Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare, psychédélique et garage-rock, il est décrit comme un chaos créatif à haute tension et imprégné d'humour, un élément souvent oublié dans le rock. En attendant, il a partagé…

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Julia Drouot a coupé court…

De ses années de conservatoire, il reste à Julia Drouot peut-être le goût de ses fugues, non pas celles qui se jouaient au XVIIème siècle dans les salons des cours européennes, mais celle qui se chausse de semelles de vent. La chanteuse et compositrice a…

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Nicolas Alsteen

Nicolas Alsteen

mardi, 06 novembre 2007 22:51

Shock Value

Sur la scène internationale, Timbaland est respecté de tous ou presque. En moins d’une décennie, le garçon a réussi à imposer son style à travers des productions (sur)puissantes. Et, pour ne pas déplaire à la faune radiophonique, il semble même détenir les clefs d’un succès commercial annoncé. Demandez à Nelly Furtado, Justin Timberlake, Missy Elliott ou Jay-Z comment rehausser une fortune. La réponse sera sans appel. Il convient désormais de faire appel à Timbaland, le parrain des parrains. Oubliez donc The Neptunes, Dr Dree ou Dan The Automator, pour vendre des disques aujourd’hui, un seul homme : Timbaland.

Alors, quand l’homme repart pour un tour sous son propre nom, on ne s’étonne pas de le voir entouré par ses principaux mandataires. La grande théorie du single passe ici à l’action. Prenez Nelly Furtado et Justin Timberlake, agitez les caissons de basse, vous obtenez « Give It To Me », single éphémère et efficace. Dans le même ordre d’idées, on note également la présence du nouveau « The Way I Are », hit bodybuildé, pas vraiment passionnant. Pour le reste, les plus grands (vendeurs) se bousculent aux portes de ce « Shock Value » pour servir des morceaux imparfaits mais hyper léchés. Dr. Dre, Missy Elliott, Elton John, She Wants Revenge, 50 Cent, Fallout Boy, tous, veulent se blottir sous la cravate de Timbaland. Même les Hives jouent le jeu le temps d’un « Throw It On Me » pas franchement affolant. Ce nouvel album vient donc imposer un constat depuis longtemps établi : Timbaland demeure, d’abord, un excellent producteur, capable de polir le poil des mélomanes de tous bords. Mais lorsqu’il s’agit de présenter son travail personnel, l’œuvre s’éparpille et ne délivre qu’un aperçu minimaliste des talents de cet incroyable générateur de sons.

mardi, 06 novembre 2007 22:29

This Fool Can Die Now

Au rang des filles bien sous tous rapports, Scout Niblett agite sa guitare et électrise nos sens. Cette fille aime la vie, les amplis qui grésillent, les riffs qui cisaillent les tympans. Mais tout cela ne dure qu’un temps. Car, si habituellement Scout Niblett s’accompagne de son seul batteur pour nous secouer l’échine, le nouvel opus change la donne et pose le ton. « This Fool Can Die Now » dispose des atouts nécessaires pour donner naissance à l’album emblématique d’une discographie sans faute. D’abord, les quatorze titres de ce nouveau disque imposent une improbable tripartite, une association de luxe composée de trois redoutables personnalités : Steve Albini, Bonnie ‘Prince’ Billy’ et Scout Niblett. Ensemble, ils accouchent d’un album apaisé où la rage ressurgit de temps à autres, mais brutalement, telle une incontrôlable convulsion (écouter « Your Last Chariot »). Ensuite, sur ce cd, Scoutt Niblett parvient à canaliser ses émotions et les chanter à l’unisson en compagnie de ce bon vieux Will Oldham. Et, souvent, c’est très touchant. La quiétude vient ainsi caresser l’œuvre de notre écorchée. Elle s’offre même deux reprises osées : une version épurée du « Comfort You » de Van Morrison et une émouvante réinterprétation du thème du film « River of no Return ». On quitte ce disque sous le charme, persuadé que, pour Scout, nous serons toujours prêts.

samedi, 13 octobre 2007 17:29

Une libellule dans la tête

Artiste tout terrain, boute-en-train légèrement schizophrène, Benjamin Schoos, alias Miam Monster Miam, revient sur le devant de la scène pour nous présenter « L’Homme Libellule », son septième album. Depuis Liège, l’artiste plane à travers les décennies et (ré)explore les galaxies axiales de la pop moderne. Après une série d’albums ancrés dans la plus pure tradition folk, Miam Monster Miam signe une petite tuerie, méchamment décalée, clin d’œil assumé à l’Homme à la tête de chou et à de nombreuses théories scientifico-fictives. Une pochette splendide, des sonorités seventies arrangées en pleine guerre des étoiles, une bonne dose d’humour : c’est le grand retour de Miam !

Sur « L’Homme Libellule », ton nouvel album, tu délaisses la musique folk, tes côtés les plus sombres, pour te concentrer sur des mélodies ouvertement rétro futuristes. Comment expliques-tu ce changement de direction ?  

J’essaie toujours de me surprendre en suivant mes inspirations du moment. J’avais enregistré un disque, juste après « Soleil Noir ». Ce mini album s’intitulait « L’histoire de William Buckner ». Il était très minimaliste… La suite logique de « Soleil Noir » devait être « Baby Banjo », un enregistrement très folk. Mais sur cet album, je touchais vraiment aux limites du style. D’une certaine façon, il s’agissait du disque de trop. Si bien que le jour du mixage, je suis arrivé en annonçant : « On ne mixe pas l’album ! Je vais faire autre chose ! ». A l’époque, l’envie de retravailler avec des synthétiseurs était très forte. J’ai donc commencé à enregistrer des morceaux qui me passaient par la tête en m’accompagnant de synthétiseurs. De fil en aiguille, le disque s’est profilé. Tout s’est passé très vite : pour me rendre au studio, je prenais le bus. Chaque jour, sur le trajet, j’écrivais les paroles des nouvelles chansons. 

Une partie de l’album a été enregistrée au Danemark. Comment tes chansons sont-elles arrivées en Scandinavie ?

Quelques morceaux ont été composés, voire retravaillés, là-bas. Mais je ne m’y suis pas rendu… En fait, le gros du travail s’est déroulé à Liège, à la Soundstation.

Sur l’album, tu es accompagné des ‘Love Drones’, un orchestre un peu particulier. Peux-tu nous en parler ?

En fait, les ‘Love Drones’, c’est l’équipe de Phantom sous un autre nom. En gros, il s’agit de tous les musiciens qui accompagnaient Jacques Duvall sur son dernier album : Sophie Galet, Pascal Scalp, Georges Hermans, etc. On retrouve aussi Jérôme Mardaga (NDR : alias Jeronimo). Marc Moulin est également venu prêter main forte. Mais je tiens à souligner que Marc n’est pas un membre permanent de Love Drones ! Pour le disque, je me suis aussi entouré de gens qui s’appellent les Massachusetts. Dans la vraie vie, ils ne font que des reprises des Bee Gees. Là, pour l’occasion, je les ai invités à venir faire des chœurs sur le disque ! 

Sur le morceau « 69 Love Songs », tu collabores une nouvelle fois avec Jacques Duvall. Depuis quelques années, vous semblez vous attirer mutuellement. Comment êtes-vous arrivés à travailler ensemble ?

Sur l’album « Baby Banjo », Jacques avait réalisé quelques reprises de grands standards de la musique traditionnelle américaine. Cette collaboration était géniale. Ensuite, on a embrayé sur l’aventure Phantom. Au départ, Jacques nous rejoignait uniquement pour enregistrer un disque. Mais l’ambiance aidant, il a pris goût à la scène. Aujourd’hui, je pense que nous formons une petite famille qui se personnalise sous les traits de Freaksville. Pour revenir à « 69 Love Songs », Jacques m’a aidé à écrire les paroles. C’est vraiment le roi de la rime : il est très fort ! A mes yeux, Jacques Duvall est un héritier de Gainsbourg. Et comme Serge Gainsbourg est assez présent dans les ambiances de « L’Homme Libellule », la collaboration de Jacques tombait sous le sens…  

Justement, parlons de Gainsbourg… Son spectre traverse de façon évidente ton nouvel album. Comment cette idée est-elle, née ?

A la base, j’avais envie de réaliser un disque pop, en français… Très vite, la volonté de parasiter mes chansons s’est imposée… Après avoir trituré les synthétiseurs pour composer les nouveaux morceaux, je me suis posé une question : quelle grammaire utiliser pour les textes ? Mon désir, c’était de donner naissance à un disque de genre. C’est pour cette raison que j’ai composé des chansons dans un moule clairement défini. Ensuite, il fallait faire évoluer cet album vers d’autres horizons, afin d’éviter qu’il ne sonne comme une sorte de sous-Gainsbourg.

Selon toi, quel est l’impact de Gainsbourg sur la musique pop, en général, et sur ta propre musique, en particulier ?

Si on parle aujourd’hui de génie en évoquant Gainsbourg, il faut garder à l’esprit qu’en son temps, il enregistrait bide sur bide… Jacques Duvall me disait encore récemment qu’à l’époque, il n’était pas facile de dénicher les premiers enregistrements de Gainsbourg chez les disquaires belges… Dans le fond, le génie de Gainsbourg, c’est d’être arrivé à sentir ce qui allait marcher à l’étranger pour, ensuite, le mettre à sa sauce. Partant de là, avec Freaksville, on se sent proche du processus créatif entamé par Gainsbourg. Nous aimons mélanger la chanson à l’indie rock américain, l’esprit lo-fi à la langue française. Par contre, je pense sérieusement que certaines personnes pourraient être déstabilisées par « L’Homme Libellule », en le concevant comme une vulgaire photocopie de l’œuvre de Gainsbourg. Pour comprendre cet album, il faut creuser et dépasser les clichés.

Qui est « L’Homme Libellule » ?

Je trouvais très amusant d’opposer ce titre à d’autres intitulés de ma discographie : « Soleil Noir », par exemple. On se trouve là du côté sombre et crépusculaire de la chose. Cette fois, le titre implique quelque chose de plus lumineux. C’est assez logique en somme : « L’Homme Libellule » tire sur quelque chose de plus léger…

Sur l’album, tu allonges une liste de références artistiques à la mode (The Arctic Monkeys, la Star Académy, Asia Argento, etc.). Cherches-tu à opposer ce côté nouveau, hype, à une musique délibérément rétro futuriste ? 

Peut-être inconsciemment. Mais ma musique s’inscrit dans mon époque… En ce sens, elle est terriblement présente. Après, on peut vraiment parler de ‘name droping’, une technique pop ancestrale…

En concert :

le 19 à la Soundstation

le 20 au Botanique

le 26 octobre à l’Abbaye de Stavelot

le 17 novembre au Rayon Vert à Jette

 

jeudi, 11 octobre 2007 19:14

Repartir pour un tour

L’effet de surprise est passé. Cette fois, tout le monde a entendu (parler) des morceaux d’ Hollywood P$$$ Stars . Attendus au tournant après un premier album (« Year of the Tiger ») à l’énergie contagieuse et au succès retentissant, Anthony Sinatra et son collègue Redboy voulaient éviter les redites. « Satellites », le nouvel album des P$$$  Stars, prend donc le contre-pied de « Year of the Tiger ». Né de l’imagination fertile d’Anthony Sinatra, remodelé démocratiquement, enregistré sous la houlette de Christine Verschoren (Ghinzu, Montevideo) et mixé par John Goodmanson (Wu-Tang Clan, Blondie, Death Cab for Cutie), ce second essai prend rapidement de l’altitude. Logique quand on s’intitule « Satellites ». Mais avant d’évaluer son champ de gravité, nous nous devions de les rencontrer.

Que ce soit par l’entremise de My Little Cheap Dictaphone ou de Piano Club, vous êtes aujourd’hui sur tous les fronts musicaux. Est-il évident pour vous de vivre l’aventure Hollywood P$$$  Stars en étant impliqués dans ces autres projets ?

Anthony : C’est quelque chose qui a toujours existé chez nous. Nos groupes parallèles ont précédé notre projet commun. Au fil du temps, nous avons réussi à mettre sur pied trois groupes aux influences et à l’imagerie différentes. La composition des morceaux ne pose pas spécialement de problème. La répartition s’effectue naturellement. Entre Hollywood et My Litlle Cheap, la question ne se pose pas. Ce n’est pas le même compositeur, pas le même chanteur. Par contre, entre Piano Club et Hollywood P$$$ Stars, on retrouve forcément une même griffe dans la mesure où je chante et compose la plupart des morceaux…

Redboy : On rencontre parfois quelques difficultés pour gérer nos agendas respectifs. Mais à partir du moment où nous sortons un nouvel album pour Hollywood P$$$ Stars, il est évident que, pendant deux ans, ce sera notre priorité absolue… 

Est-ce que vos expériences au sein de vos projets respectifs sont bénéfiques pour Hollywood P$$$ Stars ? 

R. : Que ce soit sur scène ou en studio, tu tires toujours des enseignements de tes expériences musicales. Sans parler d’échappatoire, l’existence de nos projets personnels nous permet de respirer pour, finalement, mieux nous retrouver…

A.: Cette situation favorise également notre envie de jouer ensemble. A nos yeux, nos projets respectifs constituent davantage un bon moyen de se ressourcer qu’une cause d’éparpillement artistique.

Hollywood P$$$ Stars est un groupe né dans l’urgence, l’impulsion et la précipitation d’un concours (NDR : le Concours Circuit). Conservez-vous encore des traces de cette époque : une attitude spontanée, un côté empressé ? 

R. : Nous sommes très attachés au côté spontané de nos chansons. En composant les nouveaux morceaux, on a toujours évolué en ce sens. Par contre, au fil du temps, nous avons appris à prendre du recul. Cette distance nous permet d’être plus performants, d’aller au-devant de chacune des étapes qui jalonnent la vie d’un disque : le choix du studio, des chansons à enregistrer, etc. Nous avons donc trouvé un équilibre au sein du groupe.

A. : Ce qui ne nous a pas empêchés de conserver notre esprit d’aventure. Quand on se lance le défi de créer un groupe pour essayer de remporter un concours, ça laisse forcément des traces... Pour le nouvel album, on s’est également imposé des challenges. On sait que ce disque est attendu, contrairement au premier. A partir de là, nous pouvions passer des mois en studio. Mais, une fois encore, on a préféré foncer. Prendre des risques. Se limiter à dix jours de studio et ne pas regarder en arrière.

Vous avez enregistré l’album en compagnie de Christine Verschoren. Pourquoi ce choix ?

R. : Sur le premier, elle avait mixé deux morceaux. On était très content de son travail. Pour « Satellites », elle a donc opéré toutes les prises sonores. Chaque morceau a bénéficié de sa propre journée. Ce timing nous permettait de dépasser l’approche initiale de nos chansons. Chaque jour, on repartait donc à zéro, en quelque sorte. Pour le reste, il a été mixé par le producteur John Goodmanson. Depuis nos débuts, on rêvait de travailler avec lui. Il a bossé sur les albums de groupes qu’on apprécie énormément : Death Cab for Cutie, Blonde Redhead, The Von Bondies, The Blood Brothers ou Sleater-Kinney.

Après le succès de « Year of the Tiger », ressentiez-vous une certaine pression à l’entame de votre nouvel album ?

R. : Peut-être… Mais elle n’a pas eu de conséquence sur le résultat final. On a réalisé « Satellites » dans notre bulle, sans tenir compte des avis extérieurs.

A. : Par contre, on a tiré des enseignements de notre premier cd. Dans le passé, on jouait sur le second degré. On s’est aperçu que certaines personnes ne nous comprenaient pas. On identifie donc un côté plus posé, plus mature, en filigrane de nos nouveaux morceaux. En fait, sur « Year of the Tiger », on entrevoit les prémisses du nouvel album. Cette fois, nous avons poussé les choses plus loin sans recourir aux clichés du simple rock basique…

En attendant, ‘Andy’, votre premier single, verse dans un rock puissant. C’est un titre assez différent des autres chansons de l’album…

A. : A nos yeux, c’est un morceau qui opère une charnière entre « Year of the Tiger » et « Satellites ». C’est pour cette raison que cette chanson ouvre le disque. Après ce titre, on plonge dans une autre atmosphère…

R. : Néanmoins, ce n’est pas le morceau le plus représentatif du nouvel album… On a beaucoup travaillé sur les intensités. De nombreuses chansons vont ainsi se dévoiler au fil des écoutes…

A. : Il est certainement moins immédiat. Mais on a vraiment l’impression d’avoir enregistré un ensemble de chansons cohérentes, pas seulement un tube perdu dans la mêlée. 

« Satellites » est-il obsédé, voire persécuté, par la mort et les disparitions ? Des titres comme « Crimes », « Ben’s dead », « Calling the ghosts », « There’s a god » pourraient, en effet, le laisser penser. Pourriez-vous nous éclairer à ce sujet ?

A. : Ce sont les différents concepts qui traversent l’album : la distance qui sépare les gens, la vie et la mort, l’absurdité et la réalité. Ces grands thèmes côtoient des histoires réellement vécues, abordées de façon romancée. Si le disque s’adresse à la première personne du singulier, il n’est pas autobiographique pour autant. Tous les textes ont été écrits sur une période très courte. Pas nécessairement la plus heureuse de ma vie. Mais je n’ai jamais cherché à verser dans l’amertume. On recherche toujours l’espoir, les aspects positifs de l’existence.

Nicolas Alsteen

 

En concert :

Le 3 novembre à la Cecoco (Ciney)
Le 10 novembre au CC René Magritte (Lessines)
Le 14 novembre à la Soundstation (Liège)
Le 15 novembre à l’AB Club (Bruxelles)
Le 16 novembre à L'Entrepôt (Arlon)
Le 17 novembre à L'Eden (Charleroi)

Fin du mois d’août, la Belgique prend l’eau. Vu le temps, c’est presque devenu une habitude. Les parapluies sont de sortie, les gouttes inondent le bitume. Pourtant, il en faut plus pour décourager les fans des Tellers, venus en nombre, en cette fin d’été mouillée, fouler le pavé pour se procurer ‘Hands Full of Ink’ (traduisez : ‘Les mains pleines d’encre’), le graal, le premier album de Ben Baillieux-Beynon et Charles Blistin. Véritable phénomène, The Tellers est le groupe du moment, la formation attendue au tournant. Sur disque, le duo s’en sort avec les éloges : des chansons décontractées, plantées, comme si de rien n’était, sur des mélodies folk-rock à siffloter. Sous la pluie, forcément.

Assis sur la banquette d’un café du centre-ville bruxellois, les Tellers gobent un sandwich à l’arrachée. En les voyant engloutir une dernière becquée entre deux interviews, on se dit que même pour manger, tout va très vite pour ces gars-là. « C’est certain », acquiesce Ben en déglutissant poliment. « Après le succès inattendu de notre mini album, notre label nous a fixé des échéances. On n’était pas en avance. En plus, on traîne toujours un peu les pieds. Si bien qu’en arrivant en studio, on n’avait pas suffisamment de morceaux. Alors, on nous envoyait régulièrement dehors pour composer de nouvelles chansons », explique-t-il. Enregistré dans l’urgence des délais imposés, ‘Hands Full of Ink’ respire la spontanéité et la simplicité. « On est très content du résultat final ! Même si le son de certains morceaux aurait, selon moi, gagné à être plus sale, plus crasseux », glisse Charles. « Cependant, on devait sortir ce disque assez vite. Alors voilà, c’est fait. » Mais c’est bien connu, la vitesse n’effraie pas les Tellers. Formé en 2005, remodelé à plusieurs reprises en 2006 suite au retentissement du single ‘More’ et du titre ‘Second Category’, utilisé pour une publicité internationale (celle de la nouvelle imprimante Canon), le groupe semble enfin se stabiliser. « Au début, avec Charles, on privilégiait la formule duo. Face à la multiplication des dates de concerts et l’élargissement de la taille des scènes, on s’est vite présenté en quatuor. Ça n’a pas été simple de trouver le line-up idéal », explique Ben. Cette fois, les Tellers semblent pourtant avoir trouvé leur équilibre. Après quelques changements de personnel, on retrouve François Gustin à la basse et Kenley Dratwa derrière les fûts.

Des filles et des mélodies

C’est indéniable, l’album des Tellers fait souffler un vent de fraîcheur sur les ondes, petit air léger qui dépasse déjà nos frontières. France, Allemagne, Pays-Bas, Italie, Scandinavie, tous les pays d’Europe succombent au charme d’‘Hugo’, nouveau single tiré de ‘Hands Full of Ink’. « Suite à la sortie de notre mini album, notre label a signé un accord avec ‘Cooperative Music’, un département du label international ‘V2 Music’ », indique Charles. « C’est une chance incroyable de pouvoir diffuser sa musique aussi loin », poursuit-il. Le couronnement médiatique de leurs chansons ne doit cependant rien au hasard. La prouesse des Tellers, c’est d’être parvenu à canaliser une énergie, venue de Grande-Bretagne, de l’intégrer et de la servir sous un jour nouveau, léger et décontracté. « Dès nos premiers morceaux, on nous a comparé aux Libertines, à Pete Doherty. Sa musique nous a motivés, c’est indiscutable », affirme Ben. « Mais notre nouvel album marque une évolution. D’une certaine façon, on peut dire que nous sommes en train de nous affranchir de cette référence. Les chansons et notre personnalité s’affirment. Bientôt, je crois que les journalistes ne nous poseront plus la question. Même si on ne niera jamais l’impact de Doherty sur nos débuts », commente-t-il. Sur album, le point fort des Tellers repose sur l’art de broder des mélodies d’une troublante efficacité. « J’amène toutes les parties instrumentales », souligne Charles. « Et moi tous les textes ! », renchérit Ben. Les deux font la paire et se complètent à merveille. Comme si le destin avait, depuis le début, décidé d’une rencontre entre ces deux-là. Et puis, le tout est chanté dans un anglais irréprochable. « Je n’ai aucun mérite ! », lance Ben. « Ma  mère est d’origine galloise. Alors, forcément, ça aide… » En attendant, son timbre heurté, vaguement râpeux, fait des ravages. Lors des concerts, les Tellers déchaînent les foules, les filles surtout. A chaque sortie du quatuor, les cris des groupies pilonnent leurs joyeuses mélopées. « Ça ne nous dérange pas vraiment », rétorque Charles, « Au contraire, c’est plutôt agréable ! On n’explique pas cet engouement du public, cette exaltation. Mais c’est une bonne chose ». « Même si ce n’est pas toujours évident à gérer auprès de nos copines respectives », rappelle Ben. En attendant, le groupe signe un bel album, une jolie collection de chansons prêtes à enflammer l’assemblée. « Notre réussite est parfois gênante », explique encore Ben. « On passe souvent pour des types arrogants, des chieurs. Pourtant, on n’est pas des méchants… On rencontre parfois l’hostilité de techniciens qui s’énervent sur nous sans aucune raison », ajoute-t-il. « Après, nous devons apprendre à gérer toute cette attention. Et ce n’est pas facile », dit Ben. « Je comprends d’ailleurs le sentiment de jalousie que certaines personnes peuvent ressentir à notre égard. Certains artistes galèrent pendant des années pour parvenir à se faire entendre. Pour nous, ça va vite : on a beaucoup de chance ! De ce point de vue, la jalousie est un ressentiment naturel finalement. C’est tout à fait humain et fort compréhensible. »

Prince Charles

Les Tellers, c’est d’abord une passion commune pour la musique, pour ces petits détails qui, au final, font toute la différence. « La chanson ‘Another Coin For…’ a été enregistrée de façon artisanale, à la maison, dans la salle de bain », raconte Ben. « Si on écoute bien, on peut même entendre une porte qui claque en bruit de fond », sourit-il. Les détails et les anecdotes forgent donc l’état d’esprit de ‘Hands Full of Ink’. Il y a aussi des sonorités qu’on pensait oubliées, comme celles amenées par l’harmonica sur ‘He Gets High’. « Ce n’était pas du tout prémédité », raconte Charles. « J’ai pris l’harmonica et, quelques minutes plus tard, on avait une nouvelle mélodie. » Petit prince des arrangements et des instrumentations, Charles Blistin laisse ici entrevoir l’étendue de son talent. « J’ai même écrit une chanson à son propos », rigole Ben. « Elle s’intitule ‘Prince Charly’. Mais je ne veux pas en dire plus ! ». Mystère et confidence appuient la tendance : ces deux-là sont faits pour s’entendre.

mardi, 25 septembre 2007 21:03

Hands Across the Void

Nouvelle signature de l’ébouriffante écurie Sub Pop, Tiny Vipers calme nos ardeurs et clame le bonheur éprouvé par les écorchés. Car, c’est une certitude, Jesy Fortino a le cœur en berne. Mais elle s’en porte plutôt bien. Cachée sous le patronyme Tiny Vipers, elle livre « Hands Across The Void », une œuvre intimiste où mélodies et émotions copulent pour accoucher de chansons élégiaques, pas drôles mais jamais patraques. Inévitablement, on pense à Cat Power pour ce sens subtil de la mélodie gracile, à Julie Doiron pour la sobriété de l’ensemble et à Karen Dalton pour son insoumission folklorique. Etrangement, on songe également au premier enregistrement de Turin Brakes. En sept titres, Tiny Vipers parvient à faire le tour de la question, épuisant le folk par tous les moyens. Par l’entremise d’un final bruitiste étourdissant (« Forest On Fire »), de textes angoissants au possible ou d’un superbe marathon acoustique (« Swastika »), Tiny Vipers prend le temps d’imposer ses atmosphères. « Hands Across The Void » nous emmène ainsi à la rencontre des ténèbres. Et on ne craint pas de s’y perdre. Car ces chansons sont belles à crever. Rien ne peut donc nous arriver.

mardi, 25 septembre 2007 20:56

Open Field

La Suède est un pays incroyable. Là-bas, les musiciens écoutent leur cœur et, souvent, le rythme s’emballe. Quand le froid scandinave nous dégèle les tympans, on ne peut généralement s’empêcher de s’enthousiasmer. Pourtant, on doit bien consentir que la pop proprette et trop soyeuse de The Concretes nous avait laissé de glace. Alors, en apprenant que Victoria Bergsman, la chanteuse et fondatrice de la défunte formation, se relançait aux commandes d’un nouveau projet, on pensait replonger dans un ennui popisant, dénué de grands moments. Grave erreur car, depuis sa participation au tube « Young Folks » de ses compatriotes Peter, Björn & John et son intronisation subite au panthéon de la pop, la jeune femme a endossé ses plus beaux apparats et nous laisse goûter aux joies des promenades au bois par l’entremise de Taken By Trees. Premier album, coproduit par Björn Yttling (celui qui trône entre Peter et John), « Open Field » est un condensé d’élégance, d’hymnes fragiles entortillés de mélancolie et de nostalgie. Mais étrangement, l’album de Taken By Trees n’est pas triste. Au contraire, c’est un ravissant rayon de soleil perçant les feuilles dorées des grands arbres en cette période automnale. Comment les fondus d’Au Revoir Simone et de Belle & Sebastian pourraient-ils passer à côté des charmes de ces douces mélopées ? En s’exilant au Mexique, peut-être. L’album n’y est pas encore distribué…

mardi, 25 septembre 2007 20:07

The Broken String

Installée à Brooklyn depuis le début du nouveau millénaire, cette formation américaine avait déjà dévoilé un aperçu de son potentiel en signant « Charm School », dès 2003. Un son champêtre, deux songwriters, des envolées épiques et de minutieux bricolages se portaient au chevet d’imparables mélodies. Le disque a cartonné aux Etats-Unis mais est resté bloqué dans la poche de l’Oncle Sam. L’Europe sera donc privée d’une rencontre avec Bishop Allen. En 2004, Justin Rice et Christian Rudder, les deux têtes pensantes du projet, décident de reprendre des études et de mettre le groupe entre parenthèses.

Mais début 2006, les compères se lancent un défi : revenir aux affaires en livrant, chaque mois de l’année, un nouvel E.P. Résultat de cette entreprise roc(k)ambolesque : 58 chansons en béton. La musique de Bishop Allen se situe au carrefour des meilleurs instants du rock indé : The Shins, Arcade Fire, Papas Fritas ou Of Montreal, pour ne citer qu’eux. Intitulé « The Broken Strings », le deuxième album du quatuor new-yorkais est, à quelques chansons près, un condensé des plus grands moments de leur incroyable escapade discographique. D’apparence simplistes, les mélodies découlent, en réalité, de subtilités instrumentales et d’un solide amour du risque. Car, c’est un fait, Bishop Allen aime mélanger les instruments, partir dans tous les sens, quitte à pervertir la cohérence de l’ensemble. Les douze chansons de l’œuvre apparaissent alors comme de petites unités élémentaires regroupées sous une seule et même coupole. Alors certes, c’est diffus mais toujours bien foutu.  



mardi, 25 septembre 2007 20:04

The Mix-Up

Après le décevant « To The 5 Burroughs », les Beastie Boys se devaient de surprendre, de nous prendre par derrière, de se ressourcer pour mieux  embrayer. Chose faite. La surprise procède de la formule édictée par les instruments. Mike D, MCA et Ad-Rock la mettent donc en veilleuse pour laisser parler la musique : des grooves seventies élagués de toutes futilités, des rythmes funky pour picoler son mojito au boulot et une empreinte psychédélique stupéfiante, même pas flippante. Si les Beastie Boys restent les maîtres incontestés du ‘White hip-hop’, ils démontrent, une fois encore, que les instruments sont à la base de leur son. Pour l’occasion, ils rappellent Money Mark aux claviers. Comme d’habitude, le garçon fait des pieds et des mains. Son orgue électronique part en vrille mais retombe toujours sur ses pattes, comme un chat halluciné balancé du pallier. Par contre, pas la peine de commencer à chercher un single. C’est peine perdue : « The Mix-up » s’écoute d’une traite. Ensemble cohérent, déstabilisant quand il touche à l’arabisant (« Dramastically Different »), ce disque s’apparente à une cure de jouvence, plus de dix ans après « The in Sound from Way Out !», première compilation instrumentale signée par les Beastie juste avant… « Hello Nasty ». Voilà donc une belle prouesse instrumentale qui, déjà, nous fait miroiter d’intrépides échappées ‘Intergalactic’.        

mardi, 04 septembre 2007 20:18

Andorra

La simple évocation de Caribou nous rappelle aux bons souvenirs de Manitoba. Mais au fond, c’est le même combat. Car, sous ces improbables patronymes, on piste un seul et même animal : le prolifique Daniel Snaith. D’emblée, le nouvel album de Caribou résonne comme une surprise, le fruit d’une nouvelle maturation moins portée sur les expérimentations. Cette fois, le Canadien s’éloigne de l’electronica, s’ouvre à la pop et avale une dose médicamenteuse capable de ‘psychédéliser’ un troupeau de chevaux. Autre nouveauté apportée par la principauté « Andorra » : une voix, celle de Snaith, vient se poser subtilement sur tous les écrins mélodiques proposés ici-bas. En neufs titres, Caribou nous invite à traverser ses atmosphères pour un trip spatial d’envergure intergalactique. Pour concocter cet opus, Dan Snaith aura composé quelque 670 morceaux (!) pour n’en conserver que l’essence la plus pure. Au terme de cette collecte d’exception, on se délecte d’un excellent millésime, un disque de pop, aérien à souhait, guidé par une kyrielle d’instruments. En bon multi-instrumentiste, notre cervidé de service s’empare de toutes les sources harmonieuses et les convie à la danse : basse, guitare, batterie, synthétiseurs, flûte, trompette. Et on en passe. Invité sur « Andorra », Jeremy Greenspan (Junior Boys) vient enchanter ‘She’s the One’, grand moment de lévitation. Varié, accessible, ce nouvel album de Caribou demeure une niche de trouvailles inépuisables. « Andorra » est donc le lieu de tous les émerveillements.

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