Tout est fini pour Sprints…

Le groupe de Dublin, Sprints, sortira son deuxième album, « All That Is Over », le 26 septembre. Bien reçu par la critique, son premier long playing, « Letter To Self » (2024), a marqué le groupe comme une force majeure dans le paysage alternatif et a été…

Le rire de Will Paquin

Will Paquin sortira son premier elpee, « Hahaha », ce 12 septembre. Orienté guitare,…

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Le cauchemar de This Will Destroy Your Ears…

This Will Destroy Your Ears verse dans le dark wave, puise son inspiration dans la noirceur des sons de l’Angleterre des années 80 tout en y mêlant des notes psyché accrocheuses et des salves soniques noisy. « Funland », son nouvel album, sortira le 10…

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Nicolas Alsteen

Nicolas Alsteen

jeudi, 05 juillet 2007 11:40

Electron libre pour hip-hop décomplexé

A peine remis de sa victoire au concours ‘Musique à la française’, Veence Hanao s’est emparé de la scène pour mieux paraphraser ses mots exaltés. Nouveau chantre intello d’une culture urbaine consciente, Veence Hanao chante ses textes à qui veut les entendre. Et ils sont de plus en plus nombreux. Cet été, cet amateur de soul au cœur jazzy se laisse découvrir sur les planches des Francofolies de Spa, du Dour Festival et d’Eu’ritmix. Rencontre avec un artiste au verbe acéré et à la langue bien pendue.

L’histoire de ta carrière solo est inextricablement liée à celles de Festen et Autumn. Peux-tu nous présenter ces différents projets ?

Dès mes débuts, j’ai eu la chance de rencontrer Noza, un jeune producteur. Je suis vite revenu vers lui pour lui faire part de mes envies. A l’époque, il venait de commencer un projet en compagnie de Pixel et Barok. Ils jouaient ensemble au sein d’une formation complètement décalée, proche du néo-dadaïsme : Festen. Noza m’a aidé à enregistrer mes premiers morceaux et m’a invité à rejoindre Festen. On s’est rapidement retrouvé à la tête de deux démos finalisées : une pour Festen et l’autre pour mon projet solo. Entre temps, Barok a quitté Festen. Avec Noza, on a encore cherché à toucher à d’autres styles musicaux. On a donc lancé Autumn. On s’est détourné des sonorités électroniques pour se concentrer sur le jazz et la soul des années 60. Le hip-hop reste, bien évidemment, le ciment de ces différents projets.

Aujourd’hui, Festen n’est plus. La fin du groupe coïncide-t-elle avec une volonté de ne pas s’éparpiller, d’éviter d’embrouiller l’auditeur ?

Inévitablement, une confusion s’installait. Quand on jouait pour Festen, on présentait quelques morceaux de mon projet solo. Quand je montais sur scène, les gens disaient : ‘Ah, c’est Veence Hanao de Festen !’ Quand nous avons lancé Autumn, certains venaient télécharger les morceaux en pensant écouter Festen. Bref, c’était un peu l’anarchie. Cependant, les raisons de la séparation de Festen ne sont pas à chercher de ce côté… Nous avions des envies différentes à l’égard de Festen. Aujourd’hui, on en est arrivé à penser qu’il s’agissait davantage d’un projet conceptualisé qu’un groupe !

Ta musique évolue entre le hip-hop, le jazz, l’electro, le slam et la poésie. Comment la décrirais-tu ?

J’ai la chance de bosser en compagnie de Noza, un gars d’une grande culture, capable de produire des sons qui partent dans tous les sens. Au risque de frôler une certaine incohérence, je souhaite conserver ce côté touche-à-tout. Je veux faire des choses différentes et éviter de restreindre mon univers. Maintenant, pour décrire ma musique, on peut dire qu’il s’agit d’un croisement entre le rap et le slam avec des influences electro et jazz.

Sur scène, tu joues déjà de nouveaux morceaux. Te lasses-tu facilement de l’interprétation de tes propres morceaux ?

Oui, je me lasse facilement. J’ai besoin de mouvement. Plus j’en fais, plus je suis critique par rapport au passé. Cela me permet d’évoluer. De toute façon, je ne suis pas encore au stade où les fans viennent pour entendre un morceau particulier. Aujourd’hui, j’ouvre les concerts pour des têtes d’affiche. Dès lors, j’offre de la découverte au public.

Vas-tu commercialiser ton premier album éponyme ?

C’est davantage une carte de visite. Grâce à cet enregistrement, on a eu la chance de remporter le concours ‘Musique à la française’ et de participer aux Nuits Botanique. Mais, à mes yeux, ce premier essai discographique est bouclé depuis longtemps ! Aujourd’hui, j’ai une terrible faim créative. Dans quelques semaines, Nous allons bientôt commencer à travailler sur de nouveaux titres. Nous voulons maintenant trouver un distributeur, peut-être lancer les bases d’un nouveau label. A l’occasion de notre tournée d’été, on offrira toutes nos chansons en téléchargement gratuit ! Mais on n’éprouve aucun regret à l’égard de ce premier album : il nous a permis de gagner un concours, de toucher un public dans quelques magasins spécialisés, de jouer de chouettes dates, de participer à des festivals. En quelque sorte, il s’agissait de présentations. Maintenant, elles sont faites !

Quel regard portes-tu sur la scène hip-hop belge ?

D’une manière générale, la scène hip-hop est boycottée. Nous sommes victimes d’un certain blocage. Cependant, nous ne nous donnons pas les moyens de nos ambitions. Certains rappeurs font preuve de bonne volonté... Malheureusement, il ne suffit pas de prendre un micro dans une cave pour sortir du lot ! Nous sommes mal informés sur le système culturel… On manque d’outils. Le paradoxe en Belgique, c’est qu’au moment où la scène hip-hop se réveille et s’active, elle ne dispose même plus des moyens mis en œuvre par le passé. Pour un Starflam, par exemple… Mais je déteste entretenir le rôle de la victime. Aujourd’hui, la culture rock est installée. A une époque, le rock a dû se battre pour en arriver là. Désormais, il est aux portes de toutes les institutions culturelles du pays. Je ne vais pas dire que c’est normal. Mais dans un même temps, les rappeurs ne font rien pour améliorer la situation. Alors, chacun doit y mettre du sien. Ce n’est pas impossible ! Arrêtons de cultiver le mépris gratuit : les gens ne veulent pas de mal au hip-hop !

Quels albums conseillerais-tu à Monsieur et Madame Tout-le-Monde ?

Le « Madvillainy » de Madvillain, « Champion Sound » de Jaylib, « Opera Puccino » d’Oxmo Puccino, « The Disrupt » de Oh No et l’incontournable Ella Fitzgerald pour son « Lullabies of Birdland ».

En concert :

Le 13 juillet : Dour Festival

Le 22 juillet : Francofolies de Spa

Le 18 août : Festival Eu’ritmix

 

lundi, 02 juillet 2007 22:28

Keep Reachin’ Up

La soul retrouve toute son âme. Le temps d’un album magique, Nicole Willis et ses Soul Investigators injectent une dose de fraîcheur et de sensualité dans le bras fripé de l’uptown soul. A une époque où Motown livrait des tubes sur commande, tout en garantissant au monde un vivier d’artistes majeurs (The Supremes, The Four Tops, Marvin Gaye, The Temptations, etc.), le nouvel album de Nicole Willis n’aurait pas dépareillé avec l’ingéniosité ambiante. Allons-y sans détour : si « Keep Reachin’Up » était sorti en 1964, on le brandirait aujourd’hui tel un classique de chez classique. Un timbre de voix à défier les inflexions de Dionne Warwick, du groove tout en ‘rhythm and blues’, du funk râpeux comme la roche (l’éponyme « Keep Reachin’ Up »), la nouvelle livraison de Nicole Willis présente les atouts du disque incontournable. Pas la peine de s’éterniser sur un morceau particulier : les dix titres enregistrés sur « Keep Reachin’ Up » relèvent de l’excellence. Et après avoir constaté toutes les difficultés éprouvées sur scène par une Amy Winehouse défoncée et pas souvent concernée, on est en droit de s’interroger : quel artiste est aujourd’hui en mesure de faire de l’ombre aux performances scéniques de Nicole Willis ? La question est posée. Elle demeure sans réponse.

lundi, 02 juillet 2007 20:53

Cassadaga

Conor Oberst, le cerveau de Bright Eyes, est un monstre sacré, une sorte de légende vivante. Et franchement, on songe à prendre le pari : dans quelques années, les autorités américaines songeront à remplacer la Statue de la Liberté (symbole rendu caduque par l’érosion de l’échelle des valeurs) par un buste de Conor Oberst (nouveau résident new-yorkais, par ailleurs). Sans relâche, depuis ses quatorze ans, l’enfant d’Omaha, dans le Nebraska, étudie les bases de la country folk américaine pour mieux la sublimer. Autant dire que le garçon sortait des disques avant même d’entrevoir ses premières poussées d’acné. « Cassadaga », sixième album de l’éphèbe, marque une nouvelle étape dans la carrière de Bright Eyes. Enfin signé sur une major, Oberst délaisse ses introspections dépouillées pour privilégier la densité et quelques levées instrumentales ancrées dans la plus pure tradition du ‘classic rock’.

Qu’il chante l’amour ou des faits sociaux teintés d’implications politiques, Conor Oberst emprunte toujours cette même voix : chevrotante et gavée d’une foule d’émotions (à faire pleurer les plus réjouis). Et si les premières écoutes sont susceptibles de condamner ce disque à la rubrique des albums écrasés par la banalité, il serait dommage de s’arrêter en (si bon) chemin et de ne pas approfondir les idées avancées par Conor Oberst et ses compagnons d’aventure (au rang des invités, on reconnaît notamment Gillian Welsh ou M. Ward). Car le fil des écoutes se révèle vite des plus précieux. « Cassadaga » est un disque à apprivoiser. Comme la belle pochette de cet album, les subtilités harmoniques se décodent ici avec patience.

L’Amérique a enfanté bon nombre d’artistes (con)sacrés en son cœur : Bob Dylan, Bruce Springsteen ou Woodie Guthrie. Avec des titres comme « Four winds » et « Soul singer in a session band », Bright Eyes rejoint (sans mal) ce lignage patriotique. Préparons-nous déjà à suivre la discographie du bonhomme. Les perspectives sont vastes et toujours réjouissantes.

lundi, 11 juin 2007 22:37

Peacetime

Le grand air, les vertes campagnes sauvages des Highlands et une brume à trancher à la machette plantent le décor de la musique d’Eddi Reader. Nationaliste convaincue, l’ex-chanteuse de Fairground Attraction se lance à la recherche de ses racines écossaises. En 2003, le folk d’Eddi Reader s’était déjà attaqué aux grandes traditions régionales en mettant en musique des poèmes de Robert Burns, véritable institution littéraire au pays. Sur « Peacetime », son nouvel album, la chanteuse recourt à nouveau à la poésie de Burns, tout en s’entourant d’autres paroliers locaux. Rêveur, mélancolique et légèrement pompeux aux entournures, ce disque met surtout en exergue une production recourant à tous les artifices de la musique traditionnelle écossaise : flûte, accordéon et violon s’accordent ainsi à donner le ton à ces treize chansons. Dans les pires moments, on songe aux mauvaises galipettes celtiques des Corrs. Et dans les meilleurs instants, on s’assoupit paisiblement. « Peacetime », donc.        

samedi, 09 juin 2007 14:02

Introspection électrique

Depuis le début des années nonante, un groupe s’obstine à caresser la beauté musicale dans le sens contraire du poil : Low, trois lettres qui modèlent une ascension. De bas en haut. Toujours. Et, une fois encore, la formation d’Alan Sparhawk évite le repos, les lauriers et tout autre considération, préférant se concentrer sur l’essentiel : sa musique. Fouiller les sons, remuer les technologies pour toucher à l’essence d’une vie nouvelle. Voilà, en substance, le programme de « Drums And Guns », le nouvel album des Américains. Profondément marqué par les incivilités d’un gouvernement belliqueux (à ce titre, on se penchera sur les paroles de l’introductif « Party People » : ‘All soldiers they’re all gonna die’), Low dépose armes et guitares. Désormais, la puissance incantatoire du groupe passera par des sonorités électroniques. Mais cela ne change pas la donne : délicate, austère et hypnotique. Ne craignons rien, jetons-nous à Low !

Alan, tu es originaire de Duluth, dans le Minnesota. Bob Dylan est également natif de cette ville. Considères-tu Duluth comme une bourgade propice au développement personnel des grands musiciens ?

Alan Sparhawk : C’est assez difficile à dire... Duluth se situe à la frontière entre les Etats-Unis et le Canada. Il y fait très froid. Nous sommes à quelques pas des Grands Lacs. La vie de ce centre urbain est rythmée par les fermes, les usines métallurgiques, quelques magasins. En fait, en évoquant l’existence de ma ville à voix haute, je me rends compte qu’il s’agit d’un endroit très éclectique. Cependant, Bob Dylan n’a pas vraiment dû rencontrer l’essence même de Duluth. Au contraire, il devait s’y sentir aliéné dans sa jeunesse car, dès qu’il en a eu l’occasion, il a filé : à Minneapolis, d’abord et à New York, ensuite, où il est devenu célèbre. Il existe pourtant une atmosphère particulière qui se dégage de cet endroit. De là à dire que Duluth guide toute notre création artistique, il y a un pas que je ne franchirais pas. Mais il est indéniable que le froid, le vent, l’absence de soleil ont un impact sur notre vision des choses et de notre musique. Nous aimons vraiment cette ville.       

Tu es marié avec Mimi Parker, actrice phare de votre formation. Ton épouse t’accompagne donc sur la route. Est-ce difficile d’associer vos vies professionnelles et privées ? La musique fait-elle surgir des tensions au sein de votre couple ?

A.S. : Evidement. Déjà, à la base, faire partie d’un groupe de musiciens n’est pas une chose facile à gérer. Dans un même ordre d’idée, le mariage ne constitue pas qu’une partie de plaisir. Le fait de travailler ensemble sur un projet artistique peut entraîner quelques tensions. En même temps, travailler ensemble et partager ces instants nous procurent une indescriptible satisfaction. C’est une chance que de vieillir proche l’un de l’autre, d’avancer ensemble sur un projet, de le voir grandir. Mon mariage est une bénédiction, j’ai la chance d’avoir une femme formidable et une famille compréhensive. Il est vrai que certaines tensions peuvent surgir mais elles sont toujours bénéfiques. Nous n’avons pas cherché à établir une frontière délimitée entre notre vie professionnelle et privée. Ce serait bien trop difficile. Il faut laisser les choses se dérouler naturellement. Parfois, à la maison, nous sommes en train de jouer de la guitare et les enfants débarquent dans la pièce pour jouer. Généralement, on ne se pose pas de questions : nous allons jouer avec les enfants. A la maison, on ne s’impose aucune contrainte. On se contente de vivre les choses comme elles viennent. Il ne faut pas rendre la vie trop compliquée : elle l’est déjà pas mal comme ça !

En Europe, votre précédent album (« The Great Destroyer ») était signé sur le label anglais ‘Rough Trade’. Cette fois, on vous retrouve sous l’égide du célèbre label « Sub Pop ». Comment s’explique ce changement de crémerie ?

A.S. : En fait, aux Etats-Unis, nous sommes signés sur le label Sub Pop depuis des années. Le patron du label est fan de notre musique. En Europe, « The Great Distroyer » était distribué par le label anglais Rough Trade. Je n’ai rien contre Rough Trade. Pas de ressentiment en vue, donc. Simplement, il était temps de partir. Les gens qui avaient travaillé pour nous chez Rough Trade ont emprunté d’autres chemins. On les adorait vraiment. Dès lors, on ne se sentait plus comme à la maison. Ce n’était plus les mêmes personnes. Et, chez Low, nous accordons beaucoup d’importance à la notion de stabilité dans le travail. C’est la principale raison pour laquelle nous sommes passés chez Sub Pop pour la gestion internationale de notre album.

Lors de votre dernière tournée, vous aviez déjà joué quelques morceaux de “Drums and Guns”. Quand avez-vous composé les chansons de ce nouvel opus ? 

A.S. : Certaines chansons du nouveau cd ont été écrites à l’époque de « The Great Distroyer ». Nous avons pris le temps de retravailler ces morceaux, de les reconsidérer. Quand nous sommes entrés en studio pour le précédent, nous disposions d’un stock d’une vingtaine de chansons. Cependant, certaines d’entre elles présentaient un côté inachevé. Il fallait donc les laisser mûrir. Elles possédaient un indéniable potentiel. Mais il fallait pouvoir l’utiliser à bon escient. D’ailleurs, musicalement parlant, il existe une distinction entre « The Great Destroyer » et « Drums and Guns ». Pour le précédent, nous avons tout enregistré comme si nous étions en concert. C’était très brut, très élémentaire : guitare, basse, batterie. Cette fois, nous recherchions de nouvelles sonorités. Nous avons donc abandonné la tradition pour mieux explorer les sons. Pour « Drums and Guns », la première étape s’est concentrée sur l’élaboration des morceaux. Les voix sont ensuite venues s’ajouter. C’est la première fois que nous expérimentons à ce point. Certaines personnes trouveront que ce disque est trop électronique. Mais, en fait, « Drums and Guns » est peut-être notre œuvre la plus artisanale ! On ne s’est jamais imposé le biais des musiques électroniques. Ces sonorités se sont imposées lors du travail sur les morceaux. Rien n’était prémédité ! J’espère simplement qu’en écoutant ce nouvel album, les gens percevront l’évolution sonore recherchée ces deux dernières années.

Vous avez confié la production à Dave Fridmann. Dans quelle mesure sa personnalité ressort-elle de « Drums and Guns » ?

A.S. : Lors des sessions d’enregistrement, Dave a été notre plus proche confident. Parfois, on se disait : Oh lala, c’est une véritable catastrophe !  Et Dave nous soutenait le contraire. Il a vraiment essayé d’explorer nos idées les plus folles. Nous étions un peu comme des enfants découvrant de nouveaux jouets. Il n’a pas arrêté de nous encourager. Parfois, on ne comprenait plus rien et lui, dans un élan magistral, il survenait : On va prendre ces deux sons-là et cette voix : voilà la chanson !  Pour mener à bien ce nouveau projet, nous avions besoin d’une personne talentueuse, calme, capable de reconstituer des fragments sonores pour en délivrer une chanson. Dave était parfait dans ce rôle. Il était un peu comme un professeur à notre égard.

lundi, 04 juin 2007 19:36

Olabelle

Olabelle ! Un bien joli nom de famille pour ce sextet new-yorkais qui s’efforce de relire l’histoire pour mieux la réinterpréter. Les mélodies traditionnelles s’offrent donc un lifting dans le salon d’Olabelle, coiffeur contemporain et typiquement américain. Le folk, le blues, le gospel et, au final, toute la souffrance de plusieurs générations noires américaines sont au centre des préoccupations de nos six musiciens. Vu d’ici, on frôle l’épure nationaliste. Toujours est-il que ce premier album éponyme s’ouvre sur un morceau du feu de Dieu : « Before This Time », un titre originellement composé par Bessie Jones et Alan Lomax. Le gospel suinte des baffles, on se met à taper dans les mains, à lever les yeux au ciel. On commence sérieusement à croire au miracle. Mais il faut déchanter. La suite du disque abandonne le gospel à ses champs de coton et part à la rencontre de sonorités convenues. Et si les voix féminines s’enlacent aux cordes vocales des mâles, copulant pour mieux nous bercer, on finit par s’endormir. Pas chiant, non. Mais pas forcément captivant, le répertoire revisité aurait, dans certains cas, mérité le repos éternel. Revisiter sans perdre l’authenticité : mission difficile. Impossible ? 

mardi, 29 mai 2007 22:47

The Freedom Spark

Le retour du rock est mort… Vive le rock ! Même pas encore né qu’il s’est déjà suicidé le salaud ! Suivant cette logique éphémère, Larrikin Love sort un premier album, quelques jours seulement après s’être tiré une balle dans la tête… A bout portant. Il ne reste aucun survivant. Pour cause de décès, cette chronique s’écrira donc au passé. Après un EP (« A day in the life ») annonciateur d’une nouvelle déferlante post-Libertines, Edward Larrikin et ses compagnons énamourés sortaient « The Freedom Spark », disque triptyque où haine, contes de fées et liberté se fracassaient dans l’urgence et l’illusion de meilleurs lendemains. L’espoir était maigre. Mais Larrikin tentait l’aventure, sous-louant quelques entourloupes ‘rimbaudiennes’ défoncées à l’ami Doherty. Rien de nouveau. Non, rien de rien. Si bien que, dès les premières érections vocales de « Six Queen », les fans de Pete et Carl voulaient la peau du pauvre Edward. Mais pas de chance pour eux, Larrikin Love était adepte de l’auto-défenestration. Alors voilà, c’est terminé. En attendant, il reste ce disque : « The Freedom Spark ». Et, si les préceptes du rock’n’roll sont à chercher dans le défoulement, l’amusement et l’insouciance adolescente, alors, cet album est à l’image d’une certaine idée du rock’n’roll. Toujours est-il que Larrikin Love n’est plus. Pas grave, de toute façon, cela n’y aurait rien changé. Pour eux, tout s’est ainsi résumé à toucher l’intensité du moment. Bien sûr, cela ne vous empêchera pas de goûter aux joies fugaces de la prochaine nouvelle vague British rock & folk. Aux suivants !

samedi, 10 mars 2007 03:00

Why bother?

Chier dans la mer ou faire un disque. Parfois, mieux vaut emmerder les poissons. Mais, visiblement, quand on vient de Détroit, on n’aime pas forcément les soles meunières. Alors, on enregistre des albums. Comme ADULT. Nouveau bordel intégral, volontairement inabouti – comprenez : une cacophonie industrielle de dance-punk –, ce quatrième album des époux Adam Lee Miller et Nicola Kuperus ne contraste pas dans leur discographie. Un débit névrotique, des textes faussement torturés flanqués sur des beats electro minimalistes (et ce n’est rien de l’écrire) confèrent au projet toute son envergure. Depuis « Resuscitation », son premier effort, ADULT. n’a donc pas cherché à grandir, persistant à interpeller le public par ses frasques sonores et indolores. Tel un couple sadomasochiste, les morceaux s’enchaînent. Souvent pour le pire. Et, « Plagued by fear » mis à part, on atteint rapidement la techno limite. Au-delà de cette frontière, ne cherchez plus âme qui vive.

 

La paisible bourgade de Tourcoing s'endort ce soir au rythme d'une soirée placée sous le signe de l' « Inrocks Indie Club # 7 ». L'affiche proposée compromet cependant toutes perspectives de repos… 

Dès l'ouverture des portes, l'assistance se masse aux pieds de la blonde Vanessa. Accompagnée des O's, la belle bénéficie des échos du concours CQFD 2006. Dernière lauréate de ce tremplin échafaudé par le célèbre magazine français, Vanessa & The O's propose un clash entre Le Velvet et Brigitte Bardot. La prestation est intrigante, pas bouleversante. La Blonde se déhanche, chante aussi bien que BB (traduisez : pas forcément juste) et traîne les clichés au gré de ses comptines folk désabusées, faussement allumeuses. 

En provenance de Sunderland, à quelques enjambées de Newcastle, Field Music est emmené par les frères Brewis, un groupe qui entretient un répertoire pop aventureux. Une chanson de Field Music, c'est autant de tiroirs à ouvrir. Pour découvrir des mélodies décomplexées. Sur scène (comme sur disque), Field Music semble avide de perfection. Au risque de se perdre dans des enchevêtrements symphoniques alambiqués, la formation s'attache à atteindre la mélodie qui se cache sous la mélodie. En substance, le band parvient à ses fins. Pourtant, le public peine à suivre l'ouverture d'esprit prônée par le trio insulaire…

La fête, la vraie, survient dans un déluge de synthés, basses, guitares, trombone, batterie, trompette, clarinette, triangle et autres objets farfelus. Pointus ou obtus, les instruments d'Architecture In Helsinki ont une mission commune : nous éblouir, nous aveugler de mélopées joyeuses. De grands airs de fanfares sous de petits airs espiègles, Architecture In Helsinki entame sa tournée multi instrumentale. En deux temps trois mouvements, « Neverevereverdid » met le feu aux poudres publiques. Le Grand Mix tourbillonne, tape dans ses mains et se secoue le bas des reins. L'orchestre atypique de Cameron Bird (encore un oiseau !) enchante l'assistance de ses bricolages dadaïstes. L'electronica, le rock, le folk et le psychédélisme s'emberlificotent les pinceaux au cœur d'une œuvre baroque étincelante de naïveté. Entre « Tiny Paintings » et « Wishbone », les huit membres de la chorale australienne (un jour, le monde saura  que ces hurluberlus ne sont guère finlandais) revisitent leur charpente discographique. « Fingers Crossed », le précédent album est ainsi de sortie. Le public européen découvre alors autant de tubes potentiels : « The Owls Go », « Fumble », « Kindling ». Au sein de cette architecture contemporaine, chaque composante s'avère essentielle. Les instruments passent de mains en mains. Les membres de cette insatiable fanfare tournicotent sur scène, attirant les regards, rendant toutes distractions hors propos. Et puis, tout à coup, l'assistance exulte dans un bain d'euphorie trempé par « Maybe You Can Owe Me » et « Do The Whirlwind », un hit empli de folles exubérances. Le public a donc vécu à l'heure du Grand Mix humain... celui d'Architecture In Helsinki. 

Architecture In Helsinki + Vanessa & The O's + Field Music

jeudi, 30 juin 2005 03:00

Rock Werchter 2005 : jeudi 30 juin

Cette année encore, le festival Rock Werchter affichait complet. Plus de 280 000 spectateurs se sont donc pressés devant les portes du plus grand événement du genre en Belgique. Herman Schueremans, l'instigateur de ce rendez-vous annuel, peut se frotter les mains: les placards 'soldout' deviennent coutumiers de ses immenses portails. Certains noms de l'affiche aussi…

Jeudi 30 juin 2005

Chaque année, c'est la même rengaine: "Rock Werchter est devenu trop imposant, écrasant et impitoyable pour nos portefeuilles". Peut-être. N'empêche, cette année encore, c'est le même constat: nous sommes parmi les premiers à déballer nos maisons en tissus et courir à toutes jambes le kilomètre symbolique qui nous sépare des portes du bonheur: l'entrée du Rock Werchter 2005. Une fois passé de l'autre côté des immenses clôtures publicitaires, le premier (et pas le dernier) choix cornélien de la journée se pose: The Bravery ou Saul Williams ? Dans notre petite caboche, ce duel psychologique vire à l'avantage du poète Saul Williams. Le magicien noir inaugure les spotlights de la Pyramid Marquee en compagnie d'un dj arborant une belle coupe afro sur la tête. De son côté, Saul Williams a laissé tomber ses rastas pour une tignasse commode et sans fioriture, un peu à l'image de son set. Ici, rien n'est laissé au hasard. Saul déverse son discours en calquant ses mots sur des beats syncopés. Tel un prêcheur fou, il harangue la foule massée à ses pieds. Le roi du 'spoken words' exige une justice nouvelle, exhorte un fifrelin d'harmonie entre les peuples et semble se faire comprendre. Les applaudissements nourris témoignent de l'attention de son auditoire. Le début du concert demeure incantatoire. Puis, Saul Williams lâche "Black Stacey", hymne libérateur et engagé. Le pied du micro serré entre les doigts, il poursuit sa lutte, sa prophétie. Improbable croisement entre Martin Luther King et Malcolm X, cette insatiable panthère noire se met définitivement le public en poche le temps d'une superbe "List Of Demands". Cette sommation dansante marque le triomphe de l'artiste en territoire européen. La performance de Saul Williams s'achève prématurément dans l'allégeance de "Our Father". Le besoin urgent de rafraîchir les mécaniques se fait alors sentir. A Werchter, la rasade de bière vaut son pesant d'or mais elle s'avère nécessaire pour éviter toute fringale dans la terrible ascension qui nous mène vers le haut de l'affiche.

L'étape suivante nous conduit ainsi devant la Main Stage. Les connaisseurs le savent: ils ont un rendez-vous urgent avec l'histoire. Car ce n'est un mystère pour personne, les apparitions de New Order se font rares, très rares. Pour sa part, la Belgique n'avait plus connu de concert de New Order depuis 1985. Dix longues années de supplices balayées en ce jour de grâce. Il est 19h20, le quatuor investit les lieux. Sans la moindre hésitation, Bernard Summer gratte ses cordes et laisse s'échapper le fabuleux riff de "Crystal". A la basse, tel un vieux pirate abandonné par son équipage en pleine mer, Peter Hook vague d'un côté à l'autre de la scène. Dans la fosse, les gens sautillent gaiement et applaudissent chaudement cette impeccable entrée en matière. Heureux de l'accueil, Bernard Summer tente une bouffonnerie anglo-saxonne incompréhensible et repart de plus belle. Derrière ses claviers, Phill Cunningham paraît extrêmement concentré alors que la batterie de Stephen Morris ralentit quelque peu le tempo sur "Regret" et "Love Vigilantes". Curieusement, c'est "Krafty", leur nouveau single, qui relance la machine de guerre. Les spectateurs chantent à l'unisson, frappent dans les mains et entreprennent des danses saugrenues, folles et déstructurées. C'est le moment choisit par New Order pour vénérer le passé post-punk qui lui pend toujours autour du cou. Car depuis le suicide de Ian Curtis en 1980, le mythe Joy Division transpire encore. L'interprétation de "Transmission" amorce le voyage dans le temps. Il est somptueux, nostalgique à souhait. De nombreux fans sont aux anges. New Order le sent et en profite pour placer une frêle compo du dernier album, "Waiting For The Siren's Call". Quelques titres plus tard, c'est l'événement attendu par de nombreux festivaliers qui résonne sur la plaine de Werchter: "Love Will Tear Us Apart", deuxième hommage aux galaxies dépressives de Joy Division. Le titre recueille sans mal la bénédiction populaire qu'il mérite. Mais le meilleur est à venir. Puisque l'apothéose de ce concert repose incontestablement sur les quelques notes synthétiques du tubesque "Blue Monday" qui clôture de main de maître le come-back de New Order.

Pas de temps à perdre. Roisin Murphy, l'égérie de Moloko, s'épanouit en solo sous la Pyramid Marquee. Accoutrée de longs gants et d'un cotillon scintillant, la belle ne dénaturerait guère dans le décor du Moulin Rouge de Baz Luhrman. Régalant les aficionados de Moloko de son irréprochable jeu de scène, Roisin Murphy séduit et conquit un public nouveau. Mêlant son répertoire traditionnel de jazz et de funk, la dame danse et se déhanche, s'abaisse, se relève et se balance. Insaisissable, indomptable, Roisin Murphy dispose d'une voix puissante et d'un charisme à couper le souffle. Des chansons de la trempe de "Ruby Blue" conduisent notre charmante accompagnatrice vers les marches d'une gloire amplement justifiée en ce premier jour de festival.

A l'autre bout du site, les écrans géants projettent une nouvelle aventure de Snoop Dogg: histoire de cul, de drogues et de coups de flingue. Sur ce, le grand black débarque, substances illicites à sa gauche, micro profilé à sa droite. Il regarde une main puis l'autre, hésite et opte finalement pour la gauche. Aspiration maximale, expiration. Le Snoop s'éclipse sous un nuage de fumée. Face à lui, c'est du délire. La température ambiante vient d'augmenter d'une vingtaine de degrés: le public est chaud, chaud, chaud. Le chaman du sexe descend fièrement de la Côte Ouest et s'exalte. 'What's my fucking name?' interpelle le gourou du phallus. "SNOOP DOGG !!!", réplique le harem. Là-dessus, pas de doute: l'assistance connaît son patronyme. Ce type est une star, véritable étendard du gansta rap américain. Adulé ou détesté, force est de reconnaître que l'homme détient une certaine aura et un évident sex-appeal. Pendant près d'une heure, Snoop Dogg tient son public en haleine, enchaîne ses tubes en or qui brille: "Lodi Dodi", "The Next Episode", "Who Am I (What's My Name) ?" ou le bouillonnant "Drop It Like It's Hot". Malgré les sombres nuages qui planent au-dessus des têtes, chacun est bien heureux de trouver une place dans ce gigantesque baisodrome champêtre. En fait, "Signs", le duo ramolli en compagnie du sample de Justin Timberlake, restera le seul point blanc de l'époustouflante exhibition livrée par ce nouvel empereur de la culture Noire américaine.

La nuit recouvre la plaine depuis quelques temps déjà. Pourtant, dans le ciel, les coups de tonnerre se multiplient et viennent illuminer les lieux. Les premières gouttes font leur apparition. De plus en plus grosses, elles transforment rapidement toute surface praticable en une aire marécageuse ondoyante. C'est Woodstock en plein Brabant flamand. Ici et là, des festivaliers délurés plongent dans des marres aux canards improvisées, piscine précaire pour public délétère. Peu importe, le show se poursuit. D'ailleurs, l'orage n'effraie pas Tom Rowlands et Ed Simons, la paire acidulée des Chemical Brothers. Le duo branché de Manchester s'empare de la Main Stage et démarre son set en force: "Hey Boy Hey Girl" pour l'ouverture de la danse (aquatique). Abrités sous les devantures des baraques à frites surpeuplées en ces temps pluvieux, les indécis se jettent à l'eau pour la grande carmagnole électronique du jeudi soir. L'instant est hallucinatoire, irréel et puissant. Les clubbers ignorent la pluie et rebondissent en chœur dans la gadoue. Cette fois, c'est une certitude: les absents ont toujours tort. Car même si les Chemical Brothers semblent disposer d'un abonnement éternel pour le Rock Werchter, il fallait vraiment être couillon pour manquer ce concert-là ! Comme pour donner raison aux irréductibles gogo-dancers, "Galvanize" anéantit soudainement cette pluie incessante. Les frères chimiques auraient-ils appuyé sur le bouton? Ce détail n'est pas raconté dans la chanson mais la légende retiendra certainement la coïncidence. Pour le reste, "Believe" est une implacable bobinette électronique, taillée pour les foules. Les Chemical le savent et ne se privent pas de répandre la bonne nouvelle. Et en parlant de bonne nouvelle: 'les Chemical Brothers seront à l'affiche du Rock Werchter 2006'. Alors, info ou intox ?

 

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