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Chroniques

Nick Cave

Dig, Lazarus, Dig ! ! !

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Visiblement inspiré par l’épisode « Grinderman », Nick Cave n’avait pas concocté d’album aussi intéressant que ce « Dig, Lazarus, Dig ! ! ! », depuis bien longtemps. Il faut bien dire qu’à partir de « The Boatman’s Call », les œuvres du bon Nick étaient devenues souvent dispensables et ennuyeuses. « Dig, Lazarus, Dig ! ! ! » est gorgé de longues plages narratives plongées dans un rock crépusculaire, rehaussé des fantastiques trouvailles sonores de Warren Ellis et des paroles toujours soignées de Nick Cave. Les chansons rappellent souvent les albums des années quatre-vingt des Bad Seeds : de la country hantée de « Your funeral, My trial » aux cauchemars industriels de « From Her to Eternity », en passant par la mélancolie de « Tender Prey » et le rock de « Henry’s Dream ». Tout n’est pas franchement réussi, comme en témoigne l’épuisant « We Call Upon the Author », mais quelques titres renouent avec le meilleur des Bad Seeds. On citera les magnifiques « Hold on to Yourself » et « Jesus of the Moon », l’hypnotique « Night Of the Lotus Eaters », le très pop « More News From Nowhere » (qui rappelle « Oh ! Deanna ») ou encore l’innovant « Midnight Man ». Une moitié d’album formidable, une autre plus dispensable, mais « Dig, Lazarus, Dig ! ! ! » témoigne d’une belle renaissance artistique.

 

Ben Westbeech

Welcome To The Best Years Of Your Life

Écrit par
Welcome to the best years of `Brit Hop'. Engendrée par des artistes tels que Jamie Lidell, The Streets voire Plan B et menée aujourd'hui par Jamie T et autres Juste Jacques, cette scène grandissante accueille un petit nouveau ayant tout d'un premier de classe. On se doutait que l'année 2007 serait une année exceptionnelle pour la musique mais là, on ne sait plus où donner de la tête ! Ben Westbeech débarque de son Bristol natal, emportant dans ses valises un premier ouvrage remarquable. A l'instar de son grand frère spirituel de Jamie Lidell, Ben marie des éléments pop, funk, soul et jazz comme un dieu.

Maître de l'espace urbain, le jeune homme sautille gaiement de toit en toit. Ne prenant même pas le temps de s'arrêter pour souffler, il exécute pirouette sur pirouette sans ne jamais se brûler les ailes. Le mecton tient la longueur sans s'essouffler, sans nous emmerder. Le génie du premier essai de Westbeech procède essentiellement de son art à pondre des morceaux variés. Aucun des quinze titres n'est comparable au suivant. En résulte des perles allant de pair avec la touche `repeat' (les géniaux « Gotta Keep On », « Stop What You're Doing », « In/Out »). Ben Westbeech n'hésite pas à embellir son ouvrage de quelques prodiges instrumentaux (« Bright Future », « Beauty », « Grey Skies ») et semble prendre son pied à se montrer audacieux. En témoignent la touche drum'n'bass de « Get Closer » mais également « Dance With Me » et « Pusherman », deux plages qui auraient pu être interprétés par un Justin Timberlake circa « Justified ». Il est bel et bien né le divin enfant.

KT Tunstall

Drastic fantastic

Écrit par

Il existe deux façons d'aborder le nouvel album de KT Tunstall. Ceux qui l'avaient découverte lors de la sortie de "Black Horse and the Cherry Tree" et l'avaient trouvée pétillante tout au long de cet alliage de fraîcheur folk et d’énergie rock seront déçus. Finis jean's/t-shirt, finies chansons sans prétention mais terriblement efficaces. Ceux, par contre, qui voyaient en elle une chanteuse charmante mais quelque peu ‘gentille’ se réjouiront de sa métamorphose. Elle est devenue star, le coton devient cuir, le folk rock devient pop, le concert devient show et ce nouvel opus semble bien prévu pour ça. 

Produit par Steve Osborne (U2, Happy Mondays), “Drastic fantastic” fournit sa kyrielle de chansons bien foutues à l'instar du morceau d’ouverture, « Little Favours » ou du premier single "Hold on". Mais si les chansons ont gagné en force, l’ensemble perd en émotion et précipite l’album dans le gouffre du facile, du formaté. Une constante malgré tout : les bottes, et des morceaux qui ne les oublient pas, tel que « Beauty of uncertainty » où la chanteuse écossaise joue de sa voix rauque sur des accents country. La voix est là, le talent aussi, même le succès. Mais le succès…

Incubus

Look Alive (Dvd)

Écrit par

Après « Alive At The Red Rocks », sorti en 2004, « Look Alive » constitue le deuxième Dvd ‘live’ d’Incubus. Enregistré lors de la dernière tournée accomplie par la formation californienne, « Look Alive » se concentre essentiellement sur les morceaux extraits de « A Crow Left Of the Murder » et « Light Grenades », ses deux derniers efforts studio. Les aficionados seront donc peut-être déçus de ne pas y retrouver les tubes de la bande à Brandon Boyd qui a préféré éviter la redite et se concentrer sur des titres absents du Dvd précédent. Au programme donc « Anna Molly », « Love Hurts » et autres « Megalomaniac ». Techniquement, « Look Alive » est presqu’impeccable. A cause de ses somptueuses images et du son quasi irréprochable. Par contre, côté contenu, le quintet s’est satisfait du minimum syndical. D’une durée totale de 2h, les morceaux ‘live’ sont entrecoupés de quelques images des coulisses de la tournée mondiale et rien d’autre. Aucun bonus. On fera donc comme eux : merci, au revoir.

Eddie Bo

In the Pocket with Eddie Bo

Écrit par

Probablement intrigués par la grande qualité de ses chansons, les acharnés des compilations de ‘rare funk’ y ont sûrement déjà croisé le nom d’Eddie Bo. Figure méconnue du funk de la Nouvelle Orléans, Eddie Bo a pourtant largement contribué à l’éclosion stylistique du genre. Le sort et les pratiques de plusieurs producteurs véreux ont jusqu’à ce jour, conjugué leurs efforts pour qu’Eddie Bo soit confiné dans un rôle d’auteur confidentiel. Le label espagnol Vampisoul tente de réparer cette injustice en proposant un éventail de ses 45 tours (NDR : et ils sont nombreux !), mais également des artistes qu’il a produit entre 1955 et l’aube des années 80.

Fortement influencé par Ray Charles à ses débuts, Eddie Bo ne se contentait pas d’inventer des grooves futuristes (écoutez « I Found a Little Girl » pour vous en convaincre), mais il composait aussi de superbes morceaux, portés par un style vocal original. De la pure ‘feel good music’, au groove implacable, qui peut mettre le feu à n’importe quel dancefloor. Quelques uns des 28 titres repris ici ont déjà été publiés sur les compilations « Saturday Night Fish Fry » et « New Orleans Funk », que le label Soul Jazz a consacré au funk de Crescent City. Les autres plages sont moins courantes mais tout aussi excellentes. On regrettera seulement le son quelquefois un peu limite, les bandes masters des chansons ayant été perdues (ainsi que les biens du pauvre Eddie) lors de l’ouragan Katrina. Un léger bémol qui ne doit pas empêcher les ‘funk heads’ de se ruer sur ces quelques pépites musicales.

 

Haytham Safia

Blossom

Écrit par

Palestinien installé en Hollande, Haytham Safia est jeune musicien de oud ; mais également un musicien de formation classique dont les oreilles demeurent grandes ouvertes. Il a bien entendu consacré une grosse partie de sa production à la musique orientale. Mais il a aussi formé un quartet de jazz et opéré un mélange entre la musique classique orientale et le blues au sein du projet No Blues. Ce ‘blossom’ a été enregistré d’une telle manière, qu’on aurait pu craindre le pire. Aucun des musiciens impliqués ne s’était rencontré et n’avait joué ensemble auparavant. Cependant, chacun est parvenu à apporter sa touche personnelle aux compositions de Haytham Safia. Loin d’être stérile et froid, le résultat dégage une chaleur et une cohésion étonnante, malgré le casting disparate qui a présidé à la conception du disque. Contrebassiste, batteur et saxophoniste issus de l’école du jazz, violoniste palestinien, clarinettiste classique, percussionniste africain et joueur de Qanun galiléen se sont donc réunis pour contribuer aux arrangements des compos classiques orientales de Haytham Safia. Une musique pas facile mais de goût, qui s’apprécie au fil des écoutes, contrairement à ce que la pochette ratée laisse augurer.

 



Soulsavers

It’s not how far you fall, it’s the way you land

Écrit par

Alléluia, mes frères et sœurs ! L’archange Mark Lanegan ne peut plus s’arrêter. Après Queens Of The Stone Age, Twilights Singers et Isobel Campbell, c’est au duo Soulsavers qu’il prête aimablement sa voix ténébreuse, qui n’est pas sans rappeler celle d’un certain Tom Waits. Une voix, qui colle par ailleurs parfaitement aux atmosphères de ce second essai. S’ouvrant sur le joli gospel de « Revival », « It’s not how far you fall, it’s the way you land » souffre cependant d’une légère inégalité. La faute aux deux producteurs (Ian Glover et Rick Machin).  Ils n’ont pas su exploiter tout le potentiel mis à la disposition de leur invité qui s’est vu offrir d’une part des petites merveilles telle que la reprise des Stones, « No Expectations », ainsi qu’une version retravaillée de « Kingdoms Of Rain », vieux morceau de Lanegan lui-même et, d’autre part, des titres plats et/ou superflus comme « Ghosts Of You & Me » ou le Massive Attack-esque « Jesus Of Nothing ». Le salut de nos âmes n’émanera donc pas de ce disque...

 

Various Artists

Gozalo ! Bugalu Tropical Vol.2

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Cette copieuse compilation de 28 titres agrège les travaux de plusieurs formations qui enregistraient pour le compte du label péruvien MAG. Des titres concoctés entre 1965 et 1969, époque au cours de laquelle le boogaloo déboulait de New York pour influencer la plupart des musiciens en Amérique du Sud. Les compos réunies ici évoquent le plus souvent le mambo et annoncent déjà la salsa pour le côté latin exacerbé et les impros jazz. Outre les ‘descargas’ plus classiques et convenues, cette compilation épingle quelques plages assez drôles et originales. L’utilisation des guitares dans un style très proche du rock’n’roll (écoutez « Arroz Con Coco », « Comentario en El Solar ») ou carrément psychédéliques (« Boogaloo del Perro ») confère à certains morceaux une atmosphère décalée qui ne dépareillerait pas dans un film de type Tarantino. D’autres plus ‘groovy’, comme le « Guajira Boogaloo » sont soutenus par une batterie lourde et des percussions irrésistibles. Le moment le plus étonnant et drôle de cet elpee revient à « Cobardia », un titre curieux qui semble avoir été chanté par Speedy Gonzales. Bref, un disque pas toujours passionnant, mais qui recèle quelques très bonnes plages quand même.