara Watkins cherche le réconfort sous l’égide protectrice du timbre chaud du mâle, Chris Thile. En filigrane de cette attendrissante relation, bluegrass et country alimentent le spectre des stéréotypes. Nickel Creek coïncide avec la conception européenne du folklore yankee. A l’écoute des couches contemporaines de banjo, mandoline, guitare, et violon, l’Européen retrouve toutes ses représentations collectives attachées à la vie des cow-boys. C’est rassurant. C’est idiot aussi. Le nouvel album de Nickel Creek séduira d’abord les amateurs de mythes conventionnels. Pour les autres, les quatorze mélodies du groupe sont là. A prendre ou à laisser. A écouter ou à interpréter.

Baxter Dury

Baxter s party

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Dans la série fils de… Voici que se profile la progéniture d'une célèbre expression paternelle : " Sex & Drugs & Rock & Roll ". Baxter est le fils de Ian, illustre punk poliomyélitique. Pas de mystère sur le sujet. Reste à décliner l'allocution. Sexe ? Indéniablement, le fils à papa est sexy. " Mais là, je ne me suis plus changé depuis trois jours ", annonce-t-il atténué par une chaleur pesante. Nous étions en plein été, au cœur d'un parc bruxellois, forcément royal. Echappé d'une fête de mariage bien arrosée, Baxter a égaré ses bagages. Toujours déguisé en invité de la mariée, le garçon aborde une barbe naissante et essouffle son inimitable accent cockney sous la canicule ambiante. 'Ma chemise est bousillée par les tâches de vin. En plus, elle pue ! Heureusement que l'attaché de presse m'a filé ce superbe t-shirt (NDR : estampillé du sceau de Sons and Daughters).' Sexy mais dépravé. Drugs ? Pour les accrocs, ce sera difficile : la réponse se fait attendre. Rock'n'Roll ? En 2005, " Floor Show ", son deuxième album, propose une acceptation raffinée de la discipline : une quintessence du rock. Bienvenue pour le spectacle.

Difficile de se trimbaler avec une telle consanguinité, non ?

Avec " Floor Show ", je signe mon second album. Il s'agit donc du deuxième tour de piste de cette question. C'est étrange, car au fil des interviews, je me suis rendu compte que ces interrogations relatives à mon passé familial se sont instituées : c'est devenu une tradition ! Je ne décèle pourtant pas d'importance fondamentale à parler de mon père. En fait, c'est très frustrant de recouvrir le même sujet. Ma tête s'habitue à ressasser la même histoire et ces annales en deviennent familières. Mais malgré ça, je comprends que les gens s'interrogent : il est très difficile d'éviter la question, cette curiosité.

Au risque d'enfoncer le clou, dans vos souvenirs d'enfance, quelle était la principale différence entre votre mère et votre père, mis à part l'aspect biologique ?

Evidemment, l'aspect biologique ! (Rires) Mais le vrai contraste entre mes parents se situe certainement au niveau artistique. Ma mère était presque dingue : une artiste, entièrement vouée à la peinture. Mon père, lui, était davantage tourné vers le bruit, la musique. C'est une différence essentielle. Mais ensemble, ils essayaient d'adopter une politique commune. Et cela pouvait fonctionner, car le rythme de vie de ces deux disciplines est finalement assez similaire.

Quelle est, à tes yeux, la principale différence entre " Len Parrot's Memorial Lift " et ton nouvel album ?

Cette fois, j'ai essayé d'évoluer vers un album aux contours plus pop. Je ne sais pas si c'était nécessairement un but en soi. Mais je pense avoir écouté tellement de musique pop que, soudainement, cela ma balancé dans la tranchée. Pourtant, cette pratique m'a toujours effrayé. Quand je composais une chanson résolument pop, je me sentais obligé de la détruire par le son, de la rendre sinistre. A l'origine, je me suis concentré sur l'écriture de véritables 'pop songs'. Au final, cet objectif se retrouve seulement en filigrane de mes chansons. Pour écrire une grande chanson pop, il faut être très malin. Et arriver à écrire une telle chanson n'est pas quelque chose de naturel, c'est une bénédiction ! Je ne connais pas grand monde capable de percer le mystère de la pop. Mais certains peuvent y parvenir, parfois de façon somptueuse.

Mais comment y parvenir ? Pour toi, que doit apporter une chanson pop au public ?

Elle doit transfigurer un caractère, une émotion personnelle et doit être guidée par des paroles qui créent un sens pour l'auditeur. Ce processus doit se faire sans effort. Le public ne peut le comprendre. Il doit juste tomber amoureux des mots qui sortent de la bouche du chanteur. C'est le pouvoir de la mélodie. La relation entre l'auteur d'une chanson pop et son auditoire ? Ce n'est ni une considération ni une expérience : c'est de la confiance, un accomplissement qui ne nécessite aucun effort. A 18 ans, Bob Dylan écrivait déjà des chansons majestueuses. La naissance d'une chanson pop revêt une dimension magique, presque spirituelle.

Ton album parle de gens étranges, drogués. Tes personnages sont complètement déboussolés. Où vas-tu puiser cette inspiration ?

Dans mon isolement le plus profond. Parfois, l'environnement londonien peut devenir très consistant. Certaines personnes ont un mode de vie tellement fou : les gens prennent des drogues, se demandent où ils sont, qui ils sont. Je crois que toutes les grandes villes européennes consomment des drogues. Mais particulièrement à Londres…

Serais-tu amateur de substances psychotiques ?

Evidemment. Il m'arrive parfois d'en prendre. Mais je ne cherche pas à mettre ma vie en danger. Je trouve cette conception là aberrante !

A l'écoute d'une chanson comme " Cocaine man ", on ne peut s'empêcher d'évoquer leur univers… Est-ce que tu aimes la musique du Velvet Undergound ?

J'aime ce groupe... Le rapprochement entre " Cocaine man " et " I'm Waiting for the Man " est possible. J'adore cette chanson. Mais en écrivant " Cocaine Man ", je n'avais aucune intention de m'en inspirer. En fait, chaque artiste a ses propres influences. Quand il commence à composer, à écrire des chansons, il essaie toujours de reproduire le travail d'un autre. Et ceux qui affirment le contraire sont des menteurs ! Cette chanson du Velvet Underground m'a beaucoup marqué, elle me rend heureux. Alors oui, je suis enchanté que vous rapprochiez une de mes chansons du répertoire du Velvet…

A l'écoute de ton disque, on a la sensation que tes chansons baignent dans une brume épaisse. Toutes les émotions traversent ce brouillard sur la pointe des pieds. Avec du recul, n'as-tu jamais songé à écrire des hymnes rock'n'roll écervelés ?

Ah… En fait, tout le temps ! J'ai toujours envie d'écrire des chansons hyper rock'n'roll. Quand tu composes, tu rêves d'évasion. Pour ma part, je devrai me lancer dans un nouveau 'side project' pour me concentrer davantage sur des chansons fortes, simples. Je pense que " Floor Show " est déjà plus rock'n'roll que " Len Parrot's Memorial Lift ". Derrière chacune de mes chansons, il y a un squelette rock'n'roll. Ensuite, c'est plus délicat, car je dois tout réaliser avec une guitare, une voix, etc. Ce n'est pas forcément évident. Souvent, tu as besoin de confiance, d'une attention extérieure pour te concentrer et réaliser ce type de chansons. Mais j'aimerai pouvoir simplifier les choses, les rendre très directes, composer une œuvre 'urgente'.

Tes chansons orneraient parfaitement l'univers cinématographique d'un film de Sofia Coppola (Virgin Suicides, Lost In Translation). T'intéresses-tu au cinéma ?

J'adore cette atmosphère, j'aimerai beaucoup participer à une telle expérience. Malheureusement, je n'ai pas l'impression d'être suffisamment populaire pour faire ce genre de choses... En fait, je n'attends qu'une seule chose : que quelqu'un vienne frapper à ma porte en me demandant de plancher sur son film !

Baxter, si tout devait s'arrêter à cet instant, quels souvenirs conserverais-tu de ta carrière musicale ?

Je recherche les moments clefs de ma carrière, ce n'est pas simple… D'ailleurs, cette question n'a rien de drôle ! Si ma carrière s'arrêtait là, je ne me vois vraiment pas m'établir, me poser derrière un bureau… Je ferai tout pour que ça change, j'en voudrai davantage : toujours plus.

La pochette du nouvel album est très sexy. Etait-ce un rêve d'habiller ton disque d'une femme nue ?

J'aime cette image. Ce n'était pas dans mes rêves, non ! Je perçois davantage cette pochette comme un message artistique. Elle ne montre rien : elle est très saine. Ici, personne ne peut pointer du doigt une vision pornographique… Ce serait complètement ridicule. C'est simplement une peinture et elle n'a rien de décadent.

Et pourquoi pas une bonne photo porno ?

Et bien… (Rires) J'aime la peinture, la beauté des courbes et tout ce qu'une fresque peut dégager. Ce que je veux dire, c'est que je ne recherchais pas forcément le besoin d'afficher une femme nue sur mon disque. Par contre, je ressentais le besoin de l'illustrer d'une œuvre que je trouve belle. Le but de cette pochette s'est donc d'afficher un beau dessin, une peinture originale. Ni plus ni moins. Derrière cette image, il n'y a rien de provocant. Sérieusement, vous trouvez ça choquant ? Cette peinture, c'est mon choix, je l'assume.

Et les autres décisions artistiques te reviennent-elles ? Le choix des singles, par exemple ?

Déjà pour la pochette, les gens de mon label (Rough Trade) aimaient l'idée, la controverse que ce dessin pouvait drainer. J'ai disposé de toute la latitude nécessaire pour réaliser ce deuxième album. En fait, Rough Trade correspond parfaitement à l'idée que je me fais d'une maison de disque. C'est vraiment là que je veux être. Ces gens sont des professionnels, ils ne cherchent jamais à interférer dans ton travail. Pour le choix du single " Lisa Said ", par exemple, nous en avons discuté et pris une décision de commun accord : rien n'est imposé. " Lisa Said ", une chanson étrange… elle ne me semble pas vraiment achevée. En fait, si je l'apprécie, c'est que je la trouve très frustrante. Le second single du disque sera " Francesca's Party ". J'adore également " Dirty Water ", le titre qui clôture le disque. Mais ce ne sera pas un single. Cette chanson est trop barrée !

Dans une de tes chansons, tu parles des " Young Gods ". Est-ce une référence au groupe, aux prémices de la musique industrielle ?

Franchement, pas du tout ! C'est un titre qui évoque l'homme, seul face à ses responsabilités. Un humain qui appose un regard critique sur sa personne, acceptant de reconnaître qu'il n'est plus aussi jeune qu'il ne le prétend. Ce titre est assez particulier. En fait, cette histoire est autobiographique. Vous savez quand on devient parent, la vie n'est plus du tout la même, l'angle devient tout à fait différent. En grandissant, j'ai continué de traîner mes rêves d'enfants. Mais ces rêves n'existent pas vraiment. En règle générale, je constate que les gens n'acceptent pas le changement, n'acceptent pas de regarder les choses en face. Souvent, ils préfèrent fuir une réalité qui leur échappe. " Young Gods " parle donc du changement, d'une prise de conscience, du sens des responsabilités.

Maintenant que tu as le sens des responsabilités, quels sont tes projets d'avenir ?

Sans déconner, j'aimerai vraiment travailler sur la bande originale d'un film. Et puis, enregistrer un très bon album dans les plus courts délais, ce ne serait pas mal non plus. Peut-être que les mélomanes apprécieront déjà " Floor Show ". Mais je veux vraiment parvenir à créer une musique qui dépasse toutes les espérances, un album meilleur encore. Très rapidement. Je veux accélérer le processus.

Trip Fontaine

Lilith

Écrit par

Randonnée musicale, post-Coppola. Sofia a personnalisé Trip Fontaine sous les traits de Josh Hartnett, charmeur charismatique à la dégaine de crocodile, toujours prêt à se mettre une vierge sous le croc. Virgin Suicides. L’histoire des sœurs Lisbon connaissait son tragique destin, le cinéphile aussi. Un scénario dévoué à la suspension de l’incrédulité, à l’attente du geste final.

Dans la sphère discographique, l’auditeur se donne un peu d’Air et s’essaie aux guitares tapageuses de cet autre Trip Fontaine, virile équipée allemande basée à Francfort. Un quintet d’esthètes bruitistes pistant des mélodies grillées sur les braises du post-rock, de l’emo, du punk et du hardcore. Riffs martiaux pour rythmique guerrière, Trip Fontaine offre une vision germanique du trip viscéral proposé par …And You Will Know Us by the Trail of Dead. Le temps d’une première partie, ces deux fratries se congratuleraient de leur fascination commune pour d’illustres influences : Sonic Youth, At The Drive In et autres Q and Not U. « Selling the Summer », « Lilith », « In Full Bloom », autant de titres déchirés par une tessiture faussement enragée. Un disque attendrissant mais qui ne peut rivaliser face aux inégalables tourbillons soniques des inévitables And You Will Know Us by the Trail of Dead, véritables frères de sang. Des Blood Brothers en somme.

Tiger Saw

Blessed Are The Trials We Will Find

“Sing!”, le troisième album de Tiger Saw, est sorti en 2005, dans l’indifférence générale. Il s’agit pourtant d’un bon groupe de slowcore/country, le trait d’union parfait entre Low et les Cowboy Junkies. Collectif à géométrie variable, ces souffreteux du Massachusetts aiment donc les ambiances de fin de soirée, quand tout le monde est bourré et qu’arrive l’heure du spleen, avant la gueule de bois. C’est un peu l’heure du loup, sauf qu’ici c’est un tigre, et qu’il se sent patraque : d’où ces chansons à l’étirement relax, pleines de voix qui caressent nos tympans et de guitares qui bavent, sur l’édredon. A l’instar de Galaxie 500 ou de Bedhead, Tiger Saw raconte ses rêves comme on compte les moutons : les yeux mi-clos et le corps en position foetale, à l’abri du danger et des heures qui filent. “How to be Timeless Tonight”, c’est même le titre d’un morceau... Ca tombe bien : la réponse est (dans) le disque.

System Of A Down

Hypnotize

Deux albums en l’espace de six mois, qui forment un diptyque féroce : « Mesmerize/Hypnotize », beau plan d’attaque pour envahir les ondes et les oreilles des fans de metal pas trop con, un poil au-dessus de la mêlée. Il n’empêche : à regarder le compteur de notre chaîne hi-fi à la fin de chaque disque, on se demande pourquoi ne pas avoir réuni le tout sur un seul bout de plastique ? C’est sans doute plus chic, et plus conceptuel. Il n’empêche : il n’y a pas de différences énormes entre cet « Hypnotize » et son prédécesseur. Moins de r’n’b quand même (rappel : « BOYB »). A la place, les Arméno-Américains ont pondu une grosse daube de single (l’affreux titre éponyme, plus mou du genou qu’un tube de Trivium), et d’autres machins grandguignolesques un peu limite (« Banana banana banana terracotta » !!!). Le gros problème vient de Daron Malakian. Il compose toujours la plupart des morceaux, mais s’est mis en tête - pour ces deux disques - qu’il avait une belle voix… Eh ben non ! Il chante comme un cartoon qui aurait trop écouté du metal en 1985, en s’habillant comme tel, bref : c’est moche. Mieux : sur « Stealing Society » il s’essaie même au rap et on dirait presque un vieux Living Colour. Pour le reste on a droit à du bon SOAD, avec double pédale, le Grand Huit question couplets/refrain, et des textes engagés, parce que c’est la guerre (de dieu !). Un bon « Attack » dans la figure, et on comprend pourquoi Slayer les aime... D’autant qu’ils ont les mêmes coupes de cheveux (aaargh). A noter le slow qui tue, « Lonely Day », bientôt à la télé. Il est certain qu’à ce moment-là, les SOAD finiront bien par trébucher vers la consécration : tapis FM, costumes Armani, et candidature pour les prochaines présidentielles. C’est la Turquie qui va morfler.

Angie Stone

Stone Hits : The Very Best Of Angie Stone

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Le monde est si injuste. Allumez la télé. Zappez sur MTV. Qu’y voyez-vous ? A coup sûr, une bande d’anorexiques prétentieuses à la jupe plus courte que mon index et la cervelle plus vide qu’un portefeuille de chômeur. Et sous le prétexte hypocrite que leurs œuvres n’entrent pas dans les critères sélection de ce type de postes télévisés, de grands artistes ne voient et ne verront peut-être jamais leur talent reconnu. Elle-même injustement ignorée, beaucoup plus à cause de son tour de taille que toute autre raison, Angie Stone n’a, hélas, jamais réellement cartonné commercialement. Cette compilation est donc, à juste titre, un « Best Of » plutôt qu’un « Greatest Hits ». Cependant, à l’écoute de ce recueil à la sensualité troublante, il est indéniable que ce « Stone Hits » aurait pu, aisément, revendiquer la seconde étiquette. Les médias, dans l’un des rares moments où ils ne fixaient pas le fond de leurs poches, ont toutefois reconnu le potentiel des singles « Wish I Didn’t Miss You » et « Brother Part II » qui ont été un éphémère instant des hits FM. Leçon de rattrapage pour ceux qui auraient raté les 3 épisodes précédents, « Stone Hits » résume avec conviction la carrière de cette grande dame de la Soul. La synthèse parfaite entre les envolées vocales et les voluptueuses mélodies qui parcourent ce disque invite à la romance et à ses dérives les plus épicuriennes. Des savoureux « Little Boy » et « Wish I Didn’t Mis You » ou des funkys « Lover’s Ghetto », « I Wasn’t Kidding » et « What U Dyin’ For », on retiendra surtout la prédisposition d’Angie Stone à captiver, même lorsqu’elle use des doses les plus faibles de son élixir (« Bottles & Cans », « Time Of The Month »).

Magnolia Electric Co.

What Comes After The Blues

Songs : Ohia, suite et fin… Mais que tout le monde se rassure : Jason Molina, le fils thuriféraire de Neil Young, n’a pas déposé sa guitare. Il a juste changé de groupe, et de nom (indice : il s’agit du titre du dernier disque de Songs : Ohia), mais au final rien de bien neuf sous le soleil cramé de la country la plus crépusculaire. Entouré d’une ribambelle de musicos au doigté fourmillant (dont Michael Kapinus, des excellents Okkervil River), l’Américain à la voix lancinante (cfr Will Oldham, Steve Wynn, Bob Seger) nous gratifie encore une fois d’un beau disque de country-rock rural, moins tourmenté que ses prédécesseurs. Après le live « Trials & Errors » (enregistré à l’AB en 2003), Molina tente ici de raviver la flamme d’un genre qui, dans ses meilleurs moments, reste plutôt souterrain. A l’instar d’un Bonnie « Prince » Billie ou d’une Carla Bozulich, Jason Molina s’empare des traditions américaines pour mieux les fourvoyer, actrices d’un spectacle nocturne qui annonce des lendemains qui déchantent. Si le titre d’ouverture, « The Dark Don’t Hide It », rappelle le Young de « Tonight’s The Night », des morceaux comme « Hard to Love a Man » ou « Northstar Blues » semblent tremper dans le spleen consumé de la Grande Dépression. « Que reste-t-il après le blues ? », suggère le titre de l’album… Un sentiment d’avoir vécu sans réussites (« How can I be the only one / Whose heart refused to try ») et sans lumières (« I Can Not Have Seen the Light ») ? L’envie d’avoir envie, et d’autre chose que de souffrance (« I can’t remember what comes first / Is it the hurt / Or knowing that it hurts ») ? Le mélodrame, façon Molina : on s’en repaît avec voracité, comme si l’avenir n’était qu’une abstraction.

Minotaur Shock

Maritime

David Edwards aime la mer, le déo qui sent l’Océan Pacifique, l’électronica des années 90 (Warp) et la pop des années 80 (qui a dit Hall & Oates ?!?). « Maritime » est son deuxième album, après le joli « Chiff-Chaffs & Willow Warblers » sorti en 2001. Au début, ça sonne comme un pot-pourri de toutes ses belles passions : du vibraphone, de l’accordéon, des BPMs et Steve Reich coincés dans un ascenseur, et on oublie la clarinette, le piano et le violon. Parfois, on dirait du Mum, du Four Tet, de l’ambient de chez Skam, voire même du Plaid. D’où : mélancolie, Bristol morne plaine, « Equinoxe » de JMJ, « Journées Mondiales de la Jeunesse », beauté, aube, la mer, oui, celle dont le ressac berce nos tympans un jour paisible de juillet, à Coxyde après une after au Barbu avec des types en chemises à rayures. Certains vont dire que ce disque, c’est du ‘folktronica’ tellement mignon que ça donne envie de pleurer en regardant au loin les digues de Douvres. Parfois, pourtant, on dirait du Steely Dan au synthé, et il faut mentionner que c’est vraiment très moche. ‘Mais, enfin ! On ne peut pas tout avoir !’, comme on le dit souvent… Oui, certes, mais là on tourne en rond.

Lopsided

Microcosme

Du metal qui fume, et qui ne craint pas le ridicule : heureusement d’ailleurs qu’il ne tue pas, sinon ces types de Valenciennes seraient déjà morts. Adepte d’un metal à la limite du progressif, Lopsided n’a donc pas peur de pousser les V.U. dans le rouge, en tricotant des soli qui n’en finissent jamais. Quatre titres, 20 minutes, et l’on ne parle pas de montagnes russes : plutôt de train-train metal-rock, entre grunge (Alice in Chains pour la voix, Pearl Jam pour les plans seventies) et fusion (cfr la pochette, affreuse). Ce n’est pas joli joli, mais ce n’est qu’un début.

Christian Kjellvander

Faya

On n’avait plus de nouvelles du Suédois depuis son premier disque, « Songs From A Two-Room Chapel », paru il y a quatre ans. Il aurait beaucoup voyagé, surtout en Amérique, qu’il connaît bien pour y avoir grandi. Rien d’étonnant dès lors à ce qu’il jongle si bien avec les codes de l’americana, le country-rock, ce genre… Songwriter bien connu de ses compatriotes, Christian Kjellvander continue donc son petit bonhomme de chemin sur les terres désolées de l’acoustique en berne (cfr Thomas Dybdahl, Kristofer Aström, Nicolaï Dunger). Enregistré dans une école abandonnée à Skane, dans le sud de la Suède, et mixé par Craig Schumacher (Giant Sand, Calexico,…), « Faya » compte 11 chansons aux ambiances un peu tristes. Manque plus que le rocking-chair et le plaid en peau de bête pour que tout le monde chiale (« Juanita », « Union Lake », « Chose The City »), mais heureusement il y a Nina Persson des Cardigans. Elle chante les chœurs sur « Roaring 40’s », et ça réchauffe un peu. Sous le plaid en peau de bête avec Nina Persson ? Un instant : je fais chauffer du thé.

Hugo Chastanet

La Nuit des Balançoires

Prince pop de la comptine surréaliste, enchanteur enchanté débitant ses histoires comme on joue à ‘Taboo’, Hugo s’amuse avec la langue française, et l’on sourit aussi. Espiègle, coquin, rêveur, ce Français au timbre cajoleur ‘livre des moustiques à l’Institut Pasteur’, ‘vole des bicyclettes pour écouter leur sonnette’, se retrouve ‘au Brésil d’un seul battement de cils’, bref il est ‘fou, mais pas beaucoup’. Juste assez, en fait, pour qu’on lui trouve du charme, sans parler de ses humbles chansons : telles des sauterelles qu’on attrape dans l’herbe en joignant les deux mains, elles chatouillent nos oreilles de leurs belles mélodies. Avec son Fender Rhodes qui rougeoie sous les coups de soleil, du piano joué debout pour éviter les crampes, des guitares gentillettes qui rappellent Voulzy, voire Melon Galia (et la pochette, signée Dupuy et Berberian !), « La Nuit des Balançoires » donne envie de dire « oui ! » à toutes les filles qu’on croise dans la rue. Vivement le printemps, que les jupes fleurissent sur les plaines de jeux !

Friends Of Dean Martinez

Lost Horizon

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Réduit à un trio depuis son précédent opus ('Random Harvest'), FoDM persévère à nous restituer couleurs, parfums et ambiances typiques de la fin des sixties/début des seventies. Le gros changement, c'est que le propos est beaucoup moins redevable à Pink Floyd. 'Landfall', première plage, nous ramène dans les parages de Popol Vuh. 'Somewhere over the Waves' et 'All in the golden Afternoon' restaurent ce climat désuet, mélancolique et un peu lugubre cher au Air de 'Virgin Suicide'. Quelques plages, dont 'Heart of Darkness', rallient le krautrock, 'Dusk' évoquant un peu Amon Düül. Les compositions sont souvent moins développées que sur le précédent elpee. Certaines semblent laissées en friche, comme pour lancer une méditation. Les sonorités sont également moins variées. Instrumental de bout en bout, l'album privilégie climats et ambiances, outre quelques sections plus expérimentales. Les guitares, souvent saturées, sont mises en avant. Les claviers, essentiellement en nappes, plantent plutôt le décor. Emballé dans une superbe pochette digipack, ce CD laisse quand même l'auditeur un peu sur sa faim. Gageons que le groupe nous reviendra prochainement flanqué d’une œuvre plus captivante.

John Frusciante

The Will To Death, Automatic Writing (Ataxia), DC Ep, Insid

‘Vise son bras ! On dirait le steak dans ‘Poltergeist’ !!!’, dit-il à son copain lors du concert des Red Hot au Sportpaleis d’Anvers. Yeux fermés, mine défaite mais concentrée, John Frusciante balance laconiquement le riff d’« Under The Bridge », et les briquets s’allument. Mais l’homme aux bras fondus se fout bien du star-system, des stades de foot remplis jusqu’aux toilettes : dans sa tête il ulule, à l’amour, à la mort, et face à lui tout est vide. Qu’y a-t-il à l’intérieur du vide ? C’est la question qu’il se pose, de disques en disques. Parce qu’en plus d’être le guitariste du ‘plus grand groupe de rock du monde’ (Mojo), John Frusciante est aussi un des plus grands songwriters américains. Pas moins ! Et l’un de ses plus beaux écorchés vifs. Depuis son premier album qui puait le suicide (« To Clara » : l’album 100% déprime), John Frusciante a joué avec le feu. Revenu de très loin (la drogue), sa réintégration au sein des Red Hot signera l’apothéose de leur carrière, en commettant le très bon « Californication ». Normal : les mélodies dessus, c’est lui. Et il en a encore plein la cervelle, à en juger sa productivité : cinq albums et un EP en moins d’un an (+ l’album « Shadows Collide With People », plus FM, hors cette collection) ! De quoi décourager tout apprenti rockeur, d’autant que les compos ici disséminées sont loin d’être médiocres. Rock abrasif, ballades rimbaldiennes, folk à la Fahey, délires chamaniques, électronique tribale, cold wave squelettique,… John Frusciante laisse libre cours à son talent fantasque, en réaction sans doute au formatage obligé de l’écriture RHCP, dédiée aux compiles rock et aux ambiances de festivals. Et de découvrir que derrière le masque de la rock star se cache en fait un homme assailli par le doute, aux épaules trop menues pour porter le succès de son groupe, préférant l’ombre aux paillettes, etc. L’incarnation typique du musicien maudit parce qu’incompris, balançant ses pépites aux pourceaux, qui réclament un gros slow ou du funk-rock qui tire la langue. Le symptôme Syd Barrett, en quelque sorte… Mais notre chance, c’est que John Frusciante a réussi là où les autres ont raté (la liste est longue), bref qu’il est toujours en vie. Sans doute a-t-il besoin de jouer pour ne pas perdre pied (autre cliché), sauf que cette fois le plus dur est passé, et la vie de reprendre. D’où cette impression d’entendre un homme, si pas en paix avec lui-même, du moins en plein travail de réadaptation. Et de prendre conscience pour de bon, s’il restait une légère hésitation, qu’il s’agit bien d’un des guitaristes les plus impressionnants de sa génération. A l’instar d’un Ben Chasny (Six Organs of Admittance, Comets On Fire), d’un Ray Davies (The Kinks) ou d’un Omar Rodriguez (At The Drive-In, The Mars Volta, ici présent), John Frusciante est capable de tout faire avec sa guitare (écoutez le disque signé Ataxia, en fait lui, Josh Klinghoffer et Joe Lally, de Fugazi). Quant à sa voix, elle varie du cri dépressif aux baisers de l’araignée : une fois qu’elle vous tient, c’est souvent jusqu’à l’hypnose. Il est temps de rendre justice au Frusciante de l’ombre, celui dont les mélodies nous percent de leur intensité. Un petit génie du rock comme c’est devenu très rare, là où tout le monde ne voit en lui qu’une bête de foire.

 

Carptree

Man made Machine

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Carptree est un duo : Niclas Flinck, chanteur à la belle voix chaude très ‘gabrielienne’, et Carl Westholm, claviériste inspiré et polyvalent. Ces deux Suédois composent ensemble, mais Niclas se réserve les lyrics. Ils convoquent pour les aider le 'No future Orchestra', ensemble de musiciens et choristes dont l'apparente stabilité dément le nom. En effet, on retrouve grosso modo les mêmes intervenants sur cet opus et le précédent ('Superhero', 2003, très recommandable). L'album commence de façon très séduisante. La première plage s’ouvre par un dialogue intimiste entre Niclas et le piano de Carl, avant de prendre de la hauteur à grands coups de chœurs. La suite jouera sur le contraste entre sobriété et emphase, équilibre seulement rompu par un court solo de synthé un peu torturé. 'Titans' pénètre directement dans un univers musical à la fois très symphonique et plein de sensibilité. Et le chant théâtral à souhait de Niclas est un pilier majeur de cet édifice majestueux. 'Sunshine Waters', seconde plage plus mélodieuse, creuse le même sillon, tout en accentuant le côté emphatique. A son tour, 'The weakening Sound', caractérisé par son côté plus dramatique, séduit et charme nos oreilles. L'affaire est entendue: ce CD ne quittera pas le lecteur de sitôt. Les deux bougres s' y entendent à créer une ambiance ou camper un climat. Et leur musique, toute en délicatesse et en émotion, riche en sonorités éphémères et en petits détails truculents, coule de source comme si elle était familière. C'est bien là un des autres atouts de Carptree : ce qu'ils font nous semble d'emblée proche, alors qu’on serait bien en peine de les présenter par comparaison à d'autres groupes. Tout au plus peut-on dire qu'ils ont la finesse et le sens mélodique tant apprécié chez Roger Hodgson (ex- Supertramp), et la même prédilection pour les atmosphères que Marillion. Mais ces repères sont bien loin de permettre au commun des mortels de se faire une idée. Certains estimeront que parfois, Carptree tire trop sur la corde (sensible) ou que certaines plages auraient gagné à être un peu plus courtes. Ce qui n'empêche pas l'album de s'écouter volontiers d'une traite. Il réserve d'ailleurs sur la fin une plage un peu plus audacieuse. Et s'avère définitivement fort attachant.

Climax Blues Band

The River sessions

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Fondé en plein blues boom de la fin des 60’s, cette formation répondait, à l’origine, au patronyme de Climax Chicago Blues Band. Un ensemble, qui nonobstant diverses fortunes rencontrées au cours de sa longue histoire, existe toujours aujourd'hui. Cependant, il faut reconnaître que son succès, il l’a essentiellement récolté outre-Atlantique. Une formation dont le line up originel impliquait le chanteur multi-instrumentiste Colin Cooper, le guitariste Pete Haycock, le batteur Georges Newsome, le bassiste Richard Jones et le claviériste Arthur Wood. Paru en 1969, leur premier elpee "Climax Chicago Blues Band", émargeait bien sûr au blues. C’est au cours de cette année que le quintet décide de soustraire le terme Climax de son nom. Le Climax Blues Band commet l'excellent album "Plays on" quelques mois plus tard. La musique est déjà plus aventureuse, mêlant blues, jazz et avant-garde. Si les deux opus suivants, "A lot of bottle" en 1970 et "Tightly knit" en 71, adoptent toujours un profil blues, on y décèle une percée rock de plus en plus marquée. Premier long playing enregistré ‘live’, "FM Live" paraît en 1973. Le band concocte alors un album, presque tous les ans. Mais on en retiendra surtout "Gold plated". Edité en 1976, ce disque recèle "Couldn't get it right", une compo qui va devenir un hit et surtout leur servir de carte de visite! En 1984, le guitariste Haycock quitte le navire. Il est remplacé par Lester Hunt. Le succès se fait plus rare. Pour célébrer les 20 années d’anniversaire de la sortie de leur premier elpee ‘live’, le groupe enregistre une nouvelle plaque immortalisée en public : "Blues from the Attic", en 1993. « The River sessions » navigue entre deux époques. Il aura donc fallu près d’un quart de siècle pour voir paraître ces fameuses "River sessions" accordées en direct pour Radio Clyde. En février 82, très exactement. Au Queen Margaret Union de Glasgow. Les deux leaders, Colin Cooper et Pete Haycock sont ici soutenus par le bassiste Derek Holt, le drummer John Cuffley, et le claviériste George Glover. Dix plages ont été exécutées, dont trois issues des deux derniers albums de l’époque, soit "Flying the flag" (1980) et "Lucky for some" (82).

Le concert s’ouvre par "Blackjack and me". Le rythme est soutenu. Les deux chanteurs conjuguent leurs voix : grave pour Cooper, et plus frêle, moins affirmée de Haycock. Colin se réserve l'harmonica. "Cuttin' it rough" évolue au sein d’un emballage FM que le groupe semblait alors privilégier. Les deux timbres que tout oppose se complètent. Le climat vire au jazz. A cause du piano électrique de George. Et puis du saxophone de Colin, un instrument qui était devenu une force chez le Climax BB. Ce qui n’empêche pas Pete de prendre un envol original et séduisant sur les cordes. Idéal pour la scène, "Shake it Lucy" aurait pu figurer dans le répertoire des Stones. Les riffs sont efficaces, les percussions solides et le sax se libèrent. "Could'nt get it right" demeure incontestablement la meilleure compo du Band. Elle est reprise en chœur par l'assemblée. La reprise du "Evil" de Willie Dixon renoue avec le blues leurs débuts, un fragment balayé par une excellente intervention à l’harmonica. "Horizontalized" replonge dans l’ambiance entretenue tout au long de l’album "Plays on". La guitare et l'harmo jouent à l'unisson. Plus classique mais toujours de bonne facture, "The last chance saloon" campe un blues lent caractérisé par une intervention de Haycock. "Gotta have more love" était paru, à l’époque, sous la forme d’un single. Mélodique, il épouse une démarche fort proche de "Could'nt get it right". Exquis ! Le concert s’achève par l’interprétation de grands standards de scène du Climax BB. En l’occurrence la reprise du "Going to New York" de Jimmy Reed et un medley rock'n'roll introduit par l'inévitable "Johnny be good". Une délicieuse tranche de blues !