Les rituels étranges de This Is The Kit

This Is The Kit sortira son septième opus studio, « Ghost Coat », ce 15 janvier 2027. En attendant, il a partagé le single et « Skim a Stone ». Enregistré au cœur des Rockfield Studios dans la vallée de la Wye, au sud-est du Pays de Galles, ce disque place…

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Twin Temple, amants maudits ?

Établis à Los Angeles, Alexandra et Zachary James, mariés à la ville, publieront leur troisième elpee, « Doomed Lovers », le 23 octobre sur leur propre label, Pentagrammaton Records, distribué à travers le monde par Secretly Distribution. L'annonce survient…

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L7
The Cure
Chroniques

Léo (88man)

Speaking Parts From The Blazing Rows

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En argot, le mot ‘88man’ signifie ‘pianiste’. Précision, c’est dans le milieu du jazz américain. En fait, il renvoie aux 88 touches en ivoire du clavier. On ne voit cependant pas trop pourquoi ce trio issu du Nord-Pas-de-Calais a choisi ce patronyme. En 2007, leur précédent opus, « Million Silly Answers », avait reçu des échos favorables au sein de la presse hexagonale. Les Inrockuptibles l’avait même considéré comme un des meilleurs albums de l’année.

« Speaking Parts From The Blazing Rows » est scindé en deux volets, à l’instar d’un vinyle. La première partie propose cinq morceaux plus acoustiques, caractérisés par la délicatesse et la subtilité des arrangements de cordes. Des compos folk rock qui baignent au sein d’un univers sonore réminiscent de Bill Callahan (Smog) voire de Lambchop, et qui fleure bon les plaines américaines.

Plus électrique, la seconde partie lorgne plutôt vers Giant Sand. Des morceaux chaleureux, intemporels autant que savoureux.

Pour enregistrer leur troisième elpee, Leo (88man) a reçu le concours d’une belle liste d’invités, parmi lesquels on épinglera le batteur Peter Marolleau (NDR : issu du groupe nantais Fordamage), la chanteuse Chiara Locardi (de l’Enfance Rouge), Laetitia Sheriff, Tall Paul Grundy ou encore Philip Tessier. Que du beau monde !

En constante évolution, la formation française se pose en sérieux concurrent pour ses propres références. En outre, elle mériterait de récolter le fruit d’un travail de longue haleine et acharné.

Leo(88man) assurera la première partie de Junip (nouveau projet de José Gonzalez) le 1er octobre, au Grand Mix de Tourcoing.

 

Foghat

Last train home

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A l’instar de nombreux amateurs de blues, j’ai accroché à cette musique à l’écoute des artistes britanniques qui ont écrit de très belles pages de son histoire, il y a déjà plus de quarante ans. Je me souviens toujours d’un épisode vécu au tout début des années 70, au cours duquel après avoir poussé les portes d'une petite salle de concerts, en l’occurrence l'ICA (NDR : c’était sur le Mall, l'artère qui relie Trafalgar Square à Buckingham Palace, au cœur de Londres), j’ai recensé la présence d’une dizaine de spectateurs seulement pour applaudir ce qui était pratiquement le premier concert d'un nouveau groupe : Foghat. Trois des quatre musiciens de la dernière version du Savoy Brown (le leader Kim Simmonds ayant revu totalement sa formule) avaient été rejoints par Rod Price, guitariste issu des Black Cat Bones, groupe guère notoire issu du British Blues Boom, alors à bout de souffle. Ce remarquable concert est resté gravé dans ma mémoire. A cause du talent manifesté par le chanteur/guitariste Lonesome Dave Peverett et puis de Rod Price, une révélation à la slide! Le blues largement teinté de rock et de boogie de Foghat sonnait assez hard, à cause de son amplification. Et il allait rencontrer un très gros succès outre-Atlantique. Le combo a alors commencé à aligner album sur album. A tel point que mon intérêt pour cette formation s’est tempéré au fil du temps. Le band a vécu de nombreuses épreuves douloureuses. Atteint d’un cancer, Dave Peverett est disparu le 7 février 2000. Rod Price avait entretemps quitté le navire. Il avait été remplacé par son ami Bryan Bassett. Rod devait malheureusement perdre la vie, lors d’un accident domestique, le 22 mars 2005. Et pourtant, Foghat continue son parcours sous la direction de son batteur d'origine, Roger Earl ; car le bassiste Tone Stevens, a depuis mis également la clef sous le paillasson. Il a fondé Slowride, en s’inspirant du titre d’un hit de Foghat.

La formation nous propose aujourd’hui un elpee réunissant des canons du blues qui figuraient au répertoire de leurs débuts et même de Savoy Brown. Notez qu'elle avait déjà fait le coup en 1994, en publiant "The return of the boogie men", en compagnie du line up originel. Pour prendre ce dernier train, Roger Earl a reçu le concours du bassiste Jeff Howell (il a milité, autrefois, au sein des Outlaws et de Savoy Brown), ainsi que de Bryan Bassett (NDR : un ex-Molly Hatchett) et Charlie Huhn aux guitares. Charlie en est aussi le chanteur.

Dès les premiers accords de "Born for the road", ça cogne sec. Un hard rockin' blues tout en puissance signé Bassett. Charlie chante à la manière du regretté Lonesome Dave. Les guitares écrasent tout sur leur passage ; et pourtant en fin de plage, le climat s'adoucit quelques peu. En l’occurrence lors de l’intervention au piano de Colin Earl. Invité pour la circonstance, cet ex-Mungo Jerry et King Earl Boogie Band est également le frère de Roger. Foghat reprend alors "Needle & spoon", l'un des meilleurs titres de Savoy Brown que chantait remarquablement Chris Youlden. Cette cover est de très bonne facture. Affolante, la guitare s'inspire du jeu de Kim Simmonds. Foghat attaque le "So many roads" du répertoire d'Otis Rush. Slow blues par excellence, ce titre était particulièrement populaire lors du british blues boom. Une bonne version au cours de laquelle le gratteur de service pète la forme et Earl, préposé au piano, est bien présent. Et ne boudons pas notre plaisir, le résultat est excellent ! Tout comme le titre maître. Du Foghat pur et dur, au cours duquel Bassett se montre très généreux sur sa slide. Il garde le bottleneck au doigt pour aborder le canon d'Elmore James, "Shake your moneymaker". Une reprise très généreuse, semblable à celle du Fleetwood Mac de Jeremy Spencer et Peter Green. Notons également la présence d’un autre invité : Lefty ‘Sugar lips’ Lefkowitz. Drummer de Carolyn Wonderland, il est venu souffler dans son harmo. Superbe blues lent, "It hurts me too" est issu du répertoire de Mr James. Le "Feel so bad" de Chuck Willis figure dans le leur depuis fort longtemps. Ce qui explique la présence de ce morceau sur cet elpee. Une plage caractérisée par une chouette joute entre les deux sixcordistes. "Louisiana blues" est un classique issu de la plume de Muddy Waters. Leur version lorgne vers le Savoy Brown de la fin des sixties. Furieux, "495 boogie" est un boogie qui met en exergue les invités, Colin Earl et Lefty Lefkowitz. Un medley entre le traditionnel "Rollin' & tumblin" et le "You need love" de Willie Dixon est mijoté à la sauce Foghat. La surprise a été réservée en fin d'album. Débarque alors en studio le vieux bluesman de Detroit, Eddie Kirkland. Cet ancien compagnon de John Lee Hooker est aujourd’hui âgé de 86 ans. Eddie chante et joue de la guitare sur deux de ses compositions : "In my drreams" et "Good good day". Le changement de décor sonore est radical. Le rockin' blues a cédé le relais à du blues tout à fait conventionnel et plutôt sérieux. Perso, j'aime beaucoup ce disque…

Kim Wilson

Smokin' joint Volume Two

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Le premier opus live solo de Kim Wilson s’intitulait "Smokin' joint". Publié en 2001, sa pochette était illustrée par une paire de chaussures fumantes. L’album réunissait des enregistrements live opérés en deux endroits différents. Tout d’abord, au Rhythm Room (NDR : c’est à Phoenix, en Arizona), cher à Bob Corritone. Puis au Café Boogaloo d’Hermosa Beach, à deux pas de Los Angeles. Ce nouvel elpee n’a été publié qu’en tirage limité. Il a été baptisé "Smokin' joint Volume 2". Et pour cause, il immortalise la suite des sessions ‘live’ accordée au Rhythm Room. Au cours desquelles avaient participé quelques fabuleux musiciens, dont Larry Taylor, Richard Innes, Rusty Zinn et Billy Flynn.

La même paire de chaussures fumantes est reproduite sur la pochette. Kim Wilson se sent chez lui à Phoenix. Il est relax et manifeste une belle assurance. Il s’avance vers le micro et balance au public, un ‘How do you feel tonight ?’ La guitare de Rusty Zinn embraye aussitôt pour attaquer "Same old blues". Ce Blues avec un grand ‘B’, l’équipe va le célébrer pendant une bonne heure. En y manifestant de la bonne humeur tout en y répandant d’excellentes vibrations. Au cours de cette compo, la contrebasse acoustique de Larry Taylor se distingue. Kim sort de sa cartouchière un harmonica et démarre sans attendre, une assez longue introduction à "Take a little walk with me". Le tempo est paresseux. La ligne mélodique ressemble étrangement au célèbre "Sweet home Chicago". Le rythme s'accélère sensiblement lors du "Hands outa my pocket" de Sonny Boy Williamson. Un schéma que n'aurait pas renié Mr Jimmy Reed. Kim est en très grande forme. Il souffle généreusement dans son harmo et étale toute l’amplitude de son registre, face au groove dispensé par le maître percussionniste Dick Innes, le vétéran du Hollywood Fats Band. La progression rythmique s'intensifie encore. Et en particulier sur "I'm leavin' you". J’ignore si c’est Rusty ou Billy qui est responsable de la sortie de cordes, mais elle est remarquable. Un crescendo qui conjugue intensité et finesse. Changement de climat lors du "Learn to treat me right" des Fabulous Thunderbirds. A cause des sonorités trempées dans le delta du Mississippi, des accents métalliques de la guitare et des interventions à l’harmo, subtiles, brèves, mais tellement efficaces. Le Kim Wilson Blues Review met le cap sur la cité des vents (NDR : oui, oui, Chicago). A la slide, Billy Flynn jouit d’une expérience certaine. Il concède un riff cher à Elmore James avant de s'embarquer dans "Blue eyed baby". Ses interventions constituent autant de coups de griffes. Kim souffle à la manière de Sonny Boy Williamson II. Nonobstant leur prestige, les collaborateurs manifestent une cohésion stupéfiante. Ce qui n’empêche pas les solistes de prendre leur billet de sortie, à tour de rôle. Et pour cause, ils sont conscients de la capacité des autres musicos, à assurer les arrières. A l’instar de "Date bait", dont l’envol au cordes rejoint la cinquième étoile. Slow blues royal, "Please come back to me" est empreint d’une grande sensibilité. Chicago shuffle, "Born (eyesight to the) blind" est absolument superbe. Sans surprise, Kim se révèle, derechef, disciple de Sonny Boy. Excellent texas blues, "Please don't leave me" trahit un aspect T-Birds indéniable. Kim s’y sent comme un poisson dans l'eau! Bourré de swing, "I'm going home" nous embarque dans un West Coast jump, un aventure au cours de laquelle Rusty jouit de toute liberté pour mettre en exergue son propre style. Le Please don't leave" de Fats Domino nous replonge dans l’ambiance louisianaise. Un style tellement apprécié par Kim. Au cours du "Gumbo blues" de Smiley Lewis, Mr Zinn se déchaîne sur ses cordes. Que du bonheur! Les musiciens sont rappelés pour s’engager lors d’un medley final de plus de 10', au cours duquel, ils vont mêler "I hear you knockin" et "Bring it on home". Un conseil ? Précipitez vous sur le site de Bluebeat Music!   

Various Artists

Horse Meat Disco Volume 2

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Responsable l’an dernier, d’une excellente première compilation consacrée aux soirées mythiques discoïdes londoniennes, le label teuton Strut n’a pas trop attendu pour lui donner une suite. Véritables messes disco, ces soirées sévissent principalement à Londres, mais aussi Berlin, Istanbul et même lors de festivals réunissent gays et hétéros sur le même dancefloor. Un seul but : les faire danser sur des titres underground ou encore italos. En tout cas, une chose est sûre, lorsque Strut se charge du festin, la viande chevaline n’a jamais aussi bon goût. Son troupeau est riche. Et ces compiles permettent de faire, en quelque sorte, le tour du propriétaire.

Le second volume de « Horse Meat Disco » (NDR : dont l’emblème est représenté par un cheval) est une galette jubilatoire mixée par les résidents de ces soirées folles. Des résidents prêts à nous faire tressaillir (NDR : qui a dit hennir ?) sur une sélection de tracks qui devraient également plaire aux amateurs de disco underground newyorkais. Du groove diablement efficace de Cyclades (« Fire To Desire ») à la fièvre entretenue par les bongos de Bravo ! (« Touch Me Down »), les sabots transpirent et les crinières se secouent dans le rythme ! Ici le beat est roi et la basse reine. Et leur rencontre produit de douces saveurs exotiques. « Horse Meat Disco » c’est de la pure viande bien tendre comme on aime en avoir dans son assiette ! Un mix indispensable !

 

Various Artists

Greenberg Original Soundtrack

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On ose à peine entendre murmurer la fin de l’aventure LCD Soundsystem. Et pourtant, sa tête pensante, James Murphy, l’a décrétée. Pas d’inquiétude, cependant, en ce qui concerne son destin. En atteignant le sommet de son art, lors de la confection de « This Is Happening », il a prouvé qu’il n’avait besoin de personne pour planer plus haut que tout le monde. On se demandait quand même pourquoi le plus Newyorkais des Newyorkais avait débarqué sur la côte Ouest pour pondre sa troisième galette post 11 septembre. En fait, il a été invité à concocter la bande originale du film « Greenberg » (NDR : fraîchement réalisé par Noah Baumbach, le coscénariste de « La Vie Aquatique », entre autres). Aussi, afin de s’immerger totalement au sein du climat de ce tournage, Murphy a donc simplement décidé de migrer à Los Angeles.

On ne s’attardera pas trop sur le long métrage, dont la critique n’est pas vraiment favorable. Par contre, la bande-son est d’une toute autre trempe. Mr Murphy a donc rangé au placard, LCD Soundsystem, le temps des 18 titres. Et sur cet elpee, il n’y fait même pas allusion. Même sur le seul morceau signé par son LCD, « Oh You (Christmas Blues) », qui aurait pu naître de l’imagination d’un John Lennon défoncé au LSD. Pour la première fois, James Murphy se frotte au folk. Et émerveille par sa voix tendre et fragile. En s’accompagnant le plus souvent d’une gratte acoustique ou d’un piano ; sans oublier d’y injecter quelques beats lancinants, le Newyorkais nous invite au rêve. Celui d’un voyageur qui profite du soleil californien. Mais James ne se contente pas de courtiser le folk. Il s’illustre également dans l’univers du rock et du flamenco, à l’instar du surprenant « Gente ». Pour enregistrer cet opus, il a reçu la collaboration de quelques invités. Parmi lesquels on retrouve Al Doyle (Hot Chip) et Pat Mahoney. Le tracklisting épingle également quelques covers, dont les excellents « Jet Airliner » de Steve Miller Band, « It Never Rains In Southern California » d’Albert Hammond et « The Chauffeur » de Duran Duran (NDR : une véritable tuerie !) Et le long playing de s’achever par le bouleversant « Photographs (Piano) ». James Murphy aurait-il l’intention de se reconvertir dans le folk ? Vu son talent, ce n’est pas improbable. Mais la surprise sera alors totale !

Pinetop Perkins & Willie ‘Big Eyes’ Smith

Joined at the Hip

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Les bluesmen de la première génération sont presque tous disparus. Et pourtant il en reste un qui passe avec un réel bonheur, à travers les âges et générations : Joseph William Perkins. Il est né le 7 juillet 1913 à Belzoni, dans le Mississippi. Il a donc 97 balais et reste fidèle au poste, derrière les 88 touches en ivoire de son instrument. Ce grand spécialiste du blues et du boogie woogie s'était fait largement connaître en succédant, dès 1969, à Otis Spann, au poste de pianiste du Muddy Waters Band. Il est largement sexagénaire lorsqu'il publie son premier album solo. En fréquentant Muddy Waters, il rencontre le drummer Willie ‘Big Eyes’ Smith, en compagnie duquel il fondera plus tard le Legendary Blues Band. Depuis 2004, il vit à Austin, au Texas. Perkins avait déjà sorti sur Telarc, "Pinetop Perkins and friends" en 2008. Un œuvre pour laquelle il avait reçu la collaboration de BB King, Eric Clapton et Jimmie Vaughan.

Le Perkins nouveau implique son ami Big Eyes Smith, au chant et à l’harmonica, son fiston Kenny Smith aux drums, Bob Stroger à la basse, John Primer (un autre ancien membre du Muddy Waters Band) ainsi que le jeune et prometteur Little Frank Krakowski, aux guitares.

La mise en route est parfaite. Un solide Chicago shuffle intitulé "Grown up to be a boy". Une plage introduite par l'harmonica de Smith. Maître Perkins est bien fidèle au piano. Il est le premier à se réserver un billet de sortie. La guitare de Little Frank ouvre le "Cut that out" de John Lee Sonny Boy Williamson 1. Le tempo est assez vif. Le vieux Pinetop répond au chant de Big Eyes, tandis que les accords de gratte adoptent un profil jazz plutôt remarquable. Le vieil artiste semble s'amuser comme un gamin derrière ses ivoires. Et dire qu’il fait partie de ces pionniers originaires du Mississippi, qui sont montés dans le Nord pour gagner leur croûte. Atterrissant à Chicago, après avoir transité par Memphis et St Louis. Les musicos nous invitent à prendre un bain de Chicago Southside, en exécutant "Take your eyes off my woman". Proches ici de "Got my mojo working" et d’"I can't be satisfied", ils nous rappellent les meilleurs jours du Muddy Waters Band. Et la suite rencontre un même ravissement. A l’instar de "Walkin' down the highway", un blues lent au cours duquel Pinetop réincarne Otis Spann, Willie Smith enfile le costume de Little Walter alors que l'ami John Primer a ramené ses cordes. Smith est un excellent musicien. Et le démontre en soufflant comme Sonny Boy Williamson, lorsqu’il introduit "Gamblin' blues". Encore une plage de toute bonne facture. Nouveau blues lent, "Take my hand, Precious love" est dépouillé à l'extrême. Un remarquable dialogue s’instaure entre le piano et l'harmonica, pendant que le vieil homme se charge du chant, en personne. Toute l’équipe semble heureuse de partager ces instants privilégiés en studio. Un sentiment illustré sur "You'd better slow down", une compo au cours de laquelle, elle participe collectivement aux vocaux. Instrumental, "Minor blues" met en exergue le talent de Big Eyes Smith sur l'instrument chromatique. Le timbre de Smith est empreint de passion tout au long de l’indolent "Lord, lord, lord", une plage au cours de laquelle Little Frank joue tout en feeling (NDR : à mon humble avis, il serait judicieux de ne pas manquer la prochaine sortie du premier album de Little Frank & the Premiers). La voix de Pinetop est bouleversante lorsqu’il interprète "Grindin' man", un autre slow blues aux lyrics autobiographiques. D’excellente facture, cet opus s’achève par un véritable brûlot : la cover du "Eyesight to the blind" de Sonny Boy Williamson 2. Pinetop rêve de devenir le premier pionnier du blues à fêter son centenaire. C'est tout le mal qu’on lui souhaite. D’abord, parce qu’il se révèle toujours aussi sémillant ; en outre, à cause de sa générosité. Le vieil homme a ainsi fonder la Pinetop Perkins Foundation pour aider les jeunes artistes blues. Et pour que votre info soit compète, sachez, qu’en août prochain, se déroulera un piano masterclass, au club Ground Zero, à Clarcksdale (NDR : c’est dans le Mississippi !)

Anaïs Mitchell

Hadestown – A Folk Opera

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« Hadestown » écrit en alphabet Western susciterait presque un disque country, et son sous-titre explicatif, « A Folk Opera », pourrait, vu toutes ces connotations, en faire rebuter certains ; mais détrompez-vous : Anaïs Mitchell respire le fleuron du folk et la quintessence de l’opéra.

Au niveau théâtral, il ne s’agit ni d’un remake à la Jesus Christ Superstar, ni d’une production Broadway, et encore moins d’une énième comédie musicale à l’eau de rose, mais bien d’une actualisation ultra réussie du mythe d’Orphée et de tous ses compagnons de jeux et de leurres (dans la ‘ville d’Hadès’, donc !) Dans la lignée traditionnelle des grandes réexploitations contemporaines de la mythologie, l’action se déroule au cœur d’un paysage de dépression américaine, où les matériaux actuels et symboliques dont la compositrice fait usage sont, entre autres, la famine, le changement climatique et l’ambiance post-apocalyptique du 11 septembre 2001, pour extrapoler que ‘la morale cesse d’exister dans des conditions désespérées’. L’auteur relève également, avec brio, le défi de conduire le récit par des paroles implicites presque intemporelles et aucunement fleur bleue.

Sur le plan musical, les folk-sceptiques se surprendront à apprécier le genre ! L’efficacité des musiciens à fournir une palette de ‘variantes dans l’acoustique’ est surprenante. Il faut dire que lorsqu’on lit l’aventure de la création de l’œuvre (www.anaismitchell.com), c’est tout un univers peuplé d’artistes ambulants et marginaux que l’on découvre, qu’Anaïs Mitchell a croisés sur son chemin créatif pour les rassembler autour d’une idée scénique qui a marché (la première de l’opéra), si bien qu’une nouvelle tournée vermontoise et bostonienne ainsi qu’un un album ont suivi. C’est lors de la réécriture en vue de cette seconde édition de l’œuvre que le choix des acteurs-chanteurs a dû être opéré. Pour soutenir la production, des grands noms tout de même : Ani DiFranco en Perséphone, Justin Vernon (Bon Iver) qui incarne Orphée et Greg Brown en caverneux Hadès aux Enfers. La monotonie n’est pas au rendez-vous dans cet album unique en son genre, et vu l’ampleur du projet mesurée à la modestie des moyens, l’on a envie de s’exclamer comme Perséphone : ‘I raise my cup to [them] !’

Various Artists

DJ-Kicks : Kode9

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Last but not least ! Pour célébrer son 15ème anniversaire, l’écurie !K7 a donc décidé de publier son dernier DJ-Kicks. Et une nouvelle fois, elle a tapé dans le mille. D’autant plus que cette plaque vous permettra de danser jusqu’au terme de vos vacances. Kode9 constitue donc l’ultime volet de la trilogie (NDR : elle fait suite à celles consacrées à Juan Maclean et James Holden). De quoi satisfaire pleinement les aficionados de dubstep, dancehall, grime et consorts. Véritable fer de lance du mouvement, Kode9 aka Steve Goodman est un puriste dans son style. Un homme de l’ombre qui milite dans l’underground. L’Ecossais remonte rarement à la surface, mais quand il le fait, en général, ça bouge et ça fait mal ! Fondateur du label Hyperdub, ce docteur en philosophie (NDR : il vient de publier un bouquin traitant de l’incidence des vibrations sur le comportement humain) possède donc plusieurs cordes à son arc. Et décoche donc, sur ce long playing, 31 flèches âpres et exotiques pour conclure cette série de DJ-Kicks ! N’y allons pas par quatre chemins, Kode9 a des couilles et ça s’entend ! Nous avions déjà pu nous faire une petite idée de son talent sur l’une ou l’autre compile dubstep éditée chez Souljazz Records (« Box Of Dub » et « Steppas’ Delight »), mais pour la circonstance, il nous éclabousse de toute sa classe en mixant des titres cannibalesques et purement dancefloor ! On est d’ailleurs ici très loin de l’électro érudite d’un James Holden ou même d’une house racée de Juan Maclean ! Ici les BPM sont poussés à l’extrême limite, et les vibrations de basses redoutables (NDR : bonjour les tympans !) Depuis le dynamique et épicé « Once In A While » de Lone au dub mystique « You don’t Wash (Dub) », signé Kode9 himself, la fête s’annonce chaude et le déo inefficace ! Le mix est un vrai régal ! Pour les oreilles, mais également pour le corps. Pas le temps de récupérer, vous serez à genoux, après 1h30 de musique musclée, ténébreuse et parfois angoissante ! Un classique dubstep à ne manquer sous aucun prétexte !

 

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