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Bénabar les regarde danser…

Bénabar est de retour et nous propose un nouveau single intitulé « Elles dansent », un titre fondamentalement pop, joyeux et émouvant, qui raconte une histoire de famille ou d’amis dans laquelle chacun pourrait se reconnaître : un moment de joie et de liberté…

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Nicolas Alsteen

Nicolas Alsteen

dimanche, 03 juillet 2005 03:00

Rock Werchter 2005 : dimanche 3 juillet

En ce dernier jour de fête, les choses sérieuses commencent tard, très tard. Il est 17h00 et nos Fucking Dewaele Brothers entre en scène sans leur combinaison magique de 2 Many Dj's. Aujourd'hui, les organisateurs les ont invités sous l'enseigne Soulwax. En règle générale, un peu de changement ne fait de tort à personne. Mais là, on peut dire qu'ils nous ont fait grande peine. On les créditera bien volontiers du son le plus déplorable de Rock Werchter 2005. Et pourtant, on pouvait s'attendre à monts et merveilles… Il faudra s'en faire une raison: Soulwax n'est décidément pas un groupe de festival.

A l'autre bout du site, ce sont les Eagles Of Death Metal qui triturent leurs guitares. Sans Tim Vanhamel et Josh Homme aux commandes, la recette manque de saveur. Le projet reste planté là comme une carotte en plein désert. Seul rescapé de l'équipée sauvage, Jesse 'The Devil' Hughes défend ardemment son projet. Malgré tout le mal qu'il se donne, on se rend compte que la nouvelle mouture des Eagles tient difficilement la route. Le tout est joué à l'emporte pièce et manque cruellement de puissance de frappe. La sentence est lourde de conséquences: à revoir ou à saborder.

La pérégrination vient de commencer. Venus des quatre coins du site, les fans de Queens Of The Stone Age transitent vers une même destination: la Main Stage. Tout le monde veut se rapprocher de la grande carcasse de Josh Homme, leader unique de la formation ricaine. Sous le soleil, la chaleur est accablante, presque insupportable. Cette ambiance sied pourtant bien aux Queens qui entament leur set par le torride "Go With The Flow". La nouvelle brigade du général Homme assure sa part du boulot. "Medication", "If Only", "Everybody Knows That You Are Insane" et "Sky Is Falling" claquent dans l'air comme des myriades d'explosifs hypnotiques. C'est du psychédélisme pour Stoners dépressifs, une vraie musique de junkie. Le géant et toujours là, campé aux avants postes des réjouissances. Dans les mains de Josh Homme, une guitare semble bien frêle. Heureusement que le grand gaillard n'a pas encore inauguré la défenestration de grattes… L'idée pourrait causer de sacrés dégâts. Les accords de "Little Sister" retentissent enfin. Le moment est attendu et ça s'entend. La foule vibre, se bouscule et lève le poing en direction de la scène. C'est un pur instant de rock'n roll dirigé et orchestré par Josh, l'homme qui aime qu'un plan se déroule sans accroc. Plus tard, "Tangled Up In Plaid" se perd dans un enchevêtrement de guitares. C'est insensé, compliqué et éclairé. On sent la fin du concert ; mais toujours aucune trace de la folie douce d'antan. Terminé le Dave frappadingue à la batterie, disparu le nudiste à la barbichette, terminé l'insolente ode à la came: pas de "Feel Good Hit Of The Summer" cet été. Certes, la version 2005 des Queens Of The Stone Age vaut le détour. Oui, Josh Homme est une putain de rock star. Pourtant, il manque la plue-value frénétique: le barjot Nick Oliveri et sa basse. Car ce soir, il fallait être un perfide comédien pour camoufler cette insoutenable carence. Admettons le une bonne fois pour toute: l'autre siphonné du caillou nous manque.

Une fois encore, Dave Grohl est à Werchter. Et quand ce n'est pas en compagnie des Queens Of The Stone Age, c'est derrière le micro de ses Foo Fighters. Dave, c'est un guitariste recyclé, un chanteur étrange et une honnête personnalité. Son principal atout: il a le sens du spectacle. Après, peu importe qu'il braille comme un poulet sans tête, qu'il remplace la fin de ses paroles par des onomatopées étranglées en pleine voltige. On s'en tape. Pour lui, là n'est pas l'essentiel. L'objectif affiché des Foo Fighters: amuser la galerie. Et sur cette observation sociologique de haute volée, on peut une nouvelle fois les féliciter: ils n'ont pas loupé le coche. "All My Life", "Everlong", "Learn To Fly", "My Hero", The One" et tous leurs brûlots énervés trouveront toujours une place de choix dans nos cœurs. Mais le temps est maintenant à la quiétude du songwriting de Tom McRrae. Venu en compagnie d'Olli Cunningham (au piano) et d'Oli Kraus (au violoncelle), le Britannique doit forcer pour se faire entendre. La lutte à scène interposée qui l'oppose aux Foo Fighters tourne rapidement à l'avantage des cris tourmentés de Dave Grohl.

Combat déloyal, artiste jovial: Tom McRae ne semble pas rancunier. Les Foo Fighters en fond sonore, le bel Anglais se présente sur scène tel un poète désœuvré et malheureux. Les compositions du bonhomme renforcent ce sentiment de disgrâce. "Hawaïï", "Hummingbird", "Bloodless" et "Bubblegum" se présentent comme autant de complaintes euphorisantes, écrites pour traverser l'histoire. Le violoncelle confère une douce profondeur aux chansons de son auteur. L'inventaire de son talent s'achève lentement par un "Fools" dépouillé et sensible. La messe est dite.

Ne reste plus qu'à porter un rapide mouvement de l'œil en direction de la Main Stage pour assister au bouquet final offert par R.E.M. aux spectateurs. Peter Buck et Michael Stipe forment toujours la paire. L'un cajole sa guitare, l'autre prend soin de son public. Certains groupes sont insubmersibles. R.E.M fait partie intégrante de ce contingent d'irréductibles rockers. Les Athéniens en connaissent un bout et les fans connaissent leurs tubes: le deal est équitable. "What's The Frequency Kenneth?", "Leaving New York", "Everybody Hurts", "Losing My Religion", "The Great Beyond" ou encore "Man On The Moon" enflamment les derniers instants de cette edition 2005 aussi convenue que réussie. Finalement, qui d'autre que Michael Stipe peut se targuer de conclure un festival dans une débauche de magnificence ? Question difficile, n'est-il pas ? Bah, la réponse attendra bien l'année prochaine…

 

 

 

samedi, 02 juillet 2005 03:00

Rock Werchter 2005 : samedi 2 juillet

La journée débute sur les chapeaux de roues. Et un effroyable dilemme nous attend sur le site: les vétérans vitaminés de Therapy ? ou la nébuleuse rock And You Will Know Us By The Trail Of Dead ? Notre choix se tourne vers ces derniers. Trail Of Dead, pour les intimes, tape un sacré tintamarre sous les voûtes de la Pyramid Marquee. Devant un parterre dégarni, les Texans se montrent inspirés. Les musiciens pratiquent une sorte de chaise musicale grandeur nature. Chez eux, tout le monde tourne et tricote un nouvel instrument. Une guitare troquée contre une batterie par ici, une basse échangée contre une guitare par là et un micro terrorisé par des chanteurs intérimaires finissent par convaincre de l'originalité de la formation. L'acte se conclu par "Ounce Of Prevention" dans une tourmente de riffs virevoltants et diablement efficaces.

La suite de nos péripéties est moins drôle. Le charme annoncé de Rilo Kiley laisse franchement à désirer. C'est doux et gentil. Mais la pop a déjà connu escapade plus folle…

L'entreprise dégénère rapidement et l'exode vers la Main Stage de Daan devient inexorable. Quel beau crooner que ce Daan ! Costume blanc, lunettes noires, l'homme est raffiné et ça se sent. On ne peut pas en dire autant de ses sbires. Aux claviers, une sorte de mascotte Haribo (c'est beau la vie?) modelée pour l'Eurovision balance sa frange peroxydée comme une langouste exotique. Ce garçon n'a aucune classe, c'est une parodie incarnée. Derrière lui, deux potiches: une bombe sexuelle à la batterie et une jolie créature à la basse. Pour ouvrir la danse, Daan dispose de "Housewife", tube infaillible. Le public à majorité néerlandophone en redemande. Daan l'entend et adresse "Eternity" pour assouvir la pulsion populaire qui envahit peu à peu la plaine de Werchter. L'élégant monsieur ne se pose pas de question: il fume, il boit, s'assied et se couche en coquet de bon aloi. A ses côtés, la troupe de variété qui lui fait office de groupe a pauvre allure. On a beau apprécier les performances de Daan sur disques, il faut bien admettre que le visuel scénique suscite l'incompréhension. La vue d'ensemble reste inconsistante et pas bien méchante. Daan ne montre jamais les dents et même "Victory", son hit, s'encroûte précipitamment dans une gestuelle ringarde digne du 'bébête show'.

Sur ce, on s'éloigne du naufrage et on rejoint les rives de la Pyramid Marquee où Murray Lightburn et les siens dispensent le romantisme exacerbé de The Dears. Chaleureux et réconfortants sur disque, sur scène, les Canadiens chavirent dans une démesure émotionnelle. C'est pompier et larmoyant. Et même le fulgurant "Lost In The Plot" ne modifie guère l'attitude outrancière de ce tragique épisode. Ne reste plus qu'à patienter avant l'avènement pressenti des Londoniens de Bloc Party. 17h20: l'agonie surfaite de The Dears touche à sa fin. Il est temps de se positionner pour assister au concert tendance de la journée.

La silhouette athlétique de Kele Okereke surgit et ses compagnons d'aventure le suivent de près. Du post-punk ? De la cold-wave ? Peu importe, Bloc Party détache les étiquettes et déracine la hache de guerre. "Like Eating Glass" entame la croisade sensible de nos gays lurons. Foudroyant et radical, le message de Bloc Party est belliqueux. Et la bataille ne fait que commencer. Tout sourire, Okereke repart à la charge et expulse "Positive Tension" de l'amplificateur. Une hystérie générale s'empare du parterre public dès les premières notes de "Banquet". Les Anglais assurent le spectacle. Plus rudes et déchirées que sur les enregistrements de Paul Epworth (The Rakes, The Futurheads), les chansons du groupe passent comme une lettre au déchiqueteur électrique. Les pogos sont de plus en plus violents, les titres de Bloc Party de plus en plus incendiaires. Ces garçons se dégourdissent à tout va. Kele torture sa Telecaster. Sans relâche, il empoigne son manche et griffe ses cordes. Le concert s'apaise dans la fournaise de "This Modern Love". Shoegazer invétéré, Russel Lissack, le deuxième guitariste, n'abandonne pas une seconde ses chaussures du regard. Elles doivent beaucoup lui plaire car il assure parfaitement la rythmique du groupe. Bloc Party dispose indéniablement d'une nouvelle notoriété. La formation a grandi et l'image restrictive du groupe hype à la mode n'est plus tendance. Bloc Party a défini son identité. Ne lui reste plus qu'à forcer le respect !

Après l'invasion britannique, on retrouve le Blanc Bleu Belge. Rien à dire, les nationaux de Millionaire sont devenus de sacré poids lourds dans notre paysage musical. La bande de Tim Vanhamel ouvre le "Champagne" en début de prestation. C'est pétillant, mature et intense. Dès l'instant d'après, Millionaire débouche "Love Is A Sickness", titre issu de sa cuvée "Paradisiac". Les petits Belges déboulent et sortent le gros son. Plus tard, "Come With You" produit son effet et Tim se tortille comme un poisson hors de l'eau. La formation a gagné en puissance ce qu'elle a perdu de son funk original. Qui s'en plaindra ?

Après un deuxième album particulièrement réussi, Interpol était considéré par de nombreux observateurs comme une des principales têtes d'affiche de cette édition 2005. Les New-Yorkais étaient attendus au tournant. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le groupe a fait sensation. Le regard défiant un ennemi imaginaire, Paul Banks affronte d'emblée son auditoire. D'une voix grave et sombre, il psalmodie les premiers mots de "Next Exit". L'entame du concert fait du bien là où ça fait mal. Interpol discerne le point sensible de la nature humaine, touche l'auditeur au plus profond de sa grâce. Aristocrates mélancoliques d'un rock ténébreux, les quatre musiciens enfoncent directement le clou en cognant un mirifique "Slow Hands" dans la tronche épatée de milliers de fans transis. Banks allume une cigarette, brave la foule d'une œillade démoniaque et étale son indiscutable charisme au grand jour. "Say Hello To The Angels", chante-t-il entre deux bouffées de tabac. La suite était écrite: "Evil" rencontre une ferveur populaire énorme, incommensurable. A quelques mètres du chanteur, un type récite religieusement les mots professés par l'homme en noir. L'hystérie collective revêt le costume d'Interpol. Le concert approche le paroxysme, monte vers les étoiles et soudain, c'est l'accident. D'irrémédiables problèmes sonores viennent gâcher l'instant. La basse de Carlos D. se retire en coulisse et s'efforce de maintenir ses lignes inquiétantes. Mais l'inquiétude se mue en un accablant constat d'impuissance et le concert s'achève prématurément. L'épilogue nous laisse un goût indéfinissable en travers de la gorge, étrange mélange d'excitation, de surprise et de tristesse.

Mais c'est connu un bon festivalier ne baisse jamais les bras (et dispose généralement de bonnes jambes)! Une course olympique nous conduit ainsi aux alentours de la Main Stage où Nine Inch Nails s'acharne sur la fin de "Closer". La puissance vocale de Trent Reznor est bouleversante. On se met à regretter le doublon entre Interpol et Nine Inch Nails. Et comme pour renforcer cette optique, le bon vieux Trent nous agresse d'un "Hurt" d'une rare violence. Le concert s'achève en force par "Head Like a Hole".

Pour nous, la journée pouvait s'arrêter là, mais pas pour Rammstein. Les Allemands constituent la tête d'affiche proclamée du Rock Werchter 2005. Les t-shirts tamponnés à l'effigie du groupe post-industriel s'amoncellent en nombre aux abords de la Main Stage: ça va péter! Et de fait, les pensionnaires de Berlin-Est boutent les feux d'artifices à la moindre incartade. L'artillerie lourde est en train de chauffer la plaine comme une colonie de Panzers décampant sous les bombardements alliés. Et pourtant rien à faire, la musique de Rammstein est stéréotypée à mort. Les protagonistes de ce grand cirque jouent d'ailleurs sur un physique martial à en perdre les pédales. Et nous, pauvres belettes paranoïaques, on s'interroge sur l'engouement général qui tourne autours de ces zozos. Ces gars véhiculent une imagerie ultra nationaliste et totalitaire. On a beau savoir que c'est du pipeau, ça fout quand même les boules. Quand est-ce qu'on rentre au camping ?

 

vendredi, 01 juillet 2005 03:00

Rock Werchter 2005 : vendredi 1er juillet

En principe, après la pluie vient le beau temps. Ce deuxième jour de festival commence pourtant sous les pâles apparitions d'un soleil dissimulé sous d'épaisses ondées nuageuses. Il fait un peu froid, un peu gris et ce n'est certainement pas la programmation du début de journée qui nous réchauffera. Simple Plan, De La Vega, Kt Tunstall, Sioen et Jimmy Eat World se partagent le bas de l'affiche. Globalement, l'apéro est indigeste. N'est-on pas en droit d'attendre une réception plus alléchante de la part d'une manifestation du standing de Rock Werchter ? La question est posée et l'intérêt de cette édition 2005 ne se trouvait visiblement pas là. Néanmoins, une toute bonne surprise est à mettre à l'actif des organisateurs: la venue du couple théâtral The Dresden Dolls.

L'étrange duo, composé d'Amanda Palmer (piano et chant) et de Brian Viglione (batterie), en impose. Les curieux qui ont fait le déplacement ne s'y sont pas trompés. Ce concert est sans nul doute LA révélation de l'année. C'est la naissance du 'Rock Réaliste de l'Illusion', un théâtre musical épique secrètement fantasmé par Berthold Brecht. Hypnotique et attrayant, le concert mélange rock'n roll et lyrisme, émotion et sophistication. Venu tout droit de Boston, The Dresden Dolls étale son  bagage culturel sous les yeux et les oreilles d'inquisiteurs ébahis. Deux reprises, en particulier, forcent le respect: "War Pigs" de Black Sabbath et surtout, l'inattendue et irréprochable interprétation d'"Amsterdam" de Jacques Brel. La performance est millimétrée. La batterie de Brian semble répondre aux notes dispensées par le piano d'Amanda. Il est 16h45, le duo se retire sous les encouragements d'un public ébloui.

La place est torride, prête pour l'arrivée d'un autre duo: The Kills. De l'autre côté, sur la Main Stage, Shirley Manson et Butch Vig tentent vainement de réanimer Garbage, leur projet boursouflé. Sous la Pyramid Marquee, The Kills a d'autres guitares à fouetter. VV alias Alison Mosshart et Hotel alias Jamie Hince attaquent d'emblée leur dernier album par "Now Wow", titre éponyme et ravageur. Ils repassent ensuite sur "Keep On Your Mean Side" par l'entremise d'un "Cat Claw" hargneux. Planquée sous sa tignasse rebelle, VV est nerveuse, tendue, totalement insoumise aux attaques répétées des décharges électriques de son compagnon. Lui, le beau ténébreux, la regarde comme si c'était la dernière fois. Au fond, une rythmique, impulsée par une boîte à rythmes, astreint le chant alterné des tourtereaux à une rigueur de métronome. Le rock'n'roll des Kills consacre sa source d'inspiration, le Velvet Underground. Sur scène, "Good Ones", le dernier simple est rêche et sauvage. Le concert file à toute vitesse et rien ne perturbe la liesse de ces deux-là. "Fried My Little Brains" retentit dans nos tympans comme le morceau le plus corrosif de ce court instant passé en leur compagnie. Les riffs de The Kills s'estompent vers 18h15 dans une ultime reprise de Captain Beefheart, "Dropout Boogie".

Tranquillement, nous quittons la tente pour rendre une visite aux ancêtres du Velvet Revolver. Scott Weiland (ex-Stone Temple Pilots) et les pensionnés de Guns N' Roses se sont emparés de la scène principale pour un show redouté. Nos craintes sont confirmées d'entrée de jeux par papy Slash et ses potes cocaïnés. Grossis et déguisés en rock stars, ces adeptes de soli dégoulinants et de clichés affligeants singent honteusement leur prestigieux patrimoine. Les poses puent le Jack Daniel's périmé, la voix de Scott Weiland se mue en kalachnikov et flingue les malheureux observateurs postés aux premiers rangs de la débâcle. Les compères essaient de sauver la mise en balaçant " It's So Easy", "Mr. Brownstone" et "Sex Type Thing", trois classiques de feu Stone Temple Pilots. Mais rien n'y fait. C'est carrément naze: le mot est lâché. Et heureusement pour leurs poires rabougries par ces décennies de défonce que personne ne vend de cacahouètes sur la plaine… Allez hop, à l'hospice !

Le point fort du vendredi repose presque entièrement sur la venue de Green Day. Voilà un groupe qui vaut tous les déplacements du monde: plus de quinze ans de carrière dans le rétro et pas une ride en perspective ! Emmené par Billie Joe Armstrong, le trio carbure aux tubes. En 1994, le groupe ramasse le pactole en sortant l'indémodable "Dookie". Dix ans plus tard, c'est au tour de "American Idiot" de se tailler la part du lion. L'événement est donc attendu par des adolescents de tous âges en manque de sensations fortes en cette fin de journée. Et là, pas la peine de faire un dessin, le seul et unique groupe de punk-pop tient la dragée haute à tous ses concurrents. Devant la scène, c'est l'effervescence. L'attente devient longue et chacun cherche la bouffée d'air rédemptrice avant la bataille. Tout à coup, Tré Cool se pose derrière ses fûts, Mike Dirnt enfourche sa basse. Et là, c'est l'explosion: Billie Joe Armstrong déboule et arrache un "American Idiot" des cordes de sa Gibson. Une folie furieuse et tourmentée envahit alors l'assemblée. Le chanteur de Green Day court comme le successeur humanisé du lapin Duracell, il galope, trébuche et fonce vers son micro. Tout de noir vêtu, Billie Joe arbore une sympathique cravate rouge et une étoile communiste au revers de sa chemise. Nouveau disque, nouvelle chanson: "Jesus Of Suburbia" entraîne à nouveau la foule dans un tourbillon de magnitude 7 sur l'échelle de Werchter. La suite se décline en singles: "Holiday", "Knowledge" et l'inoxydable "Basket Case" se chargent de passer les troupes en revue. Le sens de l'entertainment s'incarne parfaitement dans l'idéologie du groupe. Sur "King For A Day", Billie Joe invite un fan surexcité à asperger ses congénères au pistolet à eau. On s'amuse, on s'éclate. On sue, on pue. Et en définitive, c'est génial. Le groupe de Berkeley interpelle le public à intervalles réguliers, histoire de vérifier qu'il subsiste encore quelques survivants à l'étage d'en bas. Pour certains, ce jour de fête était également un jour de gloire. Au beau milieu du concert, Green Day se fait remplacer au pied levé par trois énergumènes piochés au hasard de l'assistance. Une jeune batteuse foutrement douée, un guitariste bouleversé de se retrouver en compagnie de ses idoles et un bassiste simplet, coaché par un Mike Dirnt désabusé viennent assurer la rythmique du groupe. La chanson s'achève dans des accolades et des remerciements. Charitable rocker, Billie Joe offre sa guitare à son éphémère remplaçant. Aux dernières nouvelles, ce dernier dort debout en chantant les huit albums de Green Day et vient juste de se faire interner pour démence en compagnie de sa guitare. La formation américaine tire alors à boulets rouges sur George W. Bush, son 'adorable président' et enchaîne par "Minority". Le divertissement touche à son apogée lorsque nos facétieux enragés s'attaquent à une reprise surdosée de Queen, "Cause yes: We Are The Champion my friend !". Green Day repart, fier du boulot accompli. Mais les fans ne l'entendent pas de cette oreille. Devant un public en transe, Billie Joe revient en solo pour un (désormais) traditionnel "Good Riddance ("Time Of Your Life"). Bref, une bonne journée tient parfois à peu de chose.

Pour se remettre de toutes ces émotions, il ne reste qu'à faire un choix: les multirécidivistes Faithless ou Armand Van Helden. Pour finir, Van Helden sera la dernière attraction de ce 1er juillet. Une journée qui s'achève par un dj-set convenu (Blondie, Ram Jam, The White Stripes ou encore Felix Da Housecat passent ainsi dans l'escarcelle électronique du bonhomme) mais agréable. Néanmoins, on regrettera l'usage abusif de 'compacts discs' tout au long de ce 'poussage de disques' en règle. Toute personne susceptible de nous renseigner sur la disparition des vinyles peut nous contacter dès à présent.

 

samedi, 20 août 2005 05:00

Pukkelpop 2005 : samedi 20 août

En ce dernier jour de fête, les palabres commencent sous les tonnelles du Club où s'égosille sereinement le chanteur de Dead Fly Bukowsky. Entre psychédélisme abrupt et punk souffreteux, le spectacle offert par le quatuor anglo-saxon dépasse de (très) loin les bribes sonores déposées sur « Land of The Rough », leur premier album.

Sur la Main Stage, Danko Jones triture sa guitare, consulte dignement la foule du coin de son 'indévissable' rictus. Les déflagrations sonores sont violentes : à la croisée des riffs d'Angus Young (AC/DC) et de ceux de Ron Asheton (The Stooges). Rock'n'roll ?

Sous la Marquee, l'héritage de The Jesus And Mary Chain est de nouveau remis sur la sellette par The Raveonettes. Deux voix : celle de Sune Rose Wagner et celle de Sharin Foo. Les descentes vocales du couple se perdent dans une marée hyper distordue de rage contenue. Le nouveau disque de ces Danois de la banlieue de Copenhague vient à peine de paraître. Et déjà, de virtuels hits potentiels viennent nous chatouiller les tympans. Le concert n'est pas mauvais. Mais on sent le groupe incertain, à la recherche de nouveaux automatismes.

Laissons donc du temps aux Raveonettes et tournons nous vers la grande scène où se tient le concert de LCD Soundsystem. Il est 14 h 35. James Murphy et la bande du joyeux bruit envahissent la place. Dans la fosse, les admirateurs de boules à facettes s'interrogent : pourquoi faire jouer le LCD Soundsystem à cette heure si matinale ? James Murphy, lui-même, semble à peine tombé du lit. D'ailleurs, il ressemble à un gros nounours (Teddy Bear Murphy ?). Alors, pourquoi ne pas avoir préféré un chapiteau aux derniers sursauts de la nuit ? La réponse demeure énigmatique. Peu importe, le groupe installe une atmosphère nocturne, échafaudée dans une tanière d'Acid House, de post-punk, de rock garage et de pop psychédélique. La mixture mise au point par James Murphy défie les lois de l'évidence. Et comme pour renforcer cette sensation surréaliste, le groupe électrogène implose à l'entame du deuxième morceau. C'est la guerre ! Sur scène, la concentration vire à l'incompréhension. Pourtant, le public désire son concert et le laisse entendre. Après cinq longues et douloureuses minutes d'attentes, l'électricité fait à nouveau son apparition. Cet épisode a (légèrement) chauffé le public. Mais la voix de James Murphy s'égare et se perd peu à peu dans l'air. Pour l'occasion, le tube « Losing My Edge » se mue en « Losing My Voice ». « I was there… », soutient le chanteur: nous aussi. La boîte à tubes nous sort le grand jeu : « Daft Punk Is Playing At My House », « Too Much Love », « Movement » ou le mythique « Yeah » s'infiltrent dans les cavités pour ne plus jamais en sortir. A l'issue de ce set imparable, nous soulignerons l'inexplicable apathie collective des spectateurs, inconscients juvéniles placés aux premières loges de l'histoire.

Ensuite, la programmation du jour tombe dans un inextricable vortex, trou noir d'excitation. Ainsi, ce ne sont pas les Canadiens de Hot Hot Heat et leur dégaine hyper maniérée qui vont nous pousser à la débauche. C'est bien simple : l'année dernière, ces garçons disposaient d'une paire d'avantages. D'une part, un honorable premier album (« Make Up The Breakdown ») et d'autre part, un facétieux guitariste, le gentil Dante De Coro. En 2005, Hot Hot Heat a viré son meilleur élément et a signé un disque rachitique, pauvre en énergie, réchauffé sur la flamme d'un briquet usager. Autrement dit, il est temps de prendre ses jambes à son coup, un paquet de frites dans les mains et courir vite. Oui, mais dans quel direction ?

Pour se diriger, on suit le regard des mateurs de jupons, obnubilés par la vision de la belle Heather Nova. Certes, l'Américaine n'est plus toute jeune mais sa beauté ne prend pas une ride… Pour ce qui est de sa musique, force est de reconnaître que c'est de pire en pire. Son joli timbre cristallin d'antan laisse aujourd'hui entrevoir les stridences d'un âge adulte, sage et horriblement ennuyeux.

L'impasse artistique touche à son terme lors de l'apparition des quatre trublions de Sons and Daughters sur les planches du Club. Nos Ecossais en connaissent un pan sur la musique et ne se privent pas de le chanter. David, Scott, Adele et Ailidh vouent un véritable culte à Johnny Cash sur un fond de culture rock écossais: Arab Strap et Orange Juice en tête. Le concert impressionne les curieux, étonne les connaisseurs. C'est un fait, en quelques mois, Sons and Daughters a irrésistiblement progressé et trouvé le passage secret menant vers les cimes des charts. Un concert de très bonne tenue malgré certaines dérives vocales d'Adele dans ces périlleux duos qui font le charme du groupe.

La suite des ébats sera dansante et forcément électronique. Sous le Dance-Hall, la tension monte d'un cran : tout le monde attend Vitalic comme le nouveau messie de la scène électro. Les premiers beats retentissent et le peuple converge à l'unisson vers la transe extatique, le climax collectif. D'un seul homme la foule bondit, danse et se déhanche. Vitalic est en train d'asseoir sa popularité. « My friend Dario », « No Fun », « U and I » résonnent sous les bâches en plastique. Les corps se déplacent et se surpassent pour fêter dignement cette grande messe vaudou. Seul sur scène, le Français redore le blason 'French Touch' et en rajoute une couche, très personnelle celle-là. Ce set restera comme l'un des meilleurs de cette 20ème édition du Pukelpop : un instant inoubliable (trop court) où chacun vit un moment intense comme le dernier des bonheurs. A la fin des hostilités, les muscles relâchés et caoutchouteux divaguent à travers les détritus jonchant la verte prairie.

Dans un dernier effort, on atteint les portes du Château où Whitey règne en maître. Ce dandy chapeauté se la joue désinvolte, désintéressé. L'homme affiche un charisme à tout va. Caché sous son couvre-chef de mafieux, le garçon fume sa cigarette d'un air faussement absent. Sa musique valait pourtant le déplacement : électro-pop chamboulée de blues et de riffs hyper rock'n'roll, mélange hybride, surprenant et sincèrement interprété par un artiste à découvrir sur album de toute urgence…

Sur la grande scène, c'est le grand retour des néo-métaleux de Korn. Jonathan Davies n'a pas beaucoup changé, un peu grossi tout au plus. Amputé d'un membre suite à l'appel mystique de Dieu, Korn se débrouille avec un seul bourreau des six cordes. Et là, on se demande franchement pourquoi les Américains s'efforçaient de combiner deux guitares. Le son est puissant, féroce, dangereux comme aux premiers jours de l'aventure. Pour sa part, Korn revisite efficacement son répertoire et se fend d'une reprise vivifiante de « The Wall ». C'est une bonne surprise mais le meilleur reste à venir.

Sous le Club, très exactement, où se préparent les agitateurs de !!!. La musique de ces zigotos est indescriptible : elle n'appartient pas aux règles fondamentales des classements hiérarchiques du dictionnaire du rock. Le groupe malaxe les genres et arpente les époques pour se diriger vers le futur, un avenir utopique où le rock et l'électro seront les Adam et Eve d'autrefois. !!! construit les bases d'une nouvelle humanité musicale. Leur concert est soufflant, haletant. Les yeux ne savent plus où donner de la tête, les oreilles restent bouches bées et le cerveau déconnecte, gambade dans des contrées spatio-vasculaires hallucinatoires, divinatoires. Tout à coup, le chanteur sonne le glas de la performance et rappelle la foule à l'ordre : 'regardez derrière vous, c'est Nick Cave ! Ne le ratez pas, ce qu'il fait est vraiment excellent'. A la surprise générale, le concert du grand Nick a déjà commencé…

Un dernier regard en direction des émeutiers de !!! et les écrans géants placés de chaque côté de la Main Stage nous hypnotisent irrémédiablement vers l'objectif ultime. Nick Cave s'impose comme la tête d'affiche incontestable de cette édition en forme de gâteau d'anniversaire. Comme pour le Pukkelpop, les années se suivent et Nick Cave conserve, lui aussi, toute sa splendeur. Le grand mince aux chaussures noires alimente principalement son concert des meilleurs passages d'« Abattoir Blues », son dernier disque. Le moment vaut le déplacement. Pour beaucoup, cette rencontre avec Nick Cave était une première. Elle restera inoubliable. Espérons que ce ne sera pas la dernière… Le public en redemande mais rien n'y fait : les feux d'artifices crépitent déjà dans le ciel comme un dernier au revoir.

 

jeudi, 18 août 2005 05:00

Pukkelpop 2005 : jeudi 18 août

Cette année, le Pukkelpop célébrait sa 20ème édition. Conviés à cet anniversaire, nous avons soufflé les bougies en compagnie de Chokri Mahassine, le grand manitou de ce rassemblement alternatif. Car en Belgique, son Pukkelpop est une référence, un mythe, une institution aventurière vouée à la découverte et aux grandes révélations. Etabli au cœur du Limbourg, la manifestation colporte la bonne nouvelle aux oreilles des festivaliers depuis ses débuts: The Jesus And Mary Chain, Wire, Faith No More, Nirvana, Pixies, Sonic Youth, Beastie Boys, Nick Cave, Iggy Pop, Afghan Whigs, Cypress Hill, Neil Young, Pearl Jam, etc. L'énumération demeure sans fin. L'évènement se poste aux premiers rangs de l'avant-garde. Et puis, le Pukkelpop s'inscrit également comme le premier festival du Royaume à intégrer un 'Dance Hall' sur son territoire. Cela peu sembler anodin. Mais en 1994, la musique électronique harnachait les traits du danger, de l'inconnu. Qui, à l'époque, aurait osé édifier un dôme à la gloire de la transe hystérique des boucles mécaniques ? Une fois encore, le Pukkelpop sera un précurseur et de nombreux festivals belges et européens entreront dans la 'dance'. Ainsi, Aphex Twin, Underworld et Tekton Motor inaugureront l'initiative. Alors, la deuxième décennie allait-elle être fatale à notre réunion récréative préférée ? Avant même de pénétrer sur la plaine de Kiewit, nous jetons un dernier regard sur l'affiche placardée sur l'enceinte clôturée. Et là, le doute n'est plus autorisé : le Pukkelpop a encore de beaux jours devant lui…

Jeudi 18 Août 2005

Le soleil brille de mille feux, les premiers pèlerins foulent la verte prairie limbourgeoise et cherchent une place aux abords de la Main Stage. Là-bas, The Subways amorce la bataille des outsiders au titre très convoité de 'confidence visionnaire' de l'année. Mais le combat livré par le trio britannique est inégal. Dès l'entame du concert, la sono part en couille et les valves distordues de Billy s'entrecoupent d'absences sonores crépitantes. C'est dommage… The Subways n'est pas jugé à sa juste valeur. Peu importe, le groupe reste solidaire et ne galvaude pas son organisation élémentaire : guitare, basse et batterie partent ainsi en quête de sensations fortes et luttent inlassablement contre les salves ravageuses de la régie. « I Want To Hear What You Have Got To Say » apporte la preuve que ces jeunots aiment le bruit et les mélodies efficaces. Pour le reste, inutile d'emprunter quatre chemins pour l'écrire : le point fort de The Subways, c'est Charlotte, la jolie bassiste. Elle bondit, chante et hurle comme une pestiférée. Les ourlets de sa robe virevoltent et Dieu sait que ce spectacle vaut tous les détours du monde Techniquement, la performance laisse à désirer mais les Anglais laisse entrevoir une énergie juvénile rédemptrice sur les singles « Rock & Roll Queen » et « Oh Yeah », réussites radiophoniques en mode binaire.

Sous le Dance Hall, Ladytron s'applique à faire monter le thermomètre. La foule ne s'embrase pas encore, la fièvre viendra plus tard…

De retour au pied de la grande scène, on assiste à l'émergence de Kaiser Chiefs. Annulés en dernière minute à Werchter, ces pensionnaires de Leeds ont crânement joué le coup (franc) au Pukkelpop. A elle seule, l'arrivée de Ricky Wilson devait susciter la confusion dans la fosse. Le chanteur débarque en compagnie de deux béquilles et d'une jambe dans le plâtre… Mais l'habit ne fait pas le moine : dès le coup d'envoi, Kaiser Chiefs rue dans les brancards, catapulte les béquilles aux cieux et décharge les hits de son premier album. Malgré sa jambe invalide, Ricky Wilson sautille comme un kangourou en tournée avec Faithless. La hype a beau faire, ces cinq petits truffions cultivent habilement l'art du rock'n'roll et des choses simples. Ce n'est pas subtil pour une livre sterling mais la lubie de Kaiser Chiefs réside dans la volonté de séduire les foules, d'offrir des refrains 'sur-mesure' à reprendre comme un seul homme. Un peu comme des soiffards supportant leur équipe préférée lors d'une énième finale dans le stade mythique (actuellement en démolition) de Wembley. Le concert est jubilatoire. Kaiser Chiefs est en train de s'imposer comme le plus grand groupe 'onomatopéen' de l'histoire du rock. 'Na Na Na', 'La La La', 'Oh Oh Oh', etc., la liste est longue. Le son est parfait, les cinq garçons en bonne santé et bien décidés à conquérir le monde par la grâce de leurs intrépides singeries !

Après ce bon moment, l'heure est au spleen baudelairien, les lueurs sombres de la musique des Editors pointent le bout de la guitare sous la Marquee. Le groupe de Birmingham, annoncé comme le nouveau messie du rock anglais, n'impressionne pas ou plutôt n'étonne pas. Editors, c'est du Interpol revu et dégradé. Pour sa défense, le quatuor peut avancer ses influences : Joy Division, Echo and The Bunnymen et toute la clique new wave enfantée par la Prude Albion aux premières heures des années 80. A la différence d'Interpol, les Editors sont Anglais et reprennent à leur compte un héritage patriotique. Mais qu'on se le dise : le patrimoine anglo-saxon s'épanouit bien mieux au cœur de la Grosse Pomme ! Surtout, ne pas s'attarder en ces lieux…

Et privilégier la vie de ‘château’ : une bâtisse qui sied particulièrement bien aux échappées aériennes de Styrofoam. Arne Van Petegem (à na pas confondre avec Peter, son homonyme cycliste !) défend les ritournelles de « Nothing's Lost », son dernier album en date. Escorté de ses acolytes, l'homme tapisse la voûte du chapiteau d'habiles superpositions sonores. La musique de Styrofoam nous saisit à la gorge alors que la chaleur ambiante achève de nous étouffer. Même le mercure d'un thermomètre ne s'adapterait guère à tel chaudron ! Derniers applaudissements, dernières sueurs : à l'extérieur, l'air frais demeure l'unique sauveur…

Les échos médiatiques d'outre-Manche nous guident alors vers le Club où se tient le concert de The Magic Numbers. A première vue, ça fait peur : deux garçons, deux filles sapés comme des cow-boys fringants nous délivrent une vision post-folk apocalyptique. En 'gros', l'arrêt sur image brosse le portrait des membres d'ABBA en version rurale et folklorique. Mais une fois que nos quatre spécimens se mettent à jouer, la terre s'arrête de tourner. Que peut-on espérer de la pop aujourd'hui ? La réponse à cette question se chiffre en féerie : The Magic Numbers. Cette formation menée par le chant jovial et hypersensible de Romeo Stodart s'installe d'emblée comme le futur simple de la pop flower-power. A la basse, sa sœur Michelle Stodart porte très haut les couleurs familiales. Et le moins que l'on puisse dire c'est qu''elle est forte celle-là'! Derrière sa batterie, Sean Ganon impulse la rythmique tel un Stillwater échappé du casting d'Almost Famous. Sa frangine à lui se nomme Angela et donne de la voix sur toutes les perles mélodiques du combo biparental. Quatre musiciens, deux familles et un grand moment de musique pour cette nouvelle édition du Pukkelpop. Des tubes, comme s'il en pleuvait : « Mornings Eleven », « Forever Lost », « Love Me Like You », « Don't Give Up The Fight » (sur ce titre, les inflexions vocales de Romeo flirtent avec les intonations de Curtis Mayfield). Ce jeudi, le seul défaut des Magic Numbers, c'est la durée de leur performance : décidément trop courte…

A quelques mètres du Club, The Roots amorce son set sur la Mainstage. Le concert est très attendu. Pourtant, la fraîcheur communicative de ces nouveaux princes du hip-hop tombe rapidement dans une soupe démonstrative que n'aurait pas renié Carlos Santana. Un solo par ici, un par là, un petit à gauche, un petit à droite et comme si la tartine n'était pas encore assez beurrée, on s'en retape une couche. Sur ce coup-là, la déception nous envahit.

La solution, c'est l'exode. Partir loin, très loin : à l'autre bout du site où se tient Soulwax Nite Versions, une curiosité expérimentale. Pour l'occasion, les Fucking Dewaele Brothers nous reviennent en compagnie de leur dernier disque (« Any Minute Now ») mais n'interprètent que le squelette électro de ce dernier. A l'autopsie, l'opération tient du miracle : pitoyable dans sa version rock, c'est un Soulwax énergique, vivifiant et dansant qui nous tient en haleine. Bref, on se demande toujours comment les bastards-Dewaele en sont arrivés au rock ! Dans son prochain volet, le dictionnaire des synonymes doit en tenir compte : électronique et Dewaele, même combat…

A l'antithèse des frangins électro-belges, The Hives carbure en mode binaire. Le rock'n'roll demeure le seul et unique leitmotiv de ces cinq dandys costumés. En noir et blanc, c'est plus revivaliste. Le grand show commence sous la houlette de l'acrobate en chef : Howlin'Pelle Almqvist. Le gaillard harangue la foule de ses déclarations nombrilistes. Le sosie de Jim Carrey tire la langue quand il ne s'amuse pas de sa dernière grimace. Jeune et doué, ce type s'en fout… Pour lui, seul l'entertainment importe. Les lignes de basse du Dr Matt Destruction tabassent les fracas de batterie de l'élégant Chris Dangerous. Face au public, les deux guitaristes s'en donnent à cœur joie : Nicolaus Arson dégaine et tire ses riffs à bout portant alors que Vigilante Carlstroem maintient la mesure. 'Vous aimez les Hives ! Et vous ne pouvez rien y faire, c'est comme ça…', ironise Howlin'Pelle Almqvist. Dans la fosse, une partie du public le siffle, l'autre l'acclame. Au 21ème siècle, The Hives revêt encore une dimension subversive et mystérieuse. Vrai ou faux, ce groupe dérange. Blanc ou noir, The Hives intrigue. Leurs tubes sont des billes supersoniques catapultées dans l'urgence et la concision : « Walk idiot walk », « Two-Timing Touch and Broken Bones », « Main Offender », « Hate To Say I Told You So ». La musique des Hives est aussi simple et rapide que le montage d'un meuble Ikea. En moins d'une heure, les Hives ont démontré leur savoir-faire : Almqvist effleure sa main d'un dernier bécot en direction de ses fans chéris, c'est terminé.

Après une telle performance, les déguisements de rockers des new-yorkais de Bravery paraissent bien pâles. Chez eux, les poses tuent le naturel. Les compos transpirent la redite et l'attitude passe par le braquage de la garde-robe de l'histoire du rock. On peine à y croire...

On se frotte les yeux, on se rince le gosier et on suit le flux migratoire qui mène les festivaliers aux alentours de la grande scène. La sensation de l'année dernière est de retour en Belgique. Et cette fois, tout le monde semble au courant. C'est donc la grande foule à l'entame du concert de Franz Ferdinand. Les quatre aristocrates de la banlieue de Glasgow se plantent sur le devant de la scène. Droit comme un lampadaire, Nick McCarthy enfourche sa guitare. A la batterie, Paul Thomson a (enfin) décidé de se raser la moustache. Pour sa part, Bob Hardy tapote toujours sa basse comme n'importe quel autre morceau de bois qu'on lui aurait glissé entre les doigts. Et puis, que serait Franz Ferdinand sans Alex Kapranos ? Le chanteur charismatique de la formation écossaise est le seul à connaître le secret pour faire danser les filles. Tant mieux, elles n'attendent plus que ça… L'entrée en matière est triomphale. Les quatre garçons demeurent les têtes d'affiches incontestées de la journée. Et cela se sent. Alors, ils vont droit au but, larguent tous les singles du premier album : « Take Me Out », « The Dark of the Matinee », « Jacqueline », « 40 ft ». Les chansons du quatuor suscitent l'enthousiasme des spectateurs. Néanmoins, l'ambiance retombe dès que Kapranos et ses copains s'attaquent aux nouveaux morceaux. Alors là, interrogation : le public belge deviendrait-il mou du genou ? Pourquoi faut-il toujours appréhender les titres comme autant de tubes radiophoniques ? La fête ne peut-elle être insouciante et spontanée ? Vraisemblablement pas sur cette grande scène, pas ce soir. La Franz Mania veut son disque et attend impatiemment le mois d'octobre pour célébrer l'avènement de la nouvelle cuvée. A ce moment-là et seulement à ce moment-là, les fans apprendront les paroles par cœur : pas avant. Pour l'heure, se bouger le popotin sur les extraordinaires avant-premières 'franz ferdinniennes' semble prohibé. Le dernier simple « Do You Want To » chatouille les ondes radios. L'observation accrédite l'affirmation : le moindre hit amuse la galerie. Pour le reste, il convient de rester stoïque, de ne pas broncher : attendre le coup d'envoi du NME et la diffusion en 'heavy rotation' de MTV. Qu'importe, Franz Ferdinand a fait du bon boulot. Le groupe boute le feu, lance un bouquet final et repart le point levé : « This Fire is Out of Control… ».

Mais c'est sous la Marquee que la situation risque de devenir incontrôlable. Vingt-trois zigotos affublés d'une toge, outillés de divers instruments ou de super pouvoirs vocaux viennent d'envahir les lieux pour le plus grand bonheur de centaines d'adeptes. The Polyphonic Spree ou l'histoire vraie d'une chorale rock. Originaire de Dallas, la troupe est représentée par la figure mythique de son chef d'orchestre : Tim DeLaughter. Cet ex-Tripping Daisy ('sensation' grunge du milieu des années 90) est parvenu à ériger une fanfare congréganiste centrée sur une pop psychédélique ancrée au cœur des sixties. Le projet est ambitieux. Ils ressemblent à des hippies 'cryogénisés' mais le ridicule ne les tue pas. Au contraire, la robe au vent, les musiciens de Polyphonic Spree nous offrent un spectacle mémorable, une accolade d'harmonie, de cabrioles et surtout des chansons d'une classe imparable. Les instruments (guitares, trompette, flûte, violon, trombone, moog, orgue, basse, percussions, theremin, trompette) s'entrecroisent et se complètent doucement sans jamais sombrer dans l'ennui. Au contraire, The Polyphonic Spree constitue une des principales usines de constructions d'hymnes (à la joie ?) collectifs. « Soldier Girl » explose : c'est la folie. Comme des moines, les membres de la chorale prêchent la pop moderne et s'élancent dans d'inavouables chorégraphies. Plus tôt, « It's The Sun » s'était chargé de retourner les projecteurs vers les véritables protagonistes de cette première journée de festival. C'est miraculeusement déjanté : en cours de route, l'électron libre de la chorale, accessoirement délégué aux tambours, décide d'escalader l'armature du podium jusqu'à son sommet (avec son tambour !). A chaque seconde, ce numéro d'équilibriste improvisé frôle la catastrophe. Ce garçon est frappadingue, complètement déboussolé. En bas, le reste de la secte perpétue le délire communautaire. La grande messe s'achève sous une salve d'applaudissements, de l'eau bénite pour les disciples de cette compagnie hors du commun. Après cette vision angélique, le corps divague, les membres tremblent et les pensées s'égarent. Il faut se ravitailler…

Une fois les esprits revenus, les yeux s'ouvrent sur les décibels de Basement Jaxx. Derrière leur console, Simon Ratcliffe et Felix Buxton poussent les manettes à gogo. Devant, Lisa Kekaula (The BellRays) répond à nouveau présent. C'est foufou, ondulatoire et renversant comme la tectonique des plaques, un peu à l'image de « The Singles », dernier best-of en date.

Bon, c'est bien beau tout cela mais il y a d'autres chats à fouetter. Ou plutôt d'autres lapins ! Forcément : ce n'est pas tous les jours qu'on rencontre un chanteur agacé de ne pas posséder deux belles et longues oreilles. Mais pour Adam Green, tout se passe dans une zone obscure du cortex. Dès lors, se penser lapin suffit amplement pour se sentir lapin. Du coup, sur scène, la canaille new-yorkaise interprète « Bunny Ranch » en compagnie d'une jolie spectatrice, spécialement invitée sur le fronton pour se trémousser comme…une lapine ! C'est coquin et très mignon. La blague vire même au petit jeu de séduction. Au terme du morceau, Adam Green se ramasse un râteau de la lapine et un crépitement d'applaudissement du public. Dans tous les cas : c'est largement mérité ! L'adage disait : 'femme qui sourit à moitié dans son lit'. Et bien visiblement, ça ne fonctionne pas chez les lapins ! Adam Green était le prince de l'anti-folk. Désormais, il se présente comme le seul et unique militant du 'guignolo-cabaret-folk'.

Sous le Dance Hall, les gogos dancers du jeudi soir s'en donnent à cœur joie. Les Norvégiens de Röyksopp alimentent la foule de leurs rythmes digitaux. Postés devant une sorte de cabine de téléportation, les membres de Röyksopp égrènent leur répertoire avec une ferveur nordique des plus chaleureuses.

Et puis, c'est l'heure du flash spatio-temporel. The Prodigy vient, en effet, d'envahir la grande scène du festival. Ce groupe, fondé par le DJ Liam Howlett, est sorti de ses caves londoniennes au début des années 90 dans un fracas de riffs et de beats. Mais en 2005, la musique de The Prodigy se déverse dans les égouts et se vidange comme autant de mauvais souvenirs d'une époque révolue. Dans ces conditions que pouvait-on espérer des Anglais ? Plus grand-chose… Et pourtant, dans un dernier sursaut de bravoure, Keith Flint et Maxim Reality, les deux agitateurs maison, carburent une fois encore aux amphétamines. La grosse artillerie décante la plaine et électrocute les fans du siècle dernier. « Smack My Bitch Up », « Spitfire », « Breathe », « Girls » et « Firestarter », entre autres, suffisent à relancer toute une décennie « techno-punkoïdée ». Liam Howlett et les siens appartiendront bientôt à l'histoire. Mais ce soir, les turbulents londoniens ont célébré dignement cette 20ème édition du Pukkelpop.

Un dernier passage par le Château nous permet de constater que l'association des boucles électroniques à la soul Motown est foutrement originale. Il fallait y penser, Jamie Lidell l'a fait ! Cet ex-Super Collider ravive la folie du funk dans un méli-mélo de beats robotiques et de chaudes irruptions vocales. La journée touche à sa fin. Et déjà, demain nous appartient…

 

mardi, 06 novembre 2018 17:46

Un concert d une précision d'orfèvre...

Ce soir, le lieu de réception des Magic Numbers est restreint. C'est évident, la Rotonde ressemble à un petit chaudron, le charbon en moins, la boule à facettes en plus. N'empêche, l'endroit est bouillant. Le feu s'est déclaré dans les pages des magazines anglais, il y a quelques semaines. Depuis, il ne cesse de gagner du terrain. De fait, le public attend ardemment ces nouvelles figures de proue de la pop moderne. Mais il lui faudra encore patienter…

En guise d'apéro, un combo garage suédois : Shout Out Louds. Une fille pour quatre garçons, le combat est inégal. Mais l'audience se régale. Le quintette badigeonne sa musique en mode binaire. Une bonne dose de garage rock traverse ainsi une assemblée vouée au culte de Simon & Garfunkel. Dans la fosse, les décharges électriques mêlées de Moog reçoivent un bon accueil. Les Shout Out Louds ne jouent pas dans la même catégorie que les Magic Numbers mais s'imposent d'emblée comme une très bonne première partie. Ce n'est pas ça qui va calmer la micro masse compacte : tout le monde trépigne d'impatience à l'idée d'entrevoir la barbe de Romeo Stodart...

Il est 21 heures. L'intensité des projecteurs devient crépusculaire. Quatre ombres voltigent alors sur scène sous un tonnerre d'applaudissements. Lorsque la lumière s'épanche à nouveau sur la Rotonde, les Magic Numbers se tiennent derrière leurs instruments. A droite, Michele Stodart (la sœur de Romeo), les doigts crispés sur sa basse, regarde anxieusement Angela Ganon, postée à l'autre extrémité de la scène. Au fond, le frère d'Angela, Sean, s'installe paisiblement à la batterie. Romeo Stodart sourit béatement. Encore un peu, on lui accorderait volontiers un rôle dans le « Huitième Jour ». Mais lorsqu'ils commencent le set, les Magic Numbers nous proposent le rôle de leur vie. Leur musique est insupportablement belle, parfaite. Musicalement. Harmoniquement. Devant la scène, les gens se serrent et chantent à l'unisson les comptines power-flower des Anglais. Les hymnes du premier album s'égrènent comme autant de pépites tubesques : le premier single, « Forever Lost », le Mayfieldien « Don't Give Up The Fight » ou l'improbable « I See You, You See Me », où la voix d'Angela Ganon s'étire a cappella. Pour l'instant, cette fille a essentiellement un rôle de faire-valoir de Romeo. Mais elle dispose d'une voix unique, à faire crouler l'industrie du disque. Prions qu'elle résiste à l'appel des billets verts… Car son groupe est fabuleux, magique. Les Magic Numbers, justement, sont anglais mais leurs influences dépassent largement les frontières de la Prude Albion. C'est l'Amérique profonde : les grandes étendues du Nord mais aussi la soul Motown de Detroit. Cependant, l'empreinte nationale des Numbers se reconnaît dans les mélodies sucrées, balancées au détour de trois accords. Pour preuve : l'entêtant refrain de « Love's A Game » recouvre les parois du dôme de la Rotonde et laisse retomber d'infimes gouttelettes de bonheur. Le concert se termine sur les notes de « Hymn For Her ». Quelques minutes d'obscurité, de bruits et d'éclats de rire poussent les Magic Numbers au rappel. Sa croix en bois pendue autour du coup, Sean Ganon s'assied aux abords de sa batterie. Clope au bec, il observe, songeur, ses fidèles, cette assemblée aseptisée – régulièrement un surveillant rigoriste de l'humble institution vient rappeler aux spectateurs qu'il est formellement interdit de s'asseoir et de fumer. Bientôt, il sera interdit de boire et d'applaudir… - Aux avant-postes, Romeo, Angela et Michele se lancent dans une reprise de… Beyoncé : « Crazy In Love ». Les poils se hérissent de plaisir. La cover enfonce irrésistiblement le clou. Une version simplifiée, à faire pâlir une colonie de Black Eyed Peas. Suit alors un hit en or massif, « Mornings Eleven ». Le public est aux anges. Romeo, en digne porte-parole des Magic Numbers, le clame haut et fort : ils se souviendront longtemps de ce passage en Belgique ! Pour l'occasion, ils entament « Close Your Eyes », morceau d'une naïveté confondante, écrite par Romeo pour les Chemical Brothers (ce titre se trouve sur le dernier « Push The Button »). Le final revient à « This is a new song. A wonderful one, especially for you » au cours duquel Romeo et Michele se livrent un duel fratricide. La basse contre la guitare. La sœur contre le frère. Une bagarre psychédélique tumultueuse à en sucer des barres de LSD. Voilà donc l'histoire d'une salle comble comblée par un concert d'une précision d'orfèvre. Un grand numéro !

mardi, 06 novembre 2018 17:39

Une fille pour quatre garçons...

Ce soir, le lieu de réception des Magic Numbers est restreint. C'est évident, la Rotonde ressemble à un petit chaudron, le charbon en moins, la boule à facettes en plus. N'empêche, l'endroit est bouillant. Le feu s'est déclaré dans les pages des magazines anglais, il y a quelques semaines. Depuis, il ne cesse de gagner du terrain. De fait, le public attend ardemment ces nouvelles figures de proue de la pop moderne. Mais il lui faudra encore patienter…

En guise d'apéro, un combo garage suédois : Shout Out Louds. Une fille pour quatre garçons, le combat est inégal. Mais l'audience se régale. Le quintette badigeonne sa musique en mode binaire. Une bonne dose de garage rock traverse ainsi une assemblée vouée au culte de Simon & Garfunkel. Dans la fosse, les décharges électriques mêlées de Moog reçoivent un bon accueil. Les Shout Out Louds ne jouent pas dans la même catégorie que les Magic Numbers mais s'imposent d'emblée comme une très bonne première partie. Ce n'est pas ça qui va calmer la micro masse compacte : tout le monde trépigne d'impatience à l'idée d'entrevoir la barbe de Romeo Stodart...

Il est 21 heures. L'intensité des projecteurs devient crépusculaire. Quatre ombres voltigent alors sur scène sous un tonnerre d'applaudissements. Lorsque la lumière s'épanche à nouveau sur la Rotonde, les Magic Numbers se tiennent derrière leurs instruments. A droite, Michele Stodart (la sœur de Romeo), les doigts crispés sur sa basse, regarde anxieusement Angela Ganon, postée à l'autre extrémité de la scène. Au fond, le frère d'Angela, Sean, s'installe paisiblement à la batterie. Romeo Stodart sourit béatement. Encore un peu, on lui accorderait volontiers un rôle dans le « Huitième Jour ». Mais lorsqu'ils commencent le set, les Magic Numbers nous proposent le rôle de leur vie. Leur musique est insupportablement belle, parfaite. Musicalement. Harmoniquement. Devant la scène, les gens se serrent et chantent à l'unisson les comptines power-flower des Anglais. Les hymnes du premier album s'égrènent comme autant de pépites tubesques : le premier single, « Forever Lost », le Mayfieldien « Don't Give Up The Fight » ou l'improbable « I See You, You See Me », où la voix d'Angela Ganon s'étire a cappella. Pour l'instant, cette fille a essentiellement un rôle de faire-valoir de Romeo. Mais elle dispose d'une voix unique, à faire crouler l'industrie du disque. Prions qu'elle résiste à l'appel des billets verts… Car son groupe est fabuleux, magique. Les Magic Numbers, justement, sont anglais mais leurs influences dépassent largement les frontières de la Prude Albion. C'est l'Amérique profonde : les grandes étendues du Nord mais aussi la soul Motown de Detroit. Cependant, l'empreinte nationale des Numbers se reconnaît dans les mélodies sucrées, balancées au détour de trois accords. Pour preuve : l'entêtant refrain de « Love's A Game » recouvre les parois du dôme de la Rotonde et laisse retomber d'infimes gouttelettes de bonheur. Le concert se termine sur les notes de « Hymn For Her ». Quelques minutes d'obscurité, de bruits et d'éclats de rire poussent les Magic Numbers au rappel. Sa croix en bois pendue autour du coup, Sean Ganon s'assied aux abords de sa batterie. Clope au bec, il observe, songeur, ses fidèles, cette assemblée aseptisée – régulièrement un surveillant rigoriste de l'humble institution vient rappeler aux spectateurs qu'il est formellement interdit de s'asseoir et de fumer. Bientôt, il sera interdit de boire et d'applaudir… - Aux avant-postes, Romeo, Angela et Michele se lancent dans une reprise de… Beyoncé : « Crazy In Love ». Les poils se hérissent de plaisir. La cover enfonce irrésistiblement le clou. Une version simplifiée, à faire pâlir une colonie de Black Eyed Peas. Suit alors un hit en or massif, « Mornings Eleven ». Le public est aux anges. Romeo, en digne porte-parole des Magic Numbers, le clame haut et fort : ils se souviendront longtemps de ce passage en Belgique ! Pour l'occasion, ils entament « Close Your Eyes », morceau d'une naïveté confondante, écrite par Romeo pour les Chemical Brothers (ce titre se trouve sur le dernier « Push The Button »). Le final revient à « This is a new song. A wonderful one, especially for you » au cours duquel Romeo et Michele se livrent un duel fratricide. La basse contre la guitare. La sœur contre le frère. Une bagarre psychédélique tumultueuse à en sucer des barres de LSD. Voilà donc l'histoire d'une salle comble comblée par un concert d'une précision d'orfèvre. Un grand numéro !

 

mardi, 06 novembre 2018 17:34

Des détonations venues d'Arctique...

C'est l'heure des comptes : la hype a rendez-vous avec ses gestionnaires. Parce que c'est une évidence : le phénomène Arctic Monkeys est en marche. Déjà, l'Angleterre a succombé aux rafales électriques de ses enfants. Partout, les concerts affichent complet. Et devant les salles anglo-saxonnes, les tickets s'échangent parfois pour près de 150 euros. Que penser de ces vérités : que le monde devient fou ? Que le rock va gagner son pari ? Que le Botanique se déplace sur une banquise ? Le public exige une réponse…

Grosse pagaille aux abords de la Rotonde. Des jeunes et des vieux sans âge gravitent autour de la petite salle. Personne ne sait exactement où donner de la tête. Dans une mansarde avoisinante, le « buzz » Maxïmo Park s'apprête à caracoler sur scène. Certains ont acquis le droit de passage pour les deux représentations. Les choses se dessinent : course, sueur et pogos en perspective.

Mais ce qui importe davantage aujourd'hui, c'est « The Next Big Thing » : Arctic Monkeys. Sur la foi d'un seul single paru chez nous, ces quatre gamins (19 ans de moyenne d'âge) de Sheffield s'acquittent d'une salle comble. Pourtant, l'histoire des Monkeys pourrait être celle de milliers de jeunes anglais bouffés par l'ennui et la lassitude dans le décor d'une prude Albion qui peine à imaginer son futur, ces lendemains « post-Blairien ».

Et le moins que l'on puisse écrire, c'est que ces jeunes singes de l'Arctique sont sortis des suburbs, qu'ils risquent de décoller vers des cimes inimaginables pour le commun des mortels. A ce rythme, on peut facilement les imaginer en tête des charts, loin devant les Franz Ferdinand, Bloc Party et autres Kaiser Chiefs. Ces gosses sont doués, bénis des Clash, des Libertines et des Blur. Anglais jusqu'au bout des doigts de pieds, nos nouveaux amis ressemblent aux voisins de palier de Mike Skinner (The Streets).

Sur scène, Alex Turner (chanteur/guitariste) ne s'en laisse pas compter et son « I bet you look good on the dance floor » (« Je parie que tu es bonne sur le dance floor ») atterrit dans la fosse en provoquant un raz-de-marée populaire abyssal et jouissif pour des teenagers fous de joie. Trois ans auparavant, ces enfants décidaient d'apprendre à jouer d'un instrument. Aujourd'hui, ils sont à l'aube d'une hype gigantesque, peut-être incontrôlable. Les chansons des Monkeys suffisent à balancer ces affirmations en pâture : un son énorme, des refrains belliqueux, une simplicité désarmante, des hymnes acérés seront, sans doute, les paramètres essentiels du rock de demain. En attendant, l'assistance de la Rotonde aura saisi sa chance, accueillant chaleureusement ces détonations venues d'Arctique. Et par la grâce du jargon, nous achèverons ce tour de piste par une voie de Dandy : « Welcome To The Monkeys House » !

 

Singer/songwriter découvert au milieu des années 90 par Peter Gabriel, Joseph Arthur était de passage dans la capitale pour un concert dominical. Depuis son premier album (« Big City Secrets » -1997), l'artiste vit en autarcie artistique, isolé dans un univers décoratif où la peinture et la musique dépeignent son univers : indépendant et introspectif. Un monde à part, à des circonvolutions lumières des pratiques traditionnelles de l'industrie musicale.

Vêtu d'un costume bleu ciel, un peu cheap mais plutôt classe, l'homme demeure seul sur scène, le regard caché par une frange capillaire rebelle. Dès les premiers accords, Joseph Arthur prend le spectateur par la main, guide son auditeur dans les tréfonds de son cerveau et l'invite à entrer en communion avec cette étrange expérience sensorielle. Nous sommes donc en sa compagnie pour Dieu sait quelle raison (« Our Shadows Will Remain », son dernier disque est sorti en 2004) mais cette visite semble ravir l'audience du bonhomme. Et puis, ce garçon possède une aura intrigante. Comme ses toiles, placées dans son dos, qui représentent des figures humaines déshumanisées dans un style déstructuré proche de celui de Miro. Joseph le musicien et Arthur le peintre sont donc les deux entités de l'homme qui nous fait face. L'entame du set laisse entrevoir la mélancolie de « She Paints Me Gold », avant de repasser du côté obscur de la pop par l'entremise de « Can't Exist » et de poursuivre au son de « Speed of Light ». En trois titres, Joseph Arthur revisite ses trois derniers enregistrements. Au fil des compositions, l'œuvre Arthurienne se dessine. Au sol, fusains, pinceaux, bombes de couleurs et autres peintures aident l'artiste dans son dessein artistique. Le concert prend une tournure globale, adopte les traits d'une œuvre complexe où Joseph Arthur est l'artiste, le point de liaison de formes artistiques éparses. La première partie du concert s'achève sur « In The Sun », belle et longue complainte dramatique logée sur « Come to Where I'm From » (2000).

Son retour sur scène marque l'avènement de son dernier album et teinte sa prestation d'une jovialité bienvenue. Derrière lui, la toile se complète au gré de ses envies, de ses extravagances, de ses chansons. Le concert s'étale, inégal mais prenant comme sur « There Is A Light That Never Goes Out », reprise improbable des Smiths. Les dernières enlevées de « Good About Me » diffusent dans l'air un parfum d'incompréhension. Et parfois, cependant, c'est bon de ne pas comprendre…

 

mardi, 06 novembre 2018 17:06

La saveur d'un bain populaire...

Salle comble. Plus une place de disponible pour ce concert attendu. Vérification faite, la hype draine donc bien les foules et met un sacré feu aux poudres. Les aiguilles ont dépassé la ligne des 21 heures et quatre asticots, musclés comme des crevettes belliqueuses, débarquent sur l'immense scène des Halles. Dans la fosse la tension a depuis longtemps franchi les limites calorifiques réglementaires. Bloc Party. Le nom est lancé. En moins d'un an, ces jeunes banlieusards londoniens sont parvenus à imposer au monde des tubes dantesques, une énergie positive et une imagerie foutrement sexy. En incontestable leader, Kele Okereke vient présenter son groupe. Une formalité pour la foule massée à ses pieds : voilà plus d'une demi-heure qu'elle scande inlassablement le légendaire patronyme.

« Like Eating Glass » ouvre les hostilités. Ici, personne ne réalise que le concert a réellement commencé. C'est la stupéfaction. Pour certains, cette vision scénique semble toucher au spirituel. En ce sens, Bloc Party est plus qu'une énième formation de rock'n'roll. Ces gosses ouvrent des portes aux enfants du rock, se posent en point de départ des goûts musicaux d'une nouvelle génération. Pour les plus vieux, c'est rassurant : tout les espoirs sont permis. L'explosion surgit lorsque le groupe laisse résonner l'énorme riff de « Banquet », troisième morceau d'un set puissant, sans fausse note. Kele racle les cordes de sa guitare, s'acharne corps et âme sur sa malheureuse Stratocaster. Dans son dos, Matt Tong alimente une rythmique furtive. D'une frappe sèche est assurée, le batteur impose le beat, les pulsions vitales de cet univers décharné. Pourtant la mélodie ne s'égare jamais des titres de Bloc Party. Au contraire, les quatre musiciens garantissent au public une incessante sinusoïde mélodieuse, un rigoureux slalom entre le timbre épileptique de Kele, les distorsions ténues de Russell Lissack (deuxième guitare), les coups de buttoir de Matt et la ligne de basse séculaire de Gordon Moakes. Gordon, tiens. Parlons-en de celui-là : Fidèle valet de Kele, il surgit toujours au moment opportun, offrant ses imparables refrains aux complaintes fulgurantes de son compère. Il s'exécute toujours en contrepoint mais apporte, lui aussi, une pierre élémentaire au Bloc. Les morceaux s'enchaînent avec fureur et violence : « Helicopter », « She's Hearing Voices », « Positive Tension », tous les titres du premier album y passent.

Vient alors le moment du rappel et du nouveau single « Two More Years », entonné à l'unisson par une cohorte de fans en pâmoison. Bloc Party maîtrise (désormais) son sujet et ne se prive pas de savourer son bain populaire. Le set des Anglais s'achève brusquement (peut-être trop) sur un ultime « Pioneers ». Acclamations méritées.

 

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