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Chroniques

The Fleshtones

Brooklyn Sound Solution

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Les Fleshtones comptent aujourd’hui plus de 35 années d'existence. Une formation newyorkaise légendaire qui semble s’être stabilisée sur son dernier label, Yeproc, depuis 2003. Une performance, quand on sait que lorsqu’ils ont quitté IRS, en 1985, ils ont changé une dizaine de fois d’écurie.

Pour enregistrer « Brooklyn Sound Solution », le combo a reçu le concours de Lennye Kaye, guitariste du backing group de Patti Smith, mais également responsable de la célèbre compile « Nuggets », consacrée à la scène garage issue des 60’s. Et comme The Fleshtones est l’archétype du groupe garage, sa collaboration coulait de source. D’ailleurs, il est de notoriété publique que The Fleshtones pratiquait du rock garage, avant même que ce style soit taxé de rock garage.

Découpé en 12 pistes, « Brooklyn Sound Solution » privilégie covers et instrumentaux. Trois compos personnelles : « Bite of my soul » ainsi que deux versions de « Solution ». Ou plus exactement deux exercices de style. L’un scandé, plus que chanté, signé Keith Streng. L’autre, par Zaremba. Plus allègre, cet instru met en exergue le talent de leur fidèle saxophoniste, Steve Greenfield. Sans quoi le tracklisting nous plonge dans un climat r&b digne des Animals, lorsqu’il ne nous rappelle pas carrément les Doors (ce clavier rogné, ‘manzarekien’). Hormis la cover frénétique du « Day tripper » des Beatles, les morceaux sont issus de la plume d’obscurs compositeurs issus des 60’s. Enfin, pour le mélomane lambda. Des noms ? Mel Tormé, Billy Boy Arnold, Ted Taylor, Sleep John Estes, etc. Trois titres quelque peu insolites à épingler : “Back beat #1”, caractérisé par son mini-solo de batterie, le saignant “You give me nothing to go on”, déchiré par les interventions de Zaremba, à l’harmonica ; et en final un titre issu de la plume de Lenny Kaye, « Lost on Xandu ». Encore un instrumental, mais épique, presque prog. Ce qui contraste avec le reste de l’elpee au son crade, malsain, comme s’il avait été immortalisé à l’issue d’une jam session. Alors, après 35 ans d’existence, le meilleur groupe sur scène au monde, aurait-il retrouvé son second souffle ? Possible, puisque le rock garage est à nouveau dans l’air du temps…

 

Figurines

Figurines

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Figurines est une formation danoise dont la notoriété n’a pas encore dépassé les frontières de son pays. Pourtant, elle est loin de réunir de simples figurants sur la scène indie européenne, puisqu’elle compte déjà 10 ans de carrière. Leur premier Ep, « The Detour », remonte d’ailleurs à 2001 ! Le Danemark est devenu un véritable repaire d’artistes créatifs, puisqu’il a notamment enfanté Slaraffenland, The Kissaway Trail et surtout Efterklang. Des artistes qui partagent, malgré des styles différents, un même goût pour la richesse des arrangements et les mélodies **** étoiles.

A ses débuts, la musique de Figurines était essentiellement inspirée par la scène indie étasunienne des 90’s. Et en particulier par Pavement, Modest Mouse et Built to Spill. Aujourd’hui, elle lorgne davantage vers le psyché/rock de MGMT, tout en adoptant une forme eighties dans ses arrangements (les hymniques « New Colors » et « Free Today »). Des arrangements qui peuvent même se révéler luxuriants, presque symphoniques, impliquant envolées de cordes, harmonies et claviers en tout genre. A l’instar de « Free Today », une petite pépite très radiophonique. Autre perle, « Every Week », une plage caractérisée par son refrain euphorisant. Mais si le groupe déborde d’idées, il ne parvient pas toujours à les canaliser. Ce qui explique pourquoi, l’opus manque d’homogénéité. « Hanging from Above » et « Poughkeepsie » en sont certainement les plus belles illustrations. Selon leurs fans, le groupe a perdu en spontanéité, ce qu’il a gagné en épaisseur. Risquant ainsi de perdre le mélomane en cours de route. Et en particulier sur leur quatrième elpee. Un album éponyme. Enfin, dernière précision, Christian Hjelm, le chanteur, possède une voix qui campe un hybride entre celle de Gaz Combes (Supergrass) et de Kevin Barnes (Of Montreal).

 

The Drums

The Drums

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Les Américains de The Drums sont tombés dans un piège auquel succombe, me semble-t-il, de plus en plus de formations : penser qu’il suffit de se retourner vers la musique du passé pour se construire un présent et un futur rayonnant. Mais le passé est fait pour rester où il est ! Cet album, éponyme du groupe, est à peu près aussi passionnant pour un amateur de musique qu’un discours de témoin de Jéhovah pour un athée. Mettons-nous dans la peau de ce dernier : ces chansons viennent frapper à votre porte, prendre du temps que vous auriez aimé accorder à quelque occupation plus intéressante et vous faire miroiter de belles promesses. Mais vous vous rendez vite compte qu’elles ne sont qu’illusoires. Tout commence à merveille et puis, plus vous avancez dans l’échange, plus vous êtes convaincus que votre interlocuteur a lui-même du mal à y croire. Il exerce juste un passe-temps. Il a besoin d’aller à la rencontre des gens, mais l’inverse n’est pas forcément vrai. Ou alors seulement pour une minorité. Mais l’athée lui s’ennuie profondément, écoute l’individu par politesse, tolérance et souci de culture générale ; mais il finit tout de même par claquer gentiment la porte.

 

Tommy Castro

Presents the Legendary Rhythm & Blues Revue

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De nombreuses croisières sont organisées dans les mers chaudes et bleues de l'Atlantique, pour y inviter des bluesmen souvent notoires, dans le cadre des célèbres "Legendary Rhythm & Blues Cruises". Tommy Castro et son band au grand complet ont embarqué en octobre 2010. Et ce sont leurs prestations enregistrées à bord qui constituent l'épine dorsale de cet album (quatre plages). Le tracklisting est complété par d'autres sessions issues de 2010 et opérées dans les mêmes conditions (Michael Burks, Joe Louis Walker, Rick Estrin, Trampled Under Foot, Janiva Magness, Theodis Ealey et Debbie Davies) ainsi que de Castro, toujours lors d’une croisière, immortalisées en février 2011. Et la production a été assurée par Castro et Bruce Iglauer, le patron d'Alligator!

Tommy Castro et son groupe ouvrent les hostilités par "Wake up call", un R&B qui invite les passagers à rejoindre la piste de danse. Percutante, la voix est parfaitement adaptée à ce type de répertoire. Tommy se libère très vite sur ses cordes avant de céder le relais successivement au saxophone de Keith Crossan, à la trompette de Tom Poole et au piano de Tony Stead. Et chaque soliste participe à la fête. "Gotta serve somebody" persévère dans un même style. Insatiable, Castro est impressionnant sur les cordes. Changement de tempo pour "Voodoo spell", une compo bouleversante signée et interprétée par Michael Burks. Le géant d'ébène y injecte toute sa sensibilité à la six cordes. Joe Louis Walker adopte un profil funky sur "It's a shame". Sister Monica Parker chante son "Never say never", un blues lent, chargé de feeling, pour lequel elle est soutenue par le Tommy Castro Band. Rich Estrin, c’est le chanteur harmoniciste des Nightcats. Le leader aussi. Il a emmené son gratteur Chris ‘Kid’ Andersen, dans ses bagages. Ils sont responsables du funkysant "My next ex-wife". 

En deuxième partie, la part belle est faite aux artistes féminines. Et elles ne manquent pas de talent. Tout d'abord, un trio familial qui répond au patronyme de Trampled Under Foot (TUF). Danielle Schnebelen chante autoritairement, mais avec classe "Fog" devant ses frères, Nick aux cordes et Chris aux baguettes. La féline Janiva Magness se réserve le micro pour "Think", une compo écrite par Lowman Pauling en 1957 pour ses 5 Royales, mais reprise ensuite, notamment par James Brown et Taj Mahal. Enfin, Miss Debbie Davies, libère toute sa passion sur sa guitare, lors d’un superbe blues intitulé "All I found". Tommy Castro se réserve encore deux titres exécutés lors de lors de la Back Oak Cruise", en février dernier, "Painkiller" (plage éponyme de son album, paru en 2007), sans aucun doute le sommet de cet opus, et le long "Serves me right to suffer" de Percy Mayfield, une piste amorcée en blues lent, avant de glisser vers le boogie participatif. Une excellente revue! 

 

Marcia Ball

Roadside attractions

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Originaire d’Orange, dans le Texas, à deux pas de la frontière louisianaise, Marcia Ball est une artiste majeure, dans l’univers du blues. Cette chanteuse/pianiste a toujours puisé son inspiration dans le patrimoine musical du Texas et de la Louisiane. Et plus particulièrement le blues texan, le piano ‘neworleanesque’ et le swamp rock louisianais. Elle compte une douzaine d'albums à son actif. En 2011, elle a décroché deux Living Blues Awards, comme meilleure pianiste et meilleure artiste féminine.

« Roadside attractions » constitue son nouvel opus. Très autobiographiques, les lyrics racontent les expériences vécues au cours de son existence. Il est partagé entre deux sessions distinctes. L'une prise dans un studio de Nashville, l'autre, à Austin, au Texas. Mais les deux séries de six plages ont été habilement mélangées, sur le cd.

"That's how it goes" ouvre la plaque. Un démarrage opéré à Nashville dans un climat boogie rock. Marcia chante tout en martyrisant ses touches d'ivoire. Le talentueux Reese Wynans se réserve l’orgue Hammond. Préposé au bottleneck, le talentueux Colin Linden introduit le nerveux "Roadside attractions". Nous sommes alors en Louisiane. Marcia chante passionnément "Between here and kingdom come", une ballade au style très caractéristique, chez l’artiste. Le fil mélodique est soutenu par la mandoline de Linden. Le saxophone débridé de Jim Hoke nous transporte dans la funky city de la Nouvelle Orléans, sur "Believing in love".

Les plages immortalisées à Austin ont été réalisées en compagnie de ses musiciens de tournée. Parmi lesquels figurent le remarquable gratteur Mighty Mike Schermer et son bassiste, fidèle depuis près de trente ans, Don Bennett. "We fell hard" trempe dans le pur New Orleans jump. Les rythmes sont syncopés. Les accords de piano souples. Et le tout fait face à un front de cuivres. Autre boogie, bien entendu, "Sugar boogie" est largement teinté de swing et de jazz. Merveilleux slow blues, "Mule headed man" est un tremplin idéal pour les sorties remarquées de Schermer et Ball. Sculpté dans le pur rock’n’roll, "The party's still going on" déménage, une plage illuminée par le sax hurleur de Thad Scott. Excellent !

 

Zita Swoon

Dancing With The Sound Hobbylist (BO)

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Zita Swoon Group est une suite (il)logique à Zita Swoon tout court. Band éclectique par excellence, le combo flamand, naît en 1990, à Anvers, fondé par Stef Kamil Carlens (chanteur, auteur) et Aarich Jespers (batterie).

A cette époque, Carlens vient de quitter dEUS pour donner vie à ses propres idées.

Patchwork musical, mélangeant rock, pop, blues, disco et influences afro-cubaines, Zita Swoon publie deux albums plutôt blues avant de s’ouvrir au public en apportant une coloration plus disco/électro à ses réalisations, dès 2001. En 2005, Axelle Red leur donne même un petit coup de pouce sous la forme d’un duo afin de leur ouvrir un public plus large encore.

« Big City », dernier véritable album studio de Zita Swoon, confirme son empreinte d'authenticité acoustique tout en élargissant son univers musical : ska, soul, reggae, funk et chanson française sont à la fête de ce nouvel opus.

Parallèlement aux enregistrements, Zita Swoon se lance également dans la conception d’‘albums projets’ dès 1997. Après avoir concocté la bande sonore de « Sunrise » (1997) et « Plage Tattoo / Circumstances » (2000), Zita Swoon devenu Zita Swoon Group pour l’occasion, dévoile son ultime projet, « Dancing With The Hobbylist ».

L’enregistrement de cette bande-son est issu d'une collaboration du groupe avec le danseur Simon Mayer et la chorégraphe Anne Teresa Dekeersmaeker de la compagnie Rosas. Une association qui, à première écoute, a débouché sur un elpee sans queue ni tête… Il est vrai que se farcir 10 instrumentaux tous plus inaudibles les uns que les autres est une épreuve que l’on ne souhaite pas à son meilleur ennemi !

Mais la critique musicale d’un album concept, BO d’un spectacle de danse moderne, privé de son support visuel, ne vaut rien ou pas grand-chose, s’il est écouté ‘bêtement’ sans référence au spectacle qu’il complète.

Totalement indigeste, cette suite d’instrumentaux ressemble plus à une série d’improvisations que de morceaux savamment construits. Elle plonge même l’auditeur dans un état proche de la dépression comateuse…

 

Radiohead

The King of Limbs

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Après trois longues années de silence radio, le quintet d’Oxford opère son come-back en grande pompe. Il vient en effet de publier un nouvel opus intitulé « The Kings Of Limbs » (NDR : pour ceux qui s’intéressent à ce genre de détails, le titre se réfère à un chêne centenaire sis à proximité de leur studio d’enregistrement). Alors, digne successeur d’« In Rainbows » ou flop ultime ?

A la première écoute, on s’imagine aisément que Tom Yorke est tombé dans une marmite de barbiturique en tout genre durant l’enregistrement. Tel un aphex twin des grands jours, un flot de paroles envahit frénétiquement nos pauvres tympans sur des mélodies chauffées au LSD première qualité. Pourtant, « The King of Limbs » est avant tout expérimental. Nous sommes donc très loin des elpees précédents plutôt axés sur les envies suicidaires d’un gosse de riche schizophréno-paranoïaque. Non ici, on bascule dans les délires psychotropes d’un junkie au bord de l’overdose et ce, pour notre plus grand plaisir. Car en plus d’être en radicale opposition avec ses prédécesseurs, cette nouvelle galette ouvre une brèche pour un groupe qui, après 7 albums plus ou moins identiques, commençaient petit à petit à s’essouffler.

Jamais la personnalité torturée de Tom Yorke n’avait pu aussi s’exprimer que dans cette œuvre. On y retrouve toutes ses influences majeures (de Battles à Squarepusher en passant par Autechre et Modeselektor) ; mais surtout, c’est la présence d’un terrain totalement dédié à ses complaintes hallucinées qui permet à l’auditeur de s’évader à milles lieues et laisser libre cours à ses convulsions frénétiques d’épileptique latent.

Cet opus risque malgré tout de déplaire à une majeure partie des fans de la première heure, vu son caractère novateur et insolite.

Bien qu’en décalage total avec le reste de la discographie, « The King Of Limbs » demeure un excellent long playing plutôt axé sur Thom Yorke, une sorte de second opus solo infiltré pernicieusement dans la discographie de Radiohead.

 

Fleet Foxes

Helplessness Blues

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Le nouvel album de Fleet Foxes est arrivé. Intitulé « Helplessness Blues » et réunissant douze titres, ce second opus du groupe de Seattle est… d’un ennui mortel ! Rien (non rien, de rien) tout au long des douze morceaux ne vient éveiller la moindre passion, la moindre sensation. Au bout de trois ou quatre écoutes, on finit bien par éprouver un léger picotement dans la zone du cerveau qui abrite le plaisir, provoqué par l’introduction de « The Plains/Bitter Dancer ». Mais c’est vraiment faute de mieux. La voix de Robin Pecknold devient, au bout d’un certain moment, quelque peu énervante. Mais les chansons de cet album sont un anesthésiant d’émotions tellement puissant que même cet énervement n’est que furtif.

Cependant, j’ai tout de même gardé en réserve une bonne note : le morceau musical « The Cascades ». Il n’a réellement aucun trait commun aux onze autres pistes. Il est simple, il est beau, il provoque cette jouissance tant recherchée à l’écoute de ces innombrables artistes. Et le chanteur se tait. C’est peut-être aussi l’explication de ce ‘mieux’. Mais loin de moi l’idée de le porter au statut d’incontournable ou d’inimitable. Finalement, dans « Helplessness Blues », même le bon est marqué par l’insuffisance.

 

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