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Campbell Brothers

Pass me not

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Les musiciens qui composent cet ensemble sont des membres de la Holiness Church. Charles Campbell est pasteur à Rochester dans l'Etat de New York. Et le petit monde de la musique réunit les fils du pasteur, Chuck et Phil, et son petit fils Carl. La famille anime ainsi la Maison de Dieu! La steel guitare électrique prend une place prédominante dans le style musical issu de cette congrégation. Le trio est enrichi du chant gospel de Katie Jackson, rebaptisée la Mahalia Jackson de ce mouvement religieux et spirituel. Au sein de ce mouvement, le blues et le rock sont bannis. Les musiciens puisent donc des éléments dans la musique country, le reggae le R&B et le jazz.

Ce 1er album des frères Campbell va vous faire frissonner dès les 1ères notes échappées de la pedal steel de Chick. "Pass me not, oh gentle saviour" se veut angoissant et savoureux à la fois. La slide gémit, hurle, trépigne, en un mot souffre, mais dans la beauté. "I feel good" est un chant joyeux célébrant la quiétude et le bien-être. On se retrouve au c(h)œur de l'Eglise. Tous les orteils sont en mouvement. Et si "Walk with me" n'est pas du blues, qu'est-ce donc, alors? Un blues pour l'éternel! Philipp met "Jump for joy" sur orbite à l’aide de sa guitare. Il est vite rejoint par les sons incroyables de la lap steel 8 cordes d'un autre frère, Carlton. Sur "Morning train", la pedal steel souffle comme une locomotive, lancée sur les rails par les percussions de Carlton. "There is no failure in God" est un autre blues de l'espoir et de la foi en Dieu. Un petit bijou! Je vous conseille vivement cet album.

 

Grady Champion

Payin´ for my sins

Écrit par

Grady est un jeune chanteur/harmoniciste noir de 30 ans, originaire de Canton, dans le Mississippi. " Playin’ for my sins " constitue bien son deuxième album. Il est vrai que "Goin' back home" n’avait pas eu la chance de tomber dans un bon circuit de distribution.

Dès le départ, l'auditeur est marqué par l'énergie, le caractère sauvage et primaire du chant. Une voix qui peut rappeler quelque part celle de Johnny Copeland. L'harmonica est lui inspiré par Sony Boy Willamson. L'homme ne manque en tout cas pas de tonus! "You got some explaining to do" est une mélodie funky colorée par un trombone et la slappin' basse de Richard Cousins (ex-Robert Cray Band), qui accroche l'oreille. "Good as new" est un hymne lent, victorieux, taillé sur mesure pour sa voix éraillée. "My rooster is king" est joué sur un tempo boogie plein de vigueur. L'harmonica est lâché sur un ton proche du "Wang dang doodle" de Willie Dixon. Il réalise un excellent job lors de sa reprise dramatique de "Goin' down slow", sur un mode déclamatoire. Les phrases d'Alan Mirikitani son subtiles. Il reste bien d'attaque pour le blues rock "Let me be". La guitare est bien sentie! Grady s’autorise, bien entendu, une reprise de Sonny Boy : un "Don't start me talkin" au souffle puissant. Un elpee encourageant dont nous retiendrons la voix très personnelle de notre Champion!

 

Chicago Rhythm & Blues Kings

Chicago Rhythm & Blues Kings

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Derrière les Chicago R&B Kings, se cachent en fait les Mellow Fellows. Tout au moins trois d'entre eux. En l’occurrence, le saxo Terry Ogolini, le trompettiste Don Tenuto et le bassiste Bob Halaj. Les Mellow Fellows, c’était le groupe qui accompagnait le regretté Larry ‘Big Twist’ Nolan. Le groupe a changé de nom parce qu'il a déniché un nouveau chanteur charismatique, en la personne d'Ernie Peniston. La production de Gene Barge est superbe. Il a réalisé un son impeccable pour ce cocktail explosif de R&B.

Il chante lui-même un splendide "Love is a five letter word", soutenu par le piano tenace de Michael Logan. Barge est aussi un saxophoniste notoire. Il a joué, il y a fort longtemps, pour Chuck Willis, Little Milton et Koko Taylor. Swing et groove, pour l'instrumental "Ho too-do-loo", caractérisé par de brillantes interventions de Tenuto et Ogolini. "Creepin under my skin" est un slow blues royal, balayé par de géniales parties de cuivres et illuminé par un break de guitare imaginé par David Mick. "Homecoming" est une ballade soul instrumentale. Les Kings reprennent 2 compos de Cash McCall, dont un solide "Girlfriend, woman and wife", belle trilogie chantée passionnément par Ernie. Un album de R&B contemporain.

 

Pee Wee Crayton

Early hour blues

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Les grands, ceux qui ont créé les styles aussi présents ces dernières années, tels que T-Bone Walker, Percy Mayfield, Lowell Fulsom, Johnny Guitar Watson et… Pee Wee Crayton, ont tous disparu, mais leur musique a rarement pris une ride. Pee Wee Crayton a été en son temps un grand novateur. Il suffit d'écouter l'ouverture "Blues at daybreak". Le style, le rythme, les riffs imprimés par les cuivres, le piano qui roucoule et cette guitare très présente à l'avant-plan dessinant des chorus qui nous sont familiers. C'est aussi bien entendu l'ambiance fin de soirée. La moiteur qui s'installe. Les volutes de fumée. Les silhouettes enlacées qui se profilent dans la pénombre de la piste de danse. C'est l'atmosphère de "Early hours" et de "Blues after hours".

L'album ne reprend pas les plus grandes années de l'artiste. Il réunit pour la 1ère fois en CD le meilleur de 2 albums sortis en 83 et 84 sur le label Murray Brothers. Mais qu'est-ce que ça peut être bon de retrouver le jump délirant, le swing torride de "Barefootin", flanqué de Honey Piazza au piano. Malheureusement, l'année suivante, soit en 85, Pee Wee partait pour le paradis des bluesmen. Sa guitare est au bord de la rupture quand il attaque le "When I'm wrong" de BB King, pendant que Rod Piazza plante son harmo dans le décor. Rod prend un solo comme au bon temps où il cotoyait George Smith. Ajoutons que les titres signés Crayton sont pour la plupart issus de la plume de son épouse Esther. A pointer "Red Rose boogie" et "Hearin home". Je serai complet en vous disant que c'est Doug McLeod qui se réserve la guitare rythmique.

 

Arthur Adams

Back on track

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Quel bonheur d'album nous a donc pondu Arthur Adams! Tout y est. Mais tout d'abord un grand coup de chapeau à l'écriture. Les heureuses mélodies se bousculent au portillon. Le blues, la soul, le R&B, et le funk se mélangent subtilement et en douceur. La guitare affiche une richesse insoupçonnée. Arthur manifeste un talent inné à sortir les bonnes notes au moment voulu ; et jamais une de trop. Le naturel transpire à chaque intervention. "Back on track" est une œuvre colorée, au sens propre comme au sens figuré. Car sur la pochette, le très noir Arthur, flanqué de sa guitare aussi noire, le complet bleu profond et la chemise rouge, pose sur fond jaune. Trop!

Adams doit être le nouveau Cray pour le siècle nouveau! Pourtant, si Arthur est un chanteur remarquable, sur cet opus, on ressent moins de chaleur et de profondeur dans sa voix, relâchement cependant compensé par une fameuse dose de relief. On pense le plus souvent à BB King. Mais aussi, et c’est plus étonnant, à un John Mayall en verve (tendez l'oreille à "Who does she think she is" et "Honda Betty"). Ou encore et surtout à lui-même. Adams est exceptionnellement personnel. Car dans son style truffé d’arrangements spéciaux, l’aventure est toujours au rendez-vous. Je vous conseille d’écouter cet album d'une traite, et vous savourerez une solide tranche de blues qui varie depuis la mélodie de "Back on track" jusqu'au final "Backup man". Arthur est basé depuis plusieurs décennies à Los Angeles, mais il est né à Medon dans le Tennessee. Question blues, son maître était bien entendu BB King. Et BB, est là, sur deux plages, échangeant chorus et vocaux sur "Get you next to me" et "The long haul"; ce dernier d'une beauté à pleurer. On dit de lui qu'il chante comme un ange. C’est vrai que l'émotion n'a pas de limite quand il interprète des titres lents, tels que "You really got it going on" ou "Rehabilitation song". Un must dans le genre!

 

Luther Allison

Live in Chicago

Écrit par

Déjà deux ans que Luther nous a quittés. Il a eu le plaisir de recueillir la pleine gloire de son vivant, mais un peu tard, il faut le reconnaître. Artiste attachant, bluesman extraordinaire, c’est bien un grand qui nous a quitté. Merci à Ruf de sortir ce double album live, dans sa bonne ville de Chicago, qu’il retrouvait à peine.

La part belle est faite aux derniers albums, "Bad love" (3 titres), "Blue streak"(7) et "Reckless" (2). Et c’est son backing band américain, le James Solberg Band qui assure.

Le premier disque devrait ravir ses fans de blues, c’est une certitude. Il se paie ici une superbe tranche de blues, qu’il interprète de sa voix puissante, râpeuse, accrocheuse, en s’accompagnant de sa guitare suramplifiée, implacable. Tout cet album a été enregistré le 3 juin 1995 lors du Chicago Blues Festival. Le plus grand moment est indéniablement le blues lent, "Cherry Red wine". Absolument exceptionnel dans son accomplissement ! Dans le genre, "Bad love" est tout à fait brillant, lui aussi. Les titres rythmés sont volontiers durs, voire agressifs ("Soul fixin’ man" et "Move from the hood"). Luther aimait aussi jouer de la slide. Il reprend le "Give me back my wig" de Hound Dog Taylor et le classique de Tampa Red, "It hurts me too", composition qui figurait bien sûr au répertoire d’Elmore James. Un medley hommage à BB King termine ce disque, comme il clôturait le festival. Partagé entre "Gambler’s blues" et "Sweet little angel", il bénéficie du concours de deux compères du Westside de Chicago: Eddie C. Campbell et surtout Otis Rush. Un moment savoureux.

Le deuxième disque se concentre davantage sur le Luther plus soul, plus R&B. S’il avait enregistré pour Tamla Motown, il aurait pu figurer sans problème dans le catalogue Stax (ici "Think with your heart" vaut bien un standard d’Otis Redding!). Les prises de cet album ont été réalisées en partie au Buddy Guy's Legends, en 95 (retenons le très long "All the king's horses" et la guitare de "Walking papers") ; tandis que quatre fragments proviennent de l'un de ses derniers concerts accordés au Zoo Bar de Lincoln, en mai 97, dans le Nebraska. Pourtant déjà durement atteint par la maladie, il pouvait encore sortir des choses admirables comme "Will it ever change?". Trop, Luther, tu étais trop!!

 

Blue Chamber

Arms of the blues

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Le leader de Blue Chamber, c'est Big John Dickerson. Un solide musico noir, à la voix basse bien assise, qui marque déjà 66 ans au compteur. Il s’est établi depuis quelques années du côté de Minneapolis. C’est là qu'il a formé Blue Chamber en compagnie du Paul Mayasich et du trompettiste Joe Derasmi.

Blue Chamber débute sur un ton très Memphis, un "Good man blues". La guitare de Mayasich et l'orgue de Scott Miller sont à l'unisson. Un swing cuivré hante "Make the count". La voix de Big John prend toute son ampleur, lorsqu'il chante passionnément le lent "Reap what you sow", une chanson composée par la redoutable paire, Mike Bloomfield et Nick Gravenites, lorsqu’ils sévissaient au sein d’Electric Flag. Sur un ton R&B, légèrement funky, l'ombre de l'Electric Flag passe encore sur une somptueuse partie de 6 cordes accordée à "Tell me". Mais j'aime aussi lorsque l'ambiance se fait Stax. Comme dans la version funk, cuivrée, du "Low down dirty shame" de Carey Bell ; ainsi que sur la reprise explosivement boogie du "You upset me baby" de B.B. King. Un bon album qui se termine en jug style par "Black Coffie". A souligner, la production impeccable de Jim Gaines.

 

Blue Diamonds

Hit the big time

Écrit par

C'est la plage titulaire qui ouvre l'album. La guitare économe, versatile et très à l'aise de John Franken ainsi que la voix puissante et déchirée de Grana Louise constituent une excellente entrée en matière. Nous sommes à Saint-Paul, la ville collée à Minneapolis, berceau du label Blue Loon. Sous l'étiquette Blue Diamonds, nous retrouvons en fait le Joël Johnson Band qui avait enregistré il n'y a guère, pour Blue Loon. Johnson chante et assure la guitare rythmique. Tom Burns est à l'harmonica, Jon Norstad à la batterie et John Franken, à la guitare solo. Depuis le décès de Will Donicht, c'est Jack Taylor qui tient la basse. Mais la cerise sur le gâteau est apportée par la voix de la noire et néanmoins blonde, Grana Louise. Elle est impressionnante d'aisance et d'autorité sur "Raunchy Rita". Elle chante passionnément le blues et reprend le "Sugar in my bowl" de Nina Simone. Le rythme s'accélère quelque peu sur un rythme de rumba pour "I want my money back", une piste composée par Gaye Adegbalola de Saffire. Le backing band y est éclatant. Joel Johnson se réserve, quand même, quelques parties vocales. Elles font même impression sur "Ain't good lookin", face à la slide de Franken. Et se conjuguent en rythme avec celles de Grana, lors d’un pétillant Won't somedy tell me" qui clôture ce tout bon album.

 

Bo Weavil (France)

Early recordings

Écrit par

La Belgique avait déjà enfanté, du côté d'Anvers, ses Bo Weavils. Ceux qui nous concernent nous viennent de l'Hexagone. Au départ, ils étaient deux. Boogie Matt ‘Arrow’, chant, guitare, harmonica et Sleepy Vince Talpaert à la basse. Au hasard des tournées, ils ont engagé Lulu Lelet aux percussions.

Mais venons-en à cet "Early recordings". L'enregistrement est mono, le son est sale, très sale! Le BWBB puise son blues loin dans le passé. Dans le delta du Mississippi où tout a commencé, mais en y intégrant aussi les éléments d'amplification qui ont mis le blues urbain sur les rails dans les villes industrielles du Nord, telles que Chicago ou encore Detroit.

Boogie Matt est assez violent dans la voix, mais aussi et surtout dans la manière dont il traite ses instruments. L’harmonica sur "So loaded" et la guitare sur "Hold me" en sont de parfaites illustrations. Il se sert aussi brutalement de son bottleneck que le bon vieux Hound Dog Taylor. Cap plein sud pour "Fever boogie". L’harmonica est sans doute inspiré par Sonny Boy, mais il se révèle tellement sauvage, bestial même. C'est bien le boogie fiévreux. Pour "Big city blues", retour au Nord. Les cheminées de la Motor City crachent leur fumée noire, âcre, quasi irrespirable. John Lee Hooker se fait un demi-siècle plus jeune. Les portes du juke joint s'ouvrent pour "Drinkin' both night & day", quelque part dans le Mississippi, peut-être du côté de Rolling Fork. Un fantôme passe! Tout au long de l’album, les dix-sept titres s’égrènent ainsi, courts, musclés. Tout ne reste pas au niveau des premiers, mais l'ennui ne s'installe jamais. L'énergie déployée est monstrueuse, le jeu est très immédiat, la sueur et la moiteur s'installent. Matt peut parfois rappeler, sous cet angle, un Papa George Lightfoot ("I'm doing fine"/"That's enough"). Mais c'est bien tout l'héritage de grands du passé qui défile. Depuis Elmore James à Howlin'Wolf en passant par Robert Nighthawk, Lightnin' Hopkins ("I wonder where the women be"), Dr Ross, et même plus au Sud, Slim Harpo ("They call me the hook").

 

Skeeter Brandon & HWY 61

I'm a man of my word

Écrit par

Skeeter Brandon possède une voix superbement taillée pour le blues. Chaude, puissante, à l'aise dans tous les registres. Une voix qui s'est harmonieusement développée dans l'exercice du gospel.

Skeeter s’est établi en Caroline du Nord. Il chante mais joue aussi divinement des claviers, du piano et de l’orgue. « I'm a man of my word » constitue déjà son 4è album concocté en compagnie du groupe Hwy 61, pour le label New Moon de Chapel Hill. Il avait pris les rennes de cette formation en 1990, suite au décès inattendu du leader Walter ‘Lightnin' Bug’ Rhodes. Skeeter voue énormément d'admiration à ce dernier. Il reprend d’ailleurs régulièrement ses compositions, comme ici "How old you got to be" (avec lap steel guitar) et "Now hear this". Deux changements dans Hwy 61. Si le bassiste Chris Grant est toujours au poste, Max Drake a remplacé le talentueux Armand Lenchek aux cordes et Russ Wilson a pris la place aux percussions. L'album est excellent. J’en épinglerai les remarquables blues "I'm a man of my word" et surtout "Drug avenue". Sans oublier le bien cuivré "I'm a hog for you", le Chicago blues à la Elmore James "Stop that grinnin" et un certain "Blues down in my bones" qui se promène sur les rythmes syncopés de la Nouvelle Orléans. Randy Friel, le boss du label a écrit "It ain't right". Rythmé, Skeeter le chante avec toute l'aisance et la sensibilité qui caractérisent sa voix, alors que la guitare de Max rocke ferme. Big band et piano boogie alimentent "The girls are here". Variété des rythmes, qualité des compositions et des musiciens font la part belle à cet elpee, de la 1ère à la dernière minute. Chaudement recommandé !

 

Clarence ‘Gatemouth’ Brown

BlackJack

Écrit par

Gatemouth est un ‘touche à tout’ génial. " BlackJack" date cependant de 1978! Ce n’est sans doute pas le meilleur de Clarence, mais son intérêt réside, sans doute, dans la panoplie de styles qu’il réunit. Il s'attaque avec le même bonheur au blues, au jazz, à la country ou au zydeco.

L'entrée en matière "Here am I" (Me voici) est un blues d'une richesse sans limite. Tous les instruments sont parfaitement en place et sont joués d'une manière tellement créatrice. Et on pense tout particulièrement à la pedal steel de Don Buzard. D'ailleurs, ce "BlackJack" est un album qui laisse la part belle au country. La pedal steel se lie à la flûte de Bobby Campo pour attaquer l’instrumental country swing, "Tippin' in". Nous avons droit à Clarence le violoniste sur le superbe "Song for Renee". Etalant la joie de vivre cajun sur "When my blue moon turns to cold again". Clarence l'harmoniciste, plus rare de nos jours, très animal sur "Street corner". Clarence le guitariste bien sûr. Toujours aussi prodigieux lorsqu’il étale sa vitesse d'exécution sur le très jazzy "Pressure cooker". Et enfin, Clarence le mandoliniste, très cowboy, sur "Take me back to Tulsa". Sur la plage titulaire, il nous démontre pourquoi on l’avait tant comparé au grand T-Bone Walker ; mais il y injecte tant de sa personnalité qu'on lui baisse le chapeau sans réserve. Question dextérité, il ne doit rien à personne, ses échanges avec Don Buzard et Bobby Campo (trompette) sur ""Honey Boy" s’élèvent à un très haut niveau.

 

Alain Souchon

Au ras des pâquerettes

Écrit par

Souchon souchonne évidemment. Des musiques légères, des mots épars, des expressions enfantines et, au total, des ambiances délicieuses. On s'y plonge avec d'autant moins de réticences que Souchon fait du Souchon sans trop se répéter. Il conserve ses ingrédients personnels mais change de livre de recettes au fil du temps qui passe. Il ne dit plus "J'ai dix ans" mais raconte les humeurs d'un quinquagénaire moderne, inquiet des désastres écologiques ("Pardon"), amoureux des marchandes de glaces ("Tailler la zone")... "Au ras des pâquerettes" a été peaufiné en cinq ans - d'où son côté un peu trop léché à mon goût - avec la complicité habituelle de Laurent Voulzy et celle de son fils Pierre, responsable de la musique pour plusieurs compositions. Le disque comporte quelques morceaux plus faibles ("Une guitare, un citoyen", par exemple) mais est tiré, comme Souchon sait le faire à chaque fois, par une mélodie irrésistible qui fait le bonheur des radios (de toutes les radios, car dans toutes les chapelles on aime Souchon). Ce tube, c'est donc "Le baiser", une rêverie en mer du nord avec des parfums de Belgique et des effluves de fancy fair.

 

Mocket

Pro forma

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Mocket est d'abord un duo. Un duo d'expérimentateurs sonores. Leurs instruments répondent aux doux noms de ‘farfisa’, ‘casio ski’, ‘juno 60’ ou encore ‘customized modulation systems’. On les imagine sans peine tripoter des tas de boutons au fond de leur cave. Et se mettre à répéter après avoir vu un bon petit film. Certainement tourné par un obscur réalisateur finnois. Mais Mocket peut aussi être un groupe. Et là ce quatuor se met à naviguer dans les eaux d'un Add (n) to X, le lyrisme électronique en moins. Quoique jamais franchement désagréable, la musique de Mocket ne marquera pas davantage les esprits. Il manque ‘un je ne sais quoi’ qui pourrait les faire passer dans la catégorie supérieure. Pourtant, le groupe ne manque pas de qualités, et est susceptible de captiver un certain public, ouvert à ce type de traitements sonores. Une prestation lors d'un festival pourrait sûrement changer les choses. Encore faudrait-il savoir sur quelle scène les faire jouer… Je proposerai entre Blonde Redhead et Add (n) to X.

Travis

Entre Kubrick et Shirley

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On ne parle que d’eux, pour l’instant, en Grande-Bretagne. Faut dire qu’au moment d’écrire ces lignes, Travis passait la barre des 600 000 albums vendus. Rien que dans l’Albion. Chez nous, la radio vous a sans doute permis d’entendre, voire d’écouter, l’un ou l’autre single. Malgré ce succès, le quatuor de Glasgow est resté simple, ouvert, tout en défendant des idées, pertinentes et personnelles. Un groupe très soudé, aussi, qui se présente au complet aux interviews…

Il y a peu, vous déclariez que tout ce que vous vouliez faire, c’était du rock. Mais aujourd’hui, vous n’en êtes plus tout à fait sûrs…

Cela pourrait être du rock, du roll ou n’importe quoi. Ce qui compte, c’est la direction émotionnelle du groupe. Prenons une chaise ; une chaise est destinée à s’asseoir. Or, Marilyn Mansun est une chaise sur laquelle on ne peut pas s’asseoir. En fait, on pourrait tout aussi bien la définir comme une chaise rock’n roll ou une chaise blah blah blah. La chaise pourrait se traduire par des vêtements que vous enfilez pour monter sur une scène de théâtre. Mais cette même chaise, vous n’allez pas l’emporter pour vous rendre au cinéma. Peut-on s’asseoir dessus ? Si oui, faites-le. Si pas abstenez-vous ! C’est un peu une nécessité. Comme si on disait qu’il fallait rejeter tel type, parce qu’il est blanc ou noir. Et pourquoi le rock est mieux que le roll ? D’un côté, il y a le rock et ses émotions. De l’autre, le roll et les siennes. Le public a soif de rock’n'roll et oublie les émotions. Evidemment, certains ont pris le titre de notre premier album (« All I want to do is rock ») au premier degré. Nous aurions tout aussi bien pu l’intituler « Je voudrais devenir un dessinateur de BD » ou « Un chauffeur de taxi ». Ce qui compte, c’est ce que vous voulez faire. Le mot rock, utilisé dans cette phrase, est un mot comme n’importe quel autre. C’est comme lorsque tu utilises le terme sexe. C’est un mot bien connu. Mais on aurait tout aussi bien pu opter pour « All I wanna do is blah blah blah ».

Noël Gallagher explique que Travis est le groupe qu’il préfère…

C’est sympa. Mais sa réaction n’a rien à voir avec une bénédiction papale. Si le souverain pontife nous avait bénis, le compliment aurait pris une autre dimension. M’enfin, il a un plus grand impact que si c’était une de nos mères qui nous tenait ce type de discours. Ce qui est cool aujourd’hui n’est pas nécessairement ce qui s’écoutera demain. Nous gardons la tête bien sur les épaules…

Peut-on dire que la sensibilité musicale de Travis est féminine, par rapport à celle d’Oasis qui est considérée comme essentiellement masculine ?

Oui, on partage ce point de vue. Tout ce qui est destructeur est masculin. Mais le plus intéressant procède de cette dynamique entre le feeling masculin et féminin. De ce choc entre ces deux mondes.

Apparemment, vous ne voyez pas Bowie d’un très bon œil. Une raison ?

Nous ne sommes pas des inconditionnels de Bowie, mais nous estimons que sa musique est superbe, fantastique. En fait, nous nous demandons si tous les artifices qu’il utilisait n’étaient pas destinés à camouffler la faiblesse de ses chansons. Mais aujoiurd’hui, il s’est débarrassé de tout le tralala, pour redevenir lui-même. Et ça, c’est Bowie ! Il demeure une énigme. Nous ne sommes pas intéressés par ‘fuck the artist’, mais par son œuvre. C’est elle qui est là avant l’artiste. Qu’on s’appelle Bowie ou quelqu’un d’autre. L’artiste est en fait utilisé comme un sachet de thé. On le trempe dans sa tasse pour qu’il infuse. Et lorsqu’on a fini de boire sa tasse de thé, il ne reste plus que le sachet. La musique est plus importante que nous en tant que personnes. Par contre, Marilyn Mansun est plus célèbre que sa musique. Parce qu’il a décidé de se mettre d’abord en évidence…

Y a-t-il une bonne raison pour dédier votre nouvel album à Stanley Kubrick ? Et puis à une certaine Shirley ?

Il y a un tas de spectateurs qui n’ont pas apprécié le film. Mais moi (NDR : Francis), le l’ai trouvé fantastique (NDR : ils ne paraissent pas trop d’accord sur la réponse). En fait, il aurait dû être parolier. Et ce qui transparaît à travers ses films aurait pu se traduire en chanson, en mélodie, en littérature. C’est comme un signal lumineux, comme quelqu’un qui tiendrait un flambeau. Hier, j’ai rencontré un critique de cinéma. Un type qui travaille pour la TV et la presse magazine. Il haïssait le film. Il s’attendait à voir quelque chose de plus sexy. Kubrick a conçu de telles œuvres d’art que le journaliste en fait une interprétation abusive. Il extrapole parce qu’il n’a pas aimé le film, en disant que si le film est nul, Kubrick est nul. En fait, lorsque les gens adorent ce que vous faites ou le détestent, vous êtes dans le bon. Par contre, si la conclusion est toujours accommodante, le résultat ne peut être que médiocre. Il faut que l’artiste soit un déclencheur. Son œuvre doit susciter une réaction. Il en est de même pour la musique. Il faut l’écouter avant de l’apprécier ou de la détester. L’œuvre n’existe pas si personne ne l’écoute, ne la sent, ne la touche. Toutes les tendances artistiques partagent cet objectif. Ce qui explique pourquoi nous avons rendu un hommage à la créativité de Kubrick.

Et Shirley alors ?

C’est un chien qui frétille la queue, lorsqu’il est heureux. Et nous, notre esprit vagabonde quelque part entre celui de ce chien et celui de Kubrick.

Merci à Vincent Devos.

Interview parue dans le n°79 (décembre 99) du magazine MOFO.

Rodolphe Burger

Meteor show

Rudolphe Burger n’est autre que le chanteur et leader de Kat Onoma, formation strasbourgeoise dont nous n’avons malheureusement plus aucune nouvelle depuis trop longtemps. Existe-t-elle d’ailleurs encore ? Nous n’en savons strictement rien. Mais une chose est sûre, ce " Meteor show " est une excellente surprise. Expérimental lorsqu’il réalise la fusion du rock urbain de Lou Reed, le blues tordu de Nick Cave et le cabaret industriel de Tuxedo Moon, il devient franchement irrésistible lorsqu’il parvient à fixer son groove viscéral et à cristalliser son climat venimeux. Il nous fait alors penser à un Daho au sommet de son art ; mais en plus intelligent. Rodolphe est d’ailleurs réputé pour ses textes empruntés à la littérature anglo-saxonne, mais également française. Et il ne se prive pas à nouveau d’y puiser son inspiration, tout au long de " Meteor show ". En outre, sur cet opus, il réalise plusieurs covers personnalisées. Notamment de Dylan, d’Hendrix et puis des Stones…

 

The Stooges

1969

Août 69. Il n'y a que quelques jours que l'homme a marché sur la lune et les Stooges sortent leur premier LP. Il ne grimpe pas vraiment à l'allure d'une fusée dans le Billboard : seulement la 106ème place. Ce petit pas dans les charts est pourtant un bond de géant. Près d'un quart de siècle plus tard, le NME (octobre 93) classe ce disque 62ème album de tous les temps, et il ya encore des groupes qui s'inspirent ouvertement des débuts d'Iggy.

Probablement un signe que l'album restera un classique, même si les ‘claphands’ de "1969" et de "No Fun" titres auxquels répondent plus tard "Funhouse" et "Funtime' ou le riff au piano de "I wanna be your dog" (auquel répond plus tard "Dogfood" ) ont un peu vieilli. Comme le délire psyché –le groupe s'est appelé d’abord Psychedelic Stooges– de "We will fall", seul moment faible du disque. Pour la petite histoire, on dit que l'enregistrement a été bouclé en 4 jours et ce qui avait frappé John Cale (producteur) c’était l'incroyable détermination de ce gamin de 21 ans : celui-là savait ce qu’il voulait...

 

Biohazard

Humanistes et extrêmes

Écrit par

Biohazard respire la grande forme. ‘New World Disorder’, le dernier Cd studio en date, tend en tout cas à prouver que le groupe a clairement retrouvé toutes ses ‘ressources’. Pas mal pour un combo extrême annoncé plus d’une fois à la dérive...

« Je partage ton avis! Ce cd-là est vraiment une bombe », nous lance gaillardement Billy Graziadei (guitariste furieux de métier). « J’estime d'ailleurs qu'on n'avait jamais réussi aussi fort. ‘New World Disorder’ c'est vraiment Biohazard à son meilleur niveau. Cet album nous pose d'ailleurs un problème, car nous nous demandons franchement comment nous allons pouvoir faire mieux » (NDR : affirmation suivie d'un rire gras). Il est vrai que des titres tels que ‘Resist’ (rien à voir avec feu Sepultura), ‘Salvation’, ‘Skin’ ou ‘Dogs Of War’ constituent de véritables ‘missiles’ de hardcore métallisé et flambé de la plus virulente espèce. Pas de doute, Biohazard a repris le mors aux dents avec rage, après un ‘Mata Leao’ qui en a laissé pas mal sur leur faim.

Faire Big mais pas simple

« Nous avons abordé l'album avec l'envie de réaliser quelque chose de grand, mais aussi de simple », explique Billy. « En fait, nous tenions absolument à bénéficier du son le plus live, le plus net, le plus direct et le plus percutant possible. Nous avons donc tout simplifié au maximum. Peu de temps en studio, pas de fioritures, juste la hargne de nos compos et un son qui canonne un maximum. Biohazard, c'est ça. Notre meilleur visage, il est là. Nous n'avons besoin de rien d'autre. Notre énergie est notre meilleur message et notre meilleur moyen de communication. En concert, j'adore ressentir les vibrations qui animent le public lorsque nous passons la surmultipliée. C'est géant, c'est grandiose. C'est ce que nous avons voulu approcher sur disque, au maximum: le contact direct en moins, bien évidemment... Je conseille donc vraiment à ceux qui veulent ‘ronronner’ d'écouter autre chose !» Billy se marre, à nouveau, toujours délicatement. Ceci dit, son discours est sans doute adéquat. D'une part, il est vrai que Biohazard n’est jamais aussi percutant que lorsqu’il preste en toute simplicité mais fermeté. Et, d'autre part, la production de l'album, signée Ed Stasium, est adroite de discrétion et de justesse. Juste les paramètres essentiels, et on y va ‘à fond les manettes’. « Ed nous a bien compris, il a bien pigé qu'il devait juste bien nous ‘rendre’. Il avait affaire à des fauves et il devait juste capter leur énergie ». Pari tenu, sans aucun doute...

Du premier jet

Au niveau de ‘l'expression’, le groupe n'a pas fait dans la dentelle non plus, comme d'habitude: « Notre but n'a jamais été de révolutionner le monde, ni même de donner des leçons. Nous livrons nos sentiments, nos sensations, nos perceptions. A l'auditeur d'en faire ce qu'il veut. Nous nous sentons concernés par ce qui se passe autour de nous, comme tout un chacun je crois. Nous livrons donc nos états d'âme. A notre avis, nous vivons une époque très désordonnée, avec son lot imposant d'inepties. Il faut en parler, car les gens doivent être conscients. Or, on les incite à ronronner et s'isoler. On les pousse vers des cultures de masse et, dans le même temps, on perd le respect de l'individu. J'ai, pour ma part, vraiment horreur de ce système. Ce n'est pas normal. Nous en parlons, nous nous exprimons sur ces sujets. C'est important pour nous ». Côté textes, Biohazard travaille également dans la simplicité et la netteté. « Le premier jet est toujours le meilleur », prétend Billy. « C'est comme pour les lignes principales des compos en général. Pas besoin de tourner autour du pot, de faire et de refaire les prises ; le message principal est souvent livré en l’état, sans qu'on y repense et qu'on y repense, qu'on le retravaille dix fois. En fait, dans notre genre, nous sommes des humanistes », explique-t-il encore. « Nous sommes très concernés par ce qui touche à l'espèce humaine, aux individus en général. Nous n'avons aucun pouvoir à faire valoir, mais nous parlons de ce qui les concerne. En voyageant à travers le monde, nous avons découvert des situations dramatiques. A l’origine, nous ne connaissions que celles qui sévissent à Brooklyn! Aujourd'hui, notre vision des événements, sur cette planète, est bien plus large ».

Bye Bob!

Dans son fonctionnement, Biohazard est un groupe terriblement démocratique et il le revendique. « Nous travaillons vraiment très fort en commun », affirme le guitariste. « Nous ne pourrions pas œuvrer autrement. Le groupe rencontre richesse dans l'apport de chacun. Nous composons, nous développons nos chansons ensemble, chacun trouvant la place nécessaire à son expression dans le répertoire du groupe. Nous nous sentons vraiment à l'aise au sein de cette formation, surtout depuis le départ de Bobby (NDLR : Bobby Hambell, parti il y a trois ans) ». Tout baigne donc pour un Biohazard qui, plus que jamais, s'érige en véritable empereur de son registre. « Nous n'avons pas besoin de dominer qui que ce soit », clame pourtant Billy Graziadei. « Nous voulons juste être très forts pour notre public et lui apporter ce qu'il est en droit d’attendre de nous ». A l’écoute de ce nouvel album, il est servi. C'est une évidence!

Article paru dans le n° 78 de novembre 99 du magazine Mofo.

The Beta Band

Version 1.0

Malgré un goût prononcé pour les accoutrements loufoques, une mise en scène de leurs concerts pour le moins visionnaire, une approche dadaïste des designs de leurs pochettes et un recours aux lyrics symboliques, les musiciens de Beta Band font preuve d’une maturité intellectuelle, que nous ne soupçonnions pas. Ils savent ce qu’ils veulent. Connaissent l’histoire du rock’n roll. Et laissent finalement peu de place à la fantaisie. Une exception, le studio. Là, ils prennent véritablement leur pied, en jammant pendant des heures. Richard Greentree, le bassiste, et John Mc Lean, le programmateur, s’expliquent…

Peut-on dire que le Beta Band soit un succédané de l’histoire du rock’n roll ?

R : Oui !
J :  Mais progressivement, nous allons essayer de ne conserver que nos propres influences. Celles qui sont internes, pas externes au groupe. C’est la meilleure solution pour aller de l’avant.

Apparemment, vous ne semblez pas trop satisfait de votre nouvel album. Enfin, de la production. Est-ce exact ?

R : Parce qu'il n'est peut être pas aussi parfait qu'il aurait pu l'être. Mais non, je l’aime beaucoup. Il est superbe cet album J : Lorsqu’on crée quelque chose soi-même, on a tendance à jeter un regard de plus en plus critique sur sa propre création. Mais c’est un bon album. Vous pouvez l’acheter les yeux fermés. En fait, c'est surtout du producteur que nous n'étions pas satisfaits!

Est-il exact que vous avez l’intention de remixer chacun des titres de ce disque ? Et si c’est le cas, à qui allez-vous confier cette tâche ? A un DJ, à un autre producteur ? Ou vous sentez-vous capables de l'autoproduire ?

R : Non. L’album est comme il est, et nous n’y changerons plus rien. En fait, nous avons l’intention de sortir un album d’ambient, destiné à susciter des remixes. Mais, c’est toujours à l’état de projet.
J : Tu sais, nous nous sommes rendus compte des problèmes de production, en plein milieu des sessions d’enregistrement Nous n’avions pas fait le bon choix. Nous voulions amener des idées personnelles, mais le producteur était obnubilé par le son analogique. Il avait un blocage. Et nous nous sentions frustrés. Il était têtu comme une mule. Alors on l’a remercié.
R : En réalité, il rejetait sans cesse nos idées. Il faisait une fixation sur les sonorités revivalistes, qu'il estimait plus chaudes et plus bénéfiques au groupe. Il voulait impliquer davantage de guitares. Parce qu’il pensait qu’elles apporteraient un plus. Je ne sais pas. Nous n’étions pas d’accord sur la définition de la musique. De notre musique. Il était très tatillon. Il prétendait que la musique s’assimilait beaucoup mieux lorsqu’on pouvait la danser. Et lorsqu’on a pris congé de lui, il n’était vraiment pas heureux…

Ne penses-tu pas que si la production avait été encore été plus sophistiquée, l’album serait devenu franchement compliqué, alors qu’il est déjà complexe ?

R : Justement ! Nous voulions que l’album soit moins travaillé. Qu'on y voie moins la griffe du producteur. Finalement, nous avions besoin d’un bon ingénieur du son, pas d’un producteur.
J : Si, si, pourquoi pas un producteur, mais pas un mec qui mette sans cesse son nez dans nos affaires.
R : Ce qui explique pourquoi la deuxième partie de l’album épouse un style totalement différent. C’est d'ailleurs une nouvelle direction que nous comptons emprunter dans le futur.

Si nos renseignement sont exacts, la version originale de "The hard one" a été expurgée du sample de Bonnie Tyler, “ Total eclipse of the heart ”, parce que son auteur vous avait refusé l'autorisation. Cette interdiction est-elle définitive ?

R : En fait, celle qui figure sur l’album est la version originale. Elle devrait, il est vrai, sortir sous cette nouvelle version, dans un avenir proche…

Pourquoi les percussions et les effets spéciaux prennent-ils une place aussi importante dans votre musique ?

J : J’imagine que la présence des effets sonores n’est pas gratuite, mais qu’à contrario, ils font partie intégrante de la mélodie. Les percussions sont des éléments qui nous intéressent tous au premier degré. Parce que nous sommes tous quelque part percussionnistes.

Vous avez, je suppose, également recours à des instruments insolites, tels que la batterie de cuisine, quitte à en sampler les sonorités produites ?

R : Ce type d’instrumentation était, à l’origine, une nécessité. Mais aujourd’hui, nous avons moins recours aux ustensiles de cuisine (rires). Ils ont retrouvé aujourd’hui une place qu’ils n’auraient jamais dû quitter, la cuisine… 

Quelle part prend l’improvisation, dans la musique de Beta Band ? Live ? En studio ?

R : Sur scène, tout est bien structuré, programmé, tandis qu’en studio nous parvenons même à composer de nouvelles chansons, rien qu’en jouant ensemble…

Votre méthode de travail va carrément à contre courant des autres groupes ?

J : Il arrive qu’en studio nous utilisions un computer keyboard. Et tout le monde jamme à l’aide de cet instrument, et pas seulement avec une guitare ou une basse…

De toute évidence, vous prenez davantage votre pied en studio que sur les planches ?

R : Effectivement. Et puis, en studio il y a moins de monde.

Pas nécessairement. Il arrive qu'un concert se produise devant un public clairsemé. Nous avons même été témoin d'un set qui s'est déroulé devant une dizaine de personnes. C'était pourtant un excellent groupe britannique.

J : Cette aventure nous est également arrivée. Et en studio, il y en a au moins trente.
R : Mais nous n’avons jamais véritablement expérimenté le live, parce que nos prestations sont extrêmement structurés. Nous n’avons vraiment pas le temps de nous égarer dans une quelconque expérimentation. En studio, nous avons tout le temps de jammer. Un exercice de style que nous adorons. On y est d’ailleurs très bons. Mais en concert, nous ne nous y risquons jamais…

Un jour, vous avez déclaré qu’il n’existait plus de culture jeune aujourd’hui. Ni mods, ni punks, ni rockers. Pour vous, la techno ne reflète donc pas l’esprit de la nouvelle culture contemporaine ?

J : Non, pas du tout ! Toute musique qui rétrécit son champ d’investigation, n’a plus aucun intérêt. Elle se ferme l’accès à l’expérimentation. En fait le public pense que la techno est expérimentale, alors qu’elle n’est qu’un outil destiné à faire danser. Le hip hop était beaucoup plus intéressant, parce qu’il nécessitait un challenge. Enfin, il existe quand même l’une ou l’autre forme de techno qui suscite notre intérêt. Celle qui est pratiquée en Allemagne, notamment…
R : Ce qui m’inquiète le plus, c’est l’étroitesse d’esprit des jeunes qui déifient la techno…
J : Lorsque tu me causes de culture jeune, je pense spontanément au marketing. Si tu ne parviens pas à coller à la mode, tu t’exclus du cercle des branchés. Donc tu dois acheter tel type de fringues, écouter tel type de musique, etc. Lorsque l’acid house s’était révélée, personne ne se posait ce type de question. Tout le monde vivait le temps présent, prenait son pied sans regarder autour de lui. S’exprimait sans devoir faire abstraction de sa propre personnalité. Et puis le phénomène s’est acidifié. Tout le monde s’est focalisé sur le mot acide. C’est devenu une affaire de fric. Donc pour moi, la culture jeune est manipulée par le fric.
R : La culture jeune n’a plus le temps de se développer, parce qu’elle est immédiatement rattrapée par le fric. Elle est bouffée par le marketing. C’est comme si la culture était devenue financière.
J : Et la plupart des médias font tout pour maintenir la situation en place. Ce qui leur permet ainsi de traiter tout ce qu’ils veulent sans trop se creuser la cervelle. Un stratagème qui fait vendre, et puis qui empêche les jeunes de penser. Ces médias pensent ainsi à la place des jeunes, c’est beaucoup moins risqué, et surtout moins fatigant…

Jérémy & Bernard Dagnies.

Merci à Vincent Devos

Interview parue dans le n° 77 d’octobre 1999 du magazine Mofo.

 

Mercury Rev

Deserter’s songs

Encore un groupe chargé de promesses qui a failli splitter. Motif ? Des relations de plus en plus tendues entre les membres de la formation ; situation provoquée par la conjugaison des dépressions nerveuses du chanteur/guitariste Jonhathan Donahue, inconsolable depuis le départ de sa girlfriend, et de Grasshopper, le second guitariste, forcé de séjourner dans un monastère pendant six mois, pour retrouver ses esprits. Apparemment, nonobstant les inévitables changements de line up, consécutifs à la dégradation du climat ambiant, une certaine sérénité semble être revenue chez Mercury Rev, puisqu’il vient de sortir son quatrième album. Un disque, dont la musique riche en arrangements, se révèle à la fois atmosphérique, panoramique et psychédélique, transcendant une multitude de styles passés, présents, et pourquoi pas futurs… Empruntés tout à tour à George Gershwin, Cole Porter, Van Dyke Parks, Neil Young, Spacemen 3, Spiritualized, Jesus & Mary Chain, Velvet Underground, les Beach Boys, Galaxie 500 et la bande sonore de dessin animés. Ceux de Walt Disney, en particulier. Mercury Rev a reçu, en outre, le concours de deux musiciens du Band (groupe défunt et légendaire de Bob Dylan), en l’occurrence le drummer Léon Helm, et le saxophoniste/claviériste Garth Hudson. Une œuvre qui devient envoûtante au fil de l’écoute, accordant une place beaucoup plus importante au sens mélodique, et donc moins à la distorsion, phénomène entretenu, en quasi permanence, sur les trois précédents elpees…

 

The Flaming Lips

Les rêves surréalistes des Flaming Lips...

Écrit par

C'est vrai qu'il est complètement casse-cou d'aller réaliser l'interview d'un groupe sans avoir pu, préalablement, écouter leur dernier album. Mais connaissant l'histoire du groupe, ayant décortiqué les articles de presse qui lui étaient consacrés depuis ses débuts ; et puis surtout, ayant assisté à leur concert, juste avant de rencontrer leur porte-parole, nous étions en droit d'espérer ne pas nous planter. Heureusement, l'entrevue avec Steven Drozd, guitariste, batteur, claviériste, fut particulièrement riche et intéressante ; ce qui a pu nous permettre de mieux comprendre la nouvelle philosophie musicale des Flaming Lips. N'empêche, on ne nous y reprendra plus à travailler dans de telles conditions. Qu'on se le dise ! Ah oui, si vous voyez l'album, faites nous signe…

Existe-t-il un symbole derrière la marionnette articulée par Wayne, live ?

Les spectateurs essaient toujours de trouver une signification à la présence de cette marionnette qui mime le chant de Wayne. Elle n'incarne aucun symbole particulier. Elle est simplement là pour qu'on se marre. Pour passer un bon moment. Elle ne sert qu'à amuser le public. Le but est strictement visuel. Maintenant, si quelqu'un veut en tirer une signification quelconque, tant mieux pour lui.

Ce show, c'est un peu du théâtre ?

En quelque sorte. Quelque chose que le public peut voir, regarder, susceptible d'attirer son attention. Je ne sais pas si le terme théâtre est approprié, mais il existe effectivement une composante dramatique sur scène…

Un peu comme lorsque vous projetez des films vidéo sur grand écran ?

En fait, c'est Wayne qui réalise le montage de la vidéo. Et ces images ne servent que de support au son. Lorsque vous voyez la bombe atomique qui explose, vous entendez en même temps une détonation. Elle rend la musique plus poignante qu'elle ne l'est en réalité. Amplifie sa portée. Mais, il n'y a pas davantage de message à comprendre. Il faut savoir que très souvent, les gens ramènent tout à leurs propre univers. Et lorsque nous disons que la guerre, ce n'est pas bien, l'image ne sert qu'à amplifier cette réflexion. Or, les gens ont envie d'y voir un message. Mais pour nous, il n'existe pas de message profond. Nos fans sont apparemment très créatifs, puisqu'ils fabriquent eux-mêmes le message…

A propos de cette vidéo, n'est-il pas trop difficile de synchroniser l'image avec la batterie ?

Non, non, pas du tout. Cette technique est toute simple. On a capté le son et l'image en une seule prise. Il suffit donc de placer la bande dans le magnéto et de la laisser jouer. La partition va dans la table de mixage et sort pat les haut-parleurs, alors que l'image est dirigée vers le projecteur vidéo qui la reproduit sur grand écran. J'ai assuré les parties de batterie qui sont filmées, alors que Wayne s'est chargé des samples. Nous les avons enregistrées à l'aide d'un caméscope. Puis on a transféré la bande vidéo vers un programme informatique. Lorsque vous voyez l'image, vous entendez le son en même temps. C'est logique. Mais quoiqu'il y ait sur la bande ou quoique il y aura, on la joue de toutes façons en direct. Par exemple, si la batterie et le piano figurent sur la bande, la guitare, la basse et le chant sont joués 'live'. Cette technique est assez facile à appliquer. Beaucoup plus facile qu'on pourrait l'imaginer. Ai-je répondu à la question ?

Absolument !… Vote style est en évolution constante. Mais aujourd'hui, nous avons l'impression qu'il s'inspire de plus en plus de la musique symphonique. Exact ?

Effectivement, notre style a évolué. En fait, le groupe a très longtemps fonctionné avec un guitariste. Le dernier nous a quittés en 1996. Aussi, lorsqu'il est parti, nous nous sommes demandé comment nous allions nous débrouiller pour en dénicher un autre de sa valeur. Mais en même temps, nous commencions à en avoir marre de toutes ces parties de guitares. En fait, nous avions envie d'avoir recours aux sonorités symphoniques. Telles que sections de cuivres, de cordes… Et à l'époque, nous écoutions des tas de choses différentes, tout en essayant de nous extirper de la routine guitare. Et les samples nous ont aidés à créer ces sonorités symphoniques composées de cuivres, de flûtes, de cordes, de timpanis, de gongs, et j'en passe. Or, en studio, nous sommes capables de reproduire tous ces instruments à l'aide d'un clavier. Et le plus frappant, c'est qu'on croirait vraiment que nous sommes accompagnés par un grand orchestre. On s'est alors décidé de supprimer les parties de guitare. Et on a vraiment plus envie d'y revenir. Car ce que nous avons réussi à l'aide des samples est très beau. Chargé d'émotion. Dans le futur, nous allons essayer d'atteindre un niveau plus structuré, plus sophistiqué et plus simple à la fois. Cette réflexion peut vous paraître singulière. A vous et à moi. A nos épouses. Même à ma mère. Mais même ma mère apprécierait. Nous souhaiterions que notre musique passe à la radio. Ce qui explique pourquoi nous nous libérons progressivement de la guitare en la remplaçant par davantage de piano et de claviers…

Est-il exact que les Flaming Lips sont capables de sonner comme neuf groupes différents, en même temps ? Et lesquels ?

Cette idée me séduit. En fait, comme tout le monde, nous écoutons les autres, empruntons aux autres et puisons des influences tous azimuts. Ce qui explique sans doute pourquoi, parfois on sonne comme Led Zeppelin, Frank Sinatra, Pink Floyd, Sonic Youth ou quelques autres… Il y a tellement de choses qu'on a écoutées, qu'on aime, et dont on voudrait s'inspirer. Dernièrement, nous sommes tombés sur un spot publicitaire diffusé sur MTV. Il projetait des extraits de concerts de Led Zeppelin mélangés à d'autres de Frank Sinatra. Le message était clair. Leurs musiques ne collaient pas ensemble. Mais à cette époque, nous travaillions sur un morceau que nous voulions sis aux confins de Led Zeppelin et de Frank Sinatra. Couplant des batteries jouées très haut et des sections de cordes. Merde alors, s'est-on dit, c'est justement ce qu'on essaie de réaliser…

Y-a-t-il des artistes ou des groupes que tu aimes plus particulièrement ?

Il en existe tellement qu'il m'est impossible de tous les citer. J'aime un peu tous les styles. Depuis la soul au rock classique, en passant par le jazz, le classique, l'indie rock, la bande son de film… (le concert de Silverchair couvre de plus en plus nos voix, et Steven s'arrête quelques instants en tendant l'oreille…) Pas ce genre de musique par exemple…

Est-il cependant possible d'apprécier les Dead Kennedys et Diana Ross en même temps ?

Je crois que beaucoup de gens manquent d'ouverture d'esprit. Tu vois, nous concoctons des compiles pour écouter sur la route. Des chansons ou des musiques que nous aimons. Mais nous veillons à mette sur la bande Neil Diamond auprès de Chrome, les Stooges à côté de Roberta Flack. Et lorsqu'on écoute toutes ces choses, on a l'impression que les uns sont les réponses des autres. Lorsqu'on prête l'oreille à quelque chose de mélodieux, puis de plus dingue, ce qui est plus fou, te paraît encore plus cinglé qu'en réalité. Et en même temps, si tu écoutes quelque chose de cinglé avant quelque chose de doux, la douceur  te paraîtra encore plus moelleuse. C'est ce qu'on essaie de traduire à travers notre musique. On la rend jolie, puis vilaine… 

Pourquoi les meilleures chansons des Lips ont toujours dégagé une tristesse désespérée, négative ?

Parce que c'est la vérité. Un point final. Et tant pis, si c'est négatif !

Penses-tu vraiment que l'être humain peut vivre seulement dans ses rêves ?

En vérité, je ne suis pas encore mort dans un rêve. Si vous pensez mourir dans un rêve, vous mourrez. J'ai presque déjà vécu cette sensation. Tu parles probablement d'une de nos chansons qui évoque la vie après la mort. Mais existe-t-il une question plus profonde que celle de l'existence après la mort ? Vous comprenez ce que je raconte ? Mais lorsque tu atteins 120 ans, à un certain moment, tu te dis, laissez moi mourir en paix ! Cela me paraît, somme toute, sensé…   

Est-il exact que les longs titres de vos chansons émanent d'influences surréalistes puisées chez Salvatore Dali ?

C'est Wayne qui écrit les textes. Il est passionné par l'œuvre de Salvatore Dali. Nous sommes allés visiter son musée en Floride. Wayne adore toute son imagerie. Il aime également d'autres peintres et artistes. Tels que Klimt. En fait, il écrit les lyrics de ses chansons comme s'il utilisait des mots pour peindre. Dali, c'est un monument…

Peut-on affirmer que les Flaming Lips créent de la musique tridimensionnelle pour un monde unidimensionnel ?

C'est comme si tu te trouvais dans une pièce grise et que tu te demandais s'il serait judicieux de mettre un peu de couleur sur les murs. Dans la musique rock si tout le monde jouait dans la même catégorie, elle deviendrait ennuyeuse. Nous, nous voulons nous faire plaisir en tentant de communiquer ce sentiment à d'autres. Nous essayons de mettre le plus de couleurs possible sur les murs de cette pièce grise…

Que penses-tu de ce que fait aujourd'hui, votre premier guitariste, Jonathan Donahue, chez Mercury Rev ?

Ils sont devenus aujourd'hui très populaires. Je les aime bien en tant qu'êtres humains. Ils sont vraiment hyper sympas. Mais je n'ai pas tellement apprécié leur dernier album. Je trouve qu'ils font toujours la même chose. Mais ne mentionnez pas ce que je viens de dire au sujet de leur disque, dans cette interview ! Nous avons tourné deux semaines ensemble en Angleterre et en Ecosse. Nous assurions leur première partie.

Merci à Vincent Devos.

Lamb

De lumière et d'obscurité

Écrit par

Andy Rhodes et Louise Barlow, passant allègrement d'une tournée promo aux Etats-Unis à quelques apparitions remarquées en festival, estiment Lamb meilleur sur scène que sur disque. Même si "Fear Of Fours", le second et récent en date, sent déjà plus le live. Une chose est sûre: le réjouissant concert, entre drum'n'bass, électronique et chansons pop, livré par le duo de Manchester à Werchter au début du mois est de ceux qui donnent envie de plonger au plus profond de sa musique. En compagnie de Lou, maman d'un petit Reuben d'un an...

Nous avons tourné aux Etats-Unis avec l'album précédent. Ils nous connaissent déjà un peu là-bas, et les réactions sur le second semblent positives. J'ai l'impression que les Américains commencent à s'y intéresser. Le problème, c'est que nous n'entrons pas vraiment dans une catégorie musicale particulière. Tout le monde sait qu'aux States, les radios, par exemple, sont très spécialisées. Mais les ‘college stations’ passent notre musique. C'est dans ce circuit-là qu'on s'intéresse surtout à ce que nous faisons. C'est un bon début

Pas parler, jouer!

Comment parlez-vous habituellement de votre musique aux gens que vous êtes amenés à rencontrer?

Je crois qu'une fois qu'on commence à décrire quelque chose, on s'en éloigne. C'est pourquoi je n'aime pas trop parler de notre musique. Evidemment, ça ne facilite pas le travail des journalistes. Disons simplement que cette musique requiert d'être écoutée, pas discutée, dans un sens. C'est comme pour un tableau; la meilleure chose qu'on puisse faire, c'est le regarder plutôt que d'en parler. Les gens écoutent trop souvent sans faire fonctionner leurs oreilles. Ils se basent sur ce que d'autres ont pu dire et dès lors, ils ont déjà classé la musique avant d'y prêter vraiment attention. C'est la tendance actuelle et ce n'est pas très positif.

Les gens se sont plantés, par rapport à votre premier album?

Quand il est sorti en 96, nous ne savions pas trop quelles réactions il allait susciter. En plus, nous étions très naïfs à l'époque. Forcément, nous sommes restés enfermés en studio, totalement plongés dans ce disque pendant des semaines et nous n'étions jamais montés sur scène. Globalement, il a été bien reçu. Bien sûr, nous avons eu droit au lot habituel de comparaisons stupides. Avec Portishead par exemple. C'est ce qui arrive quand on écoute un disque sans ouvrir les oreilles... C'est réducteur et générateur d'a priori.

Pourquoi être comparé à Portishead? Parce que vous êtes un duo? A cause de ta voix?

Dans un sens, c'est de la paresse... journalistique que de relier ainsi un album à d'autres déjà existants. La musique pourrait être comparée à un jour ensoleillé, une tornade, à un plat qu'on apprécie... Il y a tellement de moyens pour exprimer la musique. Mais non, il semble que coller des étiquettes soit la règle. On dirait que certains s'en sont même fait une spécialité! C'est le pire qu'on puisse faire avec la musique.

Tu penses aux journalistes en particulier?

Les dj's fonctionnent de la sorte également. Et en plus, on en a fait des stars (rires)! C'est du nivellement par le bas. Lamb? Ah oui, c'est une fille et un garçon. Elle chante, il bidouille? Bon, c'est comme Portishead!

Ecrire

Tu n'as pas envie de devenir journaliste?

Non! J'aimerais devenir écrivain.

Ecrire des chansons est proche du métier d'écrivain, selon toi?

Oui, en tout cas c'est plus facile parce qu'une chanson est plus courte qu'un roman (rires). Comme je ne reste enthousiaste que pendant de brefs laps de temps, le format ‘chanson’ me convient parfaitement. Je peux raconter une histoire ou faire passer une émotion en trois minutes et demie, c'est parfait!

Tu fais quoi des textes que tu n'arrives pas à terminer?

Il ne m'est jamais arrivé de haïr une chanson au point de ne plus jamais vouloir en entendre parler. Disons qu'il y en a que je préfère à d'autres et que ça change souvent. Je crois à la spontanéité: quand tu fais quelque chose de bon, c'est parce que tu le fais pour la première fois.

Quand on vous voit sur scène, on a effectivement l'impression que c'est pour vous un plaisir et une découverte à chaque fois renouvelés...

Nous pourrions tomber dans la routine en jouant chaque soir les mêmes choses. Ce n'est heureusement pas notre cas. Les endroits sont différents, nos humeurs sont différentes, en plus nous jouons au sein d’un groupe. A chaque fois, ça doit être neuf pour nous, c'est la seule manière d'évoluer. C'est ainsi que nous essayons de fonctionner. En injectant chaque soir une nouvelle fraîcheur dans notre musique.

Et pleurer

Tu trouves que votre musique se prête à être jouée dans de gros festivals?

Au départ, Lamb n'était qu'un projet studio. Après la sortie du premier album, l'idée de monter sur scène était pour nous une perspective assez effrayante. Nous n'avions vraiment aucune idée de la manière de faire, tout simplement! Au fil du temps, nous avons appris à développer notre show. La plupart des chroniques mentionnent que nous sommes meilleurs sur scène que sur disque. Nous en avons également l'impression! C'est pourquoi l'expérience des concerts a été largement prise en compte au moment d'écrire "Fear Of Fours".

Vos titres plus mélancoliques passent aussi bien sur scène que les plus rythmés? Il y a quand même quelques plages très calmes sur cet album...

Je crois que le public est gavé de pop music qui se veut joyeuse à tout prix. Quand une chanson ne rentre pas dans ce format, on se dit tout de suite qu'il s'agit de mélancolie. Si on écoute attentivement notre musique, je crois qu'elle est l'expression d'une joie profonde. Or, les joies les plus profondes sont très proches de la tristesse, et vice-versa. C'est la vie: elle est faite de lumière et d'obscurité. Il n'y a pas d'émotions pures mais des émotions connexes. Après tout, pourquoi les gens pleurent-ils quand ils sont heureux?

Interview parue dans le n°75 du magazine Mofo de juillet/août 1999